LE RÔLE DES ÉTATS-UNIS DANS LA BATAILLE DE
15 Le n mars 1919, au dîner offert à la délégation américaine à la conférence de la paix, le maréchal Foch a tenu à tracer lui-même, dans le style sobre d'un bulletin de victoire, le rôle de l'armée des États-Unis dans la bataille de 1918 . . .
20 « Il y a un an, le 11 mars, dit-il, l'armée américaine en France ne comptait que 300,000 hommes, soit six divisions d'infanterie à l'instruction.
ï34 La France Eternelle
Il arrivait 30,000 hommes par mois.
Le 21 mars se déclanche l'offensive allemande $uî la jonction des armées alliées dans la région de Saint-Quentin, Vous connaissez ses effets. Elle $ gagnait bientôt la Scarpe; elle remontait la Somme, qu'elle franchissait, l'Oise» qu'elle descendait. La -situation était grave.
Dans ces jours critiques, le 28 mars, les généraux
JPershing et Bliss venaient m'offrir généreusement
10 de les mener à la bataille, me disant l'un et l'autre:
« Nous sommes ici pour nous faire tuer; toutes nos
troupes sont à votre disposition; où faut-il aller? »
Peu après, le 25 avril, à Sarcus, nous nous rencontrions avec les mêmes généraux; le 2 mai, à 15 Abbéville, d'accord avec les gouvernements alliés, nous demandions au gouvernement américain d'amener en France, par mois, 120,000 fantassins ou mitrailleurs et des troupes de complément.
En fait, au mois de mars, l'Amérique nous en- 20 voyait 69,000 hommes, en avril 94,000, 200,000 en mai, 245,000 en juin, 295,000 en juillet, 235,000 en août. Les effectifs américains passaient de 300,000 hommes au n mars à 954,000 en juillet et 1,700,000 en octobre.
25 Le 2 juin, le conseil supérieur de guerre de Versailles demandait au président Wilson de continuer les mêmes transports de troupes, de 200,000 à 300,000 hommes par mois, et de préparer pour le printemps 191 9 cent divisions américaines. Le 30 président Wilson répondait qu'il était d'accord, et que s'il en fallait plus, on les aurait.
Mais, pendant ce temps, les troupes américaines
La Fayette, nous voilà! 135
n'étaient pas inactives. Dès le mois de mai, deux divisions d'infanterie américaines étaient à la bataille avec la ire armée française dans la région de Montdidier; trois dans les Vosges, où elles 5 relevaient les Français; deux à l'instruction.
En juin, deux autres étaient à la Marne, à Château-Thierry et au bois Belleau, où elles prenaient une large part à la résistance contre l'ennemi.
10 Le 1 8 juillet, cinq divisions américaines participent à la contre-offensive victorieuse des 10e et 5e armées françaises et contribuent largement à son succès.
Le 24 juillet était créée la ire armée américaine, sous les ordres du général Pershing. Sa tâche
15 était de dégager les communications de Paris à Nancy en refoulant l'ennemi de Saint-Mihiel.
Le 1 2 septembre, quatorze divisions américaines, huit en première ligne, six en deuxième ligne, s'emparaient de la boucle de Saint-Mihiel, prenant
20 200 canons, 15,000 prisonniers.
Quelques jours après, quatorze divisions américaines étaient engagées, le 26 septembre, entre l'Aisne et la Meuse, dans la rude région de l'Argonne, dans une grande offensive. Le deuxième
25 jour, Montfaucon était dépassé; le 14 octobre, Grandpré était pris; le 21, Châtillon; le 30, Banthevillé; le ier novembre, Busancy; le 4, Beaumont, et le 9, toute la ligne de la Meuse, de Mouzon à Bazeilles, était en notre pouvoir.
30 En même temps, deux divisions américaines collaboraient, avec la 5e armée française, vers Romains; deux autres, avec les armées anglaises,
dans la région de Saint-Quentin; deux autres encore, en coopération avec la 4e armée française, enlevaient les positions formidables d'Orfeuil; puis, deux divisions américaines participaient à
5 l'offensive du groupe des Flandres, sur la Lys et l'Escaut. Enfin, six autres se préparaient avec l'armée française à l'attaque de Lorraine du 14 novembre, lorsque l'armistice du 11 novembre est venu nous désarmer.
10 Ainsi, l'armée américaine, soutenue par un gouvernement bien résolu à poursuivre la lutte jusqu'au bout, avait rendu à La Fayette la visite qu'il avait faite à l'Amérique naissante.
Ainsi, elle a puissamment aidé à fixer la victoire par l'armistice, qui équivaut à une capitulation,
15 une capitulation intégrale.
C'est en pensant à ces souvenirs émouvants, à ces journées d'angoisse et de succès, que je lève mon verre en l'honneur du président Wilson, qui a soutenu si vaillamment la guerre, en l'honneur
20 de mes compagnons d'armes américains, généraux et soldats, également glorieux, qui ont rendu décisive la victoire de la liberté. »
Ainsi s'exprimait le chef qui avait conduit à
l'assaut de l'Allemagne 6 millions d'hommes
25 appartenant à six nations différentes . . .
Lt-Colonel Requin
La Course de V Amérique à la Victoire. Henri Charles- Lavauzelle, Paris.
«... Fils des morts de l'Yser, de Verdun,
de la Somme, En gardant purs ces noms dont l'Histoire
les nomme, Enfants! vous connaîtrez un orgueil sans
remords; Nos héros, par milliers, sous le drapeau
qui vibre, Ont souffert pour vous faire une paix
fière et libre; Ne l'oubliez jamais! c'est pour vous
qu'ils sont morts. ))
Jean Aicard