‹ La France illustréeChapitre 286 sur 301 · L.-E. Ardre. 2 vol. in-l · texte numérisé non relu

L.-E. Ardre. 2 vol. in-l

1757. Histoire de Rochefort , par le P. Théodore. Blois, in-*",

2" édition.

1770. Recueil d'antiquités dans les Gaules, par La Sauvagcre. Tn-l".

A.nIX. Recherches topographiques, historiques, militaires et critiques sur les antiquités gauloises et romaines do la province de Saintonge, par Boui-ignon. In-4».

1820. Antiquités de la ville de Saintes et du département de la Cbarente-Infcricure, par Chaudruc de Crazannes. In-4''.

1828. Mémoires pour servir à l'histoire de Rochefort, par Thomas. In-8'.

1830. Histoire de La Rochelle, par Dupont. In-8°.

1830. Recherches topographiques et historiques sur la ville de do Saint-Jean-d'Angcly, par Guillotmet-Mcrville. In-8*.

1834. Précis historique et statistique sur le département de la Charente-Inférieure pour servir à l'intelligence de la nouvelle carte du département, dressée par A. Lacurie, imprimeur-lithographe. 1 vol. in-8« avec planches.

1838. Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de

l'Aunis, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, par Daniel .Massiou. 0 vol. in-8°.

1839. Statistique du département de la Charente, par A. Gautier.

ln-4».

1841. Guide du voyageur à Saintes et dans ses environs. In-12.

1842. Fastes historiques, archéologiques, etc., do la Charente-In-

férieure, par Lesson. In-S°.

1843. Histoire de l'Eglise santone et aunisienno , par l'abbé

Briand. 3 vol. in-S°.

1843. Plan de La Rochelle et de ses environs. ln-8° de 3 feuilles,

par Goy de VEtoile.

1843. Lettres historiques et archéologiques sur la Saintonge et

l'Aunis, par Lesson. In-S".

1843. Histoires des Églises réformées de Pons, Gemozac et Mor-

tagne, par Croltet. In-S°.

1815. Histoire de la ville et du port de Rochefort, par J. T. Viaud

et E.-J. Fteury. ! vol. in-8°.

1846. Atlas du département de la Charente-Inférieure , cartes de

cantons et de communes, par Lacroix. In-folio. I89I. Biographie saintongoaise et aunisienne, par Rainguet. In-4*'.

1853. Description physique et géologique de la Charente-Inférieure,

par Mânes. In-8°.

1854. Notice historique sur la ville de Marans, ^ax Etenaud. In-S». 1S57. Chroniques saintongeoises et aunisiennes, par d'Aussy,

In-S°.

1858. Lussac en Saintonge, pur de La Morinerie. In-8". 1860. Mémoire sur les salines de l'île d'Oleron, par P. Normand.

lQ-4°.

P. I.AnOLSsB et C'

1861. La noblesse de Saintonge et de d'Aunis aux états généraux de 1789, par M. de La Morinerie. ln-s«.

1861. Généalogie de la maison de Bremond d'.\rs. In-s°.

1862. Essai de statistique médicale pour Rochefort, en 1861, par

C. Maher. In-S" 1862. Notice historique sur la cathédrale de La Rochelle, par

Chollet. In-S».

1862. Notice sur Rivedoux, par Phelippot. In-4''.

1862. Notice sur la Tremblade, par A'Hoste. In 8°.

1863. Saintes au xvi" siècle, par MM. Dangibeaud et La .Morinerie.

In-8''.

1863. Monographie do Saintes, par l'abbé Lacurie. In-8°. 1863. La Rochelle protestante, par Callot. In-8°.

1865. Études historiques, littéraires et scientifiques sur l'arror.-

dissemcnt de Jonzac, par P.-D. liainguet. In-S".

1866. La Rochelle et ses environs, par de flichcmond. In-12. 1868. Guide de l'étranger à I.a Rochelle, par P. Godincau. In-18. 1868. Histoire do l'île de Ré, par le D' h'emmerer. s vol. in-8°. 1868. Bernard Palissy, par Louis Audiat. In-12.

1868. Assemblées électorales de la Charente-Inférieure, 1790-1790,

par Eschasscriaux. In-S".

1869. Les Kntrées épiscopales à Saintes, par Louis Audiat. In-S«. 1869. Géographie de la Charente-Inférieure, par Ad. Joanne. in 12

ou petit in-s".

1869. Rôles saintongeais, par M. Th. de Bremond. In-S**.

1870. Épigraphie santone et aunisienne, par Louis Audiat. In-S". ISTO. Etats provinciaux de Saintonge, par Louis Audiat. In-S". 1870. Histoire des Rochclois, par Délayant. 2 vol. in-S".

1870. Histoire de l'Église réformée do La Rochelle, par le pasteur

Deimas. In-12.

1871. Ephémérides historiques do La Rochelle, par Jourdan. 2 vol.

in-8''.

1871. Saint-Pierre de Saintes, par M. Audiat. In-8°.

1872. Les Pontons de Rochefort en 1793, par Louis Audiat. In-8". 1872. Saintes et ses monuments, par Louis Audiat.

1872. Histoire du département de la Charente-Inférieure, par

Délayant. In- 12.

1874. Royan, La Rochelle, Fouras. Itinéraire des baigneurs ou

Guide d'un étranger dans le département de la Charonie-

Infôrieure. 1 vol. in-12.

1874. Fénelon à La Tremblade, par Louis Audiat.

1875. Itinéraire général de France; do la Loire à la Garonne, par

Ad. Joanne. 1 vol. in-12.

1875. Les Entrées royales à Saintes, par Louis Audiat. In-8°.

1876. Un fils d'Estienne Pasquier, par Louis Audiat. In-8". 1876. Saint-Eutrope et son prieuré, par Louis Audiat. Ïn-S". 1876. Études et documents relatifs à la ville de Saintes, par Louis

Audiat. In-8".

1878. Fondations religieuses et civiles en Saintonge, par Louis

Audiat. In-8».

1879. Brouage et Champlain, pSLT Louis Audiat. In-8*'.

1879. Essai sur l'imprimerie en Saintonge et en Âunis, par Louis

Audial. In-8''.

1880. Armand Maichin, historien et jurisconsulte saintongeais,

par M. D. d'Aussy. In-8".

1874-1880. Archives historiques de la Saintonge et de TAunis. 8 vol. in-S", ne contenant que des pièces inédites relatives à l'histoire de la province, et Bulletin. 1 vol. in-8*. Feuilles : 140, 141, 151, 152, 153, 161, 162, 170, 171, 181 de la Grande Carte, dite de l'État-Major, publiée par le Dépôt de la Guerre.

Cartes de Dufour, Charle, Fremin, Dusillon, Logerot, Ad. Joanne, etc.

■ Jui.us ROUFF et C'=, Euitkuus

CHER

Chef-lieu : BOURGES

Superficie : 7,199 kil. carrés. — Popvilation : 345,613 heibitants. 3 Arrondissements. — 29 Cantons. — 291 Communes.

DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQnE

Situation, Umites. — Ce département, qui doit Sun nom à la principale rivière qui l'arrose, est situé dans le bassin de la Loire ; on le considère comme le département le plus central de la France. Son territoire a été formé, en 1700, du haut Berry et de quelques parties du Bourbonnais.

Toute sa frontière orientale est baignée par la Loire et r.\llier, qui le séparent du département de la Nièvre. Au nord, il est limité par le département du Loiret; au nord-ouest, par celui de Loir-et-Cher; à l'ouest, par celui de l'Indre; au sud, par celui de l'Allier.

Nature du sol.— Collines.— La surface de ce département est dépourvue de montagnes, car on ne peut donner ce nom à quelques collines d'une médiocre élévation que les monts d'Auvergne envoient mourir entre les principaux cours d'eau affluents du Cher ou de la Loire. Les plus remarquables de ces collines sont celles du Sancerrois, dont la plus haute ne dépasse pas 430 à 500 mètres ; ces collines forment entre elles des vallées fertiles dont la direction générale est du sud-est au nord-ouest. Au sud du département, entre les sources de l'indre et de la Joyeuse, affluent de l'Arnon, une montagne, située sur la commune de Saint-Priest, atteint 504 mètres d'altitude.

Le centre du département forme un plateau peu mouvementé, dont l'altitude ne dépasse pas 140 à 200 mètres.

Le sol, à l'est, et particulièrement sur les bords de la Loire et de l'Aubois, est extrêmement fertile; au sud-ouest, il est de qualité médiocre et renferme près de 600 étangs, dont la superficie peut être évaluée à 430 hectares; au nord, il est sablonneux, couvert en partie de landes, de bruyères, de sables stériles et de marais; le centre est mélangé. La partie nord-ouest, connue sous le nom de Solo-

FllANCE ILLUbiaÉE. 97.

gne, ne présente qu'un fond de sable, maigre, couvert de bruyères et de genêts.

Hydrographie. — La Loire et le Cher sont les principaux cours d'eau ([ui arrosent ce département; sa surface est inégalement partagée entre les vallées particulières de ces deux rivières. Le Cher, le Carus des Romains, affluent de gauche de laLoireaubecduCher, vis-à-vis de Saint-Mars, dans je département d'Indre-et-Loire, prend sa source au hameau de Cher, arrondissement d'Aubusson, département de la Creuse ; après avoir traversé celui de l'Allier, il entre dans le département du Cher sur le territoire delà commune d'Épineuil et le traverse du sud-est au nord-ouest, sur un parcours de 110 kilomètres, pendant lequel il reçoit, sur la rive droite : la Marmande, grossie de la Sologne, du Chignon et autres ruisseaux; l'Yèvre, formée de la réunion de l'Auron, de l'Yévrette et de plusieurs autres ruisseaux importants, tels que la Tripande, l'Ouatier, le Colin, le Langis, le Mouton et le Barangeon ; la Grande-Sauldre, grossie de la Salereine et de la Rère ; la Petite-Sauldre, le Beuvron ; sur la rive gauche : la Queugne , l'Arnon , grossi de la Joyeuse, de la Tunnière, du Portefeuille et de la Sinaise. Aucune de ces rivières n'est navigable; le Cher lui-même ne commence à le devenir qu'à Vierzon, c'est-à-dire quelques kilomètres seulement avant de quitter le département.

La Loire a un cours de 80 kilomètres dans le département du Cher; encore sa rive gauche lui appartient-elle seule pendant ce parcours. Elle y reçoit l'Allier, qui entre dans le département au sud du village de Mornay-sur-AUier et, après un parcours d'environ 22 kilomètres, se jette dans la Loire à Cuffy. Celte rivière, pendant son parcours, sert de limite au département; l'Aubois, qui est accompagné d'un canal latéral, prend sa source au delà du village d'Augy-sur-Aubois, et passe à Sancoins et à La Guerche; il coule du sud-ouest au 25» — Cher, l"^' Li\r.

nord-est pendant 45 kilomètres et se jette dans la Loire à MarseilIe-lez-Aubigny; enfin la Vauvise, qui prend sa source au nord de Nérondes, coule du sud au nord , passe à Sancergucs , reçoit un grand nombre de rus, entre autres le Rognon et la Planche, et se jette dans la Loire à l'est de Sancerre, après un cours de 60 kilomètres.

Indépendamment de la navigation qui s'effectue sur la Loire, sur l'Allier et sur le Cher, le département possède deux canaux importants : le canal du Centre ou du Berry, qui le traverse dans toute sa longueur en passant par Bourges, et le canal latéral de la Loire, qui longe la rive gauche de la Loire dans toute la partie de son cours appartenant au département.

Le canal du Berry date de 18U7. Il se compose de trois branches qui se confondent près de lihimbé, l'une de ces branches suit la vallée de l'Aubois et communique, par Sancoins, avec le canal latéral de la Loire, en aval du bec d'Allier; l'autre parcourt les vallées de l'Auron, de l'Yèvre et du Cher et aboutit à la Loire au-dessus de Tours, en passant par Bourges et Vierzon; la troisième traverse les vallées de la Marmande et du Cher, pour remonter jusqu'à Montluçon en passant par Saint-Amand. Ce canal, dont le développement est de 321,083 mètres, dont 59,900 mètres en lit de rivière et 261,183 en canal proprement dit, est alimenté par deux grands réservoirs, l'un dans la vallée de l'Auron, l'autre dans celle de la Marmande.

Le canal latéral de la Loire, commencé en 1822, n'a été terminé qu'en 1838; il est destiné à remplacer la Loire, dont la navigation est très dangereuse dans cette région et souvent impossible, à cause de ses débordements. Le canal latéral se divise en deux parties : la première de Digoin à l'Allier, toujours sur la rive gauche de la Loire; elle traverse l'Allier, au Guélin, sur un pont-aqueduc très remarquable ; la seconde reçoit la branche orientale du canal de Berry, près de Saint-Germain, et suit toujours la rive gauche de la Loire; cette partie se termine à Briare. La longueur du canal de la Loire est de 198,000 mètres.

Un troisième canal, situé dans le nord du département, le canal de la Sauldre, commencé en 1848, a pour but d'améliorer le sol de la Sologne ; il est alimenté, près d'Argent, par la Grande-Sauldre, l'Étang-Neuf et l'Élang-du-Puits.

Le département renferme un très grand nombre d'étangs, dont une partie cousidérable a été sou-

mise au dessèchement et convertie en prairies, entre autres celui de Villiers, dans le canton de Lignières. Parmi ceux qui existent encore, on cite les étangs de Bornac et de Drulon, dans la commune de Loye; de Lamotte, dans la commune de Saint- Christophe; du Diable, dans la commune du Châtelet-de-Saint-Junvrin; de Molin, dans la commune de Châteaumeillant; l'Étang-Neuf, à Culan, etc.

Voles de comniuulcatlou. — Les voies de communication sont nombreuses dans le département du Cher ; cela s'explique naturellement par sa position centrale. Il compte : 8 routes nationales, d'un parcours total de 492 kilomètres; 22 routes départementales, 622 kilomètres ; 30 chemins vicinaux de grande communication, 624; 8o chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,410, et 1,080 chemins vicinaux ordinaires, dont la longueur dépasse 2,800 kilomètres.

Les chemins de fer qui le traversent appartiennent au grand réseau d'Orléans. La principale ligne est celle de Paris-Vierzon-Bourges-Moulins. Elle y pénètre à environ 7 kilomètres avant Vierzon et dessert successivement les stations de Vierzon (200 kilomètres de Paris, 79 kilomètres d'Orléans), Foëcy, Mehun-sur-Yèvrc, Marmagne, Bourges (232 kilomètres de Paris, 111 d'Orléans), Moulinssur-Yèvre, Savigny-en-Septaine, Avord, Bengy-sur- Craon, Nérondes, La Guerche, Le Guétin, où elle traverse la Loire pour aller rejoindre, à Saincaize, la grande ligne de Paris à Lyon par le Bourbonnais.

Entre les stations de Marmagne et de Bourges, la ligne se bifurque pour se diriger, en remontant la vallée du Cher, sur Montluçon et Moulins; elle dessert : LaChapcUe-Saint-Ursin, Saint-Florent, Lunéry, Châteauneuf-sur-Cher, Bigny, La Celle-Bruère, Saint- Amand-Mont-Rond (277 kilomètres de Paris, 43 de Bourges), Ainay-le-Vieil et Urçay. L'angle nordouest du département est traversé par la grande ligne de Paris-Limoges-Toulouse, qui, avant d'arriver à Issoudun, dessert dans le département les deux stations de Vierzon et de Chéry. Vierzon est, d'ailleurs, relié à Tours par une ligne de 173 kilomètres, qui suit la rive droite du Cher et qui dessert, dans le département, la station de Thenioux.

D'autres lignes sont en construction ou projetées; telles sont celles de Châteauroux à Montluçon par Châteaumeillant, de Bourges à Gien par Henrichemont et de Heiirichemont à Sancerre et ligne de Lyon.

CHER

La longueur des lignes actuellement exploitées en 1875 était de 198 kilomètres environ, et celle des lignes projetées de 95 kilomètres.

Cltmat. — La température du Cher est en général froide et humide; cependant, nous ferons remarquer que les froids n'y sont pas de longue durée, puisqu'on moyenne on ne compte que 25 jours de gelée forte et 36 jours de gelée blanche. Les chaleurs sont rarement continues pendant 13 jours; la moyenne des jours de pluie est de 128 par an. Les vents dominants sont ceux de l'ouest et du nord-est.

Productions naturelles. — Au point de vue géologique, le département du Cher renferme des terrains de toutes les formations; mais le sol jurassique, souvent dissimulé sous les argiles des terrains tertiaires, en occupe la plus grande partie. Les vallées de la Loire, du Cher et des autres principales rivières présentent des dépôts d'alluvion modernes. Ce déparlement est assez riche en minéraux. Les plus importants sont le fer, le manganèse, la houille, le plomb, la chaux, la marne, le grès, la pierre meulière, la pierre à fusil, le gypse, le marbre et le granit. On y connaît plusieurs sources minérales : l'une, acidulée et gazeuse, est située à Grand- Mont, commune de Genouilly; une seconde, qui est ferrugineuse, est dans le faubourg Saint-Privé, à Bourges; une troisième, dite de Sainte-Bodère, est dans la commune de Dampierre-en-Graçay ; une quatrième enfin, celle de Saint-Maroux, est dans la commune de Lanton, etc. ; toutes ces sources sont fort peu employées.

Le fer que l'on tire des mines du département est d'une excellente qualité; il sert à alimenter plusieurs hauts fournaux et forges, dont les produits atteignent annuellement plus de deux millions de francs.

Voici comment se groupent les minières du département :

Les minières de Dun-le-Roi, situées sur un plateau, à l'ouest du cours del'Auron. Elles forment l'une des principales sources de richesses du Cher.

Les minières de l'est, situées vers la partie centrale du plateau qui s'élève entre la vallée de l'Auron et celle du Cher.

Les minières de Bourges, au sud-ouest de Bourges, près de la commune de La Chapelle-Saint-Ursin.

Les minières des bords du Cher.

Les minières de la vallée de l'Arnon, à peu de distance de Forge-Neuve, à l'entrée d'un vaste • plateau sablonneux.

Les minières de Mennetou-Couture, dont les minerais sont assez riches, mais moins purs que ceux du centre et de l'ouest du département.

Les minières do lioucard et de Saint-Palais, où l'on exploite des minerais appartenant au terrain crétacé.

Les minières de Mehun-en-Gérisey.

On évalue à environ 2,000 le nombre des ouvriers employés annuellement sur les minières du Cher, et en moyenne à 7,000,000 de quintaux métrii[ues la quantité de minerai lavé, produisant 4,000,000 de quintaux métriques de fonte et 2,000,000 de quintaux métriques de fer et de rails. Les minières principales se trouvent aux environs de Sainl-Just, de Corquoy, de La Ghapelle-Saint-Ursin, de Poizieux, de Sancergues, de Vornay, de Mehun, de Boucard, de Dun-le-Roi, etc.

Les forêts abondent dans le Cher; elles occupent uneétenduede 124,903 hectares, c'est-à-dire un peu moins d'un sixième du département ; les principales sont celles deVierzon, d'AUogny et de Soudrindans l'arrondissement de Bourges; d'Yvoy et de Saint- Palais, dans l'arrondissement de Sancerre ; de Chœurs et de Maulne, dans l'arrondissement de Saint-Amand. Les essences principales sont le chêne, le charme, l'orme, le frêne, le tremble, l'acacia, etc. Les noisetiers, les pruniers, les cerisiers sauvages, les pommiers, les poiriers s'y trouvent aussi; les châtaigniers, les noyers, les arbres à fruit donnent, en général, de bons produits et de bon bois. Dans quelques collines du Sancerrois, on trouve des plantes aromatiques et des truffes ; les légumes des environs de Bourges et de Saint- Amand, les melons de Saint-Bouise sont renommés. Les vignes sont cultivées dans quelques cantons et donnent d'assez bon vin, surtout dans le Sancerrois; ceux de Chavignol, de Fussy, de Vasselay, de Saint-Amand, de Bourges et de Saint-Satur sont particulièrement estimés. En 1871, la production des vignes a été de 381,951 hectolitres, estimés 9,623,830 francs; en 1874, de 167,037 hectolitres, estimés 5,011,110 francs; en 1875, elle était de 730,566 hectolitres; enfin, en 1877, 1,443,411 hectolitres. Dans quelques endroits bien exposés, le mûrier nain et le mûrier à grande lige ont réussi.

Le département du Cher est essentiellement agricole et produit au delà de sa consommation en ce-

réaies; on y cultive aussi le chanvre, le lin, le colza, les raves plates et les plantes légumineuses en général. Plus de la moitié des terres, c'est-àdire près de 380,000 hectares, sont livrées à l'agriculture. On trouve aussi des prairies naturelles et artificielles; mais, il faut bien le dire, en général l'agriculture n'est pas aussi avancée dans ce département qu'elle pourrait l'être, et la pratique vivifiante des prairies artificielles est loin d'être aussi répandue qu'il serait à désirer. Cependant nous devons excepter de cette observation générale les cantons situés sur les bords de la Loire, de l'Allier et de l'Aubois, et bientôt même la charmante vallée de Germiny ne le cédera en rien aux plus fertiles terroirs de la Normandie. Dans les grandes plaines stériles qui dépendent de la région dite de la Sologne croissent les ajoncs, les bruyères, les genêts. On a, dans ces derniers temps, essayé de la culture des pins ; mais ils paraissent ne pas atteindre leur complet développement.

La superficie du département, qui est de 719,934 hectares, se partage eu superficie bâtie et voies de communication, 63,478 hectares, et territoire agricole, 656,436 hectares. Ce dernier est luimême subdivisé en: céréales, 209,097 hectares; farineux, 9,557 • cultures potagères et maraîchères, 2,584; cultures industrielles, 3,503; prairies artificielles, 49,100; fourrages annuels, 8,377; autres cultures et jachères mortes, 102,996; vignes, 14,810; bois et forêts, 122,046; prairies naturelles et vergers, 57,372; pâturages et pacages, 17,492; terres incultes, 59,520 hectares.

Le déparlement du Cher, comme tous les départements méditerranés, n'a rien d'extraordinaire pour les productions du règne animal; les animaux domestiques sont généralement de race médiocre, mais de bonne qualité ; les chevaux, d'une taille médiocre, sont recherchés pour l'agriculture et pour l'artillerie ; les moutons du Berry ou solognots sont vantés pour la finesse de leur toison et la délicatesse de leur chair. Les animaux domestiques sont les chevaux, les bœufs, les porcs, les chèvres, la volaille ; les bois abritent le loup féroce, le timide chevreuil et le sauvage sanglier; les renards, les fouines, les belettes, ennemis des bassescours et des colombiers, abondent dans les environs des habitations; la vipère, si redoutée, et la couleuvre, l'orvet inoffensif et la salamandre rampent sous les broussailles. L'éducation des abeilles est assez répandue ; néanmoins leur miel est de

mauvaise qualité. Le gibier ailé est très abondant, et, parmi les oiseaux, le martin-pècheur ou pivert bleu se fait remarquer par la beauté de son plumage. Enfin, parmi les oiseaux de passage, nous citerons les grues, les oies sauvages, les canards sauvages et les cailles. Dans les étangs et les marchi de la Sologne, on trouve des sangsues ; les rivières sont très poissonneuses.

Industrie agricole, manufacturière et commerciale. — La culture n'a pas fait tous les progrès désirables dans le département du Cher; beaucoup de cultivateurs s'en tiennent encore aux anciennes méthodes • la grande culture se fait par métayers traitant avec les propriétaires par l'intermédiaire d'hommes d'affaires. La petite culture ne se rencontre guère que près des villes ou dans quelques étangs desséchés. L'assolement est triennal sur les bons sols; ailleurs, c'est l'assolement avec pâturages, bruyères et ajoncs.

La propriété foncière est beaucoup moins subdivisée ici que dans d'autres départements.

Les établissements métallurgiques tiennent une place importante dans l'industrie de ce département qui est de beaucoup le premier pour la production du fer; on en compte 30 les plus importants sont ceux d'Yvoy-le-Pré, de Vierzon, de Bourges, de Feuillades, de Précy, de Mareuil, de Gharenton, de Bigny et de LaGuerche. On compte aussi dans le Cher un certain nombre de manufactures de draps communs, principalement à Âubigny et à llenrichemont, de droguets et toiles de chanvre ; de nombreuses fabriques de porcelaine, de poterie de terre, de faïence et des filatures de laine et de coton. Le commerce des laines, des fers et des bois est le plus important; celui des bestiaux gras et des châtaignes vient après ; les bois équarris, le merrain sont expédiés pour les constructions maritimes; enfin la coutellerie de Bourges jouit d'une certaine réputation. Le commerce et l'industrie départementale sont alimentés par 221 foires qui se tiennent dans 54 communes. Le département du Cher possède toutes les matières premières qui sont indispensables à la vie ; il ne demande à l'importation que les épiceries, les meubles, la librairie et les objets de mode ou de luxe.

Division |>olltifiuc et afliuinlstra* tlvc. — Le déparlomenldu Cher a pour chef-lieu

CHER

Bourges ; il est divisé en 3 arrondissements, 29 cantons, 291 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du centre de la France.

Bourges est le siège d'un archevêché qui a pour suffragants les évêchés de Clermont, de Limoges, du Puy, de Tulle et de Saint-Flour. Le département forme, avec le département de l'Indre, le diocèse particulier de l'archevêché; il y a à Bourges un grand et un polit séminaire et dans le département 05 cures de première ou de seconde classe, 429 succursales et 63 vicariats. Les protestants ont des églises consistoriales à Bourges et à Sancerre.

Bourges est le siège d'une cour d'appel à laquelle ressortissent les tribunaux do première instance et de commerce des départements du Cher, de l'Indre et de la Nièvre. Il y a dans chacun des chefs-lieux d'arrondissement du département un tribunal de première instance, et un tribunal de commerce à Bourges. Saint-Amand-Mont-Rond possède une prison départementale.

Au point de vue universitaire, le déparlement dépend de l'académie de Paris; il y a à Bourges un lycée, des collèges communaux à Sancerre et à Saint-Amand-Mont-Rond, deux institutions secondaires libres dans le déparlement, une école normale primaire d'instituteurs et une école primaire supérieure, et dans le déparlement S4G écoles primaires.

Bourges, par sa position centrale, a une grande importance militaire comme arsenal et centre d'approvisionnements militaires de toute sorte. C'est le quartier général du S» corps d'armée et de la 8" division de l'armée territoriale, qui comprennent les départements du Cher, de la Côle-d'Or, de la Nièvre, de Saône-et-Loire, du Rhône (arrondissement de Villefranche) ; Bourges" est le siège d'une subdivision de région. Cette ville possède une direction et une école d'artillerie, avec champ d'application à Avord; une direction des fortifications, un arsenal de construction, etc. ; elle est encore le siège de l'état-major de la 8" légion de gendarmerie nationale,, dont les compagnies sont affectées aux départements du Cher, de la Nièvre, de la Côle-d'Or et de Saône-et-Loire.

Le département du Cher dépend de l'arrondissement minéralogique de Clermont-Ferrand qui se rattache à la région du centre ; de la 14« inspection des ponts et chaussées et du 20° arrondissement forestier comprenant les départements du Cher, de

la Nièvre et de l'Indre, dont le conservateur réside à Bourges.

Le nombre de perceptions des fmances du déparlement est de 43 ; les contributions et revenus publics atteignent 14 millions de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Nous avons dit que le département du Cher avait été formé de la plus grande partie de l'ancienne province du Berry; son histoire est donc celle de celte province, et naturellement elle remonte à celle des Bilurigcs, qui lui ont donné son nom.

Les Bituriges étaient l'une des plus anciennes et des plus puissantes tribus gauloises; ils habitaient sur les bords du Cher ((7rtr?w) et obéissaient à un roi qui résidait à Avaricum (Bourges). Au vii° siècle avant J.-C, à l'époque où Tarquin l'Ancien régnait à Rome, ils avaient la souveraine puissance sur le pays des Celtes. Leur roi Ambigat, vieillard que recommandaient ses vertus et ses richesses, voyant que son peuple était devenu trop considérable, et que le sol, malgré sa fertilité proverbiale, menaçait de devenir insuffisant, engagea Sigovèse et Bellovèse, ses neveux, jeunes guerriers ennemis du repos, à aller chercher un autre séjour dans les contrées que les dieux leur indiqueraient par les augures, leur permettant d'emmener avec eux autant d'hommes qu'ils voudraient, afin que nulle nation ne pût repousser les nouveaux venus. Bellovèse s'établit dans cotte partie de l'Italie que les Romains appelèrent dans la suite la Gaule cisalpine, et Sigovèse dans la Norique, pays qui forme aujourd'hui la Bohème et la Bavière. Les Bituriges envoyèrent dans la suite de nouvelles colonies en Italie, et il est probable que leur chant de guerre se fit entendre jusque sur le bords du Tibre, lorsque les Gaulois, conduits par Brennus, vinrent, en 390, brûler Rome naissante.

Quelques siècles plus tard, lorsque César voulut passer dans les Gaules, il prit avec lui des Gaulois cisalpins et les ramena dans leur ancienne patrie. Ces braves soldats l'aidèrent à vaincre Vercingétorix, que le général romain poursuivit à travers le pays des Arvernes, et jusque dans celui des Bituriges, où il forma le siège d'Aimricum. César lui-même, dans le septième livre de ses Commentaires, fait voir par la manière dont il décrit ce siège combien il fut meurtrier. La ville fut enfin prise et ruinée par les Romains. La plupart des

Bituriges quittèrent le pays, qui était dévasté, et allèrent s'établir dans d'autres contrées.

Les traces de la civilisation naissante de ces temps reculés sont très rares aujourd'hui dans le département; quelques tombelles ou tumuU, aux environs de Bourges, aux lieux dits : la Buttc-Barral, la Bultedes-Prés-Fichauxet celle des Vignes-du-Chàteau; les menhirs ou pierres lovées de Graçay, que l'on nomme dans le pays les Pierres folles; quelques iumuli à Pierrefitte , dont le nom lui-même est l'indice de monuments mégalithiques, tels sont les seuls témoins muets de ces temps éloignés. Les Bituriges avaient vaillamment résisté à l'invasion romaine ; ils succombèrent et restèrent fidèlement soumis à leurs vainqueurs. Sous la domination romaine, leur pays fit partie de l'Aquitaine, et, sous Auguste, leur ville, qui avait été rebâtie et s'était considérablement agrandie, fut la métropole de cette province et servit constamment de résidence au préfet romain ; c'est alors que cette capitale perdit son nom A'Âvaricum ; elle obtint le droit de cité, accordé aux villes privilégiées, et fut désignée sous le nom civitas BUurigensium, puis simplement Ae Bituriges. Lors de la division de l'Aquitaine eu trois parties, sous Honorius, le Berry forma la première Aquitaine, et Bourges en fut toujours la capitale. C'est à peu près vers le milieu du lu" siècle que le christianisme fut prêché dans le pays qui nous occupe ; son premier apôtre fut, dit-on, saint Ursin; il fut favorablement accueilli par la population, et le sénateur Léocadius lui donna une des salles de son palais pour établir une église.

La période gallo-romaine a laissé quelques traces dans le département du Cher ; la vieille enceinte de Bourges est encore visible, et cette ville dut, ainsi que les grandes cités de l'empire posséder un cirque, des naumachies, des palais et des portes triomphales. Le cirque occupait l'emplacement de l'ancien couvent des Ursulines, et l'on voit encore dans les caves de cet établissement les restes des loges qui renfermaient les animaux féroces. On trouve aux environs de Bourges les ruines d'un aqueduc souterrain qui, probablement, conduisait les eaux de quelque source éloignée à la ville. A Alichamps, lieu autrefois considérable, où venaient se croiser trois voies romaines, des fouilles ont fait découvrir des inscriptions, des colonnes milliaires, des vases, etc. A Drevant, sur le Cher, on montre l'emplacement d'un théâtre : on y a trouvé, en outre, des fragments de statues, des

tombeaux, des pierres sculptées, des chambres pavées ou revêtues de marbre. A Alléan, près de Baugy, on voit encore les vestiges d'un camp ; à Maubranches, à Soye, à Celle-sur-Cher, on a trouvé des inscriptions, des poteries. Mais nous nous garderons bien d'attribuer à Vercingétorix les restes d'un vieux camp que l'on rencontre entre Maubranches et Nohant ; l'antiquaire doit être très sobre de ces pompeuses attributions, basées sur des témoignages trop légers, et dont la fragilité n'a servi que trop souvent à battre en brèche la science qu'il chérit.

Lors de la chute de l'empire romain et de l'invasion des barbares, les plaines de la fertile et plantureuse Aquitaine tombèrent au pouvoir des Wisigoths; Euric, leur roi, en fit la conquête vers l'an 475 ; ce ne fut pas sans résistance de la part des Bituriges, car il n'entra dans leur capilalo qu'après avoir échoué dans un premier siège. Mais les Wisigoths se rendirent bientôt odieux aux populations chrétiennes de la première Aquitaine par les persécutions de toute nature qu'ils leur firent endurer ; ils étaient ariens, c'est-à-dire qu'ils niaient la divinité de Jésus-Christ; ils dévastèrent donc les églises et les monastères, en haine des chrétiens. Aussi, lorsque Clovis eut, en 511, battu et tué Alaric II, fils d'Euric, à la bataille de Veuille, les évêques des villes d'Aquitaine ouvrirent-ils avec empressement les portes de leurs cités à ce prince, qui venait de reconnaître le Dieu de Clotllde el d'être baptisé par l'archevêque de Reims saint Rémi. Dans les partages que firent entre eux les descendants de Clovis, le pays qui nous occupe fit toujours partie du royaume d'Orléans, et il fut gouverné par un comte qui résidait à Bourges. Les ducs d'Aquitaine s'en emparèrent vers la fin de la première race ; mais ils en furent chassés par Charles-Martel. Bourges s'étant de nouveau déclarée pour les Aquitains et leur duc Waïfre, qui lui avait donné Cunibert pour comte, Pépin accourut et, après un siège de peu de durée, s'empara de la ville, la ruina et jeta Cunibert dans un cloître.

Charlemagne établit dans le Berry des gouverneurs ou comtes, qui, dans la suite, rendirent leur gouvernement héréditaire, comme la plupart da ceux des autres grandes villes.

Le premier de ces comtes de Berry ou de Bourges fut Humbert, nommé en 778. Depuis cette époqua jusqu'en 92I3, on en compte dix-huit, parmi lesquels on cite Gérard, qui régnait dès l'an 838. Dé-

ciii' n

Pillais de jublice ^ancienne lialùlalion de Jacques Cœur).

pouillc de son comté par Charles le Chauve en 8(37, il fut momentanément remplacé par Egfricd; mais ses hommes mirent le feu à la maison où était le nouveau comte, lui coupèrent la tête et jetèrent son corps dans les flammes. Gérard rentra ainsi en possession de son comté, malgré la volonté royale, frappée alors d'impuissance par la turbulence des comtes et les invasions incessantes des Normands. Il était encore comte de Bourges en 872, époque à laquelle il fut remplacé dans sa dignité par le duc Boson, beau-frère de Charles le Chauve et grand chambellan de Louis le Bègue, roi d'Aquitaine.

Louis le Bègue ayant succédé à son père, Charles le Chauve, au trône de France, Boson crut le moment favorable pour se déclarer indépendant; mais il fut renversé, en 878, par Bernard I", marquis de Septimanie. Celui-ci, parent de cet Egfried tué par Gérard en 867, réclama son héritage; il fut appuyé par le comte du Maine et Gozlin, évêque

Fr.^nce iLLusmÉE. os.

de Paris, son oncle, et parvint à s'emparer du comté de Bourges. Mais bientôt il en chassa l'évêque Frolaire, s'empara des biens de l'Église et exigea des habitants un serment de fidélité contraire à celui qu'il devait lui-même au roi ; aussi fut-il excommunié par le concile de Troyes et attaqué, en 879, par une armée que Louis le Bègue avait donnée à Boson, son oncle, rentré en grâce auprès de lui. Boson, maître de Bourges, le fut bientôt de tout le pays. Dans la suite, il fit la paix avec Bernard et lui donna un fief. A sa mort, arrivée en 886, il eut pour successeur Guillaume I" le Pieux, qui était déjà comte d'Auvergne. Guillaume II, qui succéda à ce dernier, fut souvent en guerre avec le roi Raoul ; ce dernier lui enleva même son comté et le lui rendit en 927, après l'avoir forcé à lui rendre hommage.

Après la mort de Guillaume II, arrivée en 926, le roi Pvaoul supprima le titre de comte de Berry, donna la propriété de Bourges au vicomte de cette

25» — Chef, 2' Liv.

ville et décida qu'à l'avenir ce vicomte, le seigneur de Bourbon, le prince de Dcols et les autres barons du Berry relèveraient immédiatement de la couronne.

Geoffroy, dit Papabas, que quelques historiens font fils de Guillaume II, fut le premier vicomte de Bourges. C'est pendant son gouvernement que la France fut envahie et dévastée par les Hongrois, dont les contemporains nous ont fait un portrait si effroyable que le souvenir s'en est conservé dans la tradition de l'Ogre, terreur de notre enfance. Geoffroy eut trois successeurs du même nom que lui : Geoffroy II, dit Eosebebas (1); Geoffroy III, le Noble ; Geoffroy IV, le Meschin ; tous prirent part aux grands événements qui signalèrent l'enfantement de la monarchie capétienne. Etienne, fils de Geoffroy IV, était vicomte de Bourges en lOGl et mourut sans postérité. Eudes Ilerpin ou Arpin lui succéda dans la vicomte de Bourges ; il avait épousé Mahaud de Sully, fille et héritière d'Etienne; d'ailleurs, il prétendait lui-même descendre de Guillaume l", le Pieux. Ce sixième et dernier vicomte de Bourges vivait en 1090, lors de la ferveur des premières croisades. En 1101, se disposant à partir pour la terre sainte avec le duc d'Aquitaine, il vendit au roi Philippe I" sa vicomte pour soixante mille sous d'or. Il se distingua pendant la croisade, fut pris à la bataille de Rama, le 27 mai 1102, et eut beaucoup de peine à se racheter. Enfin il revint en France et se fit moine dans la célèbre abbaye de Cluny, fondée par Guillaume I" environ 180 ans auparavant; il n'y mourut qu'en 1109 et y fut enterré. Le Berry fut la première province réunie au domaine de la couronne.

A l'époque où la vicomte de Bourges rentrait ainsi au domaine royal, sa juridiction ne s'étendait pas sur tout le Berry ; les possesseurs des grands fiefs du pays s'étaient rendus indépendants, et l'on avait vu s'élever les seigneurs de Sancerre, de Montfaucon, de Charenton, de Germigny, de Vierzon, de Mehun, etc. Les maîtres de ces fiefs, suzerains euxmêmes d'un grand nombre de vassaux, couvrirent le pays d'un réseau de forteresses, destinées à la fois à protéger les campagnes et à les maintenir

(1) Les comtes de Bourges faisaient alors frapper des monnaies portantlcurnom, ainsi qu'il résulte d'une monnaie découverte par un de nos plus savants numismates, M. Adrien de Longpcrier ; elle est à l'effigie de Guillaume II et porte en légende ces mots : VVLELMO COMS et BIRTUIGES. Cette pièce est peut-être le plus ancien denier baronnial que l'on connaisse.

dans l'obéissance. Les rois, devenus maîtres du Berry, durent forcer ces fiers barons à rentrer dans le devoir et à leur prêter hommage. En 1140, le diocèse de Bourges fut violemment troublé à la mort de l'archevêque Albéric. Dès le temps de Charlemagne, les évêques de Bourges avaient pris le litre d'archevêques et de primats d'Aquitaine, ce qui leur donnait des droits sur les quatre archevêchés de Bordeaux, d'Auch, de Narbonne et de Toulouse. Les chanoines du grand chapitre, dont l'institution remontait à Charlemagne, ayant demandé au roi la permission d'élire un nouvel archevêque, celui-ci les y autorisa, à condition qu'ils ne nommeraient pas Pierre de La Châtre, neveu du chancelier de l'Eglise romaine; mais le pape Innocent II investit lui-même ce prélat du pallium, prétendant qu'il fallait « accoutumer ce jeune homme (le roi de France) à ne pas prendre la licence de se mêler ainsi des choses de l'Église. » Louis VII, furieux, jura que, tant qu'il porterait la couronne, Pierre ne posséderait l'église de Bourges ni autre en son royaume. Il ordonna la confiscation du temporel de l'archevêché et mit garnison dans le château de Saint-Palais et dans plusieurs autres places. Pierre de La Châtre, à son retour de Piome, se vit donc refuser l'entrée de Bourges par les gens du roi et fut obligé de se retirer sur les terres que possédait en Berry le vieux comte de Champagne Thibaut, grand ami du clergé et brouillé alors avec le roi. Le pape, de son côté, fulmina une bulle contre Louis le Jeune et mit en interdit tous les lieux habités par ce prince, qui, de même que son aïeul Philippe I", ne put, trois ans durant, mettre le pied dans une ville ou dans une bourgade sans que le service divin y fût à l'instant suspendu. Louis Vil, pour se venger, dévasta la Champagne, prit d'assaut la forte place de Vitry et l'incendia; plus de treize cents personnes qui s'étaient retirées dans la principale église périrent alors dans les flammes. Cependant, après trois ans de résistance, le roi se soumit et rétablit lui-même Pierre de La Châtre dans son siège. Depuis ce temps, ils vécurent en bonne intelligence, et le roi abolit même en sa faveur une coutume des temps barbares, qui permettait de piller la maison de l'archevêque après sa mort et d'en emporter les meubles. Les guerres suscitées entre Louis VII et Henri II d'Angleterre, à la suite de la répudiation d'Eléonore de Guyenne, eurent des suites sanglantes pour les pays du Cher, qui alors limitaient les possessions françaises et

CHER

anglaises. Les citadelles furent souvent prises et reprises, les villes et les villages livrés aux flammes , les campagnes ravagées. Des bandes de pillards , connues sous les noms de cotlereaux, routiers, brabançons, parcouraient le pays, dévastant et tuant sans pitié. Les seigneurs du Berry, effrayés, prirent les armes pour les repousser el les mirent complètement en déroute près de Dunle-Roi, en juillet 1183. Au xiv» siècle, les combats recommencèrent avec les Anglais. Le Prince Noir, fils d'Kdouard III, traversa le Berry, brûla les faubourgs de Bourges. Mais le duc Jean, dont nous allons parler, aidé par le comte de Sancerre et Du Guesclin, les chassa du pays.

Le Berry, renl.é sous le gouvernement royal, demeura pour luujours partie intégrante de la France; les rois le firent administrer par des baillis, des prévôts et des gouverneurs ; Bourges conserva cependant quelques privilèges de son ancienne juridiction municipale jusqu'en 1474, époque à laquelle le Berry fut assigné comme apanage par le roi Jean à son troisième fils, Jean, après avoir été érigé en duché-pairie. Il y eut alors à Bourges deux juridictions : celle du duc, qui était exercée par son sénéchal et ses autres officiers, et celle du roi, qui était représentée par le bailli de Saint-Pierrele-Moutiers, qualifié juge des exemptions du Berry, et qui siégeait pour cela à Sancoins. Les causes d'exemption concernaient les cas royaux et les procès des principales églises et monastères du diocèse de Bourges.

Jean I'>^ duc de Berry, était né en 1340. Ce jeune prince s'était trouvé à la désastreuse bataille de Poitiers, n'y avait pas été fait prisonnier, mais avait été donné en otage pour son père. Il resta neuf ans en Angleterre et n'en revint qu'en 1363, après la mort du roi Jean. Pendant tout le cours du règne de Charles V, son frère, il combattit les Anglais en Guyenne comme lieutenant du brave Du Guesclin. Sous Charles VI, il fut gouverneur du Languedoc, et il exerça de grandes vexations dans cette province et dans quelques autres qui n'étaient pas de son apanage ; mais il ménagea toujours le Berry comme son patrimoine et y fit même beaucoup de bien en le dotant de grands établissements et de bâtiments considérables. C'est à lui que la ville de Bourges fut redevable d'une Sainte- Chapelle, bâtie, dit-on, sur le modèle de celle de Paris, et d'un palais magnifique dont il ne reste plus de traces. Pendant les premiers accès de la

terrible maladie de Charles VI, son neveu, il gouvei'na absolument le royaume.

Lorsque la funeste rivalité des Armagnacs et dos Bourguignons eut éclaté au commencement du xv" siècle, le haut Berry, qui compose le département du Cher, fut le théâtre de grands événements. Jean, duc de Berry, alors fort âgé, ayant pris parti pour le duc d'Orléans, concentra à Bourges toutes ses forces militaires, et tint garnison dans toutes les places fortes du pays. Alors Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sous prétexte de faire respecter l'autorité royale, amena l'infortuné Charles VI à la tête d'une armée considérable pour soumettre le duché. Après avoir pris les villes de iMontfaucon et de Dun-le-Pioi, les châteaux de Beaugy, de Fontenay et plusieurs autres, il arriva devant Bourges en juin 1412 et en fit le siège, qui dura jusqu'au mois d'octobre suivant. Alors les deux partis s'accordèrent, au grand déplaisir des Anglais, qui comptaient profiter de cette triste rivalité pour s'emparer de la province. Le duc Jean étant mort sans enfants mâles en 1416, le Berry retourna à la couronne, mais non pour longtemps ; Charles VI le donna d'abord au troisième de ses fils et ensuite au quatrième, qui fut depuis le roi Charles VIL Ce prince fit de Bourges son séjour ordinaire et conserva môme, étant dauphin, le Berry, qui fut son asile et le centre de ses possessions. A la mort de son père, en 1422, le roi de Bourges, comme l'appelaient par dérision les Anglais, se mit en devoir de recouvrer Phéritage de ses aïeux. Les barons du Berry demeurèrent, en cette occasion, loyalement'dans son parti et contribuèrent puissamment au rétablissement de son autorité. Charles VII alTectionna toujours le Berry et y mourut en 1461, au château de Mehun-sur-Yèvre, sa résidence favorite, des soucis que lui causait la mauvaise conduite de son fils, le dauphin Louis. L'année même de sa mort, il avait donné le Berry en apanage à son second fils Charles. Ce prince, qui, à l'avènement de Louis XI, avait à peine seize ans, était d'une grande faiblesse de caractère; il s'ennuyait à la cour de son frère, sérieuse et économe, de laquelle avaient disparu les somptueux banquets, les bals et les tournois qui, au temps du roi Charles VII, répandaient la richesse et la joie dans les campagnes du Berry; il se laissa entraîner dans la révolte que les princes et seigneurs ourdirent contre Louis XI, sous prétexte du bien public. Louis déploya beaucoup d'activité dans ce moment critique

LA FRAXCE ILLUSTREE

et vint lui-même ea Berry à la tôle d'une vingtaine de mille hommes; il soumit successivement les villes et les châteaux du pays, mais il échoua devant Bourges et ne put s'emparer de la Grosse- Tour. On sait comment se termina celle ligue du Bien public: les traités de Saint-Maur etConflans, qui, en 1465, suivirent la bataille de Montlhéry, satisQrent momentanément l'ambition et la rapacité des seigneurs. Charles reçut un autre apanage, et le Berry rentra encore une fois aux mains de la royauté, à laquelle il fut fidèle. Louis XI constitua cependant cette province tour à tour en apanage pour François son troisième fils, qui mourut jeune, et pour sa seconde fille, Jeanne, qu'il avait mariée à Louis d'Orléans. Lorsque ce dernier parvint à la couronne sous le nom de Louis Xll, en 1498, il répudia .Jeanne et dut lui restituer son domaine du Oerry, où elle se retira, pratiquant les bonnes œuvres et répandant autour d'elle les bienfaits de la charité la plus sincère; elle mourut en 1504, après avoir fondé l'ordre des religieuses Annonciades. Elle fut dans la suite béatifiée sous le nom de sainte Jeanne de Valois. Elle était petite, contrefaite, mais d'une grande douceur de caractère et d'une éducation aussi solide que variée.

Après la mort de cette princesse, le duché de Cerry étant encore retourné à la couronne, le roi François I" en donna l'usufruit, l'an 1527, à sa sœur Marguerite de Valois, épouse de Philibert- Emmanuel de Savoie, et qui mourut en 1574. Cette femme célèbre, l'un des plus beaux esprits de son siècle, et que son frère chérissait et qualifiait de Marguerite des Marguerites, fut la prolectrice de Calvin, qui étudiait alors dans la célèbre université que le saint roi Louis IX avait créée à Bourges. A l'aide de la faveur dont il jouissait, il essaya, avec succès, de répandre ses idées réformatrices dans le village d'Asnières et dans la petite ville de Lignières; enhardi bientôt par le succès, il s'avança jusqu'à Sancerre et essaya de gagner à la cause dont il se faisait l'apôtre les habitants de cette importante cité ; cette fois, le clergé s'émut, de vives remontrances furent faites aux magistrats, et mentôt il fallut que Calvin quittât la province ; il laissait derrière lui des germes nombreux de sa doctrine. Ce ne fut qu'en 1561 que, pour la première lois, un prêche fut ouvert à Bourges; les protestants n'y étaient pas encore les plus forts; en mai 1561, lorsque le massacre de Vassy eut donné le funèbre signal de ces guerres civiles, dites de re-

ligion, les calvinistes, réunis en nombre dans les villes voisines, marchèrent sur Bourges, sous la conduite du comte de Montgomery, s'emparèrent de la ville et la saccagèrent. Alors furent commises bien des profanations sacrilèges ; les églises et les monastères furent pillés, on dispersa les prêtres et les moines, et, lorsque les victimes humaines vinrent à manquer, les fanatiques s'en prirent aux tombeaux : les cendres de saint Ursin, l'apôtre du Berry, furent jetées au vent, ainsi que celles de sainte Jeanne de France.

Maîtres de Bourges, les calvinistes se répandirent dans les campagnes, ravageant les prieurés et les monastères, pillant les églises et incendiant les châteaux de la noblesse catholique. Il fallut que le duc de Guise en personne et le maréchal de Saint- André accourussent protéger le haut Berry. Bourges fut assiégée, tint quinze jours et se rendit. Bappelésur les bords de la Loire, le duc de Guise abandonna le pays, et bientôt la guerre civile recommença avec toutes ses misères et ses excès. Le Berry et plus particulièrement les pays qui composent le département du Cher se partagèrent en deux camps: Bourges fut le centre des catholiques, Sancerre devint la principale place d'armes des protestants. Cette guerre impie dura pendant les règnes de Charles IX et de Henri III (de 1560 à 1589). La Saint-Barthélémy eut, en août 1572, un funeste retentissement à Bourges ; malgré les efforts des catholiques les plus modérés, de grands massacres eurent lieu ; mais, proportion gardée, ils ne furent pas aussi multipliés que ceux qui avaient ensanglanté Paris. Quehiues victimes purent s'échapper ; entre autres les jurisconsultes Hugues Doneau et François llotman, qui parvinrent à gagner Genève.

Dès l'an 1508, et à l'imitation de la ville de Péronne et des autres villes du nord de la France, une ligue catholique s'était formée à Bourges pour défendre la religion catholique; l'archevêque en fut le chef. Dès que le but de cette association fut connu, de toutes parts les communes et les bourgs du Berry voulurent s'y associer; cependant quelques-uns restèrent fidèles aux prêches calvinistes; d'autres furent tenus dans l'indécision par la conduite irrésolue et cauteleuse de Henri III. Mais lorsque ce malheureux prince fut tombé, en 1589, sous le couteau de Jacques Clément, le Berry se partagea en deux camps bien distincts : le sire de La Châtre, gouverneur de la province, tint pour la

CHER

Ligue, ainsi que les villes de Bourges, de Dun-le- Uoi, de Mehun-sur-Yèvre et de Vierzon; tandis que le comte de La Grange-Monligny, les seigneurs de Gamaches, d'Arquian, de Marcilly et autres prirent le parti de Henri IV, ainsi que les villes de Sancerre et d'issoudun, où ils se fortifièrent. Pendant cinq années, le pays fut complètement ravagé ; les barons assouvirent les uns contre les autres leurs haines réciproques, détruisant les récoltes des fiefs de leurs rivaux, brûlant les villages et ruinant les châteaux. C'est surtout de cette époque que date la destruction des forteresses féodales dont les ruines couronnent d'une manière si pittoresque les collines, ou qui se cachent au fond des plaines, mirant leurs débris moussus et couverts de lierre dans les eaux qui jadis en défendaient les approches. Le jeune duc de Guise, fils du Balafré, vint en 1591 chercher un asile dans le Derry, après s'être échappé de prison; le baron de La Châtre le reçut magnifiquement, et sa présence, qui dura plus d'un mois, servit à fortifier son parti. Cependant l'archevêque Regnault, que l'on avait forcé de jurer fidélité à la Ligue, était parvenu à s'évader; il rejoignit Henri IV, lui fit sa soumission, et ses sages conseils contribuèrent puissamment à faire rentrer le roi dans le giron de l'Église catholique. Ce fut entre ses mains qu'en 1594 Henri IV fit son abjuration à Saint-Denis. Cet événement dut nécessairement modifier la position des partis dans les pays qui composent le département du Cher, et la plupart des barons se soumirent individuellement à Henri IV. Le sire de La Châtre, qui était à la fois gouverneur de Bourges et d'Orléans pour la Ligue, traita avec le roi et lui remit les clefs de ces villes, moyennant huit cent quatre-vingt-dix-huit mille neuf cents livres. Sous la sage administration de ce prince, le Berry jouit d'un repos dont il avait bien besoin. Henri IV affecta les revenus de cette province à l'entretien de Louise de Lorraine, veuve de Henri IH. A la mort de cette princesse, en 1601, le Berry fit de nouveau retour à la couronne, et le roi en donna le gouvernement à Henri de Bourbon, prince de Condé. Le sage et intègre Sully contribua, à celte époque, à cicatriser les plaies de la guerre civile dans ce beau pays ; il y possédait les terres de.Mout-Rondide.Montfaucon et d'Henrichemont; il fit accorder quelques indemnités à ceux des habitants des campagnes qui avaient le plus souffert. Les troubles de la minorité de Louis XIU devaient replonger le Berry dans l'anarchie. La reine mère,

Marie de Médicis, ayant fait arrêter Condc au Louvre, une certaine agitation se manifesta dans la province où ce prince était fort aimé. Le sire de La Grange-Monligny, le vieux capitaine ligueur, que l'on venait de récompenser en lui donnant le bâton de maréchal, fut chargé de reprendre successivement, à la tête d'une armée royale, les places qui tenaient pour le prince; il en vint à bout presque sans coup férir; cependant la Grosse-Tour de Bourges, qui avait bonne garnison dévouée au prince de Condé, résista d'abord ; mais ce fut en vain; le Berry resta définitivement dans l'obéissance royale. Après quelques années d'une prospérité que rien ne vint troubler, sous la sévère administration de Richelieu, ce pays vit, sous la Fronde, se renouveler ces cruelles alternatives de misère et de désolation que la guerre civile faisait peser sur lui. Le grand Condé, ancien élève du collège de Bourges, avait succédé à son père dans le gouvernement du Berry; il devint suspect à la reine mère, Anne d'Autriche, et à Mazarin, qui, au nom de Louis XIV, enfant, régnait sur la France; il fallut l'arrêter. Les troupes royales entrèrent à cette occasion dans la province, pour y tenir en respect la noblesse, à cause de son attachement à la maison de Bourbon. Il se forma alors deux partis qui se tinrent en échec dans le pays. Le prince de Condé, à sa sortie de prison, chercha à ressaisir son gouvernement; il leva des troupes dans quelques cantons du Berry; n'ayant pu détacher Bourges du parti du roi, il établit ses lignes depuis le château de Mont-Rond, dont il avait fait sa place d'armes, jusqu'à Sancerre. La guerre, qui du reste ne se fit que par surprises et escarmouches, ne dura que quelques mois ; force resta à l'autorité royale. C'est alors que furent détruites les forteresses féodales qui étaient restées debout après les guerres de religion ; les châteaux de .Mont-Rond, de Beaugy furent démantelés ; la Grosse-Tour de Bourges, l'orgueil de celte vieille cité, fut rasée et ses matériaux employés à la construction d'un hôpital. Sous l'administration éclairée de Colbcrt, les campagnes du Cher redevinrent calmes et prospères ; mais les habitants eurent plus d'une fois à gémir des taxes et des impôts extraordinaires que nécessitaient les grandes guerres de Louis XIV. Colbert avait acquis dans le pays les terres de Lignières, de Bois-sire-Aimé et de Chàteauneuf. Louis XIV et les rois qui lui succédèrent donnèrent plusieurs fois le Berry en apanage à des princes de la fa-

mille royale; mais colle province n'eul aucun rapporl avec ces différenls princes apanagisles, qui n'en porlèrenl que le nom ; elle fui administrée jusqu'en 1789 par des gouverneurs royaux. Bien qu'ils changeassent Irop souvenl pour le bonheur et la tranquillité des campagnes , cependant rien d'important ne signala leur administration. Louis XYI, qui méditait d'utiles réformes, choisit, en 1778, cette paisible province pour y faire l'essai d'une administration provinciale, qui fut appliquée en grand à toutes les provinces de la France en 1787. La direction des affaires de la contrée fut confiée à une assemblée provinciale, composée de quarantehuit membres, douze de la noblesse, douze du clergé et vingt-quatre du tiers état. Sous cette administration d'essai, d'utiles réformes, que la marche des idées avait rendues nécessaires, furent entreprises. En 1790, un nouveau changement eut lieu, et les administrations provinciales furent remplacées par les administrations départementales.

Le département du Cher fut alors formé du haut Berry (690,410 hectares) et de quelques portions du Bourbonnais (29,333 hectares). Pendant la Révolution, il fut entraîné dans le mouvement général ; cependant les anciennes populations du Berry, fidèles et religieuses, ne se laissèrent pas gagner aux excès qui signalèrent cette époque de notre histoire; il y eut bien, en 1796, une tentative de chouannerie ; Phélippeaux et quelques royalistes cherchèrent à soulever les départements du Centre, le Loiret, l'Indre, la Nièvre et le Cher; mais le Directoire envoya sur les lieux les généraux Desanfants et Chezin, ((ui eurent bientôt rétabli la tranquillité. Avec elle, le département du Cher vit, pendant le Consulat et l'Empire, son antique prospérité renaître; quelques grands travaux d'utilité publique furent entrepris, et pour la première fois des voies de communication s'ouvrirent au centre de ces contrées, que quelque temps auparavant Mirabeau avait qualifiées de Sibérie de la France.

.\ la suite des désastres de 1814 et de 1815, les armées étrangères pénètrent en France; le département du Cher fut préservé des maux de l'invasion par sa position centrale. C'est sur son territoire que furent licenciés en partie les débris de cette armée héroïque qui avait parcouru l'Europe avec ses aigles victorieuses. Le département du Cher n'eut heureusement pas à souffrir de la guerre de 1870-1871 ; ses forges, ses fonderies contribuèrent pour une large part à la défense nationale, et les mobiles du

Cher se signalèrent par leur bravoure au combat de Toury et à la défense de Paris.

Depuis cette époque, le département du Cher a vécu de la vie commune des départements français, et nous n'avons plus à constater ici que la voie de prospérité croissante dans laquelle il est entré; ses canaux et ses chemins de fer, qui relient son chef-lieu aux autres grandes villes de la France, y ont puissamment contribué, le commerce et l'industrie ont fait des progrès notables, et il y a lieu d'espérer que d'ici avant peu ce qui reste de terres incultes cl arides dans la Sologne berrichonne seront elles-mêmes conquises à l'agriculture.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES

Bourges (lat. 47''4'59"; long. 0''3'43"E.). — Bourges {Avarkum, Clvitas Bitiirigensimn, Bilurlges), importante station des lignes de Vierzon à Saincaize et de Bourges à Monlluçon (réseau d'Orléans), à 232 kilomètres au sud de Paris, autrefois capitale du Berry, aujourd'hui archevêché, est le chef-lieu du département, avec lycée, cour d'appel, tribunaux de première instance et de commerce, quartier général du 8'= corps d'armée, chambre de commerce, etc.

Sans nous arrêter à la fable qui attribue la fondation de cette ville à Gomer, fils de Japhet et petitfils de Noé; laissant également de côté l'ingénieuse interprétation que donne de son nom latin Bituriges {Biturlx, Biturries) André Du Chesne, en son livre des Antiquités des villes, châteaux et places de France, nous dirons seulement que le premier historien qui en fasse mention est César, qui la désigne, dans ses Commentaires, sous le nom à'Avaricum, « la plus forle place des Bituriges, sur le territoire le plus fertile. »

Avaricum était, en effet, la métropole des Bilurlges auxquels les Piomains donnèrent le nom de Cubi (d'après la forme cubique de leurs habitations), pour les distinguer d'une autre nation de Bituriges, les Vivisci, qui occupaient les embouchures de la Garonne. Les Bituri.^es avaient soumis la plupart des tribus leurs voisines et étaient alors un des peuples les plus puissants de la Gaule celtique. Ils avaient habilement choisi l'emplacement de leur cité, en l'établissant sur un plateau dont le pied était protégé par des marais et par le débordement de deux petites rivières, PAuron et l'Yèvre, qui sortaient des forets voisines. Souvenl exposés aux rivalités qui.

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pendant plusieurs siècles, armèrent les uns contre les autres les peuples de la Gaule et finirent par la livrer aux aigles romaines, les chefs des Bituriges avaient fortifie leur ville, qui bientôt était devenue la plus importante de celle partie de la Gaule, rrotcgée par une citadelle, elle renfermait des approvisionnements de toute sorte, et, lorsque les Gaulois connurent l'usage des monnaies, il paraît qu'un atelier monétaire fut établi dans cette ville; on possède, en effet, quelques petites pièces de bronze représentant, d'un cote, un sanglier avec la légende AVARICO, et de l'autre un cavalier courant à gauche. C'est dans celle ville que régnait Ambigal, et c'est sans doute sous ses murs que furent rassemblées les bandes gauloises qui, G15 ans avant notre ère, s'en allèrent au loin chercher, sous la conduite de Sigovèse et de Dellovèse, une autre patrie, étonnant le monde par leur courage. Lorsque César fit la conquête des Gaules, on sait quelle fut l'héroïque tentative de Vercingétorix, le vaillant chef des Arvernes, pour rendre à la liberté sa patrie opprimée ; la fortune trahit son courage. Dattu à Vellodunum, à Genaitim et à Novioduniim, il prit le parti extrême de brûler toutes les places que leur position ou la faiblesse de leurs fortifications ne pouvait préserver d'une attaque; il craignait que les traîtres n'y trouvassent un refuge et qu'elles ne servissent de place d'armes aux Romains. Plus de vingt villes des Biluriges furent ainsi livrées aux flammes dans un même jour, et l'on délibérait sur l'opportunité de faire subir le môme sort à Avaricum, lorsque les Biluriges demandèrent qu'on épargnât leur ville, l'une des plus belles de la Gaule, se proposant de la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Mais bientôt César, qui était en Italie, accourut, délivra la province, écrasa les Arvernes et vint mettre le siège devant Avaricum. « Protégée par ses retranchements naturels, l'Auron, l'Yèvre, le Moulon, l'Yévrette et les marais, la capitale des Biluriges n'était accessible que par le point où se trouve aujourd'hui la porte Bourbonnoux. César plaça donc son camp sur l'étroit terrain qui bordait la rivière et les marais. En vingt-cinq jours, il éleva une terrasse qui dominait lés murailles de la ville. » Elle résista d'abord vigoureusement; mais, n'étant point secourue, elle fut prise d'assaut par les Romains, qui étaient exaspérés d'une résistance inattendue. Ataricum fut alors livrée aux horreurs de la guerre; les ennemis, furieux d'une trop longue résistance, n'épar-

gnèrent ni l'âge ni le sexe, et de quarante mille personnes enfermées dans la place, huit cents, qui s'étaient enfuies aux premiers cris d'alarme, parvinrent seules au camp de Vercingétorix. César trouva dans la ville une grande quantité de vivres cl des richesses nombreuses; il s'y arrêta jus(ju'à la fin de l'hiver pour refaire ses troupes.

Bourges, devint alors une ville romaine, capitale de l'Aquitaine ; on releva ses murs, on y construisit des aqueducs, des temples et des amphithéâtres. .iVu xvi= siècle, on voyait encore des traces de ces derniers édifices ; mais, au xvn», on on combla .l'emplacement pour y faire la place de Bourbon. La ville prit alors le nom de Bilurica ou BUuriges. Elle devint bientôt l'un des centres manufacturiers les plus importants de la Gaule : on y lissait le lin et le chanvre; on y fabriquait toutes sortes d'instruments et d'ustensiles avec les métaux que l'on lirait de ses environs; enfin, plusieurs voies romaines, celles à' Augustodunum (Autun), de Ccesarodunum (Tours) et de Lemovlces (Limoges), qui venaient aboutir à Biluriges, servirent à l'exportation des produits de celte industrieuse cité dans les différents pays de la Gaule. Au iv" siècle de notre ère, à la veille des grandes invasions, la ville fut de nouveau forlifiée. « Les monuments publics, les arcs de triomphe, les temples, les arènes, en partie, furent, dit M. de Sainl-llippolyle, sacrifiés au besoin de la défense. Les fondations des murs furent formées de cinq ou six assises de grosses pierres, fùls de colonnes, chapiteaux, frises, entablements, bas -reliefs, blocs couverts d'admirables sculptures ou à peine ébauchés, entassés pêle-mêle, sans ciment, sans ordre apparent, et non point cependant sans art. La partie de la muraille gallo-romaine, qui se développait au-dessus du sol, était bâtie en emplecton ou petit appareil à assises en briques tantôt placées à plat, tantôt figurant quelques ornements.

» Cette enceinte, tracée sur le plan dressé par le géographe De Fer en 170S, est encore visible, mais de moins en moins chaque année, le long de l'esplanade Saint-Michel et dans le jardin de l'Archevêché. »

Lorsque le monde romain devint la proie des barbares, Bourges tomba successivement au pouvoir des Iluns et des Wisigoths ; au moment de la grande invasion de 40G, elle avait déjà eu à souffrir du passage des Vandales et des Suèves. Cependant l'autorité romaine parvint à s'y maintenir jusqu'à

l'année 470, époque à laquelle les Wisigoths, qui jusqu'alors ne s'étaient présentes dans le pays que comme déprédateurs, y parurent en conquérants. Ils avaient pour roi Euric, le père d'Âlaric II ; ce prince parut à la tête de ses bandes redoutables; en vain le comte, qui représentait l'autorité romaine de la cité, appela-t-il à lui les vieux légionnaires qui résidaient dans la province, en vain convoquat-il les jeunes gens en état de porter les armes ; il fut battu, repoussé, et les Wisigoths se répandirent bientôt dans la ville, au grand désespoir de l'évêque et de la population chrétienne, qui redoutaient les vainqueurs, à cause de leurs doctrines hérétiques; on sait, en effet, que les Wisigoths étaient ariens.

Mais le triomphe des W'isigoths ne fut pas de longue durée. L'Église d'Aquitaine eut un protecteur, et Dieu se servit d'un barbare pour venger ses serviteurs de la domination des barbares. Clovis fit un jour entendre ces redoutables paroles : « Je supporte avec grand chagrin que ces Goths ariens possèdent une excellente partie des Gaules. Allons, avec l'aide de Dieu, nous les vaincrons, et nous réduirons leur terre en notre puissance 1 » L'effet suivit la menace. En l'an 706, Alaric II tombait dans les plaines de Vouillé, et avec lui la domination des Wisigoths dans les pays compris entre la Garonne et la Loire. Bourges, imitant l'exemple des grandes cités, ouvrit avec enthousiasme ses portes à celui qui avait invoqué à Tolbiac le Dieu de Clotilde et passa ainsi sous la domination franque. Cette ville reçut alors des comtes pour gouverneurs ; ils étaient révocables selon la volonté royale.

Après la mort de Clovis, Bourges dépendit du royaume d'Orléans, qui échut en partage à Clodomir;elle passa ensuite à Clotaire I'^'', puis à son fils Contran, roi de Bourgogne, et enfin à Clotaire II, qui réunit sous son sceptre les différents royaumes francs. Au temps où cette ville dépendait du royaume de Bourgogne, en 584, elle fut envahie et en partie détruite par les bandes armées de la Touraine, du Poitou et de l'Anjou, qui voulaient punir Contran de s'être emparé de leur territoire au détriment de Childebert, fils de Sigebert. L'année suivante, en 585, on rencontre pour la première fois dans l'histoire le nom d'un comte de Bourges, le comte Odon, qui, resté fidèle à Contran, lors de l'insurrection tentée dans le midi de la France par l'aventurier Gondovvald, s'empara de celui-ci de concert avec le comte de Provence, Gontran-Boson, et le fit lapider sous les mui's do

Saint-Bertrand-de-Comminges où il s'était d"abord retiré.

Bourges servit de séjour au roi Pépin, vers l'année 768, au moment où il faisait aux Aquitains cette longue guerre que Charlemagne devait seul terminer. Cette ville dépendait de l'Aquitaine ; il s'en empara, en fit son quartier général, y résida, et l'on dit même qu'il y fit élever un palais et de nouvelles murailles, depuis la porte Bourlonnoux jusqu'à la porte appelée de son nom la porte Cliarlotte (aujourd'hui la porte Saint-Louis). La ville, du reste, prenait chaque jour de nouveaux accroissements, et l'on y battait monnaie. Elle avait eu jusqu'en 817 des comtes; à cette époque, elle fut administrée par des vicomtes qui furent soumis à l'autorité royale; elle reçut dans ses murs Charles le Chauve, en l'année 849 ; son fils Charles, mort en bas âge, y fut même enterré en 866, dans l'église du monastère de Saint-Sulpice. Prise par les Normands en 868, disputée aux comtes d'Auvergne et aux descendants des ducs d'Aquitaine par les successeurs de Charlemagne, qui y avaient des vicomtes souvent en révolte ouverte contre eux, Bourges, au moment de la première croisade, fut, ainsi que nous l'avons dit, vendue pour soixante mille sous d.'or par llerpin ou Eude au roi Philippe I". Ce prince vint en l'an 1002 visiter sa nouvelle acquisition. Louis VI, son successeur, y séjourna plusieurs fois, et le roi Louis VII, déjà duc d'Aquitaine par son mariage avec Éléonore, déjà couronné à Reims, s'y fit couronner pour la seconde fois dans une coîtr plénière, le jour de la nativité du Seigneur. Les principaux seigneurs, ecclésiastiques et laïques, de France et d'Aquitaine, assistèrent au couronnement et aux réjouissances qui l'accompagnèrent ; ce furent les vrais états généraux de la féodalité. Pendant l'absence du roi, parti pour la terre sainte, quelques mécontents essayèrent de soulever le Berry et de s'emparer de Bourges ; ils parvinrent même à pénétrer dans la Grosse-Tour, citadelle de la ville, dont on rapportait la construction à Charlemagne ; mais ils furent bientôt réduits à l'obéissance par la sage attitude de l'abbé Suger, régent de France, et par le retour du roi. Celui-ci fut plus d'une fois appelé à Bourges pour protéger la ville contre les prétentions du roi d'Angleterre, Henri II, qui la réclamait comme ayant fait partie du duché d'Aquitaine que la reine Éléonore lui avait apporté en dot après son divorce avec Louis VII à Beaugency.

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Cathédrale de Bourges.

Philippe-Auguste comprit de quelle importance était pour lui la conservation de celte belle cité, qui commandait la frontière méridionale de ses États; aussi, pendant ses longues guerres avec Henri II, y tint-il toujours une bonne garnison ; à cette époque, la vieille forteresse de Charlemagne qui protégeait la ville menaçait ruine ; il la fit abattre et remplacer par une tour plus forte ou donjon qu'environnaient quatre autres tours reliées entre elles par des courtines garnies de mâchicoulis et protégées par des fossés. Pendant la guerre des Albigeois, il chargea l'archevêque Simon de Sully de conduire un renfort de troupes au comte de Monlfort. C'est dans la ville de Bourges que s'ouvrit, en 12-25, sous le règne de Louis VllI, le concile où l'on décida une nouvelle expédition contre les Albigeois. Bourges avait, en 1233, Philippe Berruyer pour archevêque, lorsque éclata contre lui un soulèvement dont les historiens ne nous ont pas rapporté la cause. Les portes de son palais furent

France illustrée. 99,

forcées, ses appartements furent ravagés, et luimême reçut de violents outrages. Le roi Louis IX (saint Louis) fit alors arrêter les principaux habitants de Bourges et les condamna à une forte amende.

Tandis que le pieux roi combattait au loin les infidèles, la France vil son repos troublé en 1251 par les 2^astoureaux, aventuriers armés sous le prétexte d'aller délivrer la terre sainte, et qui commettaient mille déprédations sur leur passage. Les portes de la ville leur ayant été ouvertes par quelques citoyens en dépit de l'archevêque, ils y pénétrèrent en grand nombre, dit l'historien Matthieu Paris, tandis que le reste demeurait au dehors parmi les clôtures des vignes. Leur chef, qui ?,'dc^pelaiile çrand matlre deHongrie^ pénétra d'abord dans les synagogues des juifs, les dévasta et pilla leurs biens ; mais, à quelques jours de là, comme il prêchait devant la multitude, on trouva qu'il ne remplissait pas ses merveilleuses promesses, et que 35. — Cher, 3» Liv.

LA FRANGE ILLUSTREE

les miracles qu'il annonçait comme signes de sa mission n'étaient que fourberie. Un bourreau, apostéparmi le peuple, frappa lemaîlre d'une bâche à deux tranchants et lui fit sauter la cervelle. Au môme instant, le bailli royal de Bourges et ses hommes d'armes fondirent sur les ribauds qui escortaient le maître de Hongrie et les dispersèrent; son corps fut abandonne aux chiens dans un carrefour, puis pendu par les reins aux piliers de justice de la cité. Selon Guillaume de Nangis, le maître ne fut pas tué dans la cathédrale de Bourges, mais hors de la ville, après qu'il en fut sorti avec ses gens. Celle-ci présentait alors l'aspect des grandes cités de France; ses rues étaient étroites et tortueuses, les maisons ou /o^w mal alignés n'avaient guère que deux étages empiétant sur la voie publique, et leurs pignons ouvragés laissaient à peine pénétrer l'air et le soleil. Sauf les grandes voies charretières couvertes de pierres inégales, les rues n'étaient pas pavées, et dans leur fange se vautraient des porcs, qui souvent causaient des accidents; un arrêt du parlement de 1268, rendu en présence de saint Louis, porte que, sur la plainte de beaucoup de personnes, les porcs seront expulsés de la ville parce qu'ils la remplissaient d'ordures. Philippe le Bon séjourna plusieurs fois à Bourges; il y convoqua même, en 1317, les états généraux du Languedoc, pour en obtenir les subsides nécessaires à la continuation de la guerre de Flandre, ce lourd héritage que lui avait légué son père Philippe le Bel. La vieille cathédrale n'était plus depuis longtemps e-a rapport avec l'importance de la cité ; le zèle des fidèles, la piété des archevêques avaient doté la ville du magnifique monument que nous admirons aujourd'hui. Commencée au xin' siècle, elle fut inaugurée le 5 mai 1324. Le roi Jean alTectionnait Bourges ; il donna cette ville, ainsi que nous l'avons dit, à son troisième filsJean; mais elle faillit lui échapper, car le Prince Noir, fils d'Edouard III, vint l'assiéger à la tête de deux mille hommes d'armes et de six mille archers. Il allait s'en emparer, grâce à la trahison d'un nommé Petiot Menais, lorsque les habitants, unis à la garnison, le chassèrent du rempart et des faubourgs qu'il incendia en se retirant. Le duc de Berry, devenu très puissant et très inlluenl dans le Midi par son mariage avec une des filles du comte d'Armagnac, prit une part active aux événements politiques qui illustrèrent le règne de Charles V et assombrirent celui de Charles VI ; néanmoins, il avait pris au sé-

rieux son titre de duc de Berry, et la ville de Bourges lui dut des embellissemonts et des fondations nouvelles ; nous avons déjà cité, parmi ces dernières, la fondation d'une Sainte-Chapelle aujourd'hui détruite. Craignant que sa bonne ville ne fût encore exposée aux ravages des Anglais, Il fit réparer la Grosse-Tour en 1374 et augmenter ses fortifications; il s'était fait construire dans la ville un palais magnifique, où se tinrent dans la suite les grandes assemblées de la province; il n'en reste plus que des débris informes. Le duc Jean de Berry s'étant déclaré pour les Armagnacs contre la faction des Bourguignons, pendant les troubles qui, sous Charles VI, désolèrent la France, le duc de Bourgogne, traînantàsa suite le pauvre roi insensé, vint au mois de juin 1412 l'assiéger dans Bourges. La ville était défendue par une nombreuse garnison , les ducs de Bourbon, d'Armagnac, d'Orléans étaient auprès de Jean de Berry; après un mois de siège infructueux, les conférences s'ouvrirent et une trêve fut signée, grâce à l'intervention d'Amcdée VIII, duc de Savoie, et de l'archevêque. La ville avait néanmoins souffert du siège, et quelques-uns de ses plus vieux monuments s'écroulèrent aux atteintes des lourds boulets de pierre et de fonte de l'arlilleric royale. Sous le règne de Charles VII, Bourges fut un instant la capitale de la France, et toutes les cours du roi siégèrent souvent dans le palais de Jean le Magnifique; la reine Marie d'Anjou y demeura pendant la guerre des Anglais, Louis XI y vint au monde. Mais l'homme dont le nom est le plus mêlé à l'histoire de la ville de Bourges, à cette époque, est Jacques Cœur, né près de Montpellier; établi de bonne heure à Bourges, il s'y livra au négoce et afferma la monnaie de cette ville; nommé argentier du roi, il eut, grâce aux gains immenses qu'il faisait, l'occasion de prêter des sommes importantes au besogneux Charles VII ; il lui fournit même, dit-on, les sommes nécessaires à la levée 'des troupes qui chassèrent les Anglais de la Normandie. Sa famille parvint à une haute fortune, et son fils, Jean Cœur, fut archevêque de Bourges. Mais le célèbre argentier vit bientôt l'envie, la disgrâce et la ruine fondre sur lui, et il dut s'estimer heureux, après avoir subi la question, d'être condamné en 1434 à un bannissement perpétuel. C'est dans la ville de Bourges que futsignée, en 1438, la Pragmatique sanction, ordonnance célèbre fondée sur les décrets du concile de Bâle, qui établissait les libertés de l'Église gallicane et s'opposait aux

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exactions de la cour de Rome. Charles VII aimait Dourges et il accorda la noblesse aux maire el cchevins de celte ville; il y résida souvent avec la belle Agnès Sorel, qu'il appelait la Dame de beauté; il y reçut plusieurs fois les ambassadeurs étrangers et y donna de grandes joutes et tournois, notamment en 1460. Après la funeste mort de son père, à laquelle l'histoire l'accuse d'avoir contribué, Louis XI parut vouloir traiter favorablement sa ville natale en lui accordant une université, à la demande de son jeune frère Charles, alors à peine âgé de dixsept ans. Elle fut inaugurée solennellement dans la cathédrale le 30 mars 1469. Cette université devint bientôt célèbre, et, parmi les élèves et professeurs dont elle s'enorgueillit à juste litre, nous citerons Alciat, Douaren, Cujas, Holman, Jean Calvin, Théodore de Bèze et le grand Condé. Lors de la guerre dite du Bien public, la ville de Bourges s'insurgea; mais elle dut bientôt rentrer dans le devoir. Louis XI, après y avoir lait une entrée solennelle en 1466, donné des fêles et d'abord (latlé l'amour-propre des bourgeois, leur laissa pour adieu une augmentation de tailles et d'impôts; ceux-ci se soulevèrent de nouveau; alors ce prince abolit le régime municipal dans la cité et lui substitua un maire et douze échevins à sa nomination. Cette petite révolution intérieure ne s'accomplit pas, comme on le pense, sans qu'on pendît quelques-uns des plus mutins. La peste, vers la fin du règne de Louis XI, ravagea plusieurs fois la ville ; mais le mal causé par ce fléau fut loin d'égaler celui que produisit le grand incendie du jour de la Madeleine de 1487 : 10 abbayes, plus de 3,000 maisons devinrent la proie des flammes; cet incendie rappela par ses désastres celui de 1333 qui avait à moitié détruit la ville. Le commerce de Bourges, alors florissant, ne s'en releva pas; les fabricants de draps, dont le nombre était considérable, portèrent ailleurs leur industrie. Lyon et Lille furent les villes qui gagnèrent le plus à ce terrible malheur. Ce fut dans la Grosse-Tour de Bourges que fut enfermé Louis d'Orléans, à la suite de \& guerre folle. Cette forteresse servait, depuis le règne précédent, de prison d'État : le cardinal La Balue, le comte de Saint-Pol y avaient été enfermés, et le capitaine qui la commandait recevait des gages aussi élevés que ceux du capitaine de la Bastille de Paris. Anne de Beaujeu, régente de France, et son frère le roi Charles VIU vinrent séjourner à plusieurs reprises dans l'antique capitale du Berry.

Louis d'Orléans, devenu roi sous le nom de Louis XII, rendit Bourges à la pieuse et sage Jeanne de France, qu'il venait de répudier, oubliant celle qui avait volontairement partagé sa captivité dans la Grosse-Tour. Celle-ci s'enferma dans le palais qu'avait fait construire Jean le Magnifique, frère de Charles V, et ne se fit connaître que par ses vertus et sa charité. Nous avons déjà dit qu'elle avait créé l'ordre des Annonciades; elle fil aussi bâtir le collège Sainte-Marie, aujourd'hui le lycée national. Pendant la grande peste qui désola la ville en 1500, le pieux dévouement de cette princesse la fit bénir de tous les habitants. Aujourd'hui encore, son nom est populaire dans la ville de Bourges. Louis XII jura, en 1S08, dans la Sainte-Chapelle de Bourges, le traité de la ligue de Cambrai , préparé par son ministre Georges d'Amboise; son entrée dans la ville avait été l'occasion de grandes fêtes et de grandes cérémonies, et la caisse municipale avait fait les frais des riches présents qui lui furent offerts. François I" ayant cédé le Berry à sa sœur Marguerite d'Angoulème, celle-ci se rendit à Bourges, y reçut magnifiquement son frère et lui donna, dans les fossés des Arènes, le curieux spectacle du mystère de la Passion. On lui doit la rédaction de la coutume de Bourges; mais la présence de cette femme légère et spirituelle dans cette ville dut beaucoup contribuer à la propagation du protestantisme. Jean Calvin, qui avait étudié à l'université, y composa, dit-on, la plus grande partie de son fameux livre de V Institution chrétienne. Les troubles causés par la dilTérence de religion commencèrent à Bourges en 1561. Montgomery, à la tête des prolestants, s'empara de la ville en 1562, el pendant trois mois il la livra aux bandes calvinistes qui dévastèrent les abbayes, pillèrent les églises et, dans leur fureur sacrilège, profanèrent les magnifiques tombeaux de saint Ursin , de saint Guillaume, du duc Jean le Magnifique et de la vertueuse Jeanne de France. Après leur expulsion, Charles IX, qui séjourna un instant à Bourges, put voir, aux ruines fumantes qu'il y trouva encore, quelles avaient été les souffrances de l'ancienne métropole de l'Aquitaine. Les funestes journées de la Saint-Barthélémy ensanglantèrent aussi la ville. Les catholiques firent main basse sur les protestants , qu'ils emprisonnèrent dans différents endroits, et dont ils pillèrent les maisons; le 10 septembre, ils réunirent toutes les victimes dans les prisons de l'archevêché, et le lendemain, à onze

heures du matin, une bande d'assassins, conduite par un échevin et par son frère, se rendit à l'arclievcciié, où elle massacra tous les prisonniers, dont les corps vinrent bientôt encombrer les fossés de la ville du côté du Bourbonnoux. C'est alors que les jésuites parvinrent, lorsque le calme fut un peu rétabli, à s'emparer du collège et de l'université. Dans le cours de l'année 1583, Bourges fut encore décimée par la peste, et plus de 5,000 personnes succombèrent, dit-on, altcinlcs de ce redoutable fléau. Après la journée des étals de Blois, le jeune duc de Guise fut proclamé roi de France dans la cathédrale de Bourges par l'archevêque. La ville tint pour la Ligue jusqu'en 1594; le seigneur de La Châtre la rendit ou plutôt la vendit à Henri IV pour 890,000 livres. Les protestants se virent cependant encore maîtres de Bourges en 1590 et en 1615; mais le comte de Montigny la reprit à la tête de l'armée royale. Ce fut le dernier événement militaire qui troubla la ville ; elle refusa de prendre parti pour le prince de Condc, son gouverneur. Lors des troubles de la Fronde, le roi Louis XIV y fil son entrée solennelle au mois d'octobre 1651 et confirma ses privilèges. C'est alors que fut détruite la Grosse-Tour, monument féodal témoin de tant d'événements, qui dominait la ville et qui avait servi tantôt de prison d'État, tantôt de refuge et de place d'armes aux gouverneurs révoltés. Une perte plus sensible pour les archéologues et les amis des arts fut celle de la Sainte-Chapelle et du palais royal construit par le duc Jean, qui furent détruits et ruinés par un terrible incendie en 1693. En 1730, tout un quartier, celui de l'Auron, fut aussi dévoré par les flammes, et la ville de Bourges se ressentit pendant longtemps de ce sinistre. Les règnes de Louis XV et de Louis XVI ne marquent guère dans les annales de Bourges que par des faits secondaires. Pendant cette période, elle essaye de trouver dans l'industrie de ses fers et le commerce de ses laines de nouveaux éléments de prospérité pour sa population sage et réfléchie. La Révolution y marqua, ainsi que dans toute la France, des mauvais jours; le terrorisme y déploya ses rigueurs, et l'échafaud fut teint du sang de plus d'un innocent. Parmi les victimes les plus illustres, nous citerons le comte de Gamaches, qui descendait d'une des plus anciennes familles du pays. Le dictateur révolutionnaire de la cité était le représentant du peuple Laplanche, qui convertit l'église Saint-Étienne en temple de la Raison, souilla les autres églises,

fondit les cloches et taxa ceux qu'il appelait des aristocrates. Bourges paya son contingent de braves aux armées de la République, du Consulat et de l'Empire; et lorsque la fortune eut trahi leur courage, les soldats de Waterloo, devenus soldats de la Loire, trouvèrent un accueil fraternel dans la vieille cité berrichonne. Depuis, cette ville a subi le mouvement commun, et les révolutions de 1830, de 1848 et de 1870 l'ont surpri.se au milieu des actives occupations d'une industrie prospère, la créalion de canaux et de nouvelles routes, et de nouveaux chemins de fer. Le séjour de don Carlos, prétendant à la couronne d'Espagne, l'émotion temporaire causée par quelques grandes assises politiques, ont seuls pu tirer du calme où elle était plongée Vanlique Avaricum, la ville métropolitaine de l'Aquitaine, Bourges, à qui la France tiendra toujours pour honneur d'être restée française et la capitale du roi de Bourges, alors que les Anglais nous menaçaient de la servitude.

Bourges est agréablement située sur les deux versants d'un coteau, à la jonction des rivières d'Auron, d'Yèvre et d'Yévrette ; ses anciens remparts ont été convertis en promenades publiques , et l'antiquaire rencontre encore, de loin en loin, quelque trace de son enceinte gallo-romaine et quelques-unes de ses tours féodales. Les rues y sont, en général, larges et bien aérées ; les maisons peu élevées, souvent entre cour et jardin, donnent à la ville une étendue considérable. Les boulevards Saint-Sulpice, Saint-Paul, le cours Saint-Louis, le cours Sainte-Marie forment de jolies promenades; la place Scraucourt, celle de Saint-Pierre et le jardin de l'archevêché sont agréablement plantés d'arbres; le cours Saint-Louis est aussi fort fréquenté.

La cathédrale, dédiée à saint Etienne, tient la première place parmi les monuments les plus remarquables de Bourges ; elle a été construite au xni° siècle sur les fondations d'une basilique plus ancienne, devenue insuffisante pour les besoins de la cité. Ses deux tours, dont l'une, celle du Sud, est restée inachevée, couronnent majestueusement le plateau sur les flancs duquel s'étage la ville de Bourges. L'église Notre-Dame, bâtie en 1157, détruite par l'incendie de 1487 et reconstruite en 1520 ; l'église Saint-Bonnet, bâtie en 1250 et reconstruite en 1510, sont aussi dignes d'attention; l'antiquaire admire dans cette dernière de fort beaux vitraux. Bourges possède, en outre, les restes de plusieurs

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autres églises supprimées par la Révolution et transformées en granges, magasins ou brasseries. Citons encore l'archevcclié, dont le pavillon qui contient le grand escalier, la chapelle, les grands appartements et le jardin dessiné par Le Nôtre sont fort beaux; mais il serait difficile de reconnaître dans l'hôtel de la préfecture quelques-uns des restes appréciables de l'ancien palais des ducs de Berry. Un monument qui arrêtera le touriste, et qui, malgré quelques maladroites réparations, conserve encore le cachet de son époque, est l'ancien hôtel de Jacques Cœur, aujourd'hui le palais de justice; il a été construit en 1443 et décrit par tous les historiens et les archéologues qui ont laissé quelques écrits sur Bourges. La maison des Lallemant, improprement appelée la maison de Louis XI, est aussi une délicieuse construction qui date de la Renaissance. Nous citerons encore, parmi les maisons particulières, la maison de Cujas, dans la rue des Arènes. Le petit lycée occupe les bâtiments de l'ancien hôtel de ville ; le nouvel hôtel de ville, ceux de l'ancien hôtel de la Porte; la caserne, ceux de l'ancien grand séminaire, et c'est dans ses jardins que l'on reconnaît la position de la fameuse Grosse-Tour, dont les pierres étaient taillées à face de diamant. Bourges possède une bibliothèque de 20,000 volumes, un musée, le musée de Jacques Cœur, un théâtre, un hôpital général, un lycée, de belles halles, de vastes casernes et un grand abattoir.

Sur l'une des places de la ville s'élève la statue en bronze du célèbre argentier Jacques Cœur, par Prcault.

Malgré une distance de •232 kilomètres, Bourges, grâce au chemin de fer du Centre, n'est plus qu'à quelques heures de la capitale; elle trouve dans la rapidité des communications de nouvelles occasions d'embellissements et de bien-être. Siège de l'étatmajor du 8° corps d'armée, et dotée de grands établissements militaires, elle renferme des fabriques de couvertures de laine fort estimées ; sa coutellerie n'est pas sans réputation ; les brasseries et les tanneries occupent un grand nombre de bras ; elle fait un commerce actif de graines, de chanvre, de peaux et de bois. Chef-lieu du département du Cher, Bourges compte aujourd'hui 33,783 habitants; elle possède un séminaire théologique diocésain et une école secondaire ecclésiastique. Parmi les personnages importants auxquels Bourges a donné le jour, nousciterons : Louis XI ; Lescuyer, peintre sur verre ;

le savant jésuite le Père d'Orléans; Hourdaloue, Jean Boucher, peintre; La Chapelle, de l'.Vcadémic française, qu'il ne faut pas confondre avec le joyeux ami de Bachaumont; Jean Chaumeau, historien du Berry, et le physicien Sigault-Lafond.

Aux environs se trouvent les importantes usines de Mazières, d'où sont sorties les pièces de fonte des Halles centrales de Paris.

Les armes de Bourges sont : d'azur, à trois mojctons passants d'argent, à la bordure engrêlée de gueules, au chef d'azur chargé de trois /leurs de lis d'or.

Les Aix-d'A.ngillon. — Les Aix-d'Angillon, cheflieu de canton, arrondissement et à 19 kilomètres au nord-est de Bourges, sont situés sur la rive gauche du Colin et sur la route de Bourges à Sancerre, peuplés par 1,638 habitants. C'était autrefois une ville importante, entourée de fossés et de murailles ; elle devait son origir.e et son nom à un château qu'y fit élever un seigneur de Sully, nommé Gillon {Ârx dom Gillonis). Saccagée pendant les guerres civiles du xiv* et du xv" siècle, elle n'a pu se relever de ses ruines. On y voit encore une vieille tour, servant aujourd'hui de prison, et qui dépendait autrefois du château. L'église, placée sous l'invocation de saint Ithier, appartient à la période romane et figure au nombre des monuments historiques.

A 10 kilomètres au sud, le village de Brécy attire l'attention par son château, l'un de ceux du département du Cher qui ont le mieux conservé leur ancienne physionomie.

Salnt-Éloi-de-Gy. — Saint-Éloi-de-Gy est un bourg important de 1,448 hal)itanls, à 10 kilomètres au nord de Bourges, près de l'Annain. C'est dans cette commune que se trouve le château de Dame, qui appartint à Agnès Sorel; elle l'habita pendant que Charles VII séjournait à Mehun. Détruit au commencement de la guerre de Cent ans, il avait été reconstruit vers la fin du xiv« siècle ; il fut plusieurs fois pris et repris par les catholiques et les protestants; son enceinte, fort étroite, était entourée de fossés et protégée par des tours rondes et carrées. Il relevait du château de Mehun, au seigneur duquel il payait deux éperons d'argent et douze pains pour ses chiens.

Mehun-sur-Yèvre. — Mehun-sur-Yèvre [Magdmmm), station de la ligne de Vierzon-Bouiges

à Saiiicaize et Moulins, est dans une agréable situation, à 17 kilomctrcs au nord-ouest de Bourges et dans une plaine fertile en blé et en vin; c'est un clicf-lieu de canlon, que traverse la route de Bourges à Yierzon. Cette petite ville, qui compte aujourd'hui 6,326 habitants , paraît fort ancienne, surtout si l'on veut y voir, avec quelques historiens du Berry, le Magdoleiise Castrum de Grégoire de Tours. Elle avait, au x° siècle, des seigneurs particuliers qui relevaient de l'archevêché de Bourges et avaient droit de battre monnaie; elle ne fit retour à la couronne qu'en 1332, à la suite du scandaleux procès de Robert m d'Artois, à qui elle appartenait alors. Charles VII aimait le séjour de Mehun; il y avait fondé une chapelle dépendant de l'église de Notre- Dame et une maladrerie; il fit achever le château, commencé par son grand-oncle Jean, duc de Berry, à la place de la vieille forteresse féodale qui tombait en ruine. Ce château, dont les contemporains vantent la magnificence, était élevé dans un site délicieux; c'est là que Charles VII se laissa mourir de faim en 1461; aujourd'hui, il n'en reste plus que quelques débris. Les restes de ce château comptent au nombre de nos monuments historiques.

L'église de Mehun, monument historique, appartient au style roman fleuri du xi" au xu= siècle. On y remarque les statues des douze apôtres, provenant de la chapelle du château.

Mehun possède, en outre, une ancienne porte assez bien conservée.

Près de cette ville, on voit aujourd'hui une importante manufacture de porcelaine.

Les armes de Mehun sont : d'azur, à trois fleurs de lis d'or, 2 et i, et mi franc-canton de gueules brochant sur la première fleur de lis.

ViERZ0.\. — Vierzon, que l'on qualifie de Vierzori- Ville pour la distinguer de Vierzon-Villaije, faubourg devenu, lui aussi, une importante commune, chef-lieu de canton, arrondissement et à 3o kilomètres au nord-nord-ouest de Bourges, à 201 kilomètres au sud de Paris, située près du confluent de l'Yèvre et du Cher et près du canal du Berry, à la jonction des chemins de fer d'Orléans, de Tours, de Nevers, de Périgueux et de Châteauroux, est peuplée par 8,993 habitants. Cette jolie ville se présente entourée de riants coteaux et de grandes prairies où paissent de nombreux troupeaux, dans

une des positions les plus agréables du département. Elle justifie cet ancien distique latin qu'on lisait jadis au-dessus d'une de ses portes, et qui entourait, dans les verrières de son église paroissiale, les armes de la ville :

Virzio villa virens, aliuiide paiica reqiiirens, Sylvis ornata, vineis, pratis decorata.

Vierzon est aussi bien bâtie que bien percée ; ses maisons doivent à leur couverture en ardoise une apparence de gracieuse propreté. La rue qui donne passage à la route nationale est une des plus belles qui se puissent voir dans les villes de province, par sa largeur et l'importance des maisons qui la bordent. Le Cher, qui, grossi à la fois par l'Auron et plusieurs cours d'eau, y est navigable; le canal du Berry, le chemin de fer, la grande route de Paris à Toulouse, lui donnent une grande importance.

D'après la tradition , celte ville aurait été du nombre de celles qui furent brûlées par Vercingétorix pour arrêter la marche de César. C'est à la suite de cette catrastrophe, qui renversait une cité florissante, que les Romains, dit-on, donnèrent à ce lieu les noms de Eversio, Versio, puis Virzio ; d'autres prétendent faire dériver son nom du celtique latinisé Briva-Esiiro, pont sur l'Auron. Enfin, dans le fameux roman des Chevaliers de la Table ronde, de Lancelot du Lac, il est dit que le Ba7i de Benoît, roi ou chevalier redouté, possédait, sur l'emplacement de la ville, un château fort entouré d'eau de toutes parts, auquel on n'arrivait que par une chaussée de deux lieues de long.

Quelles que soient les origines de cette ville, ce qui est certain, c'est qu'elle est fort ancienne, puisqu'on y a trouvé des vestiges de construction romaine. Elle eut des seigneurs particuliers; la première fois qu'il en est fait mention dans l'histoire, c'est en 842; on parle alors d'un sire de Vierzon, Ccntulphe, fondateur de l'abbaye de Dôvre, qui se signala par de grandes libéralités envers l'Église, ainsi qu'Ambran, l'un de ses successeurs. A cette époque, Vierzon était déjà entourée de murailles et possédait un château fort {ftrmitas) considérable. Cette baronnie passa, dans la suite, à la maison de Blois, et Thibaut, comte de Blois et de Champagne, la possédait au commencement du x" siècle. Il la donna alors en fief à un comte particulier, nommé Humbaud le Tortu.Ce baron fut la tige d'une famille qui, dans l'espace d'un peu moins de trois siècles, donna à Vierzon douze châtelains

cil Eli

et douze châtelaines. Leur histoire se confond avec celle de l'abbaye de Dèvre, qui, ruinée à plusieurs reprises par les Normands, avait été trausi)ortée, vers l'an 903, dans la ville, sous la protection du château fort. Ilumbaud II s'y fit reiifçieux vers l'an 1031. Arnould l" nous donne l'exemple de ces petites guerres de manoir à manoir qui désolaient alors la France et nécessitaient l'intervention de l'Église; il s'épuisa longtemps à faire la guerre au sire de Graçay pour la possession d'un bois et d'une prairie. Guillaume I" refusa de reconnaître le fougueux Richard Cœur de Lion, qui, pour s'en venger, s'empara, en 1196, de la ville et du château de Vierzon et les incendia. La ville sortit bientôt de ses ruines et trouva dans la vente de ses laines et de ses draps une source de richesses qui lui permirent de réparer complètement ses désastres ; le château fut alors complètement réédifié. A la mort de Guillaume, en 1197, son fils, Hervé I", lui succéda. Ce baron prit part à la croisade des Albigeois ; il suivit saint Louis en Egypte et tomba mortellement atteint en le défendant, ainsi que son fils Guillaume, qui l'avait suivi outre-mer. Hervé H, Hervé III ne firent que paraître ; Hervé IV eut une plus glorieuse destinée : il suivit le pieux roi à sa seconde croisade, combattit les Sarrasins et mourut de la peste au retour. Celle fidélité des sires de Vierzon envers la couronne de France leur valut alors pour leur fief des franchises importantes. Hervé IV, sire de Vierzon, ne laissait qu'une fille, Jeanne. Elle épousa Godefroy de Brabant, seigneur d'Arscot, et lui porta sa baronnie en fief. Celle-ci passa ensuite dans la maison de Juliers. Vierzon fut alors un peu négligé, et, les Anglais s'étant présentés sous ses murs en 1336, peu de temps avant la bataille de Poitiers, s'en emparèrent et la gardèrent pendant quatorze ans. Du Guesclin leur reprit enfin la ville en 1370, et elle fut rendue à Guillaume de Juliers. Le duc Jean de Berry, tuteur de Charles VI, la confisqua sur ce baron pour le punir de n'avoir pas voulu reconnaître le roi son pupille; et, après la mort du duc Jean, Vierzon fit retour à la couronne. Cette ville fut, dans la suite, quelquefois assignée comme apanage ou engagée pour prêt d'argent. François I" y établit un bailliage royal et en fit le siège d'une châtellenie. La ville était alors entourée de murailles hautes de dix mètres , protégée par de larges fossés et par vingt-deux tours rondes et défendue par un château, dont il ne reste plus que la porte d'entrée,

qui sert à placer l'horloge, et deux tours. PcihImuI les guerres de religion, Vierzon fut plus d'une t'ois prise et reprise, et c'est alors que ses fortifications furent ruinées. On y trouve encore aujourd'hui quelques vieilles maisons parliculièros dont la décoration est très piltores(iue. L'hôtel de ville occupe l'ancien couvent des cordeliers, fondé, en 1270, par Hervé IV. Vierzon doit à son importante station de chemin de fer une prospérité industrielle cl commerciale qui s'accroîlde jour en jour; elle possède deux fabriques considérables de porcelaine, des parchemineries, des scieries, des distilleries, des verreries, des fabriques de vêtements confeclionnés, etc.

Outre sa vieille église, remarquable par son clocher roman, Vierzon a conservé quelques restes de ses anciens remparts et une porte ogivale.

Les armes de Vierzon sont : d'azur, à une tour crénelée à' argent, posée en bande.

Vierzon -Village. — Vierzon-Village, petite ville de 6,731 habitants, siluée sur le Cher, canton et à 1 kilomètre au sud de Vierzon-Ville, et qui n'en est séparée que par quelques prairies, l'Auron et le canal du Berry, a dû toute son importance à de hauts fourneaux et à des forges que les descendants des comtes d'Artois y avaient établis en 1775 ; aujourd'hui, ces établissements industriels sont remplacés par d'autres, tels qu'une tréfilerie, une fabrique d'ustensiles de ménage en fer, etc., qui sont en pleine prospérité.

Ch.\rost. — Charost, chef-lieu de canton, sur l'Arnon, à 26 kilomètres au sud-ouest de Bourges, est une petite ville fort ancienne, dans une situation charmante, au milieu de riches vignobles, sur la route de Bourges à Chùleauroux, peuplée par 1,553 habitants. Elle tient une place dans l'histoire pour avoir donné son nom à une famille dont les barons étaient déjà connus au xi° siècle. Elle était entourée de murailles et flanquée de tours. Elle eut d'abord des comtes, puis elle fut érigée en duché-pairie en 1672, par Louis XIV, en faveur de Philippe de Béthune-Charost. Ses fortifications et celles du château ont été ruinées pendant les guerres de la Ligue; on peut cependant en voir encore quelques débris, qui remontent au xiv^siècle Ils ont cela de remarquable qu'ils sont formés de pierres calcaires, rouges et parsemées de cristaux de quartz. Charost possède un pont en pierre sur l'Arnon.

Graçay.— Graçay {Crazzacuvi), chef-lieu de canton peuplé par 3,168 habitants, est une petite ville située au confluent du Pot avec le Fouzon (affluent du Cher), arrondissement et à 52 kilomètres à l'ouest de Bourges. Exclusivement agricole, elle doit son importance à ses foires et à ses marches ; elle est traversée par la route de Toulouse. Graçay était autrefois entourée de murailles flanquées de tours; il en reste encore quelques vestiges.

Sur le territoire de cette commune et près de la roule de Paris à Toulouse, on remarque un amas de pierres énormes connues dans le pays sous le nom de Pierres-Folles, qui paraissent être les débris d'un important monument mégalithique. Deux principales pierres plates, placées de champ à la suite l'une de l'autre et parallèlement à une troisième, posée de même à quelques mètres de dislance, en soutiennent une quatrième, beaucoup plus grande, et posée dessus en forme de table. L'espèce de cabane que forment entre elles ces pierres est fermée à l'un des deux bouts, celui de l'est, par une dalle posée également de champ; le bout opposé est ouvert et fait face à un autre dolmen construit à peu près de la même manière. Tout autour, excepté du côté du sud, sont placés confusément divers blocs de toute forme et de toute grandeur, qui complètent le groupe et le nombre total de vingt et une pierres.

Sancerre (iat. 47° 19' 52; long. 0° 30 7" E.). — Sancerre [Sacrum Cœsaris), chef-lieu d'arrondissement et de canton, à 47 kilomètres au nord-est de Bourges, siège d'un tribunal de première instance, d'un collège communal, d'une chambre d'agriculture et d'un comice agricole, peuplée par 3,691 habitants, station de la ligne de Paris à Lyon par le Bourbounais, à 2 kilomètres et sur la rive gauche de la Loire, est bâtie sur un plateau isole de plus de 130 mètres d'altitude, et dont les pentes, couvertes de vignobles, produisent un vin estimé. C'est une ville assez irrégulièrement construite et mal pavée, mais pittoresquement assise sur une colline abrupte, dominant la Loire. Elle a trois places principales, plusieures églises gothiques, un temple protestant et fait un commerce important en grains, vins, bestiaux, pierres meulières, etc. De l'Esplanade et de la porle César, on jouit d'une vue magnifique sur le cours sinueux de la Loire, depuis La Charité jusqu'à Driare, et sur un riche bassin que se dispu-

tent les plus florissantes cultures. Grâce à sa position naturellement fortifiée, Sancerre dut être de bonne heure habitée; mais les historiens et les archéologues ne sont pas d'accord sur son origine : les uns ont voulu y voir une ancienne ville fond(''C par le conquérant des Gaules près d'un temple païen et lui donnent le nom de Sacrum Cœsaris; d'autres, et parmi eux le savant dom Bouquet, n'y voient que Castrum Gordo7ns, enlevé, vers l'an 463, par le patrice /Egidius aux Wisigolhs, qui s'y étaient retranchés ; enfin, quelques-uns, s'auloi'isant d'actes du ix" siècle, où elle est appelée (S'ffx/rtcum, n'y voient qu'une colonie de Saxons exilés par Charlemagne. Ce que nous devons conslalcr, c'est que, dans quelques chartes du xni" siècle, celte ville était désignée sous le nom de Sacrum Cœsaris. Quoi qu'il en soit, la seigneurie de Sancerre était, à la fin du xi« siècle, un des trois grands fiefs du Berry et relevait des comtes de Blois et de Champagne. Thibaut le Grand la donna, en 1152, à son troisième fils Etienne, que la chronique signale comme un homme « noble de sang et non de mœurs; » en efl'et, il commit maintes exactions, ce qui attira sur lui la colère des rois Louis VII et Philippe-Auguste, qui envahirent son comté et assiégèrent Sancerre. Enfin, après avoir porté autour de lui la ruine et la désolation, il se croisa et fut tué, en 1190, sous les murs de Saint- Jean-d'Acre. Sancerre resta dans la maison de Blois et de Champagne jusqu'en 1240, époque à laquelle saint Louis acheta ce comté pour le réunir à la couronne. Les comtes de Sancerre avaient pour armes celles de la maison de Champagne, c'est-àdire une bande d'argent accompagnée de deux cotices, sur fond d'azur ; leur cri de guerre était fier et hautain : Pass'avant le meillor, pass'avaiit Thiebold. Les comtes de Sancerre furent donc, depuis saint Louis, vassaux de la couronne; leur droit de suzeraineté s'étendait sur une grande partie des chàtellenies et des arrière-fiefs du Berry ; les châtelains et les chevaliers leur devaient hommage dans la tour des fiefs, seul débris de l'ancien château qui existe encore aujourd'hui. En 1614, le comté de Sancerre passa dans la maison de Condé, qui l'a possédé jusqu'en 1789. Les Sancerrois embrassèrent de bonne heure le calvinisme, et leur ville fut une des principales places d'armes des protestants pendant les guerres de religion. Ehe soutint plusieurs sièges; le plus mémorable est celui de 1573. La ville ne put èUe prise que par

cil EH

Cliàleau de Meillaut.

la famine après un long et rigoureux blocus, pendant lequel les habitants durent se nourrir des choses les plus immondes, et même, dit-on, de chair humaine. En 1621, Sancerre fut pris par le prince de Condé; ses fortifications furent alors détruites et ses murailles rasées ; toutes les villes et paroisses voisines envoyèrent à l'envi des ouvriers pour travailler à la démolition d'une place qui avait si souvent attiré sur le pays les horreurs de la guerre. Lors de la révocation de l'édit de Nantes, le temple protestant fut détruit, et l'archevêque de Bourges, Phélippeaux, accompagné de dragons, vint s'installer dans la ville et invita les calvinistes à se co7iverllr, de par le roi; beaucoup d'entre eux préférèrent alors s'expatrier en Suisse. La dernière émolion politique qui agita cette ville fut la tentative du royaliste Phélippeaux, que le général Desenfants fit échouer. Ce Phélippeaux est le même qui, depuis, défendit Saint-Jean-d'Acre contre Bonaparte.

Fl;.\.NCE ILLLSTr.LE. 1 OO.

Sancerre possède le donjon de son ancien château, aujourd'hui entouré d'un beau parc, et plusieurs maisons du xv et du xvi» siècle. Cette ville est la patrie de Thaumas de La Thaumassière, historien estimé du Berry et du connétable Louis.

Les armes de Sancerre sont : de gueules, à une herse de labour d'argent, liée d'or; — aliàs : de gueules, à une herse d'or, accostée de deux branches de laurier, les tiges passées en sautoir de même.

Saint-Satur. — Saint-Satur est un bourg de 1,998 habitants, sur la Loire et à 3 kilomètres au nord-est de Sancerre. Le port de Saint-Thibault, qui en dépend, sert d'entrepôt aux objets d'exportation de tout l'arrondissement. Saint-Satur doit son nom à la célèbre abbaye qui fut fondée, en 463, par saint Piomble, au lieu dit Gardonicum, et que les libéraUtés des archevêques de Bourges et des seigneurs du Berry permirent d'agrandir à diffé-

S5« — Cher, 4« Liv.

rentes époques et d'enrichir de plusieurs londalions pieuses; elle fut ruinée par les Anglais cl les calvinistes. L'église, commencée dans le xv" siècle, est restée inachevée, et le chœur seul est debout. Dans cet état, elle est encore un des plus beaux monuments religieux du département. Les murailles et les tours qui gardaient la ville ont disparu depuis longtemps. Saint-Satur possède un pont suspendu sur la Loire.

Hënrichemont. — llenrichemont [Ilenrici 3l07is), ville de 3,575 habitants, chei-lieu de canton, arrondissement et à 28 kilomètres à l'ouest de Sanccrre, bâtie sur une colline au pied de laquelle coule la Petite-Sauldre, s'appelait autrefois Boisbclîe. C'était une principauté qui relevait de la maison d'Albret, et les fiers barons de celte maison prétendaient ne tenir leur souveraineté de Boisbelle que de Dieu et de leur épée; ils avaient les droits régaliens et faisaient battre monnaie à leur effigie. Leurs privilèges avaientété confirmés par llenrilV, Louis XIII et même Louis XIV, si jaloux de son autorité. Cette principauté passa, par mariage, de la maison de Sully dans celle d'Albret; le grand Sully la racheta en 1597 et fit, en l'honneur du roi Henri, son ami, bâtir la ville d'IIenrichemonl, qui prit le nouveau nom de la principauté. Elle resta dans la maison de Sully jusqu'en 1769; à cette époque, elle fut réunie à la couronne. La principauté d'IIenrichemonl avait environ douze lieues de circonférence. Aujourd'hui, llenrichemont, est une jolie petite ville régulière et bien construite en brique; elle fabrique des cotonnades, des serges, des droguets, des poteries, des chandelles, et fait un conmicrce considérable de laines. On y voit une belle fontaine.

AuBiGNY. — Aubigny (Albiniacum), aujourd'hui désignée sous le nom à'Aubigny-ViUe (pour la distinguer à'Auiigny-ViUage, petite localité de 1,148 habitants siluée à 3 kilomètres plus au nordouest), est une petite ville de 2,542 habitants, cheflieu de canton, arrondissement cl à 37 kilomètres au nord-ouest de Sancerre, sur la Kère, affluent de la Sauldre.

Aubigny est une ville ancienne; elle existait déjà au xi° siècle ; elle était alors défendue par un château et par de hautes murailles environnées de profonds fossés. Elle fut donnée en apanage par Philippe le Del à Louis de France, et elle revint à

la couronne à l'exlinclion de la famille de ce prince. Elle fut prise et brûlée par les Anglais en 1417, pendant la captivité du roi Jean. Promptement rétablie, elle fut de nouveau entièrement détruite, sauf une maison, par un incendie, en 1512. Elle avait été donnée en apanage à l'Écossais Stuart, qui servit honorablement sous Charles VII. A l'époque des guerres de la Ligue, le duc de La Chàti'e, gouverneur du Berry, assiégea Aubigny; mais ses habitants firent une telle résistance, qu'il fut obligé de lever le siège.

Celte ville n'a rien de remarquable que son ancien château, converti en hôtel de ville, et une belle promenade publique ; on y voit encore quelques maisons en bois à façade sculptée. L'église remonte au xu" et au xui" siècle, et la tour, percée d'un porche, au xiv°.

Aubigny est une ville industrieuse et commerçante; elle fabrique des draps communs, des droguets, des serges ; elle fait un grand commerce de laine blanche, dite de Sologne; elle possède des tanneries, des teintureries, des lavoirs, des blanchisseries de laine, elc.

Les armes de celte ville sont : de gueules, au fer de maillet d'or.

Saint-Amand-Mont-PiOnd (lat. 46» 43' 17"; long. 0° 10' 28" E.). — Saint-Amand-Mont-liond, station de la ligne de Bourges à Monlluçon, au confluent de la Marmande et du Cher, sur un embranchement du canal du Cher, est un chef-lieu d'arrondissement, à 44 kilomètres au sud de Bourges, peuplé par 8,499 habitants, avec tribunal de première instance, collège communal, chambre d'agriculture, prison départementale.

Celle petite cité, induFlricuse et commerçante, renferme des blanchisseries de toiles et de laines et fait un grand commerce de bois, de châtaignes et de bestiaux gras. Elle doit son origine à un monastère fondé, vers l'an 620, par saint Théodulfe; les religieux défrichèrent le pays, alors couvert de forêts et de marais ; quelques chaumières vinrent se grouper autour de l'abbaye, mais elles ne présentaient que l'aspect d'un pauvre hameau. Il s'y tenait d'ailleurs régulièrement, sous la protection du château de Mont-Rond, un marché : c'était celui d'un bourg voisin, alors fort important, le bourg d'Orval. La destruction de ce bourg, situé à 2 kilomètres à l'ouest, par les Anglais, en 1410, détermina le connétable d'Albret, qui eu était seigueur,

CHER

à transporlcr les habilanls dans le lieu qu'occupaient les marchés de Saint-Amand et à y fond(;i' une ville. Elle prit le nom de Saint-Amand-sous- Monl-Hond et bientôt elle acquit, par les soins de son fondateur, une grande importance. La juridiction de son bailliage s'étendait sur sept paroisses. Saint-Amand resta dans la maison d'Albrel jusqu'en 1323; pendant celte période, la ville fut une fois surprise, en 1437, par le capitaine espagnol Rodrigue de Villaudras, qui, à la tète de 800 chevaux, la dévasta ; Louis XI, pendant la ligue du Dien public, la prit d'assaut en 1403 et, plus lard, pour punir les habitants d'une révolte causée par l'augmentation des impôts, en fil pendre quelquesuns et condamna la ville à une forte amende. De la maison d'Albrel, Sainl-.Amand passa dans la maison de Foix, puis dans celle des ducs dcNevers; en 1606, celte seigneurie fui vendue à Maximilien de Bélhune, duc de Sully, et enfin à Henri II de Bourbon, prince de Coadé, qui la conserva jusqu'en 1789. L'église de Saint-Amand est le seul monument qui arrête le touriste dans celte ville; elle appartient à l'époque de la transition romane, c'està-dire à la fin du xii" siècle ; elle a reçu quelques réparations au xv", ainsi que l'alteslent les chapelles de la nef.

Aux environs, on voit d'importantes forges, des fonderies et des manufactures de porcelaine.

La ville porte pour armoiries : de sinople, à l'épéc en pal d'argent, la pointe en l'air, la poignée en or, accostée de deux fleurs de lis de même.

Le fameux château de Mont-Rond, sous la protection duquel s'était élevée la ville de Saint-Amand, élail réputé la place la plus forte du lîerry. On n'en connaît pas l'origine; ce que l'on en sait, c'est qu'il fut, à plusieurs reprises, agrandi ou reconstruit. Il existait dès l'année 13o0 et appartenait alors à la maison de Calant et passa par mariage dans la maison d'Albrel; il suivit alors la fortune de la ville de Saint-Amand. Sully avait fait réparer celle place; Henri II de Bourbon en augmenta tellement les ouvrages de défense, qu'elle fut en élat de soutenir un siège de plus d'une année. C'est au château de Mont-Rond que fut élevé son fils, le duc d'Enghien, plus tard si célèbre sous le nom du Grand Condé. Le siège de ce château par Philippe deClérambauIt, comte de Palluau, commandant l'armée royale, et la défense du marquis de Persan, commandant pour le prince de Condé, sont les événements les plus importants qu'il rappelle. Ce ne fui que par capi-

tulation qu'il se rendit, en 1032, au comte de Palluau, qui en fil démanteler les fortifications. Il en existe encore une tour ronde, à côté de laquelle est un puits profond qui servait à alimenter la place; mais le lieu qu'occupait la forteresse est aujourd'hui transformé en jardin public.

De la montagne du Belvédère, haute de 314 mètres et située à 4 kilomètres au nord-est de Saint-Amand, sur laquelle s'élève une tour, appelée dans le pays tour Malakoff, bâtie, en 1853, par le duc de Morlcmart, à la gloire de l'armée d'Orient, on peut apercevoir par un temps clair les montagnes de l'Auvergne.

Meili.ant. — Meillant, canton et à 8 kilomètres au nord de Saint-Amand, sur l'ilivernin, est un bourg peuplé par 1,5G5 habitants. 11 possède un château remarquable , construit sur l'emplacement d'un autre plus ancien, qui appartenait aux comtes de Sancerre, par Pierre d'Aniboise, père du fameux cardinal Georges. Son pelil-dls Charles d'Aniboise, gouverneur de .Alilan, y ajouta plusieurs constructions; on lui doit la tour hexagonale qui renferme l'escalier; c'est une des plus belles productions de l'architecture de la Renaissance. Ce château fut habité, à la fin du siècle dernier, par le duc de Charost-Béthune, descendant des Sully et des La Rochefoucauld, dont la mémoire est encore respectée dans le pays comme bienfaiteur de toute la contrée.

L\ GuERCUE-suR-i.'AuDois. — La Guercho, station de la ligne de Vierzon-Bourges à Saincaize, esl une petite ville de 3,517 habitants, chef-lieu de canton, arrondissement et à 31 kilomètres au nord-est de Sainl-Amand-Monl-Rond, sur l'Aubois.

Celte ville possède plusieurs établissements industriels, notamment une importante sucrerie; mais c'est surtout l'entrepôl des forges d'Aubigny, de Grossouvre, du Fournay, du Clianlay, du Torleron, de Feuillade et de Trézy.

On exploite dans ses environs une belle carrière de pierres lithographiques.

LiGMÈRES. — Lignières, sur l'Arnon, à 26 kili>mètres à l'ouest de Saint-Amand, esl un chef-lieu de canton peuplé par 3,103 habitants. Celte petite ville était autrefois une seigneurie considérable, dont les barons prenaient, au xi" siècle, le lilre de sires et de princes; elle possédait un cliâleau qui passait pour l'un des plus forts du Berry et qui offrit

un refuge aux rois Charles VI et Charles Ml, au temps des guerres des Anglais. Les barons de Lignières avaient accordé à leur petite ville plusieurs franchises. Guillaume IV, par exemple, les avait déchargés de toutes les servitudes qui entravaient la vie au moyen âge ; François de Beaujeu y avait établi, en 1471, un canonicat. C'est au château de Lignières qu'avait été élevée la pieuse Jeanne de France, fille de Louis XL Lignières fut, dit-on, le berceau du calvinisme dans le Berry; Calvin, ami du baron Philibert de Beaujeu, y vint prêcher plusieurs fois. Cela n'empêcha pas la ville d'être ravagée, d'abord en 1561, puis en 1569, par les huguenots qui brûlèrent l'église et le monastère de Saint-Biaise. En 1646, une compagnie de chevaulégers, de l'armée de Condé, la dévasta et y commit de grands excès. La terre de Lignières fut achetée par le sage Colbert, mais il n'en jouit pas longtemps, car il mourut dBux jours après avoir signé l'acte de vente. On y voit un château de la fin du xvi« siècle que fit construire, en 1657, Jean de Nouveau.

L'église de Lignières attire seule aujourd'hui l'attention des voyageurs; elle est de style roman et remonte au xi* siècle.

Cette ville fait un important commerce de grains et de bestiaux; ses pâtés sont renommés.

Il y a dans les environs des mines de fer, des hauts fourneaux et des carrières de pierres meulières.

DuN-LE-Roi. — Dun-lc-Uoi, chef-lieu de canton, sur l'Auron, à 20 kilomètres au nord-est de Saint- Amand, est une petite ville de 5,001 habitants. On croit y reconnaître l'ancienne Noviodiimwi, qui se soumit à César; elle avait pour seigneur, en l'an 1001, un baron du nom d'Arnold; c'était une des trois principales cités de l'iVquitaine, entourée de murs et protégée par un château fort et dépendait des domaines que le vicomte de Bourges Ilerpin vendit à Philippe I". Depuis elle resta, à quelques rares exceptions près, toujours réunie au domaine royal, ce qui lui valut le nom qu'elle porte. Dans ses environs, le comte Elbes de Charenton défit, en 1183, une troupe de routiers Qi Aq malandrins. C'est d'une des fenêtres du château de Dun-le-Pvoi qu'en 1427 Pierre de Giac, favori de Charles VII, qu'il détournait des devoirs de la royauté, fut jeté dans la rivière d'Auron, après

avoir été cousu vivant dans un sac, par ordre du sévère connétable Arthur de Uichemont. Dun-le- Uoi possède une église romane et une ancienne porte. On exploite dans ses environs des carrières de pierre, et il s'y fait un commerce de peaux.

Les armes de Dun-le-Roi sont : d'azur, à trois fleurs de lis d'or en chef, et à un mouton passant d'argent en pointe.

Chateau.meii,i,ant. — ChùteaumeiUant, chef-lieu de canton peuplé par 3,468 habitants, sur la Sinaise, à 33 kilomètres au sud-ouest de Saint-Amand et à 36 kilomètres de Bourges. Assise sur le flanc d'un coteau, cette petite ville est fort ancienne ; quatre voies romaines s'y rencontraient. On fait à Châteaumeillant un grand commerce de châtaignes. Ses habitants ont été affranchis du servage en 1210.

La ville était entourée de murailles flanquées de tours et protégée par de vastes fossés, ce qui ne la mit pas à l'abri des ravages des Anglais et des huguenots. La terre de Châteaumeillant a été érigée en comté par Anne d'Autriche, par lettres patentes de juin 1664, en faveur de Jean Fradet, maréchal de camp, lieutenant général d'artillerie. Pendant la lîévolution, elle porta le nom de Tell-le-Grand.

Outre de nombreuses antiquités romaines, elle possède deux belles églises romanes et un ancien château qui est entouré d'eau et offre un singulier mélange d'architecture de plusieurs époques; à coté des lourdes tours du xiv" siècle, on admire une élégante tourelle octogonale du xvi«, décorée des capricieuses sculptures de la Renaissance.

NÉRONDES. — Nérondcs, station de la ligne de Vierzon-Dourges à Saincaize, chef-lieu de canton, arrondissement et à 40 kilomètres au nord-est de Saint-Amand-Mont-Rond,dans une position exceptionnelle près de la ligne de faîte (216 mètres d'altitude) qui sépare la vallée de l'Auron de celle de la Loire, est une petite ville peuplée par 2,707 habitants. Lorsque l'on construisit le chemin de fer de Vierzon à Moulins, la position qu'elle occupe força d'établir un tunnel entre les deux stations de Kérondes et de La Guerche.

Celte ville prend chaque jour plus d'importance, grâce à l'activité de son commerce; ses foires, ses marchés aux bestiaux sont très suivis, et elle possède un dépôt d'étalons.

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