LES EAUX DOUCES
(fleuves, rivières, lacs, étangs.)
Sommaire. 41. La direction générale (UO). — 42. Le Rhône (143). — 43. Les bassins secondaires de la Méditerrannée (156). ~ 44. La Garonne (1S9). —45. Les bassins secondaires du golfe de Gascogne (168). — 46. La Loire (172). — 47. Les bassins secondaires de Tocéan Atlantique (185). ~ 48. La Seine (186). — 49. Les bassins secondaires de la Manche (198). — 50. L*Escaut. (203). -751. Les bassins secondaires de la mer du Nord ^105;. ~ 52. La Meuse (207). -^ 53. Le Rhin (213). — 54. Les cours d*eau de la Cor8e(324). — 55. Les cours d'eau espagnols ayant leur source en France (225). — 56. Les lacs, les étangs et les marais (228).
41. lia dlrectioa ^nérale. — La pluie et la neige arrosent le sol. Lorsque ce sol est formé de terrains imperméables, argile ou roc, il retient Teau qui s'épand en étangs ou en tacs, s'il n*a pas de pente d'écoulement ; s'il a une pente, Teau glisse à la surface et donne naissance, comme dans le Morvan, h un grand nombre de ruisseaux et de torrents dont le débit varie suivant l'abondance ou la rareté des pluies. Lorsqu'il est formé de terrains perméables, la pluie pénètre en terre et sort sur certains points en sources abondantes: les cours d'eau sont peu nombreux, comme en Champagne; mais ils ont un débit d'ordinaire plus régulier que ceux des terrains imperméables.
Les eaux courantes suivent la pente du terrain qui détermine leur direction générale et la plupart de leurs sinuosités : c'est pourquoi le relief du sol commande et explique l'hydrographie. Il détermine aussi la constitution des bassins. Ces bassins ne sont pas nécessairement disposés en forme de cuvettes et limités par des montagnes. Le relief est ce qu'il est; les eaux y coulent comme elles peuvent et aboutissent le plus souvent, soit en convergeant, soit en suivant des directions parallèles ou obliques les unes aux autres, h un chenal commun qui devient par là le principal cours d'eau, le fleuve. Sur beaucoup de points cependant, les eaux ont elles-mêmes modifié le terrain en se creusant une issue et en traçant elles-mêmes leur lit.
En France, conformément aux pentes du sol qui s'abaissent en s'éloignant des Alpes, la direction générale des eaux est vers fouest. Elle incline vers le nord- ouest dans toute la région qui est située au nord de l'arête du Massif central; elle incline vers le sud-ouest dans toute la région qui est au sud de cette arête et sur la rive gauche du Rhône et de la Saône,
LE SOL. lil
Au sud des Vosges, entre le plateau de Langres et les Gévennes d'un côté, le Jura et les Alpes de Tautre, s*étend une longue et belle plaine. Les pentes y dirigent en général les eaux vers le sud-ouest et vers le sud : c'est le versant de la Méditerranée. A Touest des Gévennes et du Plateau de Langres, les pentes dirigent les cours d'eau en forme d'éventail vers le sud-ouest, l'ouest, le nord-ouest et le nord : c'est le versant de FOcéan. Telles sont les deux grandes divisions hydrographiques de la France.
Ces deux versants se divisent en cinq grands bassins. Un de ces bassins appartient h la Méditerranée ; trois appartiennent h l'océan Atlantique et occupent l'intérieur de l'arc de cercle que dessinent l'Argonne, le Plateau de Langres et les Gévennes; un appartient à la mer du Nord, par conséquent aussi h l'océan Atlantique, et est situé, comme le bassin de la Méditerranée, à l'extérieur de l'arc de cercle.
Ges cinq bassins, dont chacun comprend le bassin du fleuve et les bassins des fleuves côtiers qui en dépendent, sont :
1^ Le bassin du Rhône, dont les eaux coulent d'abord presque toutes, excepté celle des Gévennes, vers le sud-ouest et ensuite se replient vers le sud pour aboutir à la Méditerranée.
â® Le bassin de la Garonne, qui correspond à l'ancien Bassin aquitanique et qui aboutit au golfe de Gascogne.
3^ Le bassin de la Loire, qui débouche dans Yocéan Atlantique et comprend une grande partie du Massif central.
4* Le bassin de là Seine, tributaire de la Manche,
Ges deux derniers bassins n'en faisaient pour ainsi dire qu'un durant les périodes géologiques antérieures à la nôtre : c'était le Bassin parisien. Aujourd'hui, aucune chaîne de montagnes ne sépare le cours moyen des deux fleuves.
5^ Le bassin de la mer du Nord, qui comprend les bassins de X Escaut, de la Meuse et du Rhin,
La France possède une petite partie des bassins qui aboutissent à la mer du Nord; le bassin du Rhône moins le cours supérieur du fleuve, le bassin de la Loire tout entier; les deux autres bassins, moins les sources de la Garonne et celle de l'Oise.
La France compte, dit-on, environ 27,000 cours d'eau. Sur ce nombre, 203 sont classés comme flottables (mesurant 2,978 kil.), c'est-à-dire capables de porter des bûches de bois, ou comme navigables (mesurant 8,873 kil.]) c'est-à-dire capables de porter bateau ; mais, en réalité, le flottage n'était pratiqué, en 1887 (voir Guide officiel de la natngaiion intérieure, 1887), que sur 17 cours d'eau mesurant 1,012 kil., et la navigation sur 81 cours d'eau (dont 5 figurent
LA FRAlICE.
parmi les 17 flottables) ou lacs mesurant 6,970 kil. Ces cours d'eau et lacs dépendent, comme voies de communication, du domaine de l'État. Les autres sont de petites rivières, des torrents et, pour la plupart, des ruisseaux, qui font tourner des roues de moulin ou de manufacture, qui arrosent des prairies ou qui ne sont pas utilisés :
ils sont considérés par les jurisconsultes soit comme des propriétés privées, soit comme des choses d'un usage commun et soumis à une certaine réglementation administrative ou à certaines servitudes. Nous mentionnons tous les cours d'eau flottables et navigables et ceux qui ont quelque importance historique ou topographique. 42. Ia9 Rhône (voir les flgures 53 et 53 bis). — 1° Le bassin. — Le bassin du Rhône mesure environ 98,900 kilomètres carrés,
dont 91,000 environ appartiennent à la France. Il occupe toute la partie sud-est de notre territoire et il est borné :
aui*
Sur le versant oriental, par une partie des Alpes de Provence, par les Alpes Occidentales (Alpes Maritimes depuis TEnchastraye, Alpes CottienneSy Alpes Graies, Mont Blanc), parla crête des Alpes
Pennines et par celle des Alpes Lépontiennes jusqu'à la Furka, par la crête des Alpes Bernoises, par le dos de pays qui s'étend entre les Bernoises et le Jura et dont le Jorat est la principale éminence, par le Jura central et par une partie du Jura septentrional, par la trouée de Belfort, par le pied des Vosges (Voir le relief du sol, §9, 10, 15, 16 et 17).
Sur le versant occidental, par les Faucilles, par le Plateau de Langres et YAutunois, par les Cévennes septentrionales, par une partie des Cémnnes proprement dites et par les Ganngues de la plaine de Nîmes (voir le relief du sol, § 23, 24 et 30).
Il se divise en deux parties distinctes : au nord, le bassin de la Saône, dans lequel est comprise la grande plaine de la Saône et qui s'étend jusqu'à Lyon; au sud, le bassin du Rhône proprement dit, qui est très montagneux.
2** Le fleuve. — A l'extrémité orientale du Valais, se trouve ud des plus grands et un deç plus beaux glaciers des Alpes ; il est enveloppé d'une double arête de pics granitiques dont le plus élevé est le Rhônestock et dont le plus apparent dans la vallée est le Galenstock (1) : c'est le j' /acier du Rhône (voir ûg. 56) (2). De la base de ce glacier qui tend aujourd'hui à reculer comme la majeure partie des glaciers des. Alpes, sort, à une altitude de 1 ,753 mètres, un torrent écumeux : c'est le Rhône (812 kilomètres (3) dont 522 en France; 33 kil. flottables et489kil. navigables). Le jeune fleuve, sur une longueur de 40 kilomètres, roule en grondant vers le sud-ouest dans l'étroite gorge du Valais supérieur. C'est à Brieg, à une altitude de 676 mètres, c'est-à-dire à l'endroit où la route du Simplon s engage dans la montagne, qu'il commence à couler dans une vallée un peu plus spacieuse (de 600 à 3,000 mètres de largeur) et nivelée par ses alluvions; il y roule, sur une longueur
(1) La partie méridionale de la crête orientale, désignée sour le nom deGalengrat, se termine par un pic de 3,028 mètres, nommé Furka; ce pic domine le col de la Furka. Dans une prairie située au pied de ce pic naît un petit ruisseau, qui pénètre bientôt sous le glacier et que quelques géographes, avec les paysans de la contrée, donnent comme étant la source du Bhôno (voir sur la figure le peUt torrent qui naît dans l'Oberalp).
(2) Cette figure est un fac-similé de la carte de TÉtat-maJor suisse, dressée à Té chelledu 100,000* sous la direction du général Du four, de 18i2à 1865. L*État-major a entrepris, de concert avec les Gantons, la publication de la carte de Suisse par courbes à Téchelle du 50,000" dans la montagne, et du 25,000* dans la plaine.
(3) 720 seulement d'après la superficie de r Europe par le général Strelbitsky. Mais les longueurs des cours de France, mesurées par le général sur la carte d'État-major au 320,000* qui simplifie les sinuosités, paraissent en général être au-dessous de la réalité. Ainsi il attribue à la Loire 875 kil., à la Gironde et Garonne 554, à la Seine 685.
d*environ 80 kilomètres, ses eaux souvent blanchâtres et chargées d alluvions jusqu'à ce qu'arrêté par la massé de montagnes que forment les contre-forts avancés du Mont Blanc, il tourne brusquement au nord-ouest, prés de Martigny, et franchisse la gorge de Saint-Maurice. Il descend, par une altitude de 462 à 410 mètres, un étroit défilé entre deux hautes montagnes de granit et débouche dans une plaine qui a fait autrefois partie du lac Léman et qu'il a peu à peu remplie de ses alluvions ; de Martigny à son entrée dans le lac, la distance est d'environ 40 kilomètres. La longueur de son cours torrentueux dans le Valais, qui constitue son premier bassin, est donc de 160 kilomètres, avec une pente moyenne de 8 mètres par kilomètre. Le fleuve y est comme étouffé entre deux hautes chaînes et bordé de glaciers qui lalimentent. La chaîne du nord, celle des Alpes Bernoises, formant une escarpe continue, lui envoie pour ainsi dire plus d'avalanches que d'affluents; le glacier d'Aletsch, le plus long glacier des Alpes, s'y décharge par un petit torrent; la Lanza est également un torrent. La chaîne du sud, composée des Alpes Lépontiennes et des Alpes Pennines, projette, surtout dans ces dernières, de longs contreforts entre lesquels coulent de gros torrents, la Vtsp qui sert de déversoir aux glaciers du mont Rose et qui se grossit de la Visp de Saas, la Navisancke, la Borgne, la Dranse, formée de trois branches dont une prend sa source au Grand Saint-Bernard. ' Le lac Léman ou lac de Genève est un vaste fossé creusé par un glacier de la période quaternaire, long de 65 kilomètres, mesurant une superficie de 633 kilomètres carrés (dont 240 environ en France), élevé de 375 mètres au-dessus du niveau de la mer et ayant sur certains points une profondeur égale & son altitude. 11 est courbé en forme d*arc incliné au sud-ouest, dans la même direction que le lac de Neuchâtel et sous l'influence de la même cause, la barrière du Jura. C'est le second bassin du fleuve qui, sur la rive gauche ou rive française, est dominé par les hautes montagnes du Chablais, au pied desquelles sont Éoian et Thonon et qui reçoit la Dranse (44 kil.), nom commun à plusieurs torrents de cette contrée. La rive droite, bordée par les riantes collines de Lausanne et d'Aubonne, reçoit la Vénoge, qu'un seuil peu élevé sépare du bassin du Rhin. Le lac de Genève est le régulateur du Rhône> qui se perd en quelque sorte dans ses eaux d'un beau bleu foncé et qui s'y épure. La ligne de navigation sur la rive française de Saint Gingolph h Hermance est de 54 kilomètres. Genëye est bâtie au point où le fleuve sort du lac, roulant des
LA pnAXCE. 10
eaux azurées el limpides que salissent bientôt les flots limoneux de TArve. Il coule vers le sud-ouest en serpentant au pied du Jura; plus d'une fois, dans ce parcours difficile, il est forcé de
Pig. 56. — Source du Rhône (Extrait de la carte de rÊlai-major suisse au 100»000^.
changer de route, contournant les rocs ou se frayant à travers les cluses un lit qui parfois est large seulement de 25 mètres, mais très profond. Il traverse ainsi la chaîne entre le mont Yuache
et le Grand Crêteau dans une gorge où le fleuve, la roule, le chemin de fer et le fort de r Écluse, qui les défend et que cependant les Autrichiens prirent en 1814, se pressent les uns k côté des autres. A quelques kilomètres en aval, arrêté de nouveau par les éboulis du Crét-du-Nu et du Grand-Colombier, il plonge dans une sorte d'entonnoir où il s'engouffre presque entièrement à Tépoque des basses eaux ; puis il s'ouvre un chemin dans une fisssure profonde, large à peine de 10 mètres et en partie couverte de blocs tombés de la montagne : c'est la perte du Rhône au-dessous de laquelle le fleuve reçoit la belle cascade de la Valserine, L'industrie a profllé trop peu jusqu'ici de cette force naturelle pour faire fonctionner, & l'aide d'un canal de dérivation, des turbines et installer quelques usines au confluent même des deux cours d'eau.
Le Rhône tourne ensuite brusquement au sud en longeant, comme la Valserine, le pied de la crête; peut-être continuait-t-il autrefois sa course dans cette direction à travers le lac du Bourget et le lit actuel de l'Isère jusqu'à Grenoble ; la région située au pied du Grand Colombier est encore toute marécageuse, et il a fallu construire plusieurs digues, pour empêcher le fleuve de porter ses eaux vers cet ancien lit que les glaciers de la période glaciaire lui avaient probablement nivelé. Le fleuve, devenu navigable au ParCy traverse aujourd'hui le massif jurassique par une faille ouverte entre le Grand Colombier et le Landart : là est Culoz, frontière de la France avant 1860. Au delà, rencontrant une autre crête, le fleuve la côtoie d'abord dans la direction du sud, puis la traverse par la gorge où est le fort de Pierre-Chûtel et se heurte enfin contre une dernière crête qu'il contourne au sud de la montagne d'Izieu, par 212 mètres d'altitude; de ce côté encore, il parait avoir poursuivi autrefois son cours directement vers le sud-ouest, à travers des terrains d'alluvions attestant l'existence d'anciens glaciers; aujourd'hui la Bourbre supérieure y coule en arrosant les champs de la Yalloire.
A partir de la montagne d'Izieu, le Rhône se dirige vers le nordouest entre des plis du terrain jurassique et il débouche enûn, entre le mont Falcon et la forêt de Saint-Ser vérin, dans la plaine tertiaire de la Bresse, à une altitude de 193 mètres. 11 y a changé plusieurs fois de lit et il épand ses eaux en formant de nombreuses lies et en contournant le plateau de la Bresse jusqu'à ce qu'il atteigne le pied des Cévennes, où il reçoit la Saône.
De Genève à Lyon, il a un cours de 200 kilomètres, avec une pente moyenne de 1 mètre par kilomètre, ce cours, tourmenté et souvent
étranglé entre les crêtes du Jura, forme une suite de lignes brisées de l'est à Touest et du nord au sud, puis une ligne à peu près continue vers le nord-ouest. Il appartient au troisième bassin du Rhône,
A travers tous les obstacles que lui oppose le Jura, le Rhône tend toujours vers Touest, chassé en quelque sorte par la pente générale du soulèvement alpestre. Parvenu au confluent de la Saône, par une altitude de 161 mètres, il se trouve, comme cette rivière, acculé au pied des Cévennes. Il tourne alors brusquement vers le sud et il longe, d'aussi près qu'il le peut, leur base granitique ou cristalline, sans laisser quelquefois même la place d*un chemin de halage entre son lit et la croupe de la montagne. Il se trouve ainsi jeté sur la limite occidentale de son propre bassin, et, à chaque contour des Cévennes dont il presse en quelque sorte la base, il semble, comme tous ses afYluents de gauche, vouloir fuir plus loin encore vers l'ouest. Au confluent du Gier, il se heurte contre la pointe avancée des monts du Lyonnais, et il fait, pour la contourner, un brusque crochet de Givors à Vienne et de Vienne à Condrieu, entre deux lignes de hauteurs ; il reprend ensuite sa route vers le sud, d'abord en bordant la fertile plaine de la Valloire, puis en passant de nouveau entre deux rangées de hauteurs au débouché desquelles sont Tain et Tournon.
11 entre ensuite dans une belle plaine d'alluvion où il reçoit Vlsère^ puis la Drame et où il arrose Valence, ville en face de laquelle s'élève la montagne de Grussol, la première cime calcaire des Cévennes qu'il rencontre ; il a près de cette ville une altitude de 104 mètres et il a parcouru, depuis Lyon, 113 kilomètres. Le paysage commence à changer : les granits s'écartent dans la direction du sud-ouest et le Rhône continue à couler vers le sud au milieu de campagnes plus méditerranéennes; il rase les collines calcaires qui bordent sa rive droite, ayant tantôt des collines, tantôt une plaine ouverte sur la rive gauche (plaine de Montélimar, plaine d'Orange, plaine de Carpentras), s'étendant plus' à l'aise et formant de nombreuses et grandes lies. Près du Ventoux, qui dresse sa cime conique et chauve au-dessus des fertiles plaines du Comtal, le paysage devient tout à fait méridional. Le fleuve fait un dernier crochet, pour contourner la forêt de Malmont; il arrose Avignon, puis Beaucaire et Tarascon^ deux villes jumelles. De la mer jusqu'à ce point la remonte était facile; aussi la foire de Beaucaire dutelle au moyen âge sa splendeur à la présence des navires de la Méditerranée qui s'y arrêtaient. En eff'et, depuis ce point, le fleuve coule lentement dans une plaine basse, formée par ses alluvions.
En amont d'Arles^ point où était son embouchure avant les temps historiques et où commence aujourd'hui la navigation maritime (au pont d'Arles, à 48 kil. de la mer), il n'est plus qu'à 3 mètres au-dessus du niveau de la mer (i) ; il se divise en deux branches très inégales : le petit Rhône (58 kil. navigables) qui se jette dans la mer au milieu de marais et d'étangs, en se subdivisant en Rhône vif, débouchant au grau d'Orgon, et en Rhône mort; le grand Rhône qui emporte les six septièmes de l'eau du fleuve. Ce dernier se dirige au sud-sud-est, entre la plaine pierreuse de la Crau, formée par les galets de la Durance et l'île marécageuse de la Camarguey formée par le limon du Rhône et occupant une étendue d'environ 1,100 kilomètres carrés; il.se jette dans la mer à l'entrée du golfe de Fos en envoyant à l'ouest une petite branche aujourd'hui desséchée, dite le Brasde-Fer ou bras du Japon, que termine le vieux Rhône, et en formant des graus ou bouches et des theys ou barres que ses alluvions modiBent sans cesse. On évalue h 21 millions de mètres cubes le limon qu'il y dépose chaque année.
Grossi par les eaux de plusieurs centaines de glaciers, le Rhône est le fleuve de France qui a le débit le plus considérable : il verse à la mer, en moyenne, 2,200 mètres cubes d'eau par seconde. Il a un cours torrentueux jusqu'à Lyon; depuis cette ville, il est très rapide et sujet à des crues brusques (6™, 81 d'élévation au-dessus de l'étiage et 7,000 m. c. de débit au pont de Givors en 1856) ; ses embouchures ensablées sont peu praticables et les bancs de sable de son cours moyen ne permettent pas d'y naviguer avec des bateaux d'un fort tonnage.
3® Les p7'€mie)*s affluents de droite. — Les premiers affluents de la rive droite du Rhône viennent du Jura et de la plaine de la Saône.
Le London, reçoit le Lion, grossi de la Journan qui passe à Gex et dont le confluent est en Suisse.
La Valserine (52 kil.) coule du nord au sud dans une cluse profonde et pittoresque, au pied des plus hautes crêtes du Jura, et reçoit par la Sémine le trop-plein du iac de Sylans.
Le Séran (35 kil.), né dans le val Romey, et le Furans (32 kil.) coulent aussi vers le sud.
L'Ain (190 kil. — 171 d'après le général Strelbitsky — dont 92 navigables), dont la vallée, presque partout étroite et profonde, est une cluse du Jura plus pittoresque encore, descend aussi du
(I) CependaDt rinscription maritime commence & Vtle de Vallabrègues, à 70 kilomètres de la mer, tandis que la salare des eaux et la pèche maritime ne commencent qu'à Tembouchure même dans une mer sans marée.
nord au sud ; il forme deux belles cascades en passant d'un étage du Jura à Tautre, reçoit la Sienne qui baigne Saint-Claude, YOignin qui lui apporte Teau du lac de Nantua, la Valoute, le Surandf VAlbarine, dont un chemin de fer suit la pittoresque vallée ; il devient navigable à Condes et il se confond avec le Rhône au pied du plateau de la Bresse.
La Saône (453 kil. — 432 d'après le général Strelbitsky — dont 374 navigables) prend sa source par 400 mètres environ d'altitude dans les monts Faucilles, près de Vioménil, au nord de la forêt de Darney qu'elle traverse. Elle arrose Gray par 208 mètres d'altitude et recueille auparavant dans son lit l'eau des nombreux et abondants ruisseaux qui descendent du grand cirque formé par les Vosges, les Faucilles et le Plateau de Langres et qui se réunissent comme les branches d'un éventail : à gauche, le Coney{60 kil. dont il navigables) devient navigable à CoirCy à la jonction du canal de l'Est, la Lanterne (65 kil.), grossie du Breuchin et de la Semouse, qui reçoit elle-même VAugrogne et la Combeautéj le Durgeon (50 kil.) qui arrose Vesoul; YOignon[i^^V\\.), dont le cours est très sinueux, la vallée fertile et qui reçoit la Reigne, ruisseau passant à Lure, et le Raliire qui arrose Rouchamp; à droite, VApance[^'l kil); VAmance (72 kil.), dont le chemin de fer de Chaumont à Vesoul suit la vallée : le Salon (60 kil.), non moins riant, la Vingeanne (96 kil.), la Bèze, la Tille (92 kil.), formée de trois ruisseaux et grossie de YIgnon; entre la Vingeanne et la Tille a été livré par Henri IV contre les Espagnols le combat de Fontaine-Ft ançaise {io96). Plusieurs de ces cours d'eau, l'Oignon à Froideterre, la Tille à Lux et à Genli^, se perdent dans des fissures, comme il arrive souvent dans les terrains calcaires, et reparaissent plus loin ; une des infiltrations de la Tille donne naissance à la belle source de la Bèze,
La Saône continue son cours en serpentant vers le sud-est dans la plaine qui porte son nom. Elle reçoit VOuche (101 kil.), qui, avant de gagner cette plaine, coule vers le nord-est, en séparant la Côte d'Or du reste du plateau, et dont la vallée forme le principal débouché du bassin de la Seine dans le bassin du Rhône ; le canal de Bourgogne et le chemin de fer de Paris à Lyon y passent et aboutissent à Dijon avec le Suzon; c'est sur les bords de l'Ouche que Clovis, venu de Paris, battit, en l'an 500, l'armée du roi des Burgundes. La Saône reçoit ensuite la Dheune (65 kil.) qui, suivant la même direction, prête son eau au canal du Centre et se grossit du Aluzin ou Meuzin, qui passe plus au sud, à Nuits et reçoit lui-même la Bouzoize dont la source est près de Beaune ;
la Dheune communique par le canal du Centre avec la ThaHe^ qui baigne Chalon-sur-Saône.
En face de la Dheune débouche le Doubs, le plus important des affluents de la Saône. Le Doubs (430 kil., dont 69 navigables) prend sa source dans une grotte au pied du mont OHvet, contrefort du Risoux, par 937 mètres d'altitude, coule vers le nord-est dans une des hautes vallées longitudinales du Jura, forme le lac de Saint-Point (Soi mètres d'altitude), reçoit le Drugeon^ puis baigne Pontai^lier, Retenu par un étranglement de sa vallée, il perd dans le calcaire une partie de ses eaux ; puis il s'étale de nouveau et forme un lac {lac de Chaillexon ou des Brenets)^ à l'extrémité duquel il tombe d'une chute de 27 mètres : c'est le saut du Doubs. 11 continue à couler vers le nord dans une gorge étroite et tortueuse, servant d'abord de frontière entre la France et la Suisse, puis appartenant sur ses deux versants à la Suisse. 11 se heurte alors contre la muraille du mont Terrible et des montagnes du Lomont, tourne brusquement à l'ouest en longeant leur pied méridional; près de Saint-Hippoli/te, il reçoit le rapide Dessoubre; il rencontre, à Pont-de-Roide, une fissure par laquelle il traverse ces montagnes en reprenant sa course vers le nord. Arrêté une seconde fois par les dernières pentes des Vosges, il tourne vers le sud-ouest, franchit un autre défilé du Lomont, puis arrose Daumeles-DameSy où il reçoit le Cuïsancin. Son cours, malgré ses nombreux replis, dans l'un desquels est enveloppée la ville forte de Besançon, plusieurs fois assiégée, conserve cette direction jusqu'à son confluent à Verdun, où il parvient après avoir baigné Dôle. Il reçoit Y A Haine (67 kil.), venue du Jura et grossie, à Monibéliardj de la Lisaine (30 kil.) ou Lusine, théâtre de combats en 1871, le ruisseau de Saint-Nicolas y la Savoureuse qui vient des Vosges, baigne Belfort et qui coule aujourd'hui sur la frontière de la France amoindrie, la Loue (140 kil. dont 34 flottables), rivière pittoresque, grossie du Lison et renommée pour sa source et la beauté des sites de sa creuse vallée, la Furieuse, la Cuisance et VOrain qui naît près de Poligny sous le nom de Glantine.
Après le confluent du Doubs, la Saône, sous l'influence de la pente générale du Jura dirigée vers l'ouest et de la pente du plateau de la Bresse dirigée vers le nord-ouest, se range au pied des Cévennes. Cette dernière chaîne lui envoie la Grosne (90 kil.), formée de deux ruisseaux et grossie de la Gwye, le Morgon^ qui passe à Ville franche, et YAzergues (66 kil.), qui reçoit la Brévenne, grossie de la Turdine, coule dans une direction opposée à la Grosne,
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l'une vers le nord» l'autre vers le sud, et baigne Mâcon. Parmi les affluents de gauche de la Saône, la Seille (116 kll. dont 39 na\îgables) suit encore, dans son cours tourmenté, la direction dusud-ouest; elle arrose LouAans et reçoit la Brenne^ le Solnan^ grossi de la Valliére qui passe à Lons-le-Sannier. Les autres affluents, la Beyssous$e{Si kil.), qui arrose Bourg, la Veyle (15 kil.)f la Chalaronne (33 kil. dont 6 navigables), déversoirs des étangs des Dorobes, se dingent vers le nord-ouest, à contre-sens de la Saône, en suivant la pente du plateau de la Bresse. La Saune s'encaisse entre deux lignes de coteaux dans le défilé de Rochetaillée qui la conduit dans le Rhùne, à Lyon, par 161 métros d'altitude (voir plus loin dans la Revue des provinces le plan de Lyon).
Bien différente du Rhône qui précipite ses eaux rapides sur une pente de 62 centimètres par kilomètre depuis sa sortie des gorges du Jura jusqu'à Lyon et de 55 centimètres par kilomètre de Lyon à Arles, la Saône, qui ne fournit guère qne le quart des eaux du Rhône, est lente et n'a guère, depuis le point de navigabilité jusqu'au confluent, que 11 centimètres de pente en moyenne. César disait qu'elle coule « incrcdibili lenitate ».
4* Les derniers affluents de droite. — Les devenues, que le Rhône borde de très près, ne lui envoient que des torrents.
Le Gier (45 kil.), qui arrose Saint-Ghamond, n'a d'importance que par son canal.
La Cance{kk kil.), qui arrose Annonay, el l'Ay, (30 kil.) parcourent des sites pittoresques.
La Doux (60 kil.), qui coule dans une gorge profonde, se jette dans le Rhône près de Tournon,
UÉrieux (70 kil.), qui coule également resserré dans une gorge granitique, est sujet, comme la Doux, à des crues dévastatrices.
VOuvèze (26 kil.) passe au pied de Privas où il reçoit deux torrents.
UEscoutay débouche à Viviers.
L'Ardèche (108 kil.) est redoutable à cause des nombreux torrents du Yivarais qui la grossissent, tels que la Ligne qui passe à Largentière^ le Chassezac qui prend sa source au Maure de la Gardille. L'Ardèche roule quelquefois plus d'eau aux équinoxes, surtout vers l'équinoxe d'automne, que le Rhône, en temps moyen; on a vu ses eaux monter de 19 mètres, et son débit s'élever à 7,000 mètres cubes à la seconde ; dans d'autres saisons, il est presque à sec Son bassin, comme celui des rivières voisines, est fermé au nord par un contre-fort des Cévennes (monts
du Coiron) qui dessine un cirque où s'engouffrent les orages apportés par les vents du sud et d'où les eaux s'écoulent avec impétuosité sur les rocs imperméables que la rivière ronge ; la belle voûte du pont d'Arc a été ainsi formée.
La Cèze (100 kil.), torrent capricieux coulant au fond de défilés sauvages, est surtout remarquable par la pittoresque série de ses chutes désignées sous le nom de cascade du Sauladet,
Deux torrents, le Gardon d* A lais et le Gardon d'Anduze^ grossi du Gardon de A/ialet, se réunissent au pied des Gévennes pour former le Gard ou Gardon (137 kil., depuis la source du Gardon d'Anduze, dont 2 navigables) ; il reçoit r.4 Izon, grossi de la fontaine d'Eure qui coule au pied d'Uzès et dont les eaux étaient conduites jusqu'à Nîmes par l'aqueduc du pont du Gard ; le Gard et les Gardon sont des torrents presque sans eau à certaines époques, mais qui se gonflent tout à coup et dévastent quelquefois leurs campagnes.
5* Les affluents de gauche. — Tous les affluents de la rive gauche du Rhône viennent du massif alpestre.
VArve (100 kil.) a sa source non loin du col de Balme par 2,275 mètres d'altitude ; il descend la vallée de Ghamonixen recueillant les eaux des glaciers du Mont Blanc, particulièrement celles de la Mer de glace que VArveiron lui apporte ; puis il coule vers l'ouest-nord-ouest dans une vallée étroitement resserrée jusqu'à Cluses, où il reçoit la Giffre, la Borne et plusieurs autres torrents; il baigne Bonneville, reçoit VAire qui passe à Saint-Julien^ et se jette dans le Rhône au-dessous de Genève par 372 mètres d'altitude. Sa grande pente (environ 18 mètres par kilomètre) en fait un des torrents les plus impétueux des Alpes, d'un maigre débit en hiver, d'un volume considérable à l'époque de la fonte des neiges. On a songé à débarrasser le lit étroit du Rhône de ces crues variables en conduisant l'Arve dans le grand réservoir du lac Léman.
Le Fier (76 kil. dont 3 kil. navigables) a sa source au mont Charvin, traverse des gorges renommées, reçoit à Annecy, par deux canaux, le Thiou et le Petit Thiou, les eaux du pittoresque lac d* Annecy (28 kil., carrés), tout encadré de montagnes, et celles du Chéran^ venu du massif des Beauges.
Le lac dn Bourget (44 kil. carrés) est le fond d'un lit de glacier et le dernier reste d'un grand lac dans lequel le Rhône a coulé peut-être autrefois ; il est à peu près au même niveau que le Rhône actuel et il a une profondeur de 80 mètres et plus : il reçoit la Leysse, qui vient des Beauges arrose Chambéry après avoir reçu YAlbane dont la source n'est séparée du bassin de l'Isère que par
un seuil tout à fait insensible (309 m. au point culminant] : en réalité, une vallée continue s'étend du lac du Bourget (238 mètres d'altitude) à risëre (238 mètres au fort Barraux). Le lac se déverse dans le Rhône par le canal de Savières (22 kil. navigables en tout).
Le Guiers (55 kil.), formé par la réunion du Guiers vif et du Guiers mort qui ont tous deux leur source dans le massif de la Grande-Chartreuse et qui se réunissent à Tentrée de la Gorge des Echelles^ reçoit les eaux du gracieux petit lac d'Aiguebelette.
La Bourbre (80 kil.) coule presque toute en plaine, au milieu d'une contrée marécageuse, dite Terres Froides, etarrose/a7\>ur-rftt-PtVi.
VOzon (24 kil.), la Gère (40 kil.) dont le confluent est à Vienne, le Varèze, le Dolon (38 kil), la Galaure (56 kil.) sont de petites rivières qui arrosent une plaine du Dauphiné, assez semblable à la Bresse par sa constitution géologique et par ses nombreux étangs, et qui, sur certains points, s'enfoncent dans des gorges dignes d'être visitées.
L'Isère (290 kil. dont 217 navigables) prend sa source dans les glaciers du mont d'Iseran à une altitude de plus de 2,300 mètres. Torrent emprisonné entre les hautes murailles des Alpes de Savoie, il court à travers les rocs dans la gorge qui s'ouvre devant lui, en faisant de brusques détours, au nord-ouest d'abord dans un site grandiose, au sud-ouest ensuite en arrosant la sombre vallée de la Tarentaise et la petite ville de Moutiers, son ancienne capitale, puis au nord-ouest 'jusqvCk Albertville, où il se replie de nouveau vers le sud-ouest pour baigner, entre les massifs de la Grande-Chartreuse et de Belledonne, la riche vallée du Graisivaudan. L'Isère s'est déjà grossi du Doron h. Moutiers sur la rive gauche: de VArly, grossi lui-même d'un autre Doron^ à Albertville^ sur la rive droite; puis de l'Arc (150 kil.), torrent impétueux dont la* source, située à 2,816 mètres d'altitude, est voisine de la sienne, et qui, grossi aussi d'un Doron, décrit un grand arc de cercle en baignant toute la Maurienne; enûn du Bréda, torrent qui reçoit l'eau des Sept lacs. Il est normalement navigable depuis son entrée dans le département de l'Isère. En aval de Grenoble (autrefois à Grenoble même), ville bâtie au sud du Graisivaudan, l'Isère reçoit son plus grand affluent, le Drac (148 kil.), torrent non moins impétueux que l'Arc et plus dévastateur. Formé par la réunion du Drac proprement dit et du Drac de Champoléon, le Drac coule entre de hautes montagnes et se grossit des torrents de la vallée du Champsaur, du Dévoluy et de rOisans, la Sévéraise, la Bonne, VÉbron, surtout la Bomanche (88 kil.), alimentée par les glaciers du massif du Pelvoux et grossie
du Vénéon et des eaux du lac de Laffrey ; dans cette région, les cascades, les torrents, les sauvages beautés de la gorge de Tlnfernet, de la route du Lautaret, du cirque du Vénéon et du fertile val d*Oisans sont renommées. Au delà de Grenoble, l'Isère reçoit Veau du lac de Paladru; la Cumane qui passe à Saint-Marcellin; contourne le massif du Vercors, qui lui envoie la Boume (40 kil.) renommée, comme le Vernaison et même la Lyonne, ses afOuents, pour la beauté grandiose des gorges qu'elle traverse ; se replie une dernière fois vers le sud-ouest, reçoit encore VBerbasse et se jette dans le Rhône en amont de Valence.
La Véoure (40 kil.) est un torrent qui descend des dernières pentes boisées du terrain crétacé.
La Drdme (118 kil.) sort d'une belle source dans la région des montagnes du Luc et coule au nord-ouest; arrêtée par un éboulement, elle forme deux lacs d'où elle s'échappe par des cascades, reçoit le Bez (flottable sur 10 kil.) à Dié, puis la Mérosse, la Roanne, la Cervanne, et, après plusieurs détours, coule directement vers Touest jusque dans le Rhône.
Le Roubion (68 kil.) se grossit du Jabron à Montélimar.
Le Berre (32 kil.) et le Lez (75 kil.) reçoivent les eaux de l'étang de la Bonde.
VAygues (100 kil.), grossi de YOule, est un torrent capricieux qui passe à Nyons.
Le Meyney petit torrent, passe à Orange,
LsiSorgues (40 kil.) doit sa naissance à la fontaine de Vaucluse. Au pied d'un cirque de roches calcaires et perméables, coupées à pic sur une hauteur d'environ 120 mètres, cette célèbre fontaine sourd tout à coup en bouillonnant ; même à l'époque des sécheresses, elle débite un volume d'eau à peu près égal au quart de la Seine à Paris. La Sorgues se divise en plusieurs branches qui fertilisent le pays ; elle reçoit leiNesque (64 kil.), grossie de la Crau, qui coule à un niveau plus élevé et dont les infiltrations dans le terrain calcaire alimentent probablement la fontaine de Vaucluse ; puis elle se grossit de plusieurs ruisseaux sortis par d'abondantes sources des flancs poreux du mont Ventoux, la Mode^ YAuzon qui coule au pied de la colline de Garpentras; elle reçoit ensuite YOuvèze (95 kil.), qui descend du versant septentrional du mont Ventoux.
La Durance (380 kil. dont 256 flottables) prend sa source près du mont Genèvre, se grossit de deux torrents plus abondants qu'elle, la Clarée qu'on peut regarder comme la vraie source de la Durance et la Guisanne, passe au pied de Briançon par 1,249 mètres d'alti-
tude, franchit un sombre défilé, reçoit sur sa rive gauche le Guil (60 kil.) qui arrose le Queyras^ coulant, de sa source à son confluent, dans des gorges sauvages et étroites ; puis, après avoir passé au pied d'Embrun^ elle reçoit VUbaye (75 kil.), grossi de VUbayeUe, et le San, torrent capricieux et dévastateur qui arrose Barcelonnette. Ensuite, sur sa rive droite, tombent la Luyet petit torrent qui passe à Gap, et le Buech, grossi du Grand et du Petit Buech, qui descend du Dévoluy et dont le confluent est kSisteron; sur sa rive gauche, la Bléone (70 kil.), qui passe à Digne et que grossit le Bès^ VA sse (80 kil.), formé de deux torrents, le Verdon (170 kil.), qui, formé de la réunion de trois torrents et grossi des eaux qui s'écoulent souterrainement du lacd'Allos (2,239 m. d'altitude) par le Chadoulin^ arrose Castellane^ reçoit Ylssole^ YArtuby et traverse plusieurs défilés profonds et pittoresques, le Lez, enfin le Calavon (84 kil.), qui prend sa source sur le flanc de la montagne de Lure, passe à Apt et qui est renommé par ses cascades.
Tous ces cours d'eau, comme la Durance elle-même, sont des torrents impraticables à la navigation et presque au flottage, courant sur de très larges lits de galets semés d'îlots, tantôt en filets, tantôt en flots précipités et dévastateurs. Sur certains points, la Durance, toute mouchetée d'iles, a jusqu'à 2 kilomètres de largeur, et son lit est composé de bancs de sable formant dos d'âne. Son cours inférieur, qui alimentait directement les Fosses mariennes, s'est beaucoup modifié depuis les temps historiques. Cependant le Verdon et la Durance, riches en limon, sont devenus, gr&ce à des canaux de dérivation, les bienfaiteurs des campagnes et même des villes dans le Gomlat et dans la Basse-Provence; le Verdon donne son eau à Aix ; la Durance donne son eau à Marseille et, plus bas, aux canaux de Crapponne, de Carpentras, de Boisgelin ou des Alpines et du Verdon. C'est pour amener l'eau de la Durance à Marseille qu'a été construit, au-dessus de la vallée de l'Arc, le magnifique aqueduc de Roquefavour. Aux basses eaux, la Durance débile de 80 à 100 mètres cubes par seconde, dont 69 sont dérivés par les canaux ; elle a des crues fréquentes pendant lesquelles son débit atteint 300 k 1,000 mètres cubes et même 3,000 mètres par seconde.
43. Les bassins secondaires de la Méditerranée. — i"" L'étendue, — Les bassins dépendant du Rhône ou bassins secondaires de la Méditerranée occupent une superficie de 28,400 kilomètres carrés. Ils ont pour bornes les Alpes Liguriennes, une partie des Alpes de Provence, les Cévennes méridionales et une psirtie des Pyrénr'es orientales. Ils s'étendent sur la côte de la Méditerranée à l'est, c'est-
à-dire à gauche du Rhône, jusqu'à Gènes, et à Touest ou à droite du Rhône jusqu'au cap de Creus (voir le relief du sol, § 10, 13, 30 el 34).
2» Les fleuves côtiers à gauche du Rhône. — L'étang de Berre reçoit la Toulouhre (68 kil.), qui est en partie alimentée par le canal de Grapponne el qui traverse une gorge pittoresque avant de déboucher dans l'étang, et Y Arc (85 kil.), qui coule vers l'ouest, passe à 2 kilomètres au sud d'Aix et irrigue par des saignées les campagnes qu'il ravage quelquefois par ses débordements.
VHuveaune (55 kil.), qui se jette dans la mer au sud de Marseille, a la même direction.
Le Gapeau (54 kil.), qui se jette dans la rade d'Hyères au sud des .nontagnes des Maures, a la directions du sud-est.
L'Argens (101 kil.), le principal fleuve côtier de cette région, a la même direction ; il naît d'une belle et forte source et il se grossit d'autres sources non moins abondantes et très nombreuses sur les plateaux calcaires où les eaux se perdent dans des gouffres dits embues, pour reparaître plus loin; il s'accroît aussi de plusieurs torrents, entre autres de l'/sso/e, grossi lui-même du Caramy, qui arrose la plaine de BrignoleSf delà Bresques^ de Y Aille, du Nartuby, qui passe à Draguignan, et il se jette dans le golfe de Préjus.
La Siagne (50 kil.) n'a de remarquable que la beauté de sa source.
Le Loup (55 kil.) est un torrent dont lembouchure est voisine de celle du Var.
Le Var (135 kil.) sort, à une altitude d'environ 1,800 mètres, d'une source abondante située à l'est du lac d'Allos^ dont les infiltrations, dit-on, l'alimentent; c'est un torrent redoutable, étroitement resserré dans des gorges sauvages. Il coule d'abord du nord au sud ; puis, arrêté par un des nombreux chaînons orientés de l'ouest à l'est, il prend cette direction, arrose Puget-Théniers par 400 mètres d'altitude, reçoit, sur sa rive gauche, la Tinée (75 kil.), qui descend directement du nord dans une vallée plus étroite et plus sauvage encore que la sienne, puis la Vésubie (50 kil.), non moins pittoresque, et, sursa rive droite, YEstéron (65 kil.). Il débouche ensuite dans la plaine où il s'étend sur un large lit qu'il a pavé de galets arrachés aux montagnes ; il ne le remplit qu'à l'époque des hautes eaux, où il verse dans la mer 4,000 mètres cubes d'eau, tandis qu'il en porte 30 à peine dans les basses eaux.
A l'est du Var sont plusieurs torrents qui ont un régime aussi capricieux et qui sont d'autant moins importants que la crête des Alpes se rapproche plus de la mer : le Paillon (34 kil.), qui passe à Nice et qui souvent est presque à sec, la Roya (60 kil.) qui naît au pied du
col de Tende sur le territoire italien et qui, entrant en France par une gorge très étroite, y coule Tespace de 20 kilomètres et en sort pour se jeter dans la Méditerranée sur la côte italienne. La Taggia, la Centa, petits torrents au delà desquels on ne trouve plus, sur la côte du golfe de Gènes, que des torrents plus petits encore jusqu'à la Magra^ débouchant à Test du golfe de la Spezia, appartiennent à Tltalie.
3* Les fleuves côtiers à droite du Rhône, — Le Vistre (68 kil.) n'est qu'un maigre cours d*eau qui descend des Garrigues de la plaine de Nîmes, reçoit les eaux de la fontaine de Nîmes et se perd dans un canal .
Le Vidourle (100 kil.) est aussi un maigre cours d'eau ; mais les orages le transforment quelquefois subitement, comme la plupart des autres rivières venues des Gévennes, en un large torrent, terrible par ses ravages.
Le Lez (29 kil. dont 10 navigables), remarquable par sa source abondante, passe au pied de la citadelle de Montpellier, où il reçoit un ruisseau, le Merdanson et il se grossit plus loin du Mosson (1 kil. 1/2 navigable).
L'Hérault (164. kil. dont 12 classés comme navigables) prend sa source sur les flancs de l'Aigoual dans les Gévennes, descend rapidement vers le sud dans des gorges étroites, particulièrement à Saint- Guilhem-le-Désert, reçoit des monts de Garrigues VAtre (35 kil.), qui arrose le Vigan et une des plus riantes vallées des Gévennea, la Vis (76 kil. jusqu'à la source de la Virenque) qui coule dans des gorges sauvages, la Lergue (43 kil.) qui fait mouvoir les fabriques de Lodeve; il débouche ensuite dans la plaine du Bas Languedoc, passe près de Pézenas et se jette dans la mer à l'ouest d'Agde. En 1868, les crues de Téquinoxe d'automne ont porté son débit à 3,800 mètres cubes par seconde.
VOrb (144 kil. dont 3 1/2 navigables) a sa source à l'ouest du plateau des Garrigues, reçoit le Jaur (55 kil.), qui nait au-dessus de Saint-Pons, et coule d'un cours tourmenté avant de descendre dans la plaine où il passe au pied de Béliers.
L'Aude (208 kil.) nait dans un petit lac au pied du roc d'Aude, coule l'espace de plus de 30 kilomètres au fond d'une gorge taillée à pic, dans laquelle il est comme perdu à une profondeur de plusieurs centaines de mètres; il reste ensuite encaissé jusqu'à Zimoiix; mais sa vallée, un peu plus large, laisse, depuis Axât, place à une route. A partir de Limoux, il continue à couler vers le nord, à l'ouest du massif des Gorbières, jusqu'à ce qu'il rencontre les dernières pentes de la montagne Noire des Gévennes ; il se recourbe alors vers l'est, comme au même contact la Garonne se replie à l'ouest,
et il reçoit, par 84 mètres d'altitude, le Fresquel, venu du passage de Naurouse ; là a été bâtie Carcassonne, ville située, comme Toulouse, au débouché de la route naturelle qui joint la côte de la Méditerranée au bassin de la Garonne. Depuis ce point, le fleuve coule dans la belle et chaude plaine du Languedoc où il reçoit la Cesse et VOrbieu; puis, formant une sorte de delta qui enveloppe la montagne de la Clape, il se jette en partie directement dans la mer, en partie dans Vélang de Sigean par le canal dit Robine de Narbonne, lequel, avant 1388, était son principal lit. L'Aude, dont le débit varie de 3,000 mètres cubes à 5 mètres cubes par seconde, roule beaucoup de limon.
UAgly (75 kil.), petit cours d'eau qui descend du pic de Bugarach, fertilise par des irrigations la plaine du Roussillon.
La Têt (115 kil.), qui prend sa source, par 2,325 mètres, au puig Peyric et qui arrose Monllouis, Prades et le pied de Perpignan, est un torrent qui tantôt s'élargit en manière d'étang, tantôt descend par une suite de rapides entre les rochers qui l'étranglent; il fertilise aussi la campagne du Roussillon.
Le Tech (85 kil.) prend sa source entre le roc Coulom et le pic de Gostabonne, coule d'abord dans une gorge étroite et pittoresque, passe aux bains de la Preste^ à Pratz de Mollo (748 m.), à Amélie-les- Bains ^ près de Céret dans le Vallespir, entre dans la plaine du Roussillon, en suivant, comme tous les cours d'eau de la province, la direction est-nord-est qui est celle des crêtes dans cette partie des Pyrénées.
44. I4m «aromme. — 1"* Le bassin. — Le bassin de la Garonne mesure environ 85,000 kilomètres carrés, dont 2,500 environ (val d'Aran) appartiennent à l'Espagne. Il occupe toute la^partie sud-ouest de notre territoire et comprend presque tout le bassin aquitanique des périodes géologiques antérieures à la nôtre. Il est borné : 1* sur le versant sud-est, par les Géyennes méridionales qui le séparent du bassin du Rhône ; â"" sur le versant septentrional, par Varêle du Massif central (Margeride, partie des monts d'Auvergne, monts du Limousin), et par les collines de Saintonge ; 3^ sur le versant méridional, par les Pyrénées; 4*" sur le versant occidental, par le contrefort des Pyrénées qui se détache au pic d'Arbizon, par le plateau de Lannemezan, par une des rangées des coleaxix d* Armagnac et par la plaine des Landes et les coteaux du Médoc (Voh* le relief du sol, § 30, 31, 34, 35).
f Le fleuve. — La Garonne (605 kil. dont 547 en France, sur lesquels 86 flottables et 461 navigables) prend sa source dans le
val d^AraUy en Espagne (voir fig. 66). A peu de distance de la source de la Noguera, par 1,872 mètres d'altitudei deux sources, dites les yeux de la Garonne, sortent du pied d'un petit rocher et donnent naissance au torrent : c'est la Garonne orientale et la véritable origine du fleuve. Le torrent se joint bientôt à un torrent plus considérable, descendu d'une altitude d'environ 2,000 mètres, près du port de la Hourquette et passe à Biella. Le gave de la Picade ou Garonne occidentale, plus importante encore, quoique moins longue, naît, par une altitude de plus de 1,400 mètres, de plusieurs sources dites Goueil de Jouéou (Œil de Jupiter) ; très abondantes à l'époque de la fonte des neiges, ces sources sont alimentées par les glaciers de la Maladetta, dont le torrent, à 4 kilomètres de là, derrière la montagne, se perd avec fracas dans le trou de Toro, à 600 mètres au-dessus du Goueil de Jouéou.
Le fleuve, grossi de plusieurs autres torrents du val d'Aran, s'abîme en partie dans le gouffre de Clédes (par 730 m. d'altitude) et entre en France par l'étroite gorge du Pont-du-Roi (590 m.), ainsi nommée parce qu'un pont (le pont du Roi René) y traverse le fleuve naissant dont le lit est à plus de 1,000 mètres au-dessous des crêtes ; c'est là qu'il devient flottable.
Il coule rapide et pur vers le nord entre les contre-forts de la chaîne qui le serrent étroitement aux gorges de Saint-Béat. Arrêtée au sortir des défilés pyrénéens, à Monlréjeau (400 m. environ d'altitude), par le plateau de Lannemezan, la Garonne se replie vers l'est, décrit une grande courbe en longeant le faisceau des collines d'Armagnac, passe au pied de Saint-Gaudens, devient navigable au confluent du Salât à Roquefort et entre dans une plaine d'alluvion, monotone, mais riche, où elle arrose Muret; là s'est livrée, en 1213, entre Pierre d'Aragon et Simon de Montfort, la bataille qui décida du sort du comté de Toulouse.
Le fleuve vient ensuite se heurter contre les derniers coteaux des Gévennes dont la pente dirige toutes les eaux de cette région vers le nord-ouest ; il suit cette direction et coule dans une longue et fertile plaine d'alluvion qu'on nomme « la Rivière ». C'est au lieu où il se recourbe ainsi et d'où une route de terre conduit au passage de Naurouse qu'a été bâtie dans l'antiquité la ville de Toulouse (132 m. d'altitude), qui par cette situation était l'entrepôt naturel du commerce de la Garonne et de la Méditerranée, et qui est devenue de bonne heure une grande cité et une des capitales du Midi ; c'est là aussi que débouche le canal du Midi et c'est sur les coteaux situés au nord de la ville que le maréchal Soult livra
la bataille de 1814. Au confluent du Tarn, les pentes du Massif central, qui dirigent toutes les eaux à l'ouest et au sud-ouest, forcent la Garonne à s'incliner davantage vers l'occident. Elle coule à pleins bords, ondulant entre deux lignes de coteaux et inondant quelquefois sa riche vallée sur de vastes espaces: en 1875, elle s'est élevée à plus de 10 mètres au-dessus de Tétiage. Elle passe au pied de CoiteUarrasin, de Afoissac^ arrose Agen, Marmande, la Réole, villes bâties, comme Toulouse, sur sa rive droite. Puis, bordée d'un côté par la plaine stérile des Landes, de l'autre par une ligne de coteaux garnis de vignobles, elle arrose Bordeaux. En ce lieu, la Garonne est déjà un fleuve profond et large d'environ 600 mètres dans lequel la marée montante et descendante se fait sentir ; c'est pourquoi le grand port maritime de l'Aquitaine y a été bâti, à 98 kilomètres de la mer. C'est le point où commence aujourd'hui la navigation maritime (à 97 kilomètres de la mer) ; mais l'inscription maritime s'exerce jusqu'à Mondret, à 149 kilomètres de la mer, tandis que la salure des eaux et la pèche maritime ont leur limite à Saint-Julien, à 57 kilomètres de la mer.
"Vingt-trois kilomètres au-dessous, au bec d'Ambès , la Garonne s'unit à la Dordogne et prend le nom de Gironde (voir fig. 57) : c'est dès lors un estuaire, large de 4 à 13 kilomètres, sur la rive droite duquel est Blaye et qui débouche dans la mer entre Isl pointe de Grave au sud et la pointe de la Coubre au nord, au milieu de grands bancs de sable entre lesquels le phare de la Tour de Cordouan aide les marins à se diriger. Dans l'antiquité, cet estuaire, aujourd'hui modiûé par les dunes et par les vagues, paraît avoir eu deux bouches.
3* Les affluents de droite. — Les deux premiers affluents importants de la rive droite de la Garonne viennent des Pyrénées et coulent du sud au nord ; les autres viennent des Gévennes et du Massif central et ont une direction générale vers l'occident, mais en convergeant comme les rayons d'un cercle dont le centre serait à peu près au confluent du Lot.
Le Saht (78 kil. dont 17 navigables) est un torrent formé par la réunion de plusieurs petits torrents nés sur la frontière ; il se grossit du Garbet et de VArac à droite, du Lez à gauche, arrose Saint- Girons, franchit plusieurs défilés sauvages et coule dans une étroite, mais fertile vallée avant de se jeter dans la Garonne.
L'Ariège (157 kil. dont 38 navigables) prend sa source à plus de 2,000 mètres d'altitude dans le pic Nègre, sert, sur les neuf premiers kilomètres, de frontière entre la France et l'Espagne, des-
cend d'abord rapidement vers le nord-ouest, serré entre deux crêtes sauvages, reçoit, entre autres torrents, celui de Vicdessos, se
Fig. 57. — Bassin de la Garonne.
dirige ensuite vers le nord à travers une percée des montagnes de granit, arrose Foix, traverse la double ligne du Plantaurel et
débouche dans une belle plaine d'alluvion où il arrose Pamiers et à rextrémité de laquelle il reçoit YHers (120 kil.), par 197 mètres
Pig. 57 bis, — Bassin de U Garonne.
d'altitude, puis la Lèze, Dans son cours inférieur, TAriége est dominé sur sa rive droite par les dernières collines des Corbières , à son con-
Lk FRANCE.
fluent. il n'est plus qu*à 137 mètres au-dessus du niveau de la mer. VHers (108 kil.), qu'on nomme aussi Hers-Mort h cause de la lenteur de son cours, naît dans le voisinage de Naurouse; il se grossit du Mares, qui baigne Ville franche-de-LauraguaiSj eidxxGirou et se jette dans la Garonne au-dessous de Toulouse; le canal du Midi suit la vallée de cette rivière.
VAL D'ARAM et sources DE LA GARONNE
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EcheiJ« de /. 500 000 f3 mill pour i jTiiomJ
Fig. S8. — Souixes de la Garonne.
Le Tarn (375 kil. dont 147 navigables) est un des trois grands affluents que la Garonne reçoit du Massif central et qui, sortis de terrains granitiques très arrosés par les pluies, sont sujets à des crues considérables. Il a sa source par 1,600 mètres environ d'altitude sur le flanc méridional du mont Lozère qui lui envoie plusieurs torrents, pendant que le Tarnon^ qui a baigné Florac, lui apporte les eaux de TAigoual; il pénètre dans le terrain calcaire et y coule au-dessous de la surface des Causses, étranglé dans une gorge profonde de 400 à 600 mètres, longue d'une centaine de kilomètres et non moins pittoresque que les plus belles gorges des Alpes, ayant à peine au sommet une ouverture moyenne de 1,500 mètres.
Il s*y grossit de sources abondantes qui filtrent à travers le calcaire et qui sourdent dans son lit même. 11 reçoit en même temps sur sa rive gauche des affluents qui se sont creusé, comme lui, des lits encaissés dans le calcaire jurassique, la JontCy la Dourbie dont le confluent est à Millau^ le Cernon, Il est un peu moins encaissé lorsqu'il coule dans les terrains primaires où il reçoit le Dourdouy grossi de la Sorgues qui passe à Saint-Affnquey et le Rancé, Après avoir formé la belle chute du Saut-du-SabOy
Fig. 59. — Confluent de la Garonne et de b Dordogne, (Extrait de la carte de TÉtat-major au 80,000«).
haute de 19 mètres, il devient navigable et il débouche dans une plaine d'alluvion, h l'entrée de laquelle est Albi ; il arrose ensuite Gaillac; puis il reçoit YAgout (180 kil.) qui, venu de TEspinouse, se grossit du Thoré (52 kil.) et du Dadou (100 kil.), arrose Castres^ devenue ville industrielle grâce à ses chutes, et Lavaur, Faisant ensuite un coude vers le nord-ouest, le Tarn débouche dans la plus large partie de la belle plaine de la Garonne ; là, il arrose Hontauban et, un peu plus bas, il reçoit ÏAveyron. Ensuite il se replie de nouveau vers Touest devant les coteaux du Quercy, arrose Moissac et se rend en serpentant dans la Garonne. — Son principal affluent, rAveyron (240 kil.) naît près de Séverac, dans la région des Gausses où il est profondément encaissé, passe au pied de Rodez, arrose Ville franche, reçoit le Viaur et le Cét^on ; de Villefranche à Bruniquel, avant de reprendre sa course vers l'ouest, il traverse dans le
trias et le calcaire jurassique des gorges rocheuses d'une beauté majestueuse ; le chemin de fer de Gapdenac à Toulouse suit sa vallée.
La Barguelonne (72 kil.) est grossie de la Petite Barguelonne, et la Seoune (77 kil.) de la Petite Seoune.
Le Lot (481 kil. dont 297 navigables) prend sa source par 1,300 mètres environ d'altitude dans la montagne du Goulet, coule vers Touest, encaissé entre cette montagne et celle de la Lozère, passe au pied de Hende par 750 mètres d'altitude, reçoit le Cologne qui passe à Marvejols, puis arrose Espalion, en longeant au sud la base granitique des montagnes d'Aubrac que contourne por le nord son affluent, la Trueyre (175 kil.), rivière pittoresque, coulant dans des gorges profondes; la Trueyre elle-même est grossie de la rivière des Landes qui passe au pied de Saint-Flour, du Bès^ du Goul et des ruisseaux nés entre la Margeride, le Cantal et les monts d'Aubrac. Le Lot, devenu navigable au moulin d'Olt, passe au promontoire de Gapdenac, longe le causse du Quercy en décrivant une suite ininterrompue de méandres, témoignage de la difficulté avec laquelle il a frayé sa route à travers les failles du sol, reçoit le Celé qui baigne Figeac, arrose Cahors par 160 mètres d'altitude, débouche dans une plaine d'alluvion où est Villeneuvesur-Lot et tombe dans le fleuve (23 m.).
Le Drot ou Dropt (128 kil. dont 64 navigables), rivière qui a peu d'eau, arrose une féï^tile vallée.
La Dordogne (496 kil. dont 147 flottables et 267 navigables) est presque l'égale de la Garonne par la longueur de son cours et par l'abondance de ses eaux. Près de la base du Puy de Sancy, par 1,694 mètres d'altitude, naît le petit torrent de la Dore^ qui reçoit, au pied de la montagne, un ruisseau venu du val d'Enfer et désigné quelquefois sous le nom de Dogne, Les deux torrents réunis forment la Dordogne, qui n'est elle-même qu'un petit torrent courant vers le nord dans la vallée centrale du mont Dore ; la rivière incline vers l'ouest, se double par le confluent du Chavanon (52 kil.), qui, venu des monts de la Marche, coule sur la limite du Limousin et de l'Auvergne, arrose une vallée étroite, semée de beaux rochers basaltiques, comme les Orgues de Bort, reçoit , en face des Orgues, la Rhue (65 kil.), torrent pittoresque qui descend de la chaîne du Cantal et qui est connu par la cascade du Saut de la Saule; la Rhue reçoit ellemême la Santoirey la Sumène, grossie du Mars, et VAuze. La Dordogne continue son cours, resserré entre les roches des terrains primaires ; les monts du Limousin lui envoient à droite la Diège qui passe au pied d'Ussel, la Luzège et le Doustre; la chaîne du
Cantal lui envoie à gauche la Maronne, la CèrCy grossie de la Jordanne qui arrose Aurillac et la Bane. Elle est déjà dans le terrain crétacé lorsqu'elle reçoit la Cuse qui passe à Sarlat, le Céou grossi du Bleue, qui coule au pied de Gourdon, puis la Vézère par 48 mètres d'altitude. Elle est navigable depuis Jlfei/ronne. La Fézére(i92kil. dont 65 navigables) prend sa source au plateau des Miilevaches, parcourt une des vallées les plus pittoresques par ses gorges rocheuses, ses bois, ses chutes, reçoit la Loyre, et, par 99 mètres d'altitude, la Corrèze (85 kil.) qui coule profondément encaissée, baigne Tulle et arrose à Brive une plaine large et très fertile. La Dordogne, continuant son cours vers l'ouest, traverse le délilé des Porcherons et serpente, entre deux lignes de coteaux couronnés de vignes, dans la plaine d'alluvion qu'elle a créée et à l'entrée de laquelle est Berge-rac ; c'est dans cette plaine, à Gastillon, que les Anglais furent battus en 1451. Elle y reçoit le Caudan, la Lidoire et enfin l'Islc. Vlsle (232 kil. dont 143 navigables) descend de la partie occidentale des monts du Limousin, reçoit la Loue qui passe à Saint-Yrieix, double de volume au confluent de VAuvézère (90 kil.), dite aussi Haute-Vézère, dont le cours rapide fait mouvoir des usines, arrose Périgueux où il devient navigable, double de nouveau de volume à Coutras (bataille de 1587) par le confluent de la Dronne (178 kil. dont 2 navigables) qui arrose Ribérac de ses bellee eaux limpides et qui se grossit elle-même de la Lizonne (ouNizonne) et de la Tude^ reçoit encore le Lary et le M or on (3 kil. navigables) et débouche dans la Dordogne à Libourne, le port maritime du Périgord; car la marée remonte jusque par de là cette ville. Au-dessous de Liboume, la Dordogne rejoint la Garonne au bec d'Ambès.
4* Les affluents de gauche, — Les affluents de la rive gauche de la Garonne ont peu d'importance ; disposés en éventail, ils descendent presque tous du plateau de Lannemezan et des coteaux d'Armagnac en rasant les hauteurs qui bordent leur rive droite.
La Pique (38 kil.), qui passe à Bagnères-de-Luchon et dont la vallée pittoresque est renommée, et la Neste (75 kil.), formée de la réunion des deux Neste, viennent des Pyrénées.
La Louge (108 kil.), le Touch (74 kil.), la Save (148 kil.), qui passe à Lombez, la Gimone (136 kil.), YArrats (135 kil.), malgré la longueur de leur cours, ne sont en été que de très minces filets d'eau bourbeuse, quelquefois des flaques d'eau stagnante.
Le Gers (168 kil.), qui passe au pied d'Auch et de Lectoure, n'est guère plus important et, sans le canal de Lannemezan qui lui verse une partie des eaux empruntées à la Neste, il serait à sec une partie de l'été.
La Baise (180 kil. dont 84 navigables), malgré ses affluents, est aussi pauvre en eau que les rivières précédentes ; comme elles, elle ne doit de couler en été qu'à la dérivation de la Neste par le canal de Lannemezan. Formée de la Baise-devant et de la Baïse-derrière, elle coule au pied de Mirande^ passe à Condom et à TVerac et reçoit la Gelise (98 kil.), grossie de YAuzoue et de la Losse (108 kil.).
La Beune (30 kil.) coule au pied de Bazas.
Le Ciron (90 kil. dont 28 navigables), quoique né en plaine et ne traversant que des landes, est plus régulier et plus abondant que les cours d'eau du plateau.
45. lies bassins secondaires du ir^lfe de Ciaseog'ne. — 1^ L'étendue. — Les bassins dépendant de la Garonne ou bassins secondaires du golfe de Gascogne, en donnant à la côte de ce golfe toute rétendue qu'avait, entre les granits pyrénéens et les granits de la Vendée, l'ancien golfe aquitanique, occupent une superflcie de 43,000 kilomètres carrés. Les bassins de la rive gauche ont pour limite les Pyrénées avec le contrefort occidental qui s'étend jusqu'à, la pointe du Figuier et le contrefort oriental qui commence au pic d'Arbizon, le plateau de Lannemezan et une des rangées des coteaux d'ArmagnaCy puis la plaine des Landes et du Médoc. Les bassins de la rive droite ont pour limite les collines de la Saintonge, les monts du Limousin ^ le seuil du Poitou et la partie méridionale du Bocage Vendéen (Voir le relief du sol, § 35, 3i, 33).
2® Les fleuves côtiers à gauche de la Garonne. — La Leyre occidentale ou Leyre de Sabres (114 kil. dont 96 flottables) est une rivière de plaine, qui naît dans la lande de Luglon, reçoit la Petite Leyre, dite aussi Leyre de Sore ou Leyre orientale (25 kil. flottables), coule d'un cours limpide vers le nord-ouest à travers les bruyères et les forêts de pins et se jette au fond du bassin d'Arcachon, qui lui-même débouche dans le golfe de Gascogne au delà, de la barrière des dunes.
Cette barrière arrête tous les petits ruisseaux de la lande que la pente insensible du terrain dirige vers l'ouest et forme, le long des dunes, un long chapelet d'étangs bordés de roseaux, généralement plus profonds à l'ouest qu'à Test et élevés d'une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de la mer : Vétang d*Hourtins et de Carcans (61 kil. carrés); ïétang de Lacanau (19 kil. carrés), qui n'est séparé du précédent que par un marais et qui se déverse dans le bassin d'Arcachon; Y étang de Cazau et Sanguinet (53 kil. carrés) dont les rives sont boisées et qui se déverse dans le bassin d'Arcachon; ïélang de Biscarrosse (35 kih car.), qui communique au nord avec le précédent et au sud avec Yétong d'Aurei/han et la mer. Plus au
sud sont le courant de Conlis par lequel débouchait Tétang de Saint- Julien, aujourd'hui desséché; les étangs de Léon, de Soustous communiquent isolément avec la mer, ce dernier par Testuaire du vieux Boucau qui est navigable (7 kil.) et qui, à la suite d'unetempête en 1260, est devenu et est resté jusqu'en 1579 l'embouchure de TAdour. L'Adour (335 kil. dont 174 navigables) (1) a sa source au Tourmalet dans les Pyrénées, par 1,931 mètres d'altitude; il descend en torrent rapide dans la vallée de Campan où Ton admire sa grande cascade, passe à Bagnères-de-Bigorre par 556 mètres d'altitude et sort de la région montagneuse pour arroser la ville de Tarbes (304 m.) et ses verdoyantes prairies. Il coule vers le nord jusque vers Riscle ; puis il tourne brusquement à Touesl devant l'obstacle que l'épanouissement des coteaux d'Armagnac lui oppose; bientôt, après avoir côtoyé la Chalosse qui s'étend sur sa rive gauche, il s'engage dans la monotone région des Landes, au milieu des pinadas (forêts de pins) et des bruyères. Il passe au pied de Saint- Sever où il devient navigable, de Dax, se replie en serpentant vers le sud-ouest sur la limite des Landes et devient un fleuve facilement navigable, après avoir reçu les gaves réunis de Pau et d'Oloron. A Bayonne, il porte des navires et il se jette dans le golfe de Gascogne par une embouchure qui a souvent varié et qui, malgré de grands travaux d'endiguement, est toujours embarrassée d'une barre dangereuse. A l'extérieur du grand arc de cercle qu'il décrit, TAdour ne reçoit que de maigres cours d'eau venus des coteaux d'Armagnac et de la lande; les principaux sont VArros (105 kil.), grossi de la Boues f eila Midouze (15^ kil. depuis la source de la Douze navigable depuis Mont-de-Marsan sur 43 kilomètres), formée à Hontde-Harsan par la réunion de la Afidou et de la Douze. A l'intérieur de l'arc de cercle, l'Adour se grossit de tous les torrents impétueux qui descendent des Pyrénées dans la direction du nord ou du nordouest et qui pour la plupart sont désignés sous le nom de gaves : le torrent du lac Bleu, le Lées (55 kil.), le Gabas (107 kil.), le Luy (141 kil.), qui, formé de la réunion du Luy de France et du Luy de Béarn, roule peu d'eau et cependant convertit toute sa plaine inférieure en marais dans ses débordements, les Gaves réunis de Pau et d'Oloron. Celui de Pau (175 kil. avec les Gaves réunis, dont 9 kil. navigables), qui parait prendre sa source dans une gorge voisine de la brèche de Roland, par une altitude de plus de 2,800 mètres, tombe
(1) Le nom d'Adour se retrouve dans un grand nombre de cours d*eau de la région que les Ibères paraissent avoir habitée, Douro, Dordogne, Dore, Doron, Dora, Durance, etc. Cependant, pour l'Adour, cette étymologie est contestée.
au fond du cirque de Gavarnie par une chute de 422 mètres, court en bouillonnant et en formant plusieurs cascades dans une suite de gorges pittoresques, depuis Gavarnie jusqu'à Lourdes ; il reçoU auparavant le Gave de Cauterets qui lui apporte l'eau du lac de Gaube, et passe'pied d'Argelès d'où lui vient le gave (TAzun; à Lourdes, il tourne à Touest en longeant le pied des montagnes, baigne Pau, OrtkeZy Peyrehorade où il devient navigable ; il se grossit du gave d'Oloron (67 kil. depuis Oloron), presqu'aussi fort que lui et formé parla jonction, h Oloron, du gave d'Ossau (66 kil.) et du gave d*Aspe (54 kil.); il reçoit plus bas le Saison (70 kil.)i qui arrose Mauléon et la Soûle ; le gave de Pau apporte à TAdourplus d*eau que n*en roule le fleuve lui-même. LesderniersaffluentsderAdoursontla5trfouze(80kil. dont 18 navigables), grossie du Lihoury (i kil. i/2 navigable) ; la Joyeuse ou Aran (11 kil. navigables), YArdanabia, la Nive (75 kil. dont 22 navigables), qui arrose le pays basque, reçoit le Lauvhibare, la Nive d'Améguy^ la Nive des Aldudes et dont le confluent est à Bayonne.
La Nivelle (45 kil. dont 7 navigables) a ses sources en Espagne et débouche au fond de la belle rade de Saint-Jean-de-Luz.
La Bidassoa (70 kil . dont 9 navigables) a sa source et la plus grande partie de son cours en Espagne dans la verte vallée de Baztan ; dans son cours inférieur, sur une longeur d'environ 16kilomètres,elie forme la limite de la France et de l'Espagne. Elle enveloppe plusieurs îles, entres autres, l'ile des Faisans et la petite Sle de la Conférence où fut signé, en 1659, le traité des Pyrénées ; elle se termine par un estuaire ayant sur ses bords la ville espagnole de Fontarabie, plusieurs fois assiégée par nos armées, et le village français de Hendaye.
Au delà de la frontière française, sur la côte espagnole, sont YUruméa, l'Orta, YUrola, la Deva, la Nervion, petits cours d'eau qui descendent des Pyrénées dans le golfe de Gascogne.
3® Les fleuves côtiers à droite de la Garonne.
La Seudre (85 kil. dont 26 navigables) coule vers le nord-ouest dans le terrain crétacé, se perd sous terre sur une longueur d'environ 2 kilomètres et forme un long et large estuaire dont l'embouchure est ensablée et où débouche le canal de Marennes,
La Charente (355 kil. dont 191 navigables) est le fleuve le plus important de cette région. Elle prend sa source à l'extrémité des monts granitiques du Limousin, près de Rochechouart, roule vers le nord-ouest ses eaux limpides jusque vers Civray^ où une rangée de collines jurassiques du Poitou la force à se replier en serpentant vers le sud et à passer au pied de la colline de Rufl'ec. A peine at-elle franchi ce seuil et reçu la Tardoire qu'une seconde rangée
LE SOL. 17i
rarrête et la force de nouveau à couler en serpentant vers le sud ; c'est seulement lorsqu'elle est entrée dans le terrain crétacé qu'elle peut, en longeant le pied des collines jurassiques, suivre paisiblement son cours vers l'ouest dans une vallée tapissée de prairies. La ville d'Angouléme est bâtie précisément au point où elle débouche dans la craie et où commence la navigation effective. La Charente est classée comme navigable depuis Montignac, 27 kil. en amont d'Angouléme. Cognac, Saintes, Roche fort seirouYenisurle coursinférieur.Le principal affluent de sa rive droite est la Boutonne (90 kil. dont 31 navigables), qui arrose Saint-Jean-d'Angely et reçoit la Béronne, rivière de JUelle. Les affluents de la rive gauche sont tous dirigés, comme elle-même dans son cours supérieur, vers le nord-ouest, conformément à la direction générale des couches géologiques. Le plus important est la Tardoire, qui a aussi sa source dans les granits du Limousin, mais qui, parvenue dans les calcaires jurassiques, subit les vicissitudes suivantes : la rivière qui devrait être son principal affluent, le Bandiat, lequel arrose Nontron, rencontre au pied de la forêt de la Braconne une suite de gouffres, phénomène fréquent dans les roches calcaires, et s'y perd complètement, n'amenant que dans les grosses eaux son tribut à la Tardoire; un peu plus loin, la Tardoire elle-même subit le même sort et ne porte guère à la Charente que l'eau de son dernier affluent, le iSonni'eure; cependant ces deux rivières ne sont pas perdues pour la Charente; elles reparaissent à 10 à 20 kilomètres de distance, à l'ouest de Bois-Blanc, par deux sources magnifiques qui forment immédiatement une grosse rivière de 10 kilomètres de longueur, la Touvre, affluent de la Charente. Les autres affluents sont des rivières coulant entièrement dans lé terrain crétacé : \tNé (70 kil.), la Seugne (78 kil.), qui passe kJonzac eikSaintes, et quireçoitle 7'ré/Ze(48 kil.), coulant au pied de la colline de Barbezieux, la Gère (34 kil.).
Le Curé débouche dans la mer au milieu d'immenses marais.
La Sèyre Niortaise (165 kil. dont 71 navigables) prend sa source sur un plateau jurassique à une altitude d'une centaine de mètres, se perd bientôt dans un gouffre, entre Breuil et Bagnaux, reparaît à 500 mètres de là, rencontre l'exlrémité méridionale des granits du Bocage et les longe en se repliant vers l'ouest et en coulant au milieu des terrains jurassiques du bassin aquitanique. Elle arrose Niort où elle devient navigable ; dans son cours inférieur, elle traverse les marais où se perd le Curé. VAutise (56 kil. dont 10 navigables), la Vendée (75 kil. dont 25 navigables), qui reçoit la Mère et passe à Fontenay-le-Comte, descendent du Bocage et sont, avec
l';2 LA FRANCE.
le Mignon (40 kil. dont 17 navigables), ses principaux affluents.
Le Lay (104 kil. dont 40 navigables), formé par la réunion du Grand et du Petit Lay, se grossit de Y Yon^ qui passe à La Roche-8ur-Ton.
46. La liolre (voir la flg. 58). — 1** Le bassin. — Le bassin de la Loire mesure 121,000 kilomètres carrés. Il forme ainsi plus du cinquième de la France dont il occupe le centre ; tout le versant septentrional du Massif central et une partie des plaines de l'ancien bassin parisien lui appartiennent. Poussée par la pente du Massif central, la Loire s'en éloigne autant qu'elle peut; elle descend en suivant la plus orientale des grandes vallées de son bassin et en longe au nord l'extrémité en décrivant un grand arc de cercle. Il en résulte que ses principaux affluents lui viennent du sud et que, bien que son cours ait près de 1,000 kilomètres, il n'y a, de sa source à son embouchure, que 565 kilomètres en ligne droite (voir la flg. 58 et 58 bis).
La bassin de la Loire est borné : au sud-ouest et au sud, par le Bocage Vendéen et la Gâtine, par le seuil du Poitou, par l'arête du Massif Central [monts du Limousin, partie des motUs d'Auvergne et Margende), qui la séparent du bassin de la Garonne et des petits bassins de sa rive droite ; à l'est, par les Céyennes Septentrionales, par les monts du Horvan et les collines du^ Nivernais; au nord, par le plateau de Beauce, par les coteaux du Perche, les collines de Normandie et la partie occidentale des co//mesrfuJ/ame (voir le relief du sol, §33, 31,30,25,26, 27,28).
2^ Le fleuve, — La Loire (980 kil., dont 57 flottables et 825 navigables) est le plus long fleuve de France et le seul de nos grands fleuves dont le bassin tout entier appartienne au territoire français. Elle prend sa source par 1,408 mètres d'altitude dans une fissure du granit, au pied du Gerbier-de-Jonc (1,551 mètres), un des cônes volcaniques et nus du Vivarais; elle en descend en torrent vers le sud (voir la flg. 59) et, 3 kilomètres plus loin, elle n'est plus qu'à, une altitude de 1,234 mètres, après avoir reçu un torrent plus long qu'elle, venu de la Groix-de-Montouse. A 12 kilomètres de là, elle est repoussée vers l'ouest, puis vers le nord, par les monts du Vivarais et elle s'engage dans une gorge profonde où elle se tord entre les rochers. Elle est à 900 mètres d'altitude à la hauteur du lac dissarles, et à 600 mètres lorsqu'elle rencontre pour la première fois une petite plaine tertiaire que la ville du Puy domine du haut de son rocher. Elle reçoit les torrents du Vivarais et du Haut Forez, traverse par deux chutes la gorge de Saint-Victor entre les rocs des monts du Forez et des monts du Lyonnais qui la dominent de plus de 300 mètres, devient flottable à Vorey, navi-
gable à La Noine, débouche près de Saint-Rambert dans la plaine du Forez, encore parsemée de nombreux étangs, puis traverse de nouveau une gorge étroite, le saut de Pinay, et entre définitivement en plaine par 275 mètres d'altitude. C'est là qu'est Roanne et que la navigation commence en réalité avec le canal latéral à la Loire, bien que nominalement le fleuve soit navigable depuis le pont de la Noirie. La pente moyenne, depuis la source du fleuve jusqu'à Roanne, est de 4",50 par kilomètre. Les petites plaines allongées que la Loire traverse dans son cours supérieur formaient, comme celles de l'Allier, un chapelet de lacs dans l'âge géologique précédent. La chaîne du Forez et celle des Gévennes, que le fleuve serre de plus près, continuent à diriger son cours vers le nord; mais, àDigoin, les dernières pentes du massif granitique et porphyrique du Morvan l'arrêtent brusquement et l'obligent à se courber vers le nord-ouest, de Digoin jusqu'à Nevers, en rasant le pied des derniers coteaux du Massif, sans qu'elle soit nulle part emprisonnée dans une gorge. Un peu au delà de Nevers, après le confluent de l'Allier (voir la flg. 60), par une altitude de 172 mètres, le fleuve, débarrassé de ses plus grands obstacles, coule probablement dans une fracture du sol, vers le nord-ouest, comme la plupart des cours d'eaux de cette partie de la France. Il s'étale dans un lit beaucoup trop large pour lui à l'époque des basses eaux; il le sème d'îles verdoyantes et de bancs de sable jaunâtres ; tantôt il y serpente en déroulant ses filets d'argent sur ce fond d'or, tantôt il l'emplit et y roule impétueusement une énorme masse d'eau limoneuse que des digues, souvent impuissantes, empêchent seules d'inonder les campagnes voisines. A l'étiage, c'est-à-dire aux plus basses eaux, la Loire ne débite, au-dessous du confluent de l'Allier, que 30 mètres cubes d'eau par seconde ; dans la grande crue de 1856, elle en débitait 9,000. A Orléans, dans un lit deux fois large comme celui de la Seine à Paris, elle ne roule guère à l'étiage que le tiers de la masse d'eau qui passe sous les ponts de Paris en été.
Gomme la Loire, dans son cours supérieur, coule en grande partie, ainsi que l'Allier, sur des terrains imperméables, avec une grande pente et entre des berges étroites, toute l'eau des pluies, glissant à la surface du sol, est promptement ramenée dans le thalweg ; c'est pourquoi elle est le plus variable de nos grands fleuves.
Dans la seconde partie de son cours, la Loire arrose Sancen^e^ CosnCy Gien et Orléans. Elle sépare la France du nord de la France du midi et ses rives ont été plus d'une fois le théâtre de combats dans les guerres civiles et dans les guerres étrangères : il suffit
de rappeler le siège d'Orléans en 1428, et, à quelque distance de là, la victoire de Jeanne d'Arc à Patay, le siège de Sancerre en 1575
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Fig. 60. — Bassin de la Loire.
durant les guerres de religion, la prise d'Orléans en 1870 par les Allemands et, aux environs, les batailles de Coulmiers et d'Artenay.
A la hauteur d'Orléans, la Loire est à 93 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle rencontre les calcaires du plateau de la
A^stN îiElH liÔïRÊ"
Fig. 60 bis, — Bassin de la Loire.
Beauce qui la dominent de 30 à 50 mètres et elle se replie pour prendre la direction sud-ouest, qui est celle de tous ses affluents
de droite dans cette région, Sarlhe, Loir, etc., formant, avec eux
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Pig. 6i. — Source de la Loire.
(Extrait de la carte de l'État-major aa 80,000*).
et avec les coteaux du Perche, cause de cette inflexion, une série
d^arcs de cercle conceniriques. C'est au changement de direction et, par conséquent, au point le plus septentrional de sa course et le plus propice aux relations commerciales avec le bassin de la Seine, qu*est bâtie la ville d'Orléans ; c'est aussi le commencement du bassin inférieur de la Loire.
Le fleuve coule dans une vallée qu'il s'est creusée en fouillant le sol tertiaire jusqu'à la profondeur des couches de la craie et qu'il ne remplit pas dans toute sa leurgeur : le plus souvent, il longe les coteaux de sa rive droite qui sont l'obstacle et qui le rejettent parfois sur les coteaux moins élevés de la rive gauche. C'est sur la rive droite que sont les villes de Beaugency, de Blois et les plus nombreux vignobles de cette contrée, riche en vins. Tours est dans la plaine où le Cher et la Loire se réunissent par une altitude de 40 métrés. Au moyen âge, la Loire passait à Bourgueil au pied des terrains crétacés, là où sont aujourd'hui les prairies de l'Authion; elle s'est légèrement déplacée vers le sud et, de Candes à Saumur, elle occupe l'ancien lit de la Vienne. Le fleuve rencontre à Candes un nouvel obstacle, celui des terrains qui s'appuient sur le massif granitique de la Gâtine, et il dévie vers le nord-ouest jusqu'au confluent de la Maine qui est à l'altitude de 14 mètres. Un peu avant ce confluent sont les Ponts-de-Cé, position militaire importante sur la route d'Angers en Vendée; on s'y est battu en 1793, ainsi que sur divers autres points de la Basse Loire, à Saumur, à Savenay, etc. Le fleuve passe ensuite entre les micaschistes au sud et les terrains siluriens au nord, contourne ceux-ci et les traverse en arrosant Ancenis et en formant un arc de cercle jusqu'à Nantes; au pont de Nantes, à 56 kilomètres de la mer, commence la navigation maritime (i); le fleuve, devenu plus régulier dans son régime depuis qu'il coule entre des plaines, débite au moins 300 mètres cubes d'eau à la seconde et n'en a jamais fourni plus de 6,115. Par une dernière courbe, il gagne l'océan Atlantique où il débouche avec la direction du sud-ouest entre les pointes de Chémoulin et de Saint-Gildas, distantes de 12 kilomètres.
Depuis Orléans, et surtout depuis Blois, la vallée est partout riante et fertile, encadrée de deux lignes de coteaux et de longues rangées de peupliers, d'un aspect cependant peu varié. Les rois de France y ont fréquemment séjourné au quinzième et au seizième siècles, à Amboise, à Plessis-lès-Tours, etc., et ils y ont
(1) L'inscription maritime commence en amont de Nantes, à Thouaré, à 67 kilomètres de la mer, et la salure des eaux et la poche maritime en aval, au Migron, à 27 kilomètres de la mer.
construit les plus gracieux châteaux de la Renaissance, Chambord et Blois. Le cours du fleuve est semé d une multitude d'îles et de bancs de sable formés de la poussière des roches qu'il ronge dans son cours supérieur. Ces bancs, qui font varier le chenal, contribuent, avec les eaux, tantôt trop hautes et tantôt trop basses, et avec les vents, souvent contraires, à rendre la navigation toujours difficile. Les bâtiments d'un tonnage moyen ne peuvent remonter jusqu'à Nantes, parce qu'en face de l'île Pineau, la profondeur est
Pig. 62. — Confluent de la Loire et de l'Allier. (Bxtrait de la carte de l'État-miûor au 80,000«).
à peine de 3 mètres 50. En amont du confluent de la Vienne, la navigation est presque nulle; en aval, elle est un peu plus considérable, mais elle diminue devant la concurrence du chemin de fer. Pour éviter les inconvénients du port de Nantes, on a construit à l'embouchure, sur la rive droite, le port de Saint-Nazaire, mieux situé que l'ancien port de Paimbœuf qui est sur la rive opposée.
3" Les affluents de droite du bassin supérieur. — Durant la première partie de son cours, la Loire est resserrée dans un bassin trop étroit pour recevoir de grands affluents ; un seul cours d'eau, qui est presque son frère jumeau, l'Allier, fait exception.
Les premiers affluents de la rive droite viennent des Cévennes : le Lignon (84 kil.), roulant au fond d'un sombre ravin et recevant la Siaulme qui passe au ^led d' Yssingeaux^ le Furens (42 kil.), qui passe à Saint-Étienne, le Rhin ou Rabin (56 kil.), dont le confluent est près de Roanne, le Sornin (54 kil.), XArconce (70 kil.), qui arrose CharoUes et qui fait un brusque détour vers le nord avant
de se jeter dans la Loire. Les autres affluents viennent du Morvan et du Nivernais : VArrotix (120 kil.), qui arrose Autun et reçoit la Bourbince (90 kil.), sortie d'un des étangs du Charollais et servant à alimenter le canal du Centre depuis son bief de partage ; YAron (75 kil.), qui sort de l'étang d'Aron, comme un bras du Beuvron, affluent de TYonne, sert à alimenter le canal du Nivernais et reçoit le Mère; la Nièvre (53 kil.), qui reçoit la Nièvre de Prémery (38 kil.) et dont l'étroite vallée, couronnée de forêts, est pittorresque.
4* Le$ affluents de gauche du bassin supérieur, — Les affluents de la rive gauche de la Loire sont : la Borne (48 kil.), qui, formée de la réunion de deux torrents, parcourt une des parties les plus pittoresques du Velay et qui rejoint la Loire au pied du Puy ; ÏArzon (43 kil.) et VAnce (66 kil.), qui, venus des monts du Forez, coulent encaissés dans d'étroits ravins ; le Lignon (42 kil.), rivière du Forez, dont les gracieux paysages ont été célébrés dans YAsirée, roman du marquis d*Urfé, et qui reçoit le Vézerey^ passant à MontbiHson; YAix (50 kil.), qui vient des montagnes de la Madeleine et arrose aussi le Forez; la Vouzance; la Besbre (108 kil.), qui vient du puy de Montoncel, arrose la Palisse, et coule directement vers le nord dans une belle vallée; YAcolin (50 kil.) ; l'Aubois (51 kil.), qui prête ses eaux au canal du Berri, et la Vauvise (56 kil.), parallèle à la Loire.
Entre l'Acolin et l'Aubois, à l'extrémité occidentale du coude que le massif du Morvan fait décrire à la Loire, se trouve par 172 mètres d^altitude, le confluent de TAllier.
L'Allier (375 kil. dont 247 navigables) prend sa source par 1,426 mètres d'altitude environ, dans un ravin de l'ancienne forêt de Mercoire, et décrit vers le sud, puis vers l'est, enfin vers le nord une courbe symétrique à celle de la Loire ; près de Langogne, après 42 kilomètres de cours, son altitude n'est plus que de 900 mètres. A partir de cette ville jusqu'à Brioude, il serpente étroitement serré entre la montagne de la Margeride et les monts du Velay dans un ravin boisé, sauvage, profond de 300 à 500 mètres ; il débouche près de Brioude par 426 mètres d'altitude, dans la belle plaine de la Limagne, est navigable depuis Fontanes, arrose Issoire, puis le Bourbonnais (par 210 mètres d'altitude) et Moulins, la seule ville importante qui soit bâtie sur sa rive et qui soit protégée contre ses débordements par une digue. L'Allier est d'ailleurs upe rivière capricieuse, sujette à des crues non moins redoutables que celles de la Loire et plus médiocrement navigable. L'Allier reçoit, à droite, la Senouire (56 kil.) etla Dore (130 kil. dont 35 flottables) ; celle-ci, grossie de la Dolore (35 kil.), coule du sud au
nord dans un pays accidenté passe à Ambert et reçoit la Durolle (25 kil.)» dont les chutes font la beauté pittoresque et Timporlance manufacturière de Thiers. Il reçoit, à gauche, YAlagnon (86 kil.), qui prend sa source au Plomb du Cantal, arrose Murât et dont le chemin de fer de Clermont à Aurillac remonte la belle et sauvage vallée ; les trois Couze (nom qui signifie torrent), descendant des Gézallier et des monts Dôme, ainsi que la Veyre (34 kil.), la Marges (66 kil.), grossie de YAmbène, qui passe à Itiom et qui a elle-même pour sous-affluent la Tiretaine, née au pied de Clermont-Ferrand; VAndelot (45 kil.), qui passe à Gannat; la Sioule (160 kil.), qui prend sa source dans les monts Dore et qui, grossie du Sioulot et de la Boublej coule resserrée dans une vallée profonde et pittoresque.
5® Les affluents de droite du bassin inférieur. — Dans la seconde partie de son cours, la Loire ne reçoit d^abord, sur sa rive droite où les coteaux la serrent de près, que de petits ruisseaux, comme le Cens qui alimente le canal d'Orléans ; la Cisse (80 kil.) ; VAut/don (105 kil., dont 50 nominalement navigables), qui, après avoir coulé, fious le nom de Ghangeon, dans les ravins du plateau, débouche, comme la Clisse, dans la vallée du fleuve et la suit quelque temps dans un lit qu'il parait avoir occupé autrefois. L'Aulhion reçoit le Couasnon, qui arrose Baugé. Dans les crues de la Loire, les eaux du fleuve refluent dans TAuthion et semblent remonter vers leur source.
A l'endroit où le fleuve quitte les terrains tertiaires et crétacés pour s'engager dans les terrains de transition, il reçoit la Maine qui baigne Angers et qui n'a que 10 kilomètres de cours, mais qui apporte au fleuve les eaux de trois importantes rivières descendues des collines de Normandie, du Perche et du Maine et formant en quelque sorte l'éventail : la Sarthe, grossie du Loir, et la Mayenne.
La Sarthe (286 kil. dont 134 navigables) prend sa source dans les coteaux du Perche, par 300 mètres d'altitude environ, baigne Alencon (par 136 mètres d altitude), traverse à Saint-Céneri une gorge pittoresque creusée dans un massif de granit, descend vers le sud et devient navigable en amont du Mans, au pied duquel elle passe en séparant la ville d'un de ses faubourgs ; elle reçoit YOme saosnaise (50 kil.), grossie de la Dive qui passe à Mamers; puis, par une altitude de 45 mètres, son premier affluent important, VHuisne (192 kil.), dont le cours, tout bordé de charmantes prairies, forme exactement le pendant du sien, arrose Nogent-le-Rotrou et reçoit la Chippe, née au pied de Mortagne. La rivière prend ensuite, en
LE SOL. iSl
serpentant, la direction du sud-ouest qu'avait suivie THuisne, recueille, sur sa rive droite» les petites rivières qui viennent de la chaîne des Coëvrons, la Vègre {o\ kil.), et YErve (58 kil.), et reçoit le Loir, 5 kilomètres avant de se réunir h la Mayenne, au milieu de prairies qui s'étendent presque k perte de vue.
Le Loir (3iO kil. dont 117 navigables), plus long que la Sarthe, prend sa source du côté des coteaux du Perche; les premiers kilomètres de son lit sont soavent à sec. Le Loir s'enfonce bientôt dans le plateau et coule entre deux lignes de coteaux, serpentant de l'une à l'autre et creusant qh et là sur cette double muraille des cirques d'érosion, comme tous les cours d'eau placés dans les mêmes conditions. Il baigne Chàteaudun, Vendôme^ La Flèche. Il est navigable depuis le Port Gautier. Il ne reçoit que des ruisseaux : sur sa rive gauche, la Conie (45 kil.), marécageuse; sur sa rive droite, c'est-à-dire du côté des coteaux du Perche, VOzanrœ (50 kil.), la iivière d'Yerre et la Braye (72 kil.), grossie de VAnille qui passe à Saint-Calais.
La Mayenne (204 kil., dont 135 navigables en y comprenant la Maine) prend sa source par 300 mètres environ d'altitude, au pied de la forêt de Multonne, point culminant de la France occidentale, traverse dans des encaissements profonds et souvent pittoresques les terrains granitiques situés au nord et au sud de Mayenne et désignés sous le nom de collines du Maine, est navi-* gable depuis Brives, coule, toujours encaissée, dans des terrains de transition qui recèlent l'anthracite, arrose Laval, Château- Gonthier, se grossit de nombreux petits tributaires, la Varenne (66 kil.), venue des collines de Normandie et coulant au pied de Domfront, VErnée (50 kil.) et l'Oudon^ venus des collines du Maine, la Jouanne (49 kil.), venue de la chaîne des Coëvrons, et débouche dans les prairies où elle se joint par deux bras à la Sarthe. La Mayenne est, avec la Maine, la rivière de ce groupe où la navigation est le plus active. Le plus graiid de ses affluents est YOudon (82 kil. dont 19 navigables), qui arrose Segré; le bassin de cette dernière rivière est remarquable par le parallélisme des ruisseaux qui s'y jettent, Araise, Verzée (48 kil.), etc. et qui indiquent, ainsi que les affluents de la rive gauche de la Vilaine la direction générale des plissements du sol dans la région.
Après la Maine, les seuls affluents de la Loire dignes d'être cités de ce côté sont YErdre (105 kil. dont 6 navigables) qui, avant de déboucher à Nantes par une coupure du terrain granitique, s'étale dans le terrain tertiaire en formant un long chapelet d'étangs et des
paysages gracieux et le Brivé(23 kil. navigables) ouélier de Méan.
6® Les affluents de gauche du bassin inférieur. — Sur sa rive gauche, la Loire reçoit, dans la seconde partie de son cours, plusieurs grands affluents qui descendent vers le nord sur la pente septentrionale du Massif central et qui, parvenus dans la plaine de la Loire, se replient vers Touest avant de se confondre avec elle.
Le Loiret (12 kil. dont 4 navigables) naît dans un parc par deux sources, le Bouillon et rAbime, renommées pour leur abondance; même dans les plus basses eaux, elles fournissent près d'un hectolitre par seconde. Il est probable qu'elles sont produites par des infiltrations de la Loire elle-même, dont une partie des eaux paraît se perdre sous le sol au coude de Sandillon pour reparaître 7 kilomètres plus loin, à l'extrémité de la vallée d'alluvion et au pied des coteaux du terrain tertiaire ; le Loiret, grossi de quelques ruisseaux, suit la ligne de ces coteaux jusqu'à son confluent.
Le Beuvron (125 kil.), rivière de plaine, coule au milieu des étangs et des landes stériles de la Sologne, reçoit le Néant (48 kil.) et une partie des eaux du Cosson (100 kil.), qui verse directement Vautre partie dans le fleuve dont il suit quelque temps la vallée.
Le Cher (320 kil. dont 62 réellement navigables), redoutable par ses débordements, prend sa source dans les monts de la Marche à une altitude de 654 mètres, coule vers le nord dans une vallée granitique et étroite, reçoit la Tardes (62 kil.) aux gorges pittoresques et commence à Montluçon (202 mètres d'altitude) à se former une étroite vallée d'alluvion, dans laquelle passent le chemin de fer et un embranchement du canal du Berri ; il reçoit rûFi/ (76 kil.) et VAumance (52 kil.), réunis, et, à Saint- Amandf la Marmande (50 kil.) qui alimente un embranchement du canal; il prend dans la plaine tertiaire la direction du nordouest en inclinant de plus en plus vers l'ouest, comme tous les cours d'eau de la région, devient navigable à Vierzon et y reçoit le canal du Berri et YYèvre (80 kil.), qui alimente ce canal et qui reçoit lui-même VAuron (80 kil.) ; Bourges est au confluent de l'Auron et de l'Yèvre. Le Cher reçoit encore : à gauche, VAmon (150 kil.), grossi du Théols qui passe à Issoudun, h droite, la Grande Sauldre (162 kil.), qui se grossit de la Petite Sautdre (70 kil.) et qui arrose la Sologne, Romorantin et sert à alimenter le canal de la Sauldre. 11 débouche, à 8 kilomètres à l'est de Tours, dans la vallée de la Loire qu'il longe pendant 24 kilomètres et dont de fortes digues le séparent ; puis il se confond avec le fleuve en face de Cinq-Mars-la-Pile, par 42 mètres
d*altitude. Il prolongeait aulrefois son cours vers Touest, dans là même vallée jusqu'au confluent actuel de Tlndre à laquelle il envoie encore un de ses bras. La navigation y est peu active.
L'Indre (245 kil.) naît au fond du massif granitique de la Marche, par 437 mètres d'altitude, reçoit la Vanvre, coule à pleins bords vers le nord-ouest, au milieu de prairies encadrées de gracieux paysages, fait mouvoir un grand nombre d'usines, arrose La (7Ad^re,.Ch&teauroaz et Loches et entre, au-dessous d'Azay-le- Rideau, dans la vallée de la Loire où un de ses bras longe le fleuve pendant 12 kilomètres avant de se confondre avec lui. Elle n'a pour affluent que des ruisseaux dont le plus grand est YIndroie (55 kil.).
La Vienne (372 kil. dont 83 navigables) prend sa source sur le flanc occidental du mont Odouze, par 868 mètres d'altitude, coule vers le nord-ouest dans une veJlée profonde et pittoresque, où elle est sujette à de grandes crues et où elle se grossit des torrents descendus des plateaux du Limousin. A Saint-Priest, ell$ rencontre le maçsif où est le puy de Sauvagnac ; se recourbe vers 1q sud-ouest après avoir reçu le Thorion (96 kil.) qui a déjà longé le même massif dans une sauvage vallée et qui passe au pied de Bourganeuf; baigne Limoges et reprend sa course vers le nord-ouest après avoir reçu la Briance (55 kil.), dont elle semble avoir continué le cours. Presque à l'extrémité des terrains granitiques, après avoir reçu la Graine (26 kil.) qui coule au pied de Rochechouart^ elle rencontre une faille ouverte vers le nord, s'y engage en changeant brusquement de direction, arrose ConfolenSy et, après avoir formé une longue suite de sites pittoresques, elle débouche dans les terrains jurassiques, puis crétacés, du Poitou où elle baigne Chàtellerault, puis elle arrose Ckinon^ devient navigable à Chitré et reçoit ses deux principaux aflluents, à droite la Creuse, à gauche le Glain. La Creuse (235 kil.), qui prend sa source au nord du mont Odouze, coule vers le nord-ouest, d'abord dans une gorge étroite, puis dans une creuse et pittoresque vallée, arrose Atibussouj reçoit la Petite Creuse (65 kil. dont 25 flottables et 16 navigables), qui passe à floussac, la Bouzanne (70 kil.), arrose Le Blanc, reçoit encore, par 56 mètres d'altitude, la Gartempe (170 kil.), [qui se grossit de YArdour (28 kil.), du Vincou (44 kil.), passant au pied de Bellac, de ïAnglin (80 kil.), grossi lui-même de la Benaize (60 kil.), et renommé pour ses beaux sites], qui arrose Montmorillony la Glaise (86 kil.), qui reçoit les eaux de la Brenne et se réunit à la Vienne par 37 mètres d'altitude après un cours paisible. Le Clain (125 kil.), au cours sinueux et lent, mais parfois pittoresque, a sa source par
100 mètres environ d*aUitude, sur la lisière du terrain granitique ; il arrose avec ses petits afQuents, Vonne, Clouèrey Avzance, le passage du Poitou et coule au pied de Poitiers, non loin des coteaux où le roi Jean fut vaincu par les Anglais en 1356. La Vienne reçoit encore la Vende (48 kil.) et se jette dans la Loire à Gandes, au pied de la forêt de Fontevrault, par 32 mètres d'altitude ; autrefois, quand le fleuve coulait dans la vallée de TAuthion, c'était plus à Touest, vers Saumur, que se trouvait le confluent.
Le Thouet (133 kil., dont 13 navigables, ou même 24 avec le canal de Dive-et-Thouet) prend sa source danslaGAtine, près de la Sèvre Nantaise, coule en serpentant vers le nord sur le bord occidental du terrain granitique ; arrose Parthenay; reçoit, des collines de la GAtine, le Thouaret (46 kil.) et VArgenton (65 kil.) formé de V Argent et du TbnouDolo, qui passe au pied de Bressuire; reçoit, de la plaine du Poitou, la Dive (76 kil.) sur les bords de laquelle a été livrée la bataille de Montcontour (4569) et qui reçoit la Petite-Maine, passant au pied de Loudun; il se jette dans la Loire A Saumur.
LeZayon (90kil.dont60classés comme navigables) descend d*abord vers le nord-est sur la pente des schistes du Bocage Vendéen ; mais il rencontre bientôt un bourrelet de terrain tertiaire qui le sépare de la Loire et il tourne brusquement au nord-ouest, coulant au milieu de terrains carbonifères et recueillant au passage tous les petits ruisseaux qui ont la même direction que lui dans son cours supérieur.
VÈvre (70 kil.) coule au milieu des schistes du Bocage Vendéen.
La Sèvre Nantaise {idS kil. dont 22 navigables) naît dans un étang A 215 mètres au-dessus du niveau de la mer, coule vers le nordouest au milieu d'une étroite bande de prairies sur le sol granitique et pittoresque du Bocage et reçoit le Moine (65 kil.), qui passe A Chokt et la Maine (6 kil. navigables). Dans le bassin de ce cours d'eau, de nombreux combats ont été livrés durant la guerre de Vendée, A ChAtillon, A Torfou, A Gholet.
VAcheneau (82 kil. avec la Boulogne, dont 24 navigables) coule au milieu de vastes prairies, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, selon la marée; il reçoit le Tenu (16 kilomètres navigables) et sert de déversoir au lac de Grand-Lieu (70 kil. carrés). Ce lac, situé au niveau de la mer, très peu profond et bordé de marécages, paraît, d'après la tradition, avoir été agrandi par une invasion de l'Océan au VI" siècle; il a été question de le dessécher. La Boulogne (GO kil. dont 2 navigables) et VOgnon (6 kil. navigables) l'alimentent. La Haute-Perche^ qui se jette dans la mer A Vornic^ est navigable sur 12 kilomètres.
47. Ijm teMlMMCondalres de roeéaii Atlantique. — i** L étendue. — Les bassins dépendant de la Loire, ou bassins secondaires de Focéan Atlantique proprement dit, depuis les granits de la Vendée jusqu'à l'extrémité occidentale de la Bretagne, occupent une superficie d'environ 18,000 kilomètres carrés. Les bassins de la rive gauche ont pour limite le Bocage Vendéen. Les bassins de la rive droite ont pour limite la partie occidentale des collines du Maine et les monts de Bretagne (voir le relief du sol, § 33 et 29).
2* Les fleuves côtiers de la rive gauche. — Entre la baie de Bourgneuf et le pertuis Breton, l'océan Altantique reçoit plusieurs petits cours d'eau qui descendent du Bocage Vendéen ou qui ont leur source dans la plaine et qui, comme les rivières coulant sur des terrains granitiques, sont encaissés, sinueux et grossis d'une multitude de ruisseaux; la plupart se terminent au milieu de marais salants.
Le Falleron entoure l'Ile de Bouin de ses bras, Étier du sud et Étier du Dain (56 kil.).
La Vie (64 kil. dont 13 navigables) reçoit le Lign&'ony qui se perd en partie dans les marais; puis, à son embouchure, le Jaunay.
VAuzance (48 kil.) reçoit la Ritaudière.
3" Les fleuves côtiers de la rive droite. — La Vilaine (220 kil. dont 145 navigables) est le fleuve le plus important de la Bretagne. Elle prend sa source près du village de Juvigné, dans les collines du Maine, à 153 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle forme un vaste étang, contourne la colline d'où elle est sortie, passe au pied de Vitré y coule vers l'ouest entre des rives tantôt élevées et tantôt plates, recueille en amont ou en aval de Rennes toutes les eaux du versant sud-ouest des collines du Maine, (comme le Gouesnon recueille celles du versant nord-ouest) : la Seiches (82 kil.), le Samnon (64 kil.), la Chère (5 kil. navigables), qui passe à Chdteaubriant, le Don (11 kil. navigables), VIsac (72 kil.), sont les principaux affluents qui lui viennent de cette direction. Elle devient navigable au pont de Cesson.
Sur sa rive droite, la Vilaine reçoit Ville, petit cours d'eau qui sort d'un des étangs du plateau granitique et qui alimente le canal d'ille-et-Rance. Arrêtée par les dernières pentes des collines de Bretagne, la Vilaine se replie vers le sud à partir du confluent de riUe, qui est à une altitude de 23 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. G est là qu'a été bâtie la ville de Rennes, en un point qui peut être comparé en petit au confluent de la Saône et du Rhône où a été bâtie la ville de Lyon. Des collines granitiques de Bretagne, la Vilaine reçoit laifeu (84 kil. dont 3 navigables), descendue du Mené, qui baigne Montfort, et rOei5^(150 kil.) qui alimente
le canal de Naples à Brest. L'Oust reçoit de nombreux affluents, les uns coulant du Mené et de la forêt de Paimpont vers le sud, le Ninian (56 kil.), gros&i du Duc (58 kil.), qui passe près de Ploermelj et YAff (9 kil. navigables), les autres coulant vers lest entre les plateaux inférieurs, la Claye (60 kil.) et YArz (10 kil. navigables, etc.) dont le confluent est au-dessous de Bedon. Vers son extrémité, la Vilaine se recourbe vers Fouest et se rend à la mer par un large estuaire, après avoir coulé sous le pont suspendu de la Roche-Bernard.
Entre la Vilaine et le Blavet, il n'y a que des ruisseaux sans importance, parce que les plateaux inférieurs font dévier les cours d'eau vers Tun ou Fautre de ces deux fleuves. Quelques estuaires, comme la Marie ou rivière de Vannes (1 6 kil . navigables) , et la rivière d'Auray^ dont les rivés sont boisées et pittoresques et qui au-dessus d'Auray s appelle ruisseau du Loc, sont navigables à marée haute.
Le Blavet (145 kil.) prend sa source par une altitude d'environ 280 mètres, descend vers le sud à travers un terrain ondulé, s'engage à Goarec dans un étroit défilé que domine de. plus de iOO mètres la forêt de Quenecan et dans lequel il s'avance en serpentant vers l'est, arrose Ponlivy, puis coule de nouveau vers le sud en dessinant de nombreux et brusques crochets et en contournant, dans son cours inférieur, la pointe occidentale de la lande de Lanvaux. Il reçoit VÉvel (50 kil.) sur sa rive gauche ; le Scorff (70 kil. dont 9 navigables) débouche sur la rive droite de son estuaire vaseux, dans lequel on a pu cependant construire un de nos grands ports militaires, Lori'ent.
Le Laïta ou rivière de Quimperlé (16 kil. navigables), formé de VEllé{U kil.) et de VIsole (50 kil.); I'i4i;en(40kil. dont 6 navigables) ; VOdet (62 kil. dont 18 navigables) qui passe à Quimper, la rivière de Pont VAbbé (6 kil. navig.) et le Goyen (17 kil. navigables) qui débouche à Audieme, descendent des ravins des Montagnes Noires avec les ruisseaux qui les grossissent.
Le versant tout granitique de la pointe occidentale de la Bretagne n'a que deux cours d'eau dignes d'être cités et qui tous deux débouchent dans la rade de Brest : VÉlorn, ou rivière de LandemeaUf (14 kil. navigables) qui longe le versant septentrional de la montagne d'Arrée ; et V Aulne qui prend sa source au pied de la forêt de Beflbu, se grossit de VAven et arrose Châteaulin; le bassin de cette rivière comprend, avec la rivière de Daoulas, qui n'est qu'un estuaire, tout l'espace situé entre les Montagnes d'Arrée et les Montagnes Noires. La Penfeldf qui forme le port militaire de Brest, n'est qu'un ruisseau.
48. i4a Seine (voir la fig. 63). — P Le bassin. — Le bassin de la
Seine a une superficie d'environ 77,000 kilomètres carrés, dont 92 dépendent de la Belgique, h la source de TOise. Ce n'est pas le plus grand des bassins français, mais c'est le plus régulièrement disposé et le plus important, parce qu'au centre se trouve Paris, la capitale.
Le fleuve forme à peu près le diamètre du grand cercle que dessine le bassin parisien ; les grands affluents, Yonne, Marne, Oise, l'Eure même avant de se replier vers le nord au-dessus de Chartres, figurent en quelque sorte des rayons de ce cercle et Paris, dont des causes diverses ont contribué à faire une grande ville, occupe le centre. Le bassin n'est nulle part protégé par de hautes montagnes et les principaux affluents sont des chemins qui, de plusieurs côtés, peuvent conduire un ennemi sous les murs de- la capitale. La faiblesse et le danger de la situation ont été considérablement accrus depuis que les Prussiens sont maîtres delà crête des Vosges et de Metz.
A un autre point de vue, ce bassin est celui qui possède le plus de riches plaines cultivées et qui a offert le plus de facilités pour multiplier les routes. Sur une grande étendue, il se compose de terres perméables qui boivent l'eau des pluies et régularisent le volume du fleuve. La Seine est à ce titre un fleuve qui favorise les œuvres de la civilisation. A Paris, elle ne débite jamais moins de 44 mètres cubes d'eau à la seconde; rarement même elle descend au-dessous de 75 mètres cubes à l'étiage. Dans les plus grandes crues, elle ne donne jamais plus de 2,400 mètres cubes d*eau : 250 mètres cubes constituent son débit moyen. Cependant une partie de son bassin, particulièrement la région arrosée par l'Yonne, est imperméable et donne lieu, en hiver, à des crues considérables; la plus forte, celle de 1658, a fait monter l'eau à 8",8I au-dessus de l'étiage à Paris.
Le bassin de la Seine est limité, au sud, par les coteaux du Perche, le plateau de la Beauce, les collines du Nivernais y les monts du Morvan qui le séparent du bassin de la Loire ; à Test, par la C6te d'Or et le Plateau de Langres, qui le séparent du bassin du Rhône, et par le bourrelet de collines jurassiques qui s'étend à l'ouest de la Meuse; au nord, par les dernières pentes de l'Ardenne, par la ligne h peine sensible des coteaux du Vermandois et du Noyonnais et par la partie centrale du Plateau de Caux (voir le relief du sol, § 28, 25, 26, 27, 24, 21).
2* Le fleuve, — La Seine (776 kil., dont 573 navigables, non compris les portions du fleuve en dehors de la voie principale) a ses sources à une altitude d'environ 471 mètres dans un petit vallon boisé, ou plutôt dans un pli de terrain du monotone Plateau de
Langres, dépendant de la commune de Saint-Germain-Source-Seine (voir fig. 64). La ville de Paris a fait élever un monument en 1867
Fig. 63. ~ Bassio de la Seine et de l'Escaut
sur l'emplacement de la première source ; on y voit, dans ua petit jardin, au fond d'une grotte arlificielle une nymphe tenant en
main une urne d'où s'échappe Teau naissante, quand la source n'est pas à sec. La Seine se grossit tout d'abord de quelques
Fig. 63 bis, — Bassm de la Seine et de l'Escaut.
sources importantes, coule rapidement vers le nord-nord-ouest dans rétroil vallon que le plateau domine de près d'une centaine de
mèlres, fait lourner un premier moulin grâce à une retenue d*eau, passe au pied du plateau de Ckanceaux, disparait dans les sables
Fig. 64. — Source de la Seine (1) (Extrait de la carte de rÉtat-major au 80,000«).
pour reparaître dans le pré de La Chapelle, près de Billy et reçoit
(1) Ce nom de Saint-Germain-la- Feuille est celui que portait autrefois (avant rérection du monument de la Source) la commune de Saint-Germain- Source-Seine.
sur sa rive droite des ruisseaux sortis, comme elle, des vallons du Plateau de Langres. Au confluent du Breooriy elle n'est plus qu'à une altitude de 260 mètres ; h ChâtUlon-sur-Seine^ son lit, qu'un terrain calcaire trop poreux a appauvri, se remplit de nouveau par l'abondante source ditelaDouix(l)etle fleuve débouche dans la plaine, à l'altitude de 220 mètres. La Seine rencontre bientôt la bande des terrains jurassiques moyens et la traverse dans une gorge dont les hauteurs, en partie boisées, la dominent de plus de 100 mètres. C'est au sortir de ce défilé qu'elle reçoit ses premiers affluents notables et arrose Bar-sur-Seine; elle est alors à une altitude de 450 mètres. Elle prend la direction du nord-ouest, entre ensuite dans le terrain crétacé, serpente, en se divisant en plusieurs canaux au milieu des prairies, dans la grande plaine de la Champagne où est bâtie la ville de Troyes et où elle n'est plus qu'à une altitude de 400 mètres ; là elle devient navigable à l'aide du canal de la Haute- Seine. A l'extrémité de cette plaine, elle rencontre un obstacle, la ligne des hauteurs de la Brie, et son cours ralenti donne naissance à des marécages. Elle se recourbe vers l'ouest-sud-ouest et reçoit, à Marcilly, l'Aube arrêtée par le même obstacle. C'est là que commence la navigation du fleuve même.
De Nogent'Sur-Seine jusqu'au delà de Montereau, sur une longueur de plus de 50 kilomètres, la Seine coule en serpentant sur un fond de craie et en longeant le pied méridional des coteaux tertiaires de la Brie ; elle ne reçoit que de petits ruisseaux. Montereau est bâtie au confluent de l'Yonne, le plus grand affluent de la rive gauche de la Seine. Le fleuve à cet endroit est à une altitude de 50 mètres et commence à être véritablement un grand cours d'eau, très propre à la navigation.
Le cours de la Seine, de Troyes à Montereau, a été le théâtre de maints combats livrés dans la campagne de i 814 par Napoléon contre les Autrichiens qui marchaient sur Paris en suivant la vallée de ce fleuve : combats à Troyes, à Nogent-sur-Seine, bataUle à Montereau sur le coteau de la rive droite.
A la hauteur de Moret, la Seine dirige sa marche sinueuse vers le nord-ouest, dans une percée de terrain tertiaire ; elle coule dans une vallée fertile, occupant un lit de 100 à 150 mètres de largeur entre deux rangées de coteaux, et baigne Melun et Corbeil. De Yilleneuve-Saint-Georges à Argenteuil, cette vallée, en grande partie nivelée par les terrains de transport du diluvium, s'élargit : c'est
(I) C*e8t la seconde Douix ; la première est située en amont à Duesmes. La source de la Seine est aussi une Douix.
là qu'esl bâti Paris. La ville a subi plusieurs sièges ; aucun n'a été plus pénible que celui de 1870-1874, pendant lequel ont été livrés plusieurs combats, à Chàtillon au sud de la ville, à Ghampigny sur les bords de la Marne à Test, au Bourget au nord-est, à Buzenval à Touest.
La basse Seine commence à Paris où Taltilude du fleuve à Tétiage du Pont-Royal, à Tépoque des plus basses eaux, est de 24",50. Do là à la mer, son cours, qui est de 360 kilomètres, est lent et sinueux ; treize barrages avec des écluses y facilitent la navigation. La vallée, dont le fond d'alluvion repose presque partout sur la craie, a été coupée, à Tépoque du diluvium, dans une plaine de terrain tertiaire
Fig. 65. — Conflueot do la Seine et de TOise.
qui la domine d'une centaine de mètres ; une longue suite de gracieux coteaux, limés et arrondis par les eaux, forme des deux côtés le talus de cette plaine. Le fleuve déroule dans la vallée son ruban sinueux et parsemé de longues îles; il rebondit en quelque sorte d'une ligne de coteaux à l'autre ; la rive extérieure de ses méandres borde le pied des hauteurs, tandis que la rive intérieure enveloppe une plaine unie et souvent boisée.
Dans cette partie de son cours, la Seine touche de sa rive droite Saint-Denis, où les protestants et les catholiques se sont livré bataille en 1567 et que les Allemands ont bombardé en 1871 ; de sa rive gauche Soint-Germain et Poissy, villes entre lesquelles est le confluent de l'Oise (voir fig. 65) ; puis Mantes et Elbeuf.
Au sommet d'une de ses courbes les plus arquées est la ville de Rouen ; c'est là, à 129 kilomètres de la mer, que commencent la navigation maritime et la salure des eaux (1); la marée se fait sentir même au delà, jusqu'à Pont-de-P Arche. Cet avantage faisait de Rouen le grand port de la Seine, lorsque les chemins de fer n'existaient pas et que le commerce employait des b&timents d'un
(1) La limite de l'ioscriptioQ maritime est en amont, à Marlot, à IS4 kil. de la mer.
plus faible tonnage qu*aujourd*hui ; la ville, qui avait perdu une partie de son importance, est parvenue h recouvrer sa navigation en améliorant sou port et le chenal du fleuve. Dé Rouen à Tembouchure^les méandres continuent; le fleuve devient plus large et plus profond et le paysage est d'une beauté imposante. Au-dessous de Caudebec, il mesure plus d'un kilomètre de Icupgeur ; hQuiilebœuf^ près de 2 kilomètres et demi. Au sud-ouest s'étend en outre le vaste marais Vemier, presque tout desséché. Des bancs de sables mouvants obstruent le cours du fleuve et, à marée basse, laissaient moins d'un mètre de profondeur; cet obstacle, joint à la barre, dite mascaret, qui, à marée haute, remonte avec furie jusqu'au delà du Jumièges, nuisait à la navigation. On y a remédié, en partie, par de grands endiguements ; on a fixé les grèves de Quillebœuf et assuré partout une profondeur de plus de 5 mètres. Cependant, en septembre 1887, un navire anglais de 3,<XX) tonnes, surpris par le mascaret, a été perdu en face de Villequier. Au delà de Quillebœuf et de Tancai^ville, où est le cap de Hode, commence lestuaire, large de plus de 9 kilomètres entre Honfleur et la pointe du Hoc. Un canal, construit de Tancarville jusque dans les bassins du Havre et traversé par la Lézarde (3 kîl. navigables), facilite h la navigation ce passage que gênent les bancs d'Amfard et du Ratier. A l'extrémité de la rive droite de l'estuaire est le Havre, dont le port s'ouvre sur la mer.
3* Les affluents de la rive droite de la Haute-Seine. — Ces affluents ont tous leur direction générale vers le nord-ouest et viennent des mêmes plateaux que le fleuve.
VOurce (85 kil.), qui descend précisément du même plateau que la Seine, se grossit de VArce (25 kil.) presque à son confluent.
La Barse recueille, sur un sol imperméable, les eaux de nombreux étangs et les porte à Troyes.
L'Aube (226 kiL dont 46 navigables) prend sa source à la montagne du Saule ; à partir de la forêt de Formont, dans la Côte-d'Or, * elle coule parallèlement & la Seine vers le nord-ouest, comme tous les cours d'eau de ce versant du plateau, arrose Bar-sur- Aube et Arcis-sur-Aube, reçoit YAujon (65 kil.), la Voire (52 kil.) et VAuzon qui viennent de la région des étangs; contrainte de se replier, comme la Seine, devant le même obstacle, elle se réunit à elle à Marcilly, par 71 mètres d'altitude. L'Aube est une des routes qui conduisent des bords du Rhin, par le Plateau de Langres, à Paris ; plusieurs combats y ont été livrés dans la campagne de 1814, à Bar-sur-Aube, à Brienne, à Arcis.
La Voulzie (41 kil.) passe à Provins.
VYères (88 kil.) naît dans les terrains de la Brie et coule vers Tuuest, en serpentant dans une creuse et charmante vallée ; malgré le tribut de sources abondantes, elle n'a pas beaucoup d*eau, parce qu'elle en perd une grande partie dans les terrains poreux qu'elle traverse.
La Marne (494 kil. dont 327 navigables avec le canal latéral et 183 seulement utilisés par la batellerie), est le plus grand affluent de la Seine. Elle prend sa source au sud-est de Langres, à la fontaine de Mëtrnotte, par une altitude de plus de 380 mètres, coule vers le nord, passe au pied de la colline de Langres dans une creuse vallée que suit le chemin de fer et où débouchent plusieurs ruisseaux. Au-dessous de Chaumont, au confluent de la Suize (46 kil.) dont le chemin de fer franchit la vallée par un long et beau viaduc, elle est encore à 253 mètres d'altitude. Parvenue au bourrelet que forme à sa limite le terrain crétacé, elle s'infléchit vers l'ouest, de Saint'Diziei' oii elle devient navigable à Vitry-le-François; elle y reçoit la Saulx (95 kil.), grossie de VOrnain (120 kil.) qui passe au pied de Bar-le-Duc et reçoit la Chée, Déjà se sont réunis à elle le Rognon (60 kil.) et la Biaise (82 kil.), qui passe à Wassy; tous ces cours d'eau font mouvoir des forges et des usines. De Vitry-le-François à Épemay, la Marne arrose Châlons et coule au nord-ouest à travers la plaine monotone et nue de la Champagne ; la Somme- Soude (56 kil. jusqu'à la source de la Somme) est le principal affluent qu'elle y reçoit. D'Épernay à Meaux, elle traverse la Brie et, de Meaux à son confluent, elle en longe le versant septentrional ; sur ce parcours, elle arrose Château-Thierry, plusieurs fois assiégée par les armées envahissantes, et elle se dirige, par une suite de méandres, vers l'ouest-sud-ouest. Sur sa rive gauche, elle reçoit le Surmelin (40 kil.) grossi de la Dhuys dont les eaux sont conduites à Paris par un aqueduc; le Petit Morin (85 kil.) près duquel ont été .livrées en 1814 les batailles de Champaubert et de Monimirail; et le Grand Morin (118 kil. dont 17 navigables) exposé à des crues rapides, qui baigne Coulommiers et reçoit VAubetin; tous deux naissent sur le terrain crétacé de la Champagne, dans une région où croupissent en marécages les eaux qui, arrêtées par les coteaux de la Brie champenoise, traversent ensuite, comme la Marne, dans de creuses et humides vallées, ce plateau semé de nombreux étangs. Sur sa droite, la Marne reçoit VOurcq (80 kil. dont 11 navigables), qui natt dans la forêt de Riz-en-Tardenois et qui doit son importance à son canal. A Saint-Maur, près de son confluent, la Marne roule à
Tétiage 15 mètres cubes et 1,500 dans les grandes crues. Elle forme là un dernier méandre, dit boucle de Marne, dont un canal souterrain épargne le détour à la navigation (1). C'est dans la boucle de Marne que les Bagaudes, au temps des Romains, s'étaient réfugiés et qu'ils furent écrasés par l'empereur Maximien; c'est en face de cette boucle que sont les hauteurs de Ckampigny, rendues célèbres par la bataille livrée aux Allemands, en décembre 1870, pendant le siège de Paris. La Marne entre dans la Seine à Charenton par son lit naturel et par un canal.
4* Les affluents de la rive droite de la basse Seine, — La direction générale de leur cours est vers le sud-ouest.
Le Bouillon, né au pied de la montagne de Montmorency, débouche à Saint'DeniSy après avoir reçu le tribut du Crould et de plusieurs autres ruisseaux.
L'Oise (302 kil. dont 159 navigables) prend sa source en Belgique, au sud de Ghimay et au pied du terrain des Ardennes; entre bientôt en France en traversant la forêt de Saint-Michel; reçoit à sa gauche, le Gland (30 kil.) qui lui apporte l'eau de quelques ruisseaux de Belgique, le Ton, la Serre (104 kil.) grossie elle-même de plusieurs ruisseaux, dont un, le Vilpion (36 kil.), passe h Vervins, et la Lette ou mieux Ailette (65 kil.). Elle coule vers le sud-ouest, arrêtée et bordée sur sa rive droite par un dos de pays (coteaux du Vermandois et du Noyonnais) qui ne lui permet d'abord de recevoir de ce côté aucun affluent digne d'être nommé. Elle devient navigable à Chauny, Les collines s'écartent ensuite légèrement et lui envoient YAronde (32 kil.) qui débouche un peu en amont de Compiègne, et la Brèche (58 kil.) qui passe au pied de Clermont; puis, de la haute vallée dite pays de Bray, descend le Thérain (93 kil.) qui arrose Beauvais. Au sud du pays de Bray, l'Oise ne recueille plus que des ruisseaux, comme la 7ioswe(32 kil) dont le confluent est à Pontoise, A gauche, au contraire, son bassin s'étend jusqu'à l'Argonne, au nord du bassin de la Marne, et tous les cours d'eau qui coulent vers l'ouest viennent tomber dans son lit, au pied des hauteurs du Vermandois, du Noyonnais et du Beauvoisis ; elle reçoit, au sud des rivières déjà énumérées, son plus important tributaire, l'Aisne.
L'Aisne (279 kil. dont 146 classés comme navigables et 59 seulement utilisés) prend sa source au hameau de Sommaisne, au sud de l'Argonne, serpente vers le nord, arrose SairUe-Menekould,
(1) n y a sur le cours de la Marne huit peUts canaux ou dérivations d'une longueur de 39 kilomèlres, destinés à faciliter la navigation, sans compter le canal latéral d*une longueur de 137 kilomètres.
jgg U FRANCE.
ville près de laquelle Dumourlez livra, en 1792, la bataille de Yalmy reçoit la Biesme et longe le flanc occidental de la forêt de l'ArgoMe jusqu'au confluent de l' Atre qui vient des terrains jurassiques et qui longe le flanc oriental de la même ferêt. L'Aisne arrose Vomiers, Réthel, se replie vers l'ouest pour lr»vewer la plaine unie de la Champagne doù lui arrivent la Retourne (48 kil.) et la Stàppe (78 kil.), devient navigable à Chdteau-Porcten; puis elle pénètre dans le Soissonnais par une vaUée pittoresque où elle reçoit la Vesle (125 kil.) qui passe à Reims; elle arrose Soissons, position militaire importante où Clovis, venant du nord, battit Svagrius en 486 et dont les Prussiens, venant du nord-est, s emparèrent en l»i4 et en 1870. L'Aisne se jette ensuite dans l'Oise, un peu en avant de Compiègne.
Après l'Aisne, l'Oise ne reçoit plus, jusqu'à son confluent à ConflansSainte-Honorine, que des ruisseaux : l'Automne (28 kil.) qui vient de la forêt de Villers-Cotterets, la Nonette (34 kil.) qui passe h Sentis, et la Thève qui a sa source dans les étangs de Mortefontaine. ^ . , .. .
L'Epte (102 kil.), coquette rivière qui naît aussi sur les hauteurs du pays de Bray, reçoit la Troësne (24 kil.) à Gisors. Le Gatnbon a son confluent aux Andelys. VAndelU (60 kil.), dont la source est très voisine de celle de
l'Kpte, coule dans une vallée plus coquette encore et plus animée
par les fabriques, et se réunit à la Seine au pied de la côte des
Deux -Amants.
Les deux ruisseaux qui se jettent dans la Seine à Rouen, lHau-
de-Rohec et le ruisseau de Cailly (36 kil.), n'ont d'importance que
par les manufactures bâUes sur leurs rives. S» Les affluents de la rive gauche de la Haute-Seine. — La L<u-
qnes naît sur le même plateau que la Seine, se perd bientôt dans
un gouffre, mais réparait à 20 kilomètres plus loin par une belle
source.
h'Hozain vient de la région des étangs. VArdusson (23 kil.) et VOrvin (38 kil.) sont des ruisseaux sans
importance. , , . . .
LTonne (273 kil. dont 108 navigables) est la plus importante rivière de la rive gauche. Elle a sa source dans les étangs de Belle- Perche au pied du mont Préneley et au milieu des terrains porphyriqûes du Morvan, passe au pied de Chàteau-Chimn et reçoit un grand nombre de petite ruisseaux qui gUssent sur le roc imperméable ; elle descend rapidement jusqu'à Clamecy, où elle reçoit
le Beuvron (40 kil.). Plus bas, près de Vermenton, est le confluent de la Cure (116 kil.), importante par son flottage à bûches perdues que facilite le réservoir des Settons, et, grossie d'un grand nombre de petits ruisseaux, tels que le Cousin (60 kil.) passant au pied à'Avallon. L'Yonne baigne Anxerre où elle devient navigable, se grossit du Serein (155 kil.) et de VArf7ianpon(204 kil.). Cette dernière rivière passe au pied de Semur, se grossit elle-même de la Brenne (66 kil.), qui reçoit XOze et YOzerain dans la plaine des Laumes, dominée par le mont Auxois et célèbre par la défense de Vercingétorix ; elle coule dans une gracieuse vallée bordée de vignobles, arrose Tonnerre et conflue à La Roche. En aval du confluent, TYonne passe à Joigny, k Sens où est le confluent de la Vanne (78 kil.) ; une partie des eaux de cette petite rivière est conduite à Paris par un aqueduc. L'Yonne se rend dans la Seine à Montereau, au milieu d'une plaine unie et fertile. Elle roule plus d'eau que la Seine elle-même et elle est bien plus sujette qu'elle à des crues rapides, à cause du sol imperméable et boisé sur lequel elle naît, ainsi que ses premiers affluents.
Le Loing (162 kil.) prend sa source dans les hauteurs de la Puisaye ; passe à Bléneau, lieu célèbre par la victoire de Turenne sur Gondé en 1652; reçoit VOuanne (85 kil.) dans le bassin de laquelle est Fontanet, théâtre de la bataille de 841 entre les fils de Louis le Débonnaire ; baigne Montargis où est le confluent du Puiseaux (25 kil.), grossi du Vemisson (38 kil.); reçoit avec la Bézonde l'eau du canal d'Orléans; se grossit encore du Fusain (35 kil.), du Lunain (53 kil.) et de ïOrvanne (40 kil.), qui passe près du champ de bataille de Dormelles. Il débouche dans la Seine un peu audessous de Moret, à Saint-Uammès.
La rivière d'Avon amène à la Seine les eaux de Fontainebleau.
V Essonne (60 kil.), formée par la réunion de la Rimarde (40 kil.) et de VCEuf (40 kil.) qui passe à Pit/iiviers, se grossit de la Juine (40 kil.), qui arrose Ètampes; le confluent de l'Essonne est à Corbeil.
VOrgelm kil.), grossie de l' Yvette (50 kil.), a son confluent à Athis,
La Bièvre (40 kil.), qui coule d'abord dans une coquette vallée, se termine à Paris en manière d'égout.
6* Les affluents de la rive gauche de la Basse-Seine. — La Uauldre (37 kil.), qui reçoit, par le ru de Gally, les eaux du parc de Versailles ; et la Vaucouleurs (27 kil.) coulent encaissées dans de verdoyantes vallées.
L'Eure (226 kil. dont 14 navigables) est formée dans la forêt de Longny par la réunion des eaux de plusieurs étangs ; coule d'à-
bord, ainsi que ses principaux affluents, au sud-est sur la pente des coteaux du Perche ; se replie devant Tobstacle du plateau de la Beauce, coule dans une vallée qui a, comme tous les plis du terrain de ce côté, la direction nord-ouest ; passe au pied de Chartres ; reçoit, à droite, la Voise dont le confluent est dans le parc de Maintenons la Droue, accrue de la Guesle, qui passe à Rambouillet, la Vègi'e (45 kil.) ; à gauche, la Biaise (60 kil.), qui passe à Dreux, VAvre (76 kil. dont 3 navigables) ; Ylton (140 kil.), qui traverse presque à sa naissance Tétang de la Trappe, se perd au milieu des sables, reparait, 16 kilomètres plus loin, et arrose Ëvreux. L'Eure baigne ensuite Louviers et se réunit à la Seine près de Pont-de- TArche. Elle n'est réellement propre à la navigation que depuis Louviers, c'est-à-dire 16 kilomètres avant son confluent. Des batailles ont été livrées dans son bassin durant nos guerres civiles : à Cocherel en 1364, à Dreux en 1662, à Ivry en 1690.
La mile (148 kiL dont 16 1/2 navigables) a sa source voisine de celle de TOme, meus coule d'abord dans un sens tout opposé en arrosant une fraîche et ondoyante vallée; elle reçoit la Ckarentonne (66 kil.) qui passe à Bemay; baigne Pont-Audemer et se jette dans l'estuaire du fleuve en aval de Quiiiebœuf.
49. lies bMslns secondaires de la Manehe (voir la flg. 66). — 1* L'étendue. — Les bassins dépendant de la Seine ou bassins secondaires de la Manche ont une superficie d'environ 39,000 kilomètres carrés. Les bassins de la rive gauche ont pour limites les monts de Bretagne, les collines de Normandie et se divisent en trois régions naturelles, Basse-Normandie, Cotentin et Bretagne. Les bassins de la rive droite ont pour limites la partie centrale du plateau de Caux, la ligne des coteaux du Noyonnais et du Vermandois et le plateau d'Artois (voir le relief du sol, § 29, 28, 27).
2® Les cours d'eau de gauche jusqu'au Cotentin. — Entre l'estuaire de la Seine et la presqu'île du Cotentin, les cours d'eau, qui sont en grand nombre sous ce climat pluvieux (voir plus loin, Climat), ont leur direction générale vers le nord, conformément à la pente donnée par les collines de Normandie; ils sont en général encaissés et leurs vallées ne sont, pour ainsi dire, que de longs tapis d'herbe.
La Touques (108 kil. dont 29 navigables) prend sa source près du Champ-Haut, coule sur un fond d'argile, dans une fertile vallée encaissée de 50 à 100 mètres dans le plateau du pays d'Auge, arrose Lisieux et Pont-FÉvéque et se jette dans la mer à Trouville.
La Dives (100 kil. dont 32 navigables) borde le pied occidental
des coteaux du pays d'Auge qu'elle contourne en inclinant au nordouest et qui lui envoient quelques ruisseaux, entre autres VAnte
O è E A X A IV-f'- -'- •
Fig. 66« — Bassins secondaires de la Manche et du nord de la Loire.
(24 kil.) qui arrose Falaise et la Vie (59 kil.). Elle arrose elle même dans la vallée d'Auge les plus beaux herbages de cette ré-
gion si riche en prairies et se jette dans la mer au milieu de dunes qu'elle contourne. C'est à l'embouchure de laDives que Guillaume le Bâtard avait réuni, en 1066, la flotte avec laquelle il partit pour conquérir l'Angleterre ; une colonne dressée sur la falaise voisine rappelle cet événement.
L'Orne (158 kil. dont 16 navigables, le principal fleuve de cetle côte, prend sa source à 200 mètres environ d'altitude dans le ter^ rain jurassique, près de Séez ; coule vers le nord-ouest entre les lignes parallèles des collines de Normandie; arrose Argentan; passe en serpentant sur une bande du terrain granitique et recueille les eaux de plusieurs petites rivières, la Rouvre (38 kil.), le Noireau (42 kil.), etc., avant de traverser la ligne des terrains de transition au fond de la gorge étroite et pittoresque de Thury-Harcourt, dans laquelle il est encaissé de plus de 150 mètres. Le fleuve débouche ensuite dans la pleûne calcaire de Caen, au-dessous de laquelle il coule entre deux bordures de riants coteaux et où il reçoit la Laize (34 kil.) et VOdon (50 kil.); puis il se jette dans la mer au milieu d'une vaste plage.
La Senties (62 kil.) naît sur la dernière ligne des collines de Normandie et arrose de belles campagnes.
La Vire (132 kil. dont 69 navigables) prend sa source dans le terrain granitique, non loin de la Sée; arrose Vire; traverse, comme l'Orne, en serpentant dans une gorge pittoresque, la bande des collines du terrain de transition qui dominent son cours de plus de 100 mètres; devient navigable à Pont-farcy, arrose Saint-Lâ et les plantureux herbages du Bessin; puis se jette sur une vaste grève à l'extrémité de laquelle elle confond ses eaux avec celles de la Taute. Le plus considérable de ses affluents est YAure (80 kil.) qui passe à Bayeux et qui, après s'être grossie de la Dromme (60 kil.), se perd dans une suite de crevasses dites fosses du Soucy et reparaît, en partie sur la grève de Port-en-Bessin ; là, elle se perd en partie directement dans la mer et va en partie se jeter dans VAure inférieure qui commence 1 kilomètre plus loin; à l'époque des crues, l'Aure supérieure coule par-dessus les fosses jusque dans l'Aure inférieure.
3° Les cours d'eau du Cotentin. — La Taute (55 kil. dont 15 navigables) prend sa source dans les collines du Cotentin et reçoit la Vanloue et la Terrette (7 kil. navigables) ; elle coule, ainsi que la rivière dOuves (69 kil. dont 29 navigables), grossie du Merderet (30 kil. dont 6 navigables) qui passe à Valognes et de la Sèves (7 kil. navigables) avec son déversoir, le Madeleine (navigable sur 9 kil.), dans une plaine couverte de belles prairies et parsemée çà
et là de tourbières et de marais et arrose Carentan; son bassin occupe presque toute la partie orientale du Cotenlin.
Le Gotentin, dans sa partie septentrionale, n'a que de très-petits cours d'eau, comme la Sinope, la Saire (35 kil.) et la Divelte {26 kU.) qui arrose Cherbourg.
Ceux de sa côte occidentale sont : VAy (36 kil.); la Sienne (75 kil. dont 7 navigables), qui prend sa source dans la forêt de Saint-Sever, court dans une fertile et étroite vallée, se grossit de la Soulk (45 kil.) qui passe au pied de CoutanceSy forme le canal de Coutances (6 kil.) et se jette dans la mer au havre de Regnéville; la Sée (63 kil. dont 16 navigables), dont la source est voisine de celle de la Vire et qui, coulant de Test à Touest entre deux lignes de collines granitiques dans un pli de terrain verdoyant et pittoresque, se jette au fond de la baie du mont Saint-Michel après avoir passé au pied d'Avranches; la Sélune (60 kil. dont 16 navigables), qui a un cours à peu près parallèle à celui de la Sée, quoique moins direct. La Sélune reçoit la Cance, qui passe au pied de Morlain, YAiron (38 kil.), le Beuoron (35 kil.), coule dans un fond de prairies encaissées entre les collines dont son bassin est tout ondulé et confond ses eaux avec celles de la Sée sur la grève du mont Saint-Michel.
4° Les cours d'eau du versant septentrional de la Bretagne. — A 12 kilomètres au sud-est de Fougères et à une altitude d'environ 150 mètres, le Couesnon (90 kil. dont 22 navigables) descend vers l'ouest en suivant la pente générale de cette partie de la province. 11 prend sa source dans les collines du Maine ; reçoit le Nançon^ qui arrose Fougères^ se replie vers le nord devant l'obstacle que lui oppose le plateau granitique de la Bretagne ; coule au milieu de prairies dans un encaissement étroit et profond d'une cinquantaine de mètres, et, après avoir traversé la plaine dite marais de Dol, se perd dans la mer sur la grève du mont Saint-Michel. Un canal a facilité l'accès de son embouchure ensablée ; mais la navigation y est presque nulle.
Dans un vallon du Mené, à 250 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, est la fontdne d'où sort la Rance. Le petit fleuve coule vers l'est, comme le Couesnon vers l'ouest, au milieu de prairies encaissées et il semble devoir se réunir à lui; mais le plateau granitique de la Bretagne orientale l'arrête. 11 s'enfonce alors dans une gorge pittoresque ouverte vers le nord, passe au pied de Dinan et se termine par un vaste estuaire entre Dinard^ d'un côté, Saint-Servan et Saint-AÊalo, de l'autre. C'est, au point de vue de la navigation et de l'étendue (110 kil. dont 16 navigables de la
mer jusqu'au canal), le cours d'eau le plus important du versant septentrional de la Bretagne; le canal dlIle-et-Rance l'unit à la Vilaine.
Les autres cours d'eau sont de très médiocre importance; ils coulent dans une direction à peu près parallèle vers le nord, en faisant cependant de nombreux et brusques crochets pour contourner les roches granitiques entre- lesquelles ils sont encaissés, et ils n'ont qu'une navigation maritime, depuis le port bâti à l'origine de leur estuaire jusqu'à la mer; leurs rives offrent presque partout des sites agréables. Ce sont : VArguenon (50 kil.), navigable sur 9 kilomètres depuis Plancoët et débouchant au pont du Guildo dans la baie de l'Arguenon; le Gouessan qui arrose Lamballe; le Gouet (48 kil. dont 3 navigables); qui arrose Saint- Brieuc, le Trieux (72 kil. dont 18 navigables); qui arrose Gmngamp et reçoit \e Leff (50 kil.); le Jaudy (48 kil. dont 18 navigables) ; qui arrose Tréguier; le Guer (71 kil. dont 9 navigables) qui arrose Lannion; la rivière de Morlaix (6 kil. navigables); formée de la réunion de deux petits cours d'eau, le Jarloi et le Queffleut, et débouchant dans la même baie que la Pensez (50 kil. dont 8 navigables). VAber-Vrac'h ou Labewrach (30 kil. dont 4 navigables) et VAber-Benoît ou Leuban (30 kil.) sont des estuaires navigables dans lesquels débouchent des ruisseaux.
5** Les cours d'eau à droite de la Seine, — Les cours d'eau à droite de la Seine, jusqu'au cap d'Alprech, ont la direction du nord-ouest et coulent encaissés dans de vertes vallées au-dessous de la surface sèche des plateaux.
La Durdent (27 kil.) et la Sàane (36 kil.) coulent dans des vallées pittoresques et très peuplées du pays de Caux.
V Arques (52 kil.) est désignée sous le nom de Varenne dans son cours supérieur; près du château d'Arqués, où elle devient navigable, deux rivières aussi fortes qu'elle, la Béthune (60 kil.) qui baigne Neufchàtel, et VÉaulne (48 kil.), lui apportent leur tribut. ' C'est à l'embouchure de l'Arques qu'est Dieppe et c'est près du château d'Arqués qu'Henri IV, en 1589, repoussa par une série de combats l'armée des Ligueurs, commandée par Mayenne.
La Bresle (72 kil.), formée de deux ruisseaux qui ont leur source dans la partie la plus élevée du pays de Caux, coule sur la limite de la Picardie et de la Normandie et arrose le beau parc du château d'Eu. Sur les bords de la Bresle, à Aumale, Henri IV remporta, en 1592, un avantage signalé sur le prince Alexandre Farnèse, venu de Belgique au secours de la Ligue.
La Somme (245 kil. dont 24 nominalement navigables sans
compter le canal latéral) prend sa source à il kilomètres au nord-est de Saint-Quentin, ville dont le nom est attaché à deux bataiUes, celle de 1557 où les Espagnols triomphèrent des Français et celle de 1871 où le général Faidherbe résista à Tarmée allemande. Elle descend au sud-ouest en arrosant cette ville et en mêlant ses eaux à celles du canal qui la suit dans presque tout son cours. Elle se recourbe vers le. nord-ouest devant les collines tertiaires qui bordent TOise; arrose Péronne; coule sur un fond crayeux où la tourbe abonde; se grossit à droite de la rivière d'Ancre (42 kil.), h gauche de YAvre (55 kil. dont 21 navigables) grossie elle-même du Don, qui passe à Montdidie7\ et de la Noyé (52 kil.); elle reçoit la Hallue, arrose Amiens, où elle reçoit encore la Celle, puis Abbeville, qu'un large canal rend accessible à la navigation maritime; finit par déboucher dans une baie vaseuse et tout endiguée.
La vallée de la Somme, qui forme une seconde ligne de défense de la France en arrière des forteresses de la Flandre, a été souvent un champ de bataille. Là se trouvent Saint-Quentin (1557-1871) ; Testry, témoin de la grande défaite des Neustriens par les Austrasiens, en 687; le gué de Blanquetaque, franchi par les Anglais avant la bataille de Crécy (1346) ; Corbie que prirent les Espagnols, en 1636, « l'année de Corbie ».
VAutkie (100 kil.), dont la vallée est toute peuplée de fabriques, coule, comme la suivante, sur un fond tourbeux et baigne Doullens.
La Canche (95 kil. dont 16 navigables), dont la vallée n'est pas moins riche, reçoit la Ternoise (46 kil.) qui passe à Saint-Pol, et arrose elle-même Montreuil-sur-mer,
Au nord du cap d'Alprech, le principal cours d'eau du Boulonnais est la Liane (48 kil.), formée par la réunion de plusieurs ruisseaux coulant jusqu'à Boulogne, k travers un sol ondulé, dans une charmante vallée.
50. Ij'Escaat (voir les figures 63 et 63 bis). — 1^ Le bassin. — Le bassin de l'Escaut qui mesure environ 20,000 kilomètres carrés, a pour limites, au sud, le plateau de rArtois, la haute plaine entre l'Artois et l'Ardenne, l'Ardenne et le dos du pays où est la Hesbaie. A l'ouest et à l'est, il n'y a que des plaines entre le bassin de l'Escaut et les bassins voisins (voir le relief du sol, § 27, 21 et 22).
Ce bassin qui faisait partie de la Gaule et qui a été le séjour des* Francs Saliens jusqu'au temps de Clovis, fus partagé entre la France neustrienne et l'empire de Lothaire par le traité de Verdun. La Flandre relevait du royaume de France et Philippe le Bel y éta-
blit sa domination directe ; mais c'est seulement sous Louis X[V. durant la guerre de dévolution et la guerre de Hollande, que la France acquit définitivement la Flandre, le Cambrésis et le Hainaut français.
La partie française du bassin de TEscaut, en y comprenant celle des petits fleuves côtiers (Aa, Yser), mesure 8,700 kilomètres carrés.
2* Le fleuve. — LTscant (400 kil. ; 120 en France dont 63 navigables) prend sa source sur un sol crayeux, à 90 mètres d'altitude, dans Tancienne abbaye de SaintMarlin, près du Catelet; il est alimenté dès sa naissance par le canal des Torrents qui lui amène l'eau des pluies tombées sur le versant occidental de la forêt de Bohain. A quelques kilomètres audessous du Catelet débouche le canal de Saint-Quentin qui sort de son long souterrain et l'Escaut devient ainsi , presque à son origine, une ligne de navigation importante. Il descend vers le nord, et, jusqu'à Noyelles, il est bordé de coteaux doucement inclinés dont les sommets ne dominent guère ses prairies que d'une cinquantaine de mètres.
Il coule ensuite dans une plaine où il forme, avec ses prairies coupées de petits canaux, la principale défense de la frontière française ; on a dû multiplier les forteresses sur ses bords : Cambrai^ ValencienneSf Condé; c'est à Cambrai que la navigation commence. La guerre a maintes fois passé par cette plaine, pris ces places et livré des batailles, entre autres celle de Denain^ en 1712, et celle du camp de Famars en 1793. Hors de France, dans la plaine de Flandre, l'Escaut arrose encore un grand nombre de lieux célèbres dans l'histoire militaire : Fontenoy (1745), Tournai, Audenarde (1708), et la grande cité de Gand. Il prend, à partir du confluent de la Lys à Gand, la direction de l'est; contourne le pays de Waea en dessinant de nombreux replis et baigne Anvers, bâti sur sa rive droite, un des meilleurs ports du continent européen; puis, au milieu d'un terrain sans relief, il s'élargit. Parvenu dans la Zélande, il coule vers l'ouest, au sud de l'archipel, et prend le nom d'Escaut occidental ou Hont: à marée haute, c'est un véritable bras de mer; à marée basse, ce sont des bas-fonds avec un chenal étroit et de longues plages qui, à l'œil, se confondent presque avec les polders des îles de la Zélande. Au nord, un autre bras beaucoup plus étroit, le Kreekerak, conduisait naguère à Bergen-op-Zoom, et là se subdi visait en Escaut oriental, parallèle au Hont, et en Gendragd qui se perdait par plusieurs branches dans la bouche la plus méridionale de la Meuse. Depuis qu'on a construit le barrage du chemin de fer, qui relie l'Ile Sud-Beveland à la terre ferme, la communication avec
l'Escaut oriental ne se fait plus que par un petit canal à travers le Sud-Beveland et le fond de TEscaut oriental est ensablé.
3® Les affluents de la rive droite, — La Haine coule encaissée dans le terrain houiller; c'est en quelque sorte un retranchement naturel qui défend la Belgique et dont les abords ont été souvent disputés les armes & la main, à Mons plusieurs fois assiégé, à Jemmapes en 1792, à Malplaquet en 1709.
La />enrfer (69 kil.), dont le bassin supérieur est voisin de la Haine, rappelle aussi des souvenirs militaires (bataille de Leuze en 1691).
La Rupel, qui mesure à peine 15 kilomètres de cours, se forme par la réunion de trois cours d'eau disposés en éventail : la Senne, qui passe & Bruxelles; la Dyle, qui arrose Louvain et qui reçoit la Demer, grossie elle-même de la Geete; la Nèthe, formée de la réunion de la Grande Nèthe et de la Petite Nèthe. Les coteaux qui séparent ces cours d'eau de la Meuse sont, comme ceux qui bordent la Haine, fameux par plus d'une bataille : Seneffe (1674), Steenkerque (1692), Fleurus (1690-1794), Lawfeld (1747), Ramillies (1706), et, dans l'intérieur du bassin, entre la Dyle et la Senne, Mont-Saint-Jean et Waterloo (1815).
4" Les affluents de la rive gauche, — La Sensée (66 kil.), dont la source est quelque peu au nord de Bapaume (combat en 1871), donne presque toute son eau au canal de la Sensée.
La Scarpe (112 kil. dont 67 navigables) coule vers le nord-est au milieu de prairies marécageuses, passe devant les fossés d'Arras où elle devient navigable et arrose Douai.
La Lys (205 kil. dont 72 navigables en France) a sa source sur le plateau de l'Artois, non loin de l'Aa, devient navigable à Aire, elle se grossit de la Lawe qui passe à Béthune (48 kil., canalisée sur 18 kil.) et de la Deule (86 kil.) qui porte plusieurs noms, arrose Lille, et reçoit la Mai^cq (44 kil.); elle traverse ou reçoit plusieurs canaux dans la plaine de Flandre, entre autres celui de la Basse* Deule; sert de frontière à la France entre Armentières et Menin; baigne Courtrai et rejoint l'Escaut à Gand,
Dans ces campagnes se sont souvent heurtées les armées : à Mons-en-Pevèle (1304), àBouvines (1214), à Courtrai (1302 et 1794), à Lens (1648), à Roosebeke (1382).
51. lies ImissIhs secondaires de la mer da IVord. — La plaine de Flandre, entre le plateau de l'Artois et le bassin de l'Escaut, n'a que deux petits fleuves qui vaillent la peine d'être nommés ; le premier n'appartient même à la France que par son cours supérieur*
VYser (33 kil. en France) prend sa source au pied du mont
Cassel, coule dans un pays plat, coupé de digues et de canaux de dessèchement ou de navigation; reçoit YYperlée qui arrose
Fig. 67. — Bassins de la Meuse et du RLiu.
Ypresy ville souvent prise par les armées françaises; et traverse la marécageuse région des Moères.
VAa (80 kil. dont 29 navigables) prend naissance à Bourlhe-les- Hameaux sur le versant oriental des collines du Boulonnais, des-
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Fig. 67 bis, — Bassins de la Meuse et du Rhiu (rive gauche).
cend jusqu'à Saint-Omer à travers une riante vallée dont il fedt mouvoir les usines, y devient navigable, puis coule dans une
plaine où il reçoit ïHem (36 kil.); il distribue ses eaux à plusieurs canaux et sert en même temps d'écoulement aux wateringues ou
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canaux de dessèchement de la marécageuse contrée qu'il traverse avant de déboucher dans la mer à Gravelines; sous les murs de
cette ville, les Français furent battus en 1558 par les Espagnols, et, sur les bords d'un des canaux voisins, à Hondschoote, les Français commandés par Houchard remportèrent, en 1793, une victoire sur les Anglais.
Cette plaine de la Flandre est, avec celle du du Pô, la contrée qui a été le théâtre du plus grand nombre de combats.
52. lia ifeuM (voir les figures 67 et 67 bis). — 1* Ze bassin. — Le bassin de la Meuse mesure environ 33,000 kilomètres carrés. La France n'en possède que la moindre partie, 7,800 kilomètres carrés, à savoir le bassin supérieur du fleuve, qui est très étroit, et le cours supérieur de la Sambre. Ce bassin est borné au sud par le Plateau de Langres; à Test et à l'ouest, il est borné, dans la partie supérieure, par le plateau de Lorraine dans lequel la Meuse est encaissée ; dans la partie moyenne, par la ligne de faîte centrale de VArdenne et de YEifel à l'est, par les hauteurs de la Thiérache, la plaine du Cambrésis et le dos de pays de la Hcsbaie à l'ouest; la Meuse inférieure coule dans la même plaine que l'Escaut et le Rhin (voir le relief du sol, § 24, 18, 21, 20).
La Meuse, par le traité de Verdun, devint frontière de la France; mais, sous les rois carlovingiens, la Lorraine fut continuellement disputée entre la France et l'Allemagne. Au milieu du seizième siècle, la conquête des Trois-Évêehés nous donna une partie du cours de la Meuse ; Louis XIY conquit le bassin supérieur de la Sambre et, sous Louis XV, la Lorraine fut réunie à la France.
2* Le fleuve. — La Meuse (804 kil. avec 574 kil. navigables, dont, en France, 272 pour la branche nord du canal de l'Est et 132 pour le reste de la partie navigable du fleuve) prend sa source à la fontaine de Meuse, vers l'extrémité du Plateau de Langres, par 409 mètres d'altitude (voir fig. 68) ; elle coule à l'ouest d'abord, s'engage bientôt, au village de Meuse, dans une étroite rigole ouverte vers le nord, disparaît tout à coup sous terre au village de Bazoilles, à l'époque des basses eaux, pour reparaître à 3 kilomètres de là, près de Neufchâteau, arrose Commercy et Verdun et reçoit deux petites rivières venues des Faucilles, le Mouzon et la Vaire (50 kil.), à une altitude de 275 mètres. Depuis le confluent de cette dernière jusqu'à celui de la Chiers, sur une longueur de plus de 200 kilomètres, elle coule au nord-ouest, comme plusieurs autres rivières, suivant la direction même des zones du terrain jurassique, profondément encaissée entre
Là FRANCE. i4
les marnes et les argiles de son lit et les calcaires qui bordent sa rive gauche et qui constituent son bassin ; elle n'y recueille pas un seul affluent digne d'être nommé et n*a jamais de crues considérables. Sa vallée s'élargit et devient fertile depuis Dun, surtout de Mouzon h Sedan ; dans cette partie elle reçoit deux de ses principaux affluents, le Chiers (112 kil.) et la Semoy (165 kil. dont 25 kil. en France). A partir de Mézières et Charleville, elle s'engage ellemême, comme ces deux affluents, dans une gorge étroite (100 à 150 mètres) et profonde, où ses eaux font maint brusque repli entre les arêtes de rocs dénudés qui surplombent de 200 et même sur certains points de plus de 300 mètres.
La Meuse sort de France au-dessous de Givet et du fort de Charlemont qui, du haut de son rocher, domine de plus de 200 mètres les eaux du fleuve. Elle traverse ainsi le plateau ardennais et descend, en longeant la Famène et le Condroz, jusqu'au pied septentrional du plateau dans le creux formé par le terrain bouiller; elle y reçoit la Sambre à Namur, où son altitude n'est plus que de 74 mètres (voir flg. 69) (1).
A partir de Namur, point stratégique très important, elle se dirige droit au nord-est en suivant jusqu'au delà de Liège le fossé du terrain carbonifère, entre le plateau ardennais et le dos de terrain de la Hesbaie ; c'est une région tout industrielle. Au delà de Liège, la Meuse prend son cours vers le nord, quitte les terrains anciens et accidentés pour les plaines quaternaires, la Belgique pour la Hollande, et baigne la ville forte de Maastricht (Maastricht, passage de la Meuse), qui est la clef de la Basse- Meuse et que domine le pittoresque plateau de la montagne de Saint-Pierre.
La Meuse, Maas en hollandais, coule vers le nord dans cette plaine uniforme, avec quelques rangées de coteaux à droite, mais à gauche avec un horizon de landes sans On dans la Gampine, puis de marécages (le Peel). Elle baigne Venlo, se replie lentement et par de nombreux méandres vers l'ouest, communique une première fois avec le Waal^ près de Bocmel, par un canal aujourd'hui obstrué, puis confond en partie ses eaux avec celles du Waai près de Gorkum. De ce confluent jusqu'à Dordrecht, le cours d'eau
(1 j La figure 67 est un fac-similé de la carte de i'État-major belge, gravée à l'échelle du 40,000«, avec le relief du sol représenté par des courbes de niveau. Cette carte, commencée en 18SS est en 72 feuilles. La Belgique a publié aussi depuis 1866, au 20,000*, en chromo- lithographie (460 feuilles), les cartes-minutes dressées par les officiers.
LE SÙL. 211
a le nom de Mei^ede. Mais il ne porte pas jusqu'à cette ville tout le tribut du Waal et de la Meuse : un bras se détache vers le sud et va se jeter dans le Biesbosch, c'est-à-dire la Forêt de joncs, vaste archipel composé de polders, quelque peu boisé, et formé, en 1421, à la suite d'une rupture des digues par une invasion de la mer qui engloutit 100,000 habitants; le large estuaire par lequel se déversent les eaux du Biesbosch s'appelle le Holiandsch-Diep et se partage, pour se rendre à la mer, en deux branches, le Haring- Vliet au nord et le Krammer au sud, qui enveloppent l'île d'Overflakkee. Le Mervede perd son nom à Dordrecht et se divise en deux branches, la Vieille-Meuse qui coule à l'ouest, et le Noord-Diep qui va au nord rejoindre le Lek; le double courant (Lek et Noord- Diep) prend le nom de Nouvelle-Meuse ^ reçoit l'Yssel inférieure (1), baigne Rotterdam^ puis se réunit à la Vieille-Meuse et se jette à la mer au sud du cap nommé Hoek van HoUand.
3* Les affluents en France. — Après avoir reçu non loin de sa source le Mouzon et la Vaire, venues des Faucilles et débouchant par conséquent sur sa rive droite, la Meuse, prisonnière dans son étroite vallée jurassique, ne se grossit que de petits ruisseaux qui ne méritent pas d'être nommés. Parvenue au pied de l'Ardcnne et près de la frontière de France, elle commence à avoir des affluents plus considérables.
A gauche :
La Bar (60 kil.), dont la source verse une partie de son eau dans un affluent de l'Aire (bassin de la Seine), alimente le canal des des Ardennes.
La Sormonne (40 kil.) naît au pied du plateau de Rocroi.
Le Véronin (68 kil.) est formé de deux cours d'eau nés dans le pays de Rocroi et de Chimay : Y Eau-Noire^ dont la source est près de Rocroi, et YEau-Blanche, qui baigne la forteresse autrefois française de Mariembourg; il ne nous appartient aujourd'hui que par son confluent avec la Meuse et par la source de l'Eau- Noire.
La Sambre (180 kil. avec 148 canalisés et navigables, dont 54 en France) prend sa source dans une forêt au nord de la Thiérache, à une altitude de 210 mètres; elle est rendue navigable presque en naissant par le canal de la Sambre à l'Oise qui absorbe toute son eau; quitte le canal à Landrecies où commence la navigation
(1) Les HolldDclais écrivent IJsiel, pour représenter la leltre y. C'est ainsi qu'ils écrivent Lttijde^ Hijn. Malgré cela, nous avons cru devoir adopter IV» qui représente I*orthographe française des mots de ce genre.
de la Sambre proprement dite s'engage, vers le nord-ouest dans le fossé tracé par la nature au pied de la pente septentrionale
de l'Ardenne; serpente au milieu du terrain houiller; arrose Ckarleroi et se jette dans la Meuse à Namur, au point où le fleuve
tombe lui-même dans le fossé du terrain houiller, de sorte que la Meuse semble être la continuation de la Sambre (voir fîg. 69). Les affluents de la Sambre viennent du plateau ardennais : la Pelite- Helpe et la Grande-IIelpe (54 kil.), qui baigne Avesnes, sont des rivières presque entièrement françaises; V Heure, à droite, et VOmeau, k gauche, sont belges.
A droite :
Le Chiers (142 kil.), dont la source est en Belgique, près d'Arlon, coule de l'est à Touest dans une vallée étroite, encaissée de plus de 100 mètres sur divers points ; elle reçoit, par YCHhatn (70 kil.), la Thonne et le Loison, les eaux des dernières terrasses jurrassiques ; s'étend au pied des Ardennes ; arrose Montmédy et tombe dans la Meuse près de Sedan, par 160 mètres d'altitude.
La Semoy (165 kil. dont 18 navigables), qui prend sa source non loin du Chiers, dans le terrain jurassique, et qui a un cours à peu près parallèle au sien, coule beaucoup plus encaissée encore au fond des roches cristallines de l'Ardenne, qui la dominent sur quelques points de plus de 250 mètres ; peu de rivières ont des eaux aussi limpides et une vallée plus pittoresque et plus profonde ; aucune n'a été contrainte par les fractures de sol à se replier en sinuosités plus tortueuses. Elle n'appartient à la France que par l'extrémité de son cours inférieur,
4** Les affluents hors de France, — De Namur à Maestricht, dans le pays belge, la Meuse est bordée, sur sa rive gauche, par un dos de pays qui ne lui permet pas de recevoir d*affluents considérables. La Mehaigne et, plus loin, le Gcer, qui viennent de la Hesbaie, ne sont que de très petites rivières. Sur la rive droite, au contraire, elle reçoit de l'Ardenne la Lesse, qui traverse la célèbre grotte de Han et reçoit VHomme; VOurthe (135 kil.) qui, formée de la réunion des deux Ourthe, coule dans un profond encaissement et recueille, par ses deux branches et par ses affluents, YAmbleve, grossie de la Warthe et la Vesdre^ une grande partie des eaux du plateau; au confluent de l'Ourthe est bâtie la ville de Liège.
Dans la plaine des Pays-Bas, la Meuse reçoit la Boër (108 kil.) qui descend de l'Eifel en serpentant vers le nord-ouest, et la Niers; h gauche, elle ne se grossit d*abord que de quelques ruisseaux sortis du grand marais de Peel ; puis, quand elle s'est repliée vers l'ouest et le nord, elle reçoit la Dommel (70 kil.) qui prend sa source dans la Gampine; coule vers le nord; reçoit elle-même, dans la monotone plaine du Brabant septentrional,
de nombreux affluents, entre autres ceux qui viennent de la partie occidentale du marais de Peel, et arrose Bois-le-Duc (s'Herlogenbosch).Plus loin, la Meuse s*accroît de la ^arA qui arrose Breda.
53. li« Rhin. — 1° Le bassin, — Le bassin du Rhin est, après celui du Danube, le plus grand de l'Europe centrale (1); il mesure environ 196,000 kilomètres carrés. Il est borné : 1° au sud, par les Alpes (ligne de faîte des Alpes Algaviennes^ Alpes des Grisons t Alpes Lépontiennesy partie des Alpes Bernoises, avec le Jorat) ; 2° à Touest, par le Jura central (2), par une partie du Jura septentrional, par la trouée de Belfort, les Faucilles, le plateau de Lorraine ; à Test de la Meuse, par la partie centrale de l'Ardenne et une partie de TEifel, par le plateau entre la Roer et l'Erft, puis par la plaine; 3° à Test, par le plateau situé au nord du lac de Constance, par les Alpes de Souabe, par une partie de la terrasse de Franconie et par le Jura franconien, par le Fichtel Gebirge, le Franken Wald, le Rkon, le Vogelsberg, le Rothaar Gebirge, le plateau de Brilon^ ^*Egge Gebirge, les hauteurs du pays de Munster et la plaine des Pays-Bas (voir le relief du sol, § 15, 23, 18; —voir aussi § 17, 19, 20).
Le Rhin partage en deux parties inégales ce vaste bassin très divers d'aspect, ou pour parler plus exactement, cette suite de bassins, auxquels il sert d'écoulement. La partie orientale ou rive droite, la plus étendue, est entièrement -suisse ou allemande. La partie occidentale ou rive gauche a été disputée et partagée, depuis le commencement du moyen âge, entre plusieurs nations. Elle était comprise dans la Gaule romaine dont le Rhin formait la limite et elle a été le théâtre d'un grand nombre de luttes et de conquêtes alternatives de la France et de l'Allemagne. Elle se rattache, par la direction des eaux comme par les événements de l'histoire, à la géographie de la France.
Là fut le centre de l'Austrasie et de l'empire de Charlemagne, entre la France neustrienne et la Germanie. Là furent l'empire de Lothaire et la Lorraine, disputée parles rois carlovingiens aux rois de Germanie. Là fut aussi le royaume de Bourgogne, à cheval sur les deux versants du Jura. En 1552, la soumission de Metz porta la monarchie française au bord de la Moselle, et, en 1648, les
(1) Il y a dans l'Europe orientale, c'est-à-dire en Russie, plusieurs bassins plus considérables. — Nous avons pris le Rhin comme limite de la description physique ; c'est pourquoi nous donnons les cours d'eau de la rive gauche du Rhin, comme nous avons donné le relief du sol de celte région.
(2) 11 faut remarquer que la ligne de partage des eaux entre le bassin du Rhône et celui du Rhin est quelque peu à l'ouest de la ligne de fa!te.
LE SOL. 2i5
traités de Westphalie consacrèrent la possession de l'Alsace jusqu'au Rhin ; en 1766, la Lorraine tout entière devint française. Sous la République, les traités de Bâle, de Campo-Formio, de Luné ville assignèrent comme frontière à la France le Rhin, au delà duquel l'Empire déborda imprudemment. Les traités de 1814 et de 1815 nous laissèrent les bords du Rhin, de Huningue à la Lauter. La funeste guerre de 1870-1871, en nous enlevant l'Alsace (moins Belfort) et une partie de la Lorraine, nous a enlevé la frontière du Rhin avec les rivières alsaciennes, la Sarre, presque toute la Seille et une partie du cours de la Moselle.
2« Le fleuve (voir flg. 67 et 67 bis), — Dans une haute et sauvage vallée, se trouve le petit lac Toma, situé à 2,344 mètres d'altitude, dominé par les crêtes du Six-Madun-Badus et alimenté par trois petits ruisseaux : c'est la source du Rhin antérieur. Le torrent qui en sort roule vers le nord-est ses eaux vertes et écumantes dans une gorge profonde, dite Tavetsch, entre deux rangées de glaciers. Des montagnes de quartz serrent sa rive gauche de leurs pentes presque abruptes. Sur sa rive droite s'ouvrent çà et là de petits vallons qui lui envoient leurs torrents, nommés pour la plupart Rhin, entre autres le Rhin du milieu, ou mieux Rhin de MedelSy qui prend naissance près du Luckmanier. A Reichenau, où il n'a plus qu'une altitude de 586 mètres, il se réunit avec le Rhiyi postérieur ^ qui descend des glaciers du mont Adula en suivant une étroite et sauvage vallée et qui est grossi de l'Albula et de plusieurs autres torrents aux eaux limoneuses. Le Rhin est désormais un fleuve, mais encore un fleuve torrentueux. Les masses du llochwang et du Rhaeticon, qui se dressent sur sa rive droite, le contraignent à se recourber vers le nord sans cesser de lui envoyer leurs torrents. C'est au point où cette courbe se dessine et où la vallée s'élargit quelque peu, que la ville de Coire (Chur) a été bâtie au pied des montagnes, au centre des chemins conduisant du Tessin et de TEngadine dans la vallée du Rhin et que le fleuve devient navigable. Sur la rive gauche se dresse le massif calcaire duGalanda.
Parvenu à la hauteur du Rhœticon, le fleuve semble avoir le choix entre deux vallées, celle de l'ouest par Sargans et celle du nord par le Liechtenstein. Dans les temps antéhistoriques, quand il roulait une masse d'eau plus considérable, il a pris celle de l'ouest pour cheminer par les lacs Walen et de Zurich (1). Il coule aujour-
(1) Cette direction peut avoir encore eustê à l'époque dont Ptolémée nous a transmis la géographie. Ce fut du reste longtemps la limite extrême de la Gaule de ce côté.
216 Lk FRANGE.
d'hui par celle du nord, entre des montagnes de 2,000 k 2,500 mètres d'altitude, qui s'écartent pour faire place h une plaine large de 7 kilomètres et plus, formée et nivelée par ses alluvions, sillonnée h son extrémité septentrionale de canaux d'irrigation. Ses débordements subits sont encore très redoutables, et les villes, telles que Coire, Sargans, Liechtenstein (Vaduz), ont été construites à quelque distance de sa rive.
Au nord de cette vallée, le Rhin esta une altitude de 398 mètres et il entre dans les terrains tertiaires dont les plus grandes hauteurs ne dominent son cours que de 300 à 400 mètres. Là se rencontrait une dépression du sol, profonde, large de 10 kilomètres en moyenne, longue de plus de 70 kilomètres et mesurant une superficie de 534 kilomètres carrés. Il Ta remplie et il a formé ainsi le lac de Constance (Boden see), un des deux plus grands lacs de la Suisse après le lac de Genève (580 kil. c.) et le plus beau des lacs du versant septentrional des Alpes Helvétiques. Dans ce lac aux eaux vertes le Rhin se dépouille de son limon et reçoit un grand nombre de torrents, portant le nom de Aach (aquae?) qui déversent leurs eaux. La fonte des neiges élève, en été, son niveau de plus de â mètres ; en hiver il a gelé plusieurs fois depuis les temps historiques. Quelques ports, Bregenz, Friedrichshafen, Lindau, Constance, font communiquer par la navigation les contrées qu'il sépare. A son extrémité occidentale, le lac se divise en deux branches, le lac d'Ueberlingen au nord, et le lac de Zell au sud.
Le Rhin, après avoir baigné Constance, pénètre dans la branche méridionale ou lac inférieur, où se trouve la belle lie de Reichenau, et en sort pour se heurter bientôt contre la base des plateaux calcaires du Jura de Souabe. Dans cette partie de son cours, il ne saurait avoir d'affluent important à droite; mais, à gauche, il recueille la plus grande partie des eaux de la Suisse qui, comme lui, ont suivi la pente générale des Alpes vers le nord, et qui, arrêtées, comme lui, à l'extrémité de la plaine helvétique par le bourrelet du Jura de Souabe, viennent se perdre dans la rigole commune. Le Rhin contourne ce bourrelet en se repliant vers le sud; un peu avant Schaffhousey il franchit une barre de roc en faisant une chute de 15 à 20 mètres, dite chute du Rhin^ qui est une des beautés les plus renommées de la Suisse.
Presque à l'extrémité méridionale des calcaires triasiques du Schwarzwald, s'ou\Te une étroite faille dans laquelle le Rhin se précipite en courant de rapide en rapide ; c*est par cette issue qu'il quitte la Suisse. Le déûlé, où il descend rapidement de 312 à
LE SOL. 2n
248 mètres, est la seule communication naturelle entre la région du Haut-Danube et de la Suisse, d'une part, et, d autre part, la plaine d'Alsace et la vallée de la Saône; le moyen âge y avait établi ses forteresses, Waldshut, Laufenburg, Sœckingen, Rheinfelden; en 1638, le duc de Saxe-Weimar battit à Rheinfelden les Impériaux ; en 1800, Tarmée française, conduite par Moreau, pénétra par là dans la vallée du Danube, et c'est par là aussi que déboucha en 1814 une partie des troupes autrichiennes qui en-> vahissaient la France.
L'Aare et le Rhin vont à la rencontre l'un de l'autre et se rejoignent à l'extrémité nord-ouest et dans la partie la plus basse de la plaine helvétique, par 312 mètres d'altitude. C'est là que s'ouvre la faille par laquelle s'échappe le Rhin, emportant, avec l'Aare et ses autres affluents, toutes les eaux de la plaine et la plus grande partie des eaux du versant septentrional des Alpes centrales. Le fleuve débite en moyenne, à Bàle, 1,000 mètres cubes d'eau par seconde.
Au sortir de la gorge, le fleuve entre dans son bassin moyen. Au point où la navigation du Rhin commence à devenir régulière, quoique difficile encore, est située Baie, la première de ses grandes vUles de commerce. Le Rhin coulait vers l'ouest ; les deniiers contre-forts du dernier sommet du Jura, le mont Terrible, le forcent à s'incliner au nord et l'obstacle, bien plus considérable que lui opposent les Vosges, achève de déterminer son cours dans cette direction. Il y tombait peut-être d'abord dans un grand lac ; puis il semble avoir coulé au pied même de la chaîne, dans le lit actuel de riU ; mais les saJoles qu'il amoncelait l'ont peu à peu forcé à reculer vers le Schwarzwald en laissant, entre l'Ill et lui, ces sables, recouverts de maigres forêts (forêt de la Harth). Il y étale ses eaux abondantes et rapides jusqu'à Strasbourg, plus lentes en aval de cette ville jusqu'à la Lauter, et il enveloppe de ses bras une multitude d'îles basses qu'incessamment il ronge ou modifie par de nouvelles alluvions : au delà de la Lauter, il se roule en anneaux qu'il forme et qu'il abandonne ensuite, comme la plupart des grands fleuves coulant sur un sol d'alluvion. On a corrigé son cours capricieux en lui traçant, dans son lit même, un chenal artificiel ; aujourd'hui les eaux se retirent peu à peu de ses méandres et rendent à la culture des terres autrefois inondées. Il est là dans son second bassin, le plus fertile sans contredit et le plus riche des quatre. Ce bassia n'est pas d'ailleurs borné aux murailles montagneuses qu'on voit de ses rives : les eaux qui coulent sur le
versant opposé lui reviendront, celles du Schwarzwald et de toute la Franconie dans le même bassin, celles des Vosges dans le bassin suivant.
Au confluent du Main, en face duquel est bâtie, sur la rive gauche du fleuve, une des plus fortes positions militaires de TEurope, Mayence (Mainz), le Rhin se heurte contre les pentes du Taunus, qui robligent à se replier brusquement à l'ouest et il s'élargit (500 à 700 mètres de largeur). Bientôt il rencontre, entre l'extrémité du Taunus et la masse du Hunsrûck, une gorge étroite, longue faille tortueuse ouverte par les déchirements du sol dans ces vieilles roches cristallines; à Bingen^ il s'y engage d'un cours rapide, creusant son lit (23 mètres de profondeur au rocher de Lurlei), grondant sur les rocs et dominé par de sombres crêtes que couronnent les ruines des châteaux forts du moyen âge. Koblenz est dans une petite plaine de cette gorge, au confluent de la Moselle; la citadelle d'Ehrenbreitstein est en face sur la rive droite du fleuve (voir fîg. 70).
Au delà du Sieben Gebirge et de Bonn, les hauteurs s'écartent et s'abaissent. Le Rhin entre dans la plaine tertiaire où doit se terminer son cours : c'est son quatrième et dernier bassin. Il coule au nord-ouest en dessinant de nombreux méandres et baigne la ville de Cologne (Koln), située, comme la plupart des grandes villes, sur sa rive gauche (la rive romaine), puis Dusseldorf et Wesel, sur sa rive droite.
Près de quitter la terre allemande pour les Pays-Bas, le Rhin se recourbe déflnitivement vers l'ouest, sert quelque temps de frontière aux États et se partage, presque immédiatement après son entrée dans les Pays-Bas, en deux branches que sépare le Betuwe : le Waal, qui, continuant son cours vers l'ouest, arrose Aimèguey ville forte de sa rive gauche, et va se confondre à Gorkum avec la Meuse ; et le canal de Pannerden, qui coule vers le nord-ouest, depuis le village de Pannerden jusqu'à celui de Weslervoort où il se subdivise lui-même en deux branches, au milieu d'une contrée basse et composée en partie de polders. La branche septentrionale rejoint à Doesborg l'ancien Yssel (Ijssel) par un canal que creusa Drusus en l'an 9, se confond avec lui et, après avoir baigné Zu(phen^ Deventer et Zwolle, débouche dans le Zuiderzée. La branche occidentale baigne Amhem et coule, sous le nom de Rhin, au pied des collines stériles de la Gueldre. A Wyk, nouveau partage des eaux en deux bras. Le moins important, le Kromm Ryn, se dirige au nord-ouest et, à Utrecht, se subdivise
LE SOL. 2i9
en plusieurs bras : le Vecht qui tombe dans le Zuiderzée à Muiderij et le vietix Rhin qui, après avoir arrosé Lexjde (Leijden) et le Rynland, renommé pour ses pâturages, se jette à Katwyk dans 1a mer du Nord à laquelle il n'apporte qu'un mince filet d'eau; pendant près de mille ans (depuis Tan 839), cette eau, arrêtée par les dunes, s'est perdue au milieu des marécages; depuis 1866, un canal à écluses lui a rendu son débouché maritime. Le plus important des deux bras qui se détachent à Vyk est le Lek, formé d'abord en partie par le canal de Curlis et devenu, depuis Tan 860, à la suite de l'obstruction du vieux Rhin, le principal débouché des eaux du fleuve ; il continue à couler vers l'ouest ; à Krimpen, il rencontre le Noord-diep et se confond avec la Meuse.
3® Les affluents de la rive gauche dans le bassin supérieur, — Les premiers qui soient dignes d'êtres nommés sont : à droite YAlbula qui tombe dans le Rhin inférieur, la Landquart et YIll; à gauche la lamina^ torrent célèbre par la gorge sauvage dans laquelle il s'est frayé un passage à demi souterrain.
Au sortir du lac de Constance, le Rhin, qui coule en travers des Alpes, reçoit, comme nous l'avons dit, tous les cours d'eau qui ont arrosé la Suisse en suivant, comme lui, la pente générale des Alpes : la Thur, qui naît dans les Ghurfirsten, reçoit la Sitter et la Murg, arrose le Toggenbourg et les plaines verdoyantes de la Thurgovie, la Toss et la Glatty torrents sans importance.
L'Aare ou Aar(280kil.) est un cours d'eau considérable, qui, au confluent, apporte plus d'eau que le Rhin lui-même (environ 137o en plus). Elle est formée à peu de distance au nord du Grimsel par les eaux réunies de deux grands glaciers orientaux de rOberland bernois, le glacier inférieur et le glacier supérieur de l'Aare ; ce dernier est à 2,260 mètres d'altitude dans sa partie la plus basse. Elle descend, en grondant au fond d'un ravin, la vallée dite Hasli supérieur et forme, à la Handeck, une chute de 75 mètres qui est une des beautés de la Suisse. Elle coule d'abord vers le nord; mais elle rencontre bientôt, au sortir des terrains cristallins, près de Meiringen, une longue et profonde déchirure des roches calcaires, dirigée dans le sens de l'est à l'ouest. C'est le chemin qu'elle suit ; après avoir comblé une partie de ce creux et créé la charmante plaine du Hasli inférieur, elle remplit de ses eaux l'autre partie et alimente le lac de Brienz et lac de Thun, que sépare une langue de terre d'alluvion apportée par la Lutschine, son affluent ; c'est là, entre les deux lacs, qu'est la petite ville Hlnterlaken, fréquentée par les touristes. Sortie du lac de Thun, qui reçoit de
220 LA PBAKCE.
rOberland la Kander avec la Simme^ et grossie des torrents de l'Oberland, TAare coule vers le nord-ouest et arrose Berne qu^elle enveloppe de ses replis ; elle reçoit ensuite la Sarine ' Saane en allemand), qui coule vers le nord-est, parallèlement à la direction du Jura et des couches de terrain calcaire soulevées par les Alpes, lui amène les eaux de la partie occidentale des Alpes Bernoises et arrose Gruyères et une contrée renommée pour ses pâturages et ses fromages. Après le confluent de la Sarine, TAare prend la direction de cet affluent, dont elle semble être la continuation, et reçoit bientôt, par la Thièle (Zlhl en allemand) les eaux des lacs de la région jurassique, qui ont coulé sur deux lignes parallèles à la chaîne, du sud-ouest au nord-est. La première ligne est celle de VOrbe qui naît en France, au pied du Noirmont, forme le lac des Rousses à 1,075 mètres d'altitude, puis, hors de France, le lac de Jaux, se perd dans Tentonnoir de TOrbe, sous une roche calcaire, et se jette sous le nom de TAiéle dans le lac de Neuchàtel. Ce grand lac, dont la superficie est de 240 kilomètres carrés, a pour débouché la Thièle, qui porte le trop-plein de ses eaux dans le lac de Brienne. Celui-ci s'écoule à son tour sous le nom de Zihl dans TAare. La seconde ligne est celle de la Broyé qu'une légère rangée de collines tertiaires sépare de la précédente et qui, après avoir formé le lac de Morat, se jette dans le lac de Neuchàtel, au milieu d'une contrée marécageuse. Cette partie du bassin est célèbre dans l'histoire par les batailles que perdit, k Granson et à Morat, en 1476, le puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire qui avait franchi le Jura pour soumettre les Suisses.
L'Aare, qui rase le pied du Jura, n'en reçoit plus que de petits ruisseaux ; mais, coulant vers le nord-est, elle croise et recueille, à l'extrémité de la plaine helvétique, toutes les rivières dirigées vers le nord-ouest suivant la pente générale : la Grande Emme, dont les pâturages ne sont pas moins renommés (Emmenthal) que ceux de la Sarine et dont le confluent est un peu au-dessous de Soleure (Solothurn), la Wigger^ la Suhr^ qui sort du lac de Sempach et reçoit par VAa l'eau des lacs de Baldegg et de Hallwyl^ la Reuss et la Limmat.
La source de la Reuss est dans le Saint-Gothard, non loin de celle du Rhin ; le torrent coule vers le nord dans une vallée sauvage, presque parallèle à celle de l'Aare. Comme cette rivière, la Reuss se perd au pied des terrains cristallins, dans une profonde fissure des roches calcaires ; cette fissure, aux parois abruptes, bizarrement découpées, est le lac des Quatre-Cantons (Vierwaldstatter
see) où tombe le Muolta, déversoir du petit lac de Schwenau et souvenir des luttes de 1799. La Reuss sort du lac des Quatre-Cantons à Lucerne et reçoit la Petite EmmCj sortie, comme la Grande, des flancs du Rothhorn de Brienz, puis la Lorze, qui sort du lac iEgeri et traverse le lac de Zug,
Les glaciers du Tôdi forment la Linth qui reçoit le Lems, Veau du lac de Walen (ou lac de Walenstadt), et celle de la Seezjdi qui, par un lit creusé de main d'homme, se rend dans le lac de Zurich, allongé du sud-est au nord-ouest, comme presque tous les lacs et les cours d*eau de cette région. Le cours d'eau qui sort de ce lac s'appelle la Limmat; il reçoit la Sihl et rejoint TAare près du confluent de la Reuss.
La partie orientale du bassin de TAare renferme des lieux historiques chers à la mémoire des Suisses : Morgarten, petite colline sur le bord du lac iEgeri, Sempach, Nœfels, où des victoires ont été remportées, en 1315, en 1386, et en 1388 sur les Autrichiens qui voulaient replacer la Suisse sous leur domination. Les Français y ont fait aussi la guerre, lorsque Masséna y prit position entre les armées ennemies de Tltalie et de l'Allemagne ; par une série d'habiles combats dans les hautes montagnes, le long de l'Aare et de la Reuss, dans la région des collines, aux environs de Zurich et sur les bords de la Limmat, ce général désorganisa l'armée austrorusse (1799).
4* Les affluents de la rive gauche du bassin moyen. — La Birs, sur les bords de laquelle fut livrée la bataille de 1440, descend du Jura et tombe dans le Rhin près de Bâle, faisant pour ainsi dire le pendant de la Wiese.
L'IU (205 kil.) est la seule rivière importante de l'Alsace : elle lui a donné son nom (111, en latin A Isa), Elle prend sa source au pied du Glassberg, sur les dernières pentes du Jura, se perd sous terre et reparaît peu après dans le terrain tertiaire, près de Lingsdorfi", k une altitude de 840 mètres environ, contourne le dernier massif de terrain jurassique et descend à travers une contrée tout ondulée de collines, en se dirigeant, au nord-ouest jusqu'à Altkirch, puis au nord-est jusqu'à Mulhouse ; après avoir reçu la Largue^ petit ruisseau qui coule sur la limite du bassin du Rhin et du bassin de la Saône, elle entre dans la grande plaine d'Alsace à une altitude de 240 mètres. Elle y coule mollement, au milieu des prairies, des cultures et des bois, en se divisant en plusieurs canaux et en recueillant, sur sa rive gauche, les torrents des belles vallées vosgîennes : la Thur (88 kil.) aux eaux limpides, la Lauch (52 kil.),
la Fechi (50 kil.), La Bruche (70 kil.) qui parcourt la plus longue vallée longitudinale de la chaîne.
La Moder (80 kil.) est grossie de la Zorn (95 kil.), qui prend sa source sur le revers occidental des Vosges, près de la source de la Sarre, et reçoit la Zinzel (48 kil.) ; la Zorn roule dans une gorge profonde et, parvenue à la fracture dite passage de Saverne, elle y coule vers Test pour déboucher dans la plaine d*Alsace.
Le Lauter (82 kil.), qui, avant les funestes événements de 1870- 1871, formait la limite de la France et de TAllemagne, est ensuite le seul cours d*eau digne d'être cité ; ceux qui, situés plus au nord, descendent du Haardt, comme la Queich, le Speierbach^ la Pfrimm, la Selz, ne sont que des torrents.
La Nahe (110 kil.) est plus importante; coulant au pied du Hunsrùck, sur un terrain carbonifère, elle reçoit les petits cours d*eau qui naissent entre ce plateau et le plateau vosgien, le Glan grossi de la Lauter, VAlzenz, etc. ; elle a son confluent à Bingen, au lieu même où le Rhin quitte son deuxième bassin pour s'engager dans le déflié des roches cristallines.
5* Les affluents de la rive gauche du troisième bassin, — La Moselle (505 kil. dont 265 en France; 106 flottables et 34 navigables), dont le bassin mesure environ 28,000 kilomètres carrés, est le principal cours d'eau de la Lorraine et le récipient de presque toutes les eaux du versant occidental des Vosges (1). Elle a sa source au col de Bussang, à 734 mètres d'altitude, devient en partie souterraine sur une longueur d'un kilomètre, reçoit, à Saint- Maurice^ un petit torrent descendu du Gresson et portant aussi le nom de Moselle. Elle coule vers le nord-ouest, encaissée d'abord entre les contreforts des Vosges jusqu'à Remiremont, où elle reçoit, à une altitude de 396 mètres, la Moseloite, renommée par l'abondance de sa principale source et par la beauté de ses cascades ; ensuite elle court dans une étroite vallée creusée à travers le plateau de Lorraine, dont les coteaux boisés dominent ses prairies d'une cinquantaine de mètres. Dans cette partie de son cours, elle arrose Remiremont, Ëpinal, où elle devient flottable, et ne reçoi que de petites rivières, comme le Madon, venu des monts Faucilles et passant à Mirecourt^ et la Vologne, descendue des Vosges par une série de chutes en emportant avec elle les eaux des lacs pittoresques de Retoumemer, de Longemcr, de Gérardmer, A Toul, la Moselle n'est séparée de la Meuse que par un espace de 11 kilo- Ci) Elle serait le rL'cipient de toutes les eaux de ce versant, si quelques petits cours d'eau ne traversaient pas la crête pour se rendre dans le Rhin.
mètres; la Meuse qui coule k 248 mètres d'altitude, aurait pu venir se jeter dans son lit, lequel n'a plus qu'une altitude de 204
Fig. 70. — Cooflueut de la Moselle et du Hhi i (Eitrait de la carte do l'Etut-maJor priusieu
au 80 00D').
mètres : mais l'étroit bourrelet des collines de l'oolithe moyenne a maintenu la séparation. A partir de ce point, qui est la tète de
route entre les deux vallées, et par suite une position militaire importante, et qui a été le théâtre de batailles (6ii, IftlS, 1870), les deux cours d*eau divergent. La Moselle contourne la forêt de Haye et reçoit la Meurlhe.
LdiMeurthe (161 kil., dont 115 flottables, et 12 navigables), formée de deux ruisseaux prés du col de la Schlucht, a un cours parallèle à celui de la Moselle, baigne Saint-Diéy se 'grossit de la Fave, de la Tainiroué, du Tfa^o^/eau (grossi lui-même de la Ravines)^ de la Plaine grossie de la Goutte de la Maix, de la Vezouse formée des ruisseaux du Val et de Châtillon et de la Mortagne ; elle arrose Lunéville, Nancy et, à Frouard où est son confluent, elle roule presque autant d*eau que la Moselle.
La Moselle, devenue navigable depuis Frouard^ coule directement au nord, à travers Toolithe et le lias, reçoit, sur sa rive gauche, le ruptde Mad ; sur sa rive droite, laS^tïfequi, comme la précédente, limite aujourd'hui, dans une partie de son cours, la France amoindrie et dont le confluent est à Metz; puis, sur sa rive gauche, YOme qui, venue des collines de la Meuse, arrose la plaine des Woèvres et reçoit le Woigot coulant au pied de Briey. A Tkionville, elle n'a plus qu'une altitude de 148 mètres. Elle incline dés lors vers le nord-est et s'engage, en serpentant à travers les roches triasiques et cristallines, dans une étroite et fertile vallée; là elle reçoit, à gauche, la Sure (Sauer, en allemand) qui, par ses nombreux affluents [Alzette, arrosant le Luxembourg, Our^Prim), lui amène une partie des eaux de VArdenne et de TEifel ; à droite, la Sarre.
La Sarre, formée de Xql Sarre blanche et de la Sarre rouge sorties des flancs du Donon et du Prancey, reçoit elle-même du plateau de Lorraine la Nied, formée de la Nied française et de la Nied aile mande; des Vosges, la Blies grossie de TErlbach ; du Hunsrûck, la Prim ; en partie française avant 1870, elle est aujourd'hui tout entière dans les possessions allemandes.
Après ce double confluent, la Moselle arrose Trêves et ne reçoit plus, dans la gorge étroite où elle coule, entre l'Eifel et le Hunsrûck, que des ruisseaux sans importance venus du Hunsrûck et surtout de l'Eifel, comme la Kyll^ la Salm^ VElz, Lorsqu'elle se jette dans le Rhin, à Koblenz (voir la fig. 68) (1), le niveau de ses eaux a une altitude de 58 mètres.
(I) La figure 68 est un fac-similé de la carte de rÉtat-maJor prussien des provinces rhénanes, dressée à l'échelle du 80,000*, commencée en 1841, et composée de 72 feuilles.
La. Nette, VAhr (60 kil.), torrent qui vient des hauteurs de TEifel et qui coule dans une gorge d'une soixantaine de mètres de profondeur, coupée presque à pic, boisée et sauvage à son origine, fertile dans sa partie inférieure, et YErft qui coule en plaine et dont un des affluents traverse le champ de bataille de Tolbiac, sont les derniers cours d'eau à mentionner de ce côté.
54. lies conrs d'eau de le Corse (voir flg. 7i). — La GofSe n*a pas de cours d'eau navigables, mais des torrents capricieux dans
Fig. 71. — Montagnes et cours d'eau de la Corse.
lesquels débouchent d'autres torrents plus petits, desséchés pendant une partie de l'année (voir le relief du sol, § 14).
VAliso débouche dans le golfe de Saint-Florent.
VOstriconi n'est qu'un ruisseau, ainsi que le Ficarella^ le Fango et le Sagone.
LA FHANCE.
Le Liamone (40 kil.), qui a sa source au monte Rotonde,
Fig. 7i. — Longueur comparée
le Gravone (45 kil.) et le Prunelli qui se jettent dans le
golfe d'Ajaccio, le laravo et le Tavaria qui tombent dans le
COURS D*BAU DE LA FRANCE nir diwnupoinii dr leur jureirara
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