Les origines de la France contemporaine, préface
anciennes provinces, à la décentralisation féodale; nos masses ouvrières prêchent l'entrée dans Tinternationalisme collectiviste. Barrés et Demolins sont aussi contraires à Tesprit de Michelet que Guesde et Lafargue.
Justice, liberté, unité, que reste-t-il de vous! C'est la Force aujourd'hui, et l'Intérêt, qui vous remplacent dans l'admiration des idéologues et la religion des prolétaires. Et toi. Patrie, si les uns veulent te couper en morceaux pour te faire revivre, si les autres veulent t'anéantir pour t'humaniser, ah! France des Volontaires et de Michelet, que vas-tu devenir? Si tu te renies ainsi devant les nations , que vont-elles penser de toi?
« Nulle nation ne périra!... » Quand trois cent mille Arméniens expiraient parles ordres du Sultan Rouge, quand de l'Asie Mineure tout entière s'élevait, avec une odeur de grillade et une fumée de sang, la protestation d'une race assassinée, est-ce l'esprit de Michelet qui inspirait M. Gabriel Hanotaux? La France fut-elle, cette année-là, « le représentant des libertés du monde, le pays sympathique entre tous, l'initiation à l'amour universel »?
<( Quelle est la première partie de la politique? L'éducation. La seconde? L'éducation. Et la troisième? L'éducation. — J'ai trop vieilli dans l'histoire pour croire aux lois, quand elles ne sont pas préparées, quand de longue date les hommes ne sont point élevés à aimer, à vouloir la loi. Moins de lois, je vous
prie, mais par Téducalion fortifiez le principe des lois; rendez-les applicables et possibles; faites des hommes, et tout ira bien. »
Faites des hommes...
Nous avons fait des écoles.... Nous avons créé cent cinquante écoles normales; nous avons bâti cinquante mille groupes scolaires ; nous avons formé deux cent mille éducateurs; nous avons en quinze ans dépensé deux milliards.... Avons-nous fait des hommesl
On en peut douter. A tant d'or, à tant de bâtisse, à tant de fonctionnaires, qu'a-t-il donc manqué?
Un seul germe : la foi ; — une seule force : l'amour. Michelet l'avait admirablement vu :
« Nulle éducation sans la foi. Il faut que l'enfant croie. Qu'il croie, enfant, aux choses qu'il pourra, devenu homme, se prouver par la raison.
« Faire un enfant raisonneur, disputeur, critique, c'est chose insensée. Remuer sans cesse à plaisir tous les germes qu'on dépose : quelle agriculture! Faire un enfant érudit, c'est chose insensée. Lui charger la mémoire d'un chaos de connaissances utiles, inutiles, entasser en lui l'indigeste magasin de mille choses toutes faites, de choses non vivantes, mais mortes et par fragments morts, sans qu'il en ait jamais l'ensemble, c'est assassiner son esprit...
« ... Il faut, dans cet enfant, par une impression grande, salutaire, durable, fonder l'homme, créer la vie du cœur. »
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L'éducation française est-elle fondée sur la foi et l'amour? Ne semble-t-elle pas toute mécanisée pour fabriquer ces enfants raisonneurs, ces enfants érudits, dont la venue effrayait Michelet?
Je veux le redire encore, nul plus que moi ne respecte, n'admire, pour le connaître de très près, l'esprit professionnel de nos éducateurs populaires. Mais je veux le redire aussi : victimes eux-mêmes du mensonge social universel, sans la foi et l'amour, ils ne changeront pas les enfants en hommes.
Quelle foi? quel amour? Michelet le leur a dit :
« L'enfant saura le monde, mais d'abord qu'il se sache lui-même, en ce qu'il a de meilleur, je veux dire en la France. Le reste, il l'apprendra par elle. A elle de l'initier, de lui dire sa tradition. Elle lui dira les trois révélations qu'elle a reçues, comment Rome lui apprit le juste, et la Grèce le beau, et la Judée le saint. Elle reliera son enseignement suprême à la première leçon que lui donna la mère; celle-ci lui apprit Dieu^ et la patrie lui apprendra le dogme de l'amour, Dieu en rhomme, le christianisme, — et comment Tamour, impossible aux temps haineux, barbares, du moyen âge, fut écrit dans les lois par la Révolution, en sorte que le Dieu intérieur de V homme pût se manifester *... ))
Moins de certificats, moins de brevets, moins de baccalauréats, — moins aussi d'utilitarisme, — une foi, un amour, le sens de la vie héroïque, l'individu grandissant pour le sacrifice, voilà ce que prophétisait Michelet, — et c'est ce qui nous manque 1
Après l'enfant, l'homme. Pour l'homme, Michelet voulait deux choses :