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La collection des Annuaires de l'Ain, par Diboud

1851. Histoire du pays de Gex et lieux circonvoisins, par /. Bras-

sard. In-S".

18G2. Histoire communale de la Dombes, précédée de celle du

Franc Lyonnais, par G. Debombourg. 2 vol. ia-4''. 1862. Histoire de l'abbaye et de la ville de Nantua, par G. De-

bombourg. 1 vol. ia-8o.

18C5. Géographie historique, biographique, industrielle, commerciale et administrative du département de l'Ain, par L.-A. Lf'josne. 1 vol. in-32.

1866. Géographie du département de l'Ain à l'usage des familles, par Vincent. 1 vol. in-12. — 3' édition en 1871.

1368. César en Gaule, par le D' /. Maissiat. 1 vol. in-8''.

1869. Mémoires historiques de la ville de Bourg, extraits des registres municipaux de l'hôtel de ville de 1539 à 1789, par Jules Baux. 2 vol. grand in-8*.

1869. Notice sur les antiquités du village de Vicu, en Valromey, Ain, par T. Besjardins. In-8*'.

1873 Topographie historique du département de l'Ain ou Notice sur les communes, les hameaux, les paroisses, les abbayes des anciennes provinces de Bresse, Bugey, Dombes, Valromey, pays de Gex et du Franc Lyonnais, par C. Guigne. 1 vol. grand in-4o.

1871. Le présidial de Bourg, et le bailliage do Bre3.se, d'après des documents inédits, par L. de Combes. In-8''.

1875. Histoire de Saint-Trivier en Dombes, par un Dombomaine.

In-8'.

Annibal en Gaule, par le D' J. Maissiat. i vol. in-8».

1876. Petite géographie du département de l'Ain, par MA/. Per-

roud et i^oïiiai/ic (Collection Levasseur). In-12.

Voiries feuilles: 148, 149, 159, 160, 168, 109 de la grande Carte de France, dite de VÉtat-Mufor, publiée par lo Dépôt de la guerre.

Carte du département de l'Ain extraite de la grande carte du Dépôt de la guerre.

Carte du département de l'Ain extraite des cartes de Cassini et de Capitaine.

Cartes du département de l'Ain de Dufour, A. bonnet el Charte, Logerot, ad Joanne,

et C", rue Montparnasse, 19^

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AISNE

Chef-lieu : LAON

Superficie : 7,352 kil. czirrés. — Population : 560,427 hzdiitants. 5 Arrondissements. — 37 Gzmitons. — 838 Communes.

DESCRIPTION PHTSIQ0E ET GÉOGRAPHIQUE

Sltuatlou, limites. — Le déparlement de l'Aisne tire son nom de la rivière d'Aisne, qui le traverse dans la direction de l'est à l'ouest et le partage en deux parties inégales, dont la plus considérable est celle qui est au nord de cette rivière.

Il appartient à la région septentrionale de la France et fait partie du bassin de la Seine, à l'exception d'une étroite zone, au nord, qui renferme les sources de la Somme, de l'Escaut et de la Sambre. Il a été formé, en 1790 : du Vermandois et de la Thiérache, qui appartenaient à la Picardie; du Laonnais et dv Soissonnais, d'une petite partie du Noyonnais et du Valois, qui dépendaient de l'Ilede-France, et de la Brie pouilleuse, ou Galvaise, appartenant autrefois à la Champagne.

Ses limites sont : au nord, le département du Nord ; à l'est, les départements des Ardennes et de la Marne; au sud, celui de Seine-et-Marne, et à l'ouest, ceux de l'Oise et de la Somme ; au nord-est, entre le Glan et l'Artoise, il touche à la frontière belge par la forêt de Saint-Michel, l'espace de cinq kilomètres.

Nature du sol» montagnes. — La surface du département de l'Aisne offre une suite continuelle de plaines ondulées, entrecoupées çà et là de collines et de vallons. La nature semble l'avoir divisé en deux parties bien distinctes ; l'une septentrionale, offrant une plaine sans bornes qui se perd vers le nord et l'ouest ; l'autre méridionale et montagneuse, ou couverte de collines. Ces collines, ramifications des Ardennes, forment une chaîne qui court du sud-est au nord-ouest ; ses points culminants ne s'élèvent pas à 140 mètres au-dessus du sol, ou bien à 285 mètres au-dessus du niveau de la mer ; tel est le cas des hauteurs du bois de Watigny, à l'est d'Hirson; près de Mont-Saint-Jeaa , canton d'Aubenton, l'altitude atteint 269 mètres. Les col-

FitANCE ILLUSTRÉE. 25.

lines qui accompagnent le cours de la Marne ont de 150 à 200 mètres d'élévation; leurs pentes sont couvertes de vignes. Quelquefois la colline s'élève isolée au milieu de la plaine, comme ce que l'on appelle dans le pays la Mo7itagne de Laon, dont l'altitude est de 181 mètres, et qui domine la plaine qui l'entoure de 100 mètres. Vers l'extrémité septentrionale de l'arrondissement de Vervins, il n'existe plus de chaînes de collines ; cependant le pays est très accidenté, déchiré par des vallées profondes et bordées d'escarpements qui paraissent être l'effet de bouleversements considérables.

En général, le sol du département de l'Aisne est très fertile, surtout dans les vallées de l'Oise et de l'Aisne, formées de terres alluvionnaires; la surface des collines, dont la masse est argileuse, siliceuse et calcaire, est recouverte d'une terre végétale assez fertile.

Le sol se divise d'après sa nature en : pays de montagnes où de plateaux, 31,200 hectares; pays de bruyères, 26,150; sol de riche terreau, 302,480; sol calcaire, 27,650 ; sol de gravier, 14,750 ; sol pierreux, 38,360, et sol sablonneux, 64,900 hectares.

Hydrographie. — Le département de l'Aisne dépend du grand bassin de la Seine, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et c'est dans ce fleuve que se jettent l'Oise, grossie de l'Aisne, son affluent, et la Marne, les trois rivières navigables qui l'arrosent.

L'Aisne prend sa source à Somme-Aisne, près du village de Soulières, dans le département de la Meuse ; elle est flottable à Mouron, dans le département des Ardennes, et navigable à Château-Porcien; elle entre dans le département près de Neufchàtel et en sort à peu de dislance en aval de Vic-sur-Aisne, en le traversant de l'est à l'ouest, sur une longueur de 100 kilomètres. Au sortir du département, elle passe dans celui de l'Oise et vient tomber dans la rivière de l'Oise, à 1 kilo- T. — Aisne, 1" Liv.

mètre en amont de Compiègne, après un parcours total de 279 kilomètres. Il y a peu de rivières que l'on puisse comparer à l'Aisne, pour ragrément, la variété des sites et la fertilité du sol qu'elle arrose. Elle reçoit dans le déparlement : sur sa rive droite, la Miette, petite rivière qui coule du nord au sud pendant 10 kilomètres en alimentant plusieurs usines, et 14 ruisseaux secondaires; sur sa rive gauche, elle reçoit 18 affluents, dont le principal est la Vesle , qui prend sa source non loin du village de Tilloy , à Somme-Vesle (Marne), entre dans le département sur le territoire de Villesavoye et vient se jeter dans l'Aisne en face de Condé, après un cours de 120 kilomètres, dont 16 dans le département ; son principal affluent est la rivière de Murton. La Retourne et la Suippe prennent, comme la Vesle, leur source dans le département de la Marne avant de venir tomber dans la rivière d'Aisne; la Grise et le Vandy, autres affluents de la rive gauche de l'Aisne, appartiennent entièrement au département. Toutes ces petites rivières alimentent des usines et font tourner des moulins.

L'Oise (voy. X Hydrographie du département de VOise), qui prend sa source près de Seloignes, en Belgique, entre en France par le département de l'Aisne, qu'il traverse du village de Mondrepuis à celui de Quierzy en coulant de l'est-nord-est à l'ouest -sud -ouest, sur une longueur d'environ 150 kilomètres, cette rivière n'est navigable que depuis Chauny ; elle reçoit dans son cours un grand nombre d'affluents; on en compte 22 sur sa rive droite, dont le principal est le Noirieu, grossi de riron, qui a environ 30 kilomètres; et sur sa rive gauche 20 affluents, dont les principaux sont : le Thon, qui a 40 kilomètres de cours et est grossi de la rivière des Goujons; la Serre, qui a 80 kilomètres de cours, grossie du Vilpion, du Ilurtaut, de la Souche et de la rivière de Chambry ; et la Lette, autrefois l'Ailletle , grossie de l'Ardon , qui n'a pas moins de 60 kilomètres de cours. Toutes ces rivières sont très importantes à cause des nombreux établissements industriels qu'elles alimentent.

La Marne, qui vient du département du môme nom, passe dans la partie la plus méridionale du département de l'Aisne, se dirige du nord-est au sud-ouest et le parcourt de Tréloup à Crouttes, en tenant compte de ses sinuosités, sur une longueur de 50 kilomètres. C'est sans contredit la rivière qui tient le premier rang parmi toutes celles du département; son principal affluent est le Surmelin,

qui a 20 kilomètres et vient, après avoir reçu le Melun et la Dhuys, affluer près de Mézy sur sa rive gauche. La Dhuys ne porte pas toutes ses eaux dans le Surmelin; une notable partie en est distraite pour être conduite, par des canaux souterrains, jusqu'à Paris, où elle alimente les fontaines des quartiers de la rive droite.

Entre la Marne et l'Aisne coule par mille détours, de l'est à l'ouest, et sur un développement de 56 kilomètres, la rivière de l'Ourcq depuis Villardelle, dans la forêt de Ris, jusqu'au delà de La Ferté-Milon. Avant d'entrer dans le déparlement de Seine-et-Marne, cette rivière reçoit la Clignon et le ru de Savières.

Trois grandes rivières prennent leur source dans le nord du département de l'Aisne : la Somme, qui naît près de Fonsomme, coule du nord-est au sudouest sur une longueur de 35 kilomètres en alimentant des usines; l'Escaut, qui prend sa source près du village de Beaurevoir et parcourt dans le département une longueur de 9 kilomètres avant d'entrer dans celui du Nord; la Sambre, qui prend sa source près de Fontenelle et coule du sud au nord l'espace de 21 kilomètres.

Aux moyens naturels de communications fluviales que possède le département de l'.Aisne, l'art a ajoute plusieurs canaux. Le plus important est celui de Saint-Quentin, qui lie la Somme à l'Escaut, et qui a 68,397 mètres. Le canal Crozat, entre Saint- Quentin et Chauny, qui réunit la Somme à l'Oise; celui de Manican, qui a 4,851 mètres, et celui de l'Oise, qui a 2,000 mètres, latéraux à cette dernière rivière, servent de prolongement au canal Crozat. Les autres canaux sont ceux des Ardennes, 2,000 mètres ; de La Fère, de la Somme, de la Sambre à l'Oise, 58,000 mètres; le canal latéral de l'Aisne, enfin, celui de l'Aisne à la Marne.

Les marais du département se trouvent dans les arrondissements de Laon et de Saint-Quentin ; mais beaucoup d'entre eux ont été desséchés ou sont en voie de dessèchement à l'aide de canaux particuliers; nous citerons parmi ces derniers le canal de Torrents. La superficie des marais et étangs ne dépasse pas aujourd'hui 1,000 hectares; un des plus importants est celui de Saint-Laurent.

Voles de coniuiuuleatloii» — Le département de l'Aisne est un des mieux partagés sous le rapport des voies de communication ; il compte 6 routes nationales, d'un parcours de 612 kilo-

AISNE

mètres; 30 routes départementales, d'un parcours de 672 kilomètres, 82 chemins vicinaux de grande communication, d'un parcours de 1,393 kilomètres; 77 chemins vicinaux d'intérêt commun, d'un parcours de 1,006 kilomètres, et près de 2,250 chemins vicinaux ordinaires, dont le développement total est de près de 7,000 kilomètres.

Il est traversé par plusieurs lignes de chemin de fer se rattachant principalement au réseau du Nord, avec quelques raccords ou embranchements sur la ligne de l'Est. La ligne de Paris à liirson, par Soissons et Laon, entre dans le département un peu en avant de Villers-Cotterets, à 70 kilomètres de Paris, passe aux stations de Villers- Cotterets (78 kilomètres de Paris), Longpont, Vierzy, Berzy, Soissons (105 kilomètres de Paris, 35 de Laon), Crouy, Margival, Anizy-Pinon, Chailvet-Urcel, Clacy-Mons, Laon (140 kilomètres de Paris), Barenton-Bugny, Crécy - Mortiers, Marie, Saint- Gobert-Rougeries, Vervins (179 kilomètres), La Bouteille, Origny, Hirson(197 kilomètres); à Hirson, un embranchement de 56 kilomètres se dirige sur Mézières par Saint-Michel et Aubenton-Any.

A Villers-Cotterets, un petit chemin de fer d'intérêt local met en communication cette ligne avec Port-aux-Perches et le canal de l'Ourcq.

A Soissons (105 kilomètres de Paris), un embranchement se dirige sur Reims et Mézières, en passant, dans le département, aux stations de Ciry-Sermoise, Braisne, et, un peu avant Fismes, il pénètre dans le département de la Marne.

La ligne de Paris à Bruxelles par Greil et Saint- Quentin pénètre dans le département un peu avant la station de Chauny (124 kilomètres de Paris, dessert celle de Tergnier(l31 kilomètres). Montescourt, Saint-Quentin (154 kilomètres), Essigny-le- Petit, Fresnoy-le-Grand, Dohain (175 kilomètres), et, à peu de distance de cette dernière station, pénètre dans le département du Nord.

A Chauny, un petit embranchement de 15 kilomètres se dirige sur Saint-Gobain par Sinceny, Rond. d'Orléans et Barisis; il doit rejoindre Anizy-le-Ghàteau.

ATergnier, un embranchement de 80 kilomètres se dirige sur Amiens, par Flavy-le-Martel, tandis qu'un autre embranchement va dans la direction opposée sur Laon et Reims par La Fère, Versigny, Crépy-Couvron , Laon (158 kilomètres de Paris), Coucy-les-Eppes , Saint - Erme-Montaigu, Amifontaineet Guignicourt.

A Saint-Quentin, un embranchement de la ligne de Bruxelles se dirige sur Guise par Itancourt, Mézières, Séry, Ribemont, Coucy, Origny, Macquigny, Longchamps, Vadencourt, Lesciuielles, Suint-Germain, Guise; sa longueur est de 40 kilomètres. Il doit être continué vers Mézières et la frontière par La Capelle et Hirson.

Le chemin do fer de l'Est traverse l'extrémité méridionale du déparlement. La ligne de Paris-Meaux- Chàteau-Thierry y entre un peu avant la station de Nogent-l'Artaud et arrive à Château-Thierry (95 kilomètres de Paris) ; de ce point elle se dirige sur Épernay et Nancy, en desservant dans le département les stations de Mézy et de Varennes.

A Cfécy-Mor tiers, station de la ligne de Paris à Hirson, un embranchement de 21 kilomètres, va rejoindre Versigny par Chalandry, Crécy-sur-Serre, Assis-sur-Serre, Remies, Pont-à-Bussy, Nouvion-le- Comte et Anguilcourt-le-Sart ; et de Versigny il rejoint La Fère.

Plusieurs autres embranchements sont à l'étude ou en construction ; tels sont ceux de Villers-Cotterets à Compiègne, de Soissons à Compiègne, etc.

On évaluait la longueur des lignes exploitées en 1880 à environ 370 kilomètres, et celle des lignes en construction ou à construire à 178 kilomètres.

Clliuat. — Le département de l'Aisne appartient à la région climatériquedite climat séquanien ou du nord-ouest. Le climat est tempéré et l'air y est en général vif et sain. La température des arrondissements de Soissons et de Château-Thierry est à peu près semblable à celle de Paris. Dans l'arrondissement de Laon, les étés sont moins longs et les hivers plus prolongés. Le climat de l'arrondissement de Vervins est le plus âpre, ce qui s'explique par son voisinage de la région climatérique du nord-est, dite climat vosgicn. Les vents les plus dominants sont ceux du sud et du nord à Laon; le nombre moyen des jours de pluie est de 110; des jours de neige, 13 ; dégelée, 60; débrouillards, 35, et de tonnerre, 36. L'air y est très vif, en raison de l'élévation de cette ville a» milieu d'une grande plaine entièrement ouverte vers le nord-est.

Productlous naturelles. — Le département de l'Aisne fait partie de la région géologique dite Neustrienne ou du bassin de Paris ; il est composé de terrains tertiaires ; on rencontre dans les

monticules des formations argileuses, siliceuses et calcaires recouvertes d'une couche de terre végétale. Le sol des vallées est le résultat des alluvions.

Ce département ne renferme pas de mine métallique susceptible d'exploitation, quoique l'on rencontre dans l'arrondissement de Vervins quelques indices de minerai de fer; mais il est très riche en pierre à bâtir, que l'on retrouve dans tous les arrondissements, ainsi que la pierre à chaux. On trouve encore des marbres de qualité inférieure, des grès, quelques couches d'ardoise trop inégales dans leur épaisseur pour fournir une exploitation bien régulière. On y exploite quelques tourbières. Le plâtre ne se rencontre que dans l'arrondissement de Château-Thierry ; mais l'argile à brique, à tuile, à potier se trouve en abondance dans tout le département, et avec la dernière on fabrique des creusets estimés. La tourbe existe dans les vallées de la haute Somme, de l'Omignon, de la Souche, de la Lette et de la Pêcherie; mais ce qui caractérise la minéralogie de ce département, c'est une grande couche de lignite d'environ 72 kilomètres de longueur sur 28 à 32 de largeur moyenne, qui court du Catelet à Reims et depuis Ilourblièrcs jusqu'à Goulancourt. On utilise cette substance minérale pour l'amendement des terres, et le chimiste en extrait l'alun et la couperose.

Le déparlement de l'Aisne est essentiellement agricole, et l'agriculture y a fait de grands progrès depuis plusieurs années. Les terres labourables forment plus des deux tiers de la contenance productive du département; aussi fournit-il des céréales au delà de ses besoins, plus de 800,000 hectolitres ; celles que l'on y cultive sont : le froment, l'épeautre, le seigle, le sarrasin, l'orge d'été, l'escourgeon et l'avoine. Les légumes y sont excellents et abondants; on connaît la réputation des artichauts de Laon et de Ghauny, celle des haricots de Soissons et de Braisne. Le chanvre est cultivé dans tout le département. Le lin, l'une des principales richesses agricoles du département, dans les arrondissements de Saint-Quentin et de Vervins. L'osier est l'objet d'une exploitation entendue. Les prairies naturelles qui accompagnent les rivières, les prairies artificielies, dont le nombre s'accroît chaque jour, donnent des fourrages de bonne qualité. Dans les arrondissements les plus méridionaux, on cultive la vigne, mais ses produits sont d'une médiocre qua- Uté; le vin le plus estimé est celui de Craonne et des environs de Château-Thierry; viennent ensuite

ceux d'Arancy, de Craonnelle, Vassogne, Charly et de Laon (cuve Saint-Vincent) ; en 1874, la production de la vigne a été de 55,654 hectolitres, valant 2,003,544 francs; en 1875, de 129,830 hectolitres; en 1877, de 90,383. Les arbres à cidre et le houblon, qui sert à la fabrication de la bière, sont très multipliés. Le cinquième de la superficie du département est couvert de forêts ; les principales sont celles du Nouvion, du Regnaval, d'Aiidigny, d'Aubenton, de Villequier, de ViUers-Cotterets ou de Retz, de Saint-Michel, de Saint-Gobain, de Coucy, de Fère, de Samoussy, etc., etc.; les essences principales sont : le chêne, le charme, le hêtre, le bouleau et le tremble.

Les animaux domestiques sont les mêmes que ceux des départements voisins. On y élève des moutons anglais à longue laine et des chèvres dites duThibet.Les forêts abritent le cerf, le daim, le sanglier, le loup, le renard, la fouine, le chat sauvage et le putois ; le gibier à poil et à plume abonde; les oiseaux aquatiques peuplent les étangs et quelques petites rivières, dont les bords servent de retraite à la loutre. Dans les hivers rigoureux, il n'est pas rare de voir des cygnes, des outardes et des aigles noirs. Dans les vallées de l'Oise et de la Serre, on élève de bons chevaux. Dans les bassescours, on élève en grand la volaille et surtout les dindons et les oies. Les rivières sont très poissonneuses; on y pêche, outre d'autres sortes de poissons, des esturgeons, des aloses et des truites; l'écrevisse est commune et d'une grosseur remarquable; la sangsue abonde dans les étangs; enfin, la couleuvre d'eau, la couleuve jaune et verte et l'orvet sont les seuls reptiles. L'éducation des abeilles a fait de grands progrès dans ce déparlement, où elle laissait autrefois beaucoup à désirer.

Industrie agricole, manufacturière et commerciale. — Le département de l'Aisne est un pays à la fois agricole et manufacturier ; la culture des céréales et des plantes oléagineuses y est très importante, puisqu'elle occupe plus des deux tiers du sol productif. Le cheval est employé pour le trait de la charrue; les prairies artificielles y ont fait accroître le nombre des troupeaux. Nous avons parlé du parti que l'industrie agricole tirait des plantes légumineuses ; le haricot, dans les plaines du Soissonnais, l'artichaut dans celles du Laonnais, sont l'objet d'une culture très perfectionnée. La superficie du département se partage

AISNE

en : superficie bâtie et voies de communication, | 4 1,653 hectares, et territoire agricole, 661,470 liectares. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 286,341 hectares; farineux, 19,822; cultures potagères et maraîchères , 32,950 ; cultures industrielles, 63,666; prairies artificielles, 67,133; fourrages annuels, 15,551; autres cultures et jachères, 60,998 ; vignes, 4,400 ; bois et forêts, 90,697; prairies naturelles et vergers, 44,751 ; pâturages et pacages, 6,474 hectares. Ce département est un de ceux dans lesquels il y a le moins de terres incultes ; on n'en compte dans l'Aisne que 794 hectares. L'industrie manufacturière du département est très importante. La fabrique de Saint-Quentin en tissus de coton, hnge de table, batiste, linons, toiles claires, châles fai;on cachemire, etc., etc., se place au premier rang; viennent ensuite les filaturcs ou lissages de laine, au nombre de plus de 40; la célèbre manufacture de glaces de Soint-Gobain; les importantes verreries de Folembray et de Quiquengrogne, qui fournissent de bouteilles la Champagne et les vignobles dos Charentes ; les fabriques de bonneterie au tricot, de fil retors, de vannerie fine de l'arrondissement de Vervins ; les manufactures de treillis, de toiles de chanvre et de lin, les savonneries de celui de Laon ; les filatures de coton, les tanneries et les corroiries de l'arrondissement de Château-Thierry; les huileries, les fabriques de chaussons tricotés et de couvertures de laine, de celui de Soissons. Enfin, il faut encore ajouter à cette nomenclature les raffineries de sucre de betterave, au nombre de 90; les laminoirs, les clouteries, les papeteries, les boisselleries, les tuileries, les briqueteries , les faïenceries et les fabriques de produits chimiques , qui portent à plus de 550 le nombre des établissements industriels en activité dans le département de l'Aisne.

On comprend que son développement commercial doit répondre à son développement industriel; aussi exporte-t-il par ses nombreux moyens de communication, routes, chemins de fer, rivières, canaux, la plupart de ses produits manufacturés et de ses produits agricoles, farines, bétail, sucres ; laines, tissus, fers, glaces et verres ; sparterie et sangsues. La plupart des foires de l'Aisne sont très fréquentées ; elles sont au nombre de 480, qui se tiennent dans 72 communes et durent 503 jours. Leg plus importantes sont celles de Château-Thierry, pour les bêtes à laine; de Saint-Quentin, pour la vente des laines ; de Chauny, pour celle des chevaux

de prix ; de Plomion, pour les œufs ; de Vervins, de Laon, de La Fêre et de Soissons. Indépendamment des objets de consommation locale, on y vend des grains, des vêtements, des articlesde Saint-Quentin, de la vannerie, de la boissellerie, des chevaux et des bestiaux pour la boucherie ou pour le travail et l'engrais.

Division politique et administrative. — Le département de l'Aisne a une superficie de 735,200 hectares et une population de 560,427 habitants. Cette dernière n'était que de 423,981 habitants en 1801 ; le chef-lieu de préfecture est à Laon ; il est divisé en 5 arrondissements, 37cantons,8:jS communes; le tableau statistique que nous donnons plus loin les fera connaître. Il fait partie de la deuxième région agricole ou du Nord.

Le département de l'Aisne forme le diocèse de l'évêché de Soissons et Laon, suffragant de l'archevêché de Reims; l'évêque réside à Soissons; il y a dans cette ville grand et petit séminaires, et dans le département 39 cures, 537 succur.sales et 46 vicariats ; Notre-Dame-de-Liesse possède aussi un petit séminaire. Le culte protestant a un temple eonsistorial à Monneaux, dépendant du consistoire dcMeaux ; et un consistoire à Saint-Quentin duquel dépendent les pasleursde Saint-Quentin, Fresnoy, Esquehéries, llargicourt, Jeancourt, Landouzy-la- Ville, Lemé, Lauroy et Templeux.

Le département est compris dans le ressort de la cour d'appel d'Amiens ; chacun des chefs-lieux d'arrondissement possède un tribunal de première instance; de plus, Saint-Quentin, Soissons, Vervins, Chauny, possèdent des tribunaux de commerce. 11 y a à Laon une maison de justice; Saint-Quentin, Soissons, Château-Thierry, Chauny, Vervins ont des maisons d'arrêt; Soissons, une maison de correction, et Villers-Cotterets, un dépôt de mendicité.

Le département, au point de vue universitaire, se rattache à l'académie de Douai; il y a un lycée à Saint-Quentin et des collèges communaux à Laon, Soissons, Château-Thierry, La Fère ; écoles normales d'instituteurs et d'institutrices, collège de Filles à La Fère; institutions libres et pensions, une école primaire supérieure à Ilirson, 1335 écoles primaires.

L'Aisne appartient au 2° corps d'armée (quartier gi'uéral, Amiens) et à la 2"^ région de l'armée territoriale, qui ont pour sièges do subdivision, dans le département, Soissons, Saint-Quentin et Laon. La

compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 2° légion, dont le chef-lieu est à Amiens. La Fère possède une direction, une école d'artillerie et un arsenal de construction. Soissons et Laon sont des places de guerre, l'une de l", l'autre de 2° classe ; La Fère, Guise et Vervins de 3« classe.

Le département appartient à l'arrondissement minéralogique de Paris, qui dépend de la région du Nord; à la 3° inspection divisionnaire des ponls et chaussées (Lille), et à la 7" conservation foresière dont le conservaleur réside à Amiens.

Hirson a une inspection et un bureau des douanes. Il y a aussi des bureaux de douane à Saint-Michel, à Mondrepuis, à Buire, à Neuve-Maison, à Wattigny, à La Capelle, à Bellevue et à Vervms; tous ces bureaux dépendent de la direction des douanes de Charleville.

Il y a dans l'Aisne 104 perceptions des finances; les contributions et revenus publics atteignent 42,000,000 de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Le territoire dont a été formé le département de l'Aisne était occupé, avant la conquête romaine, par diverses peuplades, qui ont laissé leur nom aux provinces, ultérieurement constituées dans le royaume de France. Le pays habité par les Suessiones est devenu le Soissonnais. Le Laonnais est l'ancienne patrie des Laudioii, de même que le Vermandois et le Noyonnais étaient originairement les contrées où vivaient les Veromandiii et les iYovioduni. Si nous ajoutons la Thiérache à ces divisions primitives, si nous rappelons que, dans la répartition territoriale des grandes provinces, le Noyonnais et le Laonnais furent incorporés à l'Ilede-France, pendant que le Vermandois, la Thiérache et le Soissonnais continuaient à faire partie de la Picardie, le lecteur comprendra qu'il n'y a pas d'unité à espérer dans l'histoire générale du département, et qu'après avoir mentionné succinctement les faits principaux qui affectèrent la contrée dans son ensemble, nous avons dû consacrer nos recherches à l'histoire spéciale des villes qui furent chacune, et pendant longtemps, le centre et la capitale d'une petite province. Après avoir pris part à la grande lutte nationale contre les Romains, les Suessiones s'allièrent avec ces mêmes Piomains contre les Belges et contribuèrent à la victoire que Jules César remporta sur eux à Bibrax; ce qui fit

que cette partie de la Gaule fut traitée par les Romains moins en pays conquis qu'en alliée. Les villes furent embellies, des temples et des monuments d'utilité publique furent élevés ; des routes dont il reste encore des traces furent construites. Aussi, plus qu'aucun autre delà Gaule, ce pays seinble-til s'être absorbé dans l'unité du monde romain ; il avait été compris, sous le règne d'ilonorius, dans la seconde Belgique.

Quand les hordes barbares se ruèrent sur la Gaule, les Romains trouvèrent, sur les bords de l'Aisne, des alliés dévoués et courageux, qui les assistèrent vaillamment dans leurs efforts pour repousser l'ennemi commun ; les Suessiones et les Lauduni se signalèrent dans la résistance victorieuse qui fut opposée à l'invasion des Vandales en 407 ; mais moins d'un siècle plus tard, en 486, la fortune imposa de nouveaux maîtres à la Gaule ; les plaines de Soissons virent la défaite de Syagrius, le dernier représentant de la domination romaine, et la victoire des Francs commandés par Clovis.

A la mort de ce prince, dans le partage de ses États, le Soissonnais forma, de 511 à S58, un royaume indépendant qui se confondit ensuite dans celui deClotaire I". Chilpéric, un de ses fils, eut à son tour le Soissonnais en héritage et prit le litre de roi de Soissons. Chez tous les princes de la première race, jusqu'à Louis d'Outre-mer, qui, en 9.36 fixe sa résidence à Laon, nous trouvons une prédilection marquée pour celte contrée, soit que l'importance des villes les désignât alors comme places stratégiques ou sièges d'administration, soit que le caractère des habitants se fût concilié la faveur des nouveaux maîtres, comme il avait auparavant conquis les sympathies romaines ; du Gange constate que, pendant cette période, le pays resta inféodé au domaine de la couronne et fit constamment partie de ce qu'on appelait proprement la France. Le seul fait militaire qui se rattache à cette époque est une victoire de Carloman sur les Normands, remportée en 833, et dont les bords de l'Aisne furent le théâtre; victoire qui futsuivie d'un traité de paix signé à Vailly.

C'est seulement après Charlemagne, et par suite des prodigieux accroissementsde l'empire franc, ([ue le gouvernement des villes et provinces fut confié à des comtes ou barons, d'où descendirent la plupart des dynasties féodales ; toutefois, les comtes du Vermandois étaient de la race du grand empereur.

En même temps que se consolidait et s'éleudail

AISNE

Cliuicuii-iliieny.

la monarchie franque, le christianisme, qui l'avait précédée et qui lui avait préparé les voies par la dissolution de l'empire romain, en recevait, à son tour, la protection la plus puissante et les faveurs les plus signalées. L'œuvre apostolique avait duré trois siècles, du iv' au vn" ; les plus glorieux soldats de l'Église militante furent, pour cette période : saint Firmin, saint Crépin et saint Crépinien, saint Valère et saint Rufin, saint Quentin, saint Waast, saint Valéry et saint Riquier, saint Lucien et les apôtres de l'Église irlandaise. Avant l'extinction de la première race, de riches et nombreuses abbayes couvraient le pays ; on en comptait quatorze pour les diocèses de Noyon, Laon, Soissons, Amiens et Beauvais ; les villes mettaient leur orgueil dans la richesse et l'importance de leur cathédrale, et le pouvoir temporel, en maint endroit, augmentait encore l'influence religieuse des évêques.

Aiïaiblissement du pouvoir royal, morcellement du territoire en fiefs féodaux, rivalités des évoques

fllANCE ILLUSTRÉE. 26

et des barons, efforts des communes pour s'affranchir, tels sont les éléments principaux qui constituent l'histoire de France sous les rois delà seconde race ; nuUepartcescaractèresnesedessinentd'une manière plus saisissante, ne se traduisent en épisodes plus significatifs que dans les annales de ce département. Si le pouvoir royal garde encore quelques restes de son influence sur le pays, si dès 1185 le Vermandois est réuni à la couronne par Philippe-Auguste, nous voyons surgir l'autorité quasi souveraine des prélats de Noyon, Laon et Soissons ; nous voyons arriver jusqu'au mépris des ordres royaux l'indépendance des Enguerrand de Coucy, et nous assistons aux premières et aux plus ardentes luttes de la bourgeoisie, combattant pour son émancipation communale.

Pendant que le pays est en proieà ces dissensions

intestines, sa position géographique l'expose aux

assauts des plus redoutables ennemis du dehors;

la possession de l'Espagne, de la Flandre et des

T. — Aisne, 2" Liv.

LA FRAxNCE ILLUSTRÉE

Pays-Bas par les ducs de Bourgogne et la maison d'Autriche le met en contact, pendant plusieurs siècles, avec ces implacables adversaires de la France. Au commencement du xv° siècle, les Bourguignons s'emparèrent du Soissonnais et du Laonnais ; ils n'en sont chassés qu'en 1414. En 1557, les Espagnols gagnent contre notre armée la fameuse bataille de Saint-Quentin. Puis, aux guerres étrangères succèdent les guerres civiles de la Réforme, dans lesquelles intervient encore l'Espagnol, et qui ne prennent fin qu'en 1584, après le triomphe définitif de Henri IV et son avènement au trône.

Les derniers frémissements delà féodalité domptée agitèrent encore le pays pendant la minorité de Louis XlII. Les Espagnols, prompts à saisir toute occasion d'affaiblir la France, firent encore à cette époque plusieurs irruptions ; mais Richelieu, dont la main ferme et habile allait prendre le gouvernail, sut forcer l'ennemi à respecter nos frontières et assurer la paix intérieure.

Jusqu'aux guerres de Louis XFV, le pays fut tranquille ; pendant la première partie de ce règne, c'est le sol étranger que foulaient nos armées victorieuses ; mais l'heure des désastres arriva ; l'ennemi envahit à son tour la France; les troupes impériales pénétrèrent, en 1712, jusqu'aux environs de Laon, et il fallut la victoire deDenain pour sauver la gloire de nos armes et l'intégrité de notre territoire. Le département de l'Aisne devait revoir l'ennemi en 1814 et en 1815; la conduite de ses habitants répondit alors à tout ce qu'on pouvait attendre de l'esprit patriotique et national qui avait toujours animé leurs pères ; mais la nature du sol, composé en grande partie de vastes plaines totalement découvertes, le peu de largeur des cours d'eau y permirent, moins qu'ailleurs, la guerre de partisans, dernière ressource ou dernière vengeance des pays envahis. Pour les événements intérieurs, dans le cours de ce dernier siècle, la chronique intime du département est moins riche encore en faits d'une importance générale ; Soissons fut cependant, en 1728, le siège d'un congrès européen qui promettait de terminer tous les différends des grandes puissances, et qui, après plusieurs mois de conférences, n'amena aucun résultat. 11 y eut, en 1787, un remaniement administratif et l'essai d'une nouvelle organisation politique; on décida l'établissement d'une assemblée provinciale pour le Soissonnais, et on créa des chefs-lieux d'élection dans chacune des villes principales qui forment le départe-

ment actuel, à Soissons, Laon, Château-Thierry, Guise et Saint-Quentin ; cette réforme ne précéda que de quelques années la transformation de la France en départements ; Soissons devait y perdre sa supériorité, et Laon fut choisi pour chef-lieu de l'Aisne, comme point plus central et mieux approprié à la surveillance administrative. Mais le cheflieu industriel se trouve aujourd'hui à Saint-Quentin, la ville la plus importante du département.

En 1870, le département de l'Aisne fut un des premiers envahis par les armées allemandes; plusieurs combats s'y livrèrent, notamment aux environs de Saint-Quentin ; il ne fut complètement évacué qu'à la libération du territoire. Les pertes de toute nature éprouvées par les habitants, par suite de celte occupation, ont été évaluées à 23 millions 742,839 francs 37 centimes.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BODRGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.

Laon (lat. 49° 33' 54"; long. 1» 17' 19" E).— Laon {Bibrax Suessionum, Lugdunum, Laudunum, Clavatum), à 128 kilomètres nord-est de Paris, chef-lieu de préfecture, peuplé de 12,139 habitants, était autrefois le siège d'un évcché dont le titulaire était duc et pair; la capitale d'une petite province, le Laonnais, qui fit partie tour à tour de la Picardie et de l'Ile-de-France; relevant de l'intendance de Soissons et du parlement de Paris, mais possédant un gouvernement particulier, avec bailliage, présidial, prévôté, commanderie de Malte, et étant cheflieu d'élection.

L'étymologie toute celtique du mot Laon, qui signifiait en cette langue élévalion, éminence, et qui répond à la situation de la ville, ne permet pas de douter de l'antiquité de son origine. Elle est très certainement antérieure à la domination romaine; mais il règne une si complète obscurité sur cette époque de ses annales, que, pour nous, son histoire ne peut commencer qu'au iii° siècle de l'ère chrétienne. C'est dans les archives du christianisme que nous trouvons les premiers documents historiques sur lesquels puisse reposer notre récit. Saint Fortin et saint Béat, envoyés dans les Gaules avec saint Denis, choisirent les environs de Laon pour théâtre de leurs premières prédications; une grotte appelée CAevresson, et renfermée dans l'enceinte actuelle de la citadelle, servit de retraite à saint Béat, qui y mourut après de longs jours consacrés

AISNE

à l'apostolat. Dès le milieu du iv» siècle, une église était fondée sous l'invocation de la Vierge, et Laon voyait un de ses premiers prêtres. Vivent, distingué à Rome par sa piété et sa science, dans un voyage qu'il y fit, n'étant que simple clerc, et désigné pour le siège de Heims par le pape saint Sirice. C'était le temps où les invasions des barbares disputaient l'Occident aux armes affaiblies de Rome; Laon, après deux sièges vaillamment soutenus contre les Vandales en 407, et contre Attila en 431, ouvrit ses portes à Clovis, cédant moins à la terreur inspirée par le roi des Francs qu'aux paroles de conciliation et de paix, et à l'influence sympathique de son compagnon et conseiller, saint Rémi. Nous voyons en effet l'érection de Laon en évêché suivre de près, en 500, la soumission de la ville à son nouveau maître, et saint Rémi doter de son propre bien l'évèché et son chapitre.

Dans le partage qui suivit la mort de Clovis, Laon fit partie du royaume de Soissons et passa, après Clotaire, dans celui d'Austrasie. Brunehaut vint y fixer son séjour après la mort tragique de Sigebert et y fonda l'abbaye de Saint-Vincent, dont l'église était appelée le second siège de l'évoque. Un demi-siècle plus tard, en 645, grâce aux libéralités de Salaberge, fille et veuve de puissants seigneurs d'Austrasie, s'élevait la célèbre abbaye de Saint-Jean, habitée par trois cents religieuses au nombre desquelles fut plus tard une des filles de Charlemagne, et qui compta trois reines parmi ses abbesses. L'importance que prenait la ville de Laon, l'opulence de ses couvents, en faisaient une proie toujours enviée et disputée trop souvent dans ces guerres de partage qui ensanglantèrent les règnes des princes de la dynastie mérovingienne et celui des premiers Carlovingiens. Avant la période féodale, Laon avait eu sept sièges à soutenir.

Avec l'affaiblissement du pouvoir monarchique, aux mains des descendants de Charlemagne, s'ouvre une phase nouvelle dans l'histoire de Laon. Pendant que chaque comte ou chaque baron arrache à la couronne quelques lambeaux de ses provinces, pendant qu'au centre de l'Ile-de-France, dans les murs de la capitale, grandit cette dynastie menaçante des comtes de Paris, il semble que la royauté, entourée d'ennemis déclarés ou secrets, cherche un asile qui la mette à l'abri de leurs coups, et ne trouve que la fidèle Picardie : Laon devient la résidence des rois. C'est là que s'éteint, dans les convulsions des guerres civiles et des dis-

sensions de famille, au milieu du pays dévasté par les Normands, cette race naguère héritière de l'empire d'Occident, et, moins de deux siècles après la mort de son glorieux fondateur, à peine* obéie dans l'enceinte même de la ville où elle avait cherché un refuge.

Hugues Capet, devenu roi en 987, assiégea et prit, en 991, la ville de Laon, restée fidèle aux Carlovingiens ; mais il ne songea pas à la punir de sa fidélité ; il ne lui retira même pas le titre de capitale, quoique sa résidence fût ailleurs; mais, en réalité, cette désignation honorifique ne servit plus qu'à rehausser le prestige attaché à la dignité des évèques devenus les maîtres de la ville. En 1018, un concile y est tenu sous la présidence du pape Benoit VIII en personne ; quelques années auparavant, le roi Robert était venu s'y faire sacrer.

Nous touchons à ia page la plus glorieuse des annales de Laon, au récit des luttes sanglantes qu'elle eut à soutenir pour se constituer en commune.

L'espèce de gouvernement municipal que les Romains avaient établi ou conservé dans les Gaules avait subsisté à Laon jusqu'à la fin du x' siècle; la présence des rois avait maintenu évèques, abbés et comtes dans un certain respect des usages consacrés par le temps. Lorsque la féodalité se sentit couronnée dans la personne de ses pairs, les anciens comtes de Paris, elle se crut en droit de briser les entraves qui gênaient sa tyrannie et sa cupidité. En 1106, Laon avait pour évèque et seigneur Gaudri, créature du roi d'Angleterre, protégé d'Enguerrand l^", sire de Coucy, homme libertin, cupide et cruel. Sa barbarie, ses exactions soulevaient l'indignation de tous et excitaient les craintes de la noblesse et du clergé lui-même ; les classes privilégiées ne virent d'autre moyen pour tempérer les excès d'un pouvoir devenu redoutable pour elles que d'encourager la bourgeoisie à la revendication de ses anciens droits et privilèges. Il fallait que le mal fût devenu bien extrême et le régime bien intolérable pour qu'on recourût à un pareil remède. On profita d'une absence de Gaudri ; le prix de l'affranchissement fut débattu, fixé, et le marché conclu entre le clergé, la noblesse et la bourgeoisie. Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler en quoi consistait le servage à cette époque. Le serf était imposable à la discrétion de son seigneur; il ne pouvait, sans son consentement, se marier à une personne libre , ni même à un sujet d'une sei-

LA FRANGE ILLUSTREE

gneurie étrangère; la faculté de tester lui était interdite; ses biens appartenaient à son maître s'il ne laissait pas d'enfants légitimes ; il était enfin attache à la glèbe, c'est-à-dire qu'il ne pouvait transporter son domicile hors de la seigneurie sans la permission du seigneur, toujours intéressé à la lui refuser. C'est le rachat de ces servitudes que la bourgeoisie de Laon consentait à payer de son or, avant de le payer de son sang. Les articles principaux de la charte laonnaise avaient été copiés sur ceux de la charte de Beauvais, déjà conquise par les habitants de cette ville. Gaudri revint, put apprécier les heureux résultats du nouveau régime, la paix rétablie, l'aisance revenue, sa colère et sa haine patientèrent quelque temps; il tira même un certain parti de la renaissance du commerce et de l'industrie , en altérant les monnaies qu'il avait droit de frapper ; mais sa vengeance tendait à un autre but : après avoir ramené à la solidarité de sa cause une partie des nobles et du clergé, il obtint de Louis le Gros la faveur d'une visite dans sa ville pendant la semaine sainte de 1112; il tenta la cupidité du prince par les offres les plus séduisantes. La bourgeoisie, prévenue, s'efforça de combattre avec des armes pareilles les manœuvres de l'évèque; la liberté de la ville fut mise à l'encan. La bourgeoisie n'avait pu réunir que 400 livres pour obtenir du roi le maiKien de sa charte ; Gaudri en offrit 700 pour que le monarque en décrétât l'abolition ; Louis ne sut pas résister à l'appât d'une somme si considérable pour cette époque, et, lejeudi saint, il signa l'arrêt qui replaçait la ville de Laon sous le joug discrétionnaire et implacable de son évêque. Le roi, honteux, était parti dans la nuit. Dès le lendemain, Gaudri se mit en mesure de recouvrer, par une taxe extraordinaire, l'argent qu'il avait versé dans le trésor royal ; la noblesse paraissait disposée à le seconder; mais, dès que cette nouvelle se répandit, une vive fermentation se manifesta dans la ville, les boutiques furent fermées, toutes les transactions furent suspendues , la vie publique s'arrêta. Un homme alors surgit de la foule, l'histoire nous a gardé son nom : il s'appelait Teudegaut (M. Augustin Thierry, dans sa remarquable lettre XVI sur la commune de Laon, le nomme Thiégaud, serf de Saint-Vincent) ; il comprit tous les périls de la situation et ne recula devant aucun des moyens nécessaires pour en sortir; pendant huit jours, il laissa gronder sourdement la tempête populaire, voyant l'évêque et ses

partisans grouper leurs forces et appeler auprès d'eux, des campagnes et des châteaux environnants, des bandes nombreuses de soudards abrutis et de paysans égarés; mais, de son côté, employant cette trêve à exalter le désespoir de ses concitoyens et à tracer le plan de l'insurrection.

Le jeudi 25 avril, à un signal convenu, les conjurés, réunis dans la cathédrale, descendent précipitamment ses degrés en poussant de grands cris et en marchant droit à la cour de l'évêché. C'était le quartier général de l'ennemi, que cette brusque et furieuse attaque déconcerte; c'est en vain que Gaudri ranime par son exemple le courage de ses défenseurs, tout plie et se disperse devant les efforts des assaillants, l'évêque lui-même disparaît; il avait pris les habits d'un de ses gens et était allé se cacher au fond d'un cellier. Le secret de sa retraite fut trahi : on le trouva blotti dans un tonneau, il en fut tiré par les cheveux, traîné dans le cloître des chanoines, et là, malgré ses supplications et ses promesses, iltomba frappé d'un coup de hache, qui lui fendit la tête.

Ceux qui s'étaient obstinés à défendre la cause de l'évêque Gaudri eurent leur part du châtiment ; toutefois, à la tombée du jour, la justice des défenseurs de la commune de Laon semblait satisfaite, leur victoire était assurée, quand tout à coup de sinistres lueurs embrasèrent l'horizon, la ville était en feu; l'incendie, excité par un vent d'une violence extrême, semblait avoir plusieurs foyers sur des points éloignés les uns des autres; dix églises, le palais épiscopal, le cloître des chanoines et nombre de maisons particulières brûlaient à la fois. Cet événement fut-il un effet du hasard ou le résultat d'un calcul de Teudegaut, voulant, par les excès mêmes de la victoire, engager ses concitoyens plus irrévocablement dans la voie de la résistance, et pensant que la commune ne se fonderait d'une manière solide et durable que sur un terrain complètement déblayé? Les documents nous manquent pour asseoir un jugement à cet égard ; mais, si la dernière supposition était fondée, il faudrait convenir que la logique du tribun reposait sur une appréciation inexacte du caractère des Laonnais. Dès le lendemain, en face des cadavres mutilés de leurs ennemis, sur les ruines fumantes des demeures de leurs oppresseurs, ils n'envisagèrent plus qu'en tremblant les conséquences de la lutte engagée et prirent frayeur de leur triomphe. Un fils du sire de Coucy, le comte Thomas de Marie,

AISNE

exploita leur terreur à son profit, en offrant sa protection et l'hospitalité de ses domaines aux bourgeois qui voudraient fuir les vengeances du roi. Il ne resta en ville que ceux qui se sentaient le moins compromis; pour ceux-là néanmoins, il n'y eut ni pardon ni pitié, et les vaincus de la veille exercèrent à froid, contre leurs vainqueurs repentants, des atrocités qui n'avaient plus même pour excuse le prétexte de la lutte et l'enivrement du combat. Cependant, longtemps contestée, attaquée par la ruse ou la violence des nobles et des évoques, la charte communale de Laon fut maintenue. Nous ne pouvons suivre ici toutes les vicissitudes de ses destinées ; elle régit les droits de la ville jusqu'en mars 1332 et ne fut remplacée à cette époque que par une charte de Philippe de Valois, qui, en réalité, substituait l'autorité royale au pouvoir de l'évêque plus qu'elle n'amoindrissait les privilèges communaux. Condamné, par le cadre même qui nous est imposé, à ne pouvoir, pour ainsi dire, qu'énumérer les titres historiques des villes dont nous nous occupons, nous ne saurions, cependant, abandonner cette époque de ses annales sans donner un souvenir à la gloire de ses écoles qu'illustrèrent tant de savants, tant de prélats distingués, et d'où sortirent des ministres, des cardinaux et un pape qui régna sous le nom d'Urbain IV.

Peu de villes eurent des destinées aussi agitées que Laon. Un seul chiffre donnera une idée de ses vicissitudes : en 1418, ses remparts soutenaient leur trentième siège contre Jean sans Peur. La fidélité de ses habitants ne se démentit pas dans les longues luttes de la France contre les rois d'Angleterre et les ducs de Bourgogne; c'est dans leurs murs que, après la défaite de Saint-Quentin et les désastres de Gravelines, l'armée française vint se rallier. L'excès du zèle religieux fit cependant dévier une fois les Laonnais de leur loyauté traditionnelle ; menacés par les calvinistes, ils se jetèrent dans la Ligue ; en 1589, le cardinal de Bourbon y fut reconnu roi sous le nom de Charles X, et des monnaies furent même frappées à son effigie.

Henri IV reprit la ville le 2 août 1594 et y pénétra par la cuve Saint-Vincent et la porte d'Ardon.

En 1673, Laon faillit avoir pour évêque le vertueux et vénérable Belsunce, qui venait de s'illustrer, pendant la peste de Marseille, par un dévouement héroïque. Il venait d'être appelé à ce siège

en remplacement de Charles de Saint-Albin, promu à l'archevêché de Cambrai. Grande fut la joie des Laonnais à cette nouvelle , mais elle dura peu ; M. de Belsunce refusa, et l'on nomma à sa place Étienne-Joseph de La Farc, fils de l'aimable poète de ce nom. L'académicien Duclos, historiographe de France, a tracé un portrait peu favorable de ce prélat, dont la prodigalité était excessive, et qui mourut, dit-on, insolvable, ce qui lui valut cette maligne épitaphe, d'un de ses créanciers sans doute :

Ici gît un prélat de prodigue mémoire,

Qui sans cesse empruntait et jamais ne rendit.

S'il est. Seigneur, dans votre gloire.

Ce ne peut être qu'à crédit.

Après le règne de Henri IV, les frontières de la France reculées, l'apaisement des rivalités féodales donnèrent à Laon paix et sécurité jusqu'aux invasions qui terminèrent le règne de Napoléon I". Les 9 et 10 mars 1814, l'empereur livra sous les murs de la ville un combat mémorable, à la suite duquel elle fut occupée par l'ennemi ; en 1815, Laon, quoique presque démantelée, soutint un siège de quatorze jours contre les armées étrangères.

Pendant la guerre de 1870-1871, le 4 septembre, un parlementaire prussien, précédant trois corps d'armée, somma la ville de se rendre. La reddition eut lieu le lendemain; mais la place résistait encore, malgré la menace du prince de Mecklembourg- Schwerin de faire subir à la ville le sort de Strasbourg. Cependant, des pourparlers eurent lieu, et la citadelle capitula ; mais au moment où le prince et le général Thérémin, qui commandait à Laon, allaient signer la capitulation, la poudrière de la citadelle fit explosion. Il y eut un grand nombre de victimes, tant parmi les Prussiens que parmi les Français. Croyant à une trahison, le prince fit arrêter le préfet de l'Aisne (M. Ferrand) et parla d'exercer des représailles « dont on se souviendrait, disait-il, dans mille ans; » mais on sut que cet acte était le fait isolé d'un vieux garde d'artillerie (Henriot) qui, dans un accès de désespoir, avait mis le feu aux poudres de la citadelle. Depuis nos revers, il vivait dans un état d'exaltation patriotique de nature à étonner ceux qui connaissaient son caractère froid et résolu. Les Prussiens se contentèrent d'occuper la ville.

Aujourd'hui, Laon, rendue à elle-même par la libération du territoire, a repris son calme et sa

prospérité. C'est une station de la ligne de Paris à la frontière belge, et de celle de Tergnier à Reims.

Place de guerre de 2" classe, située, dans une position stratégique importante, sur une haute colline dont l'Ardon baigne le pied, elle domine d'une centaine de mètres une plaine vaste et fertile ; ses caves généralement construites à deux étages, présentent un singulier phénomène : elles ont , même dans les chaleurs de l'été, une température beaucoup plus basse, non seulement que l'air extérieur, mais que celle des caves de l'Observatoire de Paris.

Les principaux monuments sont : la cathédrale, qui date du xii° siècle, et qui fut construite avec le produit de quêtes faites dans toute le France et en Angleterre. Cet édifice est plus remarquable par ses vastes proportions que par le mérite de son architecture.

L'église Saint-Martin, également du xn" siècle, moins la façade, qui date du xiv« siècle, renferme, à l'entrée de sa nef, le tombeau de Raoul II, sire de Coucy, tué à la bataille de Mansourah en 1250, en Egypte, aux côtés de saint Louis ; il est représenté couché dans son armure; la chapelle des Templiers (xiv° siècle) possède aussi des pierres tombales; le palais de justice (ancien palais épiscopal) est un monument du xni" siècle; l'hôtel de préfecture occupe une partie des anciens bâtiments de l'abbaye de Notre-Dame; l'hôtel-Dieu est installé dans les dépendances de l'abbaye Saint-Martin. Citons encore l'hôpital général , l'hôtel de ville et la bibliothèque, où 15,000 volumes témoignent encore des richesses scientifiques et littéraires que Laon possédait autrefois ; le musée d'art et d'antiquités ; les restes d'anciennes fortifications galloromaines, etc. Sur la place publique, on a élevé une statue au maréchal Sérurier.

Cette ville est la patrie de Bertrade, mère de Charlemagne; du roi Lothaire, de saint Rémi, de l'astronome Méchain, de J. Bodin, le célèbre publiciste; de Niel, qui, d'accord avec son parent l'abbé de La Salle, fut le fondateur de l'ordre des Frères de la doctrine chrétienne ; des trois peintres Louis, Antoine et Matthieu Lenain ; du constituant Devisme, du poète Beffroy de Regny, dit le cousin Jacques ; du maréchal Sérurier et de plusieurs lieutenants généraux.

Les armes de Laon sont : d'arçent, à trois merlettes de gueules, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or.

Anizy-le-Chateau. — Anizy-le-Château {Anisiacum), station de la ligne de Soissons à Laon, à 15 kilomètres sud-ouest de Laon, chef-lieu de canton peuplé de 1,127 habitants.

Ce bourg, très ancien, avait déjà une certaine importance lors de l'établissement de la monarchie franque, puisque, en 496, il était donné par Clovis à saint Rémi en récompense de l'instruction religieuse qu'il en avait reçue. En 500, le bienheureux évêque en dotait le siège épiscopal de Laon, dont les prélats ajoutèrent à leurs titres celui de comte d'Anizy. Les habitants d'Anizy obtinrent, en 1174, avec ceux des villages voisins, une charte communale du roi Louis VII. Roger de Rozoy, évêque de Laon, voulut la leur ravir (c'était la charte du Laonnais, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Laon) ; de part et d'autre on courut aux armes ; un combat eut lieu en 1177, près du moulin de Composte, sur les bords de l'Aillette. Les hommes de la nouvelle commune furent défaits, et le roi Louis VII intervint en leur faveur. Sous le règne suivant, l'évêque de Laon, Itier de Mauny, leur offrit, en 1259, les libertés qu'ils réclamaient, et la charte de la commune d'Anizy fut, la môme année, confirmée par le doyen et le chapitre de Laon. Jusqu'aux guerres de la Ligue, ce fief continua à faire partie des domaines des évoques seigneurs de Laon ; c'était souvent leur résidence d'été; il fut ravagé, en 1424, par les Bourguignons. En 1540, le cardinal de Bourbon y faisait construire un magnifique château à côté de l'ancien et y recevait François I", pendant le séjour de ce prince à Folembray. Une chambre a gardé le nom de fhôte royal. L'influence du cardinal échoua plus tard contre la fidélité des habitants qui restèrent attachés à la cause royale, et, tandis que Laon était au pouvoir des ligueurs, Anizy et sa forteresse tinrent pour le parti royaliste. En 1814, cette petite place protégea la retraite de farmée française, dans la nuit du 10 au 11 mars, après le malheureux combat de Laon.

L'église d'Anizy date du xii» siècle.

Deux petites rivières, l'Ardon et la Lette ou Aillette, arrosent le canton d'Anizy, dont les productions consistent en céréales et vins; le sol est accidenté, et ses collines sont agréablement boisées ; le château de Pinon , situé à une petite dislance , est une des plus riantes et des plus gracieuses habitations du département.

La Fère. — La Fère {Fara), station de la ligne

AISNE

IB

de Paris à la frontière belge, à 25 kilomètres nordouest de Laon, chef-lieu de canton, peuplé de 4,914 habitants, place de guerre de troisième classe, avec école d'artillerie et arsenal de construction.

Cette ville ne commence à figurer dans l'histoire qu'au x" siècle; c'était une des places fortes de révoque de Laon. Nous la voyons assiégée et prise en 938 par Thibaut, comte de Blois ; Louis le Gros est moins heureux au xu« siècle, et La Fère résiste à tous ses efforts. Sa charte communale date de 1207. Cette ville eut surtout à souffrir des guerres de la Ligue; en quinze ans, elle fut prise et reprise quatre fois : par Condé en 1579, l'année suivante par le maréchal de Matignon, par un coup de main des ligueurs en 1589, et enfin par Henri IV, après capitulation, en 1595. La Fère s'était rendue aux Prussiens en 1814; mais, après Waterloo, ses habitants, secondés par une faible garnison sous les ordres du chef d'escadron d'arlillerie Berthier, opposèrent une héroïque résistance aux troupes étrangères, qu'ils tinrent en échec de la fin de juin au 5 novembre.

Cette ville est agréablement située sur l'Oise, un peu au-dessous du confluent de la Serre, dans un vallon entouré de coteaux boisés. Elle possède plusieurs établissements industriels, tels que savonneries, huileries, tanneries, scieries et menuiseries. Après l'église, qui date du xv« siècle, l'édifice le plus notable est l'école d'artillerie, et encore son principal titre est-il son droit d'ainesse sur tous les établissements analogues que possède la France ; cette école a été établie en 1719.

La Fère est la patrie de Charles de Bourbon, fantôme de roi sous la Ligue ; de Louis de Bourbon, prince de Condé, tué à la bataille de Jarnac, et des deux frères d'Urtubie, tous deux généraux d'artillerie.

Les armes de la ville sont : ^ascé de vair et de gueules de six pièces.

Coucv- LE -Château. — Coucy { Condisiacum , Coussiacum), à 30 kilomètres ouest de Laon, est un chef-lieu de canton peuplé de 739 habitants.

La terre de Coucy, avec l'ancien bourg connu depuis sous le nom de Coucy-la-Ville, faisait partie des domaines concédés par Clovis à saint Rémi et abandonnés par le saint évèque à l'église de Reims. Après quatre siècles d'une possession paisible, les invasions normandes, les convoitises des seigneurs

du voisinage inspirant des inquiétudes plus sérieuses de jour en jour aux prélats propriétaires de ce fief, Hervé, l'un d'eux, résolut de construire près de Coucy-la-Ville un château fort destiné à la protéger; les fondements en furent jetés en 880, et les habitations qui se groupèrent autour formèrent un bourg nouveau qu'on distingua de l'ancienne ville en l'appelant Coucy-le-Chàteau. Cet accroissement donné à l'importance du domaine ne fit que rendre plus ardents les efforts de ceux qui cherchaient à s'en emparer; en 929, il était au pouvoir d'Herbert, comte de Vcrmandois, et le château servait de prison à Charles le Simple, qui y avait été transféré de Château-Thierry. Après diverses péripéties, et à la suite d'un compromis accepté par l'archevêque de Reims en 968, Coucy, moyennant une redevance annuelle de 60 sols, passa aux mains d'Eudes, fils de Thibaut, comte deTroyes. Plusieurs seigneurs, dont les noms sont restés inconnus, succédèrent à Eudes; enfin, en 1039, le domaine était possédé par un Albéric qu'on suppose issu des comtes de Vermandois, et qui devint la souche de cette puissante et fameuse famille des sires de Coucy. Le fils ou petit-fils de cet Albéric fut Enguerrand I^\ de qui date l'illustration de la maison. Outre le domaine de Coucy, il possédait encore la baronnie de Boves, le comté d'Amiens, la seigneurie de Marie et de La Fère; voilà pour sa puissance. Quant à ses mœurs, il épouse, du vivant de son mari, une certaine dame du nom de Sibylle, fait bénir son union par l'évêque de Laon, guerroie pendant plusieurs années avec l'époux dépossédé, se brouille avec un fils qu'il avait eu de sa première femme, Thomas de Marie, met tout le pays en feu au sujet de ces tristes querelles de famille et introduit, dans la lutte, le barbare usage de crever les yeux des prisonniers. Thomas, digne fils d'un tel père, lui succède en 1116; il fait assassiner Henri de Chaumont, qui lui disputait le comté d'Amiens, pille les marchands qui passent sur ses terres et meurt frappé, dans une embuscade qu'il avait dressée lui-même, par Raoul de Vermandois. Il eut pour successeur Enguerrand II , qui , à l'exemple de son père et de son aïeul, prit la croix en 1146 et partit pour la terre sainte, où il mourut. Comme son père, Raoul I", qui lui avait succédé, partit pour le grand voyage d'outre-mer et ne revit plus son château. Son fils, Enguerrand III, lui succéda ; mais il avait aussi un frère du même nom d'Enguerrand qui n'eut, comme fils puîné, que quel-

ques seigneuries en apanage. C'est au fils de ce dernier, nommé Raoul ou Renaud, et qui était châtelain (officier préposé à la garde du château et de la ville) de Coucy et non sire de Coucy, comme l'ont écrit à tort bien des historiens, que se rattache la sanglante légende du sire de Fayel, qui fit manger à son épouse adultère, la belle Gabrielle de Levergies (1), le cœur de Raoul qu'elle avait tant aimé. C'était, d'ailleurs, un « chevalier beau, courtois, plein de savoir, qui faisait chants et poésies, mais n'était pas riche d'avoir, » dit la chronique.

Avant de partir pour la croisade, Raoul I'=\ sire de Coucy, avait accordé une charte communale aux deux villes de Marie et de Vervins, la première en 1174, la seconde en 1183. Sa veuve, Adélaïde, tutrice du jeune Enguerrand III, donna, en 1197, une charte de paix ou charte communale en trente-six articles aux habitants de Coucy. Il était réservé à Enguerrand 111 de porter la maison de Coucy au plus haut degré de splendeur. Il augmenta retendue de ses domaines, fit élever ce château fort dont la maîtresse tour ou le donjon frappe d'ctonnement le voyageur comme l'archéologue, fit construire l'enceinte de la ville et élever les châteaux de Saint- Gobain, d'Assis, de Marie, le Châtelier de La Fère et la maison de Folembray. Enguerrand III se maria trois fois, et la dot de chacune de ses femmes vint augmenter son influence et agrandir ses domaines. Sa seconde femme, Mahaud, était fille de Henri duc de Saxe et successeur d'Othon IV empereur d'Allemagne. Il fut en guerre avec l'archevêque de Reims, prit une part glorieuse aux guerres de Philippe-Auguste contre Richard Cœur de Lion, combattit à Bouvines, fit la croisade des Albigeois cl parvint à une renommée militaire européenne. Tel était l'enivrement où l'avaient plongé l'élendue de son pouvoir et l'immensité de ses richesses que, pendant la minorité de Louis IX, il osa jeter les yeux sur la couronne de France. Il s'était fait préparer déjà, dit-on, des ornements royaux dont il aimait à se couvrir devant ses favoris lorsqu'un accident, une chute de cheval, amena sa mort en 1242. Pendant le siècle suivant, le nom de Coucy est mêlé à tous les grands événements de notre histoire ; Enguerrand VII, digne représentant de la noblesse féodale, dans la guerre des Jacques, fait pendre aux arbres de ses terres les enfants et les

(1) Levergies et non pas de Vergy, comme on l'a trop souvent écrit k tort.

femmes de ces malheureux paysans qu'un régime intolérable avait poussés à la révolte; il sert d'otage à l'Angleterre pour la sûreté du payement de la rançon du roi de France après la bataille de Poitiers. Edouard III, jaloux de s'attacher un seigneur si puissant, lui donne en mariage sa seconde fille Isabelle, ajoute aux biens considérables en Grande- Bretagne qu'il tenait de l'héritage de sa grand'mère, Chrétienne de Bailleul, la baronnie de Bedford, érigée en comté plus tard, et tout le comté de Soissons, compris dans la rançon du roi, cédé par la France à l'Angleterre ; mais, à son retour, Enguerrand trouva cet accroissement de ses domaines compensé par la désolation qui régnait sur ses terres de Coucy. Il avait cruellement dompté la rébellion de ses vassaux ; mais la cause de la révolte avait subsisté, la misère avait grandi; le découragement, le désespoir s'étaient emparés de tous les cœurs; les terres restaient incultes; les paysans n'avaient qu une pensée : fuir ce sol maudit et aller chercher ailleurs un esclavage moins dur et des maîtres moins impitoyables ; le sire de Coucy, pour arrêter l'émigration du reste des habitants, se vit contraint d'accorder une charte collective d'affranchissement à vingt -deux bourgs et villages. Cet important document porte la date d'août 1368.

Ce même Enguerrand fut chargé par Charles VI de traiter avec les chefs des maillotins, dans la sédition parisienne que ce mot rappelle; il se distingua à In bataille de Rosbecque, le 26 novembre 1382, fut un des chefs de la croisade de 1396 contre les Turcs; il combattit vaillamment à la désastreuse journée de Nicopolis et mourut des suites de ses blessures, prisonnier de Bajazet, le 18 février 1397. En lui s'éteignit la dynastie directe des Coucy, la plus haute et la plus complète expression de la féodalité au moyen âge, dont les actes justifiaient la fière devise :

Roi ne suis, Ne prince, ne duc, ne comte aussi :

Je guis sire de Coucy.

L'histoire du château et de la ville offre, à dater de cette époque, un bien moindre intérêt. En 1400, le 15 novembre, la terre est achetée de Marie de Coucy par Louis d'Orléans, moyennant une somme de 400,000 livres tournois, qui représenterait environ 3,500,000 francs de notre monnaie. Ce prince fit restaurer le château et l'embellit de plusieurs grandes salles bien ornées. Après lui , la terre de

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Samt-Quenlin.

Coucy est donnée en apanage à Claude de France et à Diane de Valois; Gabrielle d'Estrées, pendant les guerres de la Ligue, habite Coucy et y met au jour César de Vendôme, bâtard de Henri IV. Après plusieurs aliénations et plusieurs retours à la couronne, ce domaine est enfin donm-, aussi en apanage, par Louis XIV, en 1673,' à Philippe de France, duc d'Orléans, dans la famille duquel il reste jusqu'à la Révolution. En 1692, un tremblement de terre avait lézardé le donjon.

Nous regrettons de ne pouvoir ajouter à notre récit quelques-unes de ces naïves légendes dont le souvenir accompagne si bien l'impression produite par l'aspect de ces ruines gigantesques ; chaque pan de muraille, chaque salle, chaque voûte a sa chronique : ici, c'est la cloche dubefroi; là, c'est le rempart fleuri; dans ce coin sombre du donjon colossal, c'est V éternueme^it da7is le puits de la grosse tour , nous voudrions pouvoir citer quelques-uns des vers si passionnés et si naïfs de

France illustrée. 27.

l'amant de la belle Gabrielle ; mais à peine pouvons-nous donner les dimensions, si chères aux archéologues, de la tour principale de ce donjon, haut de 55 mètres, d'un diamètre de 30 mètres et d'une épaisseur de plus de 7 mètres. Aujourd'hui, ce château, dont VioUet-le-Duc a donné une excellente description, est une propriété nationale.

Les armes de Coucy sont : coupé, le chef de vair à la fasce de gueules chargée d'une fleur de lis d'or ; la pointe d'azur, à la tour crénelée d'argent, côtoyée à droite d'un gantelet fermé d'argent et à gauche d'un lion d'or.

Dans un manuscrit de 1677, elles sont figurées : d'azur, à la fasce vairée et trois fleurs de lis d'or mises en chef, avec une tour et un lion d'or en pointe. Aliàs : d'azur, à la tour d'argent chargée d'un écusson d'azur, chargé d'une fleur de lis d'or.

Le cri de guerre des premiers sires de Coucy était : Coucy à la merveille.

T. — Aisne, 3" Liv.

FoLEMBRAY. — FoleiTibray {Folancebrayum, Folemhraytim, CasaBraia},à3l kilomètres sud-ouest de Laon, canton de Coucy, est un bourg peuplé de 1,565 habitants, qui doit son illustration historique à son château, construit au xiii" siècle par Enguerrand III, sire de Coucy, relevé de ses ruines et restauré au xvi= par François I". Ce prince et Henri U y résidèrent souvent ; Henri IV y signa avec Mayenne le traité qui mit fin aux guerres de la Ligue. Une tradition, d'autant plus répandue qu'elle est ridicule, donne pour origine au nom de ce lieu une exclamation de Henri IV qui , voyant pleurer la belle Gabrielle du chagrin que lui causait son départ, se serait écrié : Ah! la folle en braie! Cette explication, plus ingénieuse que galante, est de toute invraisemblance, car le nom du village, antérieur de plus de cinq siècles à la naissance de Henri IV, est relaté authentiquement à l'époque de la construction première du château, au xiii* siècle comme nous l'avons dit. S'il fallait choisir entre plusieurs étymologies incertaines, nous inclinerions pour celle qui fait dériver le nom de Folembray de foliuni, feuille, et de brayuvi , mot de la basse latinité qui signifie marais, parce qu'elle s'applique parfaitement à la nature du sol boisé et marécageux où s'établirent les premières habitations.

Une verrerie importante existe aujourd'hui dans les dépendances de l'ancien manoir royal ; elle fut fondée en 1705 par un sieur Thévenot, dontles produits jouissaient d'une telle réputation, que les bouteilles attribuées à cette fabrique prirent le nom de ihévenottes. Un édit royal permettait aux gentilshommes de devenir verriers sans déchoir. L'exploitation de l'industrie de Folembray est aujourd'hui aux mains de la famille de Poilly, chez laquelle de larges vues commerciales s'appliquent avec intelligence aux progrès des arts.

Saint-Gobain. — Saint-Gobain, à 7 kilomètres sud de La Fère et à 26 de Laon, est peuplé par 2,193 habitants.

Dans l'antique forèl de Voas, sur une colline nommée le mont Érème, c'est-à-dire le mont inculte, et dans un endroit où l'empreinte de son bâton fit, dit-on, jailUr une source, saint Gobain bâtit, au vil» siècle, un ermitage. Massacré par les habitants à demi sauvages de ces contrées, il fut enterré dans le modeste oratoire qu'il avait élevé et consacré à saint Pierre. De nombreux miracles se faisaient autour de son tombeau ; l'affluence des pè-

lerins donna naissance à un village qui prit le nom du saint qu'on venait implorer ; un prieuré d'hommes y fut fondé au xi" siècle ; puis, vers la même époque, Enguerrand III de Coucy y fit élever un château fort, ruiné en 1339 par les Anglais et saccagé par Charles le Téméraire en 1471. La guerre et deux épidémies plus meurtrières encore avaient décimé la population du bourg, quand, dans la première moitié du xvi" siècle, Marie de Luxembourg, veuve de François de Bourbon-Vendôme, établit à Saint-Gobain une importante verrerie qui a donné naissance à la célèbre manufacture de glaces actuelle, qui produit, en moyenne, environ 200,000 mètres carrés de glaces par an. Le polissage s'en fait à Chauny, qui est uni à Saint-Gobain par une ligne de 15 kilomètres.

Saint-Gobain est la patrie du littérateur Luce de Lancival.

Prémontré. — Prémontré est un petit village de 862 habitants, situé dans la forêt de Saint-Gobain, à 23 kilomètres à l'ouest de Laon et à 8 de Coucy. Il est célèbre par une abbaye d'augustins, fondée, en 1120, par saint Norbert, et qui devint chef d'ordre. Elle avait été établie dans un vallon marécageux dominé par trois collines, sur un terrain cédé par Enguerrand I", sire de Coucy, et sur lequel il avait, raconte la légende, tué un lion qui ravageait la contrée. « Tu me l'as de près montré, » avait-il dit à son guide. Mais cette étymologie, consacrée par un bas-relief qui remplissait l'imposte ogivale de la porte du donjon de Coucy, et que l'on a même rétabli dans ces dernières années, est contredite par le bon sens et par la situation de l'abbaye dans le voisinage des trois collines dont nous avons parlé ; prce montibus tribus paraît être la véritable étymologie du nom de ce lieu.

Quoi qu'il en soit, l'abbaye fondée par saint Norbert devint bientôt célèbre, et, moins d'un siècle après sa fondation, on comptait 1,300 communautés d'hommes de cet ordre et 500 de filles. L'histoire de l'abbaye se résume : en temps de guerre, en violences, invasions, incendies; en temps de paix, en querelles entre les moines et leurs abbés à propos de l'observation de la règle et de l'emploi des revenus, qui, au moment de la Révolution, dépassaient encore 84,000 livres, toutes charges payées. Elle avait été somptueusement reconstruite au xviii° siècle ; vendue comme bien national en 1793, elle fut adjugée à un sabotier ; plus tard, on éta-

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blit dans ses bâtiments ruinés une fabrique de bouteilles et de verres.

Aujourd'hui, les bâtiments ont été restaurés, les cours nettoyées, et l'antique et célèbre abbaye de Prémontré est devenue un asile d'aliénés pour les départements de l'Aisne et des Ardennes.

Notre-Dame-de-Liesse. — Notre-Dame-de-Liesse {N.-D.-de-L(Btitiâ), bourg à 15 kilomètres au nordest de Laon, doit son origine et sa célébrité à son église, fondée en 1134, et à la dévotion toute spéciale qui en a fait depuis cette époque un des pèlerinages les plus renommés de France. Voici la légende :

« En 1131, trois chevaliers de la maison d'Eppes, qui guerroyaient en Palestine, furent faits prisonniers par le soudan d'Egypte; ce prince avait une fille nommée Ismérie qui, en cherchant à convertir les trois chevaliers à la foi musulmane et à la cause de son père, se laissa gagner elle-même au christianisme ; l'apparition miraculeuse d'une image de la Vierge acheva sa conversion et détermina sa fuite. Les croisés et la jeune néophyte traversèrent sans danger le Nil, la Méditerranée et toute la France, emportant dans leur voyage la miraculeuse image, dont le poids insurmontable arrèla tout à coup leurs pas, quand ils arrivèrent près du château de Marchais; ils comprirent que ce lieu leur était assigné par le ciel comme le terme de leur course. La Vierge y fut déposée sur l'autel d'une église que leur piété fit construire en 1 134. Le récit de la merveilleuse histoire, les prodiges qui ne manquèrent pas de venir la confirmer eurent bientôt rendu le lieu célèbre ; un village s'y forma, insuffisant pour l'hospitalité que d'innombrables pèlerins venaient y chercher, surtout en mai, juin et juillet; l'église fut enrichie par les offrandes du peuple, les riches présents des seigneurs et les libéralités des rois, qui se placèrent eux-mêmes sous la protection de la Vierge de Liesse. Louis XI vint y jurer, en 1469 , le traité que Charles le Téméraire l'avait contraint de signer à Péronne ; elle fut visitée en 1538 par François I" et toute sa famille, lors de la trêve conclue avec Charles-Quint ; enfin Louis XIII et Anne d'Autriche y vinrent implorer l'assistance divkie pour avoir un fils. Un tableau, dont le sujet est la Nativité, porte l'inscription suivante : Donné par Louis XIII, le H octobre 4618, lors de son second pèlerinage à Liesse. »

Une déclaration du 10 février 1638 mit le royaume

de France sous la protection de la Vierge, 3t c'est en commémoration de ce vœu qu'avait lieu la procession solennelle du 15 août.

Un bienfaiteur plus modeste, le philanthrope J.-F. Ilénault, après avoir pendant sa vie con.sacré ses soins et sa fortune au soulagement de ses concitoyens, a laissé à sa mort 120,000 francs aux pauvres de la commune de Liesse, son pays natal.

Marchais. — Marchais-sous-Liesse, à 20 kilomètres à l'est de Laon et à 3 kilomètres au sud-est de Liesse, peuplé de 606 habitants, possède un château d'une architecture remarquable, construit vers le milieu duxvi''siècle, par le surintendant des finances Nicolas de Longueval, comte de Bossut, et que fit restaurer le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, pour y recevoir Charles IX. On prétend que c'est là que fut conçue la première idée de la Ligue, en 1576; François I" l'avait aussi visité plusieurs fois ; il renferme des meubles de la Renaissance, de belles collections et est entouré de vastes dépendances qui en font une habitation princière. 11 ne faut pas confondre cette commune avec un autre Marchais situé dans le canton deCondé, et qui est célèbre dans l'histoire des événements de 1814, parce que les Français en chassèrent les Russes.

Chauny. — Chauny, dans laquelle on croit reconnaître la Contragiurn de l'Itinéraire d'Antonin, est un chef-lieu de canton situé près de la rive droite de l'Oise, à 35 kilomètres de Laon. Philippe, comte de Flandre, lui donna une charte communale en 1167, et lorsqu'elle devint française, Philippe- Auguste la lui confirma en 1213. Elle fut de bonne heure fortifiée, ce qui lui attira les malheurs qui résument son histoire ; elle fut en effet alternativement prise et reprise, pillée ou brûlée par les Anglais et les Français (1360), par les Bourguignons (1411), par les calvinistes et les ligueurs (1590-1591).

Aujourd'hui, elle doit à sa situation, au point de jonction du canal de Crozat et de l'Oise, qui commence à y être navigable, et sur le chemin de fer de Paris à Bruxelles, une certaine importance commerciale et possède un tribunal de commerce; sa population est de 9,198 habitants; elle possède une manufacture de glaces avec ateliers de polissage , des fabriques de lainages , de tricots , de toiles, des fonderies, des tanneries, une distillerie, une raffinerie de sucre.

Les armes de Chauny sont : d'azur, semé de fleurs de lis d'or, au château de même crénelé, surmonté de trois tours, crénelées de même, le tout posé sur une terrasse de sinople.

Marle. — Marie (Marna, Maria), station de la ligne de Paris à Hirson, chef-lieu de canton de 2,357 habitants, sur la Serre, à 25 kilomètres au nord de Laon, dut en 1174 sa charte communale à Raoul, premier sire de Coucy, dont elle était un des principaux apanages; plus tard elle appartint au fameux connétable de Saint-Pol. Pillée et brûlée en 1525 par les Anglais, saccagée par le comte de Rœux en 1552, assiégée par les Espagnols en 1650, prise par les frondeurs en 1652, elle n'échappa à aucun des malheurs que sa position sur la frontière lui réservait. Elle ne recouvra la paix et la tranquillité que sous Louis XIV. Son ancien château est bien conservé; son église, rangée parmi les monuments historiques, appartient au style ogival primitif. Elle fait un certain commerce de grains et de bestiaux et possède des fabriques de toile, des raffineries de sucre cl des tanneries.

Château-Thierry (lat. 19° 2' 46"; long. 1<'3'40"E.). — Château-Thierry {Castrum TJieodorici), à 80 kilomètres sud-ouest de Laon, station de la ligne de Paris à Épernay, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 6,902 habitants, était autrefois châtellcnie et duché-pairie en Brie, chef-lieu d'élection, siège d'un présidial, bailliage et prévôté royale, dépendait du diocèse et de l'intendance de Soissons et du parlement de Paris.

Une ancienne tradition attribue l'origine de cette ville à Thierry, l'un des rois de la première race, qui y aurait fondé un château, dont les ruines imposantes surmontent encore un rocher escarpé. Une autre version ne fait remonter l'existence de cette cité qu'au x° siècle et à un riche particulier nommé Thierry, qui, ayant à cette époque acquis le domaine de Richard, comte de Troyes, répara et augmenta considérablement le château et les fortifications de la ville. L'opinion la plus vraisemblable est qu'à la mort de Chilpéric II, en 720, Charles- Martel, maire du palais, fit choix de cet emplacement pour y élever et fortifier un château de peu d'étendue, achevé vers l'an 730. Cette propriété ne fut distraite des biens de la couronne qu'en 877, époque à laquelle Herbert I", comte de Yermandois,

se la fit donner par Louis le Bègue; elle resta aux mains de celte famille jusqu'en 945; elle échut alors à Richard de Troyes, qui la vendit au Thierry dont nous avons parlé. Château-Thierry eut de nombreux sièges à soutenir : contre Raoul de Bourgogne et Hugues de France, au temps des luttes féodales; contre les Anglais , en 1371 et 1421 ; contre Charles-Quint lui-même, en 1544. La Ligue, la Fronde furent encore pour celle ville de nouvelles causes de désastres ; enfin la bataille de Château- Thierry, soutenue par le duc de Tareate contre les troupes de la coalition, le 12 février 1814, est une des pages de l'histoire militaire de la France.

Château-Thierry fait un commerce de vins, de grains, de bois, de moutons, de laines ; elle fabrique des instruments de musique en bois et en cuivre, des instruments de mathématiques, des ouvrages en cheveux; elle a des tanneries et des teintureries.

La ville est bâtie en amphithéâtre sur une colline que dominent les ruines de son château, et qui vient mourir sur la rive droite de la Marne; un beau pont percé de trois arches relie le centre à un faubourg considérable qui s'étend sur la rive gauche. Château-Thierry est la patrie de La Fontaine, dont la maison et la statue s'offrent aux regards du voyageur ; nous n'osons après lui citer plusieurs prélats et savants distingués qui ont cependant contribué aussi à l'illustration de la ville.

Ses armes sont : d'azur, au château d'argent sommé de trois girouettes d'or, accompagné de trois fleurs de lis d'or, deux en chef et une en pointe.

La Ferté-Milon. — La Ferté-Milon (Firmitas Milonis), à 31 kilomètres au nord-ouest de Château-Thierry, peuplée de 1,705 habitants, autrefois châtellenie de l'élection de Crespy, avec prévôté et bailliage, dépendant du diocèse et de l'intendance de Soissons, du parlement de Paris, est une petite ville, bâtie en partie en amphithéâtre sur un coteau peu élevé, et partie sur la gracieuse rivière de rOurcq ; elle conserve encore des traces de son ancienne muraille et les ruines d'un château fort, qui date du xu^ siècle.

Avant le w" siècle, il n'existe aucun document sur cette ville, qui s'appelait alors La Ferté-en-Orceois ou sur-Ourcq ; l'histoire du Milon qui lui donna son nom est restée ignorée ; on sait seulement qu'au xn" siècle ce domaine passa de Raoul, comte de Yermandois, à Phihppe, comte de Flandre;

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il fut réuni à la couronne et donné au prince Charles de Valois vers 1350; en 1393, il échut à Louis de France, frère de Philippe le Bel, puis en 1400 il fut donné par Charles VI à son frère le duc d'Orléans, qui fit reconstruire le château en même temps qu'il faisait réparer celui de Pierrefonds. Cette importance nouvelle fut pour La Ferté un présent funeste ; elle fut plusieurs fois assiégée et ne rentra sous l'autorité royale qu'en 1429, grâce au dévouement des habitants qui chassèrent la garnison anglaise ; plus tard, elle tomba au pouvoir des ligueurs; en 1388, n'échappa aux désastres de la guerre religieuse , en s'engageant à une neutralité absolue, que pour devenir la proie d'une troupe de bandits qui, après avoir pénétré par surprise dans ses murs, s'y laissèrent surprendre à leur tour et furent passés au fil de l'épée. Enfin, Henri IV, en 1594, s'en rendit maître par composition , et , éclairé par l'expérience du passé, il fit démanteler la forteresse par les habitants de vingt-huit communes environnantes, qui consacrèrent huit jours à cette démolition. Racine naquit à La Fcrté-Milon le 22 décembre 1639, et on voit sur le pont de l'Ourcq une statue du grand tragique, due à David d'Angers. La ville possède une bibliothèque publique et deux églises, Notre-Dame et Saint-Nicolas.

Les armes de La Ferlé-Milon sont : d'azur, à un château de deux toîirs d'argent, ouvert, ajouréet maçonné de sable.

Fère-en-Tardenois. — Fère-en-Tardenois(i^(?rffm Tardenia), chef-lieu de canton, peuplé de 2,367 habitants, situé sur l'Ourcq, à 20 kilomètres au nord de Château-Thierry, est une petite ville fort ancienne, dont la seigneurie fut possédée par les comtes de Dreux. Elle n'a pour toute histoire que celle de ses malheurs, prise et reprise qu'elle fut par les ligueurs et les calvinistes (1589 et 1590), ou bien encore pillée par les Espagnols (1652). Elle fait un certain commerce de grains, de vins, de laines, de bois et de chevaux et possède une fonderie, des fabriques de lainages, de poteries et de sabots.

Son château, situé à quelque distance de la ville sur une éminence octogonale, mérite d'être visité ; il fut construit en 1206 par Robert, comte de Dreux, un de ses premiers seigneurs. Il était composé de huit tours d'environ 20 mètres d'élévation ; une enceinte inférieure formant terrasse et fortifiée ellemême de tours et de courtines l'entourait; un pontlevis le faisait communiquer avec une avancée

également fortifiée ; en 1539, ce pont-levis fut remplacé, par les ordres d'Anne de Montmorency, par une belle galerie à portail ionique, de 60 mètres d'élévation sur une longueur de 55 mètres, qui franchit le fossé sur cinq arches. Ce château est rangé parmi nos monuments historiques.

Dans ce même canton, à Brécy, à Armentières, on a trouvé un cimetière gallo-romain et de nombreuses antiquités sépulcrales.

Saint-Quentin (lat. 49° 50' 55"; long. 0»57'13"). — Saint-Quentin [Augusla Veromanduorum, Quintinojjolls), importante station de la ligne de Paris à Bruxelles, à 50 kilomètres nord-ouest de Laori, chef-lieu d'arrondissement, peuplé de 38,924 habitants, siège d'une chambre consultative des arts et manufactures, d'un conseil de prud'hommes, d'une société académique des arts, sciences et agriculture, de tribunaux de première instance et de commerce, avec lycée et école de commerce, était autrefois chef-lieu d'élection, bailliage, prévôté royale, maîtrise particulière, gouvernement particulier, capitale de la petite province de Vermandois, relevant du diocèse de Noyon, du parlement de Pans et de l'intendance d'Amiens.

La très ancienne origine de cette ville est attestée par les documents les plus authentiques ; elle est citée par Ptolémée, elle figure dans l'Itinéraire d'Antonin et dans la Table de Peutinger ; elle échangea son nom romain en l'honneur de saint Quentin, un des premiers apôtres du christianisme qui souffrit le martyre dans ses murs en 303, dans la persécution qui ensanglanta le règne de Dioclétien et de Maximien ; elle n'échappa à aucune des crises qui signalèrent la dissolution de l'empire; prise et brûlée par les Vandales en 407, par Attila en 451, elle fut ravagée plus cruellement encore par les Normands au vii° siècle et en 883. Elle ne retrouva de sécurité que sous le règne de Charlcmagne, qui avait une profonde vénération pour la sainteté de son église et qui l'enrichit de ses libéralités. Les guerres féodales troublèrent vite cette ère de paix et de prospérité. Hugues de France s'empara de Saint-Quentin en 932, après un siège de deux mois. L'ancien possesseur, Herbert II, appela les Lorrains à son aide et reprit la ville, dont les fortifications furent détruites. Vers 1102, une charte communale fut octroyée aux habitants de Saint-Quentin par Raoul, comte de Vermandois; Philippe le Long l'abolit sans qu'on en connaisse

les motifs; Philippe le Bel la rétablit en 1322, à la promesse faite par le peuple de relever à ses frais les fortifications. Livré comme un enjeu permanent à toutes les chances de la guerre dans les démêlés des rois de France avec les ducs de Bourgogne, l'Espagne et la maison d'Autriche, Saint-Quentin supporta les désastreuses conséquences de la mémorable bataille dite de Saint-Quentin, après laquelle la ville, investie par une armée de 100,000 combattants, fut obligée de succomber au bout de vingt et un jours de tranchée ouverte. Telle fut la mortalité pendant le siège et la terreur des survivants, que pas un seul habitant ne resta dans la ville. Saint-Quentin ne fut rendu à la France que par le traité de Cateau-Cambrésis , le 16 décembre 1559. Peu à peu la ville se repeupla, les ruines se relevèrent, et l'industrie vint cicatriser les plaies de la guerre ; la création des premières fabriques de linon, l'introduction de la culture du lin, dues à Crommelin, datent de 1579.

Pendant la guerre de 1870-1871, Saint-Quentin, ville ouverte, résista vaillamment aux Prussiens; le 3 octobre 1870, bourgeois et ouvriers prirent les armes ; des barricades furent construites, et après un combat de cinq heures les Allemands furent repoussés; mais, le 19 janvier 1871, le général Faidherbe, à la tête de 25,000 hommes, livra, sous les murs de la ville, une bataille qu'il perdit, contre une armée ennemie de beaucoup supérieure en nombre.

Délivrée de l'occupation, Saint-Quentin ne tarda pas à reprendre son essor industriel que rien n'est venu troubler depuis. La filature et le tissage occupent un nombre immense de bras dans la ville et les campagnes environnantes ; quoique le coton ne soit employé généralement que comme mélange dans la confection de ses tissus, Saint-Quentin absorbe la quarantième partie des importations que reçoit la France. Le goût et le bon marché des produits , une activité infatigable , une certaine audace dans les spéculations ont fait de Saint- Quentin un des centres commerciaux les plus importants de toute la France. On peut dire que Saint-Quentin est le Manchester de la France. Le district de Saint-Quentin était d'ailleurs prédestiné a sa haute fortune commerciale par une position exceptionnelle. Il est placé à la porte du Havre dont le port est le principal marché pour les cotons; il est tout près des fosses d'où l'on extrait le charbon du Nord ; il est également très rapproché de Paris,

où une partie de ses produits trouve un débouché assuré. Saint-Quentin est le centre d'une production manufacturière employant 130,000 ouvriers, répartis dans 800 établissements qui travaillent la quarantième partie des cotons importés en France, et produisent par an pour une valeur de 80 à 90 mil lions de francs.

La ville, située au sommet et sur le penchant d'une colline au bas de laquelle coule la Somme est entourée à l'est par le canal de Picardie comme d'une demi-ceinture, plantée de beaux arbres qui forment une promenade charmante; les rues principales sont larges et bien percées; presque au centre s'étend une vaste et belle place à laquelle aboutissent les trois grandes voies qui donnent accès dans la ville. Les monuments les plus remarquables sont : l'hôtel de ville, d'un style gothique, surchargé d'ornements bizarres ; la cathédrale, monument historique, qui rachète l'absence de ses tours par une grande pureté de lignes à l'intérieur; l'église Saint-Jacques (aujourd'hui la halle au blé), l'Hôtel-Dieu, les hospices, la bibliothèque, riche de 15,000 volumes, le jardin de l'Arquebuse, le lycée, le musée, la salle de spectacle, le beffroi, le palais de justice et la statue du célèbre peintre de pastels, Quentin de La Tour, né à Saint- Quentin.

Saint-Quentin a vu naître également le savant Condorcet et l'utopiste Babeuf.

Les armes de la ville sont : d'azur ou bien de gueules, à u?i buste de saint Quentin d'argent, accompagné de trois fleurs de lis d'or, deux en chef et une en pointe.

SoissoNS (lat. 49° 22' 53"; long. G» 59' 18" E.). — Soissons [Noviodunum Suessonce, Augusta Suessionum), importante station des lignes de Paris à llirson et à Mézières, à 40 kilomètres sud-ouest de Laon, chef- lieu d'arrondissement peuplé de 11,089 habitants, place de guerre de 3° classe, siège d'un évêché, d'un tribunal de commerce et de première instance, avec collège communal et séminaire diocésain, était autrefois comté, évêché, chef-lieu d'intendance et d'élection, siège d'un gouvernement particulier, capitale de la province du Soissonnais, avec prévôté générale de maréchaussée, bailliage, présidial, justice consulaire, bureau des finances, 2 chapitres, 5 abbayes, 6 couvents et 1 académie.

Ce que nous avons eu occasion de dire dans l'histoire générale du département sur l'antique

AISNE

origine de Soissons nous permet de passer rapidement sur la première période de ses annales; c'est la dernière place forte que conservèrent les Romains dans les Gaules. Soissons devint capitale du royaume franc sous les descendants deClovis; Carloman fut sacré à Soissons en 786, mais cette prédilection des princes l'exposait à devenir le théâtre d'événements mémorables à tout autre titre. Quand Louis le Débonnaire fut dépouillé par ses fils, ligués pour se partager ses États, c'est dans l'abbaye de Saint-.Médard de Soissons qu'il fut enfermé, à deux reprises, en 830 et en 833. Cette seconde fois, placé debout et devant l'autel chargé des reliques de saint Médard et de saint Sébastien, on l'obligea de lire lui-même, à haute voix, l'acte qui le condamnait; puis, après cette lecture, de se reconnaître coupable, de réclamer la pénitence canonique. Après la révolte des fils vient celle des vassaux ; en 923, Charles le Simple est attaqué sous les murs de Soissons par Robert, comte de Paris.

Les évêques eurent la sagesse de prévenir une autre révolte plus légitime; l'exemple donné par les villes de Laon et d'Amiens profita à Soissons ; ses habitants obtinrent, sans effusion de sang, l'affranchissement des servitudes féodales, qui avait coûté si cher à leurs voisins. Leur charte communale date de 1131. Soissons fut choisie l'année suivante par Louis le Gros, et plus tard, en 1 141 et 1149, par Louis le Jeune; enfin, en 1212, par Philippe-.\uguste, pour lieu de réunion où s'ouvrirent, à ces différentes époques, des conférences entre les rois et les grands sur les affaires qui touchaient aux intérêts généraux du royaume. La lutte des Armagnacs et des Bourguignons fut une époque calamiteuse pour le Soissonnais, et surtout pour sa capitale prise et reprise tour à tour par chacun des partis; Charles VI et le dauphin y commirent en 1413 d'horribles excès; presque tous les habitants, coupables de sympathie pour les Bourguignons, furent massacrés. Les guerres de la Ligue lui furent aussi fatales ; les huguenots s'en emparèrent en 1567 et la saccagèrent. Les fortifications actuelles furent élevées par Mayenne, lorsqu'il les eut chassés de la place. Soissons, en 1814, fut prise et reprise quatre fois par les étrangers et par les Français. Assiégée depuis un mois, devant les horreurs d'un bombardement et l'inutilité d'une plus longue résistance, elle dut accepter la capitulation qui lui fut offerte. Après Waterloo, elle servit de point de ralliement à notre armée. Soissons enfin.

en 1870, paya encore son tribut à la guerre. Attaquée et bombardée par les Prussiens, elle se rendit le 16 octobre.

La ville de Soissons est bâtie au centre de la délicieuse vallée de l'Aisne, sur la rive gauche de cette rivière canalisée dont la navigation est fort active; d'intelligents travaux d'élargissement et d'alignement ont approprié les rues au mouvement moderne, sans retirer à l'aspect général une certaine dignité tranquille, qui répond bien aux souvenirs historiques et au caractère des habitants. Soissons possède plusieurs monuments remarquables : la cathédrale, œuvre capitale de l'architecture gothique; la belle façade de l'ancienne abbaye de Saint-Jean-des- Vignes, les deux cryptes de l'église Saint-Léger, les restes de l'église collégiale de Saint-Pierre et de l'abbaye royale de Notre-Dame de Soissons ; l'hôtel de ville, dans la cour duquel s'élève la statue de Paillet ; le château," l'hôpital général, le collège, le musée et la bibliothèque, qui compte plus de 30,000 volumes. Soissons fait un grand commerce de grains et de farines, de haricots, de pois, de lin et de chanvre, de laine , de bétail, de bois et de charbon; elle fabrique des instruments aratoires, de la poterie, des chandelles ; elle a des tanneries, des corderies, etc. Cette ville est la patrie de Mayenne, du général Ronsin et de Quinette.

Les armes de la ville sont : de gueules, à une fleur de lis d'argent^ et pour devise : Fidells aduroT amore.

ViLLERS-CoTTERETS. — Villors-Cotterets ( Villare ad caudam Retzia), station de la ligne de Paris à llirson, chef-lieu de canton, de 3,206 habitants, à 24 kilomètres au sud-ouest de Soissons, doit son origine à un village fondé sur la lisière de la forêt de Retz (forêt de Villers-Cotterets), par des forestiers, des bûcherons et des sabotiers. Plus tard, au vu" siècle, il s'y établit un prieuré qui bientôt après fit place à l'abbaye de Saint-Remi, composée d'hommes et de femmes; mais lorsque, sur une bulle du pape, cette association des deux sexes dans les premiers monastères eut été défendue, l'abbaye de Saint-Remi fut donnée par Charles le Chauve aux bénédictins de Notre-Dame de Soissons. Le domaine de Villers-Cotterets était depuis longtemps divisé entre plusieurs seigneurs, lorsque Charles de Valois y fit reconstruire une habitation qu'il possédait au lieu dit de la Maie-Maison et la transforma en un

château qu'il se plut à habiter ; son fils, Philippe VI, y séjourna aussi. Ce château n'était pas fortifié, aussi fut-il souvent pris et repris pendant la guerre des Bourguignons et des Armagnacs. François I", grand amateur de la chasse, venait souvent à Villers-Cotterets à cause du voisinage de la forêt; il fit reconstruire le château à peu de distance de l'ancien et en fit une des plus belles résidences royales de son époque. C'est pendant un de ses séjours qu'il data de Villers-Cotterets, le 10 août 1539, le fameux édit qui prescrivait qu'à l'avenir les actes publics et les jugements seraient rendus en français, et que les curés tiendraient des registres de baptême et de décès. Charles-Quint, avant la signature du traité de Crépy-en-Valois (1544), habita le château tandis que son armée tenait la campagne. Henri II et plus tard ses fils, François II et Charles IX, y séjournèrent également. Plus tard, ce domaine devint la propriété des ducs d'Orléans, et l'un d'eux, Louis-Philippe (Égalité), fit faire au château de prétendus embellissements qui le défigurèrent complètement. Devenu bien national après la Révolution, il fut transformé en dépôt de mendicité; quant à l'ancienne abbaye de Saint-Remi, c'est aujourd'hui une propriété particulière.

Villers-Cotterets, traversée par la grande route deSoissons, se compose de deux longues rues principales qui se coupent à angle droit; on y fabrique des dentelles, de la bonneterie, de la boissellerie et des jouets ; l'industrie forestière y est une des principales sources de revenu; on y voit plusieurs scieries mécaniques, et elle est le siège d'une inspection, d'une sous-inspection forestière et d'un garde des forêts. La forêt de Villers-Cotterets n'a pas moins de 12,500 hectares ; un petit chemin de fer de 9 kilomètres conduit les bois exploités au Port-aux-Perches , point où la rivière d'Ourcq devient navigable, c'est la tête d'un embranchement qui doit joindre (1879) à Château-Thierry la grande ligne du Nord avec celle de l'Est. Villers-Cotterets est la patrie du littérateur Demoustier et d'Alexandre Dumas père.

Berzy-le-Sec. — Berzy-le-Sec, station du chemin de fer de Paris à Laon, est un petit village de l'arrondissement et du canton de Soissons, situé à 6 kilomètres au sud de cette dernière ville; sa population ne dépasse pas 443 habitants. C'est un des plus anciens villages du Laonnais; il dépendit d'abord du domaine royal, passa ensuite à l'abbaye de

Saint-Médard et fut plus tard érigé en vicomte. Il possède une belle église romane dont quelques parties sont fort curieuses ; son ancien château est converti en ferme ; il n'en reste que l'enceinte quadrilatérale et la porte flanquée de deux tours à mâchicoulis.

Berzy a conservé jusqu'à la Révolution plusieurs coutumes populaires assez curieuses : chaque année, le 8 novembre, on y ouvrait un concours de grimaces ; un prix était décerné à qui faisait la plus laide. Le jour de la fête de saint Quentin, patron du village, le curé mettait aux enchères la première contredanse ; le montant de l'adjudication était acquis à la chapelle de la Vierge. La nuit de Noël, les bergers du village offraient à l'église un agneau mâle et sans tache.

Vervins (lat. 49'>50 8"; long. 1»34'16"E.). — Vervins, station de la ligne de Paris à llirson, chef-lieu d'arrondissement, sur un des bras duVilpion, petit affluent de la Serre, à 38 kilomètres au nord-est de Laon, est une petite ville très ancienne dont Ptolémèe fait mention sous le nom de Verbinum; c'était la principale ville de la Thiérache ; elle eut d'abord des évêques particuliers. L'un d'eux, Thomas de Marie, frère d'Enguerrand III de Coucy, octroya, en 1123, aux habitants, une charte rédigée en langue romane; cette charte leur fut renouvelée, en 1183, par Raoul ¥', sire de Coucy, avant son départ pour la croisade. Vervins fut plusieurs fois prise et reprise par les Anglais et les Français, pendant la guerre de Cent ans; Louis XI et Charles le Téméraire y conclurent en 1475 le traité que l'on appela les trêves marchandes, première ébauche des traités de commerce internationaux. Plusieurs fois prise ou dévastée par les Espagnols pendant les guerres du xvi« siècle avec la maison d'Autriche, elle est célèbre par le traité signé en 1598 entre Henri IV et Philippe II, traité qui assurait la Picardie à la France et mettait fin à la guerre qui depuis plus de quarante années existait entre la France et l'empire.

Vervins est aujourd'hui une ville de 3,102 habitants, dont l'industrie et le commerce font toute la richesse ; elle fabrique des tissus de fil et de coton , des tricots de laine , des paniers d'osier et n'offre aux curieux que quelques restes de son ancien château, de ses fortifications et certaines parties de son église, notamment une porte romane.

AISNE

Ruines de l'abbaye de Longpont.

Les nrmes de Vervins sont : de gueules, à trois tours d'argent crénelées et maçonnées posées en pal et attenantes l'une à l'autre ; et pour devise : Dieu en soit garde.

Longpont. — Longpont, station de la ligne de chemin de fer de Paris à Soissons et Reims (réseau du Nord), canton et à 11 kilomètres de Viliers-Cotterets, arrondissement et à 45 kilomètres an sud-sud-ouest de Soissons, est un village peuplé de 296 habitants, situé entre la Savière et la forêt de Viliers-Cotterets. 11 possède les ruines d'une abbaye de l'ordre de Cîteaux, fondée en 1132, achevée en 1226 et consacrée en 1227.

Guise. — Guise {Giiisia, Guistrum Castrum), sur la rive gauche de l'Oise, à 23 kilomètres de Vervins, chef-lieu de canton peuplé de 6,230 habitants, place forte de 3» classe, est une petite ville

ancienne, qui, dès le ix° siècle, comptait parmi les douze pairies de Flandre. C'est en lOaO qu'il en est question, d'une manière certaine, pour la première fois; elleeut ses seigneurs particuliers; l'un d'eux, Jacques d'Avesnes, ayant fait tuer le chancelier de Flandre en 1177, pour se venger des injures qu'il en avait reçues au siège de Rouen, les comtes de Flandre et de Hainaut s'emparèrent de son château qu'ils détruisirent ainsi qu'une partie de la ville. Elle fut bien des fois prise et reprise. Aujourd'hui, cette ville, qui est unie à Saint-Quentin par un embranchement de chemin de fer de 40 kilomètres, fabrique des chàles ; elle tisse la laine, le coton, possède des raffineries de sucre, des tanneries, des féculeries et une fonderie de fer et de cuivre. C'est la patrie de Camille Desmoulins.

Les armes de Guise sont: d'azur , semé de /leurs de lis d'or, au lion d'argent, Wocliant sur le côté dextre.

■y. — Aisne, ¥ Liv.

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