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I. Accroissement de la mortalité

Les statistiques officielles sur le mouvement de la population en France divisent en deux périodes les recherches de l'administration, l'une comprenant les 50 premières années de ce siècle, l'autre les 10 années suivantes. Cette distinction est uniquement fondée sur les difiërences, ou plus exactement, sur les améliorations survenues dans la forme des documents recueillis depuis 1850.

Première période (du 22 septembre 1800 au 31 décembre 1850). — Calculée pour dix sous-périodes de 5 ans, la moyenne des décès s'établit ainsi qu'il suit, dans cette première moitié du siècle (chiffres en milliers) :

La moyenne annuelle des premières 25 années est de 749,800, celle des 25 autres de 807,900. Il importe, avant toute autre observation, de faire remarquer que dans la seconde période : 1° les décès ont été enregistrés avec beaucoup plus d'exactitude que dans la première; 2** que la seconde a été éprouvée par deux invasions du choléra (1832 et 1849) et une cherté exceptionnelle (1846-1847).

Les chiffres absolus ne pouvant donner qu'une idée imparfaite du mouvement des décès, il est nécessaire, pour déterminer le véritable coefficient mortuaire de chaque époque, de rapporter ces chiffres à la population. On obtient alors, par période, le nombre d'habitants ci-après pour 1 décès :

1800-06. i807-l«. 1811-15. 1816-20. 1821-25. 1826-30. 1831-85. 1836-40. 1841-45. 1846-50. Moywac

La moyenne, pour les 25 premières années, est de 39.47, et pour les 25 suivantes, de 41.72 seulement, malgré les mortalités extraordinaires de 1832, 1846- 1847 et 1849. Il est vrai que la période 1800-1825 contient, avec des omissions probablement assez nombreuses, des décès militaires, qui ne se reproduisent pas (au moins sur la même échelle), de 1826 à 1850.

Deuxëme pétHode (de 1851 à 1860). — Rappelons tout d'abord que celte période a été particulièrement éprouvée par la cherté de 1853 à 1857, parle choléra, en 1854 et 1855, par la guerre de Crimée, de 1854 à 1856, par la guerre d'Italie, en 1859; enfin, la même année, par une épidémie meurtrière, qui a sévi sm*lout sur l'enfance.

Si l'on divise ces 10 années en deux sous-périodes d'égale durée, on trouve, pour la première, une moyenne de 41.84 habitants pour 1 décès, et de 42.30 pour la seconde.

Ainsi, depuis le commencement de ce siècle, malgré de fréquentes épreuves, malgré les épidén^ies, les chertés, la guerre, les crises pditiques, toujours suivies d'une suspension prolongée du travail industriel, la mortalité n'a cessé de diminuer en France.

Cette diminution de la mortalité ne se reproduit pas, comme on pourrait le croire, dans tous les États de l'Europe , malgré la vivifiante influence de la paix générale et de l'accroissement incontestable de l'aisance publique. Les renseignements qui suivent sur ce point, et qui n'avaient point encore été recueillis dans leur ensemble, appellent un examen tout particulier. Us sont puisés aux sources officielles.

Nous procéderons par ordre alphabétique des noms de pays.

Allemagne. — a) Prusse. — La Prusse est l'État européen qui présente au plus haut degré le phénomène d'une mortalité presque stationnaire dans ces dernières années. La moyenne des années 1748, 1752, 1778, 1790, 1811, avait été de 30.16 habitants pour 1 décès; sensiblement plus favorable, celle de la période 1816-1828 s'élève à 35.51. Mais cet abaissement considérable du diiflre mortuaire est suivi, de 1831 à 1858, d'une recrudescence dont voici l'expression numérique:

rÉSIODKa.

aanuellei.

b) Bavière. — La mortalité est également stationnaire dans ce pays. Son coefficient mortuaire a été, en effet, de 33.9 de 4835-1836 à 1839-1840; de 84.1 de 1840-1841 à 1844-1845; de 35.1 de 1845-1846 à 1849-1850; de 34.3 de 1850- 1851 à 1854-1855; de 34.9 de 1855-1856 à 1859-1860. Enfin, en 1860-1861, il n'a pas dépassé 34.2.

c) Saxe. — Même phénomène dans ce pays. Si nous divisons les années 1827 à 1857 en six périodes de 5 ans, nous trouvons les/ésultats ci-après : De 1827 à 1831, 33.13 habitants pour 1 décès; de 1832 à 1836, 33.35; de 1837 à 1841, 33.11; de 1842 à 1846, 33.09; de 1847 à 1851, 83.68; de 1852 à 1858, 34.55. On constate toutefois une amélioration dans les 5 dernières années.

d) Wurtemberg. — Cet État présente une situation plus favorable. De 1844 à 1847, on avait constaté 1 décès pour 31.56 habitants. Cette proportion s'est modifiée ainsi qu'il suit dans les années suivantes: 1848-1852, 32.19; 1853-1857, 33.27.

e) Hanovre. — De 1 sur 45.08 habitants en 1850-1854, le coefficient mortuaire y est monté à 1 sur 42.81 de 1851 à 1859. L'accroissement de mortalité est considérable; mais il peut n'être qu'accidentel.

f) Bade (grand-duché). — Les documents officiejs attribuent à ce pays une mortalité de 1 décès sur 39.9 de 1821 à. 1825; de 1 sur 39.25 de 1826 à 1830, et de 1 sur 36.53 de 1852 à 1858. C'est une augmentation sensible.

Angleterre. — Le coefficient mortuaire de ce pays a subi, dans ces 20 dernières années, des oscillations considérables. De 1841 à 1845, on y a constaté 1 décès sur

46.8 habitants; de 1846 à 1850, 1 sur 42.9; de 1851 à 1855, 1 sur 42.1 ; de 1856 à 1860, 1 sur 46.9, coefficient de la première période.

Autriche. — Les publications officielles sur le mouvement complet de la population dans cette monarchie en font remonter le relevé à une date trop récente pour qu'il soit possible de constater si la mortalité y suit une marche ascendante ou décroissante. Si l'on divise la période 1851-1858 en deux sous-périodes de 4 années chacune, on trouve, pour la première, 32.02 habitants pour 1 décès et 31.62 pour k seconde. Ces chiffres n'ont qu'un faible intérêt en ce qu'ils s'appliquent à des nationalités très-diverses, dont la mortalité doit varier sensiblement. Mais le calcul de la part de chacune d'elles dans le coefficient général exigerait des développements qui ne sauraient trouver place dans ce résumé.

Belgique. — L'état sanitaire de cet heureux pays s'est amélioré presque sans relâche de 1840 à 1860. Voici les chiffres mortuaires relevés par périodes de 5 ans de 1841-1845 à 1846-1860. En 184M845, 41.4 habitants pour 1 décès; en 1846- 1850, 38.05; en 1851-1855, 44.8; en 1856-1860, 45.2.

Ecosse. — Le relevé de l'état civil ne remonte, dans cette partie du Royaume-Uni, qu'à Tannée 1855. De 1855 à 1861, on a compté en moyenne 48.9 habitants pour 1 décès. Les chiffres mortuaires ont, d'ailleurs, varié ainsi qu'il suit: 48.3 en 1855;

51.9 en 1856; 49.5 en 1857; 48.7 en 1858; 50.6 en 1859; 44.7 en 1860, et 49.2 en 1861.*

1. Les déclarations des décès à Tétat ciril n'étant pas plus obligatoires en Ecosse qu'en Angleterre on peut croire qu*un certain nombre n> arrire pas A la connaissance de Fantorité.

Espagne. — Les publications officielles sur Fétal civil ne comprennent que les années 1858-1861. La moyenne déduite de ces à années est de 1 décès pour 36.30 habitants.

Hollande. — Le nombre des habitants pour 1 décès y a été de 37.2 de 1830 à 1839; de 35.6 de 1840 à 1849; de 37.11 de 1850 à 1859. C'est une mortalité à peu près stationnaire.

Italie. — a) Ékats sardes (anciens). — Le gouvernement n'ayant publié aucun document sur le mouvement de la population au delà de la période 1828*1837, nous sommes réduit à citer les chifires de cette époque.- Or, on a compté en moyenne, dans ces 10 années, 1 décès sur 34.29 habitants. D'après un document officiel inséré dans un annuaire, le nombre des décès aurait été de 116,709 en 1853, c'est-à-dire à peu près le même que la moyenne déduite de 1828-1837. En tenant compte de l'accroissement de la population, ce serait 1 décès pour 38.5 habitants.

b) Naples (ancien royaume de). — Nous n'avons également, pour ce pays (terre ferme), que des documents d'une date ancienne, les relevés de l'état civil n'apnt point été pubUés depuis 1833. De 1818 à 1822, le nombre moyen d'habitants pour 1 décès a été de 33.6; de 1823 à 1827, de 35.6; de 1828 à 1832, de 32.2 seulement. D'après une communication émanée du bureau de statistique de Païenne, on aurait compté en Sicile, de 1833 à 1835 (3 années), 28.7 habitants pour 1 décès; de 1843 à 1847, 31.23; de 1848 à 1852, 29.82; de 1853 à 1856, 26.34.

c) Toscane (ancien duché). — Le rapport de la population à la mortalité a varié ainsi qu'il suit dans les 4 périodes décennales ci^après: de 1814 à 1823, 31.40 habitants pour 1 décès; de 1824 à 1833, 37.74; de 1834 à 1843, 36.00; de 1844 à 1853, 37.75. La diminution progressive de la mortalité est ici très-remarquable.

Portugal. — Les documents officiels sur l'élat civil sont rares et d'une exactitude douteuse, surtout ceux qui se rapportent aux années antérieures à 1849; la moyenne, pour les 3 années 1849-1851 , du nombre d'habitants pour 1 décès est de 41.84.

Russie. — a) Russie. — Les documents officiels sur la population de cet empire sont considérés par les statisticiens officiels eux-mêmes comme les moins exacts que l'on recueille en Europe. Nous ne donnons que sous le bénéfice de cette observation le chiffre mortuaire moyen ci-après attribué à la Russie par M. Buscben , uH des membres du bureau central de statistique. D'après ce savant (Russland's Bcvôlkerung — 1863), la mortalité moyenne de la Russie européenne (Pologne et Fuilande non comprises) serait de 3.43 p. 100 ou de 29.15 habitants pour 1 décès. H est à regretter que' M. Buschen ait omis d'indiquer les années dont cette moyenne a été déduite. Pour nous, nous avons quelques raisons de croire qu'il ne s'agit point ici d'une moyenne, mais des chiffres afférents à 1856 seulement, année d'une mortalité peut-être relativement favorable.

b) Pologne. — De 1840 à 1849, d'après les documents officiels russes, on a compté en Pologne, 29.4 habitants pour 1 décès et 25.02 de 1850 à 1857.

c) Finlande. — Les documents de même origine assignent à ce pays 1 décès pour 30.7 habitants dans l'année 1856. Nous manquons de renseignements pour les années antérieures et postérieures.

Suisse. — Le mouvement de la population n'est officiellement connu pour les 35 cantons qu'en ce qui concerne les années 1850, 1851 et 1852. La moyenne affê-

rente à la Suisse entière est de 48 habitants, pour 1 décès. Cette moyenne varie entre 39 (minimum) dans les cantons d'Argovie, Zurich et Zug et 53 (maximum) dans les Grisons. S'il fallait juger de la Suisse entière d'après les rdevés de Tétat civil du canton de Glaris, la mortalité y serait à peu près stationnaire depuis le commencement du siècle. Nous trouvons en effet , pour ce pays, le nombre moyen ci-après de décès pour 100 habitants à diverses époques: de 1803 à 18S5, S.76; de 1826 à 1850, 2.78.

Scandinavie. — a) Danemark (sans les duchés). — Le chiffre mortuaire, de 1 sur 39.59 habitants de 1801 à 1810, est tombé, après des oscillations diverses, à 1 sur 44.42 de 1850 à 1859.

b) Suéde. — C'est un des pays de l'Europe qui ont vu diminuer le plus rapidement leur mortalité. Elle a décru, du milieu du dix-huitième siècle au milieu du dii-neuvième, dans les proportions ci-après : Le nombre moyen annuel des décès pour 100 habitants, de 2.80 dans la période 1751-1755 (25 ans), est descendu à 2.61 en 1776-1800; à 2.56 de 1801 à 1830; à 2.16 de 1831 à 1855. C'est, dans cette dernière période, 1 décès pour J 46.3 habitants. On trouve exactement la même proportion dans les cinq dernières années de 1851 à 1855.

c) Narwége. — Si les documents officiels sont dignes de foi, c'est-à-dire si le nombre dos décès est exactement recueilli dans ce pays ou la population fidèlement recensée, son chiffre mortuaire est le plus^faible que l'on constate en Europe et probablement dans le monde entier. De 1836 à 1845 (10 années), on n'y avait compté que 52.93 habitants pour 1 décès; en 1846-1855, ce rapport est encore tombé à 1 sur 55.57.-

Le tableau suivant résume par pays et pour la période la plus récente, les coefficients de mortalité qui précèdent. Nous l'avons établi par ordre décroissant de mortalité. Mais nous croyons nécessaire de faire remarquer que cet ordre n'es( pas rigoureusement exact, les mort-nés ayant été distraits de la mortalité générale, lorsque les documents officiels l'ont permis, et ne l'ayant pas été dans le cas contraire. Or, selon que les mort-nés sont ou non réunis au total des décès, ce total s'accroit dans un rapport qui peut varier entre 3 et 6 p. 100.

Nous ne pouvons que regretter, en outre, que les statistiques officielles ne nous lient pas permis de comparer, pour les mêmes années et pour le même nombre J*années, les pays dont l'énumération suit.

PATS. Périodet oa anitéês. mIt déS»

«orwégê" .... 1846-1855. . . 55.6

Ecosse 1855-1861. . . 48.9

Angleterre . . . 1856-1860. . . 46.9

^uède 1851-1855. . . 46.3

Jelgique .... 1856-1860. . . 45.2

)anemark . . . 1850-1859. . . 44.4

misse 1850-1852. . . 43.0

lanovre .... 1855-1859. . . 42.8

Vance 1851-1860. . . 41.8

Portugal .... 1849-1851. . . 41.8

•:tals sardes. . . 1853 38.5

oscane 1844-1853. . . 37.7

lollande .... 1850-1859. . . 37.1

PATI. PériodM 00 unéM.

Bade .T . . . . 1852-1858. .

Espagne 1848-1851. .

Bavière 1856-1860. .

Saxe 1852-1856. .

Wurtemberg . . 1855-1857. .

Prusse 1846-1855. .

Naples 1828-1832.

Autriche .... 1855-1858.

Finlande . . . . 1856. . . .

Russie

Sicile 1853-1856.

Pologne 1850-1857.

Habitinu par décès.

D'après ce tableau, la moindre mortab'té se rencontrerait au nord (Belgique, '■rande-Bretagnc, Hanovre), mais sQrtout à l'extrême nord de l'Europe (Scandi-

navie). L'exception que présentent la Russie et la Pologne semMe indiquer que les différences entre les mortalités européennes touclient à la fois i dos questions de race, de diinal et de civilisation.

La période afférente à la France (1851*1860) comprend les années calamitenses 4854, 1855 et 1859. Distraction faite de ces années exceptionnelles, qui ne se retrouvent dans aucun des pays avec lesquels nous Tavons comparée, son chiffre mortuaire descend à 1 décès sur 44.15 habitants, et elle prend alors rang immédiatement après la Belgique. — Nous avons, d'aiUeui*s, des doutes graves sur l'exactitude du coefficient vraiment extraordinaire et inexplicable attribué à la Norwége. Celui de l'Ecosse ne nous inspire pas une confiance plus grande.

IL Diminution de la vie moyenne.

L'accroissement de la mortalité détermine presque nécessairement la diminution de la vie moyenne. Cependant on peut, à la rigueur, se représenter par la pensée une situation dans laquelle cette conséquence ne se produirait pas. Tel serait le cas, par exemple, où une réduction des décès du jeune âge aurait été plus que compensée par une élévation du coefficient mortuaire fourni jusque-là par les âges adultes. Dans cette hypothèse, le nombre total des décès, à population égale, se serait accru ; mais la durée de la vie moyenne, ou plus exactement l'ftge moyen des décédés, aurait grandi. Et réciproquement, on pourrait admettre une hypothèse d'après laquelle la mortalité générale aurait diminué, en même temps que la vie moyenne aurait faibli, circonstance qui se produirait nécessairement si la mortalité, quoique réduite, s'était déplacée, pour atteindre plus particulièrement le jeune ^e.

Nous allons voir que ces deux hypothèses ne se sont pas réalisées en France, la diminution des décès s'y étant produite à tous les Ages, quoique, il faut le reconnaître, dans des proportions très-différentes.

Si l'on étudie les tables de vie moyenne insérées au onzième volume de la nouvelle série de la Statistique générale de France, tables calculées pour les 54 ans de la période 1806-1859 (les nombreuses irrégularités des relevés de l'état civil antérieurs à 1806 n'ayant pas permis d'en faire usage); et si l'on élimine la période exceptionnelle 1855-1859, on trouve que la mortalité, pour 100 vivants des âges ci-après, s'est modiGée ainsi qu'il suit de 1806-1809 à 1850-1854.*

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