‹ La France illustréeChapitre 38 sur 301 · GOUVERNEMENT DE \.\ DÉFENSE NATION.VI.E · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE \.\ DÉFENSE NATION.VI.E

Pendant que la révolution triomphait dans Paris, les Allemands vainqueurs se portaient à marches forcées sur la capitale, dont le gouvernement, sous la présidence du général Trochu, n'avait pas même songé à défendre les approches. Aussi l'ennemi n'eut-il pas grand' peine à s"cmparcr des hau-

INTRODUCTION

leurs de Châlillon; position qui lui permit d'investir Paris. Jules Favre, ministre des affaires étranp;ères, essaya de traiter avec M. de Bismarck, au château de Ferrières, s'appuyant sur cette déclaration du roi de Prusse qu'il n'en voulait qu'à l'empereur Napoléon 111; mais il ne tarda pas à s'apercevoir que c'était bien la France que le vainqueur voulait abaisser et ruiner, et dès lors la lutte dut continuer sans merci. — Paris retrouva son courage héroïque du temps des invasions. Ses forts, ses remparts et sa population armée défiaient les attaques de l'ennemi; et les revers qui se succédèrent, les capitulations de Ton), de Strasbourg, de Metz, de Verdun, de Thionville et de iMontmédy, la prise d'Orléans et de Châteaudun ne purent que le frapper sans l'abattre. Seul, livré à lui-même, enfermé comme dans un cercle de fer, il communiiiuait avec le reste de la France par des pigeons voyageurs et par les ballons. Un moment troublé dans son œuvre de défense par les anarchistes qui, le 31 octobre, tentèrent de s'emparer du gouvernement par un coup de main, — tentative aussitôt réprimée qu'essayée, — il s'arma d'une vigueur nouvelle, fabriquant des canons, organisant des compagnies de marche et se condamnant à toutes les privations pour prolonger sa résistance.

Cependant, Léon Gambctta, l'un des membres du gouvernement, était parti de Paris en ballon, le 8 octobre, pour organiser la défense dans les départements. Non moins grand orateur que poli tique habile, il sut en peu de temps improviser une armée qui, souslesordres du général Aurellede Paladines, battit les Prussiens à Coulmiers et les chassa d'Orléans.

A la nouvelle de ce premier succès, le général Trochu, jusque-là temporisateur (il avait, disait-il, son plan), crut le moment venu depas.ser à l'action. Une sortie fut résolue du côté de la Marne ; le 30 novembre, l'armée de Paris, commandée par le général Ducrot, passa cette rivière et, soutenue par les canons des forts et par les batteries d'artillerie dressées sur le plateau d'Avron, livra aux Prussiens la bataille de Champigny. Après une lutte acharnée qui dura jusqu'à la nuit, l'ennemi dut rétrograder. C'était le moment pour les nôtres de marcher en avant et de rompre la ligne de fer qui nous enserrait, afin d'aller donner la moin à l'armée de la Loire qui s'avançait vers Paris; mais on perdit un jour, et les Prussiens en profitèrent pour se renforcer et revenir à la charge le surlendemain avec une vigueur qui nous fit reculer.

Pendant ce temps, l'armée de la Loire soutenait contre les Prussiens, renforcés de l'armée de Metz, commandée par le prince Frédéric-Charles, les combats de Beaunc-la-Uolande (28 novembre), de Villeprovost, de Soigny, de Chàteau-Goury, d'Artenay, de Patay, de Brécy et de Boulay, dans les journées des 2, 3, et 4 décembre ; mais, écrasée par le nombre, elle se dispersa pour se rallier sous le général Chanzy qui, par une habile retraite, vint camper sur la Sarthe, et de là sur les hauteurs du pays, où il livra bataille aux Prussiens. Bien qu'affaiblie par des marches forcées et des pertes considérables, noire jeune armée fit des prodiges de valeur, mais la lutle était trop inégale, et Chanzy dut se replier sur la Mayenne.

A l'est, Bourbaki, après avoir battu les Prussiens à Villersexel, s'avançait sur Belfort, lorsque, arrêté dans sa marche par des masses ennemies qui occupaient des positions inexpugnables dans ce pays montagneux, il fut contraint de rétrograder jusqu'à Besançon, puis jusqu'à Pontarlier, d'où les débris de son armée se réfugièrent en Suisse.

Au nord, le général Faidherbe, plus heureux, remportait sur les Allemands les victoires de Pont Noyelles (23 décembre) et de Bapaume (3 janvier 1871), et leur livrait, le 19, la bataille de Saint Quentin, où l'avantage resta à l'ennemi, mais avec 5,000 hommes hors de combat.

Ce même jour, Paris, livré à toutes les horreurs du bombardement et voyant que les vivres touchaient à leur fin, tenta un elîort désespéré à Montretout et à Buzenval. Dans un élan magnifique, la garde nationale enleva le château de Buzenval ; mais cette dernière attaque, mal soutenue, se termina par une retraite.

Après cet insuccès, le gouvernement entra en pourparlers avec Bismarck, et, le 28 janvier, signa une capitulation par laquelle Paris livrait aux Allemands ses forts avec 1,500 pièces d'artillerie et une armée de plus de 1 50,000 hommes. Une Assemblée nationale, réunie le 13 février à Bordeaux, nomma M. Thierschef du pouvoir exécutif, et ratifia le 1°'" mars les préliminaires de paix dont le traité définitif fut signé à Francfort le 10 niai(l). Cinq milliards, l'abandon de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine, tels étaient les sacrifices qu'il im-

(1) Le dernier fascicule de l'Iiistoiro de la guerre francoallemande, rédigé par le grand étal-major prussien, donne le-s chiffres que voici :

Le nombre dos soldais allemands qui onl passé la fron-

posait à la France. Au point de vue territorial, nous reculions au delà de 1532.

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