Les dernières années n'en comptent même plus dix
rés des Bêni-Sala; mainte fontaine des ravines obscures a cessé de mériter son nom de « Bois et fuis! » depuis que le «Sultan calme » a cherché d'autres lanières, il foule encore de son pas élastique les feuilles tombées des rameaux dans les forêts de Boghar et les hauts ravins de TOuaransénis, et cà et là quelques djebels oranais; mais il s'est surtout enfui vers l'est, dans les monts de Bouira et dans la province de Constantine : de préférence dans les bois où cette province, plus sylvestre que les deux autres, se rapproche de la Tunisie.
Si dix années voient cent quatre-vingts h deux cents lions mourir tragiquement, foudroyés sur place, ou par une courte agonie, étendus dans la broussaille où mène! un illét de leur sang, la race des panthères, sournoise comme le chat, fluide comme le serpent, perd en un temps égal plus de mille des siens dans le combat contre l'homme : que peuvent contre la balle explosible le rampement, l'étirement, l'infinie souplesse, le bond soudain, la griffe rétractile, la dent qui sait saigner le sanglier surpris à la nuque ? Dans ces mêmes dix ans les chasseurs abattent quinze à seize cents hyènes et des dizaines de milliers de chacals; mais la bête à la figure ignoble, au pelage sans lustre, à la voix éraillée, la flaireuse de cadavres, n'est point redoutable à riiomme autant que le lion et surtout la panthère ; lâche, elle nous fuit toujours. Quant au chacal.
ami des raisins, c'est un gracieux, joyeux, abo\aiil petit animal, un rusé compère qui tient à la fois du renard et du chien.
Plus joyeux encore, et même facétieux» le singe égayé de ses folàtreries les anfractuosités des montagnes. Guetté de côté par la panthère, et d'en haut par l'aigle rapace, il pille les vergci's, ceux des Kabyles plutôt que des Arabes, car on lui fait la vie dure en plaine. De plus en plus réduit dans le nombre de ses familles, mais autant que jamais exubérant, il est devenu l'hôte des sylves supérieures, à côté des Berbères, jadis repoussés comme lui du tiède pays d'en bas.
Le lion mangeur de génisses, la panthère qui boit au sang connue aux sources, la vipère à corne et la vipère minute dont la piqûre est un arrêt de mort, ces adversaires de l'homme, et le magot qui cueille lestement les fruits du jardin, font tous ensemble cent fois moins de mal qu'à certaines époques la noire nuée des insectes obscurcisseurs du soleil*. La sauterelle, voilà l'ennemi 1 Elle vole à milliards par-dessus les hautes plaines sèches^ à distances magnifiques, faites pour les grandes enjambées de l'autruche, la couree des lévriers slouguis, le bond des gazelles et les galops du cheval barbe, qui est le plus gracieux des chevaux. Puis, quand le Steppe Ta vomie sur le Tell, elle y dévore même l'écorcc des arbres. Où elle a brouté, c'est le désert, jusqu'au nouvel effort de la sève.
il'ijirès une pholt^rapbie
■f ï Bnssi-DilTerl-el-Oat.