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CHAPITRE XIV Hydrograpuie des eaux lacustres et stagnantes

SOUM.UUK.

Lacs alpestres : lacs du Bourget, d'Annecy, de Genève ; lacs du Jura : lacs de Joux et de Saint-Point, de Nantua. — Lacs pyrénéens et corses : lacs de Gaubc, d'Oo, de Rios, de Lourdes. — Lacs des Vosges : Gérardmer, Longemer, Retournenier. — Lacs du Massif central : lac Pavin, lac d'Issarlès. — Lacs de plaine : Grandlieu.

Étangs et marais : Étangs de Lindre et de Gondrexange. La Doinbes, la Brenne, la Sologne, lacs des Landes.

Aperçu général. — Aucun de nos lacs français n'égale les grandes nappes lacustres de l'Amérique du Nord et de l'Afrique, ou même les lacs finlandais. Les plus importants sont situés dans les grands systèmes montagneux, et principalement dansl'Alpe.

Lacs alpestres. — Les lacs alpestres ont une orientalion générale du sud-est au sud-ouest. Le lac du Bourget est enchâssé à 236 mètres d'altitude, entre les Beauges et les monts de la Grande-Chartreuse. Sa superficie dépasse 75 kilomètres carrés. Sa profondeur varie de 50 à 100 mètres. Sa plus grande longueur, du nord-nord-ouest au sud-sudest, est de 16 kilomètres, et sa largeur trois fois moindre en moyenne. Le lac du Bourget est vidé dans le Rhône, à travers une série de marécages, par le canal de Savières.

Le lac cF Annecy ne couvre que 26 kilomètres carrés; mais sa cuvette, encadrée parles Beauges et les Bornes, à une plus grande hauteur, est plus véritablement alpestre. Ce n'est donc pas un lac dexlrème lisière comme le lac du Bourget, auquel il est bien inférieur en proportions. Sa surface est à 4iO mètres au-dessus du niveau des mers. On

évalue à moins de 30 mèlres sa profondeur moyenne. Ses canaux d'écoulement, les Thioiix, tombent dans le Fier, attluent du Rhône.

Le lac de Genève on Léman, situé à 375 mètres d'altitude, forme la transition entre les lacs alpestres, si petits en France, et les lacs jurassiques. Bordé par le Jura et les Alpes, il n'appartient à notice pays que par une partie, étendue, il est vrai, de sa rive méridionale. Beaucoup plus développé que les lacs d'Annecy et du Bourget, il joue, en outre, le rôle considérable de régulateur de notre Rhône. Sa superficie est inférieure de peu à 600 kilomètres carrés. Sa longueur est de 75 kilomètres, sa largeur moyenne de 8, sa plus grande profondeur de 335. En réalité, il y a deux bassins réunis probablement par un cataclysme : à l'est, un lac alpestre, orienté du nord-ouesl au sud-est; à l'ouest, un lac jurassique, moins vaste, mais plus profond et infléchi du nord-est au sud-ouest.

Tous ces lacs alpestres ont été beaucoup plus étendus et plus profonds. Les torrents qui les emplissent les comblent peu à peu ; leurs eaux rongent les seuils qui les retiennent. Ils tendent donc à disparaître par comblement et par épuisement simultanés. Si, comme les lacs du Bourget et d'Annecy, ils reçoivent des cours d'eau médiocres, le progrès des alluvions qui se déposent dans la cuvette est lent. Quand l'agent de transport est un fleuve abondamment chargé, comme le Rhône, il travaille plus activement. Le Léman mesura autrefois 90 ou 100 kilomètres de longueur. Tout le limon d'un torr;nt vaseux que plus de 200 glaciers ont nourri tapisse le fond du lacet l'exhausse insensiblement. Déjà il a perdu toute la corne orientale et une partie de la corne occidentale de son croissant. Le Rhône débouchait jadis à 20 kilomètres en amont du confluent actuel, vers Saint-Maurice en Valais, et ne se reformait alors qu'au défilé de l'Ecluse, à 15 kilomètres en aval du déversoir moderne. La Dranse, tributaire de la rive méridionale du Léman, contribua à le combler avec le Rhône, en poussant incessamment son delta à la rencontre du rivage opposé.

Certains lacs alpestres ont, par l'effet d'un travail semblable, totalement disparu. On reconnaît encore la place où leurs eaux ont lentement déposé, par nappes d'une horizontalité pari'aite, les matières qu'elles tenaient en suspension. Les plaines de Sallanclies et de Bonneville, les

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bassins étages de la basse Durance, le Graisiraudan, sont autant d'anciennes cuvettes lacustres asséchées.

Lacs du Jura. — Les lacs du Jura, très nombreux, se présentent sous trois aspects différents, selon qu'ils sont lacs de « val », de « cluse » ou de « combe ^^ Les premiers, alignés du sud-sud-oucst au nord-nord-esl, s'allongent entre deux rives parallèles suivant un ovale régulier. Tels sont les lacs de Jonx et de Saint-Point. Les lacs de cluse, comme celui de Aantua, sont étroits et profonds. Les derniers, enfin, occupent des dépressions souvent circulaires dans l'arène de ces amphithéâtres naturels qu'on appelle des combes. L'Ain, l'Orbe et le Doubs écoulent le trop-plein d'un certain nombre de ces réservoirs, généralement très petits, car le lac de Joux, le plus vaste du Jura français, enfermé entre le mont Tendre et le Risoux, à 1 000 mètres d'altitude, n'a pas même 7 kilomètres carrés de surface.

Lacs pyrénéens et corses. — Les Pyrénées le cèdent, comme le Jura, et de beaucoup, aux Alpes, pour la dimension des lacs. La brièveté de leurs vallées rapides et sans grandes sinuosités, leur disposition en arête rectiligne, voilà les obstacles à tout grand développement lacustre. Oue sont, même auprès des lacs d'Annecy et du Bourget, ceux deGaube,d'Oo,(\G Bios, deLourdes, qui ne dépassent pas 3 kilomètres carrés? Ils sont, en général, situés à une grande altitude, dans un cirque restreint, de parois abruptes, et au débouché d'un petit glacier. Beaucoup ont reçu des montagnards le nom de « goueil » (œil). Avec leurs eaux bleues, vertes ou cuivrées, selon l'heure du jour et la coloration des roches adjacentes, ils donnent l'illusion d'une pierre précieuse ou d'un bloc de métal sertis dans le marbre.

Lacs des Vosges. — Les Vosges comptent quelques lacs bien moins grands encore que ceux du Jura et des Pyrénées, mais que la beauté des paysages a rendus célèbres, comme ceux de Gérardmei\ de Longemer et de Retournemer. Ces lacs vosgiens, dont les eaux sont le plus souvent retenues par des barrages de sables et de roches agglutinées, probablement d'origine glaciaire, occupent des bassins, plutôt circulaires dans les hautes vallées, plutôt

ovales quand l'altitude est moindre. C'est cette dernière forme qu'atîecte le lac de Gérardmer, le plus vaste de tous {'2 kil. de long sur 800 m. de large). La pente générale du terrain entraînerait ses eaux vers l'est; mais un bourrelet du sol les contraint à s'écouler à l'ouest dans la Vologne.

Massif centrai. — Les hautes terres du Massif central emprisonnent quelques lacs aux eaux noirâtres. En Auvergne, le lac Pavin occupe, à près de 1400 mètres d'altilutle, le cratère d'un ancien volcan; il mesure environ 800 mètres de diamètre entre des parois basaltiques dont

Fig. 11. —Lu lac Pavin, vu do Montchalm. (Clirlié Monlnir, Collection des Guides Boule : Puy-de-Dôme.)

la crête le domine de plus de 60 mètres. Sa profondeur moyenne est de 90 mètres. Dans le Vivarais, le lac d'Issorlès, avec les mêmes dimensions, est situé à 200 mètres plus bas que le Pavin.

Lacs de plaine. — Nos plaines sont plus pauvres encore en lacs, dont la profusion est si grande dans l'Europe orientale, en Russie par exemple. C'est que la plaine française est généralement assez bien pourvue de pentes, et que les dépressions étendues y font défaut. Tout au plus peut-on citer chez nous, comme exemple de lac de

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plaine, le lac de Grandlicu, nappe ovale de 7()0() hectares, entourée de marécages. La profondeur, généralement inférieure à 1 mètre, atteint le double aux endroits les plus creux. Il recueille la Boulogne et, par l'Achenau, déverse dans la Loire le trop-plein de ses eaux. C'est à peine un lac, puisque l'action de la marée suspend son écoulement vers l'estuaire de la Loire; c'est une forme intermédiaire entre le lac et l'étang. On a songé à l'assécher pour livrer à l'agriculture les boues fertiles de ses fonds.

Étangs et marais. — Notre territoire, malgré un drainage savant de plusieurs siècles, compte encore des régions assez développées de marais et cVélangs, tantôt à la surface de plateaux peu inclinés et perméables, tantôt dans des plaines absolument dépourvues de relief.

Le plateau lorrain forme ainsi, dans sa partie septentrionale, plusieurs cuvettes d'étangs. On cite surtout Vélang de Lindre, régulièrement exploité pour la pèche, eiVétang de Gondrexange. Le premier est contenu par des écluses qui permettent de régler son niveau et de le vider dans la Seille. Le plateau marécageux de la Bombes est graduellement asséché par le développement, depuis 1853. d'un réseau de rigoles. Ainsi, en 1845, on comptait dans la Dombes 6600 étangs couvrant une superficie de 18000 hectares, soit 1/6 de la surface totale. Comme conséquence, la population était pour 3 4 composée de fiévreux. Aujourd'hui, près des '2 3 de l'espace marécageux sont transformés en campagnes fertiles et le fléau est presque entièrement supprimé. Dans les plaines éloignées de la mer, la Brenne, la Sologne contiennent le plus grand nombre d'étangs et de marais. On diminue le danger dont sont menacés les villages par des plantations d'arbres. Ce n'est, d'ailleurs, que réparer les fautes de l'homme, qui a jadis déboisé le pays, sans prévoir les conséquences de cette dénudation d'un sol imperméable. Entre la Gironde et l'Adour, dans les Landes, l'Océan, poussant toujours vers l'intérieur ses barrières de dunes, a intercepté i'embou chure des rivières et celles-ci se sont étalées en vastes étangs (étangs d'//of//"//7î, de Lacanaii de Cazaii de Biscarosse et Mimizan).

Ibb GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.

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