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Sans la Pologne

VINGTIÈIE ÉTUDE.

DU MOUVEMENT DE L'ALIENATION MENTALE EN EUROPE ET DANS L'AMÉRIQUE DU NORD.

C'est une opinion généralement accréditée que les affections mentales sont en voie d'accroissement rapide. D'éminents aliénistes af&rment qu'elle suit le développement de la civilisation; qu'elle grandit avec la diffusion des lumières: qu'elle coïncide avec les ardeurs de l'activité industrielle et commerciale, avec la fièvre des spéculations et des jeux de bourse, avec cette ardente compétition pour la fortune, la renommée, le pouvoir, les honneurs qui caractérise les générations modernes. Celte opinion est-elle fondée? C'est une question que des recensements périodiques spéciaux faits avec le plus grand soin par des hommes de l'art, non pas seulement dans les asiles consacrés au traitement de la folie, mais encore dans la population tout entière, pourraient résoudre approximativemetiL Une solution complète est à peu près impossible, en effet, d'une part l'aliénation mentale, au moins dans ses prodromes, dans ses premières manifestations, ne se révélant pas clairement, même à l'œil le plus exercé; de l'autre, beaucoup de familles, sous l'influence de sentiments divers, dissimulant leurs aliénés le plus longtemps qu'elles peuvent aux investigations des médecins ou de l'autorité. D'un autre côté, l'étude de l'aliénation mentale dans les asiles ne saurait conduire à des inductions exactes sur son mouvement dans l'un ou l'autre sens. Sans doute, on y constate un accroissement constant et sensible des admissions annuelles; mais ce Uîste progrès n'a qu'une valeur relative; il s'explique le plus souvent par la création de nouveaux établissements ou pour la notoriété qu'obtiennent ceux qui existaient déjà; par l'affaiblisse* ment graduel d'absurdes préjugés sur les traitements prétendus barbares dont les malades y sont l'objet; par le chiffre de plus en plus élevé des ressources que la charité publique consacre au traitement des aliénés indigents et par la publicité que reçoit, au sein des familles pauvres des campagnes, le fait de l'assistance gratuite dans les asUes spéciaux de ces aliénés; par la facilité des communications, qui, eu permettant aux parents et amis de visiter fréquemment leurs malades dans les asiles, les dissuade de les garder à domicile; enfin, par la sévérité croissante avec laquelle l'autorité municipale, à l'incitation de l'administration supérieure, fait séquestrer, dans l'intérêt de la sécurité publique, les aliénés, idiots ou imbéciles jusque-là laissés en liberté.

Dans l'état actuel des enquêtes statistiques sur la matière, il est donc très-difficile de se rendre exactement compte de la marche que suit la maladie, et de décider notamment si elle progresse dans la même mesure que la population ou dans une proportion supérieure. Mais la connaissance de la sUtuUion actuelle de l'aliénation mentale en Europe est déjà, par elle-même, un document plein d'intérêt, et nous croyons que les éléments ofjp^iels n'en ont point encore été réunis. C'est un travail de cette nature que nous allons entreprendre, sans nous dissimuler les diffi-

cultes qu'apportent à raccomplissement de notre tâche, rinégalité, les imperfections et souvent TinsufiSsance des documents à notre disposition. Nous procéderons par ordre alphabétique de pays.

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