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PIERRE A BATIR

La pierre employée dans les constructions est une pierre calcaire (carbonate de chaux) qui est très-abondamment répandue en France dans les terrains sédimentaires, où elle forme des bancs et des amas considérables, qui sont en général régulièrement stratifiés et alternent avec des lits d^argile, de grès ou de sable.

Les carrières de pierre de taille fournissent d'excellents matériaux pour l'architecture et donnent lieu à une exploitation en général facile et peu coûteuse. Les pierres qu'on en extrait peuvent s'obtenir en blocs de toutes dimensions et présentent l'avantage de se laisser scier, tailler et même sculpter avec facilité, tout en offrant une dureté et une résistance satisfaisantes. Quoi qu'il en soit, toutes les pierres de taille ne présentent pas ces qualités au même degré. On distingue les pierres dures et les pierres tendres^ les pierres de liais et la rocfie. La pierre dure ne se laisse scier qu'avec une scie sans dents et avec du grès fin que l'on interpose entre la scie et la pierre. La pierre tendre

se laisse scier par la scie à dents. La pierre de liais a un grain fin, homogène; elle est exempte de corps étrangers. La roche contient des grains de mica, de quartz, qui en diminuent la valeur.

On distingue aussi les pierres sèches y qui sont exemples d'humidité, et les pierres gélives^ qui retiennent une certaine quantité d'eau et se fendent à la gelée par suite de la dilatation que subit cette eau en se congelant. On comprend que l'emploi des pierres gélives dans les constructions doit nuire à la solidité des bâtisses, et que par suite il était très-important de trouver un procédé qui permît de reconnaître en peu de jours si une pierre est gélive ou non. Cette question avait préoccupé Colbert, qui en proposa la solution à l'Académie d'architeclure; mais elle ne fut résolue qu'en 1820, par le minéralogiste Brard.

Son procédé consiste à soumettre pendant une demi-heure environ les échantillons de pierre à une dissolution bouillante de sulfate de soude, dissolution saturée et faite à froid; on les relire ensuite et on les suspend à l'aide de fils au-dessus de vases remplis de ce liquide. Vingt-quatre heures après, leur surface est recouverte de petites aiguilles cristallines de sulfate de soude ; on les plonge dans la dissolution pour enlever ces cristallisations, et l'on recommence l'opération pendant cinq jours environ, chaque fois que les aiguilles sont bien formées. Quand les pierres sont gélives, le sulfate entraîne avec lui des grains, des fragments de pierre, que Ton retrouve au fond des vases : les angles et les arêtes des échantillons s'émoussent. Dans le cas contraire, rien de semblable ne se produit.

Ajoutons qu'on n^peWe pierres nettes et pierres franches les pierres de bonne qualité qu'on fait entrer dans les parties extérieures des bâtiments ; pierres de libage^ celles que leur couleur plus ou moins foncée et leur grain plus inégal ou plus grossier font employer pour les fondations et les caves.

Les carrières exploitées en France sont très-nombreuses, et chaque jour il peut s'en ouvrir de nouvelles, tandis que d'autres sont abandonnées. Nous citerons celles qui ont actuellement le plus d'importance. Les carrières de Tonnerre (Yonne) sont ouvertes depuis 1824; elles sont situées à 10 kilomètres de Tonnerre et fournissent annuellement de 3 à 4000 mètres cubes d'une pierre que l'on expédie dans toute la France, et qu'on exporte même en Angleterre et en Belgique. Les environs de Caen fournissent aussi une pierre à bâtir très-estimée en France et en Angleterre. Les principales carrières sont celles d'Allemagne, de la Maladrerie, d'Aubigny, de Villers-Canivet, etc. Cette pierre appartient, ainsi que celle de Tonnerre, aux terrains

EXTRACTION DE LA fîERRE A DATIR. 17

jurassiques. La Lorraine a aussi fourni dans ces derniers temps d'excellente pierre h b&tir, extraite du terrain jurassique, et qui a été employée aux travaux des Tuileries et à la reconstruction des ponts nouveaux. Ce sont les carrières d'Euviile (Meuse) qui la produisent ; à ce groupe se rattache la pierre d'Alsace, dont la principale exploitation estàWasselonne. Les environs de Paris, les départements de la Mue, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Aisne et Oise, possèdent aussi des carrières importantes, ouvertes dans les terrains tertiaires. Citons ea outre tes carrières du Jura, des Alpes, de Sa6ne-et-Loire, de la Nièvre, d'Angoulème et des environs de Bordeaux.

L'exploitation des carrières de pierre de taille se fait scùt à ciel ouvert, soit souterrainement. Pour donner une idée de l'importance

Fk. IT. — Exploitation d«B euriire» i ciel Duvert.

relative de ces deux modes d'exploitation, nous dirons que le nombre des ouvriers qui travaillent dans les carrières & ciel ouvert était, d'après les derniers documents officiels , de 88 A39 , tandis que cdni des ouvriers travaillant dans les carrières souterraines était de 21 848.

Vexploitation à ciel ouvert se pratique chaque fois que le banc & exploiter n'est pas recouvert par une épaisseur trop considérable de terres qu'il faudrait déblayer pour arriver jusqu'à lui. Supposons, par exemple, que le banc AAA (%. 17) vienne affleurer sur le flanc d'un coteau, et qu'il soit recouvert d'une couche BB de terre. On profitera des fissures naturelles du banc pour faire, soit au pic, soit è la lance, des entailles verticales destinées à isoler les blocs; puis, utilisant les fentes dirigées dans le sens de la stratification et appelées délits, on fera des entailles horizontales dans lesquelles on introduira des leviers ou des coins qui permettront de détacher les blocs. Quand on aura, par exemple, enlevé les couches a, A, c, d, on aura produit un escarpement plus ou moins élevé, suivant l'éptdsseur du banc; on établira

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