‹ La France illustréeChapitre 232 sur 301 · COURS D .ASSISES · texte numérisé non relu

COURS D .ASSISES

I Rapport du nombre des accusés à

la population. . I sur 17.983 hab.

Nombre total des accusés. ... 23

Infanticides.

Rapport du nombre des infanticides à celui des enfants naturels 1 sur 356

Nombre total i

Suicides.

82« I Rapport des suicides au chiffre de

la population. . 1 sur 27.588 hab.

I Nombre total 15

79' I Rapport du nombre des accusés à

la population . . 1 sur 44.867 hab.

Nombre total 9

Tribunaux correctionnels.

37e ] Nombre des alTaiies i.r.S3

Nombre des prévenus. . . . 1,999

Nombre des conJ.ininis. . . 1.SD7

Procès.

.\lTaires civiles (5) 5.920

.affaires commerciales (6'. . 1.044

I Faillites (7) 20

Paupérisme.

Rapport des indigents au chiffre de la population. . . 1 sur 58 hab.

Nombre total 7.106

Bureaux de bienfaisance. . 167 Hôpi'.aux et hospices. ... 10 .\liénés à la charge du département 336

Sociétés dosecoursmutuels. 29

Contributions directes (8)

I tonciere

Personnelle et mobilière Portes et fenêtres. . . .

(1) Les chilTres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à r.4iiiii«iii-e slalislique de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.

(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1876, qui a négligé ce point de vue.

Ciille calUoliquc. — Évêché à Rodez, suffragant de la métropole d'.\lbi. Le diocèse de Rodez, qui comprend le département tout entier, compte 51 cures. 617 succursales et 2"37 vicariats rétribués par l'Etat. Les congrégations et communautés religieuses répan- 'Ittes dans le département étaient, avant isso, au nombre de 56 : 10 pour les hommes, 46 pour les femmes.

CxiUe réformé. — Le département possède à Saint- Affrique une église consistoriale divisée en 5 sections, desservies par 8 pasteurs.

(3) Le département relève de l'académie de Toulouse. Lycée à Rodez; collèges communaux à Millau et à Villefrançhe: 5 ét'ablissements libres pour l'enseignement secondaire. Ecole normale d'instituteurs primaires et cours normal d'institutrices à Rodez.

Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, l'Aveyron occupe le 53" rang. Il occupe le 11' rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.

(4) Au point de vue judiciaire, le département de l'Aveyron rcs sortit à la cour d'appel de .Montp-'-llicr. Rodez est le siè'ge de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance et celui de Rodi-z est composé de deux chambres; des tribunaux de commerce sont établis à Millau, à Rodez, à Saint-Affrique et à Saint-Geniez-d'Oll.

(5) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.

(6) Ce chiffre comprend les affaires contentieuses à juger pendant l'année.

(7) Terminées pendant l'année.

(8) Trésorier-paveur généra! à Rodez, receveur particulier dans chaque chef-lieu d^arrondissement; 64 percepteurs.

BIBLIOGRAPHIE

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Analyse chimique des eaux minérales ferro-magnésiennos de Cransac, par Henry et Pommaréde. In-8*.

L'ancien hôpital d'Aubrac, par l'abbé Dousquet. In 8* et gra vures.

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Rodez, Villefranche, Espalion, Saint-Affrique, Millau, au

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Notice sur les eaux minérales naturelles de Cransac, par Ducûux. In-8*.

Notice historique sur Sévérac-le-Château et Loupiac, par l'abbé Bousquet. In-8*.

Notice historique sur Saint-Geniez d'OIt, par l'abbé Bousguet. In-8*.

Simples récits historiques sur Espalion, paryl/fi-ê, avocat.

In-8".

Documents historiques et généalogiques sur les familles et

les hommes remarquables du Rouergue, par //. de Barrau.

4 vol. in-8'.

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Annales des mines.

Bulletin monumental de M. de Caumont.

Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron.

Feuilles 195, 196,206,207, 208, 219, 220, 231, 232 de la grande Carte de France dite de l'État.major, publiée par le Dépôt de la guerre.

Carte du Rouergue.

Carte de Cassini.

Cartes extraites de celle du Dépôt de la guerre.

Carte du département de l'Aveyron, par M. Gommier.

Cartes du département de l'Aveyron, par Charle, Dufour, Duvotenay, Fremin^ Logerot, Ad. Joanne,

Paris. — Imp. V P. Lirousse et C, 19, rue Moutpornasse. — Jdleb ROUFF et C'e, Éditeurs,

BOUCHES-DU-RHONE

Chef-lieu : MARSEILLE

Superficie : 5,105 kil. ceirrés. — Population : 556,379 habitants. 3 Arrondissements. — 27 Céintons. — 109 Communes.

DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Situation, limites. — Le département des Bouches-du-Rhônc appartient à la région maritime du sud-est de la France; il dépend du bassin du Rhône et tire son nom de sa position à l'embouchure de ce beau fleuve dans la .Méditerranée. Son territoire faisait, avant 1790, partie de la basse Provence.

Ses limites sont : au nord, le département de Vaucluse, dont il est séparé par la Durance; à l'est, celui du Var; à l'ouest, le Rhône et l'un de ses bras, le Petit-Rhône, qui le séparent du département du Gard ; au sud, la mer Méditerranée. '

IVature du sol» plaines, montagnes»

côtes et îles. — Ce département présente des collines et des montagnes entrecoupées de vallées, au nord et à l'est; à l'ouest, il offre de vastes plaines alluvionnaires, telles que la Camargue et la Crau.

Les montagnes qui le couvrent ne sont guère que les derniers gradins des contreforts occidentaux des .\lpes Maritimes et des Alpes de Provence; elles se rattachent à cinq chaînes principales, qui sont : la chaîne des Alpines, entre la Durance et le canal de Craponne; ses sommets principaux sont : les Roupies, 492 mètres, et le signal de la Chaume, 386 mètres; la chaîne de la Trévaresse, entre la Durance et la Touloubre; ses sommets principaux atteignent de 480 à 320 mètres, Saint-Jean-de-Trévaresse a 482 mètres; la chaîne Sainte-Victoire, entre la Durance, la Touloubre et l'étang de Berre, sommet principal, le mont Sainte-Victoire, point culminant de tout le département , 923 mètres ; la chaîne de l'Étoile, entre l'Arc, THuveaune, l'étang de Berre et la mer ; points culminants : le mont .Mimet, 738 ; le Pilon-du-Roi, 712; l'Étoile, 593; Notre-Dame-des- Anges, 346, etlaCroix-de-Gardelaban, 714 mètres; et la chaîne de la Sainte-Baume, qui s'étend dans

France illustrée. 20.

le département sur une longueur de 30 kilomètres , points culminants : la Lare 7'i7 mètres; le mont Carpiagne, 3 1 1 ; le mont de Saint-Cyr, 656 , le mont de Canaille, 416 ; le mont de la Gardiole, 548 ; le mont Puget, 633, et le mont du Sémaphore, 467. La montagne de Notre-Dame-de-la-Garde a fait jadis partie de cette chaîne, ainsi que l'atteste sa constitution géologique; elle en est aujourd'hui séparée par l'Huveaune. Toutes ces chaînes sont calcaires et ne laissent voir, ni à leurs plus hauts sommets, ni dans leurs plus grands escarpements, la roche primitive qu'elles surmontent et recouvrent de toutes parts; les plateaux qu'elles forment sont généralement stériles.

Le Rhône, en se divisant entre Trinquetaille et Fourques, forme entre ses deux bras un vaste delta qui s'appuie sur la Méditerranée; c'est la plaine de la Camargue [CaiiMarii Ager, Castra Mariana), que l'on a souvent comparée aux pampas et aux savanes de l'Amérique, et dont on évalue la superficie à plus de 70,000 hectares, dont 13,000 a peine sont cultivés ; elle présente des marais ou des étangs fdont le plus important est celui de Valcarès), que peuplent une foule d'oiseaux aquatiques, quelques parties fertiles et agréablement cultivées sur les bords du fleuve et d'immenses herbages ou pâturages qui nourrissent des troupeaux de chevaux, de bœufs et de moutons à demi sauvages. Le terrain est un dépôt limoneux, formé d'un mélange de silice, d'alumine, de débris calcaires et d'oxyde de fer, le tout recouvert d'une couche d'humus où l'on ne rencontre pas la plus petite pierre ; les galets sont entraînés vers la mer. La Camargue s'accroît tous les jours des apports que le Rhône enlève aux montagnes dans la partie supérieure de son cours.

Entre le Petit-Rhône et le canal de Silvéréal est un second delta connu sous le nom de Petite Camargue, le sol en est absolument de même nature.

8» — Bouches-du-Rhône, 1" Lir.

La Crau, en provençal la Craou (champ pierreux), est une vaste plaine triangulaire d'environ 120 kilomètres carres de superficie, située entre le Rhône, le canal de Martigues , l'étang de Berre , la chaîne des Alpines et la mer; elle présente l'aspect d'un petit golfe qui paraîtrait avoir été jadis une anse du grand golfe de Lion , comblée par les alluvions. La plaine de la Crau est couverte de galets ou cailloux roulés de toutes grosseurs, que les habitants désignent sous le nom de sistres. Le plus ancien terrain de cette plaine confine la Durance. Cette rivière, selon toute apparence, y coulait jadis et se jetait à la mer par ce golfe qui, probablement, recevait aussi le Rhône et la Touloubre. Gonflée par une cause quelconque, la mer éleva ses eaux au-dessus de son niveau et refoula ces fleuves vers leurs sources ; leurs cours furent changés, et les galets, repoussés par la mer, formèrent, par leur accumulation, un poudingue qui se recouvrit d'un calcaire coquillier. La mer, après avoir fait ces dépôts, couvrit encore la plaine de la Crau ; enfin, en se retirant, elle laissa dans les creux une partie de ses eaux, qui y formèrent des étangs. Arrosée par le canal de Craponne et traversée dans toute sa longueur par le chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, la Crau est aujourd'hui en partie défrichée ; ses bords, entre autres, sont assez bien cultivés et nourrissent une quantité de bestiaux ; mais le centre n'offre qu'un champ immense, couvert de différentes couches de terre roussâtre et brune mêlée avec une quantité innombrable de cailloux de divers calibres, depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celle d'une courge.

L'étendue de toute la côte maritime du département est d'environ 200 kilomètres depuis l'embouchure du Petit-Rhône, à l'ouest, jusqu'au cap Saint- Louis, à l'est, en suivant tous les contours, ou bien de 160 kilomètres en ligne directe. Ces côtes sont basses le long du Rhône et escarpées dans toutes les autres parties; sur leurs bords sont de vastes étangs ou plutôt des golfes peu profonds , qui communiquent à la mer par de simples décharges, ou par des canaux navigables ; elles présentent huit ports de mer : La Ciotat, Cassis et Port-Miou, Marseille, Carri-le-Rouet et Sausset, Ponteau (Martigues), Port-de-Bouc, dont le tonnage est d'environ 800 bâtiments jaugeant 160,000 tonneaux.

De ce déparlement dépend un petit archipel, composé de onze îles, qui s'étend au sud de Marseille; les six principales qui se succèdent du nord au sud sont : les îles de Ratonneau et de Pomègue, réunies

aujourd'hui par une chaussée et formant devant Marseille le port de la Quarantaine; et celles de Tiboulen, le Maire, Saros et Riou ; entre les deux premières surgit au milieu de la mer le rocher qui porte le château d'If. Ces îles sont habitées seulement par quelques familles de pêcheurs.

Le sol des Bouches-du-Rhône est en général peu fertile et se divise, d'après sa nature, en pays de montagnes, 183,000 hectares; sol de riche terreau, 16,600 ; sol calcaire, 24,000 ; sol de gravier, 8,000 ; sol pierreux, 113,000; sol sablonneux, 25,000, et sol marécageux, 23,200 hectares.

Hydrographie. — Les principaux cours d'eau qui arrosent le d(''partement sont : le Rhône, qui y est navigable; la Durance, son affluent; la Touloubre , l'Arc et l'Huveaune, qui se jettent, les deux premières, dans l'étang de Berre, la troisième directement dans la mer, au sud de Marseille.

Le Rhône (voy. Y Hydrogra]}hie du département du Rhône) sert de limite occidentale au département des Bouches-du-Rhône ; il y entre sur les territoires de la commune de Barbentane, à 870 kilomètres environ de sa source, après avoir baigné les départements de l'Ain , du Rhône, de l'Isère, de l'Ardèche, de la Drôme, du Gard et de Vaucluse. Sa pente, depuis son entrée sur le territoire du département jusqu'à la mer, est de 18 mètres, ce qui, pour une longueur d'environ 83 kilomètres de parcours, donne en moyenne une pente de 0,225 millimètres par kilomètre. Un peu en avant d'Arles, entre Fourques (Gard) et Trinquetaille, le Rhône se partage en deux bras qui forment le delta de la Camargue; celui de l'ouest, appelé le Petit -Rhône continue à servir de limite occidentale au département qu'il sépare de celui du Gard; il se partage lui-même en deux bras secondaires : à l'ouest, le Rhône-Mort, qui a été canalisé sous le nom de canal de Silvéréal, et à l'est, le Petit-Rliône ; ils comprennent la Petite Camargue; l'autre bras du Rhône pénètre dans le département en séparant la Camargue de la Crau ; ainsi que le Petit-Rhône, il se subdivise aussi en deux bras, le Grand-Rhône proprement dit, qui est le plus oriental et le seul navigable, et le Vieux-Rhône, qui est souvent desséché et se perd au milieu des lagunes de la Camargue.

La Durance prend sa source dans les Alpes, sur les frontières de la Savoie, traverse les départements des Ilautes-Alpes, des Basses-Alpes, sépare celui des

BOUCHES-DU-RHONE

Bouches-du-Rhône de celui de Vaucluse et vient, près de Darbentane, au-dessous d'Avignon, se jeter dans le lUiône sur sa rive gauche, après un cours d'environ 380 kilomètres, dont 9o appartiennent à la liniile septentrionale du département. Sa pente moyenne est presque de 3 millimètres par mètre ; cette rivière joint à la rapidilé d'un torrent la largeur d'un fleuve; elle n'est pas navigable, ses débordements sont fréquents et portent souvent la désolation sur ses bords. Ses eaux, peu profondes, laissent pendant l'été une partie do son lit à sec; on y voit alors une immense quantité de galets. Elle reçoit b^ Verdon, le Riaou.la Valubière et le Grand- Val lai.

La Toulûubre prend sa source dans les montagnes de la Trévaresse, au-dessus du village de Puyricard, passe à La Barben, à Pélisanne, près de Salon, et se jette dans l'étang de Berre, au sud de Saint-Chamas, après un cours d'environ 70 kilomètres.

L'Arc, que l'on passe sur un beau pont en allant d'Aix à Marseille, prend sa source dans le département du Var, à 4 kilomètres de Sainl-Maximin ; il passe à 2 kilomètres d'Aix, puis sous l'aqueduc de Hoquefavour, à Saint-Pons, et à 2 kilomètres de là il se jette dans l'étang de Berre après un parcours de 80 kilomètres dans le département. Celte rivière, qui ne reçoit que des torrents, grossit dans les temps des pluies et roule ses eaux limoneuses avec impétuosité en inondant souvent les campagnes voisines.

L'Iluveaune prend sa source dans le département du Var, sur le revers septentrional de la Sainte-Baume, entre Nans et Saint-Zacharie; elle arrose dans le département Auriol, Roquevaire et Aubagne et se jette dans la Méditerranée, au-dessous de Marseille, après un cours d'environ 36 kilomètres. Ses eaux, grossies de celles du Vallat, de la Vède, du Merlançon, du Faugé et du Jarret, sont abondantes et ne tarissent jamais; elles alimentent plusieurs canaux d'arrosage et sont conduites à Marseille par un aqueduc, pour y être distribuées par plusieurs fontaines.

Le département des Bouches-du-Rliùne renferme, dans sa partie occidentale, un grand nombre d'étangs; ils se divisent en trois espèces, savoir: !• ceux qui communiquent avec la mer; 2" ceux qui communiquent avec des courants d'eau douce; 3° ceux qui sont sans aucune communication. On pourrait en ajouter une quatrième : ce sont les/jaluds ou marais, anciens étangs à demi desséchés. Tous ces étangs se classent dans trois régions, qui sont celle des étangs de l'Arc, celle des étangs de

la Crau, celle des étangs delà Camargue. Les deux plus considérables sont ceux do \alcarès et de Berre ; le premier, ainsi appelé des vaches (|ui paissent les herbes salines de ses rivages, n'est qu'une ancienne baie de la Méditerranée; il couvre près de la moitié de la Camargue et il est sans communication avec la mer; sa partie méridionale, découpée en plusieurs petits étangs secondaires par des atterrissements, porte les noms d'étangs : de Monro, de Gniès, de la Consécanière, de Fournelet, du Lion, de Malagroy, d'Étang impérial, etc., etc. Le second, l'étang de Berre, situé entre la bouche du Rhône la plus orientale et Marseille, se décharge dans la mer par un passage d'une lieue et demie environ, appelé canal de Caronte ou canal de Martigues, qui aboutit au Port-de-Bouc, et traverse l'étang de Caronte; cet étang peut avoir de 20 à 22 kilomètres de longueur sur 8 à 14 de largeur et 3 à 10 mètres de profondeur. Sa partie méridionale porte le nom particulier d'étang de Marthe. L'étang de Berre, dans lequel sont les deux petits ports de Berre et de Sainl-Chamas, est un véritable goUe, aujourd'hui à peine sillonné par quehjues barques de pêcheurs, que quelques travaux de peu d'importance, pour creuser le canal de Caronte, qui le réunit à la mer, convertiraient en un immense port intérieur, ayant sept fois l'étendue de la rade de Toulon, et pouvant recevoir les plus gros navires. Un tel port rendrait d'importants services à noire commerce; il servirait d'entrepôt et de magasin général aux marchandises qui encombrent le port de Marseille, qui de là pourraient s'expédier vers tous les lieux de consommation à l'aide des canaux et des chemins de fer. Entre Martigues et la branche orientale du Rhône s'étend , dans une longueur du sud au nord de 20 kilomètres, une crique assez étroite qui communique avec la mer. La partie voisine de l'embouchure est appelée étang du Caban, l'extrémité opposée, étang de Galéjon; la partie moyenne, étang de Landres.

Les autres étangs du département sont ceux de Scamandre, des Baux, de MoUèges, de Meyranne, de Dézeaumes, dans l'arrondissement d'Arles ; ceux de Lavalduc, de l'Estomac, d'Engrenier, du Pourra et d'Entressen, de Caronte, de l'Olivier, dans l'arrondissement d'Aix. Les marais ou paluds de la Camargue sont ceux de la Grand-Mar, de Ilousty, de Saliers et de Sigoulelte.

Le département des Bouches-du-Rhône est abondamment pourvu de canaux. Ils se partagent en

trois classes : canaux de navigation, canaux d'irrigation et canaux d'écoulement ou de dessccliemcnt. A la première appartiennent : le canal d'Arles, qui, partant du Rhône un peu au-dessous de la ville dont il porte le nom, va se terminer au Port-de-Bouc, après un parcours d'environ 46 kilomètres , et le canal Saint-Louis, qui va du golfe de Fos à la tour Saint-Louis et doit être continué jusqu'à la ligue de Lyon à Marseille.

Les canaux d'irrigation sont : 1° le canal de Ca-aponne ou Crapponne, du nom d'Adam de Crapponne, son créateur, qui va de la Durance à l'étang de Berre, en se ramifiant en plusieurs branches dont l'une rejoint le canal d'Arles un peu au sud-est de cette ville; 2° le canal des Alpines, appelé aussi le canal deBoisgelin, qui parld'Orgon, surla Durance, pour aller rejoindre les canaux d'Arles et de Ciaponne; 3° le canal deLanglade, et 4°, le canal d'Istres; ces deux derniers ne sont que des ramifications du canal de Craponne ; 5" le canal de Marseille, qui amène les eaux de la Durance à Marseille et qui a 83 kilom. de longeur ; 6" le canal du Verdon, destiné à arroser l'arrondissement d'Aix, etc. On peut évaluer à 350 kilom. la longueur des principaux canaux; ils arrosent et fertilisent de leurs eaux le territoire de plus de 70 communes; plusieurs autres canaux sont encore en construction ou en projet.

Les canaux de dessèchement portent à la mer ou aux rivières les eaux des marais et des étangs ; quelques-uns onl l'apparence de véritables rivières; on les rencontre surtout sur la rive gauche du Rhône.

Voies fie eonimiinieatîon. — Le déparlement des Bouches-du-Rhône possède 5 routes nationales, d'un développement de 28o kilomètres; 20 routes départementales, 414 kilom.; 12 chemins vicinaux de grande communication, 382 kilom. ; 22 chemins vicinaux de moyenne communication ou d'intérêt commun, 302 kilom., et 670 chemins vicinaux ordinaires, dont le développement total atteint environ 1,960 kilomètres.

Les chemins de fer du département appartiennent au grand réseau de Paris-Lyon-Méditerranée. La principale ligne, celle de Paris à Marseille, y entre à quelques kilomètres en amont de Barbentane et dessert les stations de : Barbentane , Graveson, Tarascon (764 kilom. de Paris, 2.52 kilom. de Lyon), Segonnaux, Arles (777 kilom. de Paris, 265 kilom. de Lyon), Raphèle, Saint-Martin-dc- Crau, Entressen, Miramas, Saint-Chamas, Berre,

Rognac , Vilrolles , Pas-des-Lanciers , L'Estaque, (six stations de banlieue), .Marseille (863 kilom. de Paris, 341 kilom. de Lyon).

Cette ligne se continue sur Toulon et Nice en desservant dans les Bouches-du-Rhùne les stations de : La Blancarde (Marseille-Prado), La Pomme, Saint-.Marcel, Saint iMenet, La Penne, Canip-Mojor, Aubagne (17 kilom. de Marseille), Cassis et La Ciotat. A Aubagne, un tronçon de 17 kilomètres se dirige sur Valdonne en desservant : Pont-de-l'Étoile, Roquevaire, Auriol, La Bouilladisse et Valdonne.

De la ligne principale partent des embranchements : 1° de Tarascon à Saint-Remy ; 2° d'Arles à Fontvieille; 3° de Rognac à Aix par Roquefnvour; 4° de Miramas à Cavaillon, de Miramas à Bouc.

De Marseille part une ligne qui va rejoindre Grenoble par Aix, en desservant : Sainte-Marthe, Saint- Antoine, Septemes, Bouc-le-Pin, Siniiane, Gardanne, où elle se bifurque, d'une part, sur Aix (29 kilom. de Marseille, 269 kilom. de Lyon), par Luynes, et d'Aix sur Meyrargues et Grenoble; d'autre part, sur Trets, par La Barque et Peynier; de Trets, elle doit être continuée jusqu'à Brignoles.

A Arles, un embranchement se dirige sur Montpellier et Cette, par Lunel. Enfin, au Pas-des- Lanciers, un petit embranchement de 19 kilomètres met Aix et Marseille en communication avec Martigues, par Gignac, Marignane, Châteauneuf, La Mède et Martigues. D'autres lignes (décembre 1879) sont à l'étude ou en construction.

En 1875, on évaluait la longueur des lignes exploitées à 284 kilomètres, et celle des lignes à l'étude ou en construction à 120 kilomètres.

CUiuat. — Le département des Bouches-du- Rhône appartient au climat méditerranéen ou provençal, celui qui est le plus nettement tranché de tous les climats de la France. La température y est généralement très chaude; les gelées et la neige y sont peu fréquentes, et il pleut rarement en été ; les vents dominants sont ceux du nord-ouest, et les orages sont plus communs en automne et en hiver que dans le reste de la France.

A Marseille, la température moyenne de l'hiver a'été en vingt ans de 7'',4 du thermomètre centigrade; celles du printemps, 12°,8 ; de l'été, 210,11; de l'automne, 14", 96. Le nombre annuel moyen des jours de pluie est, en hiver, de 17 jours ; au printemps, 17; en été, 8, et en automne, 17 La quantité annuelle moyenne de pluie est d'environ 512

millimètres. Parfois, il tombe une pluie torrentielle, dont la densité est telle qu'elle équivaut, à elle seule, à la quantité d'eau qui tombe en différentes fois dans d'autres contrées; c'est ainsi qu'en 1772 une seule averse a fourni 325 millimètres d'eau. La température moyenne annuelle a été à Marseille, dans une période de vingt années, de + l-4°,8 ; la température maximum était de + 30°, 7, la température minimum de — 4'',6; le nombre des jours de gelée, dans la même période, a été de 11 ; celui des jours de pluie, 59; celui des jours d'orage de 11,2 ; ils sont plus fréquents en été et en automne. Enfin la hauteur moyenne de la colonne barométrique a été de 757'", 62. Le vent le plus fréquent, celui du nord-ouest, a soufflé environ 176 jours dans une période de vingt années.

Les observations ont présenté les résultats suivants à Arles : la température maximum a été en neuf ans de + 37°, 5; la température minimum, dp — 6°, 2. Le nombre annuel moyen des jours de gelée a été de 5; celui des jours de pluie, de 45 ; celui des orages, de il ; enfin le nombre des jours de vents forts a été de 4'i.

Ce vent du nord-ouest, que nous avons dit être le plus persistant de cette région, est le fameux mislral, le ixipov des Grecs, le circins des Latins ; c'est ce vent que Strabon appelait le « M.-"/afi?opé:!ç, vent violent, terrible, qui déplace et renverse des rochers, précipite des hommes du haut de leurs chars, brise leurs membres et les dépouille de leurs vêtements et de leurs armes. » C'est ce vent qui, au dire du savant de Saussure, brisait si souvent, avec les cailloux des terrasses voisines qu'il enlevait, les carreaux de la façade septentrionale du château de Grignan, que l'on dut renoncer de les remettre. C'est enfin ce même vent qui enlevait fort irrévérencieusement le digne abbé Portalis par-dessus la terrasse du Mont-Sainte-Victoire, et le tuait. Il est, en effet, redoutable : sa violence est extrême ; il déracine les plus gros arbres et enlève les toitures les plus solides. En 1782, M. Burel, lui ayant opposé une surface d'un pied carré (140 millimètres carrés), il souleva un poids de 10 livres (5 kilogr.,6). Sa course est inégale ; il parcourt quelquefois 20 mètres par seconde.

Le mistral, qui est le vent dominant en Provence, « prend naissance, dit M. de Villeneuve (1), dans toute la région des Cévennes entre les Alpes et les

(1) statistique des Bouches-c/u- Rhône.

Pyrénées ; c'est un fait constant qu'il succède toujours aux temps pluvieux, et il suffit assez souvent de quelques gouttes de pluie pour le faire naître. » Le mistral arrive dans le bassin du l'.hône, où il pénètre en Provence par deux directions : l'une qui descend le Rhône et l'autre qui remonte la Durance. Le courant qui descend le Uhène s'épanche dans les plaines de la Camargue et de la Grau, se précipite dans l'étang de Berre, remonte la vallée de l'Arc, pénètre par la Viste dans le bassin de Marseille et la vallée de l'iluveaune, c'est-à-dire des deux côtés de la Sainte-Beaume. Le courant qui remonte la Durance pénètre, par tous les affluenlsde cette rivière, dans les vallées du Luberon et des Basses-Alpes jusqu'au pied même des montagnes, qui sont à peine suffisantes pour garantir l'Italie des elTets du mistral. Ce vent dure ordinairement trois jours, quelquefois neuf, et rarement douze. On a remarqué que, lorsqu'il cesse au coucher du soleil, il reprend le lendemain avec plus de force, et que, lorsqu'il continue à souffler après le crépuscule du soir, il diminue de force et cesse ordinairement à minuit. Le mistral est toujours violent, mais il n'est pas continu, et il souffle par rafales, ce qui est dû à la direction des montagnes. Dans un instant, il balaye l'atmosphère et dévore toute l'humidité ; il dessèche toutes les terres et produit l'évaporation la plus prompte et la plus abondante. Ce vent se combine plus ou moins avec le vent du nord, qu'il reçoit dans le bassin du Rhône ; lorsqu'il se rapproche tout à fait du nord, il fait baisser tout à coup le thermomètre de 6 à 8 degrés et nuit beaucoup à la végétation. »

Productions naturelles. — Sous le rapport géologique, la partie orientale du département est formée de calcaires crétacés et tertiaires ; la partie occidentale est occupée par une plaine basse diluvienne, qui s'étend d'Arles à l'embouchure du Uhône; enfin, au sud de la Durance, on rencontre quelques terrains jurassiques. Le département ne renferme aucune mine métallique proprement dite, quoiqu'on y ait découvert des traces de mines de fer ; mais, en revanche, on y exploite de riches mines de houille (aux environs de Valdonne et de Roquevaire). Il possède, en outre, des carrières de marbres de diverses couleurs, des ardoises, du gypse, du grès calcaire, de l'argile, du silex, des pierres à aiguiser, de la marne, de l'ocre et de la pierre à chaux. Aix, Rognes, Fontvieille possèdent

des carrières de pierres dites d'Arles; Aix possède, en outre, des eaux minérales et thermales qui étaient connues des Romains ; il y a deux sources, dont la plus chaude a 33° centigrades ; il existe également une source minérale aux Camoins. On exploite sur différents points du littoral des salines; celles de Berre sont renommées par la quantité, la bonlé et la beauté du sel qu'elles produisent.

Le département des Bouches-du-Rhùne est, en général, peu fertile en grains, si l'on en excepte la plaine d'Arles ; mais il produit en quantité des fruits d'excellente qualité : olives, amandes, pistaches, prunes, figues renommées, raisins secs, picholines, câpres, trulîes, garance. La vigne donne annuellement 400,000 hectolitres de vin; les meilleurs crus sont ceux de Séon-Saint-Henry, de Séon-Saint- André, de Saint-Louis, de Château-Renard, de Château-Gombert, des Éguilles, d'Orgon, des Saintes- Mariés, de Cassis, de La Ciotat, qui produisent des vins blancs liquoreux, et de Roquevairc (malvoisie), Barbentane, Saint-Laurent, Aubagne, qui donnent des vins muscats rouges et blancs. En 1871, la production des vins a été dans ce département de 399,408 hectolitres, estimés 9,983,200 fr.; en 1874, de 445,340 hectolitres, estimés 11,651,188 ir.; en 1873, la production était descendue à 289,092 hectolitres, et en 1877 à 157,339 hectolitres, à cause de la maladie de la vigne et du phylloxéra. La flore du département est celle des pays les plus chauds de l'Europe; l'olivier, le mûrier, les cyprès, les lauriers, les myrtes, le laurier-rose, le grenadier, les cistes, les prolyréas, les pistachiers y viennent en pleine terre. Les plantes sont fortement aromatisées. Les montagnes pelées du déparlement produisent en abondance le thym, la lavande, l'hysope, la sauge et le romarin; tandis que les prairies des bords du Rhône, de la Durance, de laTouloubre et de l'Arc offrent de gras et épais pâturages. Les essences principales des forêts et des bois sont le pin et le chêne, l'érable et le chêne-liège. Les îles du Rhône sont couvertes de saules blancs ; enfin les marais sont remplis de joncs.

Il y a, dans les Bouches-du-Rhône, peu d'animaux nuisibles, peu de gibier, peu d'animaux sauvages. Des chevaux et des bœufs croissent en liberté dans la plaine de la Camargue, et, comme leurs robes et leur couleur sont généralement uniformes, leurs projiriétaires ne peuvent les distinguer qu'après leur avoir fait subir l'opération de la ferrade, qui d'ordinaire est dans le pays le signal de fêles et de

réunions. La race des bêles à laine est belle et forte, les chèvres sont très multipliées; les pâturages ne sont fréquentés que l'hiver, et l'on porte à 700,000 le nombre des bêtes à laine qu'ils nourrissent dans celle saison, et qu'une excessive chaleur oblige de transhumer ^ c'est-à-dire d'émigrer vers les montagnes. Nourris pendant l'hiver en Camargue, ils vont au printemps dans les vastes plaines de la Cran, partent pour les Alpes vers la fin de mai, séjournent pendant tout l'été dans ces montagnes et rentrent dans leurs quartiers d'hiver au mois d'octobre. L'ordre le plus admirable est observé, dans ces migrations périodiques, par les bergers qui conduisent ces grandes caravanes, connues sous le nom de campagnes ; des chèvres et des boucs, armés de grosses sonnettes, marchent les premiers et servent d'éclaireurs ; des ânes sauvages de la Camargue suivent avec les bagages, .tandis que d'énormes chiens, de la race de ceux du mont Saint-Bernard, veillent contre les attaques des loups qui accompagnent ordinairement, à distance respectueuse, ces armées de moulons.

Le castor habile les îles de l'embouchure du Rhône ; on trouve sur le chêne du pays l'insecte qui produit le kermès; les côtes et les étangs abondent en coquillages et en poissons de mer ; les thons, les sardines et les anchois sont surtout estimés. On rencontre sur les étangs et les marais des oiseaux aquatiques, tels que cygnes, outardes, flamants, hérons, cigognes; les rivières abondent en Imites, anguilles, esturgeons et écrevisses; enfin on élève en grand des abeilles et des vers à soie.

Iitdiistrle a;$i*icoIe, luaiiuractiirlère et coniniercâale. — Malgré le peu d'étendue des terres consacrées à l'agriculture et l'insuffisance des récolles en grains, l'industrie agricole est florissante dans le déparlement des Bouchesdu-Rhône, quoiqu'elle soit bien loin encore du degré de perfection qu'elle a atteint dans nos départements du Nord; mais ici il faut tenir compte du climat et du sol. La vigne, l'olivier, le mûrier pour les vers à soie, les amandiers, les figuiers, les câpriers, voilà quelles sont les sources de la richesse agricole sur lesquelles l'industrie des habitants des campagnes s'exerce avec le plus de soin.

La superficie du déparlemenl se partage en : superficie bâtie et voies de communication, 58, 118 hectares, et en territoire agricole, 452,359 hectares. Ce dernier est lui-même subdivisé en ; céréales,

BOUCHES-DU-RHONE

Prcfrcture de Marseille.

77,355 hectares; farineux, 8,095; cultures potagCTPS et maraîchères, 5,079; cultures industrielles, 3i,639; prairies artificielles, 18,052; fourrages annuels, 1,426 ; autres cultures et jachères, 20,388; vignes, 29,628; bois et forets, 19.803; prairies naturelles et vergers, 4,148; pâturages et pacages, 64,751. Les terres incultes couvrent encore 123,090 hectares.

On élève avec succès les chevaux, les bêtes à cornes, et surtout les bêtes à laine dans les plaines de la Camargue et de la Crau.

Le département est moins manufacturier que commerçant; cependant les savons de Marseille jouissent d'une grande renommée, et l'on trouve dans cette ville, ainsi que dans celles d'Aix et d'Arles, des fabriques d'eaux-de-vie, esprits, huile d'olive, produits chimiques, soude factice, vinaigre, parfums, amidon et bougie, allumettes chimiques, pâtes alimentaires; des manufactures de bonneterie orientale, des raffineries, des verreries, des tanne-

France illustrée. 30

ries, des draperies, des filatures et des tissages de soie, des ateliers de coutellerie et d'ouvrages en corail ; des confiseries estimées ; des ouvrages en sparterie, des poteries et des fabriiiues de bouchons de liège ; enfin on y compte quelques grandes usines métallurgiques , des fonderies de fer et de plomb ; citons, entre autres, à Marseille, les hauts fourneaux et fonderies de Saint-Louis; à Arles, les vastes ateliers de construction de machines de la compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon et à Marseille ; aux Martigues, des fonderies ; à Senas, des fabriques d'instruments aratoires; à La Ciotat, des ateliers maritimes pour la construction des navires, la belle manufacture de tabac de Marseille, etc. Nous ne devons pas oublier non plus la poudrerie de Saint-Chamas, les magnaneries de Saint-Andéol, Saint-Remy, Tarascon; les papeteries de Meyrargues, Noves, Salon, Velaux, Jouques, etc.; l'exploitation des marais salants d'Arles, des Martigues, de Berre, de Saint-Chamas, d'istres, etc., et les 8. ^ BouciiES-DU-RaÔNE, 2= Liv.

LA FHANCE ILLUSTRÉE

nombreuses madragues ou pêcheries, principalement les pêcheries de thon.

Le commerce embrasse toutes ces différentes branches d'industrie, et il s'exerce non seulement à l'intérieur par les différentes voies de communication terrestres et fluviales dont nous avons parlé, mais encore par mer, à l'aide des six ports principaux de : Marseille, Arles, Port-de-Bouc, Ponteau (Alartigues), Cassis et La Ciotat. Marseille est, pour le commerce d'importation et d'exportation, le premier port de la France et même de la Méditerranée. Marseille commerce aujourd'hui avec le monde entier; depuis la colonisation de l'Algérie et le percement de l'isthme de Suez, il a pris un développement immense qui a nécessité la construction de nouveaux ports et de nouveaux bassins.

Il y a dans le département 27 foires dans 26 communes et durant 120 journées. On y vend principalement du gros et du menu bétail et des troupeaux de bêtes destinées à la transhunmnce, des amandes, des fruits secs, des olives, des huiles et des plants d'arbres utiles. On trouve : des oignons, à celle de Saint-Chamas; de la soie, à celle d'Istres; des viandes salées, à celle de Gémenos, et des corbeilles d'osier, à celle de Tarascon.

Division politique et adiuimstrative. — Le département des Bouches-du-Uhône a pour chef-lieu Marseille ; il compte 3 arrondissements, 27 cantons et 101» communes; le tableau statistique que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du midi de la France.

Le déparlement est partagé entre les deux diocèses d'Aix et de Marseille.

Aix est le siège d'un archevêché dont le titulaire porte le nom d'archevêque d'Aix, Arles et Embrun ; il a pour suffragants les évêques de Marseille, de Fréjus, de Digne, de Gap, d'Ajaccio et de Nice. L'archevêché d'Aix compte 23 cures, 106 succursales et 40 vicariats. Le diocèse de Marseille est formé par l'arrondissement du même nom ; il compte 11 cures, 81 succursales et 2o vicariats. Marseille et Aix possèdent chacune un grand et un petit séminaire, et il y a dans le département 94 congrégations et communautés religieuses. Aix possède une école secondaire ecclésiastique ; les protestants ont à Marseille une église consistoriale, et les Israélites une synagogue à Marseille et à Aix ; enfin les catholiques grecs y ont une église.

Aix est le siège d'une cour d'appel à laquelle rassortissent les tribunaux de première instance et de commerce des départements desBouches-du-Rhône, du Var et des Basses-Alpes. Il y a dans le département des Bouches-du-Rhùnc des tribunaux de première instance à Aix, à Marseille, à Arles, et des tribunaux de commerce à Aix, Marseille, Arles, Tarascon et La Ciotat.

Aix est également le siège d'une académie universitaire, qui a dans son ressort les départements des Bouches-du-Rhône , des Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, de la Corse, du Var et de Vaucluse. Aix possède une Faculté des lettres, une Faculté de droit et une Faculté de théologie. Marseille et Aix sont le siège de plusieurs sociétés savantes ; citons la Société de gé'ographie de Marseille.

Il y a, à Marseille, un lycée important ; 3 collèges communaux, à Aix, à Arles, à Tarascon ; 28 institutions secondaires libres dans le département; une école normale d'instituteurs et une école normale d'institutrices à Aix et 73j écoles primaires.

Marseille est le siège de l'état-major du 15° corps d'armée et de la 15* région (28» division) de l'armée territoriale, qui comprend les départements des Bouches-du-Rhône, des Basses-Alpes, des Alpes-Maritimes, de l'Ardèche, de 1" Corse, du Gard, du Var et de Vaucluse. Aix est le siège d'une des subdivisions de région. Le département renferme 4 forts : fort Saint-Nicolas, de Marseille; fort Saint-Jean, fort Notre-Dame et château d'If. Marseille possède toutes les administrations et les services militaires que comporte son importance; il y a à Saint-Chamas une raffinerie de salpêtre et une poudrerie nationale. Marseille est le siège de l'état-major de la 15° légion de gendarmerie, dont les compagnies occupent les départements des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, de l'Ardèche, du Gard, du Var, des Alpes-Maritimes, des Basses-Alpes et de la Corse.

Marseille forme un sous-arrondissement de la préfecture maritime de Toulon ; elle possède un commissariat de la marine, une école d'hydrographie et une école des mousses.

Marseille est le siège d'un arrondissement minéralogique appartenant à la région du sud-est, et comprend les départements des Bouches-du- Rhôhe, de la Corse, des Alpes-Maritimes, du Var, de Vaucluse, de la Drôme et des Basses-Alpes. Les Bouches-du-Rhône forment, avec le Var, les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes et la Corse, la l' inspection divisionnaire des ponts et chaussées.

BOUCHES-DU-RIIONE

Aix est le siège de la 26' conservation forestière, qui comprend les déparlements des Rouelies-diilUiùne, du Var (en partie) et de Vauckise.

Marseille est encore le siège d'une direction des douanes qui a sous ses ordres les quatre bureaux principauxde Marseille, La Ciotat,Martigues et Arles.

Le département comprend 34 perceptions des finances; les contributions et revenus publics atteignent 98 millions de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Les Bouches-du-Rhùne, le Var, les Basses-Alpes sont les trois départements qui correspondent à l'ancienne Provence. De ces trois départements, le plus important est celui des Bouches-du-Rhône qui va nous occuper, et à l'occasion duquel nous allons tracer une esquisse de la province entière.

Le pays montagneux et maritime qui s'étend entre le Uhône, la Durance, les Alpes, le Var et la Méditerranée était occupé, dès une haute antiquité, par les Ligures-Saliens, qui se mêlèrent avec les Celtes à l'est et les Ibères vers l'ouest. Ils se divisaient en un grand nombre de tribus : les Ségobriges, les Commones, près de Marseille ; les Véruciniens, de Grasse; les Décéates, d'Antibes; les Suélriens, les Quariates, les Aducinates, les Oxybiens, les Liganiens, etc. C'étaient des hommes à peu près sauvages, sans villes, sans lois, sans industrie, habitant sous le chaume ou les roseaux, vivant de la chasse dans les montagnes, de la pêche au bord de la mer. Déjà cependant la zone intermédiaire entre les montagnes détachées des Alpes et la Méditerranée produisait, grâce à la bonté de son sol, des plantes et des fruits.

Les Phéniciens, qui avaient établi des comptoirs sur les côtes de la Méditerranée, paraissent en avoir placé un chez les Salions pour leur commerce dans la Gaule. D'autres étrangers arrivèrent ensuite : c'étaient des Grecs partis du voisinage de l'ionie, et qui, accueillis par les Ségobriges, fondèrent Massalie (Marseille), à la place même du comptoir phénicien. Cette nouvelle cité s'enrichit bientôt par l'industrie de ses habitants et excita la jalousie des barbares qui l'entouraient. Ils firent une tentative pour la détruire et n'y réussirent pas. Loin de succomber, elle s'agrandit par l'arrivée des Phocéens, qui fuyaient devant les armes de Cyrus, et bientôt couvrit de ses colonies tout le littoral voisin.

Au lieu d'accepter avec joie les bienfaits de la civilisation, les barbares sentirent croître leur haine en même temps que la prospérité de Massalie. Ils se coalisèrent, élurent un roi commun, Caramandus, battirent les troupes de la cité phocéenne et vinrent l'assiéger. Elle appela à son secours les Romains, et le sénat, la déclarant son alliée, chargea Flaminius d'aller donner l'ordre aux Oxybiens de poser les armes. Ils n'avaient pas encore appris à redouter la force invincible de Rome; se jetant sur la suite de l'ambassadeur romain, ils pillèrent ses bagages et le forcèrent de s'enfuir au plus vite vers son vaisseau. Que de peuples ont préparé leur asH servissement par d'imprudents outrages, depuis Tarente, qui couvrit de boue les députés de Rome, jusqu'au dey d'Alger ! Le consul Opimius passe les Alpes avec une armée, prend yEgitna, en fait vendre les habitants comme esclaves et distribue aux Massaliotes les vallées des Oxybiens, des Décéates, des Anasiliens, etc. Tandis qu'il va triompher à Rome, Fulvius, son successeur, écrase la tribu maritime des Salions, et C. Sextius Calvinus, qui vient ensuite, établit la domination romaine dans le pays par la fondation d'une colonie, Aqu(e Sexti<B (Aix). La Gaule entière commença à s'inquiéter. Les Arvernes prirent les armes sous leur vaillant roi Bituit; mais Domitius les vainquit dans de rudes combats, et plusieurs campagnes victorieuses assurèrent aux Romains la possession du midi de la Gaule. En 114 avant Jésus-Christ, tous les petits peuples qui l'occupaient passèrent sous le joug, et le pays fut réduit en province romaine. Ce fut la première province des Romains en Gaule, la Province par excellence ; aussi le nom est-il resté : Prownce.

C'était le poste le plus avancé de l'empire romain du côté des barbares, et c'est là, en effet, que Marius arrêta la terrible invasion des Cimbres et des Teutons. Dix ans à peine étaient écoulés depuis la soumission des peuples de la Gaule méridionale, et nul ne bougea à l'arrivée de ce formidable secours de barbares, tant l'action conquérante de Rome était prompte et énergique.

La Province se prêta, du reste, avec une souplesse merveilleuse à la civilisation de Rome ; elle adopta et cultiva avec succès ses arts, son industrie, parla sa langue, adora ses dieux, envoya ses enfants dans ses écoles; les habitants de la Province étonnaient les Romains : on les croirait nés à l'ombre du Capitole, disait Tacite; Pline appelait

leur pays une véritable Italie ; Arles était surnommée la seconde Rome. Nulle contrée, d'ailleurs, ne reçut plus à profusion les présents de la civilisation romaine, et aujourd'hui encore, après dix-huit siècles, la Provence est moins célèbre par la beauté de son climat e' de sa position que par ses innombrables monuments, aqueducs, thermes, ponts, cirques, temples, statues, qui lui donnent l'apparence d'un immense musée d'architecture romaine.

Après la conquête de la Gaule par J. César, on continua d'appeler la Province le pays qui nous occupe. Seulement, on distinguait celte Gaule méridionale par le nom de braccata, dérivé d'un certain vêtement, Iracca (braie), en usage chez ses habitants; tandis que l'on appliquait le nom de chevelue {coma(a), au reste de la Gaule où l'on portait de longs cheveux, suivant la coutume barbare. Sous Auguste, la Province prit le nom de Narbonnaise, à l'exception de la partie montagneuse qui fut rattachée aux Alpes Maritimes. Lorsque de nouvelles divisions, au lu^ et au iv siècle, eurent distribué la Gaule en dix-sept provinces, la Province fut partagée en trois. Une portion entra dans la Viennoise ; les deux autres formèrent la seconde Narbonnaise et les Alpes Maritimes. Le territoire du département des Bouches-du-Rhône, en particulier, était dans la seconde Narbonnaise.

Déjà le christianisme avait pénétré en Provence. Une légende veut qu'il y ait été apporté, dès le !<"■ siècle, par saint Lazare et les saintes Maries. Quoi qu'il en soit, il y fit des progrès rapides. Sous le règne de Constantin, il s'y tint un concile qui condamna les dona listes.

Parmi les villes soumises, Rome avait l'habitude de récompenser les plus dociles ou d'attirer les plus hostiles par des avantages municipaux. C'est ainsi que la plupart des villes de la seconde Narbonnaise portèrent le titre de cité et jouirent du droit de se gouverner elles-mêmes intérieurement. Elles avaient un sénat, des magistrats municipaux, une curie comprenant tous les propriétaires de vingt-cinq arpents. Nulle portion de la Gaule ne posséda des institutions municipales plus complètes, et nulle part elles n'eurent autant de vitalité, puisqu'on les a retrouvées ici en plein moyen âge. Parmi ces cités, nous nommerons celles des Massiliens ou Massaliotes (Marseille), des Arlésiens (Arles), des Aquiens (Aix), des Aptiens (Apt), des Foro-Juliens (Fréjus), des Anlipolitains (Antibes), etc. On a des notions vagues sur certaines assemblées du midi de la

Gaule, qui devaient se réunir périodiquement pour s'entendre sur les intérêts communs de la province ; mais le gouvernement impérial absorbait tellement toutes les affaires, que ces assemblées, n'ayant point d'objet sérieux, tombèrent tout à fait en désuétude. Quand les derniers empereurs sentirent que la vie se glaçait enfin partout dans l'empire, en présence des barbares, ils tentèrent de la ranimer en rendant aux provinces une certaine indépendance. Honorius, par son édit de 418, ordonna que l'assemblée des sept provinces se réunirait tous les ans à Arles. Ce galvanisme n'eut point d'effet durable, et bientôt les barbares couvrirent tout l'empire.

La Narbonnaise eut pourtant l'honneur de les voir deux fois battus dans ses plaines. Un forgeron, qui portait le nom de Marins, d'heureux présage en ces lieux et devant de pareils ennemis, arrêta près d'Arles les Vandales qui venaient de ravager l'Auvergne et le nord de la Provence. Vinrent ensuite les llérules, les Burgondes, les Alamans, les Francs. Une victoire nouvelle, remportée près d'Arles par le patrice Constantin, n'empêcha point les barbares de s'établir enfin dans la seconde Narbonnaise. Les Wisigoths, qui avaient déjà occupé la Narbonnaise première et l'Aquitaine avec l'autorisalion même d'Honorius, étendirent leur influence, puis leur domination sur la rive gauche du Rhône. En 455, leur roi Théodoric fit élire, à Arles, Avitus empereur, et bientôt son fils Euric s'empara du pays. Lorsque Clovis eut gagné sur les Wisigoths la bataille de Veuille, qui lui livra l'Aquitaine, il envoya une armée pour s'emparer également de la Provence. Mais le grand Théodoric, roi des Ostrogotbs d'Italie, prenant sous sa protection la nation gothique tout entière, envoya son général Ibbas, qui battit les Francs près d'Arles, et les Wisigoths, en récompense, lui abandonnèrent la Provence en 511. Tout le httoral de la Gaule, c'està-dire la Provence et la Gothie ou Septimanie(Languedoc), demeura quelque temps encore au pouvoir des Golhs, sur lesquels Théodoric régna seul avec le titre de roi des Ostrogotbs et des Wisigoths.

En 534, les Francs, ayant soumis les Burgondes, devinrent possesseurs de la Provence par la cession que Vitigès, roi des Ostrogotbs, leur fit de ce qu'il y possédait; mais ils furent obligés de la partager avec l'empire grec qui venait de renverser le royaume des Ostrogotbs et de reconquérir presque tout le littoral du bassin occidental de la Méditer-

BOUCIIES-DU-RHONE

ranée. Les empereurs byzantins établirent, dans la partie qui leur fut soumise, des gouverneurs qui ne tardèrent pas, enhardis par l'éloignement, à se rendre indépendants. En 721, on trouve Mauronte, l'un d'eux, à peu près seul maître du pays. L'autorité des rois francs n'y était pas plus puissante que celle des empereurs.

Les Sarrasins, maîtres d'Espagne, commençaient à envahir le midi de la France. Charles-Martel accourut dans la Provence pour les repousser et commença, en vrai chef de barbares, par pilier horriblement le pays. Aussi la haine contre les Francs y fut depuis ce moment si violente que les Provençaux se firent les alliés fidèles des Sarrasins et que l'émir de Narbonne, Yousouf, se vit secondé par Mauronte lui-même. Occupée en plusieurs points par les musulmans, ravagée maintes fois avec fureur par les Francs, la Provence eûdura des maux qui cessèrent sans doute sous Charlemagne, mais pour redoubler après. Ce n'étaient plus seulement les Sarrasins, mais les Normands d'Haslings qui remontaient le Rhône et la Durance, le fer et la flamme à la main.

A la chute de l'empire de Charlemagne, la Provence avait pour gouverneur Boson, beau-frère de Charles le Chauve, ambitieux qui se fraya par des crimes le chemin du pouvoir. Le faible règne de Louis III et de Carloman lui sembla opportun pour arriver au but qu il méditait d'atteindre. Les évêques du pays, réunis au nombre de vingt-trois dans le concile de .Mantaille, près de Vienne, prétendirent suivre l'inspiration du ciel en déclarant Boson roi de Provence et de Bourgogne. La noblesse exprima le même vœu (879). Celte audace de l'épiscopat de créer un roi n'a rien de surprenant dans ce siècle où les évèques dirigèrent les rois, luttèrent contre eux et secouèrent plus d'une fois l'autorité du pape par réaction contre ce qui s'était passé sous Charlemagne. Boson accepta la couronne qu'il s'était fait donner, gagna le peuple par ses largesses et ses flatteries, la cour de Rome par ses présents et ses promesses, les églises et les abbayes par sa munificence. Son royaume comprenait la Provence, le Dauphiné, la Savoie, le Lyonnais, la Bresse, le comté de Bourgogne ; Arles en était la capitale.

Louis III et Carloman firent la guerre à l'usurpateur, mais sans succès, et, à sa mort, sa veuve Hermengarde fit reconnaître son fils Louis par les prélats et les grands seigneurs de la Provence, qui

le proclamèrent dans un concile tenu à Valence. L'archevêque de Vienne dit : « Le pape est le seul maître des empires, seul distributeur des couronnes. Il ne s'est décidé à donner un chef particulier à la Provence que pour mettre un terme aux malheurs dont elle est depuis trop longtemps accablée. » Ces malheurs pourtant s'accrurent encore sous le faible règne de Louis ; les Sarrasins surprirent sur le rivage le château de Fraxinet, s'y établirent et en firent un repaire pour leurs brigandages. Ils n'en sortaient que pour piller et détruire.

Louis eût bien fait de demeurer dans son royaume et de s'occuper à le défendre, au lieu d'aller chercher ailleurs une fortune plus brillante et une triste fin. La couronne d'Italie, longtemps disputée, allait rester à Bérenger, l'un des concurrents, lorsque ses ennemis appelèrent le roi de Provence qui avait quelques droits. Le jeune prince s'empressa d'accourir et s'engagea étourdiment dans les défilés. Bérenger l'y surprit ; mais, prenant pitié de sa jeunesse, il lui rendit la liberté, en lui faisant seulement jurer qu'il renonçait à tous ses droits sur l'Italie. A peine de retour en Provence, Louis viola son serment; il descendit de nouveau en Italie, battit Bérenger, s'empara de ses États. Il se rendit ensuite à Rome pour recevoir du pape Etienne VII la couronne impériale, que la mort d'Arnould, roi de Germanie, avait laissée sans maître, et celle du royaume d'Italie, qu'il venait de conquérir. Après quoi il vint se fixer à Vérone, qu'il avait choisie pour capitale de ses nouveaux États. Il congédia son armée, ne songea qu'aux plaisirs et oublia Bérenger. Celui-ci épiait le moment favorable. Une nuit, il s'introduisit secrètement dans Vérone avec des amis dévoués, força les portes du palais impérial, y fit Louis prisonnier et lui creva les yeux (902). Le triste roi, devenu Louis l'Aveugle, retourna en Provence et y régna encore vingt-sept ans dans le silence et l'obscurité.

Combien de fois ne verrons-nous pas l'histoire de la Provence et celle de l'ItaUe se mêler I Les rivages de ces deux contrées se regardent et se touchent. Leurs mœurs et leur langage étaient, surtout dans ces temps, à peu près semblables. Le successeur de Louis fut un seigneur puissant nommé Hugues, qui lui avait servi de ministre durant le temps de sa cécité, et qui se couronna roi lui-même, ne laissant au fils de son ancien maître que le titre de comte de Vienne. Hugues eut

LA FRA NCE ILLUSTREE

à son tour l'ambilioa de régner sur la Lomhardie. L'impopularité de Rodolphe II, qui avait détrôné Bérenger, lui en rendit la conquête facile. Mais, à son tour, son ambition excessive, son mariage avec llarozie, celle femme célèbre par sa beauté, ses crimes et le pouvoir odieux qu'elle exerça trop longtemps dans Rome, tournèrent contre lui ses nouveaux sujets. Ils allaient rappeler Rodolphe, lorsque Hugues lui offrit de lui abandonner, en échange de la Lombardie, tout ce qu'il possédait au delà des Alpes. Cet échange singulier eut lieu. Hugues ne conserva en Provence qu'Arles et une petite partie de son territoire dont il confia le gouvernement à un de ses parents nommé Boson. Obligé plus tard de renoncer à l'Italie, il y laissa son fils Lothaire, que les Lombards acceptèrent comme roi, et revint terminer sa vie à Arles. Il institua Boson comte héréditaire de la portion qu'il s'était réservée en Provence par son traité avec Rodolphe. Ce Boson, ou du moins un autre Boson qui lui succéda, fonda une dynastie qui bientôt, se divisant en trois branches, partagea la Provence en trois seigneuries : comté de Provence, vicomte de Forcalquier, vicomte de Marseille.

Guillaume, comte de Provence, chassa les Maures de Fraxinet, releva les villes de Fréjus, de Toulon, de Saint-Tropez. Sous ses successeurs, le comté se morcela encore davantage et finit par devenir la proie de plusieurs maisons rivales. En 1063, le comte de Toulouse, appelé par les évoques, s'empara des comtés d'Avignon, de Cavaillon, de Vaison et de Vénasque. Des mariages et l'extinction des mâles mirent sur les rangs deux autres maisons : celle de Barcelone, qui monta peu après sur le trône d'Aragon, et celle des Baux, l'une des plus puissantes maisons féodales de la Provence.

Le comte de Barcelone, d'abord en guerre avec le comte de Toulouse, convint avec lui, en 1125, de signer un traité de partage. Au comte de Toulouse fut attribuée la haute Provence, c'est-à-dire le pays entre l'Isère, la Durance, le Rhône et les Alpes. C'est ce qu'on a appelé le marquisat de Provence. Le comte de Barcelone eut la basse Provence, appelée communément comté d'Arles ou de Provence.

Le comte de Barcelone fut ensuite aux prises avec la maison des Baux, qui se fit donner l'investiture de la Provence par l'empereur Conrad III, puis par Frédéric I" Barberousse, le royaume d'Arles étant fief de l'empire. Mais le comte de

Barcelone, dont le neveu Raymond-Bérenger II était alors comte de Provence, fit une guerre terrible à la famille des Baux, lui enleva trente châteaux et gagna complètement à sa cause, par une alliance de famille habilement ménagée, fempcreur Frédéric. Celui-ci révoqua l'inféodation qu'il avait faite en faveur d'Hugues des Baux et accorda (1162) à Raymond-Bérenger la propriété de la Provence : ab Alpïbus ad Rhodanum, avec l'inféodalion du comté de Forcalquier, moyennant une redevance annuelle de quinze marcs d'or au poids de Cologne envers l'empire, sans compter des présents en monnaie espagnole à l'empereur, à l'impératrice et à la cour impériale. La maison des Baux tenait encore bon dans son dernier château, celui de Trinquetaille ; Raymond-Bérenger l'en chassa et devint par là comte de Provence sans contestation.

A peine les Baux étaient-ils abattus, que la guerre recommença avec les comtes de Toulouse. Après des efforts continuels, Raymond-Bérenger II était arrivé, à la fin de sa vie, à posséder seul la Provence. Il meurt sans héritier mâle ; tout est remis en question. Il en était ainsi dans le régime féodal, une lignée mâle ne pouvait s'éteindre quelque part sans que tout à coup surgissent des prétentions rivales qui se perpétuaient et engendraient des combats sans fin. Le comte de Toulouse, ayant épousé la veuve de Raymond-Bérenger, voulut s'emparer de la Provence. Alphonse I", roi d'Aragon, s'y opposa. Il y eut une guerre. Le roi d'Angleterre Henri II intervint entre les deux rivaux, qui se donnèrent rendez-vous dans l'île de Gernica, près de Tarascon (1176), et conclurent un traité ; moyennant trois mille marcs d'argent, le comte de Toulouse abandonna au roi d'Aragon tous ses droits sur le comté de Provence et quelques autres fiefs. Ainsi la maison de Barcelone-Aragon resta définitivement maîtresse du comté de Provence, et, si elle eut encore quelques luttes à soutenir, elle en sortit victorieuse.

C'est sous celte brillante maison que fleurirent les troubadours avec leur magique cortège de chants, de combats, d'amours, de fêtes, de folies de tous genres. Alphonse II, Raymond-Bérenger IV les attirèrent avec une grande faveur. Ils accouraient, allègres, suivis de jongleurs, musiciens, violards, musards et cormes, chargés de remplir les intermèdes. Le poète lui-même entonnait dans cette langue provençale, fille imparfaite, mais bril-

BOUCHES-DU-RHONE

lante et sonore, du latin transforme, que parlait presque tout le littoral do la Méditerranée, ou la tendre chanson à la louange de la personne aimée, ou le planh, complainte douloureuse sur une amante, un ami, un bienfaiteur qui n'est plus ; ou le tcnson, dialogue ou couplets d'amour ou de chevalerie; ou le sirvente aux traits vibrants et acérés, ou les 7iovas, nouvelles, ou le roman aux émouvantes péripéties, ou l'épître enfin, ou la sixtine, la pastourelle, la ballade, la danse, la ronde, etc.; tous ces esprits méridionaux étaient ingénieux à varier la forme, sinon le fond. Ils célébraient surtout les joies d'un amour pur, les souffrances d'un amour malheureux, les transformations que l'amour produit chez l'homme qui ne cherche à plaire que lorsqu'il commence à aimer. Et comme les questions d'amour étaient délicates à résoudre, il y eut des tribunaux pour ces procès, des. docteurs pour cette casuistique. C'étaient des femmes qui siégaient dans ces cours d'amour, comme ayant plus de finesse sans doute pour apprécier les subtiles délicatesses du cœur. « De gentilles femmes, dit Nosiradamus, s'adonnoient à l'élude des bonnes lettres et des sciences humaines, tenant cour d'amour ouverte, où elles déflnissoient les questions amoureuses à elles envoyées et proposées par divers gentilshommes et damoiselles ; au moyen de la résolution desquelles et de leurs belles et glorieuses compositions, leur renommée s'espandit et se fit jour en France, en Italie , en Espagne et plusieurs diverses contrées, de telle sorte qu'une foule de chevaliers et personnages de haute qualité et grand renom, s'estant portés de ce temps en Avignon pour visiter le pape Innocent sixième du nom, furent ouïr les définitions et sentences d'amour que ces illustres dames prononçoient, lesquels furent tellement ravis et esmerveillés de leur beauté et de leur divin savoir qu'ils en devinrent épris. » C'est alors, c'est quand la Provence était traversée par tout ce qui, des pays du nord et du centre, allait à Rome, à Rome ce foyer et ce soleil du moyen âge, c'est alors que se célébraient les brillants tournois et que le luxe des chevaliers du Midi déployait ses richesses, répandait ses prodigalités , étalait ses extravagances. A la cour plénière de Bcaucaire, convoquée par le roi d'.\ngleterre Henri II, en 1174, le comte de Toulouse fit présent de cent mille sous à Raymond d'Agout, seigneur provençal, qui les distribua aussitôt à dix mille chevaliers. Bertrand

Raimbaud, plus extravagant, fit labourer un champ voisin et y fit semer trente mille sous en deniers. Un autre, Raymond de Venons, fit brûler devant l'assemblée trente de ses chevaux. Folies pleines d'ostentation et do frivolité, qui peignent le temps, le pays et les hommes.

Les plus fameux troubadours provençaux sont : Carbonel et Poulet, de Marseille ; Giraud, de Cabrières ; Guy, de Cavaillon ; Jacques Motta, d'Arles; Bertrand, d'Avignon; Tomiers Palazis, de Tarascon; Albert, de Sislcron; Raimbaud, d'Orange, Raimbaud, d'Ilyères; la comtesse de Die et l'empereur Frédéric II.

Cet âge glorieux, cet âge original de la Provence finit avec Raymond-Rérenger IV, qui mourut sans postérité mâle, et dont l'héritière, Béatrix, épousa en 1245 Charles d'Anjou, frère de saint Louis. Le sombre et impassible Charles aiTiva avec ses hommes du Nord. La joyeuse Provence, à son aspect, sentit, pour ainsi dire, le froid de la mort. « Désormais, s'écrièrent les troubadours, désormais les Provençaux vivront dans le deuil; car du vaillant seignours nous tombons en sire... Ah ! Provence ! Provence 1 quelle honte 1 quel désespoir ! Tu as perdu bonheur, joie et repos et gloire en tombant dans les mains de ceux de France ; mieux valait que nous fussions tous morts ! Déchirons maintenant nos bannières, démolissons les murs de nos villes et les tours de nos châteaux forts ; nous sommes sujets des Français et ne pouvons plus porter ni écu ni lance. »

Charles d'Anjou s'empressa de justifier la répugnance qu'il inspirait aux Provençaux par la destruction de leurs républiques florissantes. Bientôt après, il épuisa le pays pour s'en aller conquérir le royaume des Deux-Siciles, dont le pape Clément IV l'avait autorisé à dépouiller Manfred, fils de l'empereur Frédéric II. Deux victoires l'en rendirent maître. Manfred fut vaincu et tué à Bénévenl (1266) ; le jeune Conradin, vaincu à Tagliacozzo (1268), monta sur l'échafaud à Naples. Le cruel Charles d'Anjou rêvait, dans son ambition, de nouvelles conquêtes, lorsque les Vêpres siciliennes lui enlevèrent celle qu'il venait de faire. Un de ses chevaliers outragea une femme de Palerme; le peuple irrité égorgea l'insolent et tous ses compatriotes ; l'esprit de vengeance, une fois allumé, parcourut toute la Sicile, et, durant trois jours. Français et Provençaux furent égorgés au nombre de 8,000. Un seul fut épargné, un seigneur

provençal, dont la vertu et l'intégrité étaient vénérées des Siciliens eux-mêmes ; il se nommait Guilhelm des Porcelets. La douleur emporta Charles d'Anjou trois ans après, en 1285. Charles le Boiteux, qui lui succéda, vint en Provence dès qu'il fut sorti de la captivité où il avait été longtemps retenu par le roi d'Aragon, son rival. Il y fut reçu avec une grande allégresse et n'en continua pas moins cette destruction des libertés municipales commencée par son père. Robert, son fils, et sa petite-fille, Jeanne, résidèrent à Naples. L'absence du souverain livra la malheureuse Provence aux dévastations des seigneurs qui se disputaient le pouvoir. En 1382, Jeanne, devenue prisonnière de son neveu Charles de Duras, adopta Louis d'Anjou, frère de Charles V. Une nouvelle maison d'Anjou monta sur le trône de Provence et forma la quatrième dynastie comtale de cette province. Louis I"'' mourut dans une expédition contre le royaume de Naples (1384) ; ses successeurs, Louis II et Louis III, s'épuisèrent également en efforts inutiles pour enlever les Deux-Siciles à la maison d'Aragon.

La modération de caractère de René d'Anjou (1434) semblait promettre aux Provençaux un prince pacifique. Toute une moitié de sa vie se passa pourtant à courir après des couronnes qui lui échappèrent. Il s'en alla disputer la Lorraine à Antoine de Vaudemont, neveu du dernier duc, pour faire valoir les droits de sa femme, Isabelle de Lorraine, fille de ce même duc. Mais Vaudemont, soutenu par le duc de Bourgogne, le fit prisonnier et le garda dans le château de Blacon, près de Salins. Dans cette captivité, un royaume vint à lui, celui de Naples. Louis III, son frère, roi de ce pays, venait de mourir, et sa veuve, Jeanne II, l'avait suivi de près au tombeau, désignant pour son héritier René d'Anjou. René acheta la liberté à tout prix : deux cent mille florins d'or, des places fortes, etc. Il trouva la Provence pleine des préparatifs que faisait déjà Isabelle pour l'expédition de Naples, car il fallait aller prendre ce royaume malgré les Aragonais. Il parcourut le pays, reçut des états un présent de cent mille florins d'or, emprunta de l'argent aux seigneurs, ses amis, et partit de Marseille le 5 avril 1438. Le pape lui avait donné l'investiture; les Vénitiens, les Florentins et les Génois étaient dans son alliance. Le début fut heureux ; mais bientôt l'argent manqua. Le connétable de René lui refusa obéissance et finit par passser au roi d'Aragon avec une partie

de son armée. Le bon René dut renoncer à ses prétentions sur le royaume de Naples, malgré la douleur des Napolitains, qui avaient en horreur les Aragonais. René et son fils, Jean de Calabre, d'humeur remuante comme toute cette maison, firent encore des tentatives également malheureuses. Enfin, instruit par les déceptions de l'ambition, René se retira en Provence et y acheva paisiblement sa vie, au milieu d'occupations utiles et agréables. Il protégea l'industrie, l'agriculture, le commerce de ses Provençaux, attira dans le port de Marseille un grand nombre de vaisseaux étrangers par les franchises qu'il leur accorda. Il s'entourait d'hommes instruits et savait à la fois poindre, faire des vers et de la musique. Il aimait à planter des arbres, cultiver des jardins. Il naturalisa sur le sol de la Provence les roses muscadelles, les paons blancs, les perdrix rouges ; il améliora l'espèce des raisins muscats et multiplia les œillets. Prodigue envers ses serviteurs, et pourtant ménager de l'argent de ses sujets, doux, affable pour tous, il n'était pour tous aussi que le bon roi René. Son âme n'était pas de celles pour qui l'ambition déçue est un feu qui dévore ; résigné, il répétait sans cesse : « Le vouloir du Seigneur soit fait ! » un de ces souverains, en un mot, qui donnent l'âge d'or à leurs peuples ; un de ces types pleins de bonhomie et dignes de la légende si rare dans la réalité.

René n'était pas homme à disputer son fief à la griffe de lion de Louis XI, qui flairait partout, depuis la Manche jusqu'à la Méditerranée, s'il ne restait pas quelques seigneurs féodaux à dévorer. René, qui avait perdu tous ses enfants, voyait bien que Louis XI prétendrait primer les collatéraux ; trop sage pour résister, ou même paraître mécontent, il fit la cour à messire lion et écrivit de sa main en lettres d'or, enlumina même une donation testamentaire en faveur de Louis XI. Toutefois un autre testament, lorsqu'il mourut, fit passer la Provence à Charles du Maine, son neveu. Louis XI, frustré et plein de colère, fit chercher quelque défaut dans ce testament par le parlement de Paris, qui n'en trouva point. Alors il changea de tactique; au lieu d'attaquer Charles, il le flatta, le caressa, le soutint contre les prétentions de René II, duc de Lorraine, petit-fils du roi René, et contre celles d'Yolande d'Anjou, duchesse douairière de Lorraine, qui contestaient la validité du testament. En môme temps, il se faisait des partisans parmi les seigneurs

Cathédrale de Marseille.

de Provence, principalement l'alamède de Forbin, qui dicta, pour ainsi dire, à Charles du Maine, près de mourir sans postérité, un testament de donation complète à Louis XI et à ses héritiers. Pour toute condition, il suppliait le roi de France de conserver les libertés, franchises, droits et usages de ses sujets. Il mourut en 1481, et la Provence fut définitivement réunie à la France, réunion sanctionnée solennellement par une assemblée générale des états en 1486. Pourtant Louis XII eut encore à écarter les prétentions du duc de Lorraine et d'Anne de France, sœur de Charles VIII. Mais il triompha et consomma la prise de possession, en 1502, par l'établissement, à Aix, d'un parlement composé d'un président et de onze conseillers.

L'histoire provinciale finit, ou du moins se restreint considérablement, pour la Provence comme pour toutes les autres provinces, au moment de la réunion à la couronne de France. Les guerres de François I" et de Charles-Quint l'exposèrent deux

France illustrée. 3 1 .

fois aux ravages des impériaux. La première fois, en 1524, le connétable de Bourbon les conduisit; la seconde (1536), Charles-Quint lui-même. Sous le même règne, la Provence fut troublée par les affaires des Vaudois, ces débris des Albigeois, qui vivaient depuis des siècles au milieu des monts Luberons, au nord de la Durance (Vaucluse), et principalement dans les villages de Mérindol et de Cabrières. On sait avec quelle atroce cruauté Meynier d'Oppède, président du parlement d'Aix, à l'instigation du cardinal de Tournon, traita ces innocentes populations que François 1°' sacrifiait à sa politique et au désir d'attirer le pape dans son alliance. Ces horreurs, qui méritent une exécration éternelle, sont de 1545. Elles eurent une suite dans les guerres de religion, qui commencèrent quinze ans après. Les barons de La Suze et des Adrets, surtout le fameux Sommerive, qui, en 1563, fit pendre, brûler ou précipiter sur des piques mille quarante protestants, en furent les héros dans la

8« — Bouches-du-Rhùne, 3'= Li?.

Provence. La Ligue s'y établit ensuite et y domina jusqu'en 1596.

La noblesse et la bourgeoisie provençale prirent part à la résistance que rencontra dans presque toutes les provinces de France la politi(iue de Richelieu.

Lorsque le cardinal voulut en finir avec La Rochelle, il éprouva un grand besoin d'argent et recourut à des impositions extraordinaires. La Provence, envahie par les agents fiscaux de la cour, vit augmenter l'impôt du sel et surcharger de 100,000 livres l'impôt dit de taillon. Depuis 1543, les communautés de Provence avaient adopté l'usage de se réunir en une assemblée délibérante. Cette assemblée représenta au gouvernement l'épuisement du pays et demanda la révocation des édits de finances. Richelieu, irrité, redoubla d'exigences et ne supprima les derniers édits que pour demander 1,500,000 livres, sans compter mille mulets pour le transport des bagages de l'armée d'Italie. Et, si la Provence taisait quelque difficulté de se soumettre, il menaçait d'y promulguer le fameux édit des Élus, déjà appliqué dans plusieurs provinces voisines, et dont l'effet eût été de dépouiller les habitants du privilège de répartir la taille entre eux comme ils l'entendaient, pour remettre ce soin aux officiers royaux. Les communautés, réunies à Valcnsole, formèrent une députalion qui se rendit à la cour et y fut aussi mal accueillie que possible. Le mécontentement fut très vif dans toute la Provence. On murmurait, on formait de's assemblées tumultueuses, on exagérait même les appréhensions. Bientôt, disait-on, la cour imposerait jusqu'aux salaires des ouvriers, jusiiu'aux gages des domestiques. Pourtant, rien ne s'organisait, aucun chef ne se présentait encore. Les Provençaux s'en faisaient eux-mêmes le reproche. Quoi ! disaient-ils, n'y aura-t-il personne pour attacher le grelot? Le seigneur de Ghâteauneuf, Paul de Joannis, las d'entendre répéter ce mot, s'écria en colère : « Eh bien ! c'est moi qui l'attacherai. » Et, prenant à la lettre l'expression proverbiale, il attacha à sa boutonnière un grelot suspendu à un ruban blanc qui portait le cachet en cire de la maison de GhàteauneuL Cet emblème, adopté par tous les insurgents, leur fit donner le nom de Cascavéous, qui signifie grelot en provençal. Au reste, le gouvernement sut adroitement diviser les rebelles, en suscitant le parti des Cascavéous au ruban bleu, qui devinrent les rivaux des Cascavéous au ruban blanc, et bientôt

une armée de cinq mille hommes d'infanterie et de six cents chevaux, sous les ordres du prince de Condé, fit rentrer la province sous l'obéissance, sans effusion de sang. Les étals de Tarascon votèrent les 1,500,000 livres demandées.

Si l'autorité royale triomphait en Provence, il lui restait encore à y opérer un changement qui lui tenait cher au cœur, à transformer ce pays d'états en pays d'élection. Maintes fois elle en avait menacé les Provençaux, qui, redoutant, plus que les impôts mêmes, cette atteinte à leurs libertés, s'étaient toujours empressés de désarmer la cour par des sacrifices. Mais enfin le gouvernement du roi résolut d'en venir à bout et, à l'occasion de quelques délais dans le payement d'une certaine contribution extraordinaire, rendit un édit qui établissait en Provence deux présidiaux, à Aix et à Draguignan : chaque présidial composé de deux présidents, de douze conseillers, d'un avocat et d'un procureur général. Le parlement d'Âix refusa d'enregistrer cet édit. Le roi envoya sur les lieux le conseiller d'Etat Lauzun, pour en exiger l'exécution. Députation des Provençaux à la cour, nouvelles offres d'argent; point de succès. Le gouvernement, impitoyable, établit les présidiaux, désorganise les états de Provence (1639), en ne les convoquant plus qu'à de rares intervalles et en ne permettant plus aux communautés de s'y réunir que par des représentants. Quant au parlement, qui n'avait pas craint de refuser l'enregistrement, on l'atteignit par des lettres patentes du mois d'octobre 1647, qui créèrent, sous le nom de semestre, un autre parlement destiné à alterner ses travaux avec l'ancien, la session de chacun durant six mois. Le nouveau parlement était composé de trois présidents, trente conseillers, tous hommes dévoués à l'autorité royale.

Ces atteintes aux libertés de la Provence amenèrent des troubles qui durèrent plusieurs années, et dont le foyer fut à Aix. La guerre pourtant n'y fut pas renfermée. Elle se fil dans toute la Provence. Le comte d'Alais, gouverneur de la province, fit venir des troupes, le parlement en leva de son côté; on tint la campagne. Chaque parti dirigea ses coups de main contre les villes qui tenaient pour le parti opposé. Mais le comte de Carces, qui commandait les troupes parlementaires, ayant eu l'imprudence d'engager une action contre le régiment de Montbrun, entre les villes de Barjols et de Brignoles, fut vaincu. Le parlement ne se laissa

BOUCHES-DU-RHONE

pas abattre et la guerre ne cessa, en 16d0, que par l'inlervenlion du maréchal de Saint-Aignan, qui apporta un traité do paix imposé par le roi. Les troubles de la Fronde, qui arrivèrent alors à leur paroxysme, rallumèrent encore quelques étincelles. Des querelles éclatèrent en plusieurs villes entre les sabreurs, ou partisans du parlement, et les canivets, gens du canif, gens de robe, partisans de la cour. La paix ne fut rétablie que lorsque Mazarin eut consenti à retirer au comte le gouvernement de la Provence pour le donner à Louis de Vendôme, duc de Mercœur. Le nouveau gouverneur eut toutefois à son tour une révolte à combatlre; ce fut celle de Marseille, à propos de ses consuls. 11 en sera parlé sous la rubrique de cette ville, qui perdit enfin, comme toute la province, ses libertés. Il fallait bien, c'était le sort de toute la France, subir le pouvoir niveleur de Louis XIV qui portait partout l'uniformité.

En 1703, la Provence fut encore une fois envahie par les étrangers. Une armée de Piémontais et d'Autrichiens, sous Amédée, duc de Savoie, généralissime, et sous le prince Eugène, vint assiéger Toulon qu'une flotte anglaise bombardait du côté de la mer. Une énergique résistance obligea les alliés à se retirer, et Berwick, les poursuivant, leur fit essuyer un échec près d'Embrun.

Dans le cours du xvih° siècle, au milieu de la guerre européenne pour la succession d'Autriche (1744), la Provence eut une autre occasion de signaler son patriotisme en repoussant une nouvelle invasion de Piémontais et d'Autrichiens, encore appuyée par une flotte anglaise.

Quant au mouvement des idées de ce siècle puissant et novateur, elle en prit sa part. Elle eut occasion, comme toute la France, de faire éclater son animadversion contre les jésuites; comme Paris, elle vit son parlement supprimé par Maupeou; enfin, lorsque le cours des années amena la Révolution française, elle fut des plus ardentes à attaquer les vieux abus et envoya à l'Assemblée nationale le Jupiter tonnant qui devait les foudroyer, l'éloquent et passionné Mirabeau. Représentée dans l'Assemblée des notables, sous le ministère de Galonné, par les archevêques d'Aix et d'Arles et par le premier président du parlement, elle ne considérait pas cette représentation comme sérieuse, parce que le tiers état n'y avait qu'une part illusoire et presque nulle. Le débat, en effet, n'était plus entre les provinces et le pouvoir central, mais

entre le tiers état et les deux ordres privilégiés, par toute la France. Aussi il éclata sur le sol même de la Provence avant d'éclater plus solennellement à Versailles : l'assemblée des états provinciaux ayant été convoquée (1787-88) à Aix, les ordres s'y livrèrent aux plus vives, aux plus tumultueuses discussions et à des interpellations réciproques q^ui dégénérèrent presque en injures. Le clergé y était représenté par les évèques, les abbés et le commandeur de Malte; la noblesse par cent vingt-huit seigneurs possesseurs de fiefs; le tiers état par cinquante-six députés des communautés et vigueries. Les trois ordres ne furent d'accord que pour voter une subvention gratuite de 700,000 livres, demandée par la cour; car ce n'était pas encore la royauté qui était l'objet de la haine et des attaques. Une seconde session des états de Provence eut lieu au commencement de l'année 1789 et fit éclater les mêmes luttes. .Mirabeau y apparut pour la première fois, armé de cette dominante éloquence qui allait s'ouvrir une plus vaste carrière.

On procéda aux élections pour les états généraux du royaume, qui devaient s'ouvrir le 5 mai. Les assemblées primaires se réunirent : pour le clergé, dans les villes épiscopales ; pour la noblesse, dans les principales villes des sénéchaussées; pour le tiers état, dans les communes. Ces assemblées désignèrent les électeurs définitifs, qui se réunirent en assemblée électorale dans six des principales villes de la Provence : Draguignan, Forcalquier, Arles, Aix, Toulon, .Marseille. .Mirabeau, élu à Marseille et à Aix, opta pour cette dernière ville. Ailleurs, nous parlerons de son voyage de remerciement à -Marseille, de l'ovation qu'il y reçut et de son utile intervention pour calmer des désordres qui avaient éclaté. Xous parlerons aussi des continuelles agitations de .Marseille, la ville rajeunie, la ville démocratique et révolutionnaire de la Provence, tandis que Aix, la ville des nobles et des parlementaires, était déchue de cette suprématie et de cette ambitieuse activité qu'elle avait possédées aux temps où la noblesse faisait la Fronde et où les parlem.nts faisaient de l'opposition.

Un des actes les plus considérables de l'Assemblée constituante fut la division de la France en quatre-vingt-trois départements. La Provence formait alors un gouvernement militaire, composé d'un gouverneur, de quatre lieutenants du roi, d'une maréchaussée entretenue par la province, des gouverneurs de Marseille, du château d'If, de

la ville et tour de Toulon et des îles. La justice était administrée par un parlement et par les douze sénéchaux d'Aix, Arles, Draguignan, Digne, Forcalquier, Marseille, Toulon, Grasse, Brignoles, Sisteron, Castellane et Hyères. Il y avait de plus une intendance, une généralité des monnaies et une cour des comptes. Sous le rapport ecclésiastique, la Provence avait deux sièges métropolitains, Aix et Arles; dans le ressort du premier étaient les quatre évêchés de Fréjus, Riez, Apt, Sisleron ; dans celui du second, les trois évêchés de Marseille, Toulon et Orange ; les cinq autres évêchés de Provence, Digne, Glandèves, Grasse, Senez et Vence, étaient sufîragants de l'archevêché d'Embrun.

Des quatre-vingt-trois départements établis par la Constituante, la Provence en forma trois : Bouches-du-Rhône, Var, Basses-Alpes. Aix resta toujours archevêché métropolitain; mais Arles fut déchue de ce rang.

Si le département des Bouches-du-Rhône se ressentit vivement du contre-coup des révolutions et des réactions qui suivirent 1789; s'il prit, en 1815, trop de part à ce que l'on a appelé la Terreur blanche, il jouit, pendant quinze ans, sous la Restauration, d'un calme et d'une prospérité que les agitations de 1830, de 1848 et de 1870 ne lui ont pas fait perdre. Ses liabitants, livrés aux travaux de l'agriculture, aux grandes entreprises industrielles et surtout aux transactions commerciales, que la nature leur rend si faciles dans les campagnes, ou bien , dans les grandes villes , suivant l'impulsion que leur imprime la grande cité marseillaise, ont su trouver pour leur active et intelligente mobilité une existence conforme à leurs goûts et qui est pour eux exempte de besoins et de privations.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.

Mahseille (lat. 43° 17' 4"; long. E. 3° 2' 3"). — Uarso'iWQ [Massalia, Massilia), grande, belle, riche et très ancienne ville maritime, la troisième de France sous le rapport de la population, la première sous le rapport maritime, importante tète de ligne de chemin de fer, à 863 kilomètres sud-sud-est de Paris et à 352 kilomètres de Lyon.

L'origine de Marseille est moins obscure que celle de la plupart des villes de France. On hésite, il est vrai, à prononcer que cette cité ait eu pour point de départ un comptoir phénicien ou cartha-

ginois, et l'inscription punique découverte, il y a quelques années, sur son territoire, n'est pas assez explicite pour autoriser une affirmation. Mais on sait parfaitement que c'est aux Phocéens de l'Asie Mineure, hardis navigateurs habitués à explorer toutes les côtes méditerranéennes et même à franchir les colonnes d'Hercule, qu'il faut rapporter la véritable fondation de Marseille. Ils avaient remarqué cette côte si merveilleusement taillée par la nature pour faire un port, ce voisinage du Rhône et l'importance pour leur commerce d'un comptoir dans ces parages. Ils députèrent Protis auprès de Nant ou Nannus, chef des Ségobriges. Protis arriva le jour où la fille du chef barbare, la belle Gyptis, était appelée à choisir un époux en présentant une coupe pleine d'eau à l'un des jeunes hommes rassemblés pour solliciter sa main. La vierge gauloise porta la coupe à l'étranger, qui, devenu le gendre de Nant, se fixa avec les siens dans le lieu qu'il appela Massalia {mas salia, demeure salienne); ce nom se transforma plus tard en Massilia, d'où est venu à son tour Marseille.

La colonie phocéenne prospéra, quoiqu'elle eût pordu la protection des Ségobriges. Comanus, successeur de Nant, tenta de la surprendre. Sous prétexte d'honorer ses dieux, il envoya dans la ville des chars couverts de feuillages qui cachaient des hommes armés. Une femme salienne, qui aimait un Phocéen, révéla cette ruse ; les soldats de Comanus furent mis à mort et lui-même périt dans un combat La haine des Salions ne fit que redoubler. Une ligue formidable mettait pour la seconde fois Marseille en grand danger, lorsque le Biturige Bellovèse, qui allait envahir l'Italie, la sauva en passant. Probablement elle lui avait fourni des vivres ou des munitions.

Une nouvelle émigration de Phocéens, celle que causa, en 542 avant Jésus-Christ, la conquête de rionie par llarpagus, amena un renfort à la population de Massalie. Et déjà cette colonie acquérait l'importance et la prospérité d'une métropole. Ses vaisseaux entretenaient des relations de commerce avec les ports d'Asie Mineure, de Grèce et d'Italie. Par le Rhône, dont elle s'était efforcée d'améliorer la navigation, elle communiquait avec l'intérieur du pays. Des produits nouveaux, apportés par les Phocéens, le blé, la vigne, l'olivier couvraient les campagnes voisines ; l'industrie, appliquée principalement au travail des bijoux et du corail et à la fabrication du savon, dont les Marseillais, selon

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Pline, sont les inventeurs, était une autre source de richesse. Un vaste port, le Lacydon, ouvrit un asile sûr aux vaisseaux qui se chargeaient de tant de précieuses denrées ; une muraille garnie de tours protégea la ville du côté des barbares. Enfin, lorsqu'il fallut entrer en lutte avec les marines rivales de Rhodes, de Tyr, de Carthage, Marseille le fit avec avantage, et sa citadelle s'orna plus d'une Ibis des dépouilles de la future rivale de Rome.

Le gouvernement de Marseille est peu connu. Il le serait davantage si l'ouvrage spécial qu'Aristote avait écrit sur la constitution marseillaise n'était pas perdu. Cette constitution, semblable à celle qui avait régi Phocée, semble avoir reposé sur une certaine aristocratie de fortune. En effet, parmi les plus riches et les plus vertueux pères de famille, originaires de la ville même, on en choisissait six cents, qu'on appelait timonques, c'est-à-dire ceux qui ont les honneurs; ces six cents formaient un conseil dépositaire de l'autorité souveraine; quinze d'entre eux étaient désignés pour remplir les différentes fonctions administratives de la cité, et trois pour exercer à peu près le pouvoir dont les consuls étaient revêtus à Rome. La sagesse des lois de Marseille a été vantée par toute l'antiquité. Quant à la religion, l'Olympe grec avait suivi les Phocéens sur les bords du Rhône; mais un culte particulier s'adressait à Apollon de Delphes et à Diane d'Ephèse, dont les temples s'élevaient dans l'enceinte même de la citadelle.

Marseille, disions-nous, avait la prospérité d'une métropole. Bien plus , elle était métropole ellemême. Cette cité féconde enfanta sur tous les rivages de la Méditerranée occidentale, et les cites, ses filles, elle les orna de ces noms rayonnants où se peint, comme en tant d'autres choses, le génie grec. C'était Nicœa (Nice), la ville de la Victoire; Citharista (La Ciolat), la ville à la Cithare; Oîbia (Eoube, Eoux), la ville Fortunée; Antipolls (Antibes), etc., sans compter des marchés qui sont devenns des bourgs ou des villes : Gargarius (Saint-Jeande-Garguier), I'rzW«(Trets), ffte«Mm(Saint-Remy), et, sur les côtes d'Espagne et d'Italie, Dénia, Ampurias. Roses, Elea, Lugaria, Monaco. Marseille, tout en laissant à ses colonies l'indépendance qui était dans les habitudes coloniales de la Grèce, se réservait pourtant le droit de battre monnaie, dont elle usait pour frapper des médailles qu'on admire encore pour la beauté du travail à une époque si reculée. On on possède, en effet, qui remontent à

500 avant Jésus-Christ; sur les unes, on voit un ours dévorant une proie; sur les autres, moins anciennes de cent ans, deux têtes de lion ou de griffon; enfin on a, du iv» siècle, des drachmes à l'effigie de Diane couronnée de lauriers, qui sont admirables.

Cette dernière époque est précisément celle de la plus grande prospérité de Marseille dans l'antiquité. Elle se soutenait contre Carthage et ne souffrait pas encore de l'oppressive protection de Rome. Ses navigateurs ne se bornaient plus à sillonner la Méditerranée; ils sortaient de cette enceinte trop étroite, et, affrontant l'Océan, ils allaient jusque dans le nord de l'Europe chercher des pays inconnus, de nouveaux débouchés et de nouvelles richesses. Et ils ne naviguaient plus au hasard, mais la science les conduisait. Le fameux Pythéas était astronome, mathématicien, géographe ; c'est à lui que Marseille doit d'être la première ville dont la latitude ait été déterminée avec précision. Chargé par sa patrie, vers le milieu du iv siècle, d'aller par mer explorer les pays septentrionaux, il longea, dans un premier voyage, les côtes de l'Espagne, de la Gaule, des îles Britanniques et alla reconnaître la nébuleuse Thulé (Islande ou Norvège?); dans un second, il franchit le Suud, entra dans la Baltiijue et aborda à l'embouchure d'un fleuve qu'il nomme dans ses écrits Tanaïs, et qu'on croit être la Vislule ou la Duna. Il avait laissé, en effet, des relations précieuses dont nous n'avons plus que des fragments. A la même époque, un autre Massalien, Euthymène, également par l'ordre de sa patrie, longeait la côte occidentale de l'Afrique jusqu'au fleuve Sénégal.

Ce sont là pour Marseille des titres d'une gloire immortelle. C'étaient aussi de nouveaux moyens de fortune. Au reste, toutes les cités rivales tombaient comme par enchantement. La domination macédonienne, en ruinant Athènes et Tyr, livrait aux marins marseillais le commerce de l'Asie. Et bientôt ce devait être le tour de Carthage. Déjà Marseille était l'amie de Rome. Des députés qu'elle avait envoyés à Delphes traversaient l'Italie lorsque Brennus vendit à Rome sa délivrance au poids de l'or. Ils racontèrent à leurs compatriotes l'infortune de Rome, et ceux-ci s'empressèrent d'envoyer aux Romains tout l'argent de leur trésor. En reconnaissance, le sénat accorda aux citoyens de Marseille le droit de siéger parmi les sénateurs dans les jeux publics (390). Lorsque Annibal traversa la

Gaule pour aller attaquer l'Italie, les Marseillais avertirent les Romains de sa marche, suscitèrent la résistance des Cavares, qui faillit l'arrêter sur les bords du Rhône, fournirent des vaisseaux et enfin, après la bataille de Cannes, offrirent toutes leurs ressources (216).

Victorieuse et toute-puissante dans l'Occident, Rome eut bientôt les moyens et l'occasion de payer ces services. Secourue par le consul Ûpimius contre les Oxybiens et les Dccéates, Marseille reçut de la munificence romaine les terres de ces deux peuples (155 av. J.-C). Dix ans après, Carthage tombait, et sa chute livrait à Marseille tout le commerce de l'Espagne. La ruine de la grande colonie phénicienne était le plus magnifique présent que Rome pût faire à Marseille. Bientôt après, conquérante de l'Asie, elle lui accorda la grâce de la Pliocée d'Ionie(l'27), et un peu plus tard encore (121), invoquée de nouveau par elle contre les Salions, elle envoyait à son secours le proconsul C. Sextius Calvinius, qui, chassant les barbares, lui fit don de tout le littoral depuis le Rhône jusqu'aux hmites de l'Italie, sur une largeur de 12 stades. Enfin, en 114, lorsque Rome forma, des pays conquis dans le midi de la Gaule, la province de Gaule narbonnaise, Marseille se trouva enclavée dans cette province en conservant toute son indépendance (114).

Lors de l'invasion des Ambrons et des Teutons, elle envoie des secours à Marins, qui, l'expédition finie, lui fait don des Fosses Mariemies, canal creusé par ses soldats, et qui pouvait être avantageusement utilisé pour la navigation du Rhône. Il est probable qu'elle aida César dans la conquête des Gaules, quoiqu'il n'en dise rien.

Mais ce n'était pas à César (jue Marseille était attachée ; c'était à la république romaine. Ces deux républiques s'entendaient; l'une, toute-puissante par les armes, mais peu propre au commerce, ne voulait que l'empire du monde ; l'autre, assez sage pour se contenter du monopole commercial, qui lui était acquis parles victoires de sa puissante alliée, savait ne point montrer un orgueil qui l'eût perdue. Fidèle au sénat et au peuple romain, qui l'avaient tant de fois secourue, elle se déclara pour Pompée contre César. Celui-ci parut devant ses murs et, obligé de courir ailleurs, y laissa Tribonius avec trois légions, après avoir employé sans succès les négociations. Alors eut lieu ce fameux siège de Marseille, célébré par Lucain. Malgré la réunion de ses vaisseaux à ceux de Pompée, elle

fut deux fois vaincue sur mer, et bientôt, pressée par les travaux du siège, dépourvue de munitions et décimée par une épidémie, elle ouvrit ses portes à César, qui vint en personne recevoir sa soumission (49 av. J.-C.). Il lui laissa ses magistrats et ses lois, mais lui enleva toutes ses colonies, moins Nice, détruisit ses murailles, lui enleva ses armes et ses vaisseaux, étabUt deux légions dans sa citadelle et une flotte romaine dans le port de la Joliette {Juin stalio). Il eut enfin l'ingratitude de faire porter à son triomphe l'image de Marseille vaincue. Comme pour absoudre la république romaine et comme en expiation du crime de César, Cicéron jeta un éloquent cri de douleur : « Après la ruine des nations étrangères, nous avons vu avec douleur, nous avons vu pour dernier exemple de la décadence de notre empire, porter dans un triomphe l'image de Marseille, de cette ville sans le secours de laquelle nos généraux n'auraient jamais triomphé dans leurs guerres au delà des Alpes. »

L'indépendance est le premier des biens. Pourtant, si Marseille eut à regretter la sienne, elle conserva dans le vaste empire son rang de grande cité commerciale ; presque tous les produits de la Gaule passaient par ses mains ; elle allait chercher à Alexandrie ceux de l'Inde, apportés par la mer Rouge ; elle eut, en outre, ce beau privilège des villes grecques, elle attira dans son sein ses vainqueurs, jaloux de se polir et de s'instruire dans cette Athènes des Gaules, comme l'appelait Cicéron, auprès de cette maîtresse des études, comme l'appelait encore Pline. Le poète Gallus, ami de Virgile; un petit-neveu et un petit-fils d'Auguste; le fameux Agricola, beau-père de Tacite; Pétrone, Trogue-Pompée enfin, dont les ouvrages perdus sont l'objet de tant de regrets, sortirent des écoles de Marseille. La cité elle-même avait donné naissance à des professeurs illustres, Lucius Plotius, qui fit à Rome le premier cours public de rhétorique ; Gniphon, Valérius, Caton; à des médecins célèbres, Démoslhène, Charius et Crinas, qui donna 10 millions de sesterces pour restaurer les murailles de la ville.

Plus rien sur Marseille pendant l'assoupissement qui s'empara peu à peu des esprits et de la vie civile dans les siècles suivants de l'empire romain, jusqu'au jour où elle se réveilla à son tour au souffle du christianisme. Des légendes ont fait de Lazare, ressuscité par Jésus-Christ, le premier apôtre et évoque de Marseille, où il serait venu

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débarquer avec Marthe et Madeleine, ses sœurs. Elles n'ont pas besoin de réfutation. Saint Victor, commandant des troupes romaines dans la citadelle, fut le premier qui confessa le christianisme à Marseille dans les tourments. Vers 288, l'empereur Maximien Hercule vint à Marseille ; ce grand persécuteur des chrétiens fut irrité de voir que la foi chrétienne se répandait dans cette cité par l'influence de Victor. Il le fit d'abord avertir par les préfets Assériuset Eutychius ; mais Victor les brava en insultant leurs dieux et en glorifiant le sien ; conduit devant l'empereur, il tint le même langage. Maximien le fit traîner par les rues, mettre à la torture et jeter dans une noire prison. Mais « Dieu visita son fils par le ministère de ses anges. A minuit, la prison fut remplie soudain par une lumière plus brillante que celle du soleil et que tous les globes lumineux semés sous la voûte céleste ; le martyr y chantait avec les esprits divins les louanges du Seigneur. Trois soldats chargés de la garde de la prison, frappés de cette lumière miraculeuse et du concert harmonieux auquel se mêlait la voix des anges, vinrent se jeter aux pieds de Victor et le supplièrent de leur accorder la grâce du baptême. Le saint, après les avoir instruits autant que la circonstance put le lui permettre, les conduisit au bord de la mer et les fit baptiser par des prêtres appelés à cette pieuse cérémonie. Ces trois soldats s'appelaient Alexandre, Longin et Félicien. » Cette nouvelle augmenta la colère de l'empereur. Il fit couper la tète aux trois soldats. Quant à Victor, après de nouveaux supplices, on l'amena devant une statue de Jupiter, placée sur un autel où fumait l'encens, et on lui ordonna, en le frappant, de se prosterner devant elle ; d'un coup de pied, il la jeta par terre. Alors Maximien, au comble de la fureur, lui fit couper le pied qui avait renversé le dieu du tonnerre et le fit ensuite broyer sous une meule. Ses restes, jetés à la mer avec ceux des trois soldats, furent recueillis par de pieux chrétiens qui les cachèrent dans une grotte devenue depuis le but de nombreux pèlerinages. Telle est l'histoire lamentable et quasi légendaire du courageux Victor, qui devint saint Victor, patron de Marseille. Sous l'épiscopat de Proculus, un des premiers évèques de cette ville (le premier est Orésius, qui prit part au concile d'Arles, en 314), le fameux moine Cassien fonda aux portes de Marseille l'une des plus anciennes abbayes des Gaules, devenue célèbre sous le nom

d'abbaye de Saint-Victor (413). Marseille avait perdu la renommée de ses écoles profanes ; elle retrouva celle de l'école chrétienne, qui s'éleva au sein de ce monastère, et où l'on enseignait la grammaire, les belles-lettres, la rhétorique et la théologie. De là sortit l'un des plus célèbres pères de l'Église, Saivien, l'auteur du livre éloquent Sur le gouvernement de Dieu, où il déclare que c'est avec justice que l'empire romain s'écroule et que les barbares en prennent possession, parce qu'ils sont plus propres à accomplir les desseins de la Providence.

Ces barbares arrivent, et Marseille tombe successivement au pouvoir des Wisigoths, des Burgondes, des Ostrogoths, des Francs. En 735, son gouverneur Mauronte, qui était à peu près indépendant, en ouvrit les portes aux Sarrasins. Les infidèles détruisirent le couvent de Saint-Victor et se dirigèrent sur celui de Saint-Sauveur, avec l'intention de violer les vierges du Seigneur qui l'habitaient. Grande était rin(iuiélude de ces saintes filles, car l'idée de souffrir un tel outrage de la part des sectateurs de Mahomet était doublement cruelle. La sainte abbesse Eusébie leur apprit le moyen d'échapper à ce triste sort; elle se prosterna devant une croix, où l'image du Christ montrait son flanc ouvert et ses mains percées de clous, et là, armée d'un instrument tranchant, elle se mutila le nez, les oreilles, les joues. Toutes les saintes filles, comprenant sa pensée, l'imitèrent avec transport, et les musulmans déçus se contentèrent de les égorger sans être tentés de profaner leur pureté virginale.

Charles-.Martel et Charlemagne firent peur aux Sarrasins. Le second équipa contre eux des flottes formidables, qui protégèrent Marseille. Il fit plus, et, prenant à cœur le commerce de cette cité, il obtint, pour ses négociants, des exemptions de droits et des privilèges, par des traités signés avec l'empereur de Constantinople et avec les califes de Bagdad et de Cordoue. Les Marseillais s'empressèrent de profiler de ces avantages. Deux fois l'an, leurs vaisseaux allèrent se charger, à Alexandrie, des épices et des parfums de l'Orient; en outre, ils firent venir de ces pays, plus avancés en civilisation, des ouvriers, qui établirent dans leur cité des manufactures d'armes, de toiles de coton, de cuirs et d'orfèvrerie. Ainsi Marseille eut à ce moment une sorte de renaissance; mais ce n'était plus la cité grecque, harmonieux écho de l'Ionie; depuis l'établissement des Francs, au vi" siècle, on parlait à

Marseille la langue romane, qui bientôt, au reste, dans ces bouches si bien formées pour la musique du langage, devint le sonore et gracieux provençal.

Marseille avaitconscrvé sous les barbares, comme sous l'empire romain, ses anciennes lormes à peu près républicaines, son conseil municipal, qui vit, sans être ébranlé, passer.au-dessus de lui les patrices et les vicarii (nouveau nom desgouverneurs), l'empire carlovingien et la royauté de Boson et de ses fils. Enfin, elle subit le régime l'éodal en 972, par l'établissement d'un vicomte particulier. La ville basse, qui était la partie industrieuse, commerçante et riche de Marseille, devient le fief du vicomte; la ville haute, qui n'était habitée que par de pauvres pêcheurs, était le fief de l'évèque. Une muraille, percée d'une seule porte, séparait la ville vicomtale de la \ille épiscopale. Ces pécheurs, qui étaient au nombre d'environ six cents chefs de famille, avaient établi entre eux, pour juger les différends qui s'élevaient dans leur industrie, un conseil de quatre prud'hommes {probi hommes piscatormn), qui, chose curieuse, subsiste encore, moins le nom. Ces pauvres gens restèrent toujours docilement soumis aux évêques ; les vicomtes furent moins heureux ; sans cesse en querelle avec leurs riches sujets, ils finirent par se lasser de l'exercice de leurs droits et les abdi(iucrent en faveur de la cilé (1214). C'est un fait bien remarquable que ces seigneurs renonçant d'eux-mêmes et en totalité à un pouvoir dont ils avaient joui près de deux cent cinquante ans, tandis ((ue, dans le Nord, il fallait aux habitants des villes, pour obtenir une charte de commune ou seulement quelque concession partielle, les luttes les plus sanglantes et les plus opiniâtres; tant la féodalité était forte dans le Nord et faible dans le Midi !

C'est avec joie que, dans l'obscurité du moyen âge, on sent palpiter quelque part la souveraineté populaire. Les grandes alïaires de Marseille, après la révolution de 1214, se traitaient dans l'assemblée générale {parîamentum], où étaient admis tous les citoyens de la ville basse qui n'étaient pas privés de l'exercice de leurs droits civils. Pour les questions de paix ou de guerre, les traités d'alliance ou de commerce, l'assemblée générale se réunissait au son des cloches, et, chose bizarre, dans un cimetière. Délibérer des affaires de la vie sur la cendre des morts, c'était peut-être, pour ces bouillantes natures, un avertissement continuel

de délibérer sans passion. Les pouvoirs permanents étaient le grand conseil, investi d'une autorité très étendue et d'une surveillance sur les fonctionnaires qui comprenait même le droit de les destituer. Quatre-vingts bourgeois, trois docteurs en droit et six chefs de métiers, en tout quatrevingt-neuf membres, formaient ce conseil. Un podestat annuel était le magistrat suprême ; on le choisissait toujours étranger, suivant la coutume italienne, et la plupart du temps Italien, car l'Italie était alors le foyer des républiques. Un viguier et trois syndics étaient placés sous l'autorité immédiate du podestat. Trois clavaires étaient les trésoriers publics, trois archivaires les secrétaires d'État. Six prud'hommes de la guerre formaient l'amirauté. Douze intendants, deux par quartier, étaient chargés de la police de la ville et des marchés.

C'est une des plus brillantes époques de Marseille. Les croisades avaient, au reste, rétabli son commerce dans l'Orient. Son port, où s'embanjua Richard Cœur de Lion, avait été pendant tout le xu" siècle le rendez-vous des pèlerins, des vaisseaux qui partaient pour la terre sainte ou qui en revenaient. Dans toutes les villes de la Palestine, les Marseillais établirent des comptoirs , eurent dos quartiers à eux, grâce aux concessions des seigneurs de ces heux, qu'ils avaient secourus de leurs vaisseaux et surtout de leur argent; à Beyrouth (1130), à Jérusalem (1136). Baudoin 111, à qui ils avaient prêté une forte somme en 11S2, leur concéda une maison, un four et une église à Jérusalem et à Chypre, une rue entière à Saint-Jean-d'Acre. Le comte de Tyr (1187) les exempta de tous droits dans sa ville. Les premiers, ils eurent dans leurs comptoirs des consuls. Marseille a peut-être, plus que d'autres villes maritimes, des titres à revendiquer la rédaction tant disputée du Consulat de la mer, code maritime de l'époque.

Son indépendance, menacée tantôt par l'évèque ou l'abbé de Saint-Victor, tantôt par la famille des Baux, héritière des anciens vicomtes, reçut enfin de rudes atteintes. Il fallut accorder à Raymond- Bérenger (1242) les droits de suzeraineté, de chevauchée, de battre monnaie; il fallut accorder bien davantage à Charles d'Anjou, ce sombre ambitieux qui ne comprenait pas plus ce qu'avaient de respectable ces libertés marseillaises, héritage de la civilisation antique, qu'il ne comprenait le respect dû à la vie humaine, aux vaincus et à l'enfance de

La Canebière.

Conradin. Deux fois il assiégea el soumit Marseille (12o2 et 1256). Si l'on eu croit Guillaume de Nangis, à la seconde fois, il flt couper la tête à tous ceux qui avaient poussé le peuple à la révolte. Il se réserva le choix des membres du grand conseil et le fit présider par un viguier, qui gouvernait la ville en son nom. Pourtant, dans les chapitres de paix, qui furent signés entre lui et les habitants (1257), il laissa à la ville le droit de paix et de guerre, de ne payer taille ou impôt que du consentement des citoyens, de choisir et diriger les consuls par l'organe du conseil municipal. Les chapitres de paix, qui laissaient à Marseille encore la liberté municipale, furent jurés plusieurs fois dans la suite par les successeurs de Charles d'Anjou. Néanmoins, c'en était fait dès lors de la prospérité de cette grande ville. Ses vaisseaux furent détournés du commerce pour servir l'ambition de ces princes d'Anjou, si inquiets, si remuants, prétendants infatigables à toutes sortes de couronnes. Elle les

France illustrée. 32.

prêta à Charles d'abord, puis à la reine Jeanne, puis à Louis II. En prenant le parti de celte famille, elle attira sur elle la colère d'Alphonse, roi d'Aragon, compétiteur de Louis III au trône de Naples. Elle fut assiégée, prise, malgré une résistance opiniâtre, enfin pillée et incendiée (1423). Il y eut quatre mille maisons brûlées, selon la bulle du pape Martin V ; quatre cents, ce qui est plus probable, selon César Aostradamus, qui a fait de ce désastre un tableau lamentable : « On voyoit tomber de grands quartiers de murailles avec des éclats horribles et merveilleux, meslez parmi les cris et les hurlements des femmes échevelées el des enfants esperdus ; ils tomboienl morts d'épouvante, sans coups, les ungs sur les aultres. »

Les ducs d'Anjou prirent soin de récompenser les Marseillais de leur fidélité. Louis H leur avait accordé le singulier avantage de pouvoir prêter à 10 pour cent, sans commettre le crime d'usure. Le roi René fit beaucoup pour Marseille; il rétablit le 8. — Bouches-du-Rhône, 4« Lit.

LA FRANGE ILLUSTREE

conseil de ville avec ses syndics, qui prirent alors le nom de consuls. Il s efforça d'attirer dans son port les marchands étrangers, en promettant un sauf-conduit « aux gens de toutes les nations, chrétiennes ou infidèles, qui voudraient venir y commercer. » Des manufactures de soieries, des tanneries, des savonneries, des fabriques de vitraux peints s'élevèrent par ses soins. De ce temps-là datent les beaux vitraux de l'église Notre-Damedes-Accoules, et, un peu plus tard, le pape Innocent II fit venir deux artistes marseillais pour peindre les verrières du Vatican.

Passée sous la domination directe des rois de France, Marseille vit l'organisation de son conseil modifiée sous Charles VIII. Le nombre des membres fut réduit à soixante-douze, douze par chacun des six quartiers. Ils se renouvelèrent par tiers chaque année.'

En 1516, Marseille accueilUt François I" à grandes volées de cloches, et célébra sa présence par plusieurs jours de jeux et de têtes, auxquelles il prit lui-même la plus grande part.

Elle eut, sous le même roi, des jours héroïques. Le connétable de tiourbon avait passé dans le camp de Gharles-Quinl, et, en 1524, il amena les impériaux sous les murs de cette ville. Il avait annoncé faussement qu'au premier coup de canon les bourgeois effrayés viendraient, la corde au cou, lui en apporter les clefs. Il n'en fut pas ainsi ; l'artillerie marseillaise, bien dirigée, répondit assez durement aux sommations des impériaux; un jour que le marquis de Pescaire se faisait dire la messe dans sa tente une bombe emporta à la fois le prêtre et deux gentilshommes : « Est-ce là ce que vous appelez les clefs de Marseille? » demanda-t-il au connétable. Aux mines, les Marseillais opposaient des contre-mines; aux brèches, des murailles nouvelles et des tranchées, auxquelles travaillaient, avec la dernière ardeur, les dames elles-mêmes, témoin le boulevard des Dames, appelé autrefois Tranchée-des-Dames. Au bout de trente-deux jours de siège, le connétable, après un dernier et sanglant assaut, se retira (24 septembre) et sortit de la Provence. Charles-Quint lui-même fit, en 1636, une nouvelle tentative, qui n'eut pas plus de succès.

Trois ans auparavant, Marseille s'était ornée de toutes les pompes imaginables pour recevoir deux grands souverains. Clément VII, pape, et François l«^ Ils y eurent une conférence que suivit le

mariage de Catherine de Médicis et du dauphin Henri. Pendant son séjour, François I"'' établit à Marseille un sénéchal pour juger les appels des causes ordinaires, et ordonna que tous les ans une commission du parlement d'Aix y viendrait tenir les Grands jours.

Une grande anarchie régna dans Marseille pendant les guerres de religion. Un certain Laniotte DarLez, second consul, y usurpa au nom de la Ligue une autorité absolue, dont il fil l'usage le plus tyrannique. Quiconque ne portait pas la croix blanche était voué par lui à la mort. Ses partisans eux-mêmes l'abandonnèrent. Quatre mille hommes de la milice bourgeoise se réunirent; il fut fait prisonnier, jugé au tribunal de la sénéchaussée et exécuté, en 1585. Le parti de la Ligue n'en continua pas moins de triompher ; il remporta même une victoire sanglante sur celui des politiques ou bigarrais, et affranchit la ville de l'autorité de Henri III, en chassant le gouverneur, Nogaret de La Valette (1588). Les élections de 1589 furent troublées par les partis et ensanglantées par le meurtre d'un consul. Enfin, en 1591, le chef des ligueurs de Marseille, Charles Casaulx, qui n'était, au reste, que l'agent de la comtesse deSaulx, véritable directrice de la Ligue en Provence, Ut la même chose que faisaient par toute la France les hommes de son parti. Il appela l'étranger, et, le 2 mars, le duc de Savoie, introduit dans Marseille, y reçut les honneurs dus aux têtes couronnées. Deux ans après, ce fut à l'Espagne elle-même que Casaulx s'adressa; il avait éloigné le duc de Savoie et la comtesse de Saulx, repoussé les tentatives du duc d'Épernon pour enlever la ville, et, se perpétuant lui-même dans le titre de premier consul, s'était donné un compagnon dévoué dans la personne de son viguier, Louis d'Aix. Les décemvirs (ainsi les appela-t-on quelquefois) signèrent avec Philippe II un traité par lequel on convenait de ne point souffrir dans Marseille d'autre cul te que le culte catholique, de ne point reconnaître Henri de Bourbon, de ne recevoir que les troupes espagnoles, de ne contracter aucune alliance sansle consentement du roi d'Espagne, qui s'engageait de son côté à protéger la ville dans son comnierce, ses libertés, et à lui envoyer de l'argent et des munitions de guerre. Ainsi Marseille, au nom du catholicisme, tentait une première fois de se séparer de la France. Un capitaine corse, au service de Casaulx, le trahit, et fit rentrer Marseille dans le giron de la patrie.

BOUGHES-DU-RHONE

Une armée royaliste, commandée par le duc de Guise, n"clait pas éloignée; Pierre Lihertat, c'était le nom du Corse, fil dire au duc de Guise d'approcher son armée, iju'il lui livrerait la ville. Un jour, en effet, les royalistes s'étant rapprochés, Libertat courut prévenir Casaulx, lui persuadant que les troupes marseillaises étaient déjà aux prises avec l'ennemi. Casaulx sortit avec une faible escorte et Libertat le tua. Le duc de Guise entra alors dans Marseille, qui redevint ville française, et Henri IV, apprenant ce succès, s'écria, dit-on: «C'est maintenant que je suis roi 1 » Quant à Libertat, il fut magnifiquement récompensé de son insigne trahison; il reçut, avec le titre de viguier, 300,000 écus et des lettres de noblesse.

Malgré tant de secousses, Marseille prospérait ; elle avait 75,000 habitants. On est étonné de Ure que le règne heureux de Henri IV lui fut fatal. Cela tient au système prohibitif imposé par Sully au commerce national. Marseille fut déclarée port franc, il est vrai ; mais une ligne de douanes établie autour d'elle lui ferma tous les débouchés de l'intérieur. Dans le même temps, les pirates barbaresques faisaient le plus grand tort à son commerce. 11 y eut, en 1623, un commencement d'expédition contre eux qui n'aboutit pas.

La part que Marseille prit aux troubles de la Provence pendant la Fronde eut pour cause les nouvelles modifications apportées à son conseil municipal, déjà tant de fois transformé. Des lettres patentes avaient établi que ce conseil serait de trois cents membres, parmi lesquels on tirerait au sort les consuls et les officiers municipaux. Ce tirage au sort parut absurde à beaucoup et causa une elTervescence, qui décida le roi à un nouveau changement. 11 nomma les consuls sur une liste présentée par les Marseillais. Les magistrats qui sortirent de ce nouveau système furent très impopulaires. Pour se donner de la force, ils firent venir dans le port, sous prétexte d'intimider les pirates, un galère armée, qui appartenait au chevalier de Vendôme, et voulurent en mettre l'entretien à la charge des négociants de la ville. Tout Marseille se souleva et cria : « A bas la galère! Fouero la galerol » On se hattit, on dressa des barricades, dont le chef était le terrible Gaspard de Nioselles. Il fallut bien céder, mais Nioselles et son frère, quand ils parurent devant Louis XIV, n'en furent pas moins fiers : « A genoux, messieurs de Marseille ; Sa Majesté l'entend ainsi, » leur cria deux fois le comte de lîrienne.

Ils restèrent debout. Nioselles revint à Marseille; mais un mandat d'amener lancé contre lui ayant de nouveau soulevé la ville, qui voulait mettre en pièces l'officier du roi, l'obligea de se cacher dans un souterrain des Capucins. Mercœur désarma les habitants, scia leurs canons et en fit transporter les débris à Toulon pour être fondus. Puis il dit aux consuls assemblés à l'hôtel de ville : « Sa Majesté ne veut plus que vous soyez consuls, ni qu'à l'avenir il y ait de magistrats de ce nom. Elle a résolu de changer la forme du gouvernement de la ville et m'a donné l'ordre de vous déposer, pour remettre votre autorité entre les mains de M. de Piles, que j'investis ici du droit de commander aux habitants et aux gens de guerre, jusqu'à ce que Sa Majesté ait réglé la forme du gouvernement. Je vous ordonne de déposer les marques de votre autorité. » Les consuls obéirent; mais on dit que plusieurs Marseillais moururent de douleur, en apprenant que la ville perdait ses magistrats républicains et ses antiques libertés. La cour arriva alors, et Mazarin, pour humilier Marseille, fit abattre un pan de ses murailles et entra par cette brèche. Un capitaine suisse, qui peut-être reconnaissait en Marseille une sœur des cités libres de son pays, refusa d'y passer, murmurant fièrement que les Suisses n'entraient que par les brèches faites à coups de canon. Louis XIV logea chez Riquetti de Mirabeau ; un siècle plus tard, la monarchie, ébranlée par un autre Mirabeau, cherchera un asile sous l'égide de son génie.

Un viguier, deux échevins, un conseil de soixantesix membres, tel fut le nouveau gouvernement de Marseille (1660). Les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas furent construits pour contenir la remuante cité.

Grâce à la sage administration de Colbert, ce créateur de notre marine et de nos colonies Marseille prospéra. La franchise de son port fut définitivement établie par un édit du mois de mars 1669. Au lieu de deux cents vaisseaux qu'elle employait à son commerce, elle en employa quinze cents. La ville elle-même s'agrandit de plusieurs quartiers ; le Cours, la Canebière, les Allées sont de ce temps. Le fameux Puget, qui était de Marseille, mit la main à ces embellissements de sa patrie.

Nous n'avons pas parlé de toutes ces pestes qui désolèrent Marseille pendant le cours de son existence. Si nombreuses qu'elles aient été, celle de 1720 est trop célèbre pour la passer sous silence.

Le 25 mai de cette année, un vaisseau marseillais, le Grand Saint- Antoine, entra dans le port; le capitaine fut admis sans quarantaine après avoir présenté une patente nette qu'on lui avait délivrée à Tripoli de Syrie, quoique la peste régnât en ce pays. Dans le voyage, il avait fallu jeter à la mer six passagers atteints du mal. Quelques jours après l'arrivée, le capitaine mourut avec sa famille; puis le mal se répandit dans la ville; les médecins Peyssonnel, Chicoyneau et Verny reconnurent la peste. Douleurs de tête, vomissements, vertiges, la mort au second ou au troisième jour, tels étaient les symptômes. Passé ce temps, on était généralement sauvé. On crut purifier l'air en allumant de grands feux : on ne fit que l'embraser dans une saison naturellement très chaude. Les uns s'en allaient dans les bastides voisines, dans les plaines, le long des ruisseaux ; les autres sur la mer, dans les vaisseaux et les canots; mais il était défendu, sous peine de mort, à tout Marseillais de quitter le territoire de Marseille. Nous ne renouvellerons pas le tableau tant de fois tracé d'une peste et de ses effets physiques et moraux. Mais les noms de l'évêque Belsunce, de l'échcvin Estelle, du chevalier Roze, qui ne cessèrent de s'employer à secourir les malades, à faire enterrer les morts, à maintenir la police, à assurer les approvisionnements, méritent un éternel honneur. Le fléau ne cessa qu'au bout de treize mois (août 1721). De 90,000 âmes, la population de Marseille était tombée à 50,000. Mais telle est l'activité de la vie dans cette ville, qu'en 1778 la population était remontée à 90,000. De nouveaux quartiers s'élevaient encore, et, en 1782, la ville offrait au roi un vaisseau à trois ponts, le Commerce-de- Marseille, avec un don de 1,500,000 livres.

Une effervescence, naturelle aux approches de la Révolution française, régnait à Marseille. Mirabeau y vint pour remercier les Marseillais qui l'avaient élu et dont il n'avait pu accepter le mandat. Comme s'ils eussent deviné toute sa gloire future, ils l'accueillirent par un triomphe extraordinaire; quand il repartit, trois cents voitures le suivaient, cinq cents jeunes gens à cheval le précédaient; il en vint autant d'Aix à sa rencontre, et, le soir, tout ce cortège entra dans cette ville à la lueur des flambeaux, aux sons de la musique et au bruit de la mousquclerie.

Cette fièvre d'enthousiasme se changea bientôt à Marseille en fièvre d'émeute. Le peuple s'assembla, se plaignit delà cherté de la viande et du pain, ac-

cusa de ses maux le fermier Rebufel et pilla sa maison. Une garde bourgeoise improvisée rétablit un calme passager. L'animosité contre les prêtres et les nobles était extrême. Ils s'adressèrent au comte de Caraman, gouverneur de la Provence. M. de Caraman amena huit mille hommes, sans compter le régiment du Vexin, qui occupait les forts. Cette présence des troupes irrita les Marseillais ; le licenciement de la garde bourgeoise augmenta leur mécontentement. De Caraman céda quelque temps; mais, un conflit sanglant ayant éclaté, il usa de rigueur, trop bien secondé par Bournissac, prévôt général des maréchaussées de Provence. On parla de ces troubles dans l'Assemblée constituante ; Mirabeau attaqua Bournissac, et l'Assemblée transporta la cause de la prévôté à la sénéchaussée. D'André, député d'Aix, fut envoyé à Marseille pour assister M. de Caraman. Sa mission ne fut pas fort heureuse, et il partagea bientôt l'impopularité du gouverneur.

Une aventure malheureuse mit lecombleà l'exaspération des Marseillais. Le marquis d'Ambert, colonel du Royal-marine, l'un des régiments qui se trouvaient à Marseille, vit sa voiture arrêtée par un factionnaire de la garde nationale, qui lui demanda ses passeports. Le marquis insulta le factionnaire, puis le capitaine même du poste : « Je ne vous connais pas, criait-il ; vous êtes des misérables, de la canaille. » Le capitaine voulut lui faire entendre raisori ; il saute hors de sa voiture, le prend au collet et lui crie : « Si vous voulez la guerre, j'irai vous attendre à la plaine Saint-Michel ; une compagnie de mon régiment, c'est plus qu'il n'en faut pour battre toute votre garde nationale. Allez le dire à votre maire et à votre municipalité. Je m'en moque. » Cette nouvelle mit tout Marseille en feu. Une foule furieuse voulait mettre en pièces l'insolent colonel, que les autorités et quelques officiers sauvèrent à grand'peine. Parmi ces derniers était l'adjudant Bernadette, depuis roi de Suède.

L'agitation populaire avait pour centre un club, V AssembUejiatriotique des amis de la constitution. On y exaltait souvent la prise de la Bastille, parce que ces imaginations méridionales étaient surtout frappées de ce fait palpable, éclatant, véritable symbole de la destruction de la tyrannie. Marseille se prit d'une noble émulation et voulut, elle aussi, renverser les murailles des forts qui la tenaient captive. Un complot fut formé dans le plus grand secret. Dans la nuit du 19 au 20 avril 1790, lesqua-

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BOUCHES-DU-RIIÛNE

rante-huit conjurés, divisés en trois pelotons, s'avancèrent silencieusement jusqu'aux murs du fort de Notrc-Dame-de-la-Garde ; à trois heures du matin, chacun occupait son poste. Le jour parut, le pontlevis s'abaissa comme de coutume; tous les soldats dormaient dans la citadelle, excepte la sentinelle, qui faisait assez négligemment sa faction, rien jusque-là n'ayant inspiré sa méfiance. Deux promeneurs s'avancèrent vers le pont-levis, d'un air calme et insouciant, comme des gens venus pour entendre la messe dans la citadelle. Mais arrivés près de la sentinelle, ils la saisissent, lui mettent le pistolet sur la gorge et la menacent de tirer si elle donne le moindre signal. Aussilôt, les trois pelotons accourent, envahissent le fort, s'emparent des soldats endormis et arborent sur le sommet le drapeau de la garde nationale. L'aspect de ce drapeau irrita les commandants des autres forts, qui braquèrent leurs canons sur la ville, et enflamma la population, qui résolut d'achever sa délivrance. Elle se porta en armes sous les bombes mêmes des canons des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas. L'effervescence allait croissant, une lutte terrible allait s'engager; la municipalité réussit à la prévenir, par ses efforts, en décidant les commandants des deux forteresses à recevoir des soldats de la garde nationale, qui feraient la garde des forts concurremment avec les troupes. La décision de l'Assemblée nationale, qui ordonna l'évacuation des forts et par le régiment de Vexin et par la garde nationale, pour y substituer le régiment d'Ernest, affligea les Marseillais. N'osant désobéir, ils retirèrent leur milice, mais se mirent à démolir les forts. La municipalité, obligée de céder, autorisa la démolition, mais seulement pour les fortifications qui menaçaient la ville.

Marseille était donc docile encore à l'Assemblée nationale. Elle était l'un des plus fermes appuis de la constitution. Par l'organe de Barbaroux, son député le plus fameux, elle fit traduire à la barre de l'Assemblée nationale le directoire des Bouches-du- Rhône, qui montrait des sentiments hostiles. Elle fit plus, et, ne trouvant pas ce châtiment assez énergique, elle forma un corps de volontaires qui se portèrent sur Aix et sur Arles, désarmèrent les Suisses en garnison dans la première de ces villes et démolirent les murs de la seconde, malgré la présence du général Witgenstein et de son armée. Des citoyens, des soldats même qui abandonnaient leur corps accouraient à Marseille de toutes parts,

comme au rendez-vous des patriotes de la France. Un enthousiasme extraordinaire y régnait : argent, bijoux, on portait tout à l'hôtel de ville. Marseille avait à sa disposition une armée. C'est alors que Barbaroux lui demanda un bataillon et deux pièces de canon pour concourir à former le camp de vingt mille hommes sous Paris, que les chefs de la Révolution avaient résolu de réaliser, malgré le veto de Louis XVL Ce bataillon fameux fut composé de cinq cents hommes sous le commandant Moisson. Dans un banquet patriotique, qui précéda de quelques jours son départ, Mireur, député du club de Montpellier, fit entendre pour la première fois à Marseille le chant, alors tout nouveau, de Rouget de Lisle. Ricord et Moulin en insérèrent le lendemain les paroles dans un journal de la ville, sous ce titre : Chant de guerre, aux armées des frontières, sur Vair de Sargaires. Les Marseillais partirent aux accents de cet hymne célèbre qui a pris leur nom , le rôle qu'ils jouèrent au 10 août est trop connu pour en parler ic;

Après le 31 mai 1793, Marseille prit part au mouvement fédéraliste contre la dictature des montagnards. Son député de prédilection Barbaroux, était girondin. Une petite portion seulement de la population marseillaise, concentrée dans le club, suivit le torrent révolutionnaire et prélendit retirer à Barbaroux son mandat. Mais les sections de la ville se prononcèrent ouvertement contre la Convention, méconnurent ses décrets, d'accord avec l'administration du département, et formèrent une armée départementale, destinée à résister aux armées de la nation. Carteaux, avec trois mille hommes, fut envoyé contre Marseille, qui, à ce moment même, recevait des parlementaires anglais et, qui sait? allait peut-être se livrer comme Toulon. Carteaux emporta les hauteurs de Fabugoules, et la ville effrayée ouvrit ses portes. Marseille fut ainsi enlevée aux fédéralistes, aux ennemis et rendue à la patrie.

Après le 9 thermidor, elle commença à respirer ; mais les conséquences de l'expédition d'Egypte et les guerres de l'Empire lui furent fatales. Aussi, salua-t-elle avec joie, en 1814, le retour des Bourbons, et en 1813 le désastre de Waterloo. Il y eut même à cette occasion (20 juin 1815) des troubles que le général Verdier, qui commandait alors à Marseille, ne put ou ne voulut pas réprimer. Il se retira sur Toulon, laissant les royalistes maîtres de la ville. On arbora le drapeau blanc ; le drapeau

tricolore fut foulé aux pieds; le sang coula dans les rues; tous ceux qui passaient pour être impérialistes furent massacrés. Puis les émeutiers se livrèrent au pillage. « Il fallut, dit M. de Vaulabelle (1), lutter pour leur faire lâclicr prise ; le soir, le calme était à peu près rétabli ; du moins on ne pillait plus. »

A ces jours néfastes succéda pour Marseille une ère de tranquillité et de progrès sans exemple dans son histoire. Sa prospérité remonta promptement à son ancien niveau, et la conquête de l'Algérie la fit tout à coup déborder bien au delà des limites qu'elle avait atteintes aux siècles précédents. Le commerce marseillais, comme s'il eût prévu les grands avantages qu'il retirerait de cette expédition, y contribua très largement et fournit à la marine royale des approvisionnements, 357 navires de transport et 125 bateaux armés pour le débarquement des troupes.

Sous le règne de Louis-Philippe et surtout pendant la période de 1850 à 1870, sous Napoléon 111, Marseille vit s'accroître encore son importance. Aujourd'hui, malgré les troubles qui l'agitèrent à la suite des événements de 1870 et de 1871, elle continue à prospérer. Sa population, qui était de 96,000 habitants en 1811, en comptait 115,000 en 1827; 146,000 en 1836; 183,000 en 1846; 195,138 en 1851 ; 218,763 en 1872, s'élève d'après le dernier recensement officiel (1878) à 318,868. A-t-on jamais vu progrès plus rapide? Les douanes de la direction de Marseille rendaient, en 1810, 3 millions de francs ; elles en rendaient 13 en 1820, 22 en 1830, près de 36 en 1845. Le mouvement du port, en 1846, était de 24,555- navires et de 2,700,116 tonneaux, tandis que celui du port du Havre n'était que de 1,497,394 tonneaux, et celui de Bordeaux de 1,033,771. En 1875, il a été de 2,555,313 tonnes pour le commerce général et de 2,180,539 tonnes pour le commerce spécial ; soit 3,029 (valeurs exprimées en millions), et il tend encore chaque jour à s'accroître. Dès 1821, ce progrès rapide obligea de livrer aux navires en libre pratique le vieux port, de 28 hectares de superficie, réservé jusque-là aux bâtiments en quarantaine; pour ceux-ci on construisit, entre les îles Pomègue et Ratonneau, à 4,500 mètres de l'entrée du vieux port, le port du Frioul, d'une superficie de 20 hectares d'abord et plus tard de 30. A ces deux ports sont venus s'ajou-

(1) Histoire des deux Restaurattotts.

ter successivement le port de la Joliette, le bassin des Docks ou du Lazaret, celui d'Arenc, le bassin de la Gare-Maritime, le bassin National (1). Des docks, des quais, des palais, de magnifiques hôtels ont été construits; de nouvelles rues ouvertes (entre autres celle de la Republique); d'autres ont été élargies et prolongées, celle de la Cannebière améliorée ; le vieux sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Garde a été rebâti, une nouvelle cathédrale élevée, le canal de Marseille, exécuté pour amener dans la ville l'eau de la Durance(2); enfin, d'immenses travaux entrepris et pour la plupart achevés ont fait de Marseille la troisième ville de France par son importance, et la première au point de vue maritime. Premier évêché suffragant d'Aix, chef-lieu de département depuis l'an VIll, chel'-lieu d'une région territoriale militaire, elle possède : tribunal de première instance, chambre, bourse et tribunal de commerce, conseil de prud'hommes, sous-préfecture maritime, plusieurs sociétés ou Académies savantes, une Société de géographie commerciale, un observatoire de la marine et le plus beau lazaret de la Méditerranée. « Par le mouvement de ses ports et la valeur de

(1) On doit élablir un nouveau bassin au sud du port, en face de la côte d'Endoume. II y a de plus deux autres projets : le premier, qui occasionnera une dépense de 47 millions, a pour but l'amélioration de l'entrée du port et la création de nouveaux bassins au sud; le second, qui comporte une dépense de 5 millions, a pour but l'achèvement de l'avant-port nord et du bassin à pétrole {décembre 1879).

(2) « Ce canal, qui a été commencé en 1836 sous la direction (le -l'ingénieur Montrichel, a sa prise d'eau en Durance, sur la rive gjauche de la rivière, prés du pont suspendu de Pertbuis, à 187°',25 d'altitude; les travaux ont été terminés en 1848. L'ouvrage d'art le plus remarquable qu'il traverse est le pont-aqueduc de Roquefavour. Le canal envoie une dérivation vers l'est sur Aubagne avant de se jeter dans la Méditerranée au-dessous de la Madrague de Montredon. La branche mère, depuis la prise d'eau en Durance, jusqu'à la limite du territoire de Marseille, a une longueur de 83 kilomètres, dont 67 sont i ciel ouvert et 16 en souterrains; aux 83 kilomètres, il faut ajouter 42 kilomètres pour sa continuation dans le territoire de Marseille, depuis Saint-Antoine jusqu'à la Madrague de Montredon, ce qui donne à la branche mère une longueur totale de 125 kilomètres. La longueur totale dei dérivations est de 34 kilomètres^ dont 6 kilomètres pour celle de Longchamp qui amène les eaux de la Durance à Marseille... ■Ce canal a coûté 44,220,000 francs ; il fournil de l'eau à Marseille pour la consommation de la ville, et au territoire pour l'arrosage ou l'industrie. Depuis l'arrivée des eaux de la Durance les environs de Marseille, jadis incultes et desséchés, sont abondamment arrosés, planlés d'arbres, et divisés en jardins et en parcs. Les bastides ont fait place à d'élégantes villas dont le nombre est considérable. » (P. -F. Bainier, Géographie appliquée à la marine, au commerce et à {industrie, tome 1" : France, page 676.)

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ses échanges, dit Elisée Reclus (1), Marseille est la première place commerciale de la France et l'une des dix ou douze les plus importantes de la terre. Mais son trafic est soumis à de grandes oscillations annuelles, car il consiste, pour une très forte part, dans l'importation des blés, et, suivant l'état de la récolle en Fr.ince, cette importation presque nulle dans certaines années peut s'élever l'année suivante à plusieurs millions d'hectolitres. Après les céréales de l'Orient, de la Paissie, des régions danubiennes, les principau.v objets de commerce qui constituent le fret d'importation sont les bestiaux de l'Algérie, de l'Espagne et de l'Italie; les cotons de l'Inde et de l'Egypte, les laines et les minerais de fer d'Algérie, les vins d'Espagne, les thés et les soies de Chine, le pétrole des États-Unis, les bois du Canada, les cuirs de l'Amérique du Sud, le guano du Pérou, le sucre des Antilles, les cafés de la Côte-Ferme, les graines oléagineuses de diverses provenances, surtout de la côte occidentale d'Afrique. Naguère, Marseille n'avait pas assez de lourdes marchandises pour en charger les navires qui lui apportaient ces denrées; maintenant, de 150 à 200 bâtiments d'un fort tonnage trouvent un chargement de retour dans les ciments d'Aubagne, les tuiles et les carreaux de l'usine de Saint-Henry et les vins pris au passage à Cette et à Port-Vendres. Les négociants marseillais ont, en outre, dans les pierres des Alpes, les sels de la côte, les houilles des Cévennes, de très précieux éléments de fret; mais les tarifs élevés des chemins de fer gênent trop le transport, et les matériaux d'exportation n'arrivent pas en quantités suffisantes sur les quais. »

La valeur du commerce maritime de Marseille a été en 1873 de 1,7d6,6o-2,000 francs, savoir : 869,324,000 pourl'importation et 887, 128,000 francs pour l'exportation. En 1875, l'importation a été de 1,742,000,000 fr., et l'exportation de 1,286,000,000 francs.

Marseille a vu naître, dans l'antiquité, Pythéas et Euthyraène, célèbres navigateurs; l'historien Trogue-Pompée, le satirique Pétrone; au moyen âge, les troubadours Raymond des Tours, Raymond de Salles, Barrai des Baux, Bertrand Roslang, Bérenger, Folquet ; au xvii« siècle. Honoré d'Urfé, l'auteur du roman (^Astrée, le grand statuaire Puget, le célèbre prédicateur Mascaron, le généalo-

(1) Elisée Heclus, Nouveile Géugrap/iie untierseile: Fiance, page 304.

giste Pierre d'Hozier, le botaniste Plumier; au xvm"' siècle, l'abbé Barthélémy, auteur du Voyage du jeune Anacharsis; Lantier, auteur du Voyage d'Anlènor ; aux assemblées de la Révolution, elle donna Barburoux, le marquis de Pastoret ; notre siècle, enfin, lui doit Léon Gozlan, Louis lîeybaud,Méry, Barthélémy, Joseph Autran,Taxile Delord, Daumier, Papéty, Thiers, un des plus illustres de ses enfants, à la fois orateur, publiciste, historien, homme d'État, auquel l'opinion publique a déjà décerné le titre de Libérateur du territoire, qui lui sera ratifié par la postérité. Sa ville natale se propose de lui élever une statue (décembre 1879).

Les armes de Marseille sont : d'argent, à une croix d'azur, avec cette devise :

Actibus immensis, Urbs fulgel Massiliensis.

Agrandissements et encelntes successives de Marseille. — Nous avons racouté l'histoire politique et municipale de Marseille. Il n'est peut-être pas sans intérêt de rechercher quels furent les agrandissements successifs de la grande cité phocéenne. Nous allons indiquer chacune de ses enceintes aux temps anciens et au moyen âge, en faisant usage des documents que nous trouvons au tome II de l'importante Statistique des Bouchesdu-Rhône, de M. le comte de Villeneuve.

La première colonie phocéenne, partie sous la conduite de Simos et Protis, n'occupa, à ce qu'il paraît, que les quartiers de Saint-Jean et de la Major. La ligne des remparts passait par les rues de la

' Bonneterie, Négrel, de la Fontaine-Neuve, de Monlbrion et des Phocéens, jusqu'à l'anse de la Juliette. C'est là la plus ancienne enceinte de Marseille, celle qui existait déjà 587 ans avant l'ère vulgaire,

, c'est-à-dire 13 ans après la fondation de la ville, lorsque Comauus tentait de la détruire, au rapport

, de Justin. Tite-Live nous apprend que Bellovèse aida les Massaliotes à finir les fortifications, pour

, les mettre à l'abri de toute surprise. A celte époque

I reculée, les Massaliotes n'avaient pas d'autre port que l'anse de la Fontaine-du-Roi ; le port actuel était

I une lagune (Lacydon), qui recevait toutes les eaux d'alentour et ne communiquait avec la mer que par des infiltrations.

La puissance de Marseille ayant toujours augmenté depuis, son circuit fut successivement étendu, et la seconde enceinte fut celle qui existait au temps du siège de la ville par Jules César; elle avait en-

viron une lieue de développement ; sa forme était celle d'un quadrilatère. Un des côtés, celui du midi, s'étendait depuis le fort Saint-Jean jusqu'à l'angle de la Cannebière et du Cours ; le côté droit ou oriental était formé par une ligne inclinée au nord-ouest, depuis l'angle du Cours et de la Cannebière jusqu'à la porte de la Joliette ; le côté septentrional, presque parallèle au premier, allait de la porte de la Joliette à l'endroit où finissait l'ancien rivage ; enfin le quatrième côté, presque parallèle au second, suivait la côte de la mer jusqu'au fort Saint-Jean. Trois de ces côtés étaient baignés par la mer ; le premier, qui l'est encore en partie, parle port; il se prolongeait autrefois plus avant, parce que la Cannebière était un marais où le ruisseau du Jarret versait ses eaux; le troisième formait le port de la Joliette, qui anciennement était plus profond ; enfin le quatrième était comme aujourd'hui baigné par la mer. Mais toute la ligne était plus avancée ; on reconnaît, en effet qu'une bonne partie de l'ancien rivage a été emportée et détruite par les eaux de la mer. Le second côté était donc seul accessible, mais la parlie basse de l'angle du Cours et de la Cannebière, jusqu'au-dessus de Saint-Martin, était en partie marécageuse, et la partie haute depuis Saint-Martin jusqu'à la Joliette était défendue par un ravin profond, qui se voit encore au-dessous du boulevard des Dames. La citadelle occupait toute l'esplanade, depuis la Joliette jusqu'à la Tourelle; la Major était le temple de Diane. L'arsenal était sans doute placé entre l'anse des Catalans et celle de la Fonlaine-du-Roi; là s'élevait le phare. Un point de cette presqu'île a, en effet, retenu le nom de Pharo.

Cette seconde enceinte subsista après la soumission de Marseille aux Romains, avec celte différence que ces derniers maîtres de la citadelle élevèrent et fortifièrent le mur intérieur qui la séparait de la ville. Le port de la Joliette fut réservé aux Romains, et les Marseillais conservèrent le grand port (le port actuel) pour leur commerce (1).

Une troisième enceinte fut tracée au temps de Charlemagne ; elle était très irrégulière ; des démolitions des anciens remparts alors à demi ruinés, on construisit successivement le château Babon, à la pointe du fort Saint-Jean, les murs de

(1) Voir au Bulletin de la Société (le Géjgro/j/ne de septembre 187.S, page 225, un excellent article sur : Le sol de Marseille uu temps de Cdsur (avec plans), par le chef d'escadron d'état-major Ed. Rouby.

Saint-Sauveur, des Accoules, de l'évêché, de l'abbaye Saint-Victor et la forteresse de Roquebarbe ; des murs de clôture et des rangées de maisons liaient entre elles ces différentes fortifications, et il ne nous reste aucun document assez positif pour pouvoir retrouver le contour de celte troisième enceinte.

En 1350, toutes ces anciennes murailles furent démolies ; une quatrième enceinte fut commencée, et la ville se trouva partagée en Ville-Haute ou Éjjiscopale, Ville-Basse ou Vice-Comilale et Ville Âlibatiale ou Faubourgs.

La Ville-Haute était formée par une partie de l'ancienne cité phocéenne ; elle n'était pas fortifiée du côté de la Ville-Basse et n'en était séparée que par un simple mur de clôture et par des rues. Cette limite suivait à peu près les rues du Vieux-Palais, de l'Échelle, de Gavotte, de Sainte-Marthe, des Belles-Écuelles, du Panier, de l'Évèché, de Radeau et de Saint-Laurent, jusqu'au bord de la mer, où était alors l'hôpital Saint-Jean. Il y avait trois parlies fortifiées dans cette ville, savoir : le château Babon, Roquebarbe et l'ancien palais épiscopal. Le château Babon avait été bâti par l'évêque de ce nom, au commencement du ix° siècle, avec les débris des anciens murs de la citadelle. Il s'étendait de la rue Saint-Pierre à la place Saint-Laurent, et ses fortifications s'avançaient jusqu'au bord de la mer. Roquebarbe [Rocabarbara) était la colline du quartier des Carmes; elle avait été fortifiée dans le x° siècle, du côté de la Ville-Basse, et les remparts étaient entourés d'un fossé profond. Les fortifications de Roquebarbe se liaient à celles de l'Évèché, qui était situé du côté du boulevard des Dames. C'était un vaste château flanqué de tours. La paroisse de la Ville-Haute ou Épiscopale était Notre- Dame-la-Major, ou simplement la Major, élevée, diton, sur les ruines du temple de Diane, et dont l'entrée était jadis à l'ouest, sur une esplanade qui depuis a été envahie par la mer. La porte de la Joliette ou Porte Galle donnait entrée au Portus Gallicanus (ancienne anse de la Joliette), qui était le port de la Ville Épiscopale. La Ville-Basse ou Vice-Comitale s'appuyait sur la précédente ; son rempart extérieur, depuis les Présentines, suivait à peu près la rue Sainte-Barbe jusqu'à celle des Incurables, allait gagner la halle Puget, pour descendre le long du Cours et suivre la rue de la Cannebière et le quai du Port jusqu'à Saint-Jean. La rue des Fabres n'était séparée du rempart que par

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un espace très étroit; les malsons du port n'ùlaienl pas percées en dehors; elles formaient un mur continu et tort élevé, contre lequel les maisons étaient adossées. Seulement, de distance en dislance, il y avait des ouvertures assez étroites que l'un lérmait avec des grilles tous les soirs, et qui communiquaient avec le quai. En dedans de ces grilles il y avait des places entourées de magasins où se faisait le mouvement des marchandises. La ville Vicc-Comitale avait quatre portes : la porte d'Aix, originairement placée en regard de la rue des Grands-Carmes; la porte de la Traclie ou de la r.rùche, qui s'ouvrait sur la rue Sainte-Barhe; la porte du Marché, qui s'ouvrait sur la Grande-Uue, et la porte l'iéale ou de la Cilé, qui s'ouvrait sur la rue des Fabres. Le bureau de la douane ou le Theloneum était appuyé au rempart, à l'endroit où la Cannebière rejoint le port; là se trouvait aussi une haute tour, dite tour du Seigneur de rilôpilal, sur laquelle on arborait l'étendard de la ville. Le Ilieloncum se liait au palais des vicomtes. La maison de ville paraît avoir été où est maintenant le Palais de justice, et les comtes de Provence avaient leur palais rue de la Prison et rue de la Loge. La principale paroisse de la Ville-Basse ou Vice-Comitalc était Sainte-Marie-des-Accoules [las Acuas) ; elle fut détruite pendant la grande Révolution, et il n'en reste plus aujourd'hui que le clocher. Il y avait là une cloche fort grosse et très ancienne, appelée Sauveterre, que l'on sonnait pour convoquer le parlement ou l'assemblée générale de la Ville-Basse, qui se tenait dans le cimetière, vaste enclos fermé par de hauts murs, qui dans le xi^ et le xn"^ siècle embrassait dans son étendue la place du Palais, les maisons qu'on y a bâties depuis et lout l'espace compris entre les rues de la Grande- Horloge, des Belles-Écuelles et du Panier. L'évêque pouvait y pénétrer de sa Ville-Haute par le Parpijhim, porte de la citadelle donnant entrée dans la Ville-Basse, et qui était percée dans le mur de séparation, suivant la ligne occupée aujourd'hui par la rue du Panier, commun aux deux villes. Deux autres portes, par où entraient les habitants de la Ville-Basse, étaient au haut de la rue de la Prison et de la Grande-Uue. Le port de la Ville- Basse était le Porlus aniiqnus ou Porlus major, le port actuel. L'abbaye Saint-Sauveur était audessous de la ville Vice-Comilale ; un fossé profond régnait entre les deux remparts; les jardins de l'abbaye s'étendaient jusqu'à la rue Saint-Laurent. France illustrée. 33.

La Ville Abbatiale s'étendait de l'autre coté du Grand-Port, en face des deux autres villes; elle était composée de l'antique abbaye de Saint-Victor, dont l'enceinte très étendue était fortifiée avec soin, et de petits hameaux, qui, en s'agrandissanl et se réunissant plus tard, ont formé la ville neuve.

L'abbaye Saint-Victor avait été fondée en 410, par l'abbé Cassien, sur la grotte où avaient été déposées les reliques de saint Victor, et qui forme aujourd'hui la chapelle souterraine. Détruite 400 ans après par les Sarrasins, Guillaume I'"', vicomte de Marseille, et son frère Honoré, qui en était évoque, la firent rebâtir. La consécration en fut faite en lOiO, par le pape Benoît l.\, et, comme l'église n'en était pas assez vaste, elle fut recommencée en 1200 et terminée en 1279. Le pape Urbain V, qui avait été abbé de Saint-Victor vers 1350, fit rebâtir l'ancien mur de pierres de taille et y ajouta les hautes tours qui donnaient à cet édifice religieux l'apparence d'une forteresse. Une de ces tours, qui tient à l'église et sert de clocher, a été conservée. En 1745, le monastère de Saint- Victor fut sécularisé et fut érigé en noble et insigne collégiale de Saint- Victor. Cette collégiale, ravagée pendant la Révolution, fut en partie détruite, et, de ses immenses bâtiments, il ne reste que l'église, aujourd'hui modeste succursale, une tour servant de clocher et de vastes souterrains dont on ignore l'issue. La montée, qui conduit à la plaine Saint- .Michel, par la rue d'Aumale et les Calades, était un faubourg dépendant de l'abbaye, a^p&M Bttrgus Callatœ, et habité par des bergers ; il était défendu par une forteresse, appelée le château de Croch, qui dominait la rue de Rome. L'abbé de Saint-Victor était chargé d'entretenir les fortifications et d'y faire faire bonne garde.

.Marseille conserva ces différentes dispositions topographiques jusqu'en 1666, époque où une cinquième enceinte enferma la ville; les anciennes furent démolies, converties en rues et en bâtiments. La nouvelle enceinte suivait les boulevards actuels depuis Saint- Victor jusqu'à la porte d'Aix; les murs qui la furmaient tombèrent d'eux-mêmes, en 1801, pour faire place aux promenades que nous admirons à Marseille. Depuis, rien ne venant gêner la grande ville dans ses développements, nous l'avons vue s'étendre au loin, empiéter chaque jour sur le Terradou et rejoindre les nombreuses bastides, qui autrefois étaient éloignées du bruit et de l'agitation des affaires.

Une nouvelle voie, la rue de la République, con- 9» — Eouches-du-Rhône, 5<^ Liv.

duit aujourd'hui de la Caiinebière aux nouveaux ports.

« Cette rue, dit M. Ernest Desjardins, a été pratiquée entre la butte des Moulins et celle des Carmes, au prix d'un immense nivellement, qui coupe en deux parties l'ancienne assise de la citadelle phocéenne. Là, des vallées ont été creusées d'abord, puis comblées; ici, les collines ont été abaissées; du côté des grèves, les rochers ont été jetés à la mer, et le littoral lui-même, après avoir reculé de trois cents mètres, vient de s'avancer sur la mer par les prodigieux travaux d'art de la Joliette. »

Fortifications de Marseille. — Marseille n'a pas, à proprement parler, de fortifications qui l'étreignent de leurs murs de pierre et l'isolent de la campagne, comme la plupart de nos places de guerre; ce qui aurait ainsi assuré sa sécurité aurait nui à sa liberté commerciale et à son agrandissement. Elle est cependant, ainsi que sa rade, protégée par six forts.

Fort Notre-Dame-de-la-Garde. — C'est le plus ancien des forts de Marseille ; il a été construit sous le règne de François I''', en 152S. Ce prince fit entourer la chapelle, qui existait depuis longtemps, d'une enceinte de fortifications dont les matériaux furent tirés des ruines de l'ancien couvent des Cordeliers. Vers le x" siècle, la ville avait déjà fait construire, auprès de la chapelle, une tour pour faire la garde et pour servir de vedette. C'est de là que lui vient le nom de la Garde. On voit- encore sur les écussons, au-dessus de l'ancienne porte de ce fort, la salamandre que François I" portait dans ses armes.

Le fort de Notre-Dame-de-la-Garde n'est qu'à la dislance d'environ 600 mètres des murs de la ville. La terrasse du fort est à 163 mètres audessus du niveau de la mer. Le fort commande tous les environs et prend des revers sur les attaques du fort Saint-Nicolas ; mais il est aujourd hui désarmé, et l'on peut encore dire, comme au temps de Chapelle et Bachaumont, en le montrant aux touristes :

C'est Notre-Dame-de-la-Garde, Gouvernement commode et beau, A qui suffit, pour toute garde, Un Suisse avec sa hallebarde.

Peint sur la porte du cliiteau.

On y a établi des signaux qui fout correspondre les navires en rade avec le port.

La chapelle Notre-Dame-de-la-Garde avait été bâtie, en 1214, par un moine du nom de Pierre, auquel Guillaume, abbé de Saint- Victor, céda la colline où elle s'élève. Elle est en grande vénération parmi le peuple marseillais; c'est, en quelque sorte, un lieu de pèlerinage, et, durant les fêtes de la Pentecôte, les habitants de Marseille et des environs y viennent déposer leurs offrandes aux pieds de la Mère du Christ. Aussi cette chapelle est-elle tapissée d'ex-voto et enrichie d'une multitude de présents. Chaque année, à la Fête-Dieu, la statue de Notre-Dame-de-la-Garde était descendue et promenée processionnelloment dans la ville, en grande solennité. L'ancienne chapelle, qui tombait en ruine, a été remplacée par un édifice plus vaste, construit dans le style romano-byzantin, d'après les dessins de M. Espérandieu. Au sommet du clocher qui s'élève au-dessus du portail se voit la statue de la Vierge, tenant l'Enfant Jésus bénissaiil la ville de Marseille.

Forts Saint-Jean et Saint-Nicolas. — Ces deux forts défendent parfaitement l'entrée du vieux pori de Marseille. Au fort Saint-Jean, la tour carrée et celle du phare sont très anciennes. L'église, la maison du commandant et les logements attenants, appartenaient à la commandcrie de Malle; c'est de là que le fort a pris le nom de Saint-Jean. Les fortifications actuelles ont été construites sous le règne de Louis .XIV, en 1664. Ce fort n'étant plus considéré maintenant que comme une forte batterie de mer et une bonne prison militaire, on ne fait que conserver ses remparts du côté de la mer et entretenir les nombreux bâtiments qu'il renferme, qui servent de caserne. En 1660, Louis XIV étant venu à .Marseille pour mettre fin à l'esprit de révolte qui se manifestait assez souvent dans cette grande ville, ordonna la construction du fort Saint-Nicolas. Le duc de Mercœur en posa la première pierre, et l'ouvrage fut poussé avec tant d'ardeur qu'il fut terminé en 1665. La première pierre portait d'ailleurs une inscription qui ne laissait aucun dout>sur la destination de l'édifice, et l'épithète de fidelis, fidèle, donnée à Marseille, s'y accorde peu avec la facilité avec laquelle on semble reconnaître qu'elle se soulevait contre l'autorité royale. Voici du reste cette inscription : Ne fidelis Massilia aliquorum motibiis concitata vel audaciorum fetulantia, vel nimia libertatis ciijiiditate tandem rueril, Ludovicus XIV, Gallorum inipe-

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rator, optimatum popull hacque securitate arce prodivit.

Une chapelle, bâtie en 1500 sous le litre do Nolre-Dame-de-Bon-Port et de Saint-Nicolas, au même endroit où se trouve maintenant la chapelle du fort, a donne son nom à la citadelle. La tour carrée (jui défend l'entrée du port est fort ancienne ; elle date de 13i^3.

Les îles du Château d'il', de Pomè^'lle et de liatunneau, qui occupent le centre de la rade de Marseille, peuvent aussi concourir à la défense de cette rade.

Le Château d'If. — Ce château a été construit par François I" en 1529. Si nous en croxons la tradition, les murs en auraient été élevés sur les débris d'un cirque romain. Les fortifications, qui couronnent les rochers et ceignent tout le contour de l'île, lurent construites dans les années l.o96 et 1597, pendant que Nicolas de Beausset, gouverneur de l'ilc et du château d'If, les mit sous la protection du duc de Toscane, afin de les préserver de l'occupation espagnole. Les Toscans s'étant rendus maîtres absolus de la place, les Marseillais tentèrent d'élever un fort dans l'île deRatonneau pour battre le château d'If; mais Jean de Médicis, frère du duc de Toscane, survint avec des renforts, empêcha les Marseillais d'achever les fortifications de llatonneau, ci fil travailler à un nouveau fort dans l'ile de Poniègue.

Enfin, le duc de Guise, gouverneur de Provence, parvint à battre l'ennemi, fit jeter dans le fort de Halonneau 200 soldats, et le garnit de munitions. En 1598, à la suite du traité de Vervins, le château d'If et les forts de Ratonneau et de Pomègue furent rendus à la France, et ce fut alors que l'on termina leurs fortifications. Le château d'If s'élève à environ 15 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il consiste en un donjon de forme carrée, flanqué de quatre tours. Le pourtour de l'île, qui a environ 275 mètres de longueur sur 105 de largeur, est fortifié d'angles rentrants et saillants, qui suivent les anfractuosités capricieuses du rocher. Ce n'était autrefois qu'une petite esplanade plantée d'ifs; l'accès en est presque impraticable, car la mer vient se briser avec fureur sur ses flancs. Le château d'If fut longtemps une redoutable prison d'État; puis il servit de maison de correction paternelle. Plusieurs prisonniers célèbres y ont été enfermés; le dernier dont il soit question est le

fameux Mirabeau, qui y fut détenu par l'ordre de son père. La garnison du château se composait, avant la Révolution, do quelques soldats invalides, ainsi que le témoigne Le Franc de Poinpignnn :

Nous fûmes doac au cliàuau d'IT, C'est un lieu peu rccréalif, Défendu par le fer oisif De plus d'un soldat nialadi'.

Qui de guen-icr jadis actif, Est devenu garde passif.

Sur ce roc taillé dans le vif, Par bon ordre on retient captif.

Dans l'enceinte d'un mur massif.

Esprit libertin, cœur rélif Au salutaire correctif D'un parent peu persuasif.

Château de Ratonneau. — Ce château s'élève au milieu de la petite île du même nom ; il se compose d'une tour pompeusement décorée du nom de donjon, à laquelle sont appuyés quelques bâtiments d'habitation, protégés par un mur d'enceinte. C'est là que, vers l'année 1765, un caporal nommé Francœur se déclara roi de Ratonneau. Déjà il avait donné quelques marques de démence, mais on le croyait entièrement guéri, et ses camarades vivaient avec lui sans défiance. Un jour, il était d^ garde à la porte du donjon ; pendant que la troupe, sorlie de la forteresse, était allée chercher les pi'»visions qu'une barque apportait chaiiue jour de la ville, Francœur lève le pont-levis, charge les canons et commence par tirer sur ses compagnons. Ceux-ci se hâtèrent de s'embarquer et de prendre le large. Maître de l'île, Francœur se persuada facilement qu'il en était le souverain absolu ; par le fait, il ne dominait ([ue sur des troupeaux de chèvres, et il disposa de la vie de ses sujets au gré de son appétit.

N'ayant aucune ressource pour se procurer du pain et du vin, son imagination lui en fournit une assurée; ce fut de rançonner les navires qui passaient à la hauteur de Ratonneau. Francœur remplissait seul toutes les fonctions militaires : il était à la fois gouverneur, officier, soldat, artilleur; la nuit, un fanal à la main, il allait reconnaître les postes.

A Marseille, l'alarme fut grande lorsque, pour la première lois, on entendit le canon de Ratonneau et que l'on vit la petite garnison du fort faisant force de rames pour gagner le port. On crut tout d'abord à quelque surprise des Anglais et des Espagnols;

la générale battit dans les rues, on courut de toute part aux armes, et le gouverneur se disposait même à expédier courrier sur courrier au roi Louis XV et aux garnisons les plus voisines, lorsque l'on apprit le véritable motif de tout ce bruit et le burlesque avènement au trône de Francœur I", roi de Ratonneau. On dépêcha vers le conquérant quelques canots armés, mais ils furent reçus à coups de canon. La partie n'élait pas égale, puisque la garnison du fort pouvait, à l'abri des remparts, foudroyer les embarcations sans qu'elles pussent utilement riposter, et qu'en dernière analyse on exposait la vie de plusieurs braves soldats contre celle d'un fou; il fallut se retirer, et plusieurs jours se passèrent ainsi.

.Mais du château d'If et de Pomèguc on s'aperçut que le roi deRatonneau, plein de sécurité depuis sa dernière victoire, commençait à faire de fréquentes sorties ; cette circonstance détermina le gouverneur de Provence à donner ordre à une compagnie d'aller le prendre.

Les soldats partirent dans la nuit du 3 au 4 novembre; ils parvinrent à se glisser sous les remparts du donjon. Francœur vient faire sa ronde ordinaire, il abat le pont-levis; à peine est-il dehors qu'on l'entoure : « Braves gens, s'écria-t-il, c'est bien, ce sont les droits du combat. Le roi de France est plus puissant que moi, il a de bonnes troupes; je me rends, mais avec les honneurs de la guerre; je demande seulement mon liavresac et ma pipe. »

Le lendemain, Francœur traversait Marseille en véritable triomphateur; on lui assignait pour palais l'hôpilal des fous, un infirmier pour garde, 220 livres pour liste civile ; plus lard il fut envoyé aux Invalides.

Aujourd'hui, les îles de Ratonneau et de Pomègue sont réunies par une chaussée qui forme avec elles le port de la Quarantaine, que l'on a aussi nommé port du Frioul, du Refuge et de Dieudonné; il est commandé par le château d'If.

CuRIOSITiiS, MO.NLMENTS, .MUSÉES ET PROMENADES DE

Marseille. — Une inscription phénicienne, deux stèles, des tombeaux, des lampes sépulcrales et quelques autres découvertes archéologiques, en 1863, lors du percement de la rue de la République, c'est tout ce qui reste de l'antique cité massaliote. Aujourd'hui même encore Marseille est moins remarquable par ses monuments artistiques que par ses grands établissements commerciaux. Citons cependant la nouvelle cathédrale, sur

le <iuai de la Jolielte (l'ancienne Notre-Dame-dc-la- Major, à l'extrémité de l'esplanade de la Tourette, ayant été démolie en partie); la chapelle de Notre- Dame-de-la-Garde, nouvellement reconstruite, surmontée d'une statue colossale de la Vierge; l'église Saint-Victor, reste de l'ancienne abbaye; l'église Saint-Laurent, du xiii" siècle; Notre-Dame-du- Mont-Carmel, reconstruite en 1621; Notre-Damcdu-Mont, dont la fondation remonte au vi" siècle ; l'église des Chartreux (1633); l'église Saint-Cannat (temple de la Raison en 1793); l'église Sainl- Vincent-dc-Paul et celle de la Trinité, édifices modernes; les églises Saint-Théodore, Saint-Joseph, Saint-Michel, Saint-Charles, etc.; le temple protestant, la synagogue, le palais épiscopal, l'hôtel de ville, avec un écusson sculpté parPugct; l'hôtel de la préfecture, sur la place Saint-Ferréol ; le palais de justice, construit de 18o8 à 1862 sur l'ancienne place Montyon, au milieu de laquelle s'élève la statue en bronze de Berryer; la nouvelle Bourse, sur la Cannebière ; le magnifique palais des arts de Longchamp et son chàteau-d'eau, construits sur la colline du même nom, de 1862 à 187'}, dans le style de la Renaissance, et renfermant le musée de peinture et le muséum d'histoire naturelle; l'arc de triomphe de la porte d'Aix; les docks de la Jeliette; la Consigne, sur le vieux port; la manulac ture des tabacs ; l'Ilôtel-Dieu, reconstruit de 1863 à 1865; l'hôpital militaire, le château du Pharo; l'École des beaux-arts, bel édifice moderne, renfermant la bibliothèque , qui compte plus de 80,000 volumes et de 1,500 manuscrits, et le cabinet des médailles; l'observatoire, sur le plateau de Longchamp; les Archives départementales, la Fontaine d'Homère (rue d'Aubagne), le Grand-Théâtre (rue Beauvau), le Gymnase (rue du Théâtre-Français), le musée des antiques ou château Borély, etc. Il y a surtout à Marseille de fort belles promenades : le jardin zoologique, le plateau de Longchamp; les allées de Meilhan, le parc du château Borély, qui sert de champ de courses; les allées des Capucines, le cours Belsunce, sur lequel s'élève la statue de M^"" de Belsunce, par Ramus; le cours Pierre-Puget, le cours Saint-Louis, les Catalans, la promenade de la Colline, où se dresse la colonne de Napoléon I"; le Prado, qui s'étend de la place Castellane jusqu'à la mer; le Châteaii-des-Fleurs, la magnifique route de la Corniche , creusée dans le roc et côtoyant la mer sur une longueur de 7 kilomètres; le Roucas-Blanc, la jetée de la Joliette, etc.

Caractère, mœurs et usages des Marseillais. — Dans une vilie toute commerçante, les habitants doivent, en général, contracter une tendance vers les aiïaires, qui devient en eux une habitude et forme le fond de leur caractère. Marseille, dont la situation est des plus heureuses pour le commerce, voit aussi l'industrie élever dans son sein une mulliUide d'ateliers de tout genre. D'un côté, la mer couverte de navires, de l'autre les magasins remplis de marchandises, voilà le spectacle qui se présente sans cesse au Marseillais. L'esprit des affaires, secondé par une grande activité, doit donc absorber toute son attention et devenir en lui une habitude. Peu de personnes peuvent se soustraire à cette influence commerciale. On n'y cultive les lettres et les arts que comme délassements déplus utiles travaux ; les sciences y sont appréciées toutes les fois qu'elles s'appliquent à étendre et à perfectionner l'industrie. Les plaisirs eux-mêmes ne viennent qu'à la suite de travaux et de fatigues, et il n'est pas rare de voir le chef d'une grande maison, qui réunit chez lui une grande société, s'y dérober quelques instants pour s'occuper des affaires de son commerce. Aussi la "ville de Marseille peut-elle être considérée comme une vaste bourse, où l'on ne cesse de s'occuper de trafic et de négociations.

Le peuple suit l'exemple et l'impulsion de la classe aisée ; il est laborieux, et les nombreux besoins du commerce, en multipliant le travail, rendent son existence facile (1); mais rien ne peut détourner le portefaix de consacrer, le dimanche, à ses plaisirs, fout l'argent qu'il a pu mettre en réserve, après avoir satisfait aux besoins de sa famille. Les Marseillais aiment passionnément la musique ; dans la classe du peuple, on trouve un grand nombre d'individus qui se réunissent pour chanter des chœurs, et on y distingue de très belles voix. Le goût du spectacle est aussi prononcé, et le dimanche le parterre est toujours rempli par le peuple; plusieurs même de cette classe s'exercent sur des théâtres bourgeois et y obtiennent quelque

(1) A Marseille, la classe industiielle est plus forte à elle seule que les classes agricole et commerçante. Cet excédent vient du grand nombre d'ouvriers; car le nombre des fabricants est inférieur à celui des négociants, et celui des artisans à celui des marchands. D'où il résulte que Marseille est plus commerçante qu'industrielle et plus industrielle qu'agricole.

Dans tout le reste du département, la progression est inverse.

succès; et il est arrive plus d'une fois que ce qui n'était pour quelques-uns qu'un amusement est devenu une profession et un moyen de fortune.

Il n'y a pas de ville où les parties de campagne soient plus fréquentes qu'à Marseille; celui qui peut se procurer une bastide croit avoir atteint le plus haut degré de bonheur. Les dimanches, dans la belle saison, la ville semble déserte ; toute la population se porte à la campagne pour s'y livrer en toute liberté à une joie bruyante. Ce goût n'est pas seulement celui du peuple; il est partagé aussi par les classes supérieures, et tout le monde sait quelles sont la multitude et la richesse des maisons de campagne qui environnent la ville.

La danse est encore un des amusements que les Marseillais recherchent. Les trains ou romevages sont fréquentés principalement par la danse au son du tambourin. La manière de célébrer les fêtes votives dans le territoire de Marseille et tout le département était encore toute particulière, il y a peu d'années, et donnait lieu à des réjouissances ou à des spectacles empruntés aux siècles passés. L'instruction du peuple est assez avancée à Marseille, et il y a dans cette grande cité des écoles gratuites de dessin et de musique, où les élèves font des progrès surprenants.

Le peuple marseillais est vif, impétueux, naturellement porté à l'enthousiasme. Entraîné par la sensation du moment, il l'exprime quelquefois avec trop peu de retenue; mais, le premier mouvement passé, il entend facilement raison, et jamais il ne méconnaît les lois de l'honneur et de la probité; il est d'ailleurs brave et résolu, et son patriotisme a plus d'une l'ois conservé à la France le premier de ses ports de commerce et la troisième de ses cités.

Nous avons dit que les Marseillais étaient passionnés pour leurs danses; parmi ces dernières, la plus ancienne et celle qu'ils préfèrent est la falandoulo, que nous appelons la farandole.

La bruyante /«/(7Wc?oM^, expression la plus vive de la gaieté provençale, n'est autre chose qu'une longue chaîne formée spontanément de personnes de tout âge et des deux sexes dans les réunions qui ont lieu sur les places publiques à l'occasion d'une réjouissance ou d'un événement heureux. Celui qui est placé en tête de la chaîne la conduit en lui faisant faire beaucoup de détours. Souvent il rejoint la queue de la chaîne, et, faisant relever les bras des deux derniers, il passe dessous en entraînant toute la bande.

L'habileté du conducteur consiste à être toujours en mouvement, à faire des retours brusques et à passer dans des endroits difficiles, comme s'il cherchait à rompre la chaîne, tandis que ceux qui la forment, liés par des mouchoirs qui entourent leurs mains, et forcés de suivre le conducteur, doivent faire leurs efforts pour ne pas être séparés.

La falandotdo a été apportée par les Phocéens à Marseille, et, de celte ville, elle s'est répandue non seulement dans toute la Provence, mais encore sur toutes les côtes où les Marseillais avaient fondé des établissements, notamment dans la Catalogne. La même danse est encore en usage dans toutes les îles de l'Archipel. Le moi falandoido est tout grec; il dérive de fi'>-^-/l, qui se 'çyvononcQ phalanx, et de 'jov^oç, esclave, assujetti; il signifie donc : phalange ou troupe composée d'individus liés les uns aux autres, c'est-à-dire formant une chaîne indissoluble.

La falandoulo se danse au son du tambourin et du galoubet, qui sont aussi des instruments de musique d'origine grecque. On la danse encore sans instruments, en chantant des airs qui sont affectés à ce divertissement. Elle est usitée dans toute la Provence et à toutes les époques de l'année, principalement les derniersjours du carnaval, aux moissons et aux vendanges; c'est le divertissement obligé de toutes les fêtes et de toutes les réjouissances publiques. Parmi les autres danses qui sont encore usitées en Provence et surtout dans le département des Bouches-du-Rhône, nous citerons :

Leis lioîcfets, les soufflets, et leis fieloués, les (juenouilles, qui sont fort gaies et se font au son du tambourin et du galoubet , on les accompagne en improvisant des couplets plaisants. Les olivettes, les bergères, \es jarretières et la cordeJle sont autant d'autres danses qui aujourd'hui sont rarement exécutées, à cause des dépensesqu'elles nécessitent.

Environs de M.\rseii,le. — Dans l'origine de leur établissement, les Phocéens n'avaient pas de territoire. Le terrain concédé à Nannus était à peine suffisant pour une petite ville ; mais bientôt, celle-ci s'agrandissant, ses habitants songèrent à s'emparer des terres incultes ou couvertes de bois et de marais qui fenvironnaient. Les premiers quartiers cultivés furent ceux de Séon et de Mazargues, et la riche végétation de la Grèce et de l'Asie Mineure fut transportée comme par enchantement sur le rivage de la Gaule méridionale. Plus tard, Marseille s'allia avec les Albiciens, qui habitaient les montagnes

voisines, régla avec eux de gré à gré les limites de son territoire et établit des postes de défense aux trois avenues par lesquelles on pouvait pénétrer dans ce territoire ; savoir : au Plan-de-Cuqucs, sur le chemin de La Bourdonnaie; à La Penne, sur le chemin de la vallée de l'Huveaune, et à Septèmes, sur la route d'Aix; ces postes étaient en même temps des châteaux fortifiés et des bureaux de perception pour les droits établis. Marseille, fidèle à ses traités, ne tenta jamais d'agrandir le territoire qu'elle avait acquis ; elle le possède encore aujourd'hui, et il est vulgairement connu sous le nom de Terradou.

La ligne des limites du Terradou commence, à l'ouest, à la batterie de la Courbière, près de l'Estague; elle passe successivement par le sommet du Col-Simon, à Cadenet, au sommet de la montagne de l'Étoile, par le Jas-de-Loison, entre Le Plaude-Cuques et Chàteau-Gombert ; à La Treille, par la bastide de TAumône, par Carpiagne et Logisson, pour venir aboutir au port de Courliou. Le Terradou a dans ses limites environ 40 kilomètres de tour, sans compter la côte. Ce Terradou forme aujourd'hui le territoire des communes de : Marseille, Allauch, Septèmes et La Penne. La commune de Septèmes dépend du canton de Gardanne et de l'arrondissement d'Aix; la commune de La Penne dépend de l'arrondissement de Marseille et du canton d'Aubagne; Marseille et Allauch forment six cantons, trois cantons urbains et trois cantons ruraux.

Les environs de Marseille doivent comprendre l'étendue des trois cantons ruraux ; ils se composent de 54 quartiers, hameaux, villages, écarts, dont quelques-uns tendent de jour en jour à se confondre avec la ville, à cause de ses rapides accroissements, et de la commune d'AUauch. Il en est qui sont dignes de fixer l'attention de l'historien et de l'archéologue. Les Chartreux rappellent le beau monastère que ces moines y avaient élevé: le hameau Aq Maoupasset a remplacé la maison de plaisance du roi René, qu'il avait nonmiée iVlaoupasset, mal passé, mal guéri, parce qu'il s'y était rétabli d'une grave indisposition.

Saint-Barthélémy , Le Canet, Saint-Joseph, Les Aygalades, Séon- Saint- André et Séon-Saint- Ilenry, ces deux derniers entourés de vignobles, sont autant de villages fréquentés par la population ouvrière, et stations du service de banlieue de Marseille à L'Estaque.

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Cathédrale d'Aix.

Le Canet doil son nom aux petits roseaux appelés cannes en provençal, qui croissaient dans les petits marais du voisinage. Ce quartier partait autrefois le nom de Champ-Martel, parce que Charles- Martel, poursuivant les Sarrasins, y avait autrefois campé.

Le petit hameau d'Arenc, très fréquenté à cause de sa position sur les bords de la mer et de ses nombreuses guinguettes, doit sa dénomination aux sables (tfre«« ou, en provençal, areno) qui l'entourent.

C'est des grottes (xpOnT»)) creusées dans le tuf calcaire des rochers que le quartier des Crottes a pris son nom. Les Aygalades conservent encore les longs souterrains qui portaient l'eau ou cachaient l'eau du ruisseau voisin, pour les conduire peut-être à Marseille. Les religieux du Mont-Carmel y avaient fondé un monastère que le roi René érigea en couvent royal. Ce prince avait aux Aygalades un repos de chasse. Le maréchal de Villars

France illustrée. 34.

y fit construire un château qu'il habita souvent, el dans lequel Barras vint, après la chute du Directoire, chercher le calme et le repos.

Jules César établit, dit-on, un camp d'observation sur l'emplacement du village Aq Saint- Julien, d'abord nommé Julii Castra ; on y a trouvé des ruines romaines. Les Camoins doivent leur nom à un frère convers de l'ordre de Saint-Dominique du couvent de Marseille, nommé Camoin, qui, dégoûté de la vie monastique, obtint la permission de quitter le cloître; ses vœux ayant été cassés, il se maria, obtint de ses anciens confrères ce territoire qu'il défricha et où il s'établit avec sa famille.

Le roi René possédait à Sainte-Mar giierile , dont l'église, qui est fort ancienne, était appelée Margarita (la perle), une maison de plaisance connue sous le nom de la Grande-Bastide, et il y venait fréquemment chasser le cerf; car le quartier était fort boisé, et son défrichement n'a commencé qu'après le siège de Marseille par le connétable de

9« — BouciiEs-DU-Rii6.\'E, 6" Liv.

Lourbon. On y voyait jadis une tour fort ancienne nommée la tour de Tassy.

Mazargues offre deux étymologies , toutes deux acceptables : Marii ager, le champ de I\Iarius, et Mas aggeris, maison ou habitation du chemin. C'est un des quartiers les plus anciennement cultives du territoire de Marseille. On y a trouvé de nombreuses ruines romaines. La voie littorale de Marseille à Cytharisle (La Ciotat) passait devant Mazargues.

L'anse des Catalans s'appelait anciennement le port Saint-Lamhert et était sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Victor. Les Infirmeries étaient d'abord placées hors de la porte de l'Ourse, à l'entrée de l'anse de la Joliette ; on les transporta au port Saint-Lambert et, plus tard, au lazaret actuel. C'est alors que ce quartier prit le nom de Yieilles- Infirmeries. Les bâtiments du quartier des Catalans avaient été construits pour les malades et les employés de la santé. Lorsque ces infirmeries furent abandonnées, les pêcheurs catalans fréquentèrent cette anse et plusieurs d'entre eux s'y fixèrent avec leurs familles. Le Pharo, dont le nom rappelle l'existence du premier phare qui éclaira l'entrée de l'ancienne Marseille, fait partie des Catalans; ce quartier est occupé par un grand nombre de guinguettes, de restaurants et d'établissements de plaisir à l'usage de la population ouvrière.

On peut également visiter, aux environs de Marseille, le château de Sainte-Marthe, le château des Tours; le château du roi d'Espagne, où résida Charles IV en 1811; la curieuse montagne de Marsillo-Veiré (Marseille à voir), la Baume de lîoland, enfin les îles de Pomègue et de Ratonneau, l'île du château d'If et l'île des Pendus, dont nous avons déjà parlé.

.\llauch. — AUauch {Albaudium, Allaou), à 9 kilomètres au nord-est de Marseille, passe pour avoir été '"ondée peu après Marseille, sur le territoire des Âlbiciens. On n'a, d'ailleurs, aucun document positif sur cette commune avant le temps des Sarrasins. Il paraît positif que, pour se garantir de ces derniers, 'es habitants de la contrée se réunirent sur une hauteur voisine du bourg actuel, où l'on aperçoit encore une double enceinte de murailles avec des tours, dont une est assez bien conservée. On ne saurait préciser le temps auquel l'ancien village fut abandonné, mais il l'était déjà

en 1463. La situation d'Allauch est pittoresque : une suite de monticules couronnés de plantations de pins s'élèvent en amphithéâtre jusqu'à la colline sur laquelle l'ancien village était bâti; des tours à demi ruinées, des pans de murailles isolés, l'église Notre-Dame-du-Château, qui est assise sur le sommet, accusent les ravages du temps. Au-dessous et sur une roche nue formant un talus rapide, se trouve le bourg actuel disposé en amphithéâtre ; il est élevé au-dessus de la plaine, dont il est séparé par un escarpement du côté de l'ouest et par une pente rapideducôtédusud. Sur la place, qui est assez étroite, se trouvent l'hôtel de ville et l'église dédiée à saint Sébastien. Aux environs, dans le bois de Pichaury, sont les ruines du château de Ners. Le mistral se fait sentir à AUauch avec toute sa violence. Les habitants, au nombre de 3,104, n'ont d'autre eau que celle de trois puits, dont l'eau, d'une excellente qualité d'ailleurs et qui ne tarit jamais, suffit à leurs besoins. Ils se livrent à l'agriculture et au jardinage et vendent à Marseille leurs denrées ; il y a des fours à chaux et des carrières de plâtre.

Le Plan-de-Cuqj(,es [cuco ou cuque est un mot provençal qui signifie meule de foin) dépend d'Allauch ; la plaine qui entoure ce bourg est très fertile.

AuBAGNE. — Aubagne [Albania, Aoubagno) est une petite ville de 8,027 habitants, station de la ligne de Marseille à Nice et située à 17 kilomètres à l'est de Marseille, sur la grande route de Toulon et sur la rive gauche de l'iluveaune. Elle doit son nom au- voisinage des montagnes de la Sainte- Baume, de Roquefort et de Gardelaban, qui sont très hautes, et dont les sommets escarpés montrent à nu la roche calcaire, dont la couleur est blanche. C'est aussi ce qui avait fait donner le nom d'Albiciens aux habitants de la vallée de l'Huveaune. Cette ville, qui paraît fort ancienne, mais dont il n'est guère question dans l'histoire avant le x'^ siècle, a subi successivement plusieurs dominations, et, comme les empereurs d'Allemagne intervinrent plusieurs fois entre les vicomtes et les évêques de Marseille qui s'en disputaient la possession, elle a été comptée quelquefois parmi les villes impériales. Les ligueurs s'en emparèrent en 1589 et la maltraitèrent; depuis, elle resta fidèle à la royauté.

La ville d'Aubagne est bâtie sur un monticule argileux; les ruines du vieux château se voient encore sur son sommet et attestent son ancienne

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importance. L'ancienne ville était située au pied du château et occupait tout le penchant sud-ouest de la colline; les rues étaient étroites et tortueuses. Un rempart, dont il reste quelques débris, entourait la ville et la joignait au château. Cette vieille ville a été peu à peu abandonnée pour la nouvelle qui s'étend dans la plaine, des deux côtés de la grande route; elle possède des fabriques de poterie et de l'aïence, des tanneries, des fabriques de draps et des distilleries. La montagne Gardelaban, qui est voisine, est en grande vénération dans la contrée; elle est surmontée d'une croix de bois dur et de forte dimension que l'on aperçoit de très loin ; on y va en pèlerinage.

Aubagne a vu naître l'abbé Sicard et le grammairien Domergue.

Les armes d'Aubagne sont : d'azur, aux lettres capitales M et V entrelacées d'argent, posées sur une mer de même, et deux fleurs de lis d'or en chef.

GÉMENOS. — Gémenos [Gemini] est un bourg de 1,534 habitants, situé sur le Fauge, dans le canton d'.\ubagne, à 25 kilomètres à l'est de Marseille et à l'entrée du vallon de Saint-Pons, chanté par Delille :

0 riant Gémenos! ô vallon fortuné!

Tel j'ai vu ton coteau de pampres couronné,

Que la figue chérit, que l'olive idolâtre,

Élcndre en verts gradins son riche amphithéâtre.

Et la terre, par l'homme apportée à grands frais,

D'un sol LMifant de l'art étaler les bienfaits.

Lieu cliarmant! trop heureux qui dans la belle plaine,

Où l'hiver indulgent allii'dit son haleine,

Au sein d'un doux abri peut, sous ton ciel vermeil,

Avec tes orangers partager ton soleil,

Respirer leurs parfums, et, comme leur verdure.

Même au sein des frimas défier la froidure.

{L'Homme des Cfinmps.)

Gémenos, qui doit son nom aux deux montagnes au pied desquelles il est bâti , mérite encore cet l'ioge ; la campagne environnante est regardée comme la plus agréable du département. Elle offre aux visiteurs de charmantes prairies , de belles promenades ombragées par des arbres qui forment des voûtes de verdure d'une hauteur prodigieuse, un joli labyrinthe, de beaux jardins et des vergers arrosés par des cours d'eau qui se divisent en une infinité de petits ruisseaux. Aussi le village, situé sur la route d'Aix à Toulon, est-il un des rendezvous de prédilection des Marseillais , qui viennent y jouir d'une vue agréable et respirer la fraîcheur

sous de délicieux ombrages. Le château, de construction moderne, est entouré de beaux jardins.

Gémenos possède des filatures de soie, des peignages et lavages de laine, des minoteries, des plâlrièresetdes fabri(|ues de ciment, une papeterie et une belle verrerie. Dans les environs , à Saint- Pons, on voit les ruines d'une abbaye de femmes fondée au xm° siècle ; elles sont rangées au nombre des monuments historiques. Près de ces ruines, un petit affluent du Fauge forme une jolie cascade.

La Ciotat. — La Ciolal {C7/tkarista Porlus, Elusa Vêtus, Taurentium Civitas), est nne jolie ville maritime, station de la ligne de Marseille à Nice, située au pied d'un rocher singulier appelé le Bec-d'Aigle, à 35 kilom. au sud-est de Marseille, au fond d'une anse du golfe de Lèques , qui l'abrite des vents de l'ouest et du nord ; elle possède une population de 10,038 habitants, un tribunal de commerce, un conseil de prud'hommes et une école d'hydrographie. Construite à la place de l'ancienne Cytharisle, colonie de Marseille, elle accrut sa population vers la fin du moyen âge, par l'établissement de nombreux pêcheurs catalans. Elle eut jusqu'à 12,000 âmes sous François I" et fut alors renommée pour son commerce actif. Son port offre toujours un bon mouillage aux navires de commerce, et même aux vaisseaux de guerre ; des forts dont les feux se croisent et l'île Verte, située à l'entrée, en défendent l'accès.

La ville est assise au bord de la mer, au milieu d'une riante campagne plantée de grenadiers, d'oliviers et d'orangers. Elle est entourée d'un vieux rempart; ses rues sont généralement bien percées et ornées de maisons d'un aspect propre et agréable; mais nous ne citerons aucun de ses monuments, à l'exception de son église, qui date de la fin du xvi" siècle.

On peut faire ici cette remarque générale, que, si Marseille s'est accrue considérablement au siècle dernier et surtout au nôtre, les ports voisins, au contraire, ont singulièrement baissé de population et de prospérité, k La Ciotat, le mouvement de la navigation du port est peu important.

Cependant celte ville possède quelques établissements nduslriels, parmi lesquels les ateliers maritimes des Messageries nationales; et elle fait un certain commerce de poissons salés, de pierres, de vins et de fruits.

La Ciotat est la patrie de l'amiral Gantheaume.

Les armes de La Ciotat sont : cVazu'i\ à une ville i d'argent en fasce, soutenue d'un mur de même, la tille sommée d'une crosse d'or, à dextre d'un C, à sénestre d'un T d'argent, et au milieu de la mer une liarque de sable les voiles déployées. On les trouve quelquefois encore : d'azur, à un pont de quatre arches d'argent, sunnonté d'une mitre et d'une crosse d'or ; au bas dupant est un poisson d'argent, posé sur des ondes de même en pointe.

Cassis. — Cassis [Carcisis Portus, Villa Carcitana), station de la ligne de Marseille à Nice, à 27 kilomètres au sud-est de Marseille, est une petite ville maritime de 1,809 habitants, qui est fort aneienne, puisqu'elle est mentionnée dans l'Itincraire d'Antonin; mais il parait que la ville actuelle n'occupe pas précisément l'emplacement de l'ancienne, qui fut détruite en 573 par les Lombards et en 1200 par les Sarrasins. Elle occupe le fond d'une vallée très étroite dont les coteaux, plantés en vignes, fournissent un vin blanc muscat très estimé qui s'exporte au loin; elle est très proprement percée, possède une belle fontaine, qui orne sa place publique. Son port, qui est vaste et spacieux, peut, au besoin, offrir un refuge aux navires de l'État. Les habitants s'adonnent aux soins de l'agriculture, de la pêche du corail et du cabotage.

Cassis a vu naître l'abbé Barthélémy, auteur du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce.

RoQUEVAiRE. — Roquevaire [Rupes Varia, Rocavaria), station de la ligne de Lyon, chef-lieu de canton, à 24 kilomètres au nord-est de Marseille, est une ville de 3, 5o8 habitants qui est fort ancienne. Déjà, sous le règne de Bérenger IV, elle était entourée de remparts et défendue par un château qui fut plus tard démoli, en 1596, par ordre du duc de Guise, après avoir été plusieurs fois pris et repris, notamment par les Marseillais en 1383, et plus tard par le duc d'Épernon en 15v^3. La ville actuelle est située sur la rive gauche de l'Huveaune ; elle consiste principalement en une longue rue assez large, bordée de maisons de belle apparence et traversée par le Basserau, torrent qui, à certaines époques, ne laisse pas que d'y causer quelques ravages. Son église et son hôtel de ville sont des bâtiments modernes dont l'architecture est remarquable. Sur la rive droite de l'Huveaune s'étend un faubourg avec de belles uJlées d'arbres.

Roquevaire possède des fabriques de savon.

d'huile d'olive, beaucoup de filatures de soie, des papeteries, des scieries et des fabriques de faïence; c'est une ville industrieuse et commerçante dont les foires et les marchés sont très fréquentés. Les principaux objets d'exportation sont : des figues et des raisins secs renommés, des olives, de l'huile, des câpres, des amandes, des noisettes, la soie, la laine, les grains, la houille, le plâtre et les faïences. Le territoire de Roquevaire fournit d'excellents vins muscats rouges et blancs, qui s'exportent au loin. Dans ses environs, on rencontre la houille et le gypse.

.\URI0L. — Auriol {Auriolum), commune du canton de Roquevaire, sur la rive droite de l'Huveaune, à 29 kilomètres au nord-est de Marseille, est une station de la ligne de Paris-Lyon-.Méditerranée ; sa population atteint 4,692 habitants. Si l'on s'en rapporte aux témoignages qu'apportent les fouilles que l'on y a faites, cette petite ville ne serait autre qu'une agglomération de villas, de maisons de plaisance ou de bains, que les Romains y auraient établis au temps de leur domination ; on y trouve des ruines de salles ornées de mosaïques, de piscines, de tombeaux, qui datent de l'époque de leur résidence dans le pays.

Au vni* siècle, les Sarrasins forcèrent les habitants d'abandonner la vallée pour aller se fortifier sur la colline, où l'on retrouve encore aujourd'hui les restes d'une place forte. Quatre siècles plus tard, les habitants redescendirent dans la vallée où s'éleva bientôt une ville nouvelle, dont les maisons vinrent s'aligner sur la route de Marseille à Brignoles. La ville est entourée de belles promenades ; elleest bien arrosée; l'hôtel de villeenoccupele centre; c'était autrefois un grenier public. La tour de l'Horloge, qui date de 1564, est percée d'une porte qui conduit à la plate-forme de l'ancien village, qui porte le nom gracieux àeLoupati d'amour, le pré d'amour; c'est là, en effet, que de temps immémorial les amoureux se donnent des rendez-vous pour échanger leurs discrètes confidences.

Auriol, comme la plupart des villes de Provence, possède des filatures de soie, et aussi des distilleries d'huile, d'eau-de-vie, des papeteries et une manufacture de draps.

On exploite dans ses environs des carrières d'albâtre, la hou'lle et le gypse.

Aix (lat. 4'/ ài 55"; long. 3° 6' 37" E.). — Aix

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[Aqu<B Sectice) est une grande, belle et riche ville archiépiscopale, ancienne capitale de province et siège de parlement, aujourd'hui cliel-lieu d'arrondissement, station de la ligne de Marseille à Gap, à 28 kilomètres au nord de Marseille, 78 d'Avignon et 472 de Paris.

L'origine romaine de cette ville est marquée par son nom même. Des fouilles qu'on a faites sur la colline d'Entremout, à très peu de dislance, ont démontré qu'en ce lieu avaitexislé une ville gauloise, appartenant à la population salienne. Le consul C. Sextius Calvinus, qui soumit cette population, ayant assis son camp au pied de la colline, fut Irappé de la beauté du lieu et des eaux thermales qui s'y trouvaient. 11 y attira quelques habitants et mit la ville naissante sous la protection de Mercure, les eaux thermales sous celle de Priape, ce qui explique la présence du phallus au bas-relief qu'on voit encore au-dessus d'un autel dans les anciens thermes (122 av. J.-C). Les Eaux sextiennes [Aqum sextié), aussi appelées la Cité des eaux [Civitas açuetisis), attirèrent bientôt, dans la saison d'été, les officiers romains et les riches Marseillais. Au temps de la campagne de César dans les Gaules, Aix comptait déjà 30,000 habitants; il y établit, en outre, une colonie tirée delà 25' légion.

C'est près d'Aix, sur les bords de la petite rivière du Cœnus (aujourd'hui l'Arc), que Marins défit les Ambrons et les Teutons. Les deux armées étaient campées de part et d'autre du fleuve ; les Romains n'osaient descendre pour aller chercher de l'eau, et la soif les dévorait; ils se plaignaient à Marins : « De l'eau ! leur répondit-il, j'en vois dans cette rivière ; avec du sang vous en aurez. » Des valets descendirent au rivage, furent assaillis par les barbares. Les Romains accoururent, engagèrent la mêlée dans le lit même du fleuve, repoussèrent leurs ennemis et ne s'arrêtèrent que devant les femmes qui, montées sur les chariots, frappaient également à coups de hache les ennemis vainqueurs ou leurs époux fugitifs. La lutte recommença le lendemain ; Marias s'en était assuré le succès par une embuscade. On dit qu'il périt 200,000 barbares, dont les corps en putréfaction firent appeler Campi puiridi (Pourrières) le lieu du combat. Marins y dressa un obélisque (102). Auguste éleva Aix au rang de colonie julien7ie, et, en effet, on a une inscription qui porte : col. iul. aqvis sextis. Elle eut sa curie, comme la plupart des villes de l'empire ; au iv« siècle, elle fut le ehef-lieu de la seconde Narbonnaise.

Elle reçut, en 290, le christianisme, qui y fut prêché par saint Trophime, évêque d'Arles.

Le sort d'Aix, pendant et après l'invasion des barbares, fut le même que celui de la Provence. En 736, les Sarrasins la détruisirent, et elle ne se releva que sous Lolhaire. Réunie au royaume d'Arles en 877, elle avait encore alors son régime municipal du temps des Romains ; seulement les noms étaient changés : c'étaient des prud'hommes, des scabins {scablnl, d'où plus tard on a fait le mot échevin); l'évèque conservait son titre de défenseur de la cité.

Les comtes de Provence y fixèrent leur résidence et habitèrent l'ancien prétoire, autour duquel s'éleva un bourg qu'on appela la ville comtale. Aix fut favorisée par la maison de Barcelone. Elle s'agrandit, fonda sa cathédrale de Saint-Sauveur (1107) et vit se réunir dans ses murs la première cour d'amour (1163).

La maison d'Anjou ne fut pas moins bonne pour Aix. Le secours que cette ville prêta à Marseille, assiégée par Alphonse d'Aragon, fut récompensé par le droit d'écarteler ses armes de Sicile, de Jérusalem et d'Anjoii. Le bon roi René y résida, et il revit aujourd'hui dans une statue de marbre, œuvre de David d'Angers, qui s'élève au bout delà grande allée du Cours. On a déposé dans les fondations une médaille qui rappelle en ces termes le fidèle attachement des Provençaux à leur vieux roi :

« .\u BON noi René, dont la MÉMomE sera toujours CHÈRE AUX Provençaux. 1839. »

Après la réunion de la Provence à la couronne, Aix, en vertu des clauses du testament de Charleslll, conserva ses libertés et son régime municipal ; son conseil, renouvelé tous les deux ans par l'élection; ses syndics, appelés consuls à partir de 1496 et renouvelés tous les ans par le même mode; ils étaient au nombre de trois. Ils exerçaient, conjointement avec l'archevêque, une autorité fort étendue.

Aix n'était pas moins bien douée sous le rapport judiciaire. Elle avait dans le tribunal de son juge mage une sorte de juridiction suprême ; elle avait sa cour des comptes, avec les maîtres rationaux, les arcJiivaires, etc.; elle avait sa cour de justice ou conseil éminent, composé du sénéchal, du juge mage, du président et de deux maîtres rationaux de la cour des comptes. Toutes ces juridictions furent absorbées dans le parlement que Louis XH fonda en 1502, insensible aux doléances et aux suj.plications desSextiens. La présidence de ce parle-

ment fut donnée au sénéchal ; mais plus tard François I", redoutant cette réunion du pouvoir judiciaire au pouvoir militaire, la lui retira. Le parlement d'Aix jouissait du droit d'annexé, par lequel il pouvait permeltreou refuser de promulguer en Provence les rescrits, brefs, bulles du pape. Ce droit remarquable fut un objet de débats entre le parlement et la cour de Rome, débats qui suivirent les mouvements de la politique. Louis XII poussa le parlement à refuser l'annexe aux légats de Jules II. Au contraire, François 1='', par politique, l'obligea de céder. Le concordat, au reste, arrangea tout, et Léon X reconnut au parlement le droit d'annexé.

Si Marseille fut héroïque dans les invasions, il n'en fut pas de même d'Aix. Dès les premières sommations, le consul Honoré Pujet en rendit les clefs au connétable de Bourbon ; il fut élevé, en récompense, à la dignité de viguier. Les Marseillais marchèrent sur Aix, après le départ de Bourbon, pour la punir, et les Sextiens portèrent, pendant deux siècles, le surnom flélrissant de bourbonnais. François I""', à son tour, fil couper la tête à Pujet et défendit aux consuls d'Aix de porter le chaperon et la robe rouge. Il supprima le juge mage. Il décréta enfin (153S) que, des trois consuls, le premier serait choisi parmi les gentilshommes possédant fiefs, le second parmi les gentilshommes de la ville, le troisième parmi les bourgeois.

Lorsque Charles-Quint entra en Provence (1536), François I''"', qui savait à quoi s'en tenir sur le patriotisme d'Aix, fit démolir ses murailles et en fit sortir le parlement et les principaux bourgeois. L'empereur entra, se fit couronner roi d'Arles et de Provence par l'évèque de Nice, tint un lit de justice, abolit tout le régime municipal d'Aix pour y substituer un vicomte, des tribuns, etc. Ce vain étalage de puissance ne changea rien au sort d'Aix, aussitôt après que Charles-Quint en fut parti.

Le xvi" siècle fut, au reste, pour cette ville le plus brillant. Les états de 1540 fixèrent le budget de son université; ceux de 1568 y établirent deux chaires de droit et deux de médecine. L'imprimerie n'y pénétra qu'en 1572, comme à Marseille en 1594 seulement; chose étrange que la Provence ait été si en retard à l'égard de cette merveilleuse invention. La présence d'un parlement, d'une université entretenait à Aix un mouvement de sciences et de lettres et un certain esprit libre et frondeur à l'égard du clergé qu'on pourrait peut-être

rattacher aussi soit aux troubadours, soit aux fabliaux. L'acte de fondation de l'hospice Saint-Jacques-de-Laroque, en 1519, était une véritable satire: « Tout homme souffrant, disait-on, y devait être admis, quelle que fût sa croyance, etiam diabolus , et on devait exclure du nombre des administrateurs tout ecclésiastique, etiampapa. »

On est donc un peu surpris lorsqu'on songe à l'odieuse célébrité que les membres du parlement d'Aix, le président d'Oppède et l'avocat général Guérin, acquirent dans l'affaire des Vaudois, et au catholicisme trop rigoureux que la population d'Aix déploya dès le début des guerres de religion. Elle refusa formellement d'accepter l'édit de janvier (1562) et ne s'y soumit que par force. La présence des troupes royales fut nécessaire pour rendre l'existence possible aux protestants dans Aix. Ceuxci y eurent alors deux prêches. S'ils avaient été en force, sans doute ils auraient engagé volontiers la lutte. Ne pouvant espérer rien de plus que de se faire tolérer, ils eurent l'imprudence de taquiner leurs puissants ennemis, battant le tambour pendant la messe, enlevant aux bonnes femmes leurs chapelets et leurs scapulaires, ou bien, la nuit qui précéda la fête de saint Marc, semant de graines d'épinards la rue que les pieux pénitents devaient parcourir pieds nus. Ils payèrent cher ces malices. Le comte de Garces, chef des catholiques, qui en furent appelés carsistes, prit les armes et sévit contre les protestants avec la dernière cruauté. Le pin de l'enclos de Gênas vit suspendues à ses branches bien des victimes de l'intolérance des catholiques d'Aix. L'amnistie de 1563 rendit la sécurité aux protestants, et bientôt le roi lui-même vint à Aix avec sa mère (1564); il supprima le parlement, pour le rétablir, il est vrai, peu de temps après ; et, en 1567, il constitua une Chambre neutre pour rassurer les réformés.

Les conflits ne tardèrent pas à recommencer. La Ligue domina à Aix. D'abord, elle y eut pour chefs le duc de Savoie et la comtesse de Saulx, cette femme belle, audacieuse et habile, qui joua un rôle si important dans la Provence. Mais de Carces, fils de celui dont il a été question tout à l'heure, chassa également le duc et la duchesse, et, demeuré seul chef des ligueurs d'Aix, imprima à leur parti une direction énergique. D'Epernon approchait avec une armée pour soumettre la ville à Henri IV ; elle se mit en état de défense, forma un comité de salut public, garnit de canons ses mu-

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railles. Sous le feu des batteries du duc, établies rtir les hauteurs voisines, les habitants continuèrent leurs occupations. Les membres du parlement I criaient leurs séances quotidiennes et n'en sortaient que pour courir aux remparts. Les femmes, dans les sorties, portaient de l'eau et des secours aux blessés. L'une d'elles s'aper(;ut qu'elle avait par mégarde donne à boire à un soldat ennemi ; elle l'acheva en lui cassant son pot de grès sur la tète. Un transfuge donna des renseignements précieux : un jour le duc d'Épernon, suivant son habitude, jouait aux cartes dans sa tente avec un de ses officiers, un boulet bien dirigé emporta l'officier, brisa la table et le blessa lui-même si grièvement qu'il en faillit mourir. La résistance d'Aix paraissait donc devoir triompher, lorsqu'on apprit la conversion de Henri IV. Aussitôt de Garces et la plupart de ses partisans s'empressèrent d'adhérer à l'héritier légitime, devenu catholi(|ue.

En 1600, Aix reçut avec honneur Marie de Médicis, la nouvelle épouse de Henri IV.

En 1603, l'université de cette ville, qui datait de 1409 (fondation du pape Alexandre VI), fut réorganisée sous le nom du collège Bourbon, qui devint l'Académie d'Aix, et où s'enseignèrent les humanités, la philosophie, la théologie, la jurisprudence, la médecine et.la chirurgie.

Un autre événement contribua presque autant que celui-là à donner à Aix l'éclat littéraire dont elle brilla. A la suite du grand prieur de France, Henri d'Angoulème, frère naturel de Henri III, que Catherine de Médicis avait nommé gouverneur de Provence, était venu à Aix, en qualité de secrétaire de ce grand personnage, un gentilhomme nommé Malherbe. C'était le fameux Malherbe. Il épousa une fille du président du parlement d'Aix, Coriolis, et, fixé dans cette ville, fit de sa maison le rendez-vous des savants et des lettrés.

C'était l'époque de la puissance du parlement, dont les membres embellissaient la ville de leurs magnifiques hôtels. Ce sont eux, et particulièrement ce président Coriolis, beau-père de Malherbe, qui furent les chefs de cette résistance aux empiétements de Richelieu et de Mazarin que nous avons racontés dans l'histoire de la province, et dont nous disons seulement ici que le centre était à Aix. C'est à Aix que le seigneur Villeneuve attacha le grelot, el il était lui-même neveu du président Coriolis. Nous ne ferons que rappeler aussi les partis des sabreurs, et des canivets ou plumitifs, ainsi

que le voyage de Louis XIV en 1660. Il s'arrêta à Aix, y publia le traité des Pyrénées, el y reçut en grâce le prince de Condé rebelle. C'était annoncer que tous les troubles devaient finir , et qu'il n'y avait plus pour les encourager ni guerre ni Fronde.

La peste de 1720 fit de grands ravages à Aix, moindres cependant que ceux d'une étrange maladie qui, en 1580, avait emporté le tiers de la population, et dont voici les symptômes singuliers: une toux violente dont les accès faisaient couler, des narines des malades, une humeur fétide, laquelle, en touchant la terre, se décomposait, et donnait naissance à une multitude de vers. Ceci pour les médecins?

Aix tout entière fut émue, en 1731, par le procès du fameux jésuite Girard, ce séducteur odieux, qui exalta, par les doctrines molinistes, une belle jeune fille de seize ans, Catherine la Gadière, d'une honnête famille de Toulouse, et qui abusa indignement de son crédule mysticisme. Il voulut ensuite s'en débarrasser et la mettre au couvent ; la jeune fille résista et consulta un confesseur janséniste, qui s'empressa de porter l'affaire au parlement d'Aix. Ce qui est triste à dire, c'est que les intrigues des jésuites réussirent dans le parlement, et que la Gadière fut sur le point d'être condamnée au feu comme coupable d'imposture et de sacrilège. Ils avaient même réussi à former dans le peuple un parti à leur confrère. Pourtant, la masse se prononçait énergiqucment contre Girard, et plus d'une fois sa vie courut grand danger. Il n'en fut pas moins acquitté et s'en alla mourir deux ans après à Dôle, en odeur de sainteté, disait la relation que les jésuites publièrent sur sa mort. Du moins, en 1762, sur le réquisitoire célèbre du procureur général de Montelar, le parlement d'Aix prononça l'abolition des jésuites.

Supprimé par Maupeou, le parlement d'Aix fut peu après rétabli et entendit Mirabeau plaider luimême en séparation de corps contre sa femme. Portails, qui la défendait, gagna sa cause. Les étals de Provence entendirent à leur tour le futur tribun prononcer une de ces apostrophes à jamais célèbres; c'est celle où, parlant de l'empressement de toutes les aristocraties à frapper les hommes sortis de leur sein qui favorisaient le peuple, il s'écria : <( Ainsi périt le dernier des Gracques de la main des patriciens; mais, atteint par le coup mortel, il lança de la poussière vers le ciel, en attestant les

dieux vengeurs, et de cette poussière na(juit Marius; Marius, moins grand pour avoir exterminé les Cinibres que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie de la noblesse. » Nous avons déjà dit qu'élu par Aix et Marseille, il opta pour Aix.

Âix était le siège d'une généralité, d'une chambre souverai-ie du clergé, d'une commanderie de Malte, d'une intendance, d'un hôtel des monnaies, d'une maîtrise des eaux et forêts, d'une prévôté royale, etc. Elle possédait beaucoup de communautés religieuses. L'Assemblée constituante l'éleva au rang de chef-lieu des Bouches-du-Rhône, que Marseille lui enleva en l'an VIII. Elle a un siège archiépiscopal, dont les suffragants sont ceux de Marseille, Fréjus, Digne, Gap, Nice et Ajaccio; une cour d'appel, dont le ressort comprend les Bouches-du- Rhône, le Var, les Basses-Alpes ; une sous-préfecture, un tribunal de commerce , siège d'une académie universitaire importante; elle a : une Faculté et une école de droit, une Faculté des lettres, une Faculté de théologie et un lycée ; elle possède encore une école des arts et métiers, un établissement thermal, un musée de peinture et de sculpture, une bibliothèque (120,000 volumes), un grand et un petit séminaire, un Hôtel-Dieu. Sa population est de 28,693 habitants.

Aix se divise en quatre quartiers. La laideur de la vieille ville est rachetée par la beauté de la ville neuve, du Cours, du palais de justice, de l'hôtel de ville et par un grand nombre d'hôtels particuliers qu'habite l'aristocratie d'Aix, et qui forment des rues silencieuses. Il faut rappeler aussi l'église Saint-Sauveur, dont le clocher date du xiii* siècle et le portail du xv». Citons encore, parmi les monuments remarquables d'Aix, l'église Saint- Jean, qui renferme les tombeaux des comtes de Provence; la tour de l'Horloge, qui date du xvi" siècle, et de fort belles fontaines, dont l'une, sur le Cours, est surmontée de la statue du roi René, par David d'Angers.

Aix a quelques manufactures, des fonderies de fer et de cuivre, des tanneries, des chapelleries de feutre souple très renommées , des fabriques de toile peinte, des minoteries et des fabriques de pâtes alimentaires; son commerce vise les eaux-devie, l'huile d'olive, qui est très renommée, les amandes, les olives, les biscuits, les nougats, les calissons et d'autres confiseries. Ce qui est surtout remarquable, c'est l'état avancé de l'agriculture dans les environs.

La haute société d'Aix est instruite ; les uns suivent le barreau, les autres s'occupent de collections d'antiquités, de tableaux. Cette ville a donné le jour à beaucoup d'illustrations : l'érudit Peiresc, le poète comique Brueys , le peintre J.-B. Vanloo, les botanistes Tournefort et Adanson , le navigateur d'Entrecasteaux ; Vauvenargues, l'auteur des Maccimes ; de nos jours, Granet, 1/j peintre; Portails, et surtout M. Mignet, l'éminent historien de la Révolution française, d'Antonio Pérez et de Marie Stuart.

Les armes d'Aix sont : d'or, à cinq pals de gueules , au chef de Jérusalem, de Sicile et d'Anjou : le premier d'argent, à une croix potencée d'or, cantonnée de trois croisettes de même; le deuxième semé de France, au lambel de trois pendants de gueules ; le troisième de France, à la bordure de gueules . Ces armes lui furent concédées en 1482 par lettres patentes de Charles VI, à l'occasion d'un secours donné à la ville de Marseille par les troupes d'Aix. La ville a pour devise : Generoso sanguine parla.

Berre. — Berre (Berra), station du chemin de fer de Paris à la Méditerranée, occupe peut-èlre l'emplacement d'Astromela, que les Wisigoths détruisirent au v» siècle. Elle est située à 26 kilomètres d'Aix, sur les bords de l'étang auquel elle donne son nom. Sa population est de 2,036 habitants. Jadis fortifiée, Berre, au moyen âge, fut plus d'une fois saccagée. Elle trouve une double source de richesses et dans les belles salines qui l'entourent du côté de la mer, et dans les olives, les amandes et les figues que son territoire produit. La ville est agréable, les rues droites, formées de maisons bien bâties ; mais elle ne possède pas de fontaine; un puits est la seule ressource des habitants. Elle est entourée de belles promenades, et son port est à la fois sûr et commode.

Salon. — Salon [Salo, Salon/an, Villa Salone), petite ville de 7,021 habitants, station de la ligne d'Avignon à Marseille, par Cavaillon, à 33 kilomètres est-nord-est d'Aix, sur la route qui, de cette ville, conduit à Arles. Salon paraît avoir été un marais au temps des Romains; mais, au ix° siècle, les moines de Saint-Sauveur de Marseille l'avaient déjà desséché et, après avoir défriché les environs, y avaient établi leurs serfs dans un village qui, du nom d'une ancienne villa romaine voisine. Villa

BOUCHES-nr-RIlONE

Cloître Saint-Trophime, à Arles.

SaJone, prit le nom de Salon. Cependant Salon, au rapport de César Xostradaraus, n'était encore «[u'un village au milieu du xv" siècle. Ce fut le roi liené qui, en faisant construire plusieurs routes et en favorisant l'agriculture, donna l'essor à la population du pays ; mais le territoire était stérile et cela nuisait beaucoup à Salon. Ce fut Adam de Crapponne qui la tira de cet état, en conduisant, par le canal qui porte son nom, les eaux de la Durance sur le territoire de cette ville, et depuis elle n'a fait que prospérer. Les habitants de Salon sont actifs et industrieux ; l'instruction est plus répandue parmi eux que parmi les autres Provençaux ; leur caractère est gai et porté à la plaisanterie.

La ville de Sa'.on est située dans une plaine ; elle garde l'entrée de la vallée de l'élissane et se divise en ville vieille et en ville neuve. La première était autrefois entourée de remparls, dont il ne reste que quelques ruines et une tour avec ses créneaux, qui

FhANCE ILLISTRÉE. 35.

donne ouverture à la rue dite de Bourgneuf ; elle possède encore quelques maisons d'une architecture remarquable; l'église paroissiale, dédiée à saint Michel, a été bâtie par les templiers au suv siècle. La ville vieille est séparée de la ville neuve par un boulevard circulaire divisé en deux promenades, le cours de la Bourgade et le boulevard Nostradamus. La ville neuve est percée de rjes droites et régulières; elle a pour paroisse l'église Saint-Laurent, bàlie en 1344 ; l'on y voit le tombeau du fameux Michel Nostradamus, qui était autrefois dans l'église des franciscains. Salon est la patrie de César Nostradamus, l'historien de la Provence et fds de .Michel, l'astrologue; du bailli de Suffren et d'Adam de Crapponne, à la mémoire duquel les habitants ont élevé une fontaine monumentale.

Les armes de la ville sont : d'or, au lion de salle, tenant au pied un écusson d'azur à une fleicr de lis d'or.

0« — BoucHES-DU-Rnô.NE, 7'= Liv.

La Barben. —La Barben [Barbentum], à 24 kilomètres au nord-ouest d'Aix, est un village du canton de Salon, de 310 habitants, qui paraît fort ancien; les Romains avaient dans ses environs de nombreuses villas sur les bords riants de la Touloubre. Les templiers y avaient fondé un hospice et une église qui occupait l'emplacement de l'église paroissiale actuelle.

Mais ce qui doit attirer le touriste à La Barben, c'est son château, qui, sans contredit, est un des plus remarquables de la Provence. Il est bâti sur un rocher qui s'avance entre la Touloubre et le vallon de Moreau, dans un site des plus pittoresques. Les nombreux bâtiments qui composent le château s'élèvent les uns au-dessus des autres et se lient par des remparts, qui soutiennent des terrasses suspendues, pour ainsi dire, sur des précipices. Des tours fort hautes sont placées par intervalles et à des hauteurs inégales. L'une de ces tours, appelée la tour- Forbin, a été habitée par Palamède, qui opéra la réunion de la Provence à la France. Elle est aujourd'hui à demi ruinée. Le reste du château a été construit à différentes époques, et après 1630, année dans laquelle il fut pillé et démoli en partie, à l'occasion des troubles des Cascavéous. Au-dessous du château, qui est aujourd'hui restauré, sont des prairies et des jardins. Il a successivement appartenu à la famille de Ponlevès, au roi René et à la famille de Forbin.

Gardanne. — Gardanne [Gardanœ] est un cheflieu de canton, à 1 1 kilomètres au sud d'Aix, sur les bords du ruisseau de Saint-Pierre qui en baigne les remparts, et sur la pente du coteau de Cativel. Cette petite ville doit son origine à un château situé entre deux étangs, aujourd'hui convertis en prairies et qui servit souvent de résidence aux rois de Provence quand ils venaient se livrer aux plaisirs de la chasse dans les environs. Autour du château s'élevèrent successivement des habitations, qu'il fallut protéger par des remparts contre l'ennemi extérieur; ainsi se forma le bourg. Aujourd'hui, le château a disparu; il est remplacé par une fontaine qui, dans le pays, conserve le nom de fontaine du Roi. Charles 111, successeur du roi René, affectionnait particulièrement Gardanne ; il lui donna ses armes; plus tard cette seigneurie passa dans la maison de Forbin.

Les rues de la ville sont étroites et mal percées; mais, dans le faubourg et sur le rempart, on voit de

belles maisons et de jolies promenades. Gardanne, qui compte aujourd'hui 3,062 habitants, possède^ des distilleries d'eau-de-vie, des fabriques de ciment, des minoteries, des poteries; sur son territoire, on exploite une couche de houille et l'on cultive le tabac.

Bouc-Albi;rtas. — Bouc prend souvent le nom d'Albertas, qui est celui de son château. Ce village de 1,062 habitants est dans le canton de Gardanne, à 15 kilomètres au sud d'Aix, sur un affluent de l'Arc; il est bâti sur une éminencc et adossé à une barre de rochers, sur lesquels s'élevait l'ancien château, en partie creusé dans le roc, et qui servit plus d'une fois de refuge aux habitants pendant les guerres du xiv et du xvi° siècle.

Bouc ne présente rien de bien remarquable, si ce n'est ses belles fontaines. Le château moderne d'Albertas est orné d'un beau parc et de jardins agréables ; de la plate-forme qui est au-dessus de la barre de rochers, on jouit d'une vue magnifique

Sur le territoire de cette commune, on exploite de l'argile marneuse et de la houille.

MiMET. — Mimet [Mimetuvi) est un petit village du canton de Gardanne, situé dans les montagnes de l'Étoile, à 17 kilomètres au sud d'Aix et qui compte à peine 620 habitants, qui pour la plupart se livrent à l'exploitation de la houille.

Dans ses environs on visite l'église souterraine de Notre-Dame-des-Anges. Cette église, située dans un escarpement de rochers, à mi-côte du sommet du Puy de Mimet, occupe une belle grotte de plus de 30 mètres de longueur, en partie creusée de main d'homme ; elle est ornée de stalactites de formes singulières, et terminée par une double grotte, dont l'une, inférieure, est le sanctuaire de l'église, et l'autre, supérieure, contenait un autel dédié à saint Philippe de Néri. Le sanctuaire, dit Giraull de Saint-Fargeau, auquel nous empruntons cette description, communique par un arceau naturel très pittoresque avec la Baoumo Vidaîo, transformée en une grande chapelle à laquelle l'ouverture du clocher sert de dôme. Cette grotte est fréquentée pendant la belle saison par une foule de curieux qui vont admirer la beauté romantique de ce désert et le magnifique point de vue dont on y jouit.

TnETS. — 'frets {Trillls, Tritlia, Tretls), chef-

BOUCHES-DU-RHONE

lieu de canton, à 24 kilomètres au sud-est d'Aix, petite ville de 3,285 habitants, sur le versant occidental du mont Olympe et à quelques kilomètres de la rive gauche de l'Arc, fut autrefois une ville très florissante sous la république marseillaise et au temps de la domination romaine. Elle fut complètement ruinée par les Sarrasins, mais elle reprit à la fin de leurs incursions un nouvel essor qui porta, dit-on, sa population jusqu'à 10,000 âmes.

Cet état de choses dura jusqu'au milieu du xm° siècle, époque à laquelle elle commença à décroître, au point de n'avoir plus que 1,000 à 1,200 âmes.

Cette ville était autrefois entourée de murailles, flanquées de tours; elles ont été en partie démolies et les fossés sont aujourd'hui comblés. On y entrait par quatre portes. Ses rues sont étroites, irrégulières, bordées de maisons anciennes, dont beaucoup sont à arcades. On y remarque l'ancien château seigneurial, où l'on voit un grand escalier et de belles salles ; l'hôtel de ville et l'hospice civil.

Trots fait un grand commerce de fruits, possède des distilleries d'alcool, des blanchisseries de cire, et l'on exploite une houille de bonne qualité dans ses environs.

Sur la montagne, au-dessus de la ville, se trouve l'ermitage de Saint-Jean-Baptiste, rebâti vers le IX» siècle; on y voit un beau maître-autel avec un retable en marbre; c'est un pèlerinage fréquenté. Plus loin, on montre aux curieux un camp dit de Marins et les ruines de Termitage de Sainl-.Michel.

Fi;vE.\u. — Fuveau à 13 kilomètres au sud-est d'Aix, sur un petit affluent de gauche de l'Arc, est un bourg de 3,069 habitants, qui tire, comme Trets son chef-heu de canton, une certaine importance industrielle et commerciale de l'excellente houille que l'on exploite sur son territoire.

Lambesc. — Lambesc, chef-lieu de canton, à 21 kilomètres au nord-ouest d'Aix, est une jolie petite ville de 2,829 habitants, agréablement située au pied de la colline de Berthoire, sur la grande route d'Aix' à Avignon. On croit qu'elle a succédé à l'ancien op2)idu,m Amboliacense, c'est-à-dire bourg du marché établi par les Grecs de Marseille entre Rognes et l'emplacement actuel de Lambesc; on y découvre chaque jour des inscriptions ou des antiquités romaines sur l'emplacement d'un ancien temple. Elle dut son importance avant la Révolu-

tion, au choix qu'on en avait fait pour y réunir les états de Provence. L'ancienne ville, qui occupe la partie haute, est assez mal construite ; mais la ville neuve, qui borde la grande route, se fait remarquer par de belles et spacieuses constructions et des maisons élégantes. Cinq fontaines abondantes, un bel hùpital, la tour de l'horloge, deux promenades agréables sont seuls à citer; l'église renferme de bons tableaux.

Cette ville possède des fabriques d'huile d'olive, des filatures de soie, des teintureries, des fabriques de chandelles , des scieries et fait un certain commerce de grains, de vins, d'huiles et de fruits secs.

Lambesc est la patrie de l'orientaliste Reinaud.

Ses armes sont : d'azur, à une double croix d'or, dite de Lorraine.

Les iM.\rtigues. — Les Martigues ou simplement Martigues [Marilima colonia Analiliorum) est une ville maritime de 6,963 habitants, à 44 kilomètres à l'ouest d'Aix, chef-lieu de canton et école d'hydrographie, station de chemin de fer en communication avec la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée par un embranchement de 19 kilomètres, qui s'y soude au Pas-des-Lanciers.

Cette petite ville, située entre l'étang de Berre et les canaux qui conduisent à Bouc, a été appelée la petite Venise de Provence. Elle s'est formée, en 1S81, de la réunion de trois bourgs, Jonquières, Saint-Geniez et Ferrières, qui occupaient les trois îles que couvre aujourd'hui la ville, et son importance s'accrut tellement qu'elle compta, en 1688, jusqu'à 20,000 habitants. Elle est bien déchue, puisqu'elle n'en a plus même la moitié. Pourtant elle a de l'activité, et depuis quelques années elle s'est considérablement accrue ; les petits bâtiments, les tartanes de la rivière de Gènes, les allèges d'Arles fréquentent son port.

« Pour en donner une idée exacte, dit Girault de Saint-Fargeau, nous la décrirons en commençant par le quartier de Jonquières que l'on rencontre le premier en venant de Marseille. On longe d'abord les maisons qui bordent l'étang de Berre ; à gauche est un cours terminé en rotonde et bordé de maisons d'assez belle apparence, près duquel est une fontaine. Une grande rue bien alignée, appelée Grande-Rue de Jonquières, conduit au pont du Roi, construit en pierre sur la Bourdigue ou canal de Galiffet. Avant ce pont, on voit, à gauche,

une petite place où est une église. Au delà du pont, on trouve une première île occupée par la halle au poisson et par les chantiers de construction. De cette île on passe à une seconde par un petit pont appelé le Pontet. Sur celle-ci, on remarque l'hôtel de ville, édifice vaste et régulier, dont la porte d'entrée donne sur la Place-Royale, qui borde un canal servant de port. On passe de cette seconde île à la troisième par un pont de pierre, à l'extrémité duquel est la tour de l'Horloge, construite en 1561, et l'église paroissiale, ornée d'une très belle façade. Cette troisième île renferme aussi l'hôpital et plusieurs belles rues, dont la principale est la Grande-Rue de l'Ile, où sont les habitations des vice-consuls étrangers ; elle conduit au pont de Ferrières, qui s'appuie sur la petite île de Terrager, de laquelle on passe au quartier de Ferrières par le pont-lovis établi sur le canal de navigation; ce (juartier est moins remarquable que les deux autres. Telle est la ville de Martigues. Sa situation entre l'étang de Berre et les canaux qui conduisent à Bouc lui procure des courants d'air qui corrigent les inconvénients résultant des eaux stagnantes. Les maisons sont proprement bâties et les rues généralement bien percées; plusieurs canaux sont bordés de quais, d'où l'on jouit d'une vue fort agréable. »

Martigues fait un grand commerce de poisson salé et d'articles pour l'approvisionnement de la marine; outre ses pêcheries, elle possède de belles salines, des fabriques de produits chimiques, des fonderies, des chapelleries, des distilleries d'huile d'olive, etc. Ses chantiers de construction sont fort importants. Son port, dont l'étendue a été portée à 4 hectares, s'annonce au loin, la nuit, par un feu fixe, qui porte à 10 milles, il reçoit des tartanes génoises, des allèges provençales ou catalanes; il est précédé d'une belle rade, qui, au besoin, pourrait servir de port de refuge et serait facilement, s'il le fallait, mise en état de défense.

La ville de Martigues est à 36 kilomètres à l'ouest de Marseille.

Les seuls monuments de la ville sont la Tour de l'Horloge, qui date de 1581 ; l'église paroissiale, dont la façade est assez belle ; l'hôpital et l'hôtel de ville.

Les armes de Martigues sont : de gueules, à une tour crénelée d'argent, sommée de trois tourillons et côtoyée de deux clefs d'argent, mises en pal.

PoRï-DE-Bouc. — Port-de-Bouc est une commune du canton de Martigues, située à 4 kilomètres de cette dernière ville et à 50 kilomètres au sud-ouest d'Aix, sur la Méditerranée, à l'entrée du canal d'Arles et dans une petite île. Il existait autrefois sur cette île une ville du nom de Corrento, dont il ne reste plus qu'une tour convertie en phare, et connue sous le nom de phare ou tour de Bouc ; le fort voisin est une place de guerre de troisième classe. Le phare est à feu fixe et porte à 10 milles (16 kilomètres). Port-de-Bouc compte 929 habitants, tous marins ou vivant du métier de la mer; elle possède d'importants chantiers de construction et des fonderies; c'est le siège d'une principalité des douanes. Son port, qui n'est autre que le grand goulet qui conduit de la Méditerranée à l'étang de Berre par l'étang de Caronte, est accessible aux plus grands bâtiments ; il reçoit annuellement 800 caboteurs et 250 navires au long cours. Il sert de refuge aux caboteurs battus par les tempêtes du sud. Son bassin, qui n'a pas moins de 80,000 mètres de superficie, peut offrir un abri en temps de guerre à une flotte entière.

Marignane. — On croit reconnaître dans Marignane l'ancienne Maritima Colonia Avaticorum. Ce bourg, qui compte aujourd'hui 6,963 habitants, est situe dans le canton de Martigues, à 54 kilomètres au sud-ouest d'Aix, sur une chaussée qui sépare l'étang de Berre du petit étang de Marignane. Les rues en sont assez bien percées, mais généralement trop étroites; ses remparts sont en ruine, et l'ancien château, qui fut habité par Mirabeau, n'est guère en meilleur état; sa façade est néanmoins encore imposante.

Marignane fait un certain commerce de vins que l'on récolte sur son territoire, ainsi que de figues et de fruits secs.

IsTRES. — Istres, chef-lieu de canton de 3,849 habitants, est située à 45 kilomètres au sud-ouest d'Aix, sur l'étang de l'Olivier, qui communique avec celui de Berre par un canal navigable creusé dans le roc.

La fondation de cette petite ville paraît remonter au vin" siècle; il en est déjà fait mention dans une charte de 963. Elle s'élève gracieusement sur une petite colline et est entourée de remparts, aujourd'hui ruinés, que dominent les restes d'un ancien château fort. Ses rues, comme dans la plupart des

BOUCIIES-DU-RIIONE

anciennes villes, sont étroites et mal percées, mais les fauljnurp;s sont rcgulirrement bâtis et ornés de plusieurs allées d'arbres ([ui l'ormentde belles promenades. Deux fontaines abondantes y entretiennent la Iraii'beur et la propreté. Sur l'ancien étang desséché de Bassuin est établie une importante fabrique de soude et de produits chimiques. Istrcs fait un important commerce de sel, de soude, d'huile d'olive, de kermès et de fruits. Celle petite ville est à o3 kilomètres au nord-oaest de Marseille.

Saint-Chamas. — Saint-Chamas {Sanctus Amantius), petite ville du canton d'Istres, station du chemin de fer de Paris-Lyon-.Méditerranée, est située près de la Touloubre et de l'étang de Berre, à 53 kilomètres à l'ouest d'.\ix; sa population est de 2,814 habitants.

« Saint-Chamas n'est pas une ville ancienne, cl, au dire de Girault Saint-Fargeau, auquel nous empruntons ces détails, elle ne remonterait guère qu'au xni" siècle. Elle est divisée en deux parties par une colline qui longe les bords de l'étang du nord au sud, sur une étendue de 2 kilomètres, entre Wiramas et la rivière de la Touloubre. Cette colline est tout entière d'une espèce de limon qu'on appelle safre; au sommet est l'ancienne chapelle de Saint-.\mand, qui remonte au xii' siècle. Du côté de l'étang, le rocher est creusé dans toute sa hauteur de grottes souterraines, dont quelquesunes servent d'habitation ; du côté opposé, on voit les restes d'anciens remparts. La colline est percée dans toute sa masse et forme une voûte d'environ 65 mètres de longueur, lou parhcs, le pertuis, par laquelle communiquent les deux parties de la ville. La partie de l'est est la plus ancienne, elle est entourée de remparts ; les rues en sont larges et assez bien percées. La partie à l'ouest de la colline est régulièrement bâtie, et habitée principalement par une population qui vit de la mer. »

Saint-Chamas possède une poudrerie nationale, la plus importante de France, qui peut fournir annuellement jusqu'à 800,000 kilogrammes de poudre. Cette poudrerie occupe tout l'espace compris entre la colline et les bords de l'étang. La chute qui fait tourner les moulins à pilon est une magnifique cascade formée par un plan incliné, dont la vue est on ne peut plus pittoresque.

Cette ville fait un ^and commerce d'olives, de farines, de vins, d'huiles et d'autres productions du pays. Son petit port, qui a 60 mètres de long

sur 35 de large, reçoit les tartanes de Gènes et les allèges d'Arles.

A moins d'un kilomètre de la ville, dans une plaine traversée par la Touloubre, on remarque, sur cette rivière, le pont Flavien, de cunstruclion romaine, que quelques-uns regardant comme un monument triomphal, à cause de la magnificence de sa décoration. Ce pont consiste en une seule arche formée de grands blocs de pierre; à chacune de ses extrémités s'élève un arc de bonne proportion, dont les pieds-droits sont accompagnés de pilastres cannelés d'ordre corinthien accouplés en retour et venant décorer les faces latérales. Le pont a près de 22 mètres de longueur, et chacun des arcs 7 mètres, jusqu'au-dessus de l'entablemenl, qui porte une inscription votive.

Fos. — Fos [Fossœ Marianœ) est un bourg de 1,040 habitants, à. o2 kilomètres au sud-ouest d'Aix. Lorsque, l'an 102 avant J.-C, Marins vint en Provence pour arrêter les Cimbres et les Teutons, il parcourut le pays pour se fixer sur le plan qu'il avait à suivre, et, ayant reconnu que les environs de la colonie marseillaise de Stoma limné, située à l'entrée d'un vaste golfe qu'indiquent à peine aujourd'hui les étangs de l'Estomac, d'Engrenier et de la Valduc, offraient toutes les conditions qu'il désirait, il étabfit son grand camp sur une presqu'île, qui, avec quelques retranchements, devenait imprenable ; c'est celle qui sépare aujourd'hui les étangs de l'Estomac et d'Engrenier où l'on retrouve encore des traces des ouvrages qu'il y fit faire. Le général romain, prévoyant que son séjour pourrait être long dans ce camp et voulant assurer les subsistances de son armée, d'accord avec les Marseillais ses alliés, qui fournirent les matériaux et les ouvriers nécessaires, fit creuser un canal de communication entre le Rhône et le golfe sur les bords duquel il avait assis son camp, golfe appelé par les Grecs Limnothalattai. Ce canal, que l'on a depuis désigné sous le nom de Fossœ Marianœ, avait son embouchure au-dessous même du village de Fos, dans l'étang de l'Estomac; on y bâtit des quais et des magasins pour faciUter les opérations et pour conserver les munitions. Lorsque, par ses victioires, Marins eut mis fin à la guerre, il donna tous ces ouvrages aux Marseillais en dédommagement des frais qu'ils avaient faits et des services qu'ils avaient rendus. Insensiblement la population de Stomalimné se transporta à

l'embouchure du canal et y bâlil une ville qui fut désignée sous le nom de Fossce Mariance Portus. Telle est l'origine du bourg actuel de Fos. L'ancienne ville était dans la partie la plus basse et s'étendait entre l'étang de l'Estomac et la mer ; lors de la chute de l'empire romain, les habitants, dont le commerce était ruiné, se retirèrent, pour échapper aux barbares, sur la hauteur et s'y fortifièrent. Fos {Castrum de Fossis) forma au moyen âge une seigneurie, qui appartint aux puînés des vicomtes de Marseille, qui prenaient le litre de marquis de Fos. En 1393, elle se racheta et put jouir d'un gouvernement municipal.

Le bourg de Fos est situé sur un petit monticule, qui s'élève entre l'étang de l'Estomac et le grand marais de la Basse-Crau. Le sommet de la colline est occupé par les ruines du château, d'où l'on jouit d'une vue très étendue et très variée. Les maisons sont groupées au-dessous sans ordre', et les rues sont étroites, tortueuses et en pente assez rapide. L'église date du xni" siècle. Au-dessous du bourg, du côté du midi, sont des lignes de fortification et de vieilles tours qui bordent toute la colline ; les habitants se livrent à l'agriculture, à la garde des troupeaux, à la pèche et à l'exploitation des marais salants du voisinage.

Arles (lat. 43° 40' 40"; long. 2» 17' 36" E.). — Arles [Arelate, Arelas, Arelatum) est une grande et très ancienne ville, importante station de la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, à 777 kilomètres de Paris et à 86 kilomètres nord-ouest de Marseille, peuplée de 23,093 habitants, chef-lieu d'arrondissement, collège communal , tribunal de commerce et école d'hydrographie ; le tribunal de première instance est à Tarascon.

On prête au nom d'Arles une élymologie latine et une élymologie gauloise; la première, ara laia, ferait allusion à un vaste autel consacré par les Grecs à Diane d'Éphèse, et que les Romains auraient trouvé en ce lieu; la seconde, formée de deux mots celtiques , ar lailh, lieu humide, rappellerait que le pays fut autrefois couvert par les eaux. Ce dernier fait est constaté par la science; en 1843, on a trouvé une dent de requin dans les roches calcaires du voisinage d'Arles ; les légendes mythologiques parlent dans le môme sens. Pomponius Mêla raconte qu'Hercule, revenant de l'Ibérie, où il était allé enlever les vaches de Géryon, fut arrêté dans la plaine d'Arles par deux géants, fils

de Neptune, Albion et Belgion; il épuisa contre eux ses flèches sans pouvoir les vaincre, et invoqua le secours de Jupiter, qui les écrasa sous une grêle de cailloux; telle est l'origine de la plaine de la Grau [Campus cravensis), formée presque entièrement de cailloux roulés, et qui nourrit pourtant plus de 300,000 bêtes à laine, richesse du commerce artésien.

Les Grecs ont occupé Arles avant les Romains. Ils l'appelaient la Fertile [^■(\li-j-t\} ; mais ils n'ont laissé de leur occupation aucune trace, si ce n'est quelques mots dans la langue, et peut-être les jeux athlétiques et les danses ; cette farandole, par exemple, que nous voyons déjà sur les vases antiques, et qui, inventée par Thésée, selon quelques érudits, pour imiter les détours du labyrinthe, emporte encore aujourd'hui, à travers les rues des villes provençales, des chaînes de 20, de 30, de 100 jeunes gens des deux sexes, se repliant, se déroulant, formant mille dessins variés, au son des tambours et des tambourins.

Moins belle que celle de Marseille, la position d'Arles était cependant fort avantageuse. Sur le Rhône, à l'endroit où il se bifurque pour embrasser cette grande île de la Camargue, la navigation des embouchures du fleuve était, il est vrai, dangereuse à cause d'une barre. Ce fut pour éviter cet obstacle que Marius fit creuser la Fosse Mariane. On veut même retrouver son nom dans celui de la Camargue, Caii Marii ager, quoique l'étymologie espagnole comarca (frontière) soit plus vraisemblable.

César fit construire à Arles douze vaisseaux longs destinés au siège de Marseille. Il établit dans cette ville les vétérans de la sixième légion et l'éleva au rang de colonie Julienne [Colonia Juïia Paterna Arelatensis). Elle devint toute romaine, au point qu'on l'appelait la petite Rome des Gaules [Gallula Roma Arelas). Elle comptait 100,000 habitants. Constantin y résida ; il y fit construire un temple, un pont de pierre sur le fleuve et ce fameux palais de la Trouille, bâti en brique, qui servit de demeure aux empereurs romains, et plus tard aux comtes. C'est à Arles que Maximien, beau-père de Constantin, essaya de le faire périr. On prétend que, lorsque Constantin résolut d'abandonner Rome et de choisir une capitale nouvelle, il hésila quelque temps entre Arles et Byzance. Il convoqua du moins dans la Rome des Gaules un grand concile en 314, le premier concile d'Occident; déjà saint

Trophime l'avait convertie au christianisme. C'est encore à Arles, comme dans la métropole des Gaules, qu'IIonorius réunit, en 418, l'assemblée des sept provinces.

Au temps des invasions, Arles possédait un mnjinifiquc trésor de monuments romains; un amphithéâtre pour les combats de gladiateurs, un des plus vastes du monde ; un magnifique théâtre, un cirque, un palais impérial, des thermes publics, des arcs de triomphe, des temples, un obélisque égyptien. Ces monuments eurent deux ennemis dans le fanatisme de quelques apôtres chrétiens, entre autres d'un certain Cyrille, et dans le génie destructeur des barbares. Arles passa successivement sous toutes les dominations germaniques qui se succédèrent en Provence ; puis elle vit arriver les Sarrasins, qui la prirent avec l'intention de s'y établir. Yousouf-ben-Abd-el-Rhaman l'occupa au temps de Charles-Martel; mais on ne saurait dire si les fameuses tours qui surmontent d'une façon si originale les arceaux du Colisée furent bâties par lui ou contre lui. Les Sarrasins furent chassés, ne laissant guère d'autre trace de leur passage que cette race de chevaux, presque tous blancs, qu'on voit encore aujourd'hui se mêler aux taureaux noirs dans les pâturages de la Camargue.

Un peu plus tard, l'empire de Charlemagne se démembra et il se forma un royaume d'Arles, relevant de l'empire germanique. Les comtes de Provence surgirent ensuite, et leur autorité, mieux établie et plus conforme au temps, mina celle des rois d'Arles, dont le vain titre passa, en 1032, à l'empereur Conrad le Salique et fut porté en dernier lieu par Frédéric H, quinzième roi d'Arles (1214). Plus d'une l'ois, les empereurs vinrent se faire couronner rois d'Arles à Arles. L'empereur Charles IV y vint encore en 13Gi, mais ce fut pour abdiquer immédiatement en faveur de Charles V, roi de France, « afin de réparer, disait-il, l'injustice que Charles le Chauve avait faite en démembrant de ces Etals ce royaume en faveur de Boson I"^ »

Dans la lutte des trois maisons de Provence, de Toulouse et d'Aragon, Arles se prononça généralement pour les Espagnols. Alphonse d'Aragon y venait souvent avec ses chevaliers et donnait à ses dames des joutes, des carrousels, des combats de taureaux, qui sont peut-être l'origine de ces lameuscs ferrades qui font encore aujourd'hui courir toute la population arlésienne.

Au reste, sous la suzeraineté lointaine de l'em-

pereur et sous celles, plus rapprochées, du comte de Provence, qui s'appelait aussi comte d'Arles, et de l'évoque, cette ville garda adroitement une indépendance réelle. Les formes municipales du temps de l'empire romain avaient subsisté et en faisaient une république. En 1150, elle avait déjà des consuls, dont le nombre s'éleva successivement de quatre à huit et à douze. Ils étaient annuels, et leur élection était à deux degrés. Mais les troubles qui éclatèrent à Arles dans la première moitié du xni° siècle obligèrent les habitants de nommer une sorte de dictateur, un podestat, qui devait cire étranger et qui devait choisir un juge étranger pour exercer sa juridiction. Pourtant la méfiance de la république arlésienne établit à côté un juge supérieur de la commune, auquel on en pouvait appeler des décisions du juge du podestat.

Arles était riche et puissante, quoique sa population, bien inférieure à celle du temps des Uomains, ne dépassât pas40, 000 habitants. Elle a\ait une marine qui faisait le commerce dans la Méditerranée. Aussi ne craignit-elle pas de se liguer avec Marseille et Aix contre Charles d'Anjou, qui apportait à la Provence la fin de son indépendance. Elle dut se soumettre comme ses alliés, et depuis ce moment son rôle n'eut plus la même importance.

Il est une famille d'Arles qui s'illustra au temps de Charles d'Anjou : c'est celle des Porcelets. C'était un Porcelet, ce gentilhomme provençal qui, seul de tous les Français, fut épargné aux Vêpres siciliennes, en récompense de ses vertus. Lorsque Charles d'Anjou : provoqua Pierre d'Aragon, un Porcelet se trouva parmi les cent gentilshommes qu'il choisit pour champions. Au siècle précédent déjà, un Porcelet avait sauvé Pxichard Cœur de Lion, en se faisant tuer à sa place. Ce nom est donc glorieux. Mais son origine serait bien bizarre si on en croyait la légende; parmi les ancêtres de cette famille se trouvait une dame pleine d'orgueil, qui repoussa durement une mendiante chargée d'enfants : « Les pauvres, ajoutait-elle, ne devaient pas faire tant d'enfants. » Or, la pauvresse, qui était une fée, lui répondit : « Vous voyez cette truie qui est pleine ; autant elle fera de porcelets, autant vous ferez d'enfants à vos prochaines couches. » La truie mit bas neuf porcelets et la dame autant d'enfants, qu'on appela les Porcelets, ainsi que leurs descendants.

Sous la domination française, Arles se montra

énergique à défendre l'indépendance nationale. Lorsque le général de Charles-Quint, don Alphonse d'Alvaros, se présenta sous ses murs, les Arlésiens lui firent rebrousser chemin par un seul coup de canon qui faillit l'emporter. Du reste, à l'égard de la royauté, ils montrèrent une assez grande docilité. Ils suivirent, il est vrai, la Ligue pendant la seconde moitié des guerres de religion, mais ils reconnurent Henri IV dès qu'il se fut converti. Ils prirent peu de part aux mouvements qui agitèrent la Provence sous Richelieu et Mazarin. Quand Louis XIII parut dans leurs murs (1622), leurs consuls tombèrent à genoux à ses pieds. Quelques troubles, relatifs ù l'élection des consuls, servirent d'occasion à Louis XIV pour s'en réserver l'élection lorsqu'il vint à Arles (1G60). Il fit redemander aux Arlésiens leurs canons pour être transportés à Marseille, au fort Saint-Jean. Ils les donnèrent. Ils donnèrent encore 73,000 livres au roi, tant leur complaisance était grande. En 1683, le premier consul envoya au même monarque la belle Vénus d'Arles, trouvée quelques années auparavant sous le sol du théâtre antique. Cette trouvaille donna lieu à un débat assez long; quelques personnes ne voulaient pas que cette statue fût celle de Venus, mais bien celle de Diane; c'était l'avis du père Laugières, jésuite, et les dames d'Arles, par un sentiment qui leur fait grand honneur, s'y rangeaient. Un savant publia les Entretiens de CalUsthène, plaidant pour Vénus. Un autre répondit :

Silence, Callisthène, et ne dispute plus!

Tes sentiments sont trop profanes :

DaBS Arles c'est à tort que tu clierclies Vénus;

On n'y trouve que des Dianes.

Une Académie fut fondée à Arles sous Louis XIV; mais elle n'eut ni beaucoup de durée, ni beaucoup de fécondité. Les Arlésiens se livraient volontiers alors à une indolence que déjà Nostradamus reprochait à toute la noblesse provençale, qui s'était « fondue au vin, à la paillardise, à la fainéantise et à l'ignorance, » en sorte que ses noms les plus fameux allaient s'engloutir « au lac de l'oubli. » Chasser la perdrix dans la Crau, le canard sauvage dîns la Camargue, ou bien s'occuper à plaire aux celles Arlésiennes, sont encore aujourd'hui d'agréables passe-temps pour les riches oisifs de celte cité.

La Révolution mit en présence dans Arles les

sipJioniers, ou les aristocrates, qui portaient comme emblème un petit siphon à leur boutonnière, et les monnaidiers, ou démocrates, qui s'ornaient d'une pièce de monnaie percée. Mais on ne vil se produire aucune des scènes horribles qui ensanglantèrent les villes voisines. De même, après l'Empire, qui avait été accueilli avec moins de joie que le Consulat, la réaction royaliste ne sortit pas de la modération, qu'elle foula aux pieds en tant d'autres lieux.

Aujourd'hui, Arles est riche, quoique médiocrement peuplée.

Ses habitants semblenl se souvenir de l'ancienne importance de leurs ancêtres , ils en ont conservé la fierté ; les femmes sont célèbres par la blancheur de leur teint que fait ressortir leur noire chevelure. Leur beauté proverbiale et leur grâce naturelle, le goût qu'elles apportent dans leur costume, rappellent les plus beaux types des Italiens.

Les irrigations ont fait delà Crau, véritable banlieue verdoyante d'Arles, un lieu fertile en pâturages et en céréales, sans parler des oliviers, des vignes et du chêne-vert, où se récolte le vermillon. Les principaux produits de l'industrie d'Arles sont les vins, les huiles, la charcuterie.

Nulle ville n'est, au reste, plus riche en monuments de tous les âges. C'est d'abord l'amphithéâtre romain, dont le grand axe mesure 140 mètres et le petit 103, et qui pouvait contenir 24,000 spectateurs sur 43 rangs de gradins ; ce monument, transformé en château fort au moyen âge et longtemps encombré de maisons qui s'y étaient adossées, a été restauré en 1847 par M. Questel; puis c'est le théâtre antique, dans les ruines duquel a été trouvée, en 1683, la célèbre Vénus d'Arles, aujourd'hui au Louvre; l'obélisque, en granit de l'Esterol, haut de lo"',28, et qui, découvert en 1329, dressé en 1676, a porté successivement l'image de Louis XIV, entourée d'un soleil, l'aigle de Napoléon, le coq gaulois, etc.; les restes du Forum, des Thermes, des remparts romains, du palais de Constantin, sur divers points de la ville; les Alyscamps, les Elysei campi, l'antique nécropole d'Arles, dont il reste encore l'église en ruine et quelques tombeaux. « Telle était , dit M. Elisée Reclus [Nouvelle Géographie- France), au moyen âge, la renommée de la terre sainte des Alyscamps, que, jusqu'au xii" siècle, les morts des villes riveraines du Rhône étaient munis d'une pièce de monnaie , enfermés dans des tonneaux enduits de résine et livrés au courant du

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Vue du château du roi Reué, à Tarascon.

fleuve, comme le sout de nos jours les cadavres charriés par le Gange; les pieux habitants d'Arles recueillaient les corps flottants confiés à leur foi et les inhumaient suivant les rites sacrés. » La légende ajoute : qu'un jour des matelots ayant vu passer près de Rochemaure une de ces sépultures flottantes, l'arrêtèrent, prirent l'argent qui devait servir aux funérailles du mort, puis la rendirent au courant du fleuve ; mais en vain la repoussaient-ils, toujours elle revenait à eux, et elle ne reprit sa destination vers Arles que lorsque les matelots repentants eurent restitué au mort l'argent de ses funérailles.

Arles n'est pas moins riche en monuments du moyen âge, entre autres l'église primatiale de Saint- Trophime, qui passe pour avoir été fondée sur les ruines d'un prétoire romain, et qui est surtout remarquable par son beau portail gothique, et par son cloître romano-byzantin ; l'église de Notre- Dame-la-Major, œuvre de l'art roman, mais sou- France ILLUSTRÉE. 36.

vent remaniée dans la suite , celle de Mont-Majour, reste de l'ancienne abbaye de ce nom , qui s'élève à 4 kilomètres au nord-est de la ville, avec sa crypte du xi° siècle, et sa belle tour de défense du xiv° siècle.

L'ancien palais des rois d'Arles laisse voir encore quelques restes; c'est aujourd'hui le palais de justice; l'hôtel de ville a conservé sa tour de l'horloge du xvi° siècle.

Le musée possède de très nombreux fragments d'antiquités; la bibliothèque compte 1.5,000 volumes.

Arles a eu son contingent d'hommes célèbres : d'abord, saint Ambroise, évêque de Milan, et l'empereur Constantin II; plus tard, Hugues de Saint- Césaire, auteur de la Vie des Troubadours; au xvu° siècle, les graveurs RouUet et Baléchou, et de nos jours Amédée Pichot, littérateur estimé, auteur d'un intéressant Essai historique sur Arles.

Les anciennes armes d'Arles sont : d'argent au 9> — Bouches-du-Rhône, S'' Liv.

lio7i d'or accroupi, la -patte droite levée, la queue entre les jambes, et pour devise :

AB IRA LEONIS HOSTIBUS IlOSTIS ET ENSIS

Tarascon. — Tarascon {Arx Jovis, Tarasco], station de la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée, à 17 kilomètres au nord d'Arles, aujourd'hui peuplée de 10,409 habitants, paraît devoir son origine à un comptoir massaliote. Elle prit de l'importance sous les Romains qui y construisirent une citadelle, arx Jovis. Au moyen âge, cette citadelle fut remplacée par un château féodal que les comtes de Provence habitèrent plusieurs fois, et qui, reconstruit au XV* siècle, devint un des plus beaux châteaux de la Provence. Il sert aujourd'hui de prison.

Bien située sur la rive gauche du Rhône, en face de Beaucaire , à 704 kilomètres de Paris, à 252 kilomètres de Lyon et à 99 kilomètres de Marseille, Tarascon communique avec cette ville par un beau pont suspendu.

Voici ce que la légende raconte sur l'origine de son nom et de sa fameuse fête de la Tarasque, comme sur l'adoption de sainte Marthe, en qualité de patronne de la ville: « La cause que sainte Marthe vint habiter ce lieu fut un dragon furieux, de grosseur d'un taureau, ayant la tête d'un lion, le crin comme une jument, les dents comme des espées, le dos tranchant comme une faux, la queue de couleur de vipère; qui marchoit à six pieds, de forme humaine, estoit couvert d'une escaille comme une tortue, et tellement hideux qu'on l'appeloit ordinairement tarasque, qui veut dire laid et difforme... Ceux qui ont escrit de ce dragon disent qu'il avoit esté engendré d'un monstre qui se nourrissoit dans le fleuve du Jourdain, appelé Léviathan en Asie, et d'un animal terrestre qui se nourrit dans les déserts de la Galasie, appelé Bonassus ; et, ayant traversé la Méditerranée, entra dans le Rhosne, et faisoit son séjour dans un bois qu'on appeloit Nerlac, c'est-à-dire bois noir, où est à présent la ville de Tarascon. » Celte horrible bête, qui mangeait les bestiaux, et mieux les hommes, décida les habitants à invoquer sainte Marthe, alors occupée à faire des miracles à Aix. Elle vint avec sa servante, alla trouver le dragon à sa caverne, et lui commanda «au nom de Jésus-Christ crucifié, qui avoit écrazé la teste au dragon infernal, de venir à elle sans faire mal à personne : ce que ce monstre fit avec mesme douceur que s'il avoit esté

un agneau domestique, en se mettant aux pieds de la saincte, et se laissant mener au peuple, qui le mirent à mort, et se convertirent à la foy de Jésus- Christ, sous la prédication que leur en fit saincte Marthe. »

Tous les ans, encore aujourd'hui, l'image de ce monstre, dans un jour de fête solennelle, parcourt la ville, entraînée au pas de course par les Tarascaires, ou chevaliers de la Tarasque; presque aussi redoutable que l'était le monstre lui-même, son image renverse, culbute tout ce qui se trouve sur son passage, cassant quelquefois des bras et des jambes. Ce divertissement, suivi de quelques autres du même genre, attire un al'fluence innombrable de tous le pays environnant.

Tarascon doit à sa position sur le Rhône et sur le chemin de fer de Lyon à Marseille une importance commerciale qui croît de jour en jour; elle possède des corderies, des tanneries, des fabriques de draps, des magnaneries et des tissages de soie. Au moment de la foire de Beaucaire, elle profile de rânimalion commerciale de sa voisine.

Les armes de Tarascon sont : de gueules à un château donjonné de trois tours d'argent, soutenu d'un dragon monstrueux , ai/a7it six Jambes de sinople, et le dos couvert d'écaillés d'or, dévorant un homme vêtu de même, les Iras d'azur et les souliers de salle.

Saint -Remy — Saint -Remy [Glanum Livii, Fanum sancti Remigii) est une petite ville de 5,999 habitants, à 23 kilomètres au nord -est d'Arles, à 16 de Tarascon et à 96 de Marseille.

Avant la domination romaine, cette ville, que l'on nommait Glanum, n'était guère qu'un marché que fréquentaient les Grecs de Marseille et d'Arles et les habitants des contrées voisines. Ce marché était situé à l'entrée du défilé qui conduit au village des Baux. Ce défilé est formé par deux montagnes appelées l'une Gausier et l'autre Caouiné. Ce ne fut que sous la domination romaine et même au temps des empereurs que Glanum eut une existence brillante. Les Romains étendirent le bourg vers la plaine; ils défrichèrent les terres, exploitèrent les carrières, construisirent des chemins, creusèrent des canaux, élevèrent des monuments; en un mot,il transformèrent une bourgade en une grande ville. De ces monuments, il en reste encore deux, situés à 2 kilomètres au nord de la ville actuelle. On croit qu'ils se rapportent à la guerre des

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Gaules. L'un esl un mausolée, s'élevant en pyramide et composé de trois parties superposées l'une sur l'autre, formant ensemble un tout de 17 mètres d'élévation. Le premier étage est massif et de forme carrée ; il porte quatre bas-reliefs très frustes. Le second étage est aussi carré, mais percé à jour; chaque face présente une arcade accompagnée de deux colonnes corinthiennes qui occupent les angles; un fort entablement termine cet étage et porte un soubassement circulaire sur lequel s'élève un péristyle de dix colonnes corinthiennes, formant une espèce de temple à jour, dans lequel sont placées deux statues de 2 mètres de hauteur. L'entablement de cette rotonde soutient une calotte parabolique qui couronne l'édifice. La frise du second étage est composée de divinités et d'animaux marins, terminés par des rinceaux. Sur l'architrave du cùlé du nord se trouve l'inscription suivante :

SEX. I,. .M. JULIEI. C. F. PAUENTmiS SIEIS.

Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails relativement à ce monument, parce que c'est, sans contredit, un des plus beaux et des mieux conservés de ce genre que possède la France.

Le second monument est à 1.3 mètres du premier; c'est un arc de triomphe qui ne subsiste plus que jusqu'au-dessus de l'archivolte et n'a qu'une arcade peu élevée, mais d'une admirable proportion. De chaque coté sont deux colonnes cannelées, qui ont perdu leurs chapiteaux et une partie de leurs fûts ; dans chaque eutre-colonnement est un groupe de deux figures, qui tiennent au mur et paraissent représenter des captifs de l'un et de l'autre sexe. La longueur de la masse est de 13 mètres 40 centimètres, sa profondeur de b mètres 60 centimètres; la hauteur du portique, soirs voûte, est de 7 mètres 50 centimètres; celle de tout l'édifice, dans son état actuel, d'environ 9 mètres SO centimètres, prise au-dessus du cintre; de là elle diminue graduellement. On a établi sur ces pentes un toit en dalles pour prévenir des dégradations ultérieures. Cet arc de triomphe se trouvait sur la voie qui conduisait à Arles. Le rempart de la ville suivait le bord du torrent, et l'on en voit encore de beaux restes près des ruines d'un temple qu'on croit avoir été dédié à Cérès.

Glanum fut détruite par Euric, roi des Wisigoths, et les habitants se dispersèrent; quelques familles revinrent cependant se fixer non loin des ruines

encore fumantes de l'antique cite, sur les bords du Louérion et y élevèrent une église à saint Pierre. C'est cette église que saint Rémi visita, dit-on, lorsqu'il accompagna Clovis au siège d'Avignon, vers l'an 501 ; il y guérit miraculeusement la fille unique d'un nommé Benoît, qui, en reconnaissance, lui fit donation de quelques propriétés qu'il avait dans ce lieu. Depuis, ce lieu fut de.signé sous le nom de Fanum sancti Remigii et devint la petite ville de Saint-Remy.

Elle passa successivement sous plusieurs dominations et eut à souffrir des guerres du moyen âge. Les comtes de Provence avaient à Saint-Remy une maison appelée Maison de la Cour, où ils s'arrêtaient lorsqu'ils allaient et venaient d'Aix à Tarascon. Jeanne de Laval, seconde femme du roi René, se plaisait beaucoup à Saint-Remy et y passait la belle saison; elle y prenait le plaisir de la chasse aux cerfs dans un très beau parc, qu'elle avait fait disposer convenablement. Le roi son époux l'accompagnait souvent, et ce fut à Saint-Iîemy, dans la maison de Sade, qu'il fit son premier testament. Cette ville possédait un hôtel ou plutôt une tour où l'on frappait les monnaies du comté de Provence, et les états de cette province s'y tinrent en 16G1.

La ville de Saint-Remy est située au bas de la vallée de Glanum, au bord d'un des grands canaux dérivés de la Durance, au milieu d'une campagne riche et fertile, et à 2 kilomètres au nord des monuments que nous avons décrits et qui fixent la position de cette antique cité. La route nationale du Languedoc traverse le faubourg et fait le tour delà ville. Clle-ci avait anciennement un double rempart percé de trois portes, au-dessus desquelles étaient les armes de la ville : d'or, à quatre pals de gueules, au chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or. Ces remparts ont été abattus. Leurs débris, en comblant le fossé, ont formé un très beau boulevard, appelé le Cours, qui fait le tour de la ville et qui sert de grande route. Les seuls monuments modernes que nous puissions citer sont l'église et l'hôtel de ville. On y montre encore une vieille maison sur laquelle on lit : Soli Beo ; c'est la maison où naquit le fameux astrologue poète Michel de Nostradamus.

Saint-Remy a aussi vu naître Rivarol et le savant abbé d'Expilly, auteur d'un dictionnaire géographique des Gaules et de la France en 6 volumes in-folio; il est malheurensement inachevé.

Château de Romaml. — Le château de llonianil, situé sur le territoire de la commune de Saint-Remy et à l'est de cette ville, paraît tirer son nom d'un poste fortifie par les Romains pour la sûreté de la route qui conduisait d'Api à Arles, bordée alors du côté du sud par une épaisse lorèt. Ce château, qui n'offre plus aujourd'hui que des ruines, appartint longtemps à l'ancienne famille de Ilugolin; il est célèbre dans l'histoire de Provence par sa cour d'amour. Elle y fut établie en 1270 par Ganlhelme de Romanil, et plus tard elle devint cour souveraine dans les questions de galanterie qui étaient sérieusement traitées sous le règne des comtes de la maison de Barcelone et sous Charles d'Anjou, épou\ de Béatrix, héritière de la maison et protectrice des troubadours. Cette cour d'amour subsista jusqu'en .1382. L'histoire a conservé les noms de quelquesunes des dames qui la composaient; nous citerons: Phanette de Ganlhelmes, dame de Romanil; la marquise de Malespine, la marquise de Saluées, Clarelte, dame des Baux; Laurctte de Saint-Laurens, Cécile Rascasse, dame de Caromb; llugonne deScibran, fille du comte de Forcalquier; Hélène, ! dame de Mont-Pahon ; Ursyne des Ursières, dame de Montpellier; Alaette de iVlichelon et Élys, dame de Marargues. Les jugements de cette cour galante étaieut sans appel ; d'ailleurs, les chevaliers et les troubadours s'y soumettaient de bonne grâce.

Les Baux. — Les Baux [Baucius, Balcius, Castritm deBaucis), à 18 kilom. au nord -est d'Arles et à 22 de Tarascon, est un village qui compte à peine aujourd'hui 360 habitants ; ce fut jadis une ville importante. Après la prise d'Arles par Euric, roi des Wisigoths, les habitanlsdes campagnes se réfugièrent sur les hauteurs, et le rocher des Baux, ainsi appelé du vieux mot ligurien bao%i, qui signifie escarpement, dut être choisi pour servir d'asile assuré à toute la population. Un seigneur de la cour d'Euric y construisit, en 485, un château fort et y fixa sa résidence. Les descendants prirent le nom de ce château et se montrèrent des plus ardents parmi la noblesse de Provence pour se rendre indépendants des souverains du pays, dont ils se croyaient au moms les égaux. Le château, dont l'existence fut (1 environ onze siècles, couvre aujourd'hui de ses rumes l'extrémité nord-est du rocher sur lequel la

ville s'élève. Ces ruines consistent en restes de murs, en salles voûtées, en une vieille tour, perchée sur la plus haute pointe, et qui porte le nom de Tour des bancs, et en une partie de la belle voûte de l'église du château dite de Sainte-Catherme. Ces ruines étonnent par leur masse imposante, et l'imagination est effrayée de ce qu'a dû coûter de temps et de travail un si grand ouvrage. Toute la circonférence du château, excepté du côté de l'esplanade, est à pic et tout à fait inaccessible.

Ue l'ancienne ville, à peine resle-t-il trois tronçons de rues et emplacements couverts de décombres, qui ont encore conservé le nom de leurs anciennes destinations. L'église, qui est au sud ouest, est très ancienne; elle est dédiée à saint Vincent; le temps et les malheurs de la guerre qui ont si rudement atteint la ville des Baux semblent avoir épargné son église; elle a deux nefs et sept chapelles latérales, dans l'une desquelles se trouve un sarcophage antique. Avant la Révolution, on voyait sur la porte de l'hôtel de ville les armoiries de la ville qui étaient : de guetUes, à une étoile de seize rayons d'argent.

^ Les Saintes-Maries. — Les Saintes-Mariés, que l'on a aussi appelées Notre-Dame-de-la-Mer, est un bourg de 92G habitants, presque tous pêcheurs ou saulniers, chef-lieu de canton, situé à 37 kilomètres d'Arles, à l'extrémité de la Camargue et près de l'embouchure du Petit-Rhône.

Si l'on en croit la tradition, la ville des Saintes- Mariés doit son origine à Marie-Madeleine, Marie- Jacobéet Marie-Salomé, qui y abordèrent a'vec leur frère Lazare, lorsqu'elles passèrent de Judée en Provence, après la mort du Christ. Elles furent, dit-on, inhumées près d'une source d'eau douce dont elles avaient fait usage pendant leur vie. Longtemps après, un comte de Provence fit bâtir en ce lieu une église , aujourd'hui classée parmi les monuments historiques, et autour de laquelle se forma le bourg de Saintes-Mariés.

De la terrasse du rempart, on a une vue superbe sur les environs.

Il y a aux Saintes-Mariés des pêcheries et des salines; pendant la belle saison, on vient y prendre des bains de mer.

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