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MONARCHIE DE JUILLET

Avec la royauté de Juillet commença pour la France une ère nouvelle. Au lieu d'une charte octroyée, on eut une charte improvisée, sorte de compromis entre l'ancien et le nouveau régime. Ce gouvernement se sentit de son origine ; il n'eut ni les tendances contre-révolutionnaires de la branche aînée ni la solidité d'un pouvoir sanctionné par le suffrage universel. La Restauration s'était appuyée sur la noblesse et sur le clergé, il s'appuya sur la bourgeoisie; mais, sans heurter de front les deux autres classes, il se tint dans un juste milieu, fit beaucoup pour les intérêts matériels et peu pour les intérêts moraux. De là l'opposition qui se forma dans la Chambre, et la guerre qu'il fit à la presse, dont la voix ne cessait de l'avertir que tous les bienfaits matériels d'un gouvernement ne suffisent point pour lui donner de fortes racines.

Cependant les vieux partis n'avaient point abdiqué : dès 1831, des manifestations légitimistes provoquent le peuple, qui dans sa fureur aveugle saccage l'archevêché et l'église Saint-Germainl'Auxerrois. Puis vinrent les insurreclions républicaines de Lyon et de Paris, et les tenlalives des pré-

tendants eux-mêmes, légitimiste et bonapartiste, et qui n'aboutirent pour la duchesse de Berry qu'à la prison de Blaye, et pour le prince Louis-Napoléon qu'à sa captivité de Ham. Chassées de la place publique, les conspirations politiques se réfugièrent dans les sociétés secrètes. Alors, au lieu de ces révoltes courageuses où les chefs avaient payé de leurs personnes, on ne vit plus que d'obscurs sectaires recourant à l'arme des lâches, à l'assassinat. Pendant que les régicides s'acharnaient contre sa personne, Louis-Philippe donnait sur le trône l'exemple des vertus domestiques, et ses jeunes fils prenaient une part glorieuse à nos conquêtes africaines.

Averti, cependant, par une opposition sage et modérée qu'il n'avait pas toule la confiance du pays, le gouvernement de Juillet s'était éloigné peu à peu du caractère libéral de son origine. Il avait exploité les attentats. De celui de Fieschi, iM. Thiers fit sortir les lois de septembre, lois oppressives et pour la presse et pour les citoyens. Après l'attentat de Meunier, M. Mole ajouta à cette compression, qui ne fit que s'accroître sous le ministère de M. Guizot; abaissement au dehors, corruption au dedans, tels parurent être les signes de sa politique, et les événements ne le prouvèrent que trop. On sacrifiait toule dignité à Ventente cordiale avec l'Angleterre. Honteux du rôle que jouait la France dans la question d'Orient, M. Tliiers, sentant se réveiller ses souvenirs libéraux, semblait pencher pour l'intervention : le roi, qui n'était pas d'humeur guerrière, s'empressa de le remplacer par M. Guizot, politique plus pacifique, .\lors le système de h paix à tout prix porta ses fruits : le bombardement de Beyrouth, l'indemnité Pritchard, le droit de visite achevèrent de froisser le sentiment national. Vainement l'opposition s'éleva contre cette politique sans dignité : la majorité se déclara satisfaite. La corruption avait envahi le pouvoir : deux ex-ministres furent convaincus de péculat; de grands scandales éclatèrent dans la haute société. A Lisieux, dans un banquet célèbre; M. Guizot avait dit cette parole : « Enrichissezvousl » C'était ouvrir un champ libre à l'agiotage et aux spéculations les plus elïréuées. Pour remédier à tant d'abus, la nation demanda la réforme électorale. A Paris, un banquet réioriniste est organisé par l'opposition. L'autorité interdit le banquet. L'agitation règne dans Paris; la garde nationale prend les armes au cri de Vive la réformel

INTRODUCTION

Sur plusieurs points la lutte s'engage entre la garde miinieipale et les citoyens. Le roi consent enfin à renvoyer M. Guizot; mais si cette mesure tardive satisfait la garde nationale, elle ne sulfil plus aux républicains, maîtres du mouvement. Ils organisant une manifestation, qui, dissipée par la fusillade du boulevard des Capucines, devient le signal d'une révolulion nouvelle. Dans la nuit du 23 au 24 février, Paris se couvre de barricades. Des armées marchent sur les Tuileries; en vain des gardes municipaux se dévouent sur la place du Palais- Royal pour sauver celte monarchie qui ne sait ni se défendre ni périr. Leur mort héroïque ne fait que précéder sa chute. Paris apprend le môme jour et l'abdication du roi, et la régence, et la république.

Hâtons-nous cependant de rendre justice à ce règne : les arts, le commerce et l'industrie florissants, de grands travaux entrepris et achevés, nos premiers chemins de fer construits, l'enseignement primaire organisé, l'Arc de triomphe, l'église de la .Madeleine, le musée de Versailles, les fortilications de Paris, la colonne de Juillet, la statue de Napoléon replacée sur sa colonne, les restes du grand homme ramenés en France, l'occupation d'Ancône, l'expédition d'Anvers, le combat de Mazagran, la victoire d'isly, le siège de Saint-Jean-d'Ulloa, le bombardement de Tanger, la conquête et la pacification de l'Algérie, la soumission d'Abd-el-Kader ; voilà des actes qui lui feront pardonner bien des fautes par l'impartiale postérité!...

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