I.MTaircs civiles (5) Affaires commerciales
Faillites (7)
Paupérisme.
Rappf.rl des indigents au chiffre de la population. . . 1 sur 68 hab.
Nombre total 4.743
Bureaux de bienfaisance. . 149
Hôpitaux et hospices. . . 9
Aliénés à la charge du département.
Sociétés de secours mutuels
Contributions directes (8).
(1) Les chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à l'Annuaire statistique de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.
(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1876, qui a négligé ce point de vue.
Culte catkoligue. — Archevêché à Reims. Le diocèse de Reims, qui comprend le département des Ardennes tout entier et l'arrondissement de Reims (Marne), compte 47 cures, 544 succursales et 25 vicariats rétribués par l'Etat. On y comptait, avant 1S80,23 congrégations ou communautés religieuses: 4 d'hommes et 19 de femmes Culte réformé. — Le département possède une Église consistoriale à Sedan.
(S) Le département relève de l'académie de Douai. Lycée à Charlcville. collège communal à Sedan; 3 établissements libres pour l'enseignement secondaire. École normale d'instituteurs primaires à Charlcville et une autre d'institutrices à Mézières. .iu
point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires, de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, les .-Vrdennes occupent le 20* rang. Ce département occupe le 20' rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.
(4) Au point de vue judiciaire, le département des Ardennes ressortit à la cour d'appel de Nancy. Mézières est le siège de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal do première instance. Des tribunaux de commerce sont établis à Charlcville et à Sedan.
(5) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(6) Ce chiffre comprend les affaires contentieuses à juger pendant l'année.
(7) Terminées pendant l'année.
(8) Trésorier-payeur général à Mézières; receveur particulier dans chaque chef-lieu d'arrondissement; 71 percepteurs.
LA fkancl: illustrée
BIBLIOGRAPHIE
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Dufour, Duvolenay, Logerai, Ad. Joanne.
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ARIEGE
Chef-lieu : FOIX
Superficie : 4,894 kil. carrés. — Population : 244,795 hEibitants 3 Arrondissements. — 20 Ccuitons. — 336 Communes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situation, limites. — Le départeinenl de IWrièjje est situé dans la région sud-ouest de la France et dépend du grand bassin de la Garonne; il lire son nom de sa principale rivière, qui en partage le territoire dans la direction du sud au nord en deux parties inégales, dont la plus grande est la partie occidentale. lia été formé, en 1790, principalement de l'ancien comté de Foix, du Conseransqui dépendait de la Gascogne, du Donnezan et d'une partie des diocèses de Mirepoix, de Uieux et de Comminges, qui appartenaient au Languedoc.
Ce département, qui est le second le plus avancé vers le midi, a pour limites : à l'ouest, le département de la Ilaule-Garonne ; au nord, ceux de la Haute-Garonne et de r.\ude ; à l'est, ceux de l'Aude et les Pyrénées-Orientales, et, au sud, le département des Pyrénées-Orientales, la république ou pays neutre d'Andorre et les monts Pyrénées, qui le séparent de l'Espagne.
Xaturc du sol, uioutagnes, vallées, ports. — Appuyé au midi sur les Pyrénées, et limité, dans une portion de sa frontière orientale, par le rameau qui joint cette chaîne aux Cévennes méridionales, le département de l'Ariège est encaissé de deux côtés dans l'angle que forme la ligne du partage des eaux entre la Méditerranée et l'Atlantique, dont la chaîne pyrénéenne et ce rameau font partie. Sa pente générale est du sud au nord, et sa surface forme deux vallées profondes et montueuses à peu près d'égale largeur : celle du Salât et celle de l'Ariège, qui sont séparées par un contrefort de la chaîne pyrénéenne.
Il est peu de pays où le sol soit plus varié que dans ce département. On y voit des terres fortes et fauves, principalement aux environs de Pamiers, de Mirepoix, de Lézat et de Daumazan ; des terres légères et grises, comme dans la plaine appelée la
Fra>'ce illustrée. 201.
Bolbone, entre Mirepoix et Pamiers, des terres graveleuses et pierreuses, comme à Pamiers, àSaverdun, à Laroque; des terres noires, comme à Saint-Girons, à .Massât, à Erce, à Castillon et dans la plupart des vallées ; des terres rouges, comme à Rimont ; des terres sablonneuses, comme dans la vallée de Barguillère. Les terres ne sont pas généralement de première qualité ; il y en a environ la moitié en montagnes absolument stériles et en landes fort mauvaises ; une autre partie en terres pierreuses ; une plus forte en terrains sablonneux ; le reste en terres d'une meilleure qualité ; mais, pour produire constamment, elles ont besoin d'engrais. Le sol se divise en partie haute et en partie basse ; la partie basse, principalement située au sud, fournit surtout des bois, des pâturages, des métaux et des eaux minérales.
La partie des Pyrénées qui, dans les deux arrondissements de Foix et de Saint-Girons, sépare la France de l'Espagne et de l'.\ndorre, est de 105 kilomètres. Ces montagnes se dirigent du sud-est au nord-ouest. Leur hauteur moyenne est de 2,000 mètres; elles présentent plusieurs pics importants qui sont : le pic de Mont-Galm dans la vallée de Vicdessos, dont le glacier est à 3,080 mètres ; le pic d'Estats, dans la même vallée, qui a 3,020 mètres ; le pic de la Scrrière, dans la vallée d'Aston, qui a 2,933 mètres ; le pic de Siguer, qui a 2,931 mètres; le pic de Pedrous, situé près de la source de l'un des premiers affluents de l'Ariège. C'est le point le plus élevé de la chaîne, depuis la vallée où coule cette rivière jusqu'à la iMéditerranée ; il est supérieur de 93 mètres au fameux Canigou des Pyrénées-Orientales. Nommons encore le pic de Mont-Vallier, dans le canton d'Oust, qui a 2,836 mètres et doit son nom à un des premiers apôtres des Consorani, saint Vallier, qui y planta une croix; le pic de Fontargente, à l'extrémité du vallon d'Aston, qui a 2,820 mètres ; le pic d'Appi, de Saint-Barthélémy ou de Tabe, au 51. — .\niÈCE, i" Liv.
A ^'I!A^'CE ILLUSTREE
fond de la vallco de Monlferrier, dans le canton des Cabanes, qui a 2,349 mètres; enfin le pic des Tres-Seignous, qui a 2,333 mètres. Le pic de Maubermé, que l'on appelle aussi le pic de Monloulieu, a 2,880 mètres; mais il se trouve sur. le territoire espagnol, sur le faîte de la grande chaîne, au fond de la vallée de Caslillon.
A travers cette partie de la vaste chaîne des Pyrénées existent des cols ou sentiers plus ou moins périlleux, spécialement désignés sous le nom depoj'iSj servant de passage entre la France et l'Andorre et l'Espagne. Les plus importants, en suivant la chaîne du sud-est au nord-ouest, sont : le port de Meringues, appelé communément le port d'Andorre, parce qu'il conduit dans ce dernier pays; il peut être franchi à cheval une partie de l'année, et continuellement à pied, excepté dans les temps extraordinaires, sans que pour cela il soit d'un accès facile ni d'un côté ni de l'autre. Le port de Fray-Miquel, à peu de dislance de celui qui précède, est praticable en tout temps à pied, et quelques mois de l'année à cheval; toutefois, l'accès en est plus difficile du côté de l'Andorre, où il aboutit. Le port dePuy-Maurin, ou de Puy-Morent, est un port intérieur en face des deux précédents et de celui de la Porteille-Blanche. Il est traversé par un chemin qui conduit directement d'Ax à Puycerda (Espagne). C'est le plus fréquenté de tous. Il peut être franchi à cheval en tonte saison, môme par une armée avec quelques légères pièces d'artillerie. Le portdeFontargenteou de la Cabane sépare la France ou le département de l'Ariège de l'Andorre. Il est praticable à cheval pendant quelques mois de l'été, par des piétons pendant toute l'année, excepté pourtant dans les hivers rigoureux. Le port de Bagnels peut aussi se traverser pendant la belle saison ; de ce port on arrive à Ourdines et à Sarrat (Andorre). Le port de Signer et ceux de Nioure, de l'Arbeille, de Carrousan, d'Arrens, de llemouzet, du Plat et beaucoup d'autres ne sont praticables que pendant la belle saison, et pour les piétons seulement. Le port de Bouet, qui aboutit à Lintz (Espagne), est praticable pendant toute l'année pour les piétons, et trois mois seulement pour les chevaux menés à la main. Le port de Tabascan, dit aussi le port de Lugunes, mène à Tabascan (Espagne); il est praticable pendant toute l'année pour les piétons; on peut, pendant trois ou quatre mois, conduire des montures par la bride jusqu'à Tabascan même, mais en prenant par le
pont d'Arle ou d'Arde. Le port d'Ustou mène aussi à Tabascan. Un des ports les meilleurs et les plus fréquentés est le port de Saleau ; on peut, en elTet, le franchir à cheval dans la belle saison, et y faire passer des mules et des mulets. Du sommet de ce port on parvient à Allons et à Esterry, en Espagne. Le port d'Aula peut être franchi à cheval, en été. Vers la gauche il conduit à Allons, et vers la droite il mène : 1° à la célèbre chapelle de Montgard, où la dévotion à la sainte Vierge a toujours attiré les Ariégeois ; 2° à la vallée d'Aran. Citons enfin les ports d'Orle et de la Hourquette, qui conduisent dans la vallée d'Aran, et que l'on peut franchir à cheval dans la belle saison. Nous aurions encore pu grossir la liste de ces ports ou passages, mais les autres ne sont guère que des sentiers souvent très dangereux et impraticables pendant une grande partie de l'année, fréquentés seulement par les bergers, les contrebandiers et les douaniers.
La superficie du département de l'Ariège est de 489,387 hectares, qui se divisent, d'après la nature du sol, en : pays de montagnes, 360,900 hectares ; pays de bruyères ou de landes, 20,000 ; sol de riche terreau, 52,150; sol calcaire, 1,295; sol de gravier, 2,175; sol pierreux, 360,940; sol sablonneux, 13,040 hectares.
Hydrogpapliie. — Le département de l'Ariège est entièrement situé dans le bassin de la Garonne ; il est arrosé par l'Ariège, l'Arizc et le Salât.
L'Ariège, que l'on appelle dans quelques vieux historiens XAuriga, VArela, et que l'historien des comtes de Foix, Olhagaray, appelait VAuriège, rivière dont le nom latin, conservé aujourd'hui par les Espagnols, est YAwiffera, l'aurifère, a sa principale source à l'étang d'Embeix, dans les Pyrénées, au pied du pic de Fray-Miquel. Elle sert d'abord de limite, pendant les 9 premiers kilomètres de son cours, entre la France et l'Espagne, et reçoit, pour premier tribut, les eaux de la Trézine, quise forme du trop-plein des étangs de l'Albe, et qui passe à L'Hospitalet, bâti sur sa rive droite. Puis elle est successivement grossie de la Nabre, de l'Orlu, de l'Aston qui découle du lac de Fontargente ; du Vicdessos, appelé aussi l'Oriège, qui naît au pied du pic de Médecourbe, près du port d'Auzat, et sort de l'étang de Médecourbe, traverse les villages d'Auzat et de Vicdessos, et tombe à Tarascon dans l'Ariège ; de la Gourbière ;
ARIEGE
du Belmont; de l'Ârget, petite rivière qui, après avoir pris naissance à la montagne de la Cabirole, vient, après un cours de 27 kilomètres, aflluer à Foix, dans l'Ariège, et par sa rive gauche. Mais les doux plus grands affluents de l'Ariège sont : le Lers (ou THers) et la Lèze. Le Lers, alfluent de droite, prend sa source aux étangs de Maies el Torti, dans la montagne de Saint-lîarlhélemy, et, dans son cours d'environ 110 kilomètres, il passe à Montsègnr, à Bèlesta, Chalabre (département de l'Aude), Mirepoix, Mazèrcs, Calniont, et se jette dans l'Ariège à Cintegabelle (Haute-Garonne). La Lèze, affluent de gauche, prend sa source près d'Aron, passe dans le département à Pailhés, au Fossat, près de Saint-Ybars et près de Lézat, et vient tomber dans l'Ariège sur le territoire de la commune de Saint-Sulpice (Haute-Garonne). L'Ariège a un cours total de l.ï7 kilomètres, dont environ 112 dans le département. Elle passe à Ax, aux Cabanes, Tarascon, Foix, Varilhes, où elle est flottable, Pamiers, Savcrdun ; à quelque distance de cette ville, elle entre dans la Haute-Garonne, passe à Cintegabelle, où elle est navigable, à Auterive, et vient affluer sur la rive di'oite de la Garonne au-dessous de Pinsaguel, entre les villages de Vieille-Toulouse et de Porlet. L'Ariège, dont les eaux sont claires et froides, abonde en truites, en aloses, on barbeaux et autres poissons d'un goût exquis. Ainsi que l'indique son nom, elle roule des paillettes d'or : cette propriété lui est commune avec plusieurs de ses affluents; les paillettes les plus considérables se trouvent entre Varilhes et Pamiers; elles sont isolées et détachées. Les plus grosses se rencontrent près des terrains montueux.
L'Arize ou laRize prend naissance aux environs du Puy-Jagou et de Tournine, dans les montagnes d'Esplas. Elle passe à La Bastide-de-Sérou, traverse à grand bruit les rochers et la célèbre grotte du Mas-d'Azil, passe à Sabarat, à Daumazan, à La Bastide-Besplas ; près de Thouars, elle entre dans le département de la Haute-Garonne, où elle arrose Montesquieu-Volvestre, Piieux; et, à quelque distance de ce dernier village, elle se jette dans la Garonne, après un cours d'environ 50 kilomètres.
Le Salât prend sa source au pied du mont Ilouch, aux Neuf-Fontaines, près du hameau de Salau (commune de Conflens), qui, ainsi que la rivière, doit son nom à une source salée du voisinage. H passe successivement à Seix, Saint-Sernin, Saint- Girons, où il est flottable; Saint-Lizier, La Cave,
Salies, et se jette dans la Garonne entre Martres et Saint-.Martory, après un cours total d'environ 80 kilomètres. Les principaux affluents de cette rivière sont l'Aleth et le Lez. Le Salât est la rivière la plus poissonneuse du département : elle nourrit la truite, l'anguille, le goujon, le chabot, le barbeau, le gardon, la sardine de rivière, etc. Elle est, après la fonte des neiges ou après les grandes pluies, sujette à des débordements redoutés des riverains. En 183.3, par exemple, elle s'éleva à 3"',7i;) au-dessus de son niveau ordinaire.
On trouve dans les montagnes un grand nombre de lacs et d'étangs, qui donnent naissance à beaucoup de torrents el de ruisseaux. Les principaux sont : le lac d'Aregine, qui a 4 kilomètres de tour; le lac Rond et le lac Long, qui communiquent entre eux; le lac de Lers, qui a environ 3 kilomètres de circonférence et ne nourrit que des sangsues ; les lacs de Fontargente et de Saint-Barthélémy ou de la Montagne de Tabe, jadis fameux par les croyances et les superstitions populaires. La plupart de ces lacs nourrissent des truites saumonées excellentes, fort recherchées des gourmets toulousains.
Voies de couiniiiulcation. — Le département de l'Ariège est traversé par quatre routes nationales, d'une longueur de 288 kilomètres; l'une d'elles, la route de Toulouse à Puycerda, qui traverse la montagne au nord de Puy-Maurin, est une des plus importantes voies de communication entre la France et l'Espagne. Les routes départementales sont au nombre de 13 ; elles offrent un développement de 327 kilomètres. Il y a : 25 chemins vicinaux de grande communication, ayant 4.54 kilomètres de longueur; 46 chemins vicinaux d'intérêt commun, 650 ; et §80 chemins vicinaux ordinaires, 1,800 kilomètres. Quelques-uns de ces derniers, qui traversent les montagnes, ne sont, à proprement parler, que des sentiers impraticables une partie de l'année.
Les lignes de chemins de for du département appartiennent au grand réseau du Midi. La principale de ces lignes est celle de Toulouse à Tarascon ; elle pénètre dans le département, un peu après la station de Cintegabelle (Haute-Garonne), et dessert, dans l'Ariège, les stations de : Saverdun, Vernetd'Ariège, Pamiers (62 kilomètres de Toulouse), Verniolle, Varilhes, Saint-Jean-de-Verge, Foix (80 kilom. de Toulouse), Saint-Paul, Saint-Antoine, Mercus,
Tarascon (95 kilom. de Toulouse). Un tronçon de ligne de 33 kilom., et desservant les stalions de iMazères-sur-Salat, Salies-du-Salat, His-Mane-TouiUe, Castagnède, Prat et Bonrepaux, Caumont, Saint-Lizier, va rejoindre Saint-Girons. Ce tronçon se détache, à Bonssens, de la ligne de Toulouse à Tarbes. D'autres lignes sont à l'élude ou en construction. Citons celle de Saint-Girons à Seix, prolongement du tronçon précédent; celle de Saint-Girons à Foix, et celle de Pamiors à Limoux par Mirepoix, avec embranchement sur Lavelanet. On peut évaluer la longueur des lignes en circulation (1877) à 70 kilomètres, et celle des lignes en projet ou ù construire à 55 kilomètres.
Climat. — Le déparlement de l'Ariège appartient à la région climatérique du sud-ouest, ou climat girondin ; mais les caractères généraux de ce climat sont considérablement modifnîs par le voisinage des hautes montagnes. On comprendra facilement qu'au nord, où le pays offre de grandes plaines, il soit plus tempéré qu'au midi, région des montagnes. La neige commence à blanchir les moniignes en septembre, et ce n'est qu'un mois après qu'elle se montre dans la plaine. Les gelées commencent en décembre et finissent en mars. Dans les hautes vallées, elles arrivent plus tôt pour disparaître plus tard. Les plus grands froids se font ordinairement sentir du 20 décembre à la fin de janvier. Rarement le thermomètre descend au-dessous de 15". Les grandes chaleurs, qui durent de fin juillet à fin août, sont souvent insupportables, et il n'est pas rare de voir le thermomètre atteindre 35 et 3G degrés centigrades. La température moyenne de l'hiver est de 3° à 4° ; celle de l'été, de -|- 2o'> à -H 28°. Les orages sont assez fré(juents de mai en août. Le vent nord-ouest est celui qui règne le plus fré- (jucmment dans ces contrées; puis viennent les vents d'est el de sud-est. Le nord et le sud soufflent rarement. La grêle est malheureusement assez fréquente dans l'arrondissement de Pamiers et dans la partie basse de celui de Saint-Girons. Quant au nombre moyen des jours de pluie, il est annuellement de 128.
A Saint-Girons, ville située à 412 mètres au-dessus du niveau de la mer, la hauteur moyenne de la colonne barométrique est de 728 millimètres environ.
Proclmetious uatiircUes. — Le département de l'Ariège appartient à la région géologique
pyrénéenne; les montagnes sont en grande partie formées de schistes de transition, jurassiques et crétacés, avec des protubérances primitives. Au fond des vallées les plus basses, on rencontre quelques terrains d'alluvion; mais ils sont de peu d'étendue et se confondent avec les sables et les détritus de cailloux granitiques quarizeux el micaschistes.
Le département renferme un grand nombre de mines de différents métaux, qui, pour la plupart, ont été jadis exploitées ; on a même prétendu que l'or existait en quantité notable aux mines d'Aulus et de la Bazouillade; mais, ce dont nous ne pouvons douter, c'est que ce métal existe en paillettes roulées parles eaux de l'Ariège, du Salât et de l'Arize. Les Romains paraissent avoir exploité des mines de plomb argentifère à Augirein et près d'Aulus, de Seix, deiMiglos,deCaussonetdeLuzenac. Ou trouve encore aujourd'hui des gisements de plomb, de cuivre, de manganèse, de zinc et de houille en plusieurs localités, et on exploite, notamment sur le territoire de la commune d'Aulus, les mines de cuivre duRanet et les mines de zinc de Coulommiers. Une riche mine d'alun est exploitée au Mas-d'Azil. Mais c'est, sans contredit, le fer qui est la principale richesse decedépartement. La vallée d'Auius compte cinq mines de fer dans les montagnes d'Engadure, de Piuelleet de la Mortèse; il y en a une importante dans la vallée d'Ascou, au port de Paliers. Les Cabanes en comptent cinq très riches; Fraischinel, trois ; Massai et Bouzenac, deux ; Arnave et Bessoles, une ; mais toutes ces mines le cèdent de beaucoup aux belles mines de fer de Rancié, qui sont au nombre des plus importantes de France el jouissent d'une réputation européenne pour la bonté des fers que l'on en tire. Ces mines, qui semblcnl inépuisables, sont ouvertes sur la montagne de Rancié, dans la commune de Sem. Ce sont elles qui alimentent plus de soixante-dix forges des déparlements de l'Ariège, de l'Aude el de la Ilaule-Garonne.
Les montagnes du département possèdent plusieurs carrières de marbre. Elles ont aussi été exploitées par les anciens; mais aujourd'hui les matériaux que l'on en extrait sont employés comme pierre de taille, à l'exception toutefois des morceaux de choix, qui sont employés dans les ateliers de marbrerie des départements voisins. Sur les bords du Lez, à Muulis, on rencontre le noir antique; dans la vallée de Béros et à Bordes, de la brèche violette ; du marbre blanc panaché de rouge
ARIEGE
à Montaillon, à Montlerrier el à Chùtcau-Yerdun ; mais les grandes variétés se trouvent aux environs de Scix, de Saint-Girons et de Délesta, qui fournit du marbrestaluairc. Les montagnes de l'Ariège renferniL'nt encore des carrières d'albùtro, de pierre de taille, de grès et de plâtre ; enfin l'amiante se rencontre sur divers points. Le département de l'Ariège est un de ceux que la nature a le plus richement dotés en eaux minérales thermales. Elles sont situées dans l'arrondissement de Foix, à Ax, Ussat et Carcanières ; dans l'arrondissement de Saint-Girons, à Audinac, commune de .Moutjoie, el à Aulus; dans l'arrondissement do Pamiers, à La Bastidc-sur-Lers. Les eaux sulfureuses d'Ax sont les plus importantes et les plus fréquentées; puis viennent celles d'Ussat, d'Aulus et d'Audinac.
La production des céréales et des légumes dépasse, dans le département, les besoins de la consommation; elles proviennent principalement des terres du nord du département, qui, en général, sont de bonne qualité. Le blé, le maïs, le millet, les pcmmes de terre, les betteraves, les grosses et petites fèves, les légumes herbacés, le chanvre et le lin y réussissent parfaitement, ainsi que les fruitsdetoute espèce. Dans le sud du département, qui comprend la région montagneuse, on ne voit guère que des bois, de belles forêts et d'excellents pâturages; les plantes balsamiques et médicinales y croissent aussi eu abondance.
Les vignes produisent, année moyenne, en vins ordinaires, 100,000 hectolitres qui se consomment dans le pays, lesquels ne suffisent même pas aux besoins de la population ; les meilleurs crus sont ceux des communes de Bordes et Campagne, et ceux de Treilhet et d'Engraviés. En 1874, le rendement des vignes a été de 3o4,99o hectolitres, estimés 7,099,900 francs; en 187S, il a été de loo,G88 hectolitres ; en 1877, de 100,947 hectolitres; et en 1880 seulement de 98,934 hectolitres, à cause de la maladie de la vigne. Le pin, le chêne, le hêtre sont les essences principales des forêts, dont les plus importantes sont celles de Saint-Lary, de Bordes, de Bethmale, de Bonuac, de Seintein, de Vignavoize, de Cazavet, de Prat, d'Uslou, et la belle sapinière de Bêles la.
Les races d'animaux domestiques sont généralement médiocres. Les plus remarquables sont celles des moulons et des chèvres; la race bovine est de lapetiteespèce;onélèveplusdemuletsque de chevaux ; la volaille de basse-cour est nombreuse el
l'objet de soins entendus. Les montagnes sont peuplées de chevreuils et d'izards, de sangliers, de blaireaux, de renards et de loups; les ours sont devenus rares. Le menu gibier est abondant, notamment le lapin et le lièvre. Les oiseaux de proie et de montagne sont communs; citons : l'aigle, le duc, l'épervier. Dans la plaine, on rencontre l'oie et le canard sauvage, la bécasse, la bécassine, la perdrix grise et la perdrix blanche, le coq de bruyère, le pluvier, le vanneau, etc. La loulre habite le long descours d'eau, qui nourrissent, ainsi que les lacs, d'excellents poissons. On connaît la réputation des truites saumonées et des écrevisses de l'Ariège. Enfin, dans quelques cantons, on élève de nombreux essaims d'abeilles.
Industrie agricole, iiiaiinr.tctiiricrc et commerciale. — Le déparlement de l'Ariège est à la fois un pays agricole et manufacturier. Les procédés agricoles n'y sont pas encore bien perfectionnés, et les bœufs sont employés pour le labourage, ce qui est d'une grande utilité dans un pays où l'on cultive des terrains en pente. Cependant le paysan ariégeoisest plein d'activité el profite du moindre pli de terrain, où la montagne peut retenir et garder la terre végétale, pour y établir une culture productive, qui, dans un an, lui donne souvent trois récoltes dilTérentes. La superficie du déparlement se partage en superficie bâtie et voies de communication, 1-2,473 hectares ; et en territoire agricole, 476,91'2 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 90,570 hectares; farineux, 23,106; cultures potagères et maraîchères, 2,587; cultures industrielles, 1,638; prairies artificielles, 13,493; fourrages annuels, 1,964; autres cultures et jachères, 23,233; vignes, 14,763; bois et forêts, 137,840: prairies naturelles et vergers, 21,834 ; pâturages et pacages, 79,368; terres incultes, 42,268 hectares. On élève, dans l'Ariège, du gros bétail, des moulons mérinos, des abeilles, et on y engraisse des porcs et des oies que les paysans conservent dans du sel comme provision d'hiver. On tire un certain produit de la vente des foies d'oies engraissées, du chanvre, du fin, du beurre, du fromage, des bois et du liège. Le revenu territorial est évalué à près de 30 millions de francs. La propriété est fort divisée : chaque paysan y possède son champ, son jardin; la plupart des habitants des villes ont, au dehors, une petite métairie, une borde, qu'ils sous -louent à un métayer, et que
quelquefois aussi ils font valoir eux-mêmes. Une visite à la borde est une promenade ou une parlie de plaisir de famille pour les habitants aises de l'Ariège.
L'exploitation des produits mélallurgiqucs et des richesses minérales est ce qui donne le plus d'activité à l'industrie manufacturière du département; on y compte plus de 70 hauts fourneaux et forges dites à la catalane, qui donnent une grande quantité de fer; les aciers cémentés, les faux, les limes de l'Ariège sont renommés pour leur qualité. Il y a aussi des usines pour le cuivre où se fabriquent des feuilles pour les bordages et des chevilles pour la marine. On trouve, en outre, plusieurs manufactures ou fabriques de gros draps (à Lavelanet, à Pamiers) ; de bonneterie en laine ; de chapellerie, de toile, de savon, de produits chimiques, d'étoffes de colon, de tabletterie, de peignes de corne et de buis ; de poterie, de faïence blanche et brune; des verreries, des tanneries, des scieries de marbre et des papeteries communes. Le travail du jaïet de bois y est porté à un haut degré de perfection. Les autres objets d'exportation consistent en bestiaux, résines, pois, marbre et-jaspe. Le commerce avec l'Espagne consiste en mules, bestiaux, étoffes, toiles, cires, merceries, et quelquefois en grains; en retour, ce pays envoie ses laines dans le département.
Le nombre des foires du département est de 215 , qui se tiennent dans 44 communes et durent 218 jours. Les chevaux, les mulets, les bestiaux, les volailles, les grains et les fruits, les bois de construction et les bois fendus, les cuirs, le chanvre, les toiles, les fers, le cuivre ouvré, y sont les principaux articles de commerce. Les foires de Tarascon, de Foix, de Mirepoix, de Pamiers et du Mas-d'Azil sont importantes; à celle du 4 novembre, à Foix, on change de fermiers et on renouvelle les baux des métayers.
Division politique et atliniuistrative. — Le département de l'Ariège a pour cheflieu Foix. 11 se divise en 3 arrondissements, 20 cantons, 336 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. 11 appartient à la région agricole du sud de la France.
Le département de l'Ariège forme le diocèse d'un évèché dont le siège est à Pamiers, et qui est suffragant de l'archevêché de Toulouse. Pamiers possède un grand et un petit séminaire, et il y a, dans le
département, 5 cures de première classe, 17 de seconde, 320 succursales et 42 vicariats. Les protestants ont, au Mas-d'Azil et à Saverdun, une Église consistoriale divisée en neuf sections : LeMas-d'Azil, Carla-le-Comte, Camarade, Piieubach, Sabarat, Les Bordes, Saverdun, La BasIide-sur-Lers et Mazères. Il y a, à Foix et à Gabre, des Églises annexes.
Les trois tribunaux de première instance des trois arrondissements sont compris dans le ressort de la cour d'appel de Toulouse.
Le département relève de l'acadi'mie universitaire de Toulouse; il compte trois collèges communaux : à Foix, à Pamiers et à Saint-Girons ; une école normale primaire d'instituteurs, à Foix; deux écoles primaires supérieures, à Foix et à Pamiers; une école professionnelle, à Pamiers, et 634 écoles primaires.
Le déparlement de l'Ariège dépend du 17° corps d'armée et de la 17"= circonscription de J'armée territoriale, dont l'état-major est à Toulouse.
Foix est le chef-lieu d'une des subdivisions. La compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 17° légion, dont l'état-major est à Toulouse.
Le département di'pend : de l'arrondissement minéralogiquc de Toulouse, qui se rattache à la région du sud-ouest; de la 9° inspection divisionnaire des ponts et chaussées (Toulouse); et du 18= arrondissement forestier, dont le conservateur réside à Toulouse.
Le département de l'Ariège doit ù sa position sur la frontière une jilus importante administration douanière. Il y a, à Saint-Girons et à Tarascon , deux bureaux principauxdes douanes qui dépendent de la direction de Saint-Gaudens. Les douaniers se partagent la frontière en plusieurs circonscriptions de surveillance appelées pentières , qui portent le nom du lieu où est établi leur poste. Les pentières de l'Ariège sont celles de : L'IIospitalet, Métcns, Ax, Luzenac, Les Cabanes, Miglos, Siguer, Goulier, Auzat, Aulus, Ustou, Salau, Conflens, Seix, Caslillon, Orle et Seintein.
Le nombre des perceptions des finances du dé- [lartement est de 43; les contributions et revenus publics atteignent 8 millions de francs.
HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
Le département de l'Ariège a élé formé de l'ancien comté de Foix et de presque tout l'ancien
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Conscrans, qui dépendait de la Gascogne. L'histoire primitive de ces contrées se confond, dans ses commencements, avec celle de la race ibère ou basque, que les plus lointains souvenirs nous représentent installée sur le versant septentrional des Pyrénées et dans les vallées qui s'étendent à leur pied. L'existence nomade de ces tribus de pasteurs dut ses premières modifications aux relations commerciales que lièrent avec elles les Phéniciens d'abord et les Phocéens ensuite. Les paillettes d'or trouvées dans le sable des torrents, la résine recueillie au pied des sapins, attiraient la cupidité des colons grecs , qui laissaient en échange , au milieu de ces populations agrestes , les premiers germes de la civilisation orientale. Cependant l'indépendance et la fierté, vertus inhérentes au caractère des Consorani (de consoriiri, partager le même sort) , habitants des montagnes , rendirent aux Romains longue et dilficile la conquête de ces provinces. Les Volces Tectosages y avaient, anté- FuANCE iLHjsrnLE. 202
rieurement, trouvé d'intrépides compagnons dans leur expédition en Asie Mineure. Les Consorani sont cités parmi les peuplades que les vainqueurs groupèrent dans une de leurs divisions administratives, et qu'ils désignèrent sous le nom de Novempopulanie.
Plus tard, après les quatre siècles de la domination civilisatrice des Romains, le pays de Foix, compris d'abord dans la première Lyonnaise, puis dans la première Narbonnaise sous Honorius, passe, en 415, au moment de la grande invasion de l'empire, sous la domination des Wisigoths, dont Clovis détruisit, en 507, la prépondérance en Gaule. Après la bataille de Vouglé, le pays de Foix resta donc annexé à la monarchie franque jusqu'à la constitution du duché d'Aquitaine; il fut associé à toutes les vicissitudes de cette lutte acharnée et sanglante dans laquelle les populations étaient entraînées, surtout par l'espoir de reconstituer un État indépendant dans les anciennes limites de l'empire des 51» — AniÉOE, i Liv.
Wisigolhs. Les exploits et les revers des ducs d'Aquitaine, la légitimité de leurs droits comme descendants des premiers mérovingiens, la bonté de leur cause en face de l'usurpation si peu déguisée des maires du palais, sont de trop vastes sujets pour la petite contrée qui nous occupe; mais n'oublions pas cependant que ces discordes y amenèrent les Sarrasins, appelés parles ducs d'Aquitaine contre leurs redoutables adversaires. Pendant près d'un demi-siècle, de 719 à 739, les Sarrasins dominèrent dans le pays de Foix. Charles-Martel et son petit-fils Charlemagne, qui les en chassèrent, étaient alors l'étranger et l'ennemi pour les montagnards des Pyrénées, auxquels on peut attribuer en partie la sanglante revanche de Pioncevaux. L'appui que trouva ce prince auprès des habitants de la vallée d'Andorre devait être un fait bien exceptionnel, puisqu'il leur valut une indépendance et des privilèges qui datent de cette époque. La puissante main du grand monarque sut retenir les provinces conquises dans l'obéissance; mais, dès que la faiblesse de ses successeurs permet à la féodalité de se constituer, l'esprit provincial se réveille, l'autorité centrale est oubliée ou bravée, et des provinces entières passent aux mains des seigneurs, qui y établissent leur domination presque sans contestation et sans obstacle. C'est ainsi que la puissante maison de Toulouse possède le pays de Foix dès 779.. Trente ans après, il échoit à la branche des comtes de Carcassonne, qui le conservent jusqu'en 1030, époque à laquelle est fondé l'apauage de Foix au profil de Bernard-Roger I", fils puîné de Pioger, comte de Carcassonne. Les possessions de Bernard comprenaient la plus grande partie du département de l'Ariège et une portion de celui de la Haute-Garonne. Il réunit le Bigorre par son mariage avec Gersendo , héritière de cette province. Le second des trois fils de Roger-Bernard lui succéda sous le nom de Roger II; c'est lui qui obtint l'érection du pays de Foix en comté, et qui le premier fixa sa résidence dans le château autour duquel s'étendait la ville soumise à l'abbaye de Saint-Volusien. Son neveu, Roger III, posséda le comté, de 1070 à 11 23; il alla expier en Palestine le crime de simonie dont il avait été reconnu coupableetpour lequel il avait été frappé d'excommunication par Pascal II. A son retour de la croisade, il fonda Pamiers. Lerègnede Roger IV, qui posséda l'héritage paternel en indivis avec ses frères, n'est signalé que par les protentions soulevées au sujet
de la seigneurie de Carcassonne par la maison de Foix. De 1141 à 1188, le comté est gouverné par Roger-Bernard I", habile négociateur, qui, mettant à profit les rivalités des seigneurs du voisinage, se fait céder, par Raymond V de Toulouse, Carcassonne, le Carcassez, le Rasez et tous les domaines de Roger-Trencavel ; se fait investir, par Alphonse II d'Aragon, du gouvernement de Provence, et dispute à l'abbé de Saint-Volusien la possession d'une partie de la ville de Foix.
Après le diplomate vient le batailleur, Raymond- Roger, fidèle allié des comtes de Toulouse, intrépide champion de la cause des Albigeois; il fut le grand adversaire du fameux Simon de Montfort. Nous ne nous étendrons pas ici sur les divers épisodes de son histoire; ils appartiennent aux différentes villes, théâtres des principaux événements de cette guerre. Son fils, Roger-Bernard II, surnommé le Grand , suivit les traditions paternelles, et s'associa aux derniers efforts de Raymond Vil de Toulouse, jusqu'à l'arrivée de Louis VIII et de sa fordimable armée. Le roi pardonna plus vite que le pape. Roger-Bernard put laisser ses domaines à son fils Roger IV; mais, pour obtenir l'absolution de ses fautes, il dut comparaître devant le tribunal de l'inquisition et prendre l'habit monastique dans le couvent de Bolbone, où il mourut l'année suivante (en 1241). Le nouveau comte, éclairé par l'expérience de ses aïeux , effrayé par les conséqtiences probables de la bataille de Taillebourg, se retira de la ligue que la noblesse du Midi avait formée contre l'autorité royale, et se soumit à Louis IX. Son humeur belliqueuse s'exerça sans danger et sans résultats contre le roi d'Aragon et contre son beau-frère, le comte d'Urgel. Il en coûta cher à son fils, Roger-Bernard III, de ne pas avoir suivi ce sage exemple. Ses insolences et ses rébellions amenèrent dans son comté Philippe le Hardi, et lui coûtèrent plusieurs années de liberté. H avait à peine obtenu son pardon qu'il dirigeait de nouvelles tentatives contre Pierre d'Aragon et retrouvait un nouveau vainqueur et une autre prison. Libre encore, il employait les dernières années de sa vie à guerroyer contre Gaston VII, au sujet de la vicomte de Béarn. L'inconstance de ce caractère, l'ardeur de ce tempérament et la confusion dans laquelle se trouvaient les affaires du comté durent influer sur la position des seigneurs qui régnèrent ensuite. Gaston f'hérite de la querelle avec les Arnmgnacs, et y consume une partie de son existence;
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l'accord ne se rélablit que sous Gnslon H, vérilnble paladin, qui met son cpée au service des Navarrais contre les Castillans, assiste ensuite Alphonse XI assiégé par lesMaures dans Algésiras, et meurt à Séville en 1343, au milieu de ses glorieux exploits, etaprès avoir en outre largement payé sa dette dans la lulte de la Franco contre l'Angleterre. 11 laissait une veuve, Éléonore deComminges, femme d'un mérite éminent, et un fils âgé de douze ans, ce Gaston III qui devint depuis si célèbre sous lenomdeGaston- Phœbus.
Ce jeune seigneur fit ses premières armes contre les Anglais pendant l'invasion de 1345, et le roi sembla dès lors attacher un grand prix à son amitié ; car , après avoir congédié ses gens d'armes , il nomma, lui et Bertrand de L'Isle-Jourdain, ses lieutenants spéciaux et généraux en Gascogne, Agénais, Bordelais et autres parties de la langue d'oc. Gaston se mit alors à visiter les châteaux et villes commis à sa garde, et l'on put admirer déjà la courtoisie et la magnificence du très haut, très noble et très puissant seigneur, qui passa bientôt pour le plus fastueux chevalier de son siècle. Il épousa, en 1349, Agnès, fille de Jeanne de France et de Philippe III, roi de Navarre. Bientôt il quitte sa brillante cour d'Orthez et se lance dans cette série d'aventures qui, sous la plume de Froissart, ont fait de son histoire le roman le plus varié et le plus merveilleux : alliance avec Charles le Mauvais, qui lui vaut une courte captivité au Chàtelet; croisade contre les Prussiens avec les chevaliers de l'ordre Teutonique, en compagnie du captai de Buch ; délivrance des princesses de la famille royale, assiégées dans Meaux par les Jacques ; victoire de Laurac contre les Armagnacs; lutte et rivalité avec le duc d'Anjou, glorieusement terminée dans les plaines de Revel ; réconciliation avec ses anciens ennemis ; vieillesse honorée , bien remplie ; visite du roi Charles VU, qu'il reçoit, avec toute sa cour, dans son château de Mazères; loisirs dignement occupés par la littérature et la chasse, telle est l'esquisse rapide de celte existence, véritable type de la chevalerie à cette époque. (Voyez l'histoire du département des Basses-Pyrénées.)
En 1398, Matthieu, fils de Gaslon-Phœbus, mourut sans enfants; sa sœur et unique héritière, Isabelle de Foix, était mariée à Archambaud de Grailli, captai de Buch; ce seigneur, en recueillant l'héritage de sa femme, changea son nom pour prendre le titre de comte de Foix. Cette maison ne régna
que soixante-quatorze ans et avec trois comtes seulement; le dernier d'entre eux, Gaston IV, ayant épousé Éléonore, fille de Jean II, roi de Navarre, laquelle succéda à son père, réunit son comté au royaume de sa femme. De la famille royale de Navarre, le comté passa dans la maison d'Albret, en 1484, par le mariage de la reine Catherine avec Jean d'Albret ; et enfin dans la maison de Bourbon, par l'union de Jeanne d'Albret avec Antoine de Bourbon, père de Henri IV. C'est sous ce dernier prince que le comté fut réuni à la monarchie française; encore l'ordonnance qui établit officiellement celte réunion n'a-t-elle été rendue que par Louis XIII, en 1620.
L'ardeur avec laquelle la maison d'Albret se jeta dans le parti de la Pxéforme peut donner une idée de la part que dut prendre le comté de Foix dans les discordes civiles du xvi" siècle. Sauf quelques tribulations à l'époque des derniers démêlés de la France avec l'Espagne, le pays fut tranquille jusqu'aux orages de la Révolution ; mais, du moins, celle dernière secousse a eu des résultats qui peuvent faire oublier quelques années d'épreuves. Le pays a repris enfin possession de lui-même; toutes les richesses enfouies dans ce sol peu connu et plus mal exploité encore voient enfin le jour; l'agriculture fait chaque jour de nouveaux progrès dans les vallées et étend ses fécondes conquêtes sur les pentes des montagnes , les mines, si abondantes et si longtemps négligées, alimentent d'importantes usines; la haute industrie se développe dans les villes que le commerce commençait déjà à vivifier, et l'amélioration des routes, l'établissement de voies ferrées assurent et facilitent les communications entre des points qui restaient presque étrangers les uns aux autres. N'oublions pas, toutefois, que nous parlons d'une contrée confinée à l'extrémité de la France, adossée à cette muraille inaccessible des Pyrénées, plus étroitement fermée encore par le système douanier qui régit l'Europe, et on comprendra que les progrès signalés par nous ne sont pas le dernier degré des prospérités réservées à cet intéressant pays. Ce que nous désirons, c'est que la civilisation plus raffinée à laquelle il sera appelé n'enlève pas à l'habitant de l'Ariège ses bonnes qualités natives, celte fierté, cette indépendance, cette loyauté, héritage des aïeux, trésors du passé , dont aucune amélioration matérielle ne saurait à nos yeux compenser la perte.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
Foix (lat. 42° 57' 57"; long. 0° 43'59" 0.). — Foix {Fîixhim,Fouck), slaVion de la ligne de Toulouse à Tarascon, à 853 kilomètres au sud de Paris, par Agen et Toulouse, et à 80 kilomètres de Toulouse, est une ville peuplée de 6,3G2 liabilants, dief-lieu du département de l'Aricge, d'un arrondissement et d'un canton, siège d'un tribunal de 1" instance, d'un collège communal, d'une société d'agriculture et des arts. Elle était autrefois capitale du comté de Foix, dépendait du diocèse de Pamiers, du parlement de Toulouse, de l'intendance de Roussillou; possédait une recette générale du comté et une maîtrise particulière.
On ne sait rien de certain sur l'origine de la ville de Foix, et, sans nous arrêter aux légendes fabuleuses sur lesquelles on la fait reposer, nous dirons que c'est seulement au vin'' siècle qu'il en est pour la première fois question.
Charlemagne, au retour de son expédition contre les Sarrasins, avait fait élever, près du confluent de l'Arget et l'Ariège, une basilique dédiée à saint Nazaire : les reliques de saint Volusien, évêque de Tours , martyrisé deux siècles auparavant par les Wisigoths, au lieu appelé la Couronne, près de la villa pierretise [villa saxosa) , que l'on croit être Varilbes, y furent transférées ; l'église devint une abbaye, et autour de l'abbaye, qui prit le nom de Saint-Volusien , se forma une petite ville dont les abbés furent les premiers seigneurs, et à laquelle la montagne voisine du Pech fit donner le nom de Fouch, dont Foix n'est que la traduction dans l'idiome moderne. L'abbaye, la petite ville qui grandissait, appelaient la fondation d'un château pour les protéger ; l'emplacement était propice, le château fut construit et couronna bientôt le sommet d'un rocher voisin : Foix devint une ville. Le premier épisode constatant l'importance de cette seigneurie ne remonte qu'à 1012. Cette année-là, Roger, comte de Carcassonne, étant mort, Bernard, un de ses flls, eut pour sa part d'héritage la forêt de Bolbone, le Conscrans et la seigneurie de Foix; car l'abbé de Saint- Volusien relevait des comtes de Carcassonne, qui, eux-mêmes, étaient les premiers feudataires des puissants comtes de Toulouse. C'est dans cette ville qu'il établit sa résidence ; sa mère l'y suivit, et le comté fut constitué. Bientôt après, Bernard y célébrait son mariage avec la fille du vi-
comte de Béziers ; le roi d'Aragon y assistait, ainsi que les comtes de Toulouse et de Carcassonne : la magnificence des fêtes données à cette occasion est célébrée par les chroniqueurs du temps. Ce sont encore les détails d'une cérémonie nuptiale qui défrayent la verve des historiographes du comte Roger II (1050), qui, le premier, fixa sa résidence dans le château de Foix. Son mariage avec une belle Provençale avait attiré à Foix un concours prodigieux. « On y venoit de tous côtés pour saluer ce tbrésor de beauté et de vertu en qui paroissoit plus de merveilles et de grâce que de mondaine vanité, plus de désirs d'honneur et de simplicité que de fard. » Roger III (1070) s'occupa surtout de fortifier le château et la ville; il jeta sur l'Ariège un pont de deux arches; mais il vécut en mauvaise intelligence avec l'abbé de Saint-Volusien, traitant la ville et l'abbaye « comme siennes. » Accusé de simonie, excommunié par le pape Pascal II, il prit part à la première croisade, et fonda, à son retour dans son comté, le château de Pamiers, sur l'emplacement présumé d'un ancien Castrum romain. Il se réconcilia avec l'Églis», et fit de riches dotations à l'abbaye de Saint-Volusien.
Roger IV et Roger-Bernard I"' occupèrent, après lui, le château de Foix; ce dernier reconnut, en 1151, la suzeraineté du comte de Barcelone, quoique ses États fussent ordinairement dans la mouvance des comtes de Toulouse. Dès l'année 1118, il fut appelé en paréar/e pour le haut domaine de la ville de Foix par l'abbé de Saint-Volusien. Le sanglant épisode de la guerre des Albigeois se rattache au règne de Raymond-Roger, fils et successeur de Roger-Bernard I". Raymond-Roger, ainsi que son fils Roger-Bernard II , avait embrassé le parti des hérétiques si cruellement persécutés. Simon de Montfort, le chef de la barbare croisade, vint en personne mettre le siège devant Foix; il devait, disait-il, « faire fondre comme graisse les rochers de Foix et y griller le maître. » Le courage des habitants lui épargna ce nouveau crime ; après dix jours d'efforts impuissants, Simon dut renoncer à l'espoir de réduire les Fuxciens, et se contenter de ses exploits habituels, qui consistaient surtout à piller et à brûler les viMages sans défense, à massacrer les femmes et les enfants. On arriva, toutefois, par la politique, au but que la violence n'avait pu atteindre : le comte de Toulouse, Raymond YI, obtint de Raymond-Roger qu'il aban-
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donnerait le parti des Albigeois, en l'alTranchissant de l'hommage qu'il lui devait. Celte indépendance du comté de Foix fut de peu de durée; après Raymond, en 1229, son fils Roger-Bernard II, dit le Grand , se plaça sous la suzeraineté du roi de France; mais cette soumission ne fut pas du goût de tous ses \assaux, et l'un d'eux, le sire de Mirepoix, refusa obédience à Roger, « parce qu'il s'estoit donné un maître, et que pour lui-même c'estoit trop de deux. »
Ce Roger, avant la mort de son père, avait, en digne aïeul de Gaston-Phœbus, couru longtemps les aventures. Dans un de ses voyages, il avait tellement séduit, par ses récils et ses descriptions, un roi des îles Baléares, à la cour duquel il s'était arrêté, que ce prince l'avait suivi à Foix et y avait épousé sa sœur, la belle Esclarmonde, qu'il emmena dans ses États.
Pendant la période à laquelle nous arrivons, l'intérêt historique s'éloigne un peu de la ville de Foix ; entraînés par leur humeur chevaleresque, éloignés de leur ancienne capitale par les alliances qui agrandissent leurs domaines , les comtes de Foix résident peu dans le vieux château de leurs ancêtres. Cependant, en 1272, Roger-Bernard III vient y chercher un refuge contre les poursuites de Philippe le Hardi, à la souveraineté duquel il avait voulu se soustraire. Le roi de France, après avoir essayé vainement d'emporter la place d'assaut, prit le parti d'entamer par la sape le rocher qui servait d'assises à la forteresse; la masse allait crouler : Roger-Bernard se rendit, renouvela son serment de fidélité, que tinrent scrupuleusement lui et ses successeurs, et obtint sa grâce ; la ville fut sauvée.
Au xv° siècle, le château de Foix devint la prison et le tombeau de Benoît XIII, un des papes qui se disputaient l'Église d'Occident, et qui était tombé entre les mains de Jean de Navarre, partisan du pape Martin.
La reconstruction du pont, entreprise à frais communs par les échevins de la ville , l'abbé de Sainl-Volusien et Gaston IV, divers autres embellissements ordonnés par ce comte sont les seuls événements à noter pendant la seconde moitié du XV'' siècle. Les agitations religieuses, les sanglantes calamités qu'elles entraînèrent remplissent la première partie du siècle suivant. Jusqu'au moment où Jeanne d'Albret se voua à la défense du culte réformé, peu de provinces furent aussi cruellement
éprouvées que le pays de Foix par le fanatisme des persécutions; peu de fleuves roulèrent dans leurs eaux ensanglantées plus de cadavres que l'Ariège. L'histoire a conservé le nom du gouverneur qui, pour Antoine de Bourbon, présidait à ces massacres; il se nommait Pailliès. La démoralisation qu'entraîne un pareil régime perpétua le désordre longtemps après la pacification officielle des partis ; deux agents supérieurs, François d'Lsson et le comte de Carmaing, furent envoyés pour réprimer les actes de violence et de brigandage qui se commettaient à Foix et dans les environs. Leur intervention fut à peu près stérile; ce n'est qu'après l'avènement de Henri IV au IrOne de France que la paix revint et que l'ordre fut rétabli. Une longue période de tranquillité a succédé, pour la ville de Foix, à tous ces orages; malgré l'effervescence du caractère national et la divergence des principes politiques, aucun fait grave ne marqua la crise révolutionnaire de 1789. Une émeute, en 1839, causée par un droit nouveau sur le bétail amené aux foires de la ville, est le seul événement qui nous reste à noter.
Xous n'avons rien à dire sur les franchises et privilèges de Foix. Entre une abbaye aussi puissante que celle de Saint-Volusien et un pouvoir seigneurial comme celui des comtes de Foix , on comprend qu'une bourgeoisie aussi peu nombreuse que celle de Foix n'ait guère eu d'autre parti à prendre que celui de la résignation ; il y avait, toutefois, une convocation annuelle des états, sous la présidence du comte. Les cent vingt membres dont se composait l'assemblée avaient le droit de voter les subsides qui leur étaient demandés; s'ils avaient également droit de réclamation et de refus, nous ne voyons pas qu'ils en aient jamais tenté l'usage.
L'aspect de la ville de Foix est saisissant et pittoresque : à l'ouest, sur un énorme rocher détaché des montagnes environnantes, se dressent, à o8 mètres au-dessus delà ville, trois tours majestueuses, derniers débris de la citadelle des anciens comtes. Au pied de ce mamelon coulent, encaissées, deux rivières, l'Ariège et l'Arget; c'est dans la presqu'île qu'elles forment vers le sud-est, avant leur jonction, que sont resserrées les rues étroites et tortueuses de la ville. Ses monuments les plus remarquables sont : les trois tours dont nous venons de parler; deux sont carrées et fort anciennes; la troisième, qui est ronde et a 42 mètres de hauteur, a.
dit-ou, été construite sous le règne de Gaston-Phœbus, et sert aujourd'hui de prison, ainsi que les constructions modernes qui les relient; l'ancien château, adossé au versant nord-nord-ouest du rocher, devenu aujourd'hui palais de justice et hôtel de ville, avec une bibliothèque de 12,000 volumes; l'abbaye de Fois, au confluent de l'Ariège et de l'Arget, qui a élé transformée en hôtel préfectoral ; l'église paroissiale de Saint-Volusien, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne basilique de Saint-Nazaire ; le pont de pierre sur l'Ariège , notablement élargi et restauré en i 823 ; une belle et vaste halle en fer, ainsi que le collège communal et, sur la promenade publique, dite la Villote, une grande caserne et l'école normale de Mongauzy.
L'industrie de la ville consiste en nombreuses et importantes forges et usines où l'on travaille le fer et l'acier, en fabriques de faux et de limes , laminoirs, martinets pour le fer et le cuivre, tanneries, fabriques de serges, cadis et chandelles ; le commerce local joint à l'exploitation de ces produits la vente de grosses draperies, cuirs, laines et bestiaux.
Foix est la patrie du général Latour et de Frédéric Soulié. Dans ses environs, au village de Serres, est né le conventionnel Lakanal, auquel elle va élever une statue. Il eut le mérite d'organiser l'Institut, les École.'» centrales et le Conservatoire.
Les armes de Foix sont : d'or, à (rois pals de gueules.
Au nord de celle ville, l'ermitage de Saint-Sauveur, qui se dresse sur le haut d'une colline, est un but de promenade pour les habitants.
A 4 kilomètres au nord de Foix, la route qui suit la rive droite de l'Ariège est resserrée entre la rivière et la montagne, et forme ce que l'on appelle le Pas de la Barre, du nom d'une ancienne forteresse qui en barrait le passage.
Ax. — Ax, Acqs (^1^M(?), à 42 kilomètres au sudsud-est de Foix, chef-lieu de canton peuplé de 1,69b habitants, est une petite ville qui doit exclusivement sa renommée aux vertus de ses eaux thermales. Elle est assise sur un rocher peu élevé, au pied des Pyrénées; .son altitude est de 710 mètres au-dessus du niveau de la mer; ses constructions, qui s'étendent d'année en année, dominent un gracieux bassin formant le point d'intersection de trois vallons pittoresques arrosés par les torrents
d'Ascou, d'Orgeix et de Mérens, lesquels, en se réunissant sous les murs d'Ax, y prennent le nom d'Ariège. La ville, qui a été dévastée le 6 octobre 1880 par un terrible incendie, lequel a délruit 45 maisons, ne se compose guère que d'une seule rue bien percée et bien bâtie , mais de nombreuses habitations somptueuses et modernes se groupent aux environs. Cinq foires annuelles, où le bétail est le principal objet d'échange, favorisent l'industrie et le commerce du pays ; le tribut prélevé sur les baigneurs en constitue la grande richesse.
Il faut dire que les eaux d'Ax sont les plus chaudes et les plus abondantes des Pyrénées; elles sont prodiguées pour les usages les plus ordinaires: pour la cuisine, le lavage des laines, les manutentions de la boulangerie et la lessive des ménagères. Quant à leurs qualités médicinales, voici ce qu'en rapportent des hommes d'une autorité compétente : les sources sont au nombre de cinquantetrois; elles sont sulfureuses, savonneuses, et de températures différentes, qui varient de 210^78° centigrades. Elles sont, en général, apéritives, diurétiques, détersives, fondantes et sudorifiques ; elles stimulent énergiquement tout l'organisme et poussent vivement à la peau, au point de provoquer des sueurs abondantes et quelquefois même des éruptions générales; on vante aussi leur efficacité pour les affections rhumatismales. Elles s'administrent sous toutes les formes : en boissons, en lotions, en injections , en bains dont on gradue à volonté la force et la chaleur; en douches ascendantes et descendantes; en étuves ou bains de vapeur. Bien que les eaux d'Ax fussent connues dans les temps les plus reculés, et que le roi Philippe-Auguste y ait fait établir, en 1200, une léproserie qui conserve encore le nom de Bains des ladres ou bains dés lépreux, ce n'est cependant que depuis 1780 que l'on a commencé à les fréquenter. Les quatre établissements de bains sont : Bains du Teich Saint- Roch, fondés sur la rive gauche de l'Ariège en 1797; les Bains du Breilh, fondés en 1820 ; et les Bains de Coulouiret, fondés en 1780 ; enfin VÉla- Hissement modèle, fondé en 1868. La saison des bains s'ouvre au mois de juin et ne finit qu'en octobre; la durée du traitement est, en général, de quatre à cinq semaines. C'est pendant les mois d'août et de septembre qu'a lieu la plus grande affiuence des étrangers.
A ces établissements, il faut ajouter l'hôpital
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Saint-Louis, l'oudé, dit-on, eu 1270, et restauré en 1847 ; on y prend aussi des bains.
Cetle ville n'offre aucun monument inléressanl à visiter; mais, un peu à l'ouest, on voit un ancien château aujourd'liui converti en métairie.
Ax a donné le jour au célèbre médecin Roussel.
La B.\sïide-de-Si:rou. — La Baslide-de-Sérou, qu'il faudrait appeler La Bastide-du-Férou, à 18 kilomèlres au nord-ouest de Foix, chef-lieu de canton peuplé de 2,8G3 habitants, n'a pris qu'en 1689 son nom actuel, défiguré souvent dans les tableaux même officiels et dans les cartes et ouvrages géographiques, qui disent à tort La Bastidc-de-<S't;';"o?i ou de Cérous. Jusqu'à celte époque, cetle petite ville fut connue sous la dénominalion de Montesquieu; elle avait, dès le xii"= siècle, une importance historiquement constatée.
Lorsque les camisards se répandirent dans les contrées environnantes , les paysans, épouvantés, implorèrent des comtes de Foix un asile dans leur ville de Montesquieu; non seulement leur demande fut agréée, mais il leur fut permis d'approprier la ville aux besoins de ce surcroît de population ; l'accroissement et la transformation de la cité, accomplis sous l'empire de la frayeur, en patois Pérou, lui valurent le surnom qu'elle a gardé avec la modification de /'en s. Férou devint Sérou. La Bastide a gardé jusqu'à nos jours la physionomie particulière que lui avaient donnée ses antiques constructions. Les rues, étroites, irrégulières, ont un aspect sombre et triste que n'ont encore pu changer les maisons modernes qui commencent à s'élever. Le coup d'œil sur l'extérieur et l'ensemble de la petite ville est agréable et pittoresque; elle s'élève en amphithéâtre sur un mamelon dont une petite rivière, l'Arize, à laquelle se joint l'Aujole, baigne le pied. Quelques débris de gros murs et des anciennes fortifications rappellent les souvenirs du passé; un pont d'une seule arche sur l'Arize et une belle halle, récemment construite, témoignent de la prospérité présente. Cetle petite localité est, en effet, une de celles qui mettent le mieux à profit les bienfaits de l'organisation moderne; l'agriculture y est en progrès et l'industrie s'y développe de jour en jour. On trouve à La Bastide dès fabriques de bonneterie, filatures, faïenceries, tuileries, briqueteries et scieries hydrauliques, et, sur son territoire, on exploite des mines de barUe, de plomb et de manganèse. On visite dans les environs, sur la
montagne la Caresse , une grotte spacieuse , les ruines du château de la Tour-du-Loup et une mine de cuivre dont l'exploitation est abandonnée.
Lavelanet. — Lavelanet, chef-lieu de canton peuplé de 3,093 habitants, à 27 kilomètres au sud-est de Foix, est agréablement situé sur la petite rivière de la Touïre, affluent de gauche du Lers, et entre les deux montagnes de Planlaurel et de Sainte- Piufine. C'est aujourd'hui une petite ville très industrieuse, qui possède des filatures de laine, des fabriques de gros draps, des teintureries, des tanneries, des minoteries, des scieries de bois pour placages, des moulins à foulon, des forges, etc.
Son origine est fort ancienne, et son nom lui viendrait des noisetiers (en latin «tw^eZZa, noisette), qui abondaient dans ses environs. Sur le mont Plantaurel, on voit quelques restes à ras de terre de l'ancien château féodal de Castel-Sarrasin, et, aux environs, les ruines des châteaux forts de Pereille et du Carla-de-Roquefort. Entre Lavelanet et le village de Larroque-d'Olmes, la Touïre disparait en partie dans un gouffre profond.
MoNTSÉGUR. — Montségur {Mons segurus) est une petite commune de 7o2 habitants, située à 32 kilomètres au sud-est de Foix , dans le canton de Lavelanet, sur la rive gauche du Lers et sur une hauteur dominant le torrent du Lasset. Elle n'a d'autre importance que celle que lui donnent les belles ruines de son château, aujourd'hui rangé au nombre de nos monuments historiques.
Sur un pic escarpé qui domine le village se dressent encore, noircies par le temps, les ruines de cette vieille forteresse, espèce de nid d'aigle , qui devait ajuste titre passer pour imprenable avant l'invention de la poudre et de l'artillerie. Le vieux manoir, en effet, avait résisté à bien des assauts, lorsque, poursuivie et traquée, harassée de fatigue, épuisée par les privations, criblée de blessures, une troupe d'Albigeois vint y chercher un refuge. Accueillis par les habitants, abrités derrière ce roc inaccessible, protégés en outre par de hautes et épaisses murailles, les malheureux croyaient pouvoir compter sur l'oubli et sur un peu de repos, c'était se méprendre sur le fanatisme des ennemis dont ils avaient encouru la colère.
Sans attendre les ordres de leurs supérieurs, l'archevêque de Narbonne et l'évèque d'AIbi prêchèrent une croisade contre les réfugiés de Mont-
ségur, soulevèrent toute une ornice de paysans, inslrumenls aveugles de leurs vengeances, et vinrent, au mois de mars 1244, mettre le siège devant Montségur. C'était une entreprise presque insensée; mais la passion ne raisonne pas, et à la guerre la folie c'est l'audace, et l'audace, souvent, c'est la victoire. Une nuit, quelques montagnards fanatisés escaladèrent ces roches qu'il n'osaient regarder le jour sans frémir : Montségur était pris. La chrétienté entière célébra cet événement comme un des plus glorieux triomphes de la foi; mais les vainqueurs se chargèrent eux-mêmes de changer en une honte ineffaçable la gloire de leur succès. Deux cents victimes de tout rang, de tout âge et de tout sexe, furent réunies et renfermées dans un cercle de feu; le pétillement des flammes, les gémissements des mourants se mêlaient aux cris d'allégresse des bourreaux , aux louanges impies adressées à un Dieu de clémence et de bonté. « Il y avoit bien des années qu'on n'avoit vu dans la province un si nombreux sermon, » raconte avec une ironie cruelle un chroniqueur du temps, digne historien de pareils exploits.
DÉLESTA et FoNTESTORBES. — Bélcsta, sur le Lers et à l'entrée d'une magnifique forêt de sapins, située à 34 li^ilomètres au sud-ouest de Foix, canton de Lavelanet, est un bourg peuplé de 2,302 habitants, auquel donne une certaine célébrité le voisinage de la fameuse fontaine de Fontestorbes , ou de Fontorhes. Cette source intermittente est une des plus curieuses que l'on connaisse; elle s'échappe d'une excavation située à l'extrémité d'une chaîne de rochers, entre Bélcsta et le village de Fougas. Dès son apparition, elle roule unemasse d'eau suffisante pour mettre en mouvement plusieurs usines. Le Lers, auquel elle se réunit presque à sa naissance, n'est qu'un ruisseau auprès d'elle; car, à son confluent avec lui, elle a déjà une largeur de 6 mètres. Mais le phénomène le plus intéressant que présente la merveilleuse fontaine est la singularité de ses intermittences. L'été est la saison où le fait se produit le plus généralement. Les eaux disparaissent alors pendant des intervalles réguliers de 32 minutes 30 secondes et recommencent à couler pendant 36 minutes 3u secondes, pour s'arrêter encore, puis reparaître pendant le même espace de temps. Chaque fois, un bruit sourd et prolonge annonce le retour de l'eau. La pluie interrompt les intermittences ; sa fréquence les supprime pendant des années entières. Les ora-
ges ont fourni l'occasion d'observations plus curieuses encore : le Lers s'enfle et déborde en moins de trois quarts d'heure; l'effet ne se produit sur la source qu'après un délai de 3G heures. De là on a été amené, en calculant sur la vitesse des eaux la distance franchie par elles, à supposer que la source pourrait bien être alimentée par les eaux de la plaine de Sault, située bien au delà des rochers de Fontestorbes. Tout en donnant à la célèbre fontaine la part la plus importante, ce serait être injuste envers Bélesta que d'oublier ses sites sauvages et pittoresques, ses magnifiques sapins, ses riches carrières de marbre, de porphyre et d'albâtre, ses scieries hydrauliques, ses forges et ses martinets à fer.
ViCDESsos. — Vicdessos, chef-lieu de canton situé à 30 kilomètres au sud-ouest de Foix, au confluent du torrent de l'Oriège, ou Vicdessos, avec le ruisseau de Suc, est une commune de 862 habitants,située aumilieu d'une des plus riches régions en mines de fer de la France. On trouve aussi dans son canton, dont les habitants sont tous forestiers ou mineurs, des gisements de manganèse, de plomb argentifère, de cuivre même. Sera , Rancié, Aurat, GouUer-et-Olbier, sont les principaux centres d'extraction.
Ce canton présente des curiosités naturelles, grottes, cascades, beaux paysages dignes d'être visités; on y remarque des monuments mégalithiques, des ruines de vieux châteaux, telles que celles du château Réal, près d'Olbier. N'oublions pas de rappeler que les habitants de ce village sont peut-être les descendants des plus anciens chevaliers de France; Charlemagnc leur avait, en effet, accordé le droit de porter l'épée, en reconnaissance des services qu'ils lui avaient rendus.
SEMCt Ranxié — Sem, arrondissement et à 23 kilomètres au sud-sud-ouest de Foix et à 3 kilomètres à l'est de Vicdessos, son clief-lieu de canton, est une petite commune peuplée de 397 habitants qui possède sur son territoire la montagne du Rancié, et qui mérite, à ce litre, une mention spéciale. Celte montagne alimente de minerai non seulement toutes les forges de l'Ariège, mais encore plusieurs autres situées dans les départements voisins. Elle fait parlie de la chaîne intermédiaire qui forme comme le second étage des Pyrénées; sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 994 mètres à la base, et
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Cliàteau de Miglos.
de 1,598 au sommet. L'exploitation en est fort ancienne; c'est à la (lualilé de ses produits que les l'ers des forges dites catalanes doivent leur réputation séculaire. On craint, malheureusement avec quelque raison, l'épuisement de ces richesses. Les conditions faciles dans lesquelles se présentait aux travailleurs inexpérimentés l'extraction du minerai, disposé à fleur du sol par couches alternant avec des bandes de calcaire, ont, de longue date, imprimé aux fouilles une direction mal raisonnée et plus périlleuse de jour en jour. Des galeries, qui suivent presque horizontalement la couche ferrifère, ont atteint partout le bord oppose de la montagne, se creusant ainsi une voie souterraine deOÛÛ mètres; et dans le sens vertical, de la cime aux travaux les plus profonds, il y a des puits d'extraction qui n'ont pasmoins deGlO mètres. La production annuelle de minerai est d'environ 130,000 quintaux métriques par an ; il alimente, dans le seul département del'Ariège,plusde soixante usines distinctes, produisant
France illustrée. 203.
toutes du fer par un procédé particulier auxforge.s de ce pays. Ce procédé, le plus ancien que leshommes aient mis en usage, a pris naissance dans l'Orient, et a été transmis par les Grecs sur les côtes de la Méditerranée; il est connu aujourd'hui sous le nom de méthode catalane: il cousis te à convertir immédiatement le minerai en fer forgé, dans un foyer de faibles dimensions, sans passer par l'intermédiaire de la fonte ou fer cru, qui provient delà réduction du minerai dans les grands foyers, appelés hauts fourneaux, et qui a besoin d'être traitée ensuite aux feux d'affinerie pour se changer en fer doux. Cette simplilication dans le procédé catalan résulte delà richesse et de la pureté des mines que l'on trouve sur les deux versants de la chaîne des Pyrénées. L'emploi, comme combustible, du bois, qui est à la portée de tous dans les inépuisables forêts qui couvrent les montagnes, l'ingénieuse application d'une force de la nature, les trompes d'air, tenant lieu de soufflet de forge, l'intervention toujours présente 51» — .UuÉGE, 3' Liv.
de l'industiie individuelle ; tout cela donne à la labricalion du fer, dans l'Ariège, une physionomie bien différente de celle que présentent les vastes élablissements analogues crées par le génie civilisateur des temps modernes. Pour nous, celte industrie locale' semble offrir encore un autre genre d'intérêt ; c'est la répartition, sur un plus grand nombre, des produits légitimes du travail. On a calculé que les forges réunies de l'Ariège donnaient une production totale de 50,000 quintaux métriques de fer et un revenu annuel de 2,200,000 francs. Distraction faite sur cette somme des intérêts engagés, du prix des boispayé aux propriétaires, montant ensemble à 875,000 fr. environ, il reste 1,325,000 francs, répartis chaque année entre les mineurs, les charbonniers, les muletiers et les ouvriers maçons, charpentiers et autres, employés à la réparation ou à l'entretien des soixante établissements. Ce salaire est plus honorable, plus approprié à la dignité humaine et à la civilisation d'un pays comme la France, plus moralisateur surtout que les bénéfices de la contrebande, seule industrie cependant qui, par son importance dans le département de l'Ariège, puisse entrer en comparaison avec l'industrie des forges.
L'exploitation de ces riches dépôts miniers pourrait prendre un nouvel essor si l'on parvenait à substituer la houille au bois, comme combustible. Déjà il a fallu songer au reboisement des montagnes, pour parera l'appauvrissement des forêts voisines. Espérons que le chemin de fer de Toulouse à Tarascon, continué jusqu'à Vicdessos, amènera un jour dans le pays les houilles qui font défaut à son industrie.
Tarascon. — Tarascon, station tern>inale de la ligne de Toulouse aux Pyrénées (95 kilomètres de Toulouse), chef- lieu de canton, peuplé de 1,607 habitants, à 16 kilomètres au sud de Foix, est l'ancienne Tascodunitari citée par Pline. Plus tard, elle fut comptée au nombre des quatre principales villes du comté de Foix. Sa décadence date d'un désastreux incendie, qui, sous un des derniers comtes, dévora une partie notabb des habitations. Tarascon est agréablement situé dans un étroit bassin, au confluent de l'Ariège et du Vicdessos ou Oriège, qui traverse la vallée de Vicdessos. Une partie de la ville s'étend dans une petite plaine, sur la rive gauche de l'Ariège ; l'autre partie, que sépare la rivière, traversée en cet endroit par un beau
pont en pierre et en marbre, à trois arches, de construction moderne, contourne un mamelon couronné d'une tour ronde, élégante et hardie, seul reste de l'ancien château qui fut démoli sous Louis XIII. Tarascon a deux églises qui appartiennent au style ogival, mais elles sont sans grand intérêt. Le seul monument à citer est, sur l'avancée du pont, une fontaine que surmonte une colonne qui porte une statue de Napoléon. Les rues de ce quartier sont escarpées et tortueuses, les maisons vieilles et mal bâties. C'est sur les bords de l'Ariège que s'élèvent les constructions élégantes et modernes, parmi lesquelles on remarque une vaste manufacture de style et de dimension monumentaux. Tarascon est un entrepôt important des produits des forges environnantes. Ses marchés sont très fréquentés par les Espagnols, qui viennent y chercher des bestiaux et des fromages, du fer et de la laine. La ville possède, en outre, quelques fdatures et des fabriques do cuir renommées.
Les environs offrent quelques excursions intéressantes aux voyageurs : la chapelle dite Notre- Dame-de-la-Victoire, qui a été classée au nombre de nos monuments historiques, et ensuite une exploration de grottes, fort curieuses par leur conformation, et qui se trouvent dans le voisinage. A Campescal, il y a des usines métallurgiques, et à Combe un haut fourneau.
A 2 kilomètres au sud, au point de jonction des routes d'Ussat et de Vicdessos, s'élève l'église de Notre-Dame-de-Sabart, qui est en grande vénéralion dans le pays; elle occupe l'emplacement d'une ancienne abbaye -forteresse fondée par Charlemagne pour défendre le pays du Sabartès contre les incursions des Sarrasins.
Capoulet-Junac. — Capoulet, canton et à 7 kilomètres de Tarascon, à 22 kilomètres au sud de Foix, sur la rive droite du Saleis, est un village peuplé par 458 habitants. Nous en faisons mention parce que près de là s'élève le château habité de Miglos, flanqué de deux tours crénelées. On exploite des mines de fer dans le vallon de Miglos
(jssAT. — Ussat, à 3 kilomètres à l'est de Tarascon et à 18 kilomètres au sud de Foix, est un village peuplé de 222 habitants, qui doit toute sa célébrité au bel établissement thermal qu'il possède. Les eaux d'Ussat forment un ruisseau au niveau et près du lit duquel les baignoires sont
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pour la plupart creusées dans le sol, ce qui permet (le renouveler le bain à volonté. Elles s'emploient avec succès dans les névroses, les névralgies douloureuses, les afTeclions spasmodiques et convulsives; deux mille malades viennent annuellement leur demander la guérison ou l'adoucissement de leurs maux. Ces eaux, carbonatées, calcaires, sont limpides, ont peu de saveur et point d'odeur; elles dégagent des bulles d'acide carbonique : leur température varie de 28 à 3G degrés centigrades. Avant la construction des bains, qui appartiennent à l'holel-Dieu de Pamiers, il n'y avait à leur emplacement qu'un lac appelé les Boues d'Ussat. C'est en 1730 que les bains y furent établis. L'établissement actuel oITre une façade de 103 mètres, avec un péristyle d'ordre dorique, et deux pavillons d'angle ; il renferme une cinquanlaine de baignoires en marbre blanc et peut fournir jusqu'à 40,000 bains par jour. La saison des eaux commence en juin et finit en octobre. Le village est pittoresquement situé au milieu d'une gorge formée par des montagnes calcaires et traversée par l'Ariège. De l'autre côté de la rivière, au sud-est des bains, les promeneurs visitent une montagne haute de 318 mètres et dans l'intérieur de laquelle se trouvent les grottes de BédeiUiac et de Lombrive, où l'on admire des stalactites. La dernière montre de nombreux ossements humains.
Aux environs d'Ussat, on voit le château féodal de Gudanes, dont le seigneur était appelé le roi des Pyrénées; ainsi que celui de Lordat, autrefois chef-lieu d'une chàtellenie royale.
S.M.NT-GmoNS (lat. 4-2'> 59' 6"; long. 1° 11' 37" 0.). — Saint-Girons (0/)^/^?«/j sanctl Gerontll), relié, à Boussens,à la ligne de Toulouse à Bayonne par un petit embranchement de 60 kilomètres, à 48 kilomètres à l'ouest de Foix, chef-lieu d'arrondissement et d'un canton, peuplé de 4,953 habitants, siège d'un tribunal de première instance et d'un collège communal, est une ville fort ancienne, connue longtemps sous le nom de Bonrg-soiis-Vic, et qui dépendait du diocèse de Saint-Lizier, du parlement de Toulouse et de l'intendance d'Auch. On a peu de détails sur son origine ; on sait seulement (ju'elle doit sa dénomination actuelle à un saint apôtre d'origine vandale, saint Girons, qui vint prêcher le christianisme dans ses murs, au v" siècle. Cette ville suivit presque constamment la fortune du Conserans : la proximité de la capitale de la petite province absorba longtemps toute l'impor-
tance de Saint-Girons ; ce n'est que depuis la Révolution de 1789 et la suppression du siège épiscopal de Saint-Lizier que la petite ville, si longtemps contenue et opprimée, a pu donner essor au génie actif, laborieux et entreprenant de ses habitants.
C'est aujourd'hui un des centres les plus populeux, les plus commerçants et les plus industriels du département. La ville esL dans une situation aussi agréable que favorable au développement de son activité ; elle s'étend au pied des Pyrénées, dans un vallon entouré de coteaux cultivés, au confluent du Salât, du Lez et du Baup, au point central où aboutissent les cinq principales vallées de l'arrondissement par des routes bien entretenues et très fréquentées. Saint-Girons possède de charmantes promenades, deux ponts en marbre sur le Salât et une église paroissiale remarquable par l'élégance et l'élévation de son clocher. L'ancien château est aujourd'hui occupé par le palais de justice et les prisons. On trouve dans cette ville des fabriques d'étoffes de laine et de toiles de Un, filatures, moulins à huile, à farine, à tan et à foulon, papeteries, teintureries, corderies, martinets à fer et scierie de marbre ; mais la principale source de richesse de Saint-Girons est dans l'importance de son commerce avec les déparlements méridionaux et l'Espagne; il consiste surtout en laines, pelleterie, papiers, mulets, bestiaux et céréales.
Les armes de la ville sont : d'azur, à une cloche d'or.
Saint-Lizier. — Saijit-Lizier [Austria Co7isoranorum, Calagorgis Coasoranum), station de l'embranchem.entdeBoussens à Saint-Girons, chef-lieu de canton peuplé de 1,2d6 habitants, arrondissement et à 2 kilomètres au nord-nord-ouest de Saint- Girons, fut autrefois la capitale d'une petite contrée appelée le Conserans, bornée à l'est par le comté de Foix, au nord et à l'ouest par le comté de Comminges et au sud par les Pyrénées, qui la séparaient de la Catalogne.
Autant règne d'incertitude et d'obscurité sur l'origine des villes du département de l'Ariège dont nous avons parlé précédemment, autant sont clairement et glorieusement écrits dans l'histoire les titres qui constatent la haute antiquité de Saint- Lizier. Les richesses agricoles et minérales de leur territoire, leur audace, leur vaillance avaient rendu
les Consoraiii, Iribiis associées entre elles, célèbres parmi les peuplades pyrénéennes, bien avant l'arrivée des Romains dans les Gaules. Ils s'étaient alliés avec les Volces Tectosagcs pour aller tenter, de concert, la conquête de l'Asie. Cnéius Pompée, à son retour d'Espagne, après ses victoires sur Sertorius, trouva la cité des Consorani considérable et florissante; il poussait devant lui les populations liguriennes éparses sur le versant septentrional des Pyrénées, et dont il redoutait les hostilités pour l'arrière-garde de ses légions. Arrivé au pied des montagnes, il les groupa en corps de nation, leur donna le nom de Convenœ, du latin convenire, venir ensemble, se réunir, en distribua une partie dans la campagne, où s'éleva bientôt Lugdunum Convenarum, aujourd'hui Saint-Bertrand, et répartit le reste dans la capitale agrandie et restaurée du Conserans, qui, à cause de son exposition au midi, al austro liante, reçut des vainqueurs le nom d'Austria. L'importance et la prospérité de celte cité pendant la période romaine est attestée à chaque pas par les débris de tombeaux antiques, les ruines de temples de marbre, les restes de monuments qui se rencontrent dans l'ancienne enceinte.
La position de la ville et du territoire qui en dépendait a produit quelque confusion dans les récits des historiens de cette époque : les uns placent le Conserans dans l'Aquitaine, les autres dans la Narbonnaise. Cette contradiction est facile à expliquer, le pays étant alors partagé entre ces deux provinces auxquelles servait de limite le Salât, sur la rive droite duquel est construit Saint-Lizier.
Le Conserans ou Cotiserans, ainsi qu'on l'écrit à tort quelquefois, après être demeuré quatre cents quatre-vingt-douze ans sous la domination romaine, fut cédé aux Goths par Honorius, en 411. Des Goths, il passa aux Bourguignons et ensuite aux rois d'Auslrasie, qui le conservèrent jusqu'à la conquête qu'en firent les Sarrasins de 719 à 759. L'établissement du christianisme dans cette contrée est antérieur au v'= siècle, et Saint-Lizier eut un évèque dès que le culte de la vraie foi fut autorisé. En 306, sous Alaric II, Glycérius assiste au concile d'Agde, eu qualité de deuxième évèque d'Austria. Théodore iui succède en 549 et fait bâtir une basilique au lieu même où l'on découvre le corps de saint Vallier ; saint Quintin est le quatrième pasteur de la cité et précède immédiatement le saint prélat auquel la ville doit son
dernier nom. L'épiscopat de saint Lizicr, originaire de Portugal, ou, selon d'autres, de la ville d'Eauze en Béarn, dura quarante-quatre ans, de 698 à 742, et fut signalé par des événements qui expliquent suffisamment la reconnaissance des habitants pour leur pieux patron. Vers 708, une formidable armée de Goths, commandée par Ricosin, menaçait la ville; les prières du saint évèque suffirent, selon la tradition, pour éloigner les assaillants. Les Sarrasins, plus rebelles à la pieuse influence et à l'intercession du saint, avaient pris et saccagé la cité épiscopale. Le prélat pressa l'arrivée de Charles-Martel, qui mit l'ennemi en fuite ; et, de concert avec le prince vainqueur, il répara les désastres et releva les ruines.
Charlemagne, en 778, érigea le Conserans en comté, qui fut gouverné par des comtes d'abord, puis par des vicomtes, concuremment avec les évêques.
L'épisode le plus marquant de la période féodale est la prise de Saint-Lizier, en 1120 ou 1130, par Bernard I", comte de Comminges ; la ville fut' saccagée et réduite en cendres, et ce qui ajoute encore aux regrets que doit inspirer cette catastrophe, c'est la barbarie qui présida aux constructions nouvelles. Les matériaux des anciens édifices furent employés sans art et sans goût ; on poussa la profanation jusqu'à enfouirdans la terre, pour la formation des aqueducs et des égouts, des pièces d'architecture antique et des fragments des marbres les plus rares.
La ville n'était cependant pas destinée, hélas 1 à remplacer par une illustration nouvelle la gloire passée dont elle faisait si peu de cas. La période de décadence a commencé pour elle de bonne heure ; depuis plus de sept siècles, rien n'a pu l'en relever, et il ne nous reste à enregistrer que le nom de ses maîtres.
Son premier évèque, dont l'existence appartient plus peut-être à la légende qu'à l'histoire, avait été saint Vallier; son soixante-dixième et dernier fut Dominique de Lastic, promu en 1779, et mort émigré en Allemagne vers 1798.
Le comté et vicomte de Conserans appartint successivement aux comtes de Comminges, aux maisons de Carcassonne et de Foix, aux comtes de Barcelone et aux rois d'Aragon en celte même qualité, aux comtes de Pailhas en Catalogne, aux comtes de Bigorre, et, enfin, à la famille de Navarre, qui le réunit définitivement au domaine royal de France.
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La ville est balle en amphithéâtre, sur le versant méridional d'une colline dont le Salât baigne le pied ; le palais des anciens évèques, surmoulé de trois tours semi-circulaires, est ri'difice principal: vu du côté de Saint-Girons, il est d'un aspect grandiose et piltoresque. 11 sert aujourd'hui d'asile départemental. Un autre hôpital civil, fondé en 1750, et un pont sur le Salât sont les seuls édifices qui restent à ciler. Il existe encore quelques pans de murailles de l'antique cité, et, comme dans d'autres villes d'origine romaine ou gallo-romaine, on y retrouve, employés comme matériaux, des débris de sculpture et d'inscriptions votives.
Quelques filatures de laine et lubriques de tissus grossiers, des papeteries, un moulin à tan, une scierie hydraulique de marbre, constituent l'industrie de Saiut-Lizicr.
Les armes de la ville sont: d'azur, à loie cloche d'argent latailUe de saUe; — allas, d'or, à une cloche d'azur.
Aui.L's. — Aulus, canton d'Ûust, ù 32 kilomètres au sud-est de Saint-Girons, est une petite commune de 9o4 habitants, située sur la rive droite du ruisseau du Garbet, affluent duSalat,qui se recommande à l'altention par ses eaux thermales, sulfatées et ferrugineuses. Il occupe la partie la plus orientale d'un vallon du haut Conserans, celle qui est la plus exposée au soleil, de là son nom : Ao^l, Lous[ad lucem), et il est dominé par deux hautes montagnes, le Montrouch (2,380 mètres), au sud, avec ses pâturages et ses forêts au delà desquels se montrent les sommets neigeux de la frontière pyrénéenne, et le Bestrône, au nord, montagne rocailleuse offrant de loin en loin quelques bouquets de noisetiers, de hêtres et de buis.
Aulus possède deux établissements de bains; ils sont fréquentés pendant deux mois de l'été. Les eaux, qui proviennent de trois sources, se prennent en boissons, bains et douches, conviennent aux maladies syphilitiques invétérées et activent les fonctions de la peau. 11 y a pea d'années que ces eaux salutaires ont faitleurapparition comme eaux de table à Paris.
Près de ce village, il y a sur le Garbet une forge à la catalane, et, sur le territoire de la commune, des gisements de zinc, de plomb argentifère et de pierres à aiguiser. En remontant le Garbet, on voit au sud-est une tour, seul reste d'un château féodal, le Castelminier, qui, comme l'indique son
nom, avait pour but de proléger les mineurs des environs. On. rencontre, en effet, dans ce pays des traces d'exploitation que l'on peut faire remonter jusqu'à l'époque de la domination romaine.
M.vssAT. — Massât, chef-lieu d'un canton, est une petite ville de 4,084 habitants, située à 27 kilomètres au sud-sud-esl de Saint-Girons. Le clocher de son église, qui a près de GO mètres de hauteur, la signale au loin ; elle possède des forges à la catalane, une filature de laine, des scieries, des machines à foulon et forme un centre induslriel et commerçant qui, dans celle partie reculée, n'est pas sans importance; aussi ses foires et ses marchés sont-ils très fréquentés.
Massât est le centre d'un district minier ; on trouve dans ses environs des gisements de fer, de cuivre, de plomb argentifère; mais ce qui recommande Massât à l'attention des savants, ce sont les deux grottes à ossements situées à 2 kilomètres à l'ouest, sur le flanc septentrional de la montagne de Quaire ; on y a trouvé une quantité considérable d'ossements de carnassiers, de ruminants et de rongeurs, parmi lesquels l'ours, l'hyène, une espèce de grand félin, etc., etc. Ces grottes ont diî servir de refuge à l'homme primitif: on y a trouvé quelques ossements humains, des flèches en pierre, des poteries boisées et des cendres ou charbons.
Un peu avant d'arriver à Massât et près du village de Boussenac se dressent, sur la rive droite de l'Arac, les ruines d'un château; ce sont celles du Castel d'Amour, qui, si nous en croyons la légende, devrait son nom à l'infâme habitude qu'avait un de ses seigneurs de prélever certain droit sur les femmes et les filles de ses serfs. Un jour ceux-ci s'insurgèrent ils assiégèrent leur maître dans sa tour, regorgèrent, ruinèrent son château et se partagèrent ses biens.
Pamiers (lat. 43° 6' 53"; long. 0° 43' 44" 0.). — Pamiers [Appamia, Appamiœ, Fredelatium Consoranormn Civitas), station de la ligne du chemin de fer de Toulouse à Foix et Tarascon, â 62 kilomètres de Toulouse et à 18 de Foix, à 751 kilomètres de Paris, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 8,967 habitants, siège d'un évêché avec séminaire et école secondaire ecclésiastique, d'un tribunal de 1'° instance, d'un collège conmiunai, dépendait autrefois du parlement de Toulouse, de l'intendance du Pioussillon et était le siège
d'un évêché.d'iin présidial et d'une sénéchaussée.
La ville de Pamiers est très ancienne, et c'est une erreur de lui chercher quelques rapports étymologiques avec la ville d'Apaméc en Syrie, comme l'ont fuit queliiues historiens. Vers la fin du V siècle ou au commencement du vi", saint Antonin, un des apôtres du pays, ayant été martyrisé au moment où il montait dans sa barque, son corps restait ahandonné par ses meurtriers sur les bords de la rivière de l'Ariège, lorsqu'un ange, sous la forme d'un aigle blanc ou d'une colombe, descendit des nues, el, se^osant à la proue, conduisit les saintes dépouilles du martyr jusqu'au lieu de leur sépulture, un peu au sud-est de la ville actuelle. Près de son tombeau s'éleva un monastère d'augustins, au lieu dit aujourd'hui \c Mas-Vieil-de- Saint- Antonin. Comme en bien d'autres lieux, auprès du monastère s'éleva une ville; elle était assise, ainsi que le monastère, dans un pays bas, marécageux, couvert d'étangs, de flaques d'eau produits par le dérèglement de la rivière. On l'appelait Frigklus îacus, Fredelascus ; ce nom fut appliqué à la ville nouvelle, Fredelas, qui, devenue un centre de population important, fut plus tard désignée dans quelques titres, avec le territoire qui en dépendait, sous le nom de royaume de Frédélas.
Au x^ siècle, l'ancienne ville de Frédélas et l'abbaye de Saint-Antonin furent envahies par une grande inondation de l'Ariège. Les abbés de Saint-Antonin transportèrent alors leur monastère sur la rive droite du fleuve au lieu dit le Nouveau- Mas -Saint -Antonin. Ils invitèrent les anciens habitants et aussi les étrangers à construire de nouvelles demeures en des lieux plus favorables, un peu à l'ouest de leur nouveau monastère ; le terrain était compté aux nouveaux venus à l'aide d'une mesure appelée pain {empam), la ville nouvelle en prit le nom : la Ville des pams, Appamée, Ajipamice, plus tard Pamiers. De là aussi dans la suite la division de la nouvelle ville en six grands pams ou quartiers, représentés dans ses armoiries, division qui existait encore au xvin" siècle. Ces six quartiers étaient : le Mercadal, représenté dans le sceau par le lion ; les Trois Barris, par une tour ; le Camp, par les trois fasccs ; Villeneuve, par la fleur de lis ; Roumengous,i^iXY l'aigle à deux têtes, parce que les hospitaliers de l'ordre teutonique y eurent un hôpital ; Lominet, par un anneau. Quant au sceau de l'abbaye de Saint-
Antoniu, il représentait la barque légendaire avec une croix, une colombe et la tète de saint Antonin.
Auprès de la nouvelle ville de Pamiers s'élevait, sur un monticule isolé, un ancien castellum romain ; les comtes de Carcassonne, seigneurs du pays, l'avaient relevé; c'était le Castelat , àoni les maîtres furent souvent en querelle avec les abbés de Saint-Antonin, à propos des dîmes et redevances de Pamiers, qu'ils devaient partager également entre eux, par droit de paréage. Roger, comte de Foix, au retour de la croisade, y séjourna souvent, le fit réparer et en augmenta les défenses.
Cependant l'accroissement de la nouvelle cité fut rapide; dès 1118, les nouvelles constructions rejoignaient deux villages voisins et formaient un centre de population assez important pour que Roger III y réunît ses troupes, et pour qu'il eût une révolte à y comprimer, lorsque le scandale de sa mésalliance avec une simple bourgeoise de Provence souleva ses sujets contre lui. Vers la même époque, la concession de nombreux privilèges accordés à l'abbaye donna à Pamiers une importance religieuse qui en fait dès lors une ville historique. La femme de Raymond y réside pendant l'expédition de son mari en Palestine ; c'est là qu'elle décide l'alliance de son fils avec les Albigeois. Une assemblée des principaux chefs y fut tenue, les questions les plus radicales y furent agitées. «L'abbé et les chanoines tremblèrentcomme le jong en l'eau ; » mais, revenus de leur première frayeur, il ressaisirent leur influence sur la population de Pamiers, qui reçut sans combat Montfort et ses croisés en 1210. Deux ans après, en novembre 1212, Simon de Montfort, qui semblait avoir établi son quartier général dans la ville, y réunit une espèce de parlement de nobles, d'évêques et de bourgeois, pour rétablir l'ordre et la paix dans les provinces qu'il venait de ravager. Quelques années plus lard, en 1226, le roi Louis VIII venait en personne à Pamiers et y assemblait à son tour un concile composé de tous les évèques et barons du midi de la France. Le rôle politique joué par Pamiers, l'indépendance de la ville au milieu des divers pouvoirs religieux et civils qui s'y disputaient la prépondérance, lui valurent, dans cette période, de nombreux privilèges, qui accrurent encore son importance. Les comtes de Foix rivalisaient en cela de générosité avec les rois de France ; et les rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine, accep-
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talent le tarif fixé par les consuls de Pamiers pour les droits d'importation des vins de leur terriloirc, qui ôtniont alors en grande réputation, à lî(ir(li\-iiix.
Philippe le llnrdi s'arrèle à Pamiers eu revenant du siège de Foix, en 1272, et comme signe de réconcilia lion avec son vassal, renouvelle la cession de la ville aux héritiers de Roger-Bernard. Il semble que Pamiers, à celte époque, ne peut rester en dehors d'aucune des grandes querelles qui agitent la France. La création d'un évêché à Pamiers, en 1296, détermine l'explosion de la haine sourde ([ui existait depuis longtemps entre Boniface VIII et Philippe le Bel. Le pape nomme au nouveau siège, sans consulter le roi, nn homme de lutte, l'Aragonais Bernard de Saisset-Cortin, de Saint-Agne, chancelier de l'église de Toulouse, alors abbé de Saint-Antonin, plus connu sous le nom de Bernard Saissetli, et lui impose la mission d'aller rappeler à Philippe la promesse qu'il a faite de se mettre à la tète d'une croisade. Bernard remplit sa tâche avec tant de hauteur et d'àcreté, il fait au roi de si arrogantes menaces, qu'il détourne momentanément sur lui la colère de Philippe.
Celui-ci dissimule pendant quelque temps, prend l'avis des légistes, puis, nuitamment, il fait saisir révoque dans son palais; on le conduit à Toulouse, et de là à Senlis pour y être jugé et condamné à la détention.
Bernard en appela de sa condamnation au pape, qui refusa de la sanctionner; la lutte prenait de graves proportions, et c'est pour appeler à son aide toutes les forces de la nation, dans ce combat contre la papauté, que Philippe le Bel convoque, en 1302, pour la première fois, les états généraux. Les juifs et les hérétiques payèrent à Pamiers les frais de ce procès. Le xiv siècle est tout rempli de cruelles persécutions et d'exécutions plus barbares encore. L'événement capital du siècle suivant est la lutte entre les vicomtes de Narbonne et la maison de Navarre se disputant la possession du comté de Foix. En 1486, les troupes narbonnaises mirent Pamiers à feu et à sang, ravageant, pillant, violant et massacrant avec une cruauté inouïe, sans distinction d'âge ni de rang; mais bientôt un homme d'énergie et de résolution, un bourgeois, Pierre Buffère, échappé au massacre général, vient pendant la nuit surprendre la ville, qu'il délivre: il court à la prison, et a la joie d'y retrouver encore vivant son ami Rabouite, un des
I plus honorables citoyens de la ville, qui, à cause de sa courageuse résistance et de sa fidélité, avait été jeté dans les fers et livré aux plus horribles tortures. Cette lutte, connue dans l'histoire de la France méridionale sous le nom de guerres narbonnaises et albridenques, lutte qui devait se terminer au profit de la maison de Navarre, se prolongea encore plusieurs années ; mais Pamiers n'en fut plus le théâtre. C'est une querelle tout intime, (jui, un demi-siècle plus tard, troubla la paix de la ville, au sujet de l'ouverture d'une école tenue par les jésuites. Les opposants du xvi" siècle gagnèrent momentanément la partie, les jésuites furent contraints de quitter Pamiers. Ils y rentrèrent bientôt avec les discordes civiles et les guerres rehgieuses qui ensanglantèrent cette malheureuse époque.
En n'acceptant que comme unindicecjtte disposition des esprits si évidemment hostile aux envahissements du clergé, en rapprochant de ce fait les nombreuses preuves d'indépendance et de mutinerie même que la population de Pamiers avait don nées; en se reportant, d'un autre côté, à l'influenceséculaire qu'une riche abbaye et un siège épiscopal prêtaient aux idées do tradition et d'orlliodoxie, on se figurera facilement dansquel périlleux antagonisme l'apparition delaRéforme dut placer les consciences et les esprits. Un épouvantable fléau, une peste qui décima la population, ajourna l'explosion; le fanatisme sanguinaire du gouverneur Paillés recula devant une aggravation des rigueurs célestes ; il épargna quelque temps une ville que Dieu lui-même se chargeait d'éprouver si cruellement. Telle était la terreur inspirée par ce grand persécuteur, que ce touchant aveu échappe à la résignation d'un contemporain: « Il lui est plus doux, dit-il, de tomber entra les mains de Dieu que des hommes. » La trêve toutefois ne fut pas de longue durée; le motif le plus futile servit de prétexte au début des hostilités : un bal public que les autorités voulurent faire fermer, une protestation des danseurs qui amena une rixe, mirent la ville en feu. Les protestants, d'abord vainqueurs, se laissèrent prendre à des oITres de réconciliation qui leur furent faites, et ouvrirent les portes aux capitaines Sarlabous et Barnave, chargés de leur châtiment. Les promesses de pardon furent oubliées, et un grand nombre d'habitants partirent pour l'exil, quittant leur patrie, qu'ils ne revirent que sous la sage et conciliante administration de Jeanne d'Albret.
Quant au monastère de Saint-Antonin, il avait lellenieut été pillé et ruiné, en ISSQ, par les calvinistes, commandés par le sire d'Audou, qu'aujourd'hui à peine est-il possible d'en retrouver quelques traces au milieu des vignes qui l'ont remplacé. Les reliques de saint Antonin, sauf la tête qui est conservée à Rodez et le bras droit avec l'épaule conservés à Palencia en Espagne, avaient été transportées au xv° siècle du monastère dans l'église du Mercadal, devenue la cathédrale. Ces reliques furent anéanties par les religionnaires en 1.561, lorsqu'ils s'emparèrent de Pamiers.
Ce n'était cependant pas la dernière épreuve qui fût réservée à Pamiers, dans ce siècle d'agitations et d'srages. Un coup de main organisé par quelques gentilshommes gascons, au nombre desquels on cite de Lamesan, deLussan et de Maure, livra pendant quelque temps ses faubourgs aux rancunes catholiques. Pendanlles guerres de religion, en 1627 et 1628, Pamiers tomba tour à tour au pouvoir des troupes calvinistes du duc de Rohan,et fut repris après sept jours d'assaut par le prince de Condé et le maréchal Henri II de Montmorency, décapilé plus tard à Toulouse. Du règne de Henri IV date, pour Pamiers, une ère de paix réparatrice qu'aucun événement notable n'est venue troubler.
Pamiers, la ville la plus importante du déparlement et dont la prospérité s'accroîtde jour en jour, est une ville d'un aspect agréable; bâtie sur la rive droite de l'Ariège, ses rues sont larges et bien percées : elle est entourée de canaux qui fournisisent une force motrice aux forges et aux usines. L'élégance presque moderne de la ville n'a été obtenue qu'aux dépens de ses anciens monuments.il ne reste plus rien du vieux château qu'une motte très élevée qui supportait jadis le donjon, et qui, en souvenir sans doute, a gardé le nom de Castelat. Cet emplacement domine l'évêché, le collège, la cathédrale , il offre aux promeneurs un des plus magnifiques panoramas qui se puissent imaginer. Le collège, un des meilleurs collèges communaux du midi de la France, le palais de justice, triste édifice en briques, une belle halle, le petit séminaire, l'évêché et la cathédrale sont, avec une très belle caserne, les seuls édifices à noter. La cathédrale, qui a été reconstruite par Mansart, est dominée par" une tour massive crénelée, surmontée d'un clocher octogonal. L'église Notre-Dame-du-Camp rappelle, par sa façade sévère, les constructions à la fois militaires et religieuses du xni" et du xiv^ siècle
dans le Midi. C'est à Pamiers (|ue sont établis les forges et hauts fourneaux de la Société métallurgique de l'Ariège; ses vastes ateliers couvrent une; superficie de 12 hectares et n'occupent pas moins de 1,800 ouvriers. On y fabrique : les fontes, les fers fins marchands, povir la taillanderie et l'agriculture, les aciers fondus et naturels, les articles de chemins de fer, tels qu'essieux de wagons et de locomotives, roues montées, ressorts pour voitures et wagons, tampons, tenders, plaques de garde, le matériel de guerre pour l'artillerie, etc. Pamiers possède encore trois importantes minoteries, dont une montée d'après le système anglais, des scieries mécaniques, une papeterie et une fabrique de carton, des tanneries, des fours à chaux, quelques tissages et filatures; la culture maraîchère y est très développée et d'un grand rapport; .ses marchés et ses foires sont très importants et elle fait un commerce considérable.
Les vins de Pamiers sont estimés comme bons vins d'ordinaire; ce sont les Sarrasins qui, les premiers, couvrirent de vignes les coteaux voisins ; ils avaient dans ce pays un établissement protégé par un château fort dont le nom de Caslelmascar, que porte encore une des rues de la ville, consacre le souvenir.
Ses armes qui, comme nous l'avons dit, rappellent sa division en six pams ou quartiers, sont : •parti de 5 et covpé de 2. Le i" de gueules ait, limi d'argent ; le %" d'azur à ime fleur de lis d'or ; le 3° d'argent à trois fasces de guetiles ; le 4° de gueules à un aigle à deux têtes d'argent; le S" de gueules au château d'argent; le 6" d'or à un arire de sinople.
MiREi'Oix. — Mirepoix [Mlirapicis, Mirapech), à 24 kilomètres à l'est de Pamiers, chef-lieu de canton de cet arrondissement, peuplé de 4,0S7 habitants, possédant un collège communal, est une petite ville autrefois fortifiée, qui fut le siège d'un évêché, et qui, faisant partie du haut Languedoc, dépendait de l'intendance de cette province, du parlement et de la généralité de Toulouse.
L'origine gauloise de Mirepoix, sans être encore incontestable, nous semble beaucoup mieux établie que les prétentions de Foix et de Pamiers ; plusieurs historiens voient en elle la capitale d'une peuplade celto-ligurienne citée par Pline sous le nom de Tascodunltari. Toutefois, d'après celte donnée, si la ville actuelle n'est aulre que l'ancienne
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cité gauloise, il faut reconnaître qu'elle a subi deux transfurmalions à peu près complètes.
Elle dut disparaître sous les invasions des barbares dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, sans qu'aucun document historique nous donne le moindre éclaircissement sur cette catastrophe. Elle l'ut rebâtie vers l'an 1000 sur la rive droite du Lers, entre la rivière et le coteau, sous la protection d'un château fort qui venait d'y être construit, et dont on voit encore des restes imposants; elle prit alors de sa position même le nom AeMirapech (qui regarde la montagne), Mira])ic,àùi\\. on a fait Mirepoix. En 1289, une épouvantable inondation du Lers, grossi encore par le débordement et la rupture du lac de Puivert, détruisit la ville de fond en comble ; une partie des habitants y périt, ceux qui échappèrent se réfugièrent sur la rive droite de la rivière et y construisirent le Mirepoix qui existe aujourd'hui.
Ce déplorable événement fit moins encore pour
la célébrité de la ville que les retentissantes calamités de la guerre.
Pendant la grande lutte des Albigeois, Roger, seigneur de Mirepoix, tenait, ainsi que le comte de Foix, pour les hérétiques. Simon de Montfort vint assiéger la place, qui lui opposa une vigoureuse résistance. Le 22 septembre 1209, le château fut pris ; les vainqueurs le donnèrent en récompense de sa valeur et des services qu'il avait rendus à l'un de leurs compagnons, Gui de Lévis, auquel ils décernèrent en outre le titre de maréchal de la Foi, confirmé plus tard par le roi et le pape. Les terres environnantes furent jointes au château, à la ville et au titre ; tout cela, sauf la dignité de maréchal, était pris sur les Etats des comtes de Foix. Leur attitude pendant la guerre expliquait les procédés un peu rigoureux dont on usait envers eux; mais, lorsque la réconciliation fut faite, lorsque quelques expéditions en terre sainte eurent fait oublier les torts passés, la maison de Foix 51» — Ar.iÈGE, 4"^ Liv.
Ly\ FRANCE ILLUSTREE
voulut reconqucrir ce qu'elle avait perdu. Raymond-Roger prépara une expédition coirtre les successeurs de Gui de Lévis, et, malgré les rigueurs de l'hiver, en 1223, il alla mettre le siège devant Mirepoix. Son adversaire avait la conscience de l'infériorité de ses forces ; lui-même, de son côté, se souciait peu de ruiner ou de détruire des domaines qui allaient redevenir les siens : on ouvrit donc des négociations. Le seigneur de Lévis conserva Mirepoix, mais se reconnutvassal des comtes de Foix. Les bases de ce traité ne furent pas longtemps respectées. Raymond mourut bientôt des suites d'une maladie contractée pendant les travaux du siège : son successeur ayant, comme nous l'avons dit ailleurs, fait hommage lige de son comté au roi de France, le sire de Mirepoix prétexta de cette espèce d'abdication pour se soustraire à la vassalité qu'il avait été obligé de subir sous Raymond et reconquérir son indépendance. Depuis cette époque jusqu'à la Révolution de 1789, le domaine de Mirepoix est resté aux mains de la famille de Lévis et le château est demeuré leur résidence la plus habituelle. Au xvi" siècle, un surnom redouté fut donné au vieux manoir féodal, celui de Terrkle: c'était le nom d'une baronnie apportée dans la maison de Mirepoix par l'union d'Ursule de Lomagne avec Jean, treizième seigneur de Mirepoix. La réunion du nom des deux familles était une des conditions du contrat, et le premier seigneur de Mirepoix-Terride s'acquit une telle célébrité dans son temps que son double nom resta au château qu'il avait habité. Si l'édifice y gagna quelques souvenirs de plus, il y perdit aussi de son importance ; car, à dater de cette époque, les seigneurs du lieu partagèrent leur séjour entre Mirepoix et Lagarde, autre résidence située à 8 kilomètres de là.
Il ne faut pas que l'histoire du château de Mirepoix ni celle de la puissante famille à laquelle il dut une si grande part de son illustration nous fassent oublier les événements dont la ville fut le théâtre.
On sait que sa translation et sa reconstruction sur la rive gauche du Lers remontent au xni" siècle; les accroissements de la nouvelle cité durent être considérables et rapides, puisque le siècle suivant, en 1318, nous la voyons dotée d'un évêché. Moins de cinquante ans plus tard, son opulence excite la cupidité d'une de ces bandes de pillards si puissamment organisées au moyen âge, et qui,
sous la conduite d'un chef audacieux, nommé Jean Petit, surprit la ville en 1363, enleva tout le butin susceptible d'èlre transporté, cl laissa derrière elle en se retirant la dévastation et l'incendie.
Les fossés et les remparts, dont quelques traces se distinguent encore, mais qui pour la plupart ont été convertis en magnifiques boulevards, datent de ce temps ; ces travaux de défense furent entrepris pour empêcher le renouvellement de pareilles catastrophes. Les discordes religieuses eurent peu de retentissement à Mirepoix, la maison de Lévis ayant de bonne heure embrassé la foi protestante. Les évoques, de leur côté, se montrèrent tolérants et pacifiques; le dernier d'entre eux, M. de Cambon, signala son passage par une pieuse et utile fondation ; on lui doit la construction d'un vaste hôpital terminé seulement en 1789. L'administration civile, rivalisant de zèle, jetait sur le Lers, à la même époque, un beau pont en pierre de taille et à sept arches, bâti d'après le système du célèbre architecte Peyronnet et sur les plans de l'ingénieur Garigny.
Cette tardive sollicitude pour les intérêts publics ne put désarmer les rancunes locales quand éclata la Révolution. Tout ce qui rappelait le règne de la féodalité fut renversé ; l'évêché fut supprimé par le Concordat de 1801, et son diocèse réuni à celui de Ramiers.
Quelques débris du vieux château, les bâtiments de l'ancien évêché, l'église paroissiale, remarquable par les sept chapelles qui entourent le chœur, et par la flèche de son élégant clocher, l'hospice et le pont dont nous avons parlé, sont, avec l'hôtel de ville, les principaux monuments que nous ayons à citer. La ville est propre, bien bâtie, entourée de jolies promenades, et d'un aspect agréable. Son commerce consiste principalement en céréales, bestiaux et \olailles. L'industrie y est représentée par des fabriques de toiles communes, de laines, de serges, de grosse draperie, de couvertures, de savon, une filature hydraulique de laine, quelques exploitations de mines de fer, de houille et de jaïct.
Mirepoix est la patrie de l'astronome Vidal et du maréchal Clausel.
Le Mas-d'Azil. — Le Mas-d'Azil [Asilmn, Mansus Âsili), arrondissement et à 28 kilomètres de Pamiers, chef-lieu de canton peuplé de 2,521 habitants, est une petite ville que les comtes de Foix
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firenl fortifier en 1303. L'épisode le plus rcmar- (luable de son histoire se rattache aux guerres de religion. La population tout entière était calviniste: en 1625, le maréchal de Théniines voulut s'emparer de la place ; il vint en faire le siège à la tète d'une nombreuse armée catholique. Les habitants euxmêmes, ne se croyant pas assez forts pour résister à un si redoutable ennemi, offrirent de se rendre, pourvu qu'on épargnât à leur ville les horreurs du pillage. Le refus qu'ils essuyèrent leur inspira le courage du désespoir ; ils résolurent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Leur résistance fut, en elTet, héroïque; dans l'espace d'un mois ils repoussèrent trois assauts et forcèrent Théniines à se retirer. Plus tard cependant la ville fut obligée d'ouvrir ses portes aux catholiques ; mais les conditions de la capitulation furent moins rigoureuses, et les fortifications seules furent sacrifiées.
Le Mas-d'.\zil est situé sur les bords de l'Arize, dans un vallon très fertile entouré de hautes montagnes. Sur le sommet de deux d'entre elles, au nord et à l'est, on trouve deux dolmens bien conservés. Le seul monument que possède la ville est son église paroissiale,, dépendante autrefois d'une abbaye de Saint-Benoît, dont la seule trace est une mosa'ïque découverte sur l'emplacement dcl'ancien monastère. La caverne de l'Arize, que traverse maintenant la route do Saint-Girons à Pamiers, à cause de sa proximité, est une des curiosités que la ville pQiit revendiquer comme siennes. C'est une ouverture creusée par l'eau et le temps à travers un âpre et énorme rocher : l'Arize se précipite dans cet antre avec un effroyable fracas ; en suivant son cours, on arrive dans la caverne, dont un pilier de roc soutient au milieu les voûtes immenses ; on pénètre de là dans une seconde grotte plus obscure et plus profonde qui servit d'asile dans les anciennes guerres; elle était alors fermée par un mur, et la pierre mobile qui servait de porte a conservé l'empreinte des armes de la maison de Foix. Non loin de là, à Camarade, est une source salée, et, plus près encore de la ville, une mine de lignite non exploitée. L'industrie du Mas-d'Azil consiste dans des fabriques d'alun, de couperose et de peignes de bois, dans quelques filatures de laine et carderies, des forges et une usine à fer. Ses foires et marchés ne manquent pas d'importance.
Saveudun. — Saverdun, station de la ligne de
Toulouse à Tarascon, chef-lieu de canton, peuplé de 4,008 habitants, à 1.5 kilomètres au nord de Pamiers, chef-lieu de son arrondissement, passe pour une ville d'origine gauloise. Ce qui est certain, c'est que dans les fondations de ses anciens édifices on retrouve très fréquemment des médailles et des monnaies grecques et romaines. Les premiers documents précis que l'on possède sur son histoire se rattachent à la période féodale. Assiégée par Simon deMontfort pendant la guerre des Albigeois, elle opposa une si vigoureuse résistance, que le grand persécuteur des hérétiques fut obligé de se retirer. Saverdun fut réuni de bonne heure au comté de Foix ; il existe, à la date du 1" février 1285, un acte émané de Roger-Bernard, et donnant à Arnaud Noël, docteur en droit, l'autorisation de construire un hôpital, fondé en effet le 12 février 1289 et doté par le comte de Foix. La ville, située sur la rive gauche de l'Ariège, est agréable et bien bâtie; elle a conservé quelques débris de ses anciennes fortifications. Ce sont, avec l'hôpital dont nous avons parlé et la maison où naquit le pape Benoit Xll, toutes ses richesses archéologiques.
Elle n'est pas beaucoup mieux partagée sous le rapport industriel, elle ne possède que quelques tuileries et des scieries hydrauliques de planches, une usine à fer et des minoteries. Ses principales ressources sont dans les transactions commerciales qui s'opèrent dans ses foires et dans ses marchés, lesquels ne manquent pas d'importance.
Lag.\rde. — Lagarde, sur une colline qui domine la rive gauche du Lers, à 8 kilomètres au sud-esl de Mirepoix et 34 à l'est de Pamiers, est une commune de 562 habitants qui possède une belle filature et dont le territoire recèle des gisements de plomb argentifère, d'or et de cuivre. Elle est dominée par les restes d'un important château qui défendait autrefois l'entrée des vallées du Lers et delaTou'ire, etqui appartenait à la famille deLévis. Simon deMontfort s'en empara en 1311 et en fit une de ses places d'armes dans le Languedoc , plus tard, au temps des guerres de religion, il fut pris et repris par les catholiques et les religionnaires ; il servit d'asile à ces derniers et fut démantelé par ordre de Richelieu. Plus tard encore, au xvu<^ et au xvui'= siècle, on le répara ; il fut transformé en habitation de plaisance, et définitivement ruiné à la Révolution.
11 se composait de quatre grandes tours d'angle, de forme carrée, et reliées entre elles par des courtines et des bâtiments d'habitation aux logis desquels on accédait par une tour ronde qui contenait l'escalier. Quatre bastions, formés par des tours rondes très basses, défendaient l'approche des grandes tours; des souterrains faisaient communiquer toutes les défenses entre elles ; un double fossé protégeait les approches du château qui reposait sur une terrasse d'oii l'on jouit aujourd'hui d'une vue admirable sur les environs.
Vals. — Vais, situé sur la rive droite du Lers, presque à moitié chemin entre Pamiers (ISkilom.) et Mirepoix (12 kilom.), est une petite commune de 189 habitantsdont l'église, en partie tailléedans le roc, est Ires curieuse à visiter. On y entre en y descendant du rocher sur laquelle elle s'appuie, en pénétrant dans une ouverture pratiquée de main d'homme. Une autre porte y donne accès; celle-ci est fermée par deux quartiers de roche qui s'appuient l'un sur l'autre, et l'on y parvient de la rue du village en montant un escalier; une tour, qui semble reposer sur le roc, sert de clocher. Ce lieu est l'objet d'un pèlerinage très fréquenté.
Varilhes. — Varilhes, station de la ligne de Toulouse àTarascon, àOkilomètresau sud de Pamiers, chef-lieu de canton peuplé de 1,637 habitants, serait d'origine fort ancienne, s'il est vrai qu'on doit l'identifier avec la Villa Saxosa des anciens itinéraires. Ce qui est plus certain, c'est qu'autrefois elle était beaucoup plus importante qu'aujourd'hui; elle avait un château et elle était fortifiée. Les habitants incendièrent eux-mêmes le château en 1211, pour le soustraire à la domination de Simon de Montfort; mais celui-ci, arrivé à temps, éteignit l'incendie et s'empara de la ville et du château. Le comte de Foix reprit le château, et comme Gui de Montfort, frère de Simon, venait l'y assiéger, il fut atteint d'une flèche et tué sur le coup. Plus tard, Varilhes fut disputé entre les catholiques et les protestants, et Richelieu, après avoir fait ruiner le château et abattre les fortifica-
tions, fit pendre 40 religionnaires aux noyers de la place. Varilhes possède des forges ; mais c'est surtout une commune agricole. Les rues de Varilhes sont-elles encore mal pavées et le vin de son territoire est-il toujours aussi dur? Espérons qu'il n'en est rien et qu'aujourd'hui l'ancien proverbe : Dieu nous préserve du vin et diipavé de Varilhes! a tort.
Mazèues. — Mazères, station de l'embranchement de Boussens à Saint-Girons, dans le canton de Saverdun, sur la rive gauche du Lers, est une petite ville de 3,620 habitants, située à 17 kilomètres au nord-est de Pamiers. Ce n'était guère qu'un pauvre village lorsque, en 1251 , Bérenger, abbé de Boulbone, en fit une ville où, bientôt après, les comtes de Foix bâtirent un château qui devint leur résidence favorite. C'est dans ce château que Gaston- Phœbus écrivit son livre sur la vénerie ; c'est encore dans ce château qu'il reçut, en 1390, le roi Charles VI, à qui il offrit de magnifiques présents , c'est enfin dans ce château que naquit Gaston de Foix, le vainqueur de Ravenne. Au temps des guerres de religion, il fut, comme tant d'autres, pris et repris, et Richelieu le fit démolir en 1634; il n'en reste que quelques pans de murs que se disputent le lierre et les pariétaires, et une petite tourelle lézardée.
Les anciennes fortifications de Mazères ont été converties en beaux boulevards ; la ville est régulièrement bâtie, les rues s'y coupent à angle droit , elle possède une église protestante ; les habitants s'y livrent principalement aux travaux agricoles.
A 3 kilomètres au sud-est de Mazères et dans la plaine formant alors une immense forêt, mais aujourd'hui couverte de galets, qui s'étend entre l'Ariège et le Lers, était située la célèbre abbaye de bénédictins de Bolbonne ou Boulbone, dans laquelle Simon, de Montfort consacra son épée à Dieu avant la bataille de Muret. Cette abbaye, qui était l'une des plus importantes de la France, fut entièrement ruinée par les religionnaires, en 1567, et reconstruite plus tard, en 1652, sur le territoire de Cintegabelle (Haute-Garonne), au confluent de l'Ariège et du Lers
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