Calvados, 1<-' Liv
vados : Ilonfleur, Trouville, Touques, Dives, Sallenelles, Caen, CourseuUes, Port-en-Be3sin,Isigny, Luc et Ouistreham ; leur tonnage total est d'environ 800 bâtiments jaugeant 25,000 tonneaux; ils se livrent à la pèche et au cabotage.
La superficie du déparlement est évaluée à 552,072 hectares; le sol, d'une remarquable fertilité, se partage d'après sa nature en : pays do montagnes, 452 hectares ; pays de bruyères ou de landes 11,500; sol de riche terreau, 150,000; sol de craie ou calcaire, 130,000; sol de gravier, 7,546; sol pierreux, 5,000; sol sablonneux, 2,600; solllmoneux ou marécageux, 70,000 hectares.
II.V«li'o&;i>a.pliie. — Appuyé au nord sur la I\Ianche, où il porte ses eaux, et dominé au sud par les terres élevées du département de l'Orne, le déparlement du Calvados n'a qu'une pente générale du sud au nord ; sa surface est partagée dans sa longueur, de l'est à l'ouest, entre les six vallées fluviales de la Touques, de la Dives, de l'Orne, de la Seulles, de la Dromme et de la Vire.
La Touques, qui naît à Champ-Haut dans le déparlement de l'Orne, entre dans le Calvados près de Moutiers-IIubert, passe à Fervacques, Lisieux, Pont-l'Évêque, Quai-au-Coq, Touques et se jette dans la Manche un peu au-dessous de cette dernière ville; son cours est de 109 kilomètres et elle est navigable aux grandes marées depuis Lisieux sur une étendue de 29 kilomètres.
La Dives prend sa source près de Courménil (Orne), entre dans le département sur le territoire de la commune deCroey, passe àCoulibœuf, Saint-Pierre, Mézidon, Annerai, Saint-Samson, Dives, et se jette dans la iHanche au-dessous de cette commune, après un cours d'environ 60 kilomètres. Elle reçoit la Vie près de la petite commune de Méry-Corbon, et de ce point elle est navigable jusqu'à son embouchure sur une étendue de 2G kilomètres; son cours total est d'environ 100 kilomètres.
L'Orne (voyez l'hydrographie du département de l'Orne) prend sa source près de Séez, dans le département auquel elle a donnéson nom, entre dans le Calvados près de Mesnil-Villement, passe à Harcourt, à Caen, et se jette dans la Manche au-dessous du port de Sallenelles, après un cours d'environ 158 kilomètres, pendant lequel elle reçoit dans le département plusieurs petites rivières dont les plus importantes sont l'Odon, la Rouvre, la Laize et le Noireau, qui sépare un instant le Calvados de
l'Orne. L'Orne est navigable aux grandes marées depuis Caen sur une étendue de 17 kilomètres; mais, comme son lit est souvent obstrué, on a construit un canal latéral qui remédie à cet inconvénient.
La Vire, dont le cours total est de 132 kilomètres, n'appartient entièrement audéparlcmenl du Calvados que dans la partie supérieure de son cours ; et par sa rive gauche, seulement vers son embouchure. Celle jolie rivière prend sa source à l'étang des moulins de Bieux, sur les confins de l'Orne et du Calvados, passe à Vire, La Graverie, Pontfarcy, entre dans le déparlement de la Manche, baigne de nouveau le Calvados à la hauteur de Cartigny- Tesson et lui sert de hmile jusqu'à son embouchure. Elle est navigable sur une étendue de 40 kilomètres, et reçoit près d'isigny, dans le département, la petite rivière d'Aure, qui arrose de magnifiques pâturages.
La Dromme et l'Aure supérieure sont deux autres petites rivières dont les eaux se perdent, en partie , dans des gouffres marécageux voisins de iJayeux, et qu'on appelle les Fosses-du-Soucy.
Voles de communication. — Le département du Calvados compte 10 routes nationales d'un développement total de 440 kilomètres; 29 routes départementales, 688 kilomètres; 65 chemins vicinaux de grande communication, 907; 138 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,370; et 2,850 chemins vicinaux ordinaires dont on peut évaluer la longueur à plus de 4,000 kilomètres.
Les chemins de fer qui le traversent appartiennent au réseau de l'Ouest. La principale ligne est celle de Paris à Cherbourg ; elle pénètre dans le département immédiatement après la station de Saint-Mards (Eure), et y dessert successivement les stations de Lisieux (191 kilom. de Paris), Le Mesnil-Auger, Mézidon, Moult-Argences, Frénouville- Cagny, Caen (239 kilomètres de Paris), Carpiquet, Bretteville, Norrey Andrieu, Bayeux (269 kilomètres de Paris), Crouay, Le Molay-Littry, Lison et Isigny (305 kilomètres de Paris), après laquelle la ligne pénètre dans le département de la Manche.
A cette ligne principale se soudent plusieurs embranchements : à Lisieux, un petit embranchement de 19 kilomètres va rejoindre Orbec ; une autre ligne se dirige sur Pont-l'Evèque et se bifurque d'une pari sur Honfleur et d'autre part sur Trouville ; à Mézidon un embranchement va rejoindre, à Argentan,
CALVADOS
la ligne de Paris à Granville avec tronçon sur Falaise, I tandis qu'un autre court au nord sur Cabourg-Di- , ves. A Caen, une ligne transversale va rejoindre, à I Fiers, la grande ligne de Paris à Granville ; tandis j qu'une autre, dite de Cacn à la mer, se dirige sur j Cour.seuUes en desservant les stations balnéaires situées à l'ouest de remboucluirc de l'Orne. Par Lison, un embranchement va rejoindre Saint-Lô, d'où il descend sur Coutances et Avrandies (Manche); la grande ligne de Paris à Granville traverse un instant la partie sud-est du département en desservant les stations de : Viessoix, Vire (271 kilomètres de Paris), Mesnil-Clinchamps, Saint-Sever et Saint- Aubin-des-Bois.
D'autres lignes sont à l'étude ou en construction; telles sont les lignes d'Argentan à Lisieux par Vimoutiers, de Mézidon à Mortagne par Livarot, de Caen à Vire, de Caen à Cabourg par, ïroarn, etc.
En 1877, on évaluait la longueur des lignes livrées à la circulation à 374 kilomètres, et celle des lignes en construction ou à construire à 134 kilomètres.
Climat. — Le département du Calvados appartient au climat séquanien ou du nord-ouest; c'est un climat dont les caractères se prononcent d'autant plus qu'on s'approche davantage du bord delà mer. C'est ainsi que, dans ce département, il a quelque analogie avec celui de l'Angleterre et de l'Irlande. L'air y est plus humide que sec, plus l'roid que tempéré, mais pur et sain , à l'exception de quelques parties occidentales du canton d'Isigny et des pays situés à l'embouchure de la Touques et de la Dives. La température est sujette à des variations aussi subites que fréquentes qui, dans une seule journée, vous l'ont éprouver les températures de plusieurs saisons. Le printemps est froid et pluvieux, et la belle saison ne dure guère qu'un mois et demi, de juin à août; cependant le commencement et la fin du printemps sont généralement beaux. Les vents dominants sont ceux de l'ouest, du nord et du sud ; les tempêtes sont fréquentes, aux approches de l'équinoxe et des solstices ; alors le vent d'ouest souffle avec une force telle que, souvent, il déracine les arbres. A Vire, dans l'espace de cinq ans, de 1773 à 1780, la température minimum absolue a été en 1776 de — 1S°; la température maximum absolue a été en 1780 de 33'>,1, et le nombre annuel moyen des jours de pluie est de 13a.
Pi'ocliictions naturelles. — Le département du Calvados dépend de la région géologique dite : le bassin de Paris (ou la Ncuslrie); le sol repose sur des terrains tertiaires et d'alluvion, la marne et la craie se montrent dans le sud du département. Il abonde en pierre à bâtir (citons celles d'Allemagne), en gypse, en marne et en argile. Le marbre se montre dans quelques terrains intermédiaires, mais il y est en couches trop peu épaisses pour être utilement exploité. On exploite quelques mines de houille; celle de Litry est une des plus importantes; les grès, le granit, l'ardoise (à Curcy, où l'on a trouvé des grains d'argent natif mêlé à l'ardoise, et à Castillon), sont au nombre des richesses minérales du département. Quant aux métaux proprement dits, nous ne pouvons citer que le fer que l'on rencontre à Feuguerolles, May, Vacogne, Littry, Caumont et Urville; mais il est de médiocre qualité. La plupart des prairies marécageuses recèlent de la tourbe; enfin le département possède plusieurs sources d'eaux minérales ferrugineuses froides : telles sont celles.de Brucourt, de Monlbosc, de Touffreville , de l'Uùtel-Dieu à Caen, et de Roques près de Lisieux.
Peu de départements sont aussi riches en productions végétales de toute sorte que celui qui nous occupe; la récolte des céréale,s est surabondante, celle des légumes et du colza est aussi très importante ; les melons s'obtiennent en pleine terre et sans cloches, dans les environs de Honfleur et de Courson. Le pays est riche en arbres fruitiers; la culture des pommiers est d'une haute importance pour ce département où le cidre forme la principale boisson ; on en récolte de trois sortes : celui de Bayeux, celui du Bocage et celui du pays d'Auge; ce dernier est le meilleur, il se garde plusieurs années, il est capiteux et coloré. La culture des fleurs est très répandue, surtout aux environs de Caen, où l'on vend des oignons de tulipes, de jacinthes. Les plantes marines sont com.munes sur la côte ; on confit dans du vinaigre la criste-marine ou percepierre ; les varechs et les algues donnent un engrais excellent. Les bois ne sont pas très étendus; ils abondaient autrefois en châtaigniers : les essences dominantes sont le chêne, le bouleau, le hêtre et le charme. L'acacia, le sorbier, le catalpa se sont acclimatés. Parmi les arbustes, on remarque le buis, le houx, le genêt commun et épineux, le cornouiller et l'épine noire.
Les prairies artificielles, qui ont remplacé les
jachères, et les plantureux herbages de la vallée d'Aure et du pays d'Auge, nourrissent des bestiaux renommés pour leur beauté et dont une partie alimente les marchés delà capitale. Le lait des vaches laitières donne les fameux beurres de Trévières et d'Isigny, ainsi que les fromages estimés de Livarot, dePont-Audemeret de Mignot. La race des chevaux normands est la plus belle de France, et leur vente forme un des plus grands produits du département. Le cheval normand est renommé depuis longtemps pour la beauté de ses formes, pour sa taille et sa vigueur. Les moutons et les porcs sont aussi très nombreux. On élève, dans les basses-cours, des chapons, des poulardes, des gelinottes et des dindons, dont la chair est estimée et qui s'exportent au loin, et l'on rencontre un nombre assez considérable de ruches d'abeilles. Les bêtes fauves font devenues rares ; cependant les loups sont er.core nombreux, ainsi que le renard, la martre et la fouine. Les putois, les écureuils et les hérissons se trouvent dans tous les bois. Les oiseaux de mer sont très varies ; les hivers rigoureux amènent les cygnes, les spatules, les cormorans et les cigognes. Parmi les oiseaux de proie, on remarque le milan, le petit aigle et l'orfraie. La vipère se trouve encore dans le Bocage, et la couleuvre à collier est commune dans le département, ainsi que l'inolTensif orvet et la salamandre. Les rivières sont très poissonneuses ; sur les côtes de la mer on pèche la plie, la sole, la raie, la barbue, le turbot, le congre, le surmulet, le hareng, le merlan et le maquereau. Enfin, les rochers fournissent des homards, des crabes, des moules et des huîtres, qui sont, pour les pêcheurs, une branche importante de revenu.
Industrie agricole, manufacturière et commerciale. — L'industrie agricole de ce département est très perfectionnée ; c'est un pays de culture de céréales et d'herbages : l'horticulture y est l'objet de soins entendus, et, en général, les bonnes pratiques ont expulsé le mode vicieux de la jachère. La superficie du département se partage en : superficie bâtie et voies de communication, 73,874hectares et en territoire agricole, 478,198hectares. Ce dernier se subdiviselui-même en: céréales, 182,491 hectares ; farineux, 2,987 ; cultures potagères et maraîchères, 4,000 ; cultures industrielles, 34,850 ; prairies artificielles, 51,000 ; fourrages annuels, 4,500 ; autres cultures et jachères, 28,000 ; bois et forêts, 36,151 ; prairies naturelles et ver-
gers, 97,000 ; pâturages et pacages. G, 000 ; terres incultes, 31,219 hectares. L'engrais des bêtes à cornes, l'élève des chevaux et celui des volailles forment, dans ce département, une branche importante de l'industrie agricole.
La filature des laines et des cotons, la fabrication des draps fins et communs, des étoffes et des couvertures d'e laine, celle des siamoises et des étoffes de coton, occupent un grand nombre d'ouvriers dans le Calvados. Les dentelles de Baveux et les blondes de Caen ont de la réputation. La bonneterie de Falaise et d'Orbec, les toiles de cretonne pour nappes et serviettes, les molletons, les flanelles et les frocs de Lisieux, sont aussi une branche importante de l'industrie du département, qui, en outre, renferme des papeteries, des tanneries, des huileries de colza, des raffineries, des distilleries, des fabriques de produits chimiques, des coutelleries, des teintureries, des brasseries, etc. On compte dans le département plus de 154 fabriques, manufactures et usines diverses, 158 forges, hauts fourneaux, et 988 moulins.
L'industrie commerciale a un très grand développement ; elle embrasse les différents produits du département, et surtout la vente des chevaux, des bestiaux gras, du beurre estimé, des volailles fines, les biscuits pour la marine, les salaisons, les grains, le miel, la cire, les huiles et les cuirs. Le commerce d'exportation est très considérable ; il se fait même outre mer par les onze ports que nous avons nommés plus haut, et c'est par eux que l'on introduit, dans le département, la laine et le coton qui y sont ouvrés, et le fer qui est converti en fonte.
Le nombre des foires du département est de 180 ; elles se tiennent dans 59 communes et durent 180 journées ; les plus importantes sont celles de Caen et de Guibray (faubourg de Falaise), qui durent chacune 15 jours. Nous devons encore citer la foire aux fleurs de Lisieux et celles de Caumont et de La Cambe, qui sont consacrées à la location des domestiques.
Division polîticiiie et aflniiulstratîve. — Le département du Calvados a pour cheflieu Caen; il compte : 6 arrondissements, 38 cantons, 764 communes; le tableau statistique que nous donnons plus loin les fera connaître. 11 appartient à la région agricole du nord-ouesl. Le département forme le diocèse d'un évèché dont le titu-
CALVADOS
.laire prend le nom à'évêque de Bayeux et de Lisieux et dunt le siège est à Bayeux ; il y a dans cette dernière ville un grand séminaire et un petit séminaire à Lisieux. Le diocèse compte 1 1 cures de première classe, 62 de seconde, 638 succursales et 174 vicariats rétribués par l'État.
Les protestants ont à Caen une église consistoriale, divisée en sept sections. Il y a des temples à Caen, à Périers, à Cresserons, à Deuville, au Fresne- Camilly, à Courseulles , à Condé-sur-Noireau et à Vire.
Les tribunaux de première inslancc des chefslieux d'arrondissement et les tribunaux de commerce de Caen, Bayeux, Falaise, Lisieux, HonHeur, "Vire et Condé-sur-Xoireau ressortissent à la cour d'appel de Caen dont le ressort s'étend sur les départements du Calvados, de la Manche et de l'Orne. 11 existe près de Caen une maison centrale de détention pour les hommes, dite de Beaulieu ; elle peut contenir 1,000 détenus.
Caen est le siège d'une importante académie universitaire qui a dans son ressort les départements du Calvados, de l'Eure, de la Manche, de l'Orne, de la Sarthe et de la Seine-Inférieure. Il y a à Caen une Faculté de droit, une Faculté des lettres, une Faculté des sciences, une école préparatoire de médecine et def)harmacie, un lycée, des pensions secondaires , dont l'une pour l'enseignement agricole ; une institution pour les sourds et muets des deux sexes; des cours de dessin, de sculpture, d'architecture ; un conservatoire de musique, une école normale d'instituteurs, une école primaire supérieure, des écoles primaires, etc., et plusieurs académies ou sociétés savantes. Il y a, en outre, des collèges communaux à Bayeux, Falaise, Lisieux, Vire et Honfleur ; 12 institutions secondaires libres et 1,011 écoles primaires.
Le département du Calvados dépend du 3" corps d'armée et de la 3° région de l'armée territoriale dont l'état-major est à Rouen ; Caen, Falaise, Lisieux sont des chefs-lieux de subdivision. Caen est une place de guerre de 3° classe, elle possède un dépôt de remonte pour la cavalerie; la compagnie de gendarmerie départementale dépend de la 3° légion dont l'état-major est à Rouen.
Caen est un des quartiers maritimes du sousarrondissement de Cherbourg, et il y a dans cette ville un commissariat de l'inscription maritime et une école d'hydrographie.
Le département du Calvados dépend de l'arron-
dissement minéralogique de Rouen, qui fait partie de la région du nord-ouesl, de la première inspection des ponts et chausséesdont le siègcesl à Paris, et du 13'= arrondissement forestier dont le siège est à Caen et qui compte dans son ressort les départements du Calvados, d'Eure-et-Loir, de la Manche, de la Mayenne, de l'Orne et delà Sarthe. Il y a des bureaux de douane à Caen et à Honfleur.
Le département compte 110 perceptions des finances; les contributions et revenus publics atteignent 40 millions de francs.
HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
Le département du Calvados ne possède pas, comme celui de la Seine-Inférieure, une cité dominante, dont l'antique importance se soit maintenue à travers les siècles et puisse donner à son histoire une véritable unité. Bayeux, Lisieux, Caen ont brillé tour à tour, et l'histoire du département ne peut être que l'histoire de ces villes. Nous nous contenterons donc de rapporter ici quelques faits généraux qui ne se rattachent point à Ihisloire spéciale de ces localités.
Ce territoire était occupé, à l'époque de la conquête romaine, par trois populations principales : les Baïocasses (environs de Bayeux), à l'ouest ; à l'est, les Lexoviens (Lisieux et son territoire) ; entre ces deux populations, se placent les Vlducasses. Soumis par un des lieutenants de César, ils vécurent sous la domination impériale jusqu'à la révolte de l'Armorique, au commencement du V siècle de l'ère chrétienne. A celte époque, les pays compris plus tard sous le nom de Bretagne et de Normandie formèrent une espèce de république fédérative, où chaque peuplade était gouvernée par des magistrats élus. Cette existence indépendante cessa à l'époque de la conquête de la Neustrie par Clovis ; ils suivirent, pendant cette période et pendant la période normande, les destinées générales de la Neustrie, devenue plus tard la Normandie. Ce territoire, pendant cette dernière période, fut singulièrement agité : habité par les plus fiers et les plus remuants des conquérants, il devint le foyer des révoltes qu'ils essayèrent contre l'autorité de leurs ducs. Celle contrée, réunie comme le reste de la province au royaume de France sous Philippe- .\uguste, fut plus particulièrement exposée aux malheurs qu'amena l'invasion anglaise. En 1346, Edouard III, roi d'Angleterre, conduit par un U-aitre,
Geoffroy d'IIarcourl;, ravagea le pays, pilla et incendia les villes. Sous Charles V, Charles le iMauvais, roi de Navarre et comte d'Évreux, qui possédait quelques poinls du territoire compris plus tard dans la circonscription du Calvados, agita encore la contrée. Réduit plus tard à se soumettre, il perdit ses domaines de Normandie, à l'exception de Cherbourg. Mais, sous Charles VI, le pays fut encore exposé aux malheurs de l'invasion étrangère. D('barqués à l'embouchure de la Touques, les Anglais renouvelèrent leurs anciennes dévastations ; mais c'était dans ce pays, si souvent ravagé par leurs armes, que devait se livrer la bataille qui mit fin à leur domination. Richemond les défit à Formigny (1450), près deRayeux. Depuis celte époque jusqu'à la Réforme, le pays jouit d'une assez grande tranquillité. Les guerres de religion le désolèrent de nouveau ; et, à la même époque, les paysans, écrasés d'impôts et poussés au désespoir par l'excès de leur misère, se soulevèrent. Cette révolte, où des excès de toute sorte furent expiés par uns répression plus cruelle encore, est connue sous le nom de révolte des Gmdkiers. Plus tard, en 1639, ils reparurent sous le nom de Nu-pieds ; le maréchal ' de Gassion les soumit aisément et les supplices recommencèrent. Le pays resta calme depuis cette époque jusqu'il la Révolution. La Dives servait alors de ligne de démarcation aux deux grandes divisions du pays en haute et basse Normandie. La partie de la basse Normandie qui est enclavée dans le déparlement se divisait en plusieurs contrées qui portaient le nom dé Cessin (environs de Raycux) ; plaine de Caen, pays d'Auge (environs de Falaise) ; et enfin le Rocage, qui s'étendait sur le territoire du département de l'Orne et comprenait, dans celui du Calvados, Vire et Condé. Lors de la Révolution, le département du Calvados reçut d'abord le nom A' Orne-Inférieure et, bientôt après, celui qu'il porte aujourd'hui. Agité un moment, en 1793, par l'insurrection organisée à Cacn par les girondins, le pays se soumit sans résistance à l'autorité de la Convention. Quelques parties du territoire furent, plus tard, exposées aux ravages des chouans ; mais ces désordres partiels furent bientôt réprimés. Depuis celte époque, le Calvados s'est livré paisiblement aux travaux industriels et agricoles que favorise la nature excellente de cette contrée. Sauf quelques contributions de guerre qui n'oni pas dépassé (392, 129 fr. 41, il a eu la bonne fortune d'échapper aux désastres de la guerre de 1870-1871.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
CAEN(lat. 49° 11' 14"; long. 2^'4r 24' 0). -Caen {CaietopoUs, Cadomus, Cadelum), importante station de la ligne de Paris à Cherbourg, avec embranchements sur Laval et sur la mer, est une grande et belle ville, chef-lieu de département, ancienne capitale de la basse Normandie, sur l'Orne, à 12 kilomètres de la mer, à 133 kilomètres de Rouen et à 239 de Paris.
Le premier témoignage historique qui constate l'existence de cette ville est de 1026; c'est un acte qui mentionne son église, son marché, son port, etc., et prouve que cette ville avait dès lors une certaine importance. Par cet acte, le duc de Normandie, Richard II, assurait la dirae des produits de la douane de Caen à l'abbaye de Fécamp. Les vaisseaux stationnaient alors sur l'Odon, cl nous voyons plus tard un duc de Normandie améliorer ce port en y amenant une branche de l'Orne (1104). Déjà, à cette date, Caen n'était plus seulement un de ces lieux de péage si fréquents à l'époque féodale; c'était une ville fortifiée, pourvue d'un château, de deux riches abbayes et d'un hôpital; elle devait tous ces avantages à Guillaume le Conquérant, qui montra toujours pour Caen une sorte de prédilection: c'est là qu'il fut enterré. Un peu plus tard, nous voyons établi à Caen l'Échiquier de Normandie, cour suprè:ne chargée de rendre la justice et d'administrer les revenus du duc do Normandie. Pour remplir cette double fonction, cette cour était divisée en deux chambres, échiquier des causes et échiquier des comptes. Sous Jean sans Terre, Caen fut érigéi en commune : l;maire était nommé par le roi, sur une liste de troi-> candidats présentés par les bourgeois ; les six jurés ou échevins étaient nommés directement par les membres de la commune. Malgré ces concessions que Jean sans Terre prodiguait alors aux principales villes de Normandie pour les attacher à sa cause, Caen n'essaya point de résister à Philippe- Auguste, lorsque celui-ci réunit la Normandie au royaume de France. Cette cité vit du reste ses privilèges confirmés par son nouveau maître, et sa prospérité alla toujours croissant jusi[u'à l'époque de la guerre de Cent ans.
Le roi d'Angleterre Edouard lll vint as;;iéger Cacn avec une armée nombreuse. Les bourgeois résistèrent vaillamment. Forcés dans leurs murailles, ils
CALVADOS
défendirent successivement cliaque rue, chaque maison avec une bravoure désespérée. Le comte d'Eu, connétajjle de France, et le comte de Tancarville, chambellan de Normandie, que Philippe de Valois avait envoyés pour défendre la ville, s'étaient pressés, au contraire, de rendre leur épée aux assaillanls. Edouard, furieux de la résistance des bourgeois, venait d'ordonner le massacre général de la population et l'incendie de la ville, lorsque Geoffroy d'Harcourt lui représenta que de pareils ordres prolongeraient la résistance des bourgeois et lui coûteraient sans doute la perte d'un grand nombre de soldats. La ville fut épargnée, mais le pillage dura trois jours; trois cents bourgeois et soixante chevaliers, faits prisonniers, furent envoyés en Angleterre et enfermés à la Tour de Londres , en attendant leur rançon ; vingt-deux vaisseaux, qui furent trouvés dans le port, furent emmenés parles Anglais, qui en chargèrent, dit-on, quatre-vingts autres, à Ouistreham, du bulin fuit
FkAN'CE ll.LLSTRliE. f2 1 O.
par eux au pillage de Caen. On évalua à 40,000 aunes la quantité de draps de toute espèce qu'ils avaient enlevés dans la ville.
Le château n'avait pas été forcé. Caen, aussitôt après le départdes Anglais, demanda à Philippe de Valois l'autorisation de relever ses fortifications. La ville obtint de compléter à ses frais ces remparts témoins de son dévouement patriotique, tandis que le roi, qui ne trouvait rien dans son trésor pour venir en aide à la pauvre ville épuisée, accordait des indemnités aux seigneurs dont les terres avaient souffert de l'invasion.
Ravagée par la peste noire, agitée par les dissensions intestines qu'y suscita, sous le règne de Jean, Charles le Mauvais, roi de Navarre, la ville vit une seconde fois les Anglais paraître devant ses murailles. Débarqué à l'embouchure de la Touques, Henri V, roi d'Angleterre, vint assiéger Caen. Les bourgeois résistèrent avec une bravoure qu'animaient les souvenirs terribles de l'invasion précé- 53. — C.\LVADOS. 2'^ Liv.
dente et la crainte d'un sort pareil: tout fut inutile. Plus de 1,800 bourgeois périrent pendant l'assaut : le massacre, le viol, le pillage, signalèrent la victoire des Anglais. Le butin, cette fois encore, fut immense, et le vainqueur ne respecta pas même les vases sacrés et les ornements des églises (1431).
Les Anglais semblent avoir voulu cependant effacer la mémoire de ces atrocités, en confirmant les privilèges de la ville; et nous les voyons, peu d'années après, y installer avec grande pompe une université, qui devait bientôt devenir importante (1431).
Caen ne prit aucune part au soulèvement des paysans de la Normandie contre les Anglais. Elle vécut tranquille sous la domination étrangère, jusqu'à l'époque où Charles VU vint l'assiéger, accompagné deDunois, de Richemond et d'une nombreuse armée. Le duc de Sommerset, qui y commandait, rendit la ville au roi de France, lequel y (il une entrée solennelle (G juillet 14.50).
Depuis cette époque jusqu'aux guerres de religion, Caen jouit de quelque repos. Son université avait accru son importance; une bibliothèque y fut instituée, et tel était le prix que l'on attachait aux livres qu'elle contenait, qu'ils étaient tenus enchaînés. On comptait dès lors à Caen plusieurs collèges; et l'on trouve à cette époque les traces d'une institution qui n'a pas été sans influence sur les destinées littéraires de cette ville. L'université était dans l'usage de célébrer tous les ans la fête de la Conception de la sainte Vierge par des cérémonies religieuses, avec une harangue latine adressée au public et une distribution de vin faite aux professeurs. En lî)27, Jean Le Mercier, avocat, se trouvant désigné pour rendre le pain bénit le jour de celte fête, proposa à l'université d'accroître chaque année la solennité du jour par un concours de poésie. Ce projet fut accueilli avec faveur, et l'institution subsista, malgré quelques interruptions, jusqu'en 1791. On volt figurer dans ces concours la plupart des gens de lettres distingués, qui ont valu à Caen la renommée d'un vrai centre littéraire. Cette institution prit le nom de Puy du Palinod. Une imprimerie s'établit à Caen en 1480, et, au mqme siècle, cette ville donnait naissance à un poète dont la renommée serait restée plus éclatante si elle n'avait été effacée par celle de sou fils, Jean Marot, père de Clément Marot.
Là, com'me ailleurs, les préoccupations savantes furent favorables aux progrès du protestantisme
Les ministres de la religion réformée y tinrent un synode en 1560; dès lors les sectaires étaient ardents et nombreux. En 15G2, excités par la nouvelle des troubles religieux qui agitaient alors Rouen, ils se soulevèrent, détruisirent les images, les vitraux, etc., qui ornaient les éghses de Caen, et brisèrent les tombeaux de Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde. L'année suivante, battu à Dreux, Coligny se retira à Caen, et força le château, qui était resté au pouvoir des catholiques. Cependant la pacification d'Amboise rétablit l'ordre, et la ville ne prit qu'une part indirecte aux mouvements qui agitèrent plus tard la province. Les deux partis furent contenus par la fermeté du gouverneur Jacques de Matignon, et les horreurs de la Saint- Barthélémy n'atteignirent pas la ville de Caen. Plus tard, Caen se prononça de bonne heure en faveur de Henri IV, et le Béarnais vainqueur l'en récompensa en y transférant les cours souveraines de Normandie.
L'histoire de Caen au xvn° siècle est presque exclusivement littéraire. Elle donna le jour au poète Malherbe, dont là venue devait être célébrée plus tard par Boileau comme le véritable point de départ de notre poésie. L'abbé de Boisrobert, le favori et un peu le boufl'on du cardinal de Richelieu, que son médecin guérissait en lui recommandant de prendre deux onces de Boisrohert ; Sarrasin, poète spirituel, trop oublié de nos jours ; Huet, le savant évoque d'Avranches; Segrais, auquel on attribua longtemps les romans de M"^° de La Fayette ; tous ces écrivains contribuèrent à donner à Caen le renom d'une ville favorable aux lettres; et, quand s'émut à Paris la grave querelle qui partagea tous les beaux esprits du temps sur la valeur relative des deux sonnets de Joh et ù'Uranie, œuvres de Benserade et de Voiture, M"'° de Longueville, l'ennemie la plus illustre des JoMins, fit déférer à l'Académie de Caen le jugement définitif de cette querelle. Au xViii^ siècle, Caen vit naître dans ses murs un poète mort jeune, après avoir donné de brillantes espérances, Malfilàtre.
Pendant les deux derniers siècles jusqu'à la Révolution, le rôle de Caen n'est guère marqué que dans notre histoire littéraire. La révocation de l'édit de Nantes exposa la ville à d'odieuses scènes de violence : un grand nombre de protestants furent emprisonnés, 1,600 soldats furent logés chez eux. Louis XIV supprima les dernières franchises municipales de Caen. Leséchevins cessèrent d'être
CALVADOS
nommés par les habitants; leur fonction devint, en 1704, un office vénal.
En 1789, une émeute, excitée par la disette, agita la ville ; le major de Belzunce fut lue. Caen sembla, depuis ce moment, se ranger du côté de la contre-révolution; son université protesta en 1791 contre la constitution civile du clergé; elle fut dissoute. Plus tard elle se hâta de protester également contre le 31 mai : ce fut cette initiative, prise par cette ville, qui détermina les députés girondins restés libres à s'y réfugier, et à en faire le centre du fédéralisme insurgé contre la Convention. Dix-huit d'entre eux s'y installèrent; on y remarquait Barbaroux, Buzot, Guadet , Louvet, Péthion. On leva des troupes, dont le commandement fut confié à Vimpfen, ancien députe constitutionnel, et on fit arrêter Romme et Prieur, les deux commissaires de la Convention. Ils furent enfermés au château : ce fut pendant sa captivité que Romme médita le plan du calendrier républicain, adopté un peu plus tard.
La faiblesse de cette insurrection, facilement comprimée en Normandie, tenait surtout à la divergence d'opinions qui éclata entre ses chefs, réunis uniquement par une haine commune contre la Convention. Entre ces députés qui avaient voté la mort du roi et les généraux qu'ils furent obligés de mettre à la tète des troupes, il ne pouvait y avoir de véritable entente. De là des incertitudes, des hésitations qui rendirent leur défaite si facile. L'avant-garde de l'armée insurrectionnelle, composée de volontaires et des débris de quelques régiments que l'insurrection avait entraînés en partie, fut mise sous le commandement d'un émigré, le marquis de Puisaye, devenu depuis célèbre dans les guerres de la Bretagne. Puisaye se laissa surprendre près de Yernon par les troupes de la Convention : ses soldats se dispersèrent aux premiers coupsdecanon.RobertLindet,commissairede la Convention, rentra à Caen sans trouver de résistance; les députés girondins s'en étaient éloignés. Mais l'émotion excitée par eux vivait encore dans l'âme d'une jeune fille, Charlotte Corday. Née près d'Argentan, alliée à la famille du grand Corneille, elle demeurait alors à Caen; elle s'était passionnée pour les girondins, réfugiés à Caen,- qu'elle eut occasion de fréquenter, et résolut de les venger. Le 9 juillet 1793 elle part pour Paris; quelques jours après,. Marat était frappé par elle; le 17 juillet, elle-même montait sur l'échafaud.
Depuis cette époque la ville de Caen n'a plus été le théâtre d'aucun événement qui puisse intéresser notre histoire. Sous le consulat, on entreprit d'importants travaux pour la canalisation de l'Orne. On fit quelques embellissements; le cours Caffarelli fut planté à cette époque, et reçut le nom du préfet sous l'aduiinislration du(iucl ces travaux furent exécutés.
Caen est aujourd'hui une grande et belle ville de 41,181 habitants, située dans une riante vallée, au confluent de l'Orne et de l'Odon. Elle est entourée de belles promenades, et à l'ouest verdoie une admirable prairie; elle renferme plusieurs édifices dignes de fixer l'attention du voyageur. L'église de Saint-Pierre est un monument remarquable; on admire la hardiesse et l'élégance de sa tour, dont la construction date de 1308, la beauté de l'abside, qui ne fut bâtie que deux siècles plus tard. Les bas-reliefs qui ornent cette église représentent des sujets qu'on s'étonne de trouver figurés dans un édifice religieux : on y voit, par exemple, Aristote marchant à quatre pattes et portant une femme sur son dos ; d'autres sujets sont empruntés aux romans de chevalerie.
Cette église a été exposée à de grandes dévastations à l'époque des guerres de la Réforme. En lo63, Coligny ayant placé dans le clocher des arquebusiers pour tirer sur les catholiques qui défendaient le château, ceux-ci ripostèrent par des coups de canon qui entamèrent la tour : cette brèche ne fut réparée que plus d'un siècle après.
L'abbaye de Saint-Etienne, ou l'abbaye aux Hommes, doit sa fondation à Guillaume le Conquérant, qui lui assigna une dotation splendide, composée de nombreux domaines situés en Normandie et même en Angleterre. II légua à cette abbaye son sceptre, sa couronne, et les autres attributs de la royauté. Il y fut inhumé. Au xvi» siècle, son tombeau fut détruit par les calvinistes, qui espéraient, dit-on, y découvrir un trésor; ils n'y trouvèrent que quelques ossements qu'ils dispersèrent. Ceux que l'on put retrouver reposent aujourd'hui au miUeu du sanctuaire, sous une dalle de marbre noir. Après ces dévastations, l'église resta longtemps abandonnée; ce ne fut qu'en 1626 qu'elle fut rendue au culte ; c'est aujourd'hui la cathédrale ; elle appartient à trois stjles différents : le chœur date de la fin du wn" siècle et la nef est d'un effet grandiose. Les anciens bâtiments de l'abbaye attenant à l'éghse
sont occupes aujourd'hui par le lycée, qui est un des plus beaux de France.
L'église de la Sainle-Triuilé, ou l'abbaye aux Dames , fondée à la même époque par Matliilde, femme de Guillaume le Conquérant, reçut aussi le corps de sa fondatrice. Ses restes y reposèrent jusqu'à la Réforme; son tombeau fut alors renversé par les protestants. Mais quelques fragments de son corps furent recueillis par l'abbesse Anne de Montmorency, et replacés dans son tombeau. Un mausolée, qui lui fut élevé au commencement du xvni'= siècle, fut détruit pendant la Révolution; mais cette lois on ne toucha point au cercueil, qui fut placé, en 1819, sous un troisième monument, subsistant encore aujourd'hui.
Citons encore l'église Saint-Jean, qui appartient au style ogival flamboyant, et qui possède de beaux vitraux; l'église Saint-Sauveur, autrefois l'église Notre-Dame, qui a été gâtée par ses restaurateurs ; l'église de la Gloriette ou des Jésuites, bâtie en 1684, et l'église du faubourg de Vaucelles dont le clocher est roman. Signalons, parmi les églises distraites du culte , la vieille église Saint-Étienne, l'église Saint-Nicolas, l'église collégiale du Sépulcre, etc. Parmi les édifices civils, nous citerons: l'hôtel de ville, qui occupe l'ancien séminaire des Eudistes et qui renferme un des plus beaux musées de province, et une bibliothèque de plus de 70,000 volumes et 300 manuscrits ; l'hôtel de la préfecture, bâtiment moderne entouré de beaux jardins; le théâtre, qui date de 1838, mais qui ne peut contenir que 1,200 spectateurs; l'hôtel de la gendarmerie ; l'académie ; l'école normale des instituteurs; l'Ilôtel-Dieu, qui occupe les bâtiments de l'ancienne abbaye aux Dames; l'hôpital Saint-Louis et l'hospice des aliénés du Bon-Sauveur.
De l'ancien château fondé par Guillaume le Conquérant et qui domine au nord la ville, il ne reste qu'une enceinte fermée de hautes murailles et un donjon quadrangulaire, flanqué aux angles de tours rondes, qui sert aujourd'hui de dépôt d'artillerie.
On rencontre encore à Caen quelques anciennes maisons d'apparence remarquable : dans la grande rue Saint- Pierre sont des maisons en bois qui datent du xv° siècle ; la maison des Qiiatrans, dans la rue de la Geôle, était au xiv« siècle le manoir d'une famille de ce nom ; l'hôtel de Nollent ou la Maison des gendarmes, que l'on nommait anciennement Manoir des Talbotlèrcs , au quartier
Saint-Gilles, hameau de Calix, est la plus curieuse (c'est un édifice de la Renaissance qui fut construit pour habitation de plaisance par Gérard de Nollent, sous le règne de Louis XII. Il a tout à la fois l'aspect guerrier d'un château fortilié et l'élégance d'une habitation destinée aux jouissances de la paix. Il doit son nom de Maison des gendarmes à deux statues en pierre placées sur la plate-forme d'une des deux tours, représentant des soldats ou des gens d'armes dans une altitude menaçante ; l'un est armé d'une hallebarde, etl'aulre d'un arc, ils paraissent vouloir défendre l'approche du logis) ; l'hôtel de Valois ou d'Écoville, place Saint- Pierre, où se tient la Bourse; l'hôtel des Monnaies et l'hôtel d'Etienne Duval, dans la cour des Halles ou de la Monnaie ; les hôtels de Paraille, de Colomby, d'Aubigny, de Beuvron et de Chan ; ce dernier, qui a été restauré, offre un beau spécimen de l'architecture du xvi" siècle. Enfin, parmi les maisons historiques, signalons, à l'angle gauche des rues de l'Odon et de Notre-Dame, la maison où naquit le poète Malherbe ; dans la cour du Grand-Manoir, la maison où naquit Daniel Iluet, le savant évèque d'Avranches; la maison de Segrais, rue de Langannerie; enfin, au milieu de la rue Saint-Jean, la maison qu'habita Charlotte Corday, chez sa tante, et où elle recevait Buzot, Péthion, Louvet, Barbaroux et Guadet, réfugiés à Caen.
Parmi les célébrités auxquelles Caen s'honore d'avoir donné le jour, citons, outre les poètes Malherbe , Sarrasin , Segrais et le littérateur Huet : Bois-Robert, l'un des fondateurs de l'Académie française; les savants Samuel Bochart et Tanneguy Lelèvre ; les historiens de Bras, de Bourgueville et De la Rue ; le fabuliste Bailly ; les compositeurs Aubert et Choron, etc.
Les anciennes armoiries de Caen étaient : de guetdes, au château donjonné d'or. Le roi Charles VII, voulant reconnaître le dévouement des habitants à la couronne de France, leur permit de porter des fleurs de lis dans leurécu, qui fut alors : coupé d'azur et de gueules, à trois /leurs de lis d'or, deux en chef et une en pointe. Depuis la révolution de 1830, Caen a pris pour armoiries : de gueules, à la tour d'argent, crénelés de sept pièces, donjonnée d'une tourelle d'argent à cinq pièces, ouverte, ajourée et maçonnée de sable.
Vieux. — Vieux {Vedioca, Veocœ), village de 45G habitants, dans le canton d'Évrecy, et à 10 ki-
CALVADOS
lomèlres au sud deCaen, possède une belle église. On y a découvert quelques débris de moaumeuls antiques. On pense que c'était là qu'existait, sous les llouiains, la capitale des Viducasses.
Courseulles-sur-Mer. — CourscuUes-sur-Mer, station terminale de la ligne du chemin de fer de Caen à la mer, à 23 kilomètres au nord-ouest de Caen et à 31 kilomètres par le chemin de fer, dans le canton de Creully et à l'embouchure de la petite livière de la SeuUe, est un gros bourg peuplé de 1,6'22 habitants, renommé par ses parcs aux huîtres qui en fournissent annuellement 40 à oU millions. Le port, assez vaste, reçoit des bateaux qui font la pèche du hareng, du maquereau et de la morue. C'est une des stations balnéaires du Calvados; l'établissement des bains de mer est situé sur la rive gauche de la SouUe, dans la petite île de Plaisance. Le bourg est dominé par un ancien château qui paraît remonter à Louis Xlll. On a trouvé, aux environs de Courseulles, des ruines et des objets gallo-romains.
Saim-Albin-sur-Mer. — Saint- Aubin-sur-.Mer, station de la ligne du chemin de fer de Caen à la mer, à 3 kilomètres au nord de Douvres , son cheflieu de canton, et à 17 kilomètres au nord-ouest de Caen, à 26 kilomètres par le chemin de fer, est un village de 913 habitants; ils sont tous pécheurs. On y prend des bains de mer et il présente cet avantage aux baigneurs , qui sont logés chez l'habitant, que les maisons se trouvant sur la plage même, ils n'ont qu'à 'sortir de chez eux pour prendre leur bain devant leur porte. Saint-Aubin possède un petit établissement de bains de mer, mais il n'offre que le nécessaire.
L.^NGRLNE. — Langrune, station de la ligne du chemin de fer de Caen à la mer, est un village maritime, peuplé de l,02o habitants, qui arme pour la pêche ; il est situé à 2 kilomètres de Douvres, son chef-lieu de canton, et à lo kilomètres au nord de Caen, ou 24 kilomètres par le chemin de fer. Son église, rangée au nombre de nos monuments historiques, date du xiv^ siècle ; elle est surmontée d'une belle tour en forme de lanterne et terminée par une pyramide en pierre à jour; son abside ne manque pas d'élégance. Langrune possède aussi un pelit établissement de bains de mer. Les Essarls de Langrune, roches qui découvrent
à marée basse, attirent les pêcheurs de moules, de crevclles et de crabes.
Luc-slr-.Meu. — Luc-sur-.Mer, station de la ligne du chemiu de fer de Caen à la mer, canton et à 3 kilomètres au nord-est de Douvres et à 18 kilomètres au nord de Caen, ou 23 kilomèlres par le chemin de fer, est une station balnéaire plus fréiiuentéo que les précédentes ; l'établissement des bains est situé au nord-ouest du village, au lieu dit le Pedl- .Ê'/i/'eret près de l'embouchure du ruisseau du Luc; une suite de maisons de plaisance et de chalets unit Luc à Langrune. La commune compte 1,4G8 habitants qui vivent pour la plupart des petites industries qui accompagnent les stations de bains de mer; l'église, qui appartient au style roman, a été plusieurs fois remaniée.
C'est en face de Luc que commencent les rochers du Calvados, qui se continuent à quelque distance de la cùle jusqu'au Port-cn-Bcssin.
Lio.n-sur-Mer. — Lion-sur-.Aler, village de 1, 127habitants, situé à 6 kilomètres à l'est de Douvres, son chel-lieu de canton, et à 13 kilomètres au nord de Caen, se divise en deux parties distinctes : le ilaul- Lion, sur une petite colline avec un beau château de la Renaissance qui le domine, et le Bas-Lion, un peu plus à l'est, avec son église romane, près de la mer ; c'est la station balnéaire la plus facilement fréquentée des habitants de Caen qui s'y rendent volontiers le dimanche pendant la belle saison. Saut une petite bordure de galets, la plage, composée de sable fin, est très belle. Il y a un petit établissement de bains de mer.
ÙUISTREHAM. — Ouistrcham [Oyestreliam), à l'embouchure de l'Orne, à 10 kilomètres à l'ouest de Douvres et à 14 kilomètres au nord de Caen, est un petit port qui est relié à Caen par un canal ; sa population est de 1,196 habitants; la plupart se livrent à la pêche, et le mouvement de son port est d'environ 1,000 bâtiments, tant entrée que sortie. Ouistreham est très ancien, son nom saxon indique sa position sur la rive occidentale de l'Orne ; son port, souvent cité dans les chartes normandes, fut, principalement du xi° au xiv« siècle , alors que Le Havre n'existait pas, un entrepôt important pour le commerce maritime. La création du canal maritime de Caen et un établissement de bains de mer lui ont rendu, dans ces dernières années, une certaine importance.
Bayelx. — (lat. .'i9° 16' 3o"; long. 3° 2' 27" 0.).— lîayeux ( Viducassium Civitas^Augustodonis)^ station de la ligne de Paris à Cherbourg, est une très ancienne ville, chef-lieu d'arrondissement, située dans une belle plaine très fertile, riche en excellents pâturages, à 12 kilomètres de la mer et à 28 kilomètres au nord-est de Caen, peuplée de 7, 133 habitants. Baveux existait sous les Romains. C'était la capitale des Viducasses : après avoir porté, sous la domination romaine, le nom à.&Augustodorus, elle ne parait plus désignée que sous la dénomination de Cicltas Bajocassium. On a découvert sur le territoire de Bayeux des monnaies antérieures à l'époque de sa conquête : elles portent d'un côté une tète de Bélénus, l'Apollon des Gaulois, et de l'autre un char ou un cheval libre, ayant une lyre et quelquefois un sanglier sous le ventre. Quant aux inscriptions, bas-reliefs, médailles, poteries, appartenant à l'époque impériale, on en a découvert un grand nombre, qui attestent l'importance de Bayeux sous les Romains. Des fouilles ont révélé l'existence de monuments assez importants, d'un aqueduc, d'un gymnase, etc. Le rivage voisin de Bayeux fut envahi, au m" siècle de l'ère chrétienne, par des pirates saxons qui y fondèrent des colonies de pêcheurs et de marchands. Ils dévastèrent Bayeux. Convertie, vers le iv" siècle, au christianisme par saint Exupère ou saint Spire , son premier évèque, cette ville eut d'abord des comtes particuliers. RoUon s'en empara et la donna à Bothon, l'un de ses compagnons, qui en releva les murailles. Richard I" y bâtit un château, qui subsista jusqu'au xvni° siècle. Dans la guerre que se firent les fils de Guillaume le Conquérant, Bayeux fut prise et brûlée par Henri Y' (1103), qui ne pouvait oublier que son frère Robert Courte-Heuse l'y avait détenu prisonnier.
L'importance de Bayeux diminua , lorsque la Normandie eut été réunie à la couronne sous Philippe -Auguste. Ce prince, se méfiant sans doute de l'esprit remuant de cette ville, quoiqu'elle se fut soumise sans coup férir à sa domination, s'étudia à lui enlever ses prérogatives politiques et à agrandir, au contraire, sa rivale, Caen, cité nouvelle, qui devint le siège du bailliage, dont Bayeux dépendit à l'avenir. Dévastée d'ailleurs par plusieurs incendies, la vieille ville n'avait plus guère pour elle que le souvenir de son ancienne grandeur. Son existence historique est peu de chose, depuis la fin de la domination nor-
mande, mais il lui est resté de cette époque un monument précieux pour l'histoire du temps, Ja tainsserie de Bayeux ; c'est l'histoire de la conquête de l'Angleterre par Guillaume, brodée sur une toile de 70 mètres de longueur sur 50 centimètres de hauteur. Cette tapisserie contient 55 scènes, représentant les plus importants épisodes de cette histoire : chaque tableau est expliqué par une légende latine qui le surmonte. On a fort discuté sur l'origine de cette tapisserie, sur l'époque où elle a été faite : nous renvoyons, sur ce point, le lecteur à une courte dissertation de M. Augustin Thierry, placée à la fin du premier volume de son Histoire de la conquête de V Angleterre imr les Normands.
Bayeux joua encore un certain rôle pendant la guerre de Cent ans. Ce fut à quelques lieues de cette ville que se livra, en 1430, la bataille de Formigny, qui mit fin à la domination anglaise en Normandie. Le connétable de Richemond tua aux Anglais de 3 à 4 mille hommes : les débris de l'armée vaincue se réfugièrent à Bayeux et s'y renfermèrent. Dunois les assiégea et les força à capituler.
Sous François I", les crimes commis par quelques seigneurs du pays, qui rançonnaient et souvent égorgeaint le paysan, appelèrent une répression sévère : des assises, connues sous le nom de Grands-Jours, furent tenues à Bayeux. Malheureusement, les principaux coupables échappèrent aux rigueurs de la justice, qui s'appesantirent surtout sur les agents subalternes des seigneurs. Aux violences féodales, causes ordinaires des troubles, vint se joindre l'agitation religieuse. Les protestants pillèrent et dévastèrent les églises; et le duc de Bouillon, qui, sous prétexte de soustraire à l'avidité des huguenots les objets les plus précieux, les avait fait transporter dans le château, s'en servit pour payer ses troupes. Plus tard, les catholiques, commandés par La .Moricière, reprennent la ville et exercent de cruelles représailles, vengées bientôt aussi cruellement par les protestants, qui s'emparèrent de nouveau de Bayeux. La ville était au pouvoir des catholiques à l'époque de la Saint- Barthélémy, qui, du reste, ne fut pas plus exécutée à Bayeux qu'à Lisieux.
Sous Louis XIII, une taxe excessive sur les cuirs souleva les ouvriers cordonniers de Bayeux, et les jeta dans la révolte connue sous le nom de rébellion des Nxi-yieds. La ville fut pillée par les trou-
CALVADOS
pes royales, commandées par Gassion; el ceux des linl)itaiits ([ui avaient pris part au mouvement furent condamnés à la roue, à la potence, aux galères.
Les protestants, pendant le règne de Louis XIV, y furent inhumainement persécutés, même avant la révocation de l'édit de Nantes, ([ui consomma leur ruine.
Lorsque Louis XV eut, en 1771, supprimé le parlement de Rouen, Dayeux devint le siège d'une Justice royale. La Révolution y sévit avec cruauté : la cathédrale devint le Temple de la Raison, et dix (le ses plus anciennes églises furent dévastées ou délruiles.
Depuis cette époque, Bayeux n'a plus joué aucun rôle dans notre histoire. Des recherches archéologiques sur cette antique cité ont occupé le^ savants ; des fouilles ont été pratiquées au xvn" siècle et pendant la Révolution. Un rapport, adressé en l'an II à la Convention par les commissaires préposés à la recherche des objets d'art dans le district de Dayeux, atteste qu'à cette époque on s'occupait de retrouver les vestiges de l'ancienne cité, enfouis sous la poussière de tant de siècles. Sous le consulat, la fameuse tapisserie de la reine .Malhilde fut, sur l'invitation du gouvernement, envoyée à Paris, où elle fut exposée pendant quelque jours au musée du Louvre, puis reportée à Dayeux. Elle est aujourd'hui conservée dans la bibliothèque de la ville.
Bayeux fabrique des dentelles estimées , de la porcelaine. Elle a cinq foires, et commerce en chevaux, bestiaux, volaille, beurre renommé et fleurs.
La cathédrale, monument historique, est remarquable surtout par la beauté du chœur,où l'on trouve de curieuses sculptures en bois. Elle est composée de constructions élevées à des époques différentes, ce qui nuit à l'effet de l'ensemble ; mais elle présente d'admirables détails, qui en font un des monuments gothiques les plus remarquables de la Normandie. L'hôtel de ville occupe les bâtiments de l'ancien évèché, el le palais de justice remplace l'ancienne chapelle épiscopale. La bibliothèque, bâtiment moderne, compte 16,000 volumes; on y conserve, comme nous l'avons dit, la fameuse tapisserie de la reine Mathilde qui n'a pas moins de 70"', 30 de longueur sur 0"',.oO de hauteur. Le collège, l'hôpital général et le séminaire datent du xvn° siècle. Plusieurs maisons anciennes se font remarquer par la beauté de leurs sculptures sur bois.
Dayeux est la patrie d'un des poètes les plus cé-
lèbres du moyen âge : Alain (]liartier y naquit en L388. Poète patrioti(iue, il eut des imprécations éloquentes contre les chevaliers qui avaient fui à Azincourt, et livré par leur lâcheté la France au joug de l'étranger; il a, pour la misère du peuple, des paroles dont l'accent semble d'un autre siècle . « Le labeur de mes mains, fait-il dire au peuple, nourrit les lâches el les oiseux ; et ils me persécutent de faim et de glaive ! Je soutiens leur vie à la sueur et travail de mon corps, et ils guerroient la mienne par leurs outrages, dont je suis en mendicité! Ils vivent de moi et je meurs par eux ! « Mais aujourd'hui .Main Chartieresl moins connu par ses ouvrages, remarquables pourtant, que par l'anecdote suivante, racontée par Etienne Pasquier : « La dauphine Marguerite d'Ecosse passant avec une grande suite de dames et de seigneurs dans une salle où .Uain Chartier estoit endormi, l'alla baiser en la bouche : chose dont s'estant quelquesuns émerveillés, parce que, pour dire vrai. Nature avoit enchâssé en lui un bel esprit dans un corps de mauvaise grâce, celte dame leur dit qu'ils ne se dévoient étonner de ce mystère, d'autant qu'elle n'enlendoit avoir baisé l'homme, mais la bouche de laquelle esloient issus tant de mots dorés. .^)
A 4 kilomètres au nord-est de Dayeux, au village de Sommervieu est le grand séminaire (section de philosophie) du diocèse. Il est de construction moderne et occupe une des dépendances de l'ancien château de plaisance des évoques de Baveux ; sa chapelle, qui rappelle le style du xni<= siècle, est ornée de beaux vitraux.
Les armes de Bayeux sont : de gueules, au léopard passant d'or accoinpaffm en chef des lettres cxpUales h et \ de même. On les rencontre encore: de gueules, à V aigle éployèd'or couronné et membre de même.
AnRo.M.\N'CHEs, canton et à 2 kilomètres de Ryes, à 10 kilomètres au nord-est de Bayeux, est la station balnéaire de celte ville. C'est une petite commune de 344 habitants qui prend, d'année en année, plus d'importance. Sa plage s'étend entre le village et les rochers du Calvados ; le port a été amélioré, el presque tous les habitants sont pêcheurs ou se livrent aux industries maritimes. On pèche sur sa plage des crevettes, des salicoques, des chevrettes, des crabes et des équilles, sorte de petit poisson allongé qui sert d'appât pour la pèche du maquereau.
C'est en vue de ce village que vint se perdre, en 1558, le iSan-Salvador, vaisseau amiral de \' Invincible Armada que Philippe II, roi d'Espagne et des Indes, envoyait à la conquête de l'Angleterre.
L'établissement des bains demerd'Arromanches est très fréquenté pendant la belle saison.
IsiGNv. — Isigny , slation de la ligne du chemin de fer de Paris à Cherbourg, est une petite ville de 2,7.50 habitants, à 32 kilomètres à l'est de Baveux, au fond d'un golfe, où viennent aboutir la Vire et l'Aure ; son port reçoit des bâtiments de 1 80 à 200 tonneaux. Rien n'autorise à assigner à celte ville une origine ancienne; son importance est toute commerciale; c'est l'entrepôt du beurre de tout le pays, et son cidre est fort renommé. A la fin du xvui° siècle, l'évoque de Bayeux est mentionné comme étant encore le seigneur de la plus grande partie d'Isigny, prélevant un droit onéreux sur le commerce du sel, qui y était considérable. A moilié chemin environ d'Isigny à Bayeux se trouve le village de FoRMiGNY, célèbre par la bataille que le connétable de Rlchemond y gagna, en 1450, sur les Anglais, et qui assura la délivrance de la Normandie.
Port-en-Dessin. — Port-en-Bessin, canton de P.ycs, est un village maritime de 1,020 habitants, à 9 kilomètres au nord de Bayeux, situé presque en face des rochers du Calvados, à l'embouchure de la Dromme et dans une anfractuosité des hautes falaises rocheuses de cette côte. Un évèque de Bayeux, au xv° siècle, y fit creuser un bassin protégé par des parapets et fermé par un pont à vannes dont on retrouve encore des vestiges. Des travaux récents ont considérablement amélioré ce port et lui ont donné plus d'importance. C'est à Port-en- Bessin que, au moment de la conquête de l'Angleterre, l'évêque de Bayeux Eudes fit construire les quarante navires qu'il joignit à la flotte de son frère naturel Guillaume 1°'', duc de Normandie.
Port-en-Bessin possède un petit établissement de bains de mer.
Fal.use (lat. 48° 53' 55"; long. 2° 32'9"0.). — Falaise {Faleria), mis en communication avec Caen et Le Mans par un embranchement de chemin de fer de 9 kilomètres qui se soude à la ligne principale, ù Coulibœuf, est une ancienne ville, importante au moyen âge; elle compte aujourd'hui 8,368 habitants. C'est un chef-lieu d'arrondissement situé
près des bords du ruisseau de l'Ante, sur un sol 1res inégal, à 33 kilomètres au sud-est de Caen.
Vers la fin du x'' siècle, nous voyons les Normands fortifier cette ville, qui avait dès lors une certaine importance. Ce fut au château de Falaise que, dans le siècle suivant, naquit le héros normand, Guillaume le Conquérant. Son père, Robert le Magnifique, plus connu sous le nom de Robert le Diable, rencontra un jour une jeune fille de Falaise, nommée Arlète, qui lavait du linge à un ruisseau. Frappé de sa beauté, le duc voulut en faire sa maîtresse ; il envoya faire des propositions au père de la jeune fille, pelletier à Falaise. Le père eût refusé, dit la chronique de Benoît de Sainte-More,
Ne fût im sien fi'ère, un saint liomme. Qu'il eût, de grande religion.
Ce pieux ermite déclara au père d'Arlète qu'il fallait en tout obéir à son souverain. La jeune (ille devint donc la maîtresse de Robert: de celte union naquit Guillaume, qui, loin de rougir de sa naissance, porla toujours le nom de Guillaume le Bâtard. Arlète épousa depuis un seigneur normand, dont elle eut fils. Guillaume donna à l'un l'évêché de Bayeux, à l'autre le comté de Mortain. Il aima toujours beaucoup la ville où il était né, l'agragdit, la dota de divers privilèges. Des hôpitaux, des fondations pieuses accrurent l'importance de Falaise. Il réunit à la foire de Guibray, qui se tenait dans un de ses faubourgs, celle de Montmartin, en agrandit l'enceinte, en réédifia et fortifia le château. Les ducs de Normandie y séjournèrent souvent, et Henri I"'' mit dans le château de la ville son riche trésor. Ce fut dans ce château que Jean sans Terre enferma son jeune neveu, Arthur de Bretagne, avant de le faire transporter au château de Rouen, où il le fit périr. Érigée sous ce prince en commune, Falaise se soumit, après huit jours de siège, à Philippe-Auguste, qui confirma ses privilèges. Il promit aux usuriers de la ville de les garantir contre toute poursuite, tant que l'intérêt demandé par eux ne serait pas égal au capital, c'est-à-dire qu'ils ne prêteraient pas à 100 pour 100 : au-dessous de ce chifl're, l'usure leur était permise, à quelque taux que ce fût. C'était pousser un peu loin les franchises commerciales. Assiégée en 1417 par Henri V, roi d'Angleterre, défendue intrépidement par le maréchal de La Fayette, la viile résista longtemps aux Anglais: n'étant pas
CALVADOS
secourue, elle fui obligée de se rendre. Le vainqueur la traita bien , nomma pour commander celte place importante le fameux Talbot, et fit faire dans la ville divers travaux : ce fut ce prince qui fit élever la haute tour du château. Elle fut plus tard, en iirîù, obligée de se rendre au roi de France, Charles VII. Elle reçut pour gouverneur le brave Xaintrailles; c'était donner un digne successeur à Talbot. L'histoire fait à peine menlion de Falaise depuis cette époque jusqu'aux guerres de religion. Prise et reprise à cette époque par les deux partis, la ville vit ses églises dévastées par les protestants. Plus tard, elle prit parti pour la Ligue et repoussa bravement l'armée royale commandée par le duc de Monlpensier; elle fut assiégée en lo90 par Henri IV. Les habilants, commandés par le comte de Brissac, se défendirent bravement; la ville prise et pillée, la garnison se réfugia dans le château. Elle fut bienlùt conlrainte.de capituler, et le vainqueur souilla sa victoire en faisant pendre France illustrée. 211.
sept des défenseurs de la ville, en mémoire des sept jours de siège pendant lesquels la ville lui avait si bravement résisté. Henri fit, en outre, démanteler les fortifications. Depuis cette époque, l'existence de Falaise, douce et paisible, ne fournit plus d'événements à l'histoire.
Falaise est située sur une éminonce au pied de laquelle coule la petite rivière d'Ante ; elle doit son nom aux accidents naturels du sol sur lesquels elle s'élève et se divise en trois quartiers • la vieille cité, bâtie sur une roche schisteuse, les faubourgs et Guibray. De ses anciennes fortifications, il reste les deux tours qui flanquaient la porte Lecourtro à l'est; la tour de la porte des Cordeliers, la porte ruinée de Philippe-Jean, et, vers le sud, une partie de murailles servant de terrasses aux maisons voisines. Mais ce qui mérite l'attention des étrangers, ce sont les ruines majestueuses de son château ; elles occupent le sommet d'une éminence escarpée et sont elles-mêmes dominées 53. — CALVADOS, 3= Liv.
par un beau donjon; il a été habilement restaure. On y montre encore, dans l'épaisseur des murs, l'étroite chambre où, selon la tradition, naquit Guillaume le Conquérant, et le cachot où fut enferme l'inforluné Arthur par les ordres de Jean sans Terre, son oncle. Au pied du château, dont une partie est occupée par les bâtiments du collège et sur la place de la Trinité, s'élève la statue de Guillaume le Conquérant. L'église de la Trinité offre des parties qui se rattachent au xni° et au xvi« siècle; elle possède de belles pierres tombales. Celle de Saint-Gervais est plus ancienne ; on y voit de beaux vitraux. L'hôtel de ville et l'hôpital général datent du siècle dernier ; les halles sont très belles ,et la ville se glorifie de plusieurs fontaines monumentales.
Falaise est restée une ville commerçante ; elle fabrique de la bonneterie et possède des teintureries, des pelleteries, des tanneries et des filatures de coton.
Le faulourg de Guibray, si célèbre par la foire qui s'y tient du 10 au 2o août, est assis sur un plateau qui domine la ville au sud et forme, sur la route de Caen, comme une ville à part. C'est un des principaux marchés aux chevaux de l'Europe; pendant la durée de la foire, il s'en vend près d'un millier. Guibray possède aussi un hippodrome où ont lieu des courses tous les ans.
Falaise est la patrie de Guillaume le Conquéranl, du médecin de Henri IV, Roche Le Bailly, des frères Lefôvre de La Bordarie , qui s'illustrèrent dans les sciences et dans les armes, et du poète satirique Jean Vauquelin de La Frcsnaye.
Les armes de cette ville sont : de gueules, axi, cMtemi accomimgné de deux toïirs crénelées et d'une plus grosse sur le milieu. On les rencontre encore : d'argent, à trois tours de gueules, 2 et 4, au chef de gueules cliargé de trois fleurs de lis d'argent.
Signalons aux environs les châteaux de La Fresnaye, de Mesnil-Riant, d'Aubigny, de la Tour et de Longpré.
Gouvix. — Gouvix, à 2 kilomètres de Bretteville, son chef-lieu de canton, et à 18 kilomètres au nordouest de Falaise, est une petite commune de 373 habitants, qui n'a d'autre importance que celle de posséder sur son territoire le ctiâteau d'Otitrelaize, dont le parc, traversé par la Laize, est réputé comme le plus beau de toute la Normandie.
LisiEDX (lat. 49° 8' m"; long. 2" 6' 36" 0.) — Lisieux {Novio7nagus , civitas Lexoviorum), station de la ligne de Paris à Cherbourg (191 kilomètres de Paris), avec embranchements sur Trouville, Ilonfleur et Orbec, est une ancienne et jolie ville, aujourd'hui chef-lieu d'arrondis.sement, située sur la Touque, à 55 kilomètres à l'est de Caen, et dont la population est de 18,396 habitants.
Jules César parle, dans ses Commentaires, de la capitale des Lexoviens, aujourd'hui Lisieux. Cette cité tenait un rang distingué parmi les villes de la Gaule. Soumis une première fois par un des lieutenants de César, les Lexoviens, joints aux Éburovices (habitants d'Évreux), se révoltent, égorgent leur sénat qui refusait de donner le signal de l'insurrection ; mais ils ne tardèrent pas à être réduits par Titurius Sabinus. Ils prirent également part au dernier soulèvement des Gaules contre César et envoyèrent trois mille soldats à Vercingétorix. Vaincus encore une fois, nous les voyons figurer plus tard dans la liste des cités gauloises qui concourent à l'érection d'un autel en l'honneur d'Octave Auguste, dans la ville de Lyon. Après avoir vécu tranquille sous les Césars, Lisieux fut détruite et rebâtie au iv siècle par les pirates saxons. Conquise au christianisme vers le commencement du vi° siècle, elle devint sous les Francs le siège d'un évêché. Plus tard, elle est pillée par les Normands et passe sous leur domination avec le reste du pays. Entraînée dans les querelles qui agitèrent la province sous les ducs de Normandie, elle refusa de se soumettre à Geoffroy Plantagenet. Néanmoins, comme elle était alors démantelée, l'évèque Herbert ayant employé les pierres de ses fortifications à la construction de la cathédrale, ses défenseurs, désespérant d'y pouvoir soutenir le choc de l'ennemi, la livrèrent aux flammes. La guerre dura encore jusqu'en 1141, et telle fut l'horreur de la famine enfantée par cette longue lutte, qu'on vendit publiquement de la chair humaine dans le Lieuvin: on y pendit un homme qui se livrait à cet affreux trafic. En 1141, Jean, évèque de Lisieux, la releva et l'entoura de fortifications, puis en remit les clefs à Geoffroy. Malgré tous les désastres causés par ces guerres civiles, le clergé de Lisieux, auquel appartenait la ville, cultiva les lettres pendant cette période, et produisit quelques historiens distingués, entre autres Frcculfe, auteur d'une histoire universelle, et le moine Orderic Vital, qui écrivit, dans l'abbaye de Saint-Évroul, voisine de
CALVADOS
Lisieux, l'histoire ecclésiastique de Normandie. Au xv° siècle, un évoque de Lisieux écrivit, sous le nom d'Amelgard, le récit des événements arrivés de son temps. Malheureusement, au même siècle, nous trouvons dans la liste dos évèques qui gouvernèrent ce diocèse le nom de Pierre Cauchon, qui joua un rôle si odieux dans le procès de la Pucelleet servit avec tant de bassesse les haines des Anglais contre celle qui avait délivré son pays du joug de l'étranger.
Lisieux suivit les destinées diverses des autres villes de la Normandie, et, depuis l'expulsion des Anglais, jouit du repos jusqu'aux guerres de religion. En 1S47, plusieurs hérétiques y furent brûlés vifs. En lo62, les huguenots s'emparent de la ville et pillent la cathédrale ; mais un certain nombre des pillards furent pris et menés par charretées à Louviers, oii, ils ne devaient pas longtemps languir. En effet, le parlement de Rouen en condamna un grand nombre au supplice de la potence et même de la roue. La plupart de ces malheureux appartenaient aux classes pauvres ; les gentilshommes, qui les avaient mis en mouvement, échappèrent aux exécutions.
Cependant le calme se rétablit un peu à Lisieux, grâce au zèle intelhgent de l'administration municipale, qui réussit à empêcher que la Saint-Barlhélemy ensanglantât cette ville, comme tant d'autres cités de la France. On a voulu faire honneur de cette modération à l'évêque, Jean Le Hennuyer : M. Dubois, dans son Histoire de Lisieux, prouve, au contraire, que cet évèque, qui s'était toujours montre précédemment pour les mesures violentes à l'égard des réformés, et s'était notamment opposé à l'édit de janvier 1562 qui suspendait les rigueurs exercées contre les protestants, se trouvait, à l'époque de la Saint-Barthélémy, absent de Lisieux, et qu'il fut complètement étranger au salut des prolestants, dont tout l'honneur doit revenir au capitaine Fumichon et aux conseillers municipaux, ainsi qu'il résulte des procès-verbaux de leurs opérations, conservés à la mairie de Lisieux.
A partir de cette époque, Lisieux ne présente plus aucun intérêt historique. Au commencement de la Révolution, un huissier, nommé Girard, connu pour ses opinions contre-révolutionnaires, y fut massacré par le peuple : c'est, du reste, le seul acte sanglant qui ait souillé Lisieux à cette époque. La ville sembla prendre parti pour les girondins réunis à Caen; mais la défaite des fédéralistes à
Vernon entraîna la soumission de tout le département. Un comité révolutionnaire y fut institué; mais aucun suspect ne fut envoyé au tribunal. Cette modération est d'autant plus louable que Lisieux avait accueilli assez mal l'armée de Brune, le général de la Convention.
Après le 9 thermidor, l'arrondi-ssonient de Lisieux fut parcouru pendant quelque temps par des bandes de chouans, qui y commirent plusieurs assassinats. Depuis celte époque, Lisieux a joui d'un calme parfait et n'a guère donné d'autre signe d'existence politique que la nomination, quatorze fois répétée, de iM. Guizot comme député de l'arrondissement.
La ville, qui, en général, se compose de maisons vieilles et hautes, de rues étroites et tortueuses, est placée dans une belle et fertile vallée sur la Touques et l'Orbiquet. Les seuls mouumenis qui appellent l'attention du voyageur sont la cathédrale, bel édifice gothique du xu° siècle, dédiée à saint Pierre, et l'ancien palais épiscopal entouré de beaux jardins , dans lequel sont installés les tribunaux, la prison, le musée et la bibliothèque. L'hôtel de ville, qui date du siècle dernier, est eu brique et pierre. Lisieux possède encore quelques restes de ses anciennes fortifications et quelques maisons de bois du xv= et du xvi" siècle. Celte ville fait un grand commerce de bestiaux. Elle possède des filatures, des tanneries, plusieurs fabriques de toiles cretonnes, de draps, de frocs, de flanelles et de couvertures, et fait un grand commerce de draps, de toiles, de grains, de laitages et de cidre.
C'est la patrie de Marescot, habile médecin qui vivait au temps de Henri IV, et de Marin , l'inventeur du fusil à vent.
Les armes de Lisieux sont : d'argent, à deux clefs de sable posées en sautoir, cantonnées de quatre étoiles d'or; au chef de gueules chargé de trois fleurs de lis d'or. On les trouve encore .• d'azur,-à une crosse contoicr née, posée en pal, accostée de deux fleurs de lis de même, -mais ces armes ne sont, à vrai dire, que celles de ses évèques.
Ou remarque dans les environs de Lisieux plusieurs anciens châteaux, ceux de Beuvilliers, de Fumichon, de Mesnil-Guillaume et de Fervacques; ce dernier a été bâti par le maréchal de Fervacques, qui se signala vers la fin du xvi'= siècle, pendant les guerres de religion.
Liv.\uoT. — Livarot, sur la Vire, à 18 kilomètres
au sud de Lisieux, est un chef-lieu de canton peuplé de 1,762 habilanls, qui doit sa réputation à son excellent beurre et à ses fromages.
Les rues de Livarot sont propres et alignées ; au centre s'élèvent une belle fontaine et les halles, autour desquelles on remarque encore quelques anciennes maisons en bois. Livarot avait autrefois un château fort qui appartint à Charles le Mauvais, roi de Navarre; on en voit quelques vestiges au-dessous du bourg.
Mézidon. ■ — Mézidon, chef-lieu de canton, situé sur la rive gauche de la Dives, à 24 kilomètres à l'est de Lisieux et à 29 kilomètres à l'ouest de Cacn, compte 1,133 habitants. On y voit une grande filature, et on y fabrique des toiles cretonnes; mais ce qui-lui donne une certaine importance, c'est sa situation sur la ligne de Paris à Cherbourg, à la jonction de celle du Mans à Caen, et sur l'embranchement de Cabourg-Dives; la station n'est cependant pas à Mézidon même, mais à un kilomètre de là, au lieu dit Le Breuil, où l'on voit une église et un château remarquables ; ce dernier est moderne.
Orbec. — Orbec, station terminale de la petite ligne du chemin de fer de Lisieux à Orbec, est une jolie petite ville de 3,013 habitants, aujourd'hui cheflieu de canton, et située à 22 kilomètres au sud-est de Lisieux, sur la petite rivière de l'Orbiquet, sur la limite sud-est du département et de celui de l'Eure. C'est une ville industrielle qui possède : fabriques de draps et de frocs, filatures de laine, tanneries, blanchisseries, teintureries et une belle papeterie. Son église, qui possède de beaux vitraux, date du xiv° siècle. Ancien siège d'un bailliage, elle a été habitée par la bourgeoisie normande et la petite noblesse de robe ; on y voit encore plusieurs hôtels du xvi° et du xvii^ siècle. L'hôtel-Dieu, surmonté d'un beffroi , a une beile façade ogivale en brique et pierre d'un assez bel effet. Orbec était autrefois défendu par un château fort à double enceinte dont on voit les ruines sur la colline qui domine la ville à l'est.
Les armes d'Ûrbec sont : d'azur, à trois annelets d'or, 2 et 4, avec une fleur de Us d'or 'posée en cœur.
Pont-l'Évêque (lat. 49° 17' 14"; long. 2» 9' 9" 0). — Pont-l'Évèque {Ejnscojn Pons), station «de
l'embranchement du chemin de fer de Lisieux à Ilonfleur avec bifurcation surTrouville-Deauville, est une petite ville de 2,843 habitants, à 44 kilomètres à l'est de Caen, au milieu de riches prairies qui nourrissent un grand nombre de bestiaux. Située au confluent de la Touques , de la Galonné et d'un gros ruisseau, elle n'a quelque importance que par sa sous-préfecture, son commerce de fromages renommés et sa fabrication de dentelles. Elle a joué jadis un certain rôle pendant la période normande. C'est là, selon quelques historiens, que Guillaume le Conquérant rassembla les états où fut résolue son expédition contre l'Angleterre. La ville tire son nom d'un pont qu'un évêque de Lisieux y fît bâtir sur la Touques. Elle possède une église qui date de la Renaissance et où se trouvent I des vitraux estimés. Nous mentionnerons encore : 1 la sous-préfecture, la prison départementale et un ! hôtel du xvu° siècle qui a appartenu à M"" de Mont- I pensier. Elle a donné le jour à l'amiral Ilamelin et au jurisconsulte Thouret. Président de l'Assemblée constituante, ce dernier eut la plus grande part à la division de la France par départements. Nommé plus tard président de la cour de cassation, il se montra toujours royaliste constitutionnel, et mourut surl'échafaud révolutionnaire dans les derniers mois de la Terreur. On a de lui quelques ouvrages historiques estimés.
L'illustre mathématicien Laplace est né près de Pont-l'Évèque, à Beaumont. Après s'être fait remarquer de bonne heure par de savants mémoires qui lui valurent l'estime et l'appui de d'Alembert, ilfutchargé de diverses fonctions importantes; et, lors de la fondation de l'École normale, la Convention lui confia, ainsi qu'àLagrange, l'enseignement des mathématiques dans cette école. La Mécanique céleste, et d'autres travaux célèbres, le placèrent au premier rang parmi les hommes dont s'honore la France. Il mourut en 1827.
Les armes de Pont-l'Évêque sont : de pourpre, à deux bœufs d'or, l'un sur l'autre, au chef cousu d'or, à trois flexirs de lis d'or.
IIoNFLEUR. — Honfleur (lionne Flotum, Honflorium), station terminale de la ligne du chemin de fer de Lisieux à Honfleur , à 233 kilomètres de Paris et à 23 de Pont-l'Évêque (16 kilomètres seulement en ligne droite), est une jolie ville maritime de 9,271 habitants, agréablement située sur la rivière de la Claire, et sur la rive gau-
CALVADOS
che de la Seine, à son embouchure, en l'ace du Havre. Celte ville, qui s'élève en amphithéâtre, est protégée des vents du large par un promontoire que couronne la célèbre chapelle de Notre-Dame de la Garde. Ce n'était encore qu'un humble village au temps de Guillaume le Conquérant, qui y séjourna quelque temps avant sa mort; mais un siècle plus tard elle avait acquis une certaine importance. Elle fut fortifiée vers le xv siècle, et l'on voit encore à l'entrée du vieux port une des portes de la ville flanquée de deux tours rondes. En 1246, Edouard 111, roi d'Angleterre, s'empara de cette ville et la mit au pillage. Ce fut dans son port qu'il s'embarqua, en 1360, après avoir signé le traité de Brétigny, pour retourner en Angleterre. Sous Charles VI, en 1387, les Anglais, réunis aux Allemands et aux Flamands, s'élant présentés avec une flotte nombreuse devant llonflcur, les habitants de cette ville, réunis aux Dieppois, les abordèrent avec courage, et, quoique inférieurs en nombre, ils repoussèrent l'ennemi, et firent prisonnier l'amiral Spencer. Cependant, en 1418, les Anglais reprirent la ville après un siège de trentesix jours, et elle resta en leur pouvoir jusqu'en 1449, date à laquelle elle leur fut enlevée par le comte di Dunois. Les années de paix qui suivirent jusqu'aux guerres de religion furent des années de grande prospérité pour Honfleur dont l'importance maritime s'accrut considérablement. Émule de Dieppe et de Rouen, elle envoyait ses navires jusqu'au golfe de Guinée et jusque dans les Indes occidentales. On n'a pas oublié l'expédition du navire l'Fspoir, commandé par le capitaine de Gonneville qui, en 1303, essaya de doubler le cap des Tempêtes, et celle du capitaine Denis qui, après avoir débarqué une première fois au Brésil, en un lieu qu'il appela le Port-des-Français , vint ensuite à Terre-Neuve dont il prit possession au nom de la France. Vers la fin du xvi" siècle, cette ville se vit alternativement la victime de tous les partis ; Henri IV y entra en IS'JO à la suite d'un siège très meurtrier; quelque temps après, le capitaine de Goyon, qui tenait pour la Ligue, reprit la place au nom de la Ligue et la conserva jusqu'à l'abjuration de Henri IV. Plus tard, les marins de Honfleur contribuèrent à la fondation de Québec ; ils fondèrent des comptoirs à Java et à Sumatra. Cependant la fondation du Havre -de-Grâce porta préjudice à Honfleur; Louis XIV, pour indemniser la ville, y créa, sur l'avis de Duquesne, un bassin à flot et y
fit construire de vastes magasins ; mais la guerre d'Amérique, la ruine de nos colonies par les Anglais, la grande extension que prit Le Havre portèrent un dernier coup à Honfleur, qui fut réduit à ne plus être qu'un port de cabotage. Depuis il s'est relevé; on a construit un troisième bassin à flot; on a réparé les jetées et on vient d'y ajouter un quatrième bassin de retenue destiné à chasser à marée basse la vase amoncelée dans le port. Le mouvement de ce port est d'environ 3,500 navires, entrées et sorties, jaugeant près de 400,000 tonneaux.
La ville, dont les fortifications ont été démolies en 1664, n'offre d'autres monuments que les églises Sainte-Catherine qui est en bois, et Saint-Léonard, qui datent du xvi° et du xvn° siècle, avec quelques anciennes maisons du xvi° siècle. Nous ne dirons rien de son établissement de bains de mer, qui consiste en quelques cabanes abritées au pied de la côte de Grâce; les sables mouvants de la Seine nuisent à la limpidité de l'eau et le fond en est souvent vaseux. Honfleur est le centre d'un commerce considérable d'exportation d'œufs, de volailles, de fruits pour l'Angleterre ; on y importe des bois du nord , du vin, du cidre, des graines, des métaux, des pierres et du marbre. Elle possède de beaux chantiers de construction, des scieries mécaniques, des fabriques de biscuit pour la marine, des corderies, des voileries, des raffineries de sucre, des brasseries, des fonderies, et son commerce embrasse tout ce qui intéresse la pèche et la marine.
Honfleur est la patrie de Biuot Paulmier, sieur de Gonneville, ainsi que des amiraux Doublet, lAIoitard et llamelin.
Les armes de cette ville sont : dcffueules, à une tour crénelée d'argent, surmontée d'un tourillon de même, et accostée de deux fleurs de lis d'or, au chef d'azur, chargé de trois étoiles d'or.
ViLLERviLLE. — Entre le cap de Notre-Dame-de- Grâce à l'est, et l'embouchure de l'Orne à l'ouest, s'étagent sur la côte les principales stations balnéaires du Calvados. La première que l'on rencontre est VillerviUe, commune de 983 habitants, située dans le canton de Trouville, à 18 kilomètres au nord de Pont-l'Évôque, sur le sommet d'une falaise à pic. VillerviUe est un pays de pécheurs dont la plage n'est fréquentée que depuis quelques années. On y descend du village par un chemin praticable aux charrettes; ca n'est qu'après avoir franchi une ceinture de galets que l'on rencontre le sable fin;
on ne peut s'y baigner qu'au moment de la pleine mer.
Trouvili.d:. — Trouville-sur-Mer, la reine des stations balnéaires de la côte, station terminale de l'embranchement de Lisieux à Trouville, à 220 kilomètres de Paris et à 12 kilomètres au nord de Pont-l'Évêque, chef-lieu de canton de 5,886 habitants , est un joli port situé au pied d'une colline verdoyante et à l'embouchure de la Touques. Ce n'était encore, en 1823, qu'un pauvre village de pécheurs , lorsqu'il fut mis à la mode par les peintres, les hommes de lettres et les touristes parisiens. En dehors d'un grand nombre de chalets et d'habitations de plaisance qui rivalisent de confort et de beauté, il ne possède d'autres monuments qu'un hôtel de ville et deux belles églises, Notre- Dame de Don Secours et Notre-Dame des Victoires. L'hôtel des Roches-Noires est une vaste construction en brique et pierre, bâti à l'extrémité orientale de la plage , en face des rochers qui lui donnent son nom; le Casino, composé de plusieurs constructions juxtaposées, doit à cette circonstance de n'offrir qu'un aspect assez peu satisfaisant. La plage est très étendue, doucement inclinée et accessible tant à la basse mer qu'à la haute.
Deauville. — Deauville, situé en face de Trouville, sur l'autre rive de la Touques (la rive gauche), est une commune de 1,S14 habitants, desservie par la ligne de Trouville et à 13 kilomètres de Pont-l'Évèque. Comme station balnéaire, elle est toute récente, puisqu'elle ne date que de I808-I860. C'est, à vrai dire, une création du duc de Morny; toutes les maisons du nouveau Deauville sont des palais et le Casino, précédé du côté de la ville d'un jardin anglais, est d'un aspect monumental ainsi que le Grand-Hôtel. Mais la plage est moins favorable pour les baigneurs que celle de Trouville et ., à marée basse, il faut aller loin pour trouver son bain. Par compensation, Deauville possède un hippodrome où chaque année ont lieu des courses brillantes.
ViLLERs-suR-MiîR. — Villcrs-sur Mcr est une commune de 1,124 habitants, située dans le canton de Dozulé, à 13 kilomètres au nord-ouest de Pontl'Évéque; elle est située au débouché d'un charmant vallon que dominent de hautes falaises. Ce n'était, avant 1838, qu'un humble village de pécheurs
oublié, dont les seuls souvenirs se bornaient à la prétention d'avoir été jadis une station romaine et d'avoir possédé un château fort dont il reste la motte qui le supportait, lorsqu'un architecte de Paris, Félix Pigeory, en fit, pour ainsi dire la découverte. Aujourd'hui, c'est une des plus charmantes stations balnéaires du Calvados. Elle possède des rues droites, bordées de trottoirs, ornées de belles maisons, de chalets, d'hôtels; une digue la protège contre. les coups de mer; elle a un casino et un grand hôtel, la plage est belle et plus commode que celle de Deauville, et les environs offrent de charmantes promenades. Le château de Villers, situé à 3 kilomètres de la mer, sur la hauteur, date du règne de Louis XIII. Il a appartenu au marquis de Brunoy , qui se singularisa par ses excentricités.
HoL'LGATE. — Houlgate, dont le nom est saxon, est une dépendance de Beuzeval ; c'est un hameau situé dans un vallon arrosé par le Druchon. Sa vogue est récente et date de 1859. 11 offre aujourd'hui une agglomération de chalets et de belles maisons de plaisance, avec un casino et un établissement de bains ; la plage est charmante et des plus agréables ; elle est séparée de celle de Villers (6 kilora.) par les falaises des Vaches-Noires et le Désert. La clientèle balnéaire de Houlgate n'est pas aussi bruyante, aussi tapageuse, aussi mondaine que celle de Trouville et de Deauville ; elle est plus aristocratique; on y mène la vie de château. Houlgate est le faubourg Saint-Germain des stations balnéaires du Calvados.
Beuzev.-vi,. — Beuzeval est à 20 kilomètres au nord-ouest de Pont-l'Évêque, à l'embouchure du Druchon, et à moins de 1 kilomètre de Houlgate, qui en dépend au point de vue administratif. Sa population est de 608 habitants. Le nouveau Beuzeval, qui est au pied de l'ancien, sur la plage môme, est fréquenté par la bourgeoisie qui y vit en famille; il reçoit pendant la belle saison une colonie protesante assez nombreuse, et il y a une maison évangélique hospitalière ouverte aux familles protestantes qui ne peuvent aborder la dépense des grands hôtels. Beuzeval n'a pas de casino; une tente sert de cabinet de lecture et près d'elle s'alignent sur la route de Dives les blanches cabines des baigneurs. Sur la hauteur et à mi-côte s'élève la belle propriété du Manoir, habitation du xvii" siècle.
CALVADOS
DivEs. — Dives, commune du canton de Dozulé, est située à l'embouchure de la Dives, à 23 kilomètres de Pont-l'Évèque; un tronçon de chemin de fer de 29 kilomètres l'unit par Mézidon à la grande ligne de Paris à Caen; sa population est de 871 habitants. Dans l'église, qui date du xiv» et du xv siècle, on lit sur une table de marbre les noms des principaux barons qui accompagnèrent Guillaume le Conquérajit à la conquête de l'Angleterre. C'est , en effet , du port de Dives , où elle s'était rassemblée, que partit la flotte du Conquérant : une colonne commémorattve , placée à micôte, rappelle ce grand événement. Sur la hauteur s'élève un beau château d'où la vue s'étend au loin.
Dives n'a ni casino ni bains de mer : la plage est envahie par les galets; mais cette petite commune, qui a un grand avenir, fait pendant l'été un commerce assez considérable; c'est le marché d'approvisionnement de Cabourg, de lloulgate et de Deuzeval.
C.vBoiRG. — Cabourg est une commune du canton de Troarn qui compte 694 habitants; elle est à 2'i kilomètres au nord-est de Caen , et à 1 kilomètre seulement de Dives dont elle est séparée par l'embouchure de la Dives. Cabourg était autrefois un pauvre village de pécheurs, dont le port s'est ensablé par les apports de la mer. Sur la plage ainsi foi'mée s'est élevé le nouveau Cabourg, l'une des stations les plus fréquentées aujourd'hui par la bourgeoisie, les touristes, les hommes de lettres et les auteurs dramatiques. Ce n'est ni la même fréquentation ni la môme manière de vivre qu'à Deauville, à lloulgate et à Beuzeval. La plage, qui n'a pas moins de 7 à 8 kilomètres d'étendue, offre un sable fin; elle est située au pied d'uns terrasse sur laquelle s'élèvent l'ancien et le nouveau casino, les grands hôtels; l'établissement des bains est très fréquenté.
VmE (lat. 48° bû' 21"; long. 3» 13' 39" 0). — Vire [Castrum Verœ, Viria), station de la ligne de Paris à Granville, chef-lieu d'arrondissement, à 59 kilomètres au sud-ouest de Caen, sur la rive droite de la Vire, doit, comme beaucoup d'autres, son existence à un château élevé sur un lieu inaccessible, et à l'abri duquel les paysans des environs vinrent établir leurs habitations. Henri I", roi d'Angleterre, fit agrandir cette forteresse. Elle s'é-
levait sur un promontoire escarpé qui n'était accessible que d'un coté, où une porte défendue par deux tours et un profond fossé la séparait du bourg. On entrait d'abord dans une première enceinte, où se trouvaient des bâtiments et des écuries; la seconde enceinte, également défendue du côté du bourg par une porte flanquée de deux fortes tours, était très vaste : elle était protégée par une haute muraille qui formait terrasse, et entre deux des tours qui la protégeaient était la chapelle Saint-Biaise. Enfin, à l'extrémité de celte enceinte et sur un rocher que la main de l'homme avait rendu inaccessible, sauf sur un seul point, s'élevait le donjon, vaste édifice quadrangulaire flanqué de contreforts et partagé à l'intérieur en quatre étages non voûtés. Il ne semble point pourtant que Vire ait joué un rôle important au milieu des guerres qui agitèrent le pays pendant la période normande. Elle ouvrit ses portes à Philippe-Auguste, qui lui octroya une charte et l'érigea en commune. Son importance était assez grande au wi" siècle ; le roi Edouard III insista pour que cette Ville fût comprise dans la rançon du roi Jean, son prisonnier. Il obtint celte concession du roi ; mais le dauphin refusa la ratification du traité. Bientôt elle fut dévastée, d'abord par les grandes compagnies, dont Du Guesclin devait délivrer la France, puis par les Anglais. Henri V s'en empara et en restaura et agrandit les fortifications. Piendue à la France, elle eut pour gouverneur le connétable de Richemond. Peu de villes ont été exposées à plus de désastres pendant les guerres de religion. Les protestants et les catholiques, Montgomery et Matignon, y exercèrent tour à tour d'effroyables cruautés. La misère y était devenue telle, sous Charles IX, que le roi exempta les habitants de l'arriéré des tailles qu'ils lui devaient. Pour la punir de son énergique résistance, Henri IV la fit piller par ses soldats, en 1390 ; et plus tard, en 1628, elle fut ravagée à la suite de la révolte des Nu-Piods. La paix y ramena le commerce et la prospérité. La fabrication des draps y acquit une grande extension, qu'elle a conservée jusqu'à nos jours. Ses environs sont charmants : elle est bâtie sur la Vire, petite rivière qui doit son nom aux sinuosités de son cours [virer, tourner). Ses fraîches vallées, les Vaux de Vire, ont donné leur nom aux chansons d'Olivier Basselin, foulon de Virô, gai compagnon, joyeux buveur, qui a créé chez nous le vaudeville, la chanson aimée de nos a'ieux. D'autres, nous de-
vons le dire, ont donné une ctymologie différente an mot vaudeiille; mais elle a trouvé peu de créance, surtout en basse Normandie. Olivier Dasselm ('(ait de plus un excellent patriote: il mourut en combattant les Anglais, qu'il haïssait, et comme Français et comme buveur, trouvant qu'ils aimaient trop le vin de France et le cidre de Normandie ; c'était une concurrence que Basselin ne leur pardonnait pas. Sauvez nos tonneaux, je vous prie, s'écric-t-il dans une de ses chansons composées pendant le siège de la ville. Nous ne pouvons nous empêcher de citer ces gais couplets de ce poète trop peu connu : ils sont adressés à son nez :
Beau nez dont les rubis ont (-oùlé mainle pipe
De vin blanc et clairet, El duquel la couleur richement parlicipc
Du rouge et violet ; Gros nez! qui te regarde à travers un grand verre,
Te juge encor plus beau :
Tu ne ressembles point au nez de quelque lière,
Qui ne boit que de l'eau.
Vire, qui a entante au xiv'^ siècle ce poète original, est encore la patrie des deux poètes Castel ef ChènedoUé ; de Jean Le Houx, continuateur et éditeur de Basselin; de Richard Séguin, le premier annaliste de Vire; de Charles-Anselme Séguin, son fils, qui a laissé un nombre considérable de travaux manuscrits sur Vire et son arrondissement ; de Jubourg d'Isigny, antiquaire et numismate ; de Turpin, membre de l'Académie des sciences; du géographe P. Lanon de La Renaudiôre, l'un des londateurs de la Société de géographie de Paris; de Desmarres, prédicateur fameux du xvu° siècle, célébré par Boileau, et du naturaliste Duhamel, qui ïut nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences lors de sa fondation, et popularisa, par des ouvrages restés classiques, les vérités nouvelles, que repoussaient encore la routine et le préjugé. Enfin, c'est dans les environs qu'est né le jésuite Michel Le Tellier, confesseur de Louis XIV.
Vire se divise en deux parties : la ville haute, comprenant le bourg et l'ancien château, et la ville basse, où sont les fabriques, le commerce de transit et l'industrie. Dans la \ille haute, on remarque la tour de l'horloge, ancienne porte de la première enceinle du château, l'église Notre-Dame; et, sur la place Nationale, une belle fontaine est surmontée du buste de ChènedoUé. De l'esplanade du château, l'on a une très belle vue sur la ville basse et sur les Vaux. Dans la ville basse, nous citerons l'hùlel-
Dieu, l'hôtel de ville, sur la place duquel s'élève la statue du poète Castel et l'église Sainte-Anne, récemment reconstruite dans le style romain. A l'extrémité du faubourg des Vaux, sur la rive droite de la Vire, est l'humble maison d'Olivier Basselin, appuyée aux bâtiments d'une petite fabrique: c'est le pèlerinage obligé de tous les étrangers dans ce pays.
Cette ville fabrique de gros draps ; elle possède de nombreuses filatures et des papeteries estimées ; elle fait un commerce important de grains, de vins et d'eau-de-vie, de draps, de toiles et de papiers. Sa population est de G, 713 habitants.
Les armes de Vire sont : de gueules, à deux tours crénelées d'argent séparées par une flèche d'or posée en pal, la pointe en has.
Une portion de l'arrondissement de Vire présente une particularité remarquable pour celte contrée ■ « Dans le canton de Saint-Séver, une partie notable de la population, composée de piqueurs de pierres, chaudronniers, marchands de vieux habits, etc., se disperse chaque année sur la surface de la France, où elle cherche, dans son industrie, une compensation contre l'aridilé du sol natal. La migration a lieu au commencement du printemps. A la fin de l'automne, les voyageurs reviennent payer, au poids du peu d'or qu'ils rapportent, quelque angle d'un terrain maigre et rocailleux; mais c'est avant tout le pays natal. Pendant la durée de la campagne, quelques communes, Champ-du-DouIt surtout, tombent véritablement en quenouille. » [Anîiualre du Calvados, 1802.)
Les environs de Vire sont admirablement situés. A Carville, dans la vallée de Souleuvre, saint Bernard, ou son frère Nivard, fonda une abbaye, transférée plus tard au Val-llicher. A Malloué, on voit les grottes préhistoriques de Saint-Ortaire, composées de deux chambres taillées dans le roc, et dans lesquelles saint Ortaire, le futur abbé du monastère de Landelles, séjourna au vi° siècle de notre ère. A Saint-Martiii-des-Besaces, le château de Montboscq, possédé, il y a quelques années encore, par le prince de Monaco; à Saint-Martindon, les derniers vestiges du prieuré fondé par les moines de Landelles. ■
CoNDÉ-suR-NoiRE.\u. — Celte ville, de 7,350 habitants, située au conduent du Noireau et de la Drouance, à 27 kilomètres à l'est de Vire, et station
CALVADOS
de la ligne de Caen à Laval , présente quelques vestiges d'un vieux château dont on a lait remonter la construction jusqu'à l'époque romaine, et qui existait encore au xviii" siècle. Saint Louis y séjourna en 12o6, et l'on montre, dans l'église de Saint-Martin, des vitraux que l'on doit, dit-on, à la reine Blanche. Elle fit l'apanage de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et fut prise par les Anglais, en 1418. Ce fut une des premières villes de la contrée qui, au xvi" siècle, accueillirent le protestantisme. Les réformés y tinrent souvent des assemblées. Cette ville doit aujourd'hui sa prospérité à ses nombreuses filatures; elle occupe plus de 5,000 ouvriers, soit dans la ville même, soit dans les environs. Elle a élevé, en 1844, une statue de bronze au contreamiral Dumont-d'Urville, qui y était né en 1790, et qui, après avoir fait trois fois le tour du monde, exploré
avec succès les mors australes et porté le drapeau de la France au plus près du pôle, vers le sud, périt avec toute sa famille dans l'affreuse catastrophe qui eut lieu au chemin de fer de Versailles, le 8 mai 1842. Outre les divers ouvrages où DumontdUrville a exposé les résultats de ses explorations maritimes, on lui doit d'avoir rapporté l'un des plus précieux monuments de l'art antique, la Vénus de Milo, découverte par un paysan grec, dans l'île de Milo, et achetée par un consul français, M. de Marcellus, pour le musée du Louvre.
La foire de la Saint-Gilles, qui se tient à Condé le l" septembre, sur un vaste emplacement qui domine la ville, est très importante; elle attire beaucoup de monde de tous les environs.
Les armes de Condé-sur-Noireau sont : d'azur, à nne fleur de lis d'argent.
FnANCE ILLLSTnÉE. 212.