LE RELIEF
Sommaire. 8. La direction générale des pentes (18). — 9. Le caractère jo^énéral et les divisions du groupe (20). — I. Les chaines de la ligne principale de partage des eaitx, — 10. Le Mont Blanc (26). — 1 1. Les Alpes Graies (30).
— 12. Les Alpes Cottiennes ^34). — 13. Les Alpes Maritimes (39). — IL Les chaines latérales de l'ouest. — 14. Les Alpes de Savoie (41). — 15. Les Alpes du Dauphiné (45). — 16. Les Alpes de Provence (53). — lit. Chaines du Piémont et du Mont ferrât — 17. Les hauteurs du Piémont et du Montf errât (55).
— 18. Les montagnes de la Corse (56). — 19. Le Jura (58). •— 20. La trouée de Belfort (60- -> 21. La plaine de la Saône (65). — • 22. Les Vosges (66). — 23. La Lorraine (72). — 24. Le HunsrOck (74). — 25. L'Eifel (74).— 26. L'Ardenne (76). — 27. La plaine de Flandre (77). — 28. Les Faucilles (78). — 29. Le plateau de Langres et la Côte-d'Or (79). — 30. Le Morvan et les collines du Nivernais (81). — 31. La Champagne et l'IM-de-France (82). — 32. Le relief entre l'Oise, la Seine et la Manche (86). — 33. Le Perche, la Normandie et le Maine (88). — 84. Le relief de la Bretagne (90). — 35. Les Cévennes (92).
— 86. Le Massif central (101). — 37. Les plaines qui enveloppent le Massif central (110). — 38. La Gatine et le Bocage vendéen (112). — 89. Les Pyrénées (113). — 40. Les collines et les plaines au nord des Pyrénées (130). — Tableau récapitulatif du relief du sol (132).
8. lia direction générale des pentes. — Le soi de la France, considéré dans son ensemble, présente un plan incliné du sud-est au nord-ouest, c'est-à-dire des Alpes à la Manche et à la mer du Nord. A l'est, ce plan est coupé par la longue et large dépression de la vallée de la Saône et du Rhône. Le terrain, se relevant brusquement à l'ouest de cette vallée, forme le bourrelet des Cévennes et du Plateau de Langres, d'oix coulent, conformément à la pente générale, vers l'ouest et le nord-ouest, les eaux de quatre grands bassins, Garonne, Loire, Seine et Meuse. Par suite de cette disposition générale, le système orographique de la France se compose :
i° D'une ceinture extérieure de hauteurs comprenant : à l'est.
les Alpes et le Jura; au nord-est, les Vosges, qui ne séparent pas deux grands bassins pluviaux et dont dépendent les Faucilles; au nord, TArdenne ; enfin, loin de là au sud, les Pyrénées.
2* D*un massif intérieur de hauteurs, dit Massif central, qui se compose de plateaux et de chaînes et qui a pour bourrelet oriental et méridional les Cévennes, avec leurs prolongements. Ce massir, flanqué au nord d*un autre massif secondaire, le
Fig. 10. — Tracé géométrique et massirs montagneux de la France.
Morvan^ est prolongé vers le nord-est par le Plateau de Langres qui s'étend jusqu'aux Faucilles.
3** De hauteurs beaucoup moindres, collines ou plateaux, situées au nord-ouest et à Touest de la France, comme le plateau d'Artois, le pays de Caux, les collines de Normandie^ les monts de Bretagne, le Bocage vendéen, qui n'ont qu'une très médiocre élévation.
Dans l'ensemble, les plaines dominent. Si l'on traçait, de l'extrémité du département de la Meuse à l'embouchure de la Bidassoa, une diagonale divisant la France en deux moitiés, on verrait que la moitié nord-ouest ne renferme aucun point atteignant faltitude de 500 mètres (voir fig, 10) et que l'altitude de 200 mètres ne s'y rencontre que dans un petit nombre de régions, telles que les monts de Bretagne, les collines de Normandie, le Bocage vendéen.
Si l'on pouvait, s'élevant à plusieurs kilomètres dans l'air, em-
brasser le panorama de la France entière, on apercevrait une surface à peu près unie ou du moins légèrement accidentée sur laquelle les plus hautes montagnes ne formeraient qu'un relief peu sensible (1).
On remarquerait en même temps que les chaînes elles-mêmes 86 présentent rarement comme des murailles escarpées ou même comme des remblais isolés. De leur ligne de faîte, les hauteurs se prolongent, en décroissant, presque toujours à une grande distance et constituent un système de contreforts, comme dans les Pyrénées françaises, ou de chaînes latérales, comme dans les Alpes, ou de talus bordant les cours d'eau, comme dans certaines parties du Massif Central, ou de terrasses et de plateaux dans les fissures desquels les rivières se sont creusé leurs vallées.
Les Alpes apparaîtraient comme le relief le plus considérable de la France par la longueur de leur massif, qui se prolonge bien au delà du territoire français, par l'épaisseur de leur masse et par la hauteur de leurs crêtes.
A un plan quelque peu inférieur apparaîtrait, très élevée encore et formant un môle gigantesque, la chaîne des Pyrénées.
Bien au dessous, le Massif cenfm/ présenterait une vaste étendue de hautes terres, que la vallée du Rhône et la vallée de la Garonne séparent des Alpes et des Pyrénées et qui s'abaisse doucement vers le nord et vers l'ouest jusqu'à se confondre avec les plaines de la Loire et de l'Atlantique.
Le Jura, les Vosges, le Morvan ne formeraient, au nord des Alpes et du Massif central, que des accidents du sol médiocrement saillants.
A Touest de ces chaînes, on n'apercevrait plus que des plaines, des plateaux très peu élevés et des collines. Beaucoup de vallées, dans les Alpes et dans le Massif central, sont à une plus grande altitude que les sommets des collines de Normandie et des monts de Bretagne.
9. lie caractère général et les dlTlslone du g^roupe. — Les Alpes Occidentales, qui forment une des trois grandes divisions des Alpes, appartiennent seules à la géographie de la France. Elles s'étendent du col de Cadibone, au sud-est, jusqu'au col Ferret, au nord-est (voir la formation géologique, § 3, 4 et 6). Entre les Apennins et les Alpes la nature n'a pas nettement tranché la séparation.
(1) Voir sur les figures ci-jointes la série des coupes et profils représentant le relief de la France sous ses principaux aspects. Pour rendre sensible ce relief, les hauteurs sont partout 20 fois ce qu'elles devraient être comparativement aux distances horizontales, autrement dit aux longueurs. Elles sont k l'échelle du 100,0t)0«, tandis que les longueurs sont à celle de 2,000,000«; à cette dernière échelle, le Mont Blanc n'aurait que V^^,\ au lieu de 4n»,8. Pour éviter toute fausse impression, on a rcprésenié en noir la vraie hauteur sur la première figure, page 31.
Cependant le col de Cadibone est, dans la partie la plus resserrée de la masse montagneuse, la dépression la plus basse de la crête qui domine le golfe de Gênes ; il se trouve dans une partie où la formation granilique a peu d'épaisseur et peu de hauteur, entre un massif de serpentine à l'est, des crêtes de lias à Touest et des terrains tertiaires au nord. Il est traversé par le chemin de fer de Savane à Mondovi; la ligne que suit ce chemin de fer peut être adoptée comme la limite des Alpes la plus conforme à la topographie.
La plaine de terrain quaternaire du Piémont et la vallée, quaternaire aussi, du Rhône bornent, la première, à l'est, la seconde à Touest et au nord-ouest (1), les Alpes Occidentales. La principale ligne de partage des eaux de cette chaîne a presque toujours été, à cause de sa hauteur, une barrière entre les peuples et une limite politique. Les crêtes qui sont k Test de cette ligne appartiennent à l'Italie et celles qui sont à l'ouest dépendent, sauf exception pour la partie méridionale, du territoire français.
Des trois groupes du système alpestre, les Alpes Occidentales sont le moins étendu; mais elles possèdent le Mont Blanc qui en est le sommet le plus élevé. Elles ont, du lac de Genève à la Méditerranée, une longueur en ligne droite d'environ 340 kilomètres et, de la plaine du Rhône k la plaine du Pô, une largeur moyenne de 200 kilomètres. La crête de la principale ligne de paitage des eaux mesure, de la pointe d'Orny au col de Cadibone, environ 490 kilomètres. La superficie occupée par les Alpes Occidentales est d'environ 60,000 kil. car., soit 1/9 de la France.
C'est aussi le moins complexe des trois grands groupes alpestres, malgré l'importance de ses massifs et la variété de ses aspects. Il se compose d'une ligne pHncipale de partage des eaux présentant, à première vue, la courbure d'un arc de cercle orienté du sud-est au nord-ouest, mais en réalité sinueuse ou composée de plusieurs lignes brisées. En effet, cette ligne n'apparaît pas partout comme une crête continue, bien déterminée ; dans plusieurs de ses parties, elle est formée, au contraire, par la réunion de hautes chaînes transver* sales qui sont orientées du sud-ouest au nord-est et qui la coupent en paraissant l'étayer comme de puissants éperons allongés de l'ouest et à l'est. Elle est appuyée sur des contreforts; à Test, ces contreforts, courts et hauts, sont disposés, ainsi que leurs étroites vallées, comme les rayons d'un cercle et s'avancent comme autant
(1) En réalité, le Rhône traverse une suite de << cluses » du terrain jurassique ; le système montagneux du Jura se prolonge au sud du Qeuve par les massifs alpestres des Beauges, de la Grande-Chartreuse et du Vercors.
de caps sur la plaine du Piémont. A Youest, le système alpestre se prolonge sur la Savoie, le Daupkiné et la Provence par de ' plus longues chaînes, dont la direction principale, ainsi que celle des vallées qu'elles enserrent, est du nord-nord-est au sud-sud-ouest.
Les roches primaires (protogyne, granit et schistes) mêlées de serpentine se montrent à nu sur presque tous les contreforts piémontais. Le trias s'étale en longues bandes sur la ligne de partage. Plus à l'ouest, les roches primaires apparaissent en grandes masses constituant la charpente des chaînes, du Mont Blanc au Pelvoux; les massifs de roches primaires sont flanqués à l'ouest par des montagnes calcaires de formation jurassique, crétacée etméme tertiaire.
Les Alpes Occidentales présentent, à la première vue d'une carte, comme les Alpes Centrales et Orientales, un dédale confus de sommets, de pentes et de vallées; il faut quelque attention pour démêler ce chaos apparent et pour y découvrir, à la lumière de la topographie, de la géologie et de l'hydrographie, un certain ordre.
On remarque toutefois que ces Alpes servent de démarcation entre les bassins de deux grands fleuves et que les torrents qui roulent dans leurs vallées se rendent, d'un côté au Rhône et à la Méditerranée, de l'autre à l'Adriatique. On remarque en même temps que la ligne de partage des eaux est, sinon sur la totalité, du moins sur la plus grande partie de sa longueur, la crête la plus élevée du massif entier.
On remarque aussi, comme un des traits les plus caractéristiques des Alpes Occidentales, d'une part, de grandes coupures longitudinales parallèles aux crêtes et, d'autre part, des coupures transversales moins importantes; les unes et les autres découpent les Alpes en massifs et facilitent les communications. C'est ainsi que la ligne principale de partage des eaux n'est pas l'axe principal de soulèvement ou de contraction ; car les crêtes les plus caractérisées s'allongent du sud-sud-ouest au nord-nord-est, parallèlement à la grande dépression des vallées de la Maurienne, du Graisivaudan et de la Durance, dans une direction qui correspond à celle des vallées du Rhône et de l'inn dans les Alpes Centrales. Le Mont Blanc est un soulèvement de terrains primaires dont la chaîne de Belledonne est la continuation; le massif de la Vanoise, en France, est en quelque sorte le pendant du massif du Grand Paradis en Italie ; la crête du Galibier se prolonge au delà du mont Cenis jusque dans le Piémont ; le massif du Pelvoux est un centre de soulèvement beaucoup plus élevé et plus puissant que les Alpes Cottiennes, quoiqu'il soit situé à l'ouest de la ligne de partage des eaux.
e Vers rextrémité méridionale, la direction change. Du Viso
t aii col de Tende, Taxe principal de soulèvement est orienté du
? nord-ouest au sud-est. D'autre part, les hauteurs s'abaissent et de
larges plateaux calcaires, coupés par des ravins, remplacent les
■ ' crêtes aiguës des parties septentrionale et centrale.
■ ; Il enestde mémeàrouest, surtout dans le Dauphiné, où les Grandes
Alpes, formées de roches primair es, ^oni bordées d'une large ceinture j d'Alpes calcaires, tandis que, sur le versant piémontais, les crêtes de : I terrain primaire tombent presque partout directement sur la plaine . I Les Alpes Occidentales, dont nous commençons la description
I au Mont Blanc, parce qu'il est le point culminant de tout le sys- I téme, se composent : 1® au centre et à l'est, de quatre chaînes ou I massifs, formant la principale ligne de partage des eaux; 2* à l'ouest, de chaînes latérales, couvrant presque entièrement trois provinces françaises, la Savoie, le Dauphiné, la Provence, et divisées en six sous-groupes, parce qu'on distingue dans chaque province les Grandes elles Petites Alpes; la plus grande coupure longitudinale sépare les Grandes et les Petites Alpes dans ces provinces ; 3* au sud-est les hauteurs qui couvrent le Mont ferrât, en Italie.
Nous donnons, à la page suivante, le tableau de la division des Alpes Occidentales avec les limites des onze chaînes ou groupes.
i® Chaînes de la ligne principale de partage des eaux.
A l'ouest, vallée de Cbamonix, col des Montets, Trient: au nord, Rhône; à Test,
I J Dranse, col Ferret, val Ferret, val Véni, Mont Bianc j ^^J^ blanche ; au sud, col de la Seigne,
col du Bonhomme ; & Touest, val Montjoie, Arve.
Au nord, Mont Blanc (col de la Seigne, Lave blanche), Doire Baltée ; à l'est, plaine du
II 1 Piémont; au sud, Doire Bipaire, val de Alpes Graiis i Suse, mont Cenis: à l'ouest, Arc, mont
^î^ I Iseran, Isère, val des Glaciers (col de la
A l Seigne).
Au nord, Alpes Graies [mont Cenis, val de Suse) ; à l'est, plaine du Piémont; au sud,
III ♦ ) Stura (col de Larche, Ubayette), vallée Alpss Cottibhres 1 de Barcelpnnette ; à l'ouest. Haute-Du-
rance, Guisanne, col du Galibier, Valloirette; au nord, Maurienne (mont Cenis).
Au nord, Alpes Cottiennes (col de Larche, Stura) ; à l'est, plaine du Piémont, Tanaro, chemin de fer de Ceva à Savone par le col de Cadibone (autre limite possible : ligne de Coni à Turin, Pft et Bormida, chemin de fer de Ceva à Savone) ; au sud, Méditerranée; à l'ouest, Var, route de Puget-Théniers au Verdon par le col de Rouaine, Haut-Vcrdon, col de la Foux (vallée de Barcelonnette).
Alpis Maritimis (divisées en Alpes du Var li Alpes Liguriennes) .
S^ Chaînes latérales de l'ouest.
Alpbs
DB Savoir.
Alpes DO Dauphiné. '
Alpcs DB Provence.
Grandes Alpes DE Savoie.
Petites Alpes DB Savoie.
Grandes Alpes DU Dauphin^.
Vin
Petites Alpes DU Dauphiné.
Grandes Alpes DE Provence.
Petites Alpes de Provence.
(À l'est, Mont Blanc, Alpes Graies, Alpes
Cottiennes; au sud, Arc; & l'ouest,
i Isère, Arly, col de Mégève ; au nord, Arve.
IA l'est, Rhône (Valaisi , Mont Blanc, Grandes Alpes de Savoie ; au sud, Isère, trouée de Chambéry; à l'ouest, lac du Bourget, Rhône ; au nord, lac de Genève.
!' A l'est. Grandes Aines de Savoie, Alpes Cottiennes; au sua, Durance; à l'ouest, Buech, col de la Croix-Haute, Ebron, Drac, Isère.
f A l'est, Petites Alpes de Savoie, Grandes Alpes du Dauphiné; au sud, roule de Serres à Nyons, Aygues; à l'ouest et au nord, vallée du Rhône jusqu'au canal de Savières.
[ Au nord, Grandes Alpes du Dauphiné, Alpes Cottiennes ; à l'est, Alpes \iaritimes ; au sud, Verdon jusqu'à Castellane, route de Castellane à Diune par la vallée de i l'Asse, Bléone ; à l'ouest, Durance.
iA l'est et au nord, Alpes Maritimes, Grandes Alpes de Provence, Petites Alpes du Dauphiné ; à l'ouest, vallée du Rhône ; au sud, Méditerranée.
S^ Chaînes du Piémont et du Montferrat :
(Alpes da Piémoat, rattachées aui chaînes de la ligne principale.)
Montferrat.
Au sud, chemin de fer de Savone & Ccva et Mondovi ; à l'ouest, chemin de fer de Mondovi & Turin; au nord, PÔ;àrest,Bormida.