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Le peuple

« ... 1** Que rindividu, attentif, veillant sur lui, donne au complet sa force, dégage et tourne au bien toutes ses énergies intérieures ;

2*^ Que, malgré cette tension individuelle, il reste associable; s'accommode et se prête aux sacrifices qu'implique toute association. »

Des individus libres, responsables, de plus en plus solidaires, dans une société fondée sur la justice et sur Tamour, tel fut Fidéal humain de Michelet. Le mariage, la famille, l'école, la cité, la planète, forment les cercles concentriques et royonnants jusqu'à travers l'Infini.... L'Infini lui-môme est vivant. Dieu est « la source de la vie, l'amour éternel, Fâme universelle des mondes, l'impartial et immuable amour »•

L'Infini est peuplé de « personnes » ; bien plus, il est une société de « personnes » : voilà le bloc angulaire, — mieux, le foyer central, — de la pensée de Michelet.

A-t-on assez remarqué combien, à toutes les pages essentielles, revient sous la plume de Michelet ce mot : « une personne » ? Dans la préface de V Histoire de France, il dit : « J'ai le premier posé la France comme une personne ». Et encore : « Je me suis attaché à caractériser fortement la personnalité spéciale de chaque ville ; ce m'était une religion de leur refaire une âme à chacune, ces vieilles et chères villes.... » Dans la préface de r Oiseau, il dit : « Que faut-il pour protéger l'oiseau? le révéler comme âme, montrer qu'il est une personne. » Dans le premier chapitre de la Mer, il dit : « Bien avant de la voir, on entend, on devine la redoutable joer^owne.... » Dans la conclusion de l'Insecte, il dit : « Nous crûmes étudier des choses, et nous trouvâmes des âmes; l'observa-

tion quotidienne, familière, développa en nous le respect de leurs personnes et de leurs vies... » Dans la préface de la Montagne^ revenant sur cette doctrine, il y insiste, il y associe les forêts, les glaciers, les monts; il dit: « L'oiseau est une personne, Cela s'accepte assez bien. Mais Tinsecte! la difficulté semblait ici bien plus grande. Chez les enfants de la mer, la personnalité fuyante paraît moins saisissable encore. La tentative était hardie de fixer, de rétablir ces âmes obscures et confuses, dédaignées jusque-là, niées, de leur rendre la dignité d'âmes, de les replacer dans le droit fraternel et dans la grande Cité.... Nous poursuivons aujourd'hui ce travail dans la montagne et sa forêt... »

Oui, l'Univei's est une Cité de personnes, et personne n'en sera exclu : « Je proteste, pour ma part, que s'il reste quelqu'un derrière que la Cité repousse encore et n'abrite point de son droit, moi, je n'y entrerai point et m'arrêterai au seuil. » {Le Peuple.) La Loi de cette Cité de Dieu, c'est « l'affranchissement moral par le véritable amour ». {L Amour.)

Si vraiment l'on peut ouïr parfois, dans le silence des belles nuits étoilées, une musique mystérieuse, ce n'est pas le bruit des sphères, c'est la palpitation des cœurs, de tous les cœurs dans l'univers, qui en perpétue le rythme....

Rappelons-nous maintenant les philosophies dans lesquelles nous avons été élevés. Rappelons-nous les généralisations qui dominent la cosmogonie contemporaine. Relisons une page de Spencer, de Berthelot, de Taine.... Où est la pensée de Michelet?

La Cité de Dieu est devenue le Champ de Bataille

de ririconnaissable.... Poète, tous ces êtres que tu prenais pour des personnes^ ce sont des composés fragiles d'atomes.... Que dis-je? ces atomes, ce sont des mouvements, des combinaisons de mouvements, des projections de mouvements.... Et ces mouvements — chaleur, lumière, force, vie, âme — que sont-ils euxmêmes? Des figurations changeantes de « T Axiome » qui se déroule, froid, inaccessible, fatal, à travers une éternité qui nous échappe... Poète, partout où tu avais mis des âmes, nous avons mis des lois; partout où tu avais rêvé la liberté, nous avons évoqué la nécessité; partout où tu affirmais l'Individu, nous avons affirmé le Composé....

Sous les noms barbares de Déterminisme et de Relativisme, nous avons mécanisé l'Univers. Nous l'avons réduit à n'être qu'un crible d'apparences, un gigantesque tamis d'illusions....

Tu croyais à la personne héroïque dans l'histoire.... Des historiens sont venus qui ont montré le néant de l'action individuelle, la toute-puissance des évolutions collectives. — Tu croyais à la personne morale dans la société.... Des psychologues sont venus qui ont montré la composition du Moi, ses dédoublements, ses maladies, sa fatale épigénèse, sa fatale dissolution. — Tu croyais à la personne idéale des nations, aux « âmes de peuple ». Des sociologues sont venus qui ont montré la composition des Patries, leur instabilité, leur fragilité, leur désagrégation inévitable. — Tu croyais à la personne des oiseaux, des insectes, des mers et des montagnes.... Des naturalistes sont venus qui ont montré la formation physico-chimique de tous les êtres, et qu'ils sont des combinaisons de molécules.

Tu croyais à l'Infini vivant; ils ont montré Tlnfini n'ayant jamais vécu.

De ta Cité d'immortels, ils ont fait un cimetière d'éphémères.

Et s'ils se sont penchés sur les battements de ton cœur, c'est que tu fournissais à leur sphygmographe de quoi émouvoir leurs curiosités de savants...

De plus en plus frappé par ces mélancoliques contrastes entre la pensée de Michelet et la France actuelle, je voulus, le 13 juillet dernier, assister à la cérémonie du Panthéon.

On va — me disais-je — couronner le buste de Michelet devant le Président de la République, les Présidents du Parlement, le Conseil des Ministres, le Corps Diplomatique, etc. Toute la Nation, et même l'étranger, va rendre un officiel hommage au très libre génie. Quel sera le caractère de cet hommage? Pourrai-je, sur les visages et dans les attitudes, pénétrer les âmes, savoir si elles sont sincères, ou si elles paradent?

Lorsque j'y pénétrai la pompeuse nef du Panthéon, sorte de caveau sublime de la gloire, était déjà remplie d'assistants. Sur une vaste estrade, dans l'ancien chœur, tous les grands personnages de l'État étaient assis. Au milieu d'eux, une femme très simple portait sur son visage et dans ses regards la dignité qui vient de l'âme, et que les chamarrures officielles n'effacent pas. Au-dessus de tant d'honorabilités somnolentes veillait une infrangible volonté féminine.

Elle avait tout fait, gardienne sans défaillances d'une mémoire nationale.

Pendant que M. Léon Bourgeois prononçait son lumineux discours, je considérais les physionomies gouvernementales. Une sorte d'indifférence un peu ennuyée, un peu étonnée, semblait répandre son masque uniforme sur tous les visages. « Pourquoi Michelet? » se demandaient évidemment la plupart des grands politiciens qu'on faisait figurer dans cette apothéose. « Pourquoi Michelet? » se demandaient les hauts fonctionnaires robes et chamarrés que la présence des chefs de l'État avait amassés là. « Pourquoi Michelet? » se demandait surtout M. Crozier, plus décoratif et décoré qu'un chambellan d'ancien régime, à peu près du même ton dont M. de Dreux-Brézé aurait pu se demander : « Pourquoi Mirabeau? »

Sans doute, il y avait quelque chose de très significatif, — et dont, quoi qu'il arrive, l'enseignement ne sera pas perdu, — à voir tant de cordons, tant de croix, tant de robes, tant d'offîcialités, d'ordinaire hautaines envers la pensée libre, s'incliner devant l'humble homme de lettres, l'humble professeur, qui jamais ne voulut briguer une charge, une place, une décoration, un fauteuil. La foudroyante supériorité du génie individuel sur les fonctions sociales, elle éclatait là, elle était publiquement reconnue, confessée par la démocratie elle-même. Et quand les enfants des écoles primaires, quand les jeunes gens des lycées, quand les étudiants des Universités, défilèrent devant ce simple buste de marbre qu'encerclaient, sans l'éclipser, toutes les majestés officielles, si quelques-uns, si un seul d'entre eux s'est dit, en saluant Michelet plutôt que Félix Faure : « Voilà

notre guide, voilà notre maître », il suffît, l'intention de cette cérémonie n'a pas été tout à fait trahie.

Mais ces mêmes enfants, ces mêmes adolescents, je les ai vus défiler. Plus encore que les physionomies officielles, j'ai scruté leurs visages puérils et frustes.... Saisissaient-ils le profond symbolisme de la commémoration où ils figuraient? Je dois l'avouer, ils m'ont paru ailleurs. Les uns allaient droit devant eux, comme un troupeau; les autres pavanaient déjà leurs vanités de délégués qui seront un jour sous-préfets ou... sous-chefs de quelque chose; la plupart avaient les yeux obliquement attirés, non par Michelet, mais par M. Félix Faure ou par M. Paul Deschanel. Dans l'allure de ces écoliers et de ces étudiants, dans le port de leurs têtes, l'éclair de leurs yeux, la stature de leurs corps, je n'ai pas vu passer un printemps d'hommes libres....

Et combien indécis, ironiques, indifférents au fond, m'ont paru tous ces jeunes professeurs qui formaient un groupe de simarres au pied de l'estrade officielle? Sans doute on devinait, à leurs sourires pendant les discours, à leurs mines sagaces et silencieuses, l'indomptable fierté que donne la culture de l'esprit, et qui honore l'Université de tous les temps. Mais la foi, l'émotion, le sérieux accord du cœur et du cerveau, cette je ne sais quelle présence du Dieu intime qui transfigure les assemblées d'âmes, j'avais beau l'évoquer, je ne la sentais nullement parmi eux, les meilleurs de la nation. Plus près de M. Bergeret que de Michelet, combien d'entre eux voyaient dans cette cérémonie autre chose qu'une distribution de prix à la fois posthume et antidatée?

Et me rappelant qu'un poète, grand ami du peuple,

vrai fils spirituel de Michelet, notre fort et exquis Maurice Bouchor, avait dû renoncer à lire une Ode, subversive, paraît-il, pour les oreilles officielles; — me rappelant qu'un préfet venait de supplier son inspecteur d'Académie de ne pas Tinviter aux fêtes scolaires en l'honneur de Michelet (toujours le : « pourquoi Michelet? ») ; — me rappelant l'humeur des fonctionnaires, le scepticisme des lettrés, l'ahurissement des foules, devant ce nom magnifique et gênant, — je regardais avec une sympathie respectueuse la noble veuve, et je murmurais, moi aussi, dans le frisson de mon cœur : « France d'aujourd'hui, pourquoi Michelet? »

La France a-t-elle donc célébré Michelet comme Talleyrand célébrait la Messe, avec des gestes pleins et un cœur vide?

Le culte national de Michelet serait-il déjà superstition, avant d'avoir été religion?

Les morts tels que Michelet ne veulent pas être commémorés, ils veulent être ressuscites. Qu'ai-je dit? ils ne veulent pas cesser de vivre! Et leur vie, c'est leur œuvre. Non, c'est plus encore, c'est l'idéal qui animait leur œuvre. C'est leur esprit.

Si la France, faisant l'union de toutes ses classes, redevient une personne morale; si la République, héritière de la Révolution, redevient la Liberté, la Justice, le Droit; si le peuple, cessant de pourrir dans l'alcoolisme, de se renier par l'arrivisme, sait être la société d'amour et de sacrifice qu'a rêvée

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Michelel: si rUniversité, condamnant ses programmes écrasants, ses méthodes sèches, sa neutralité mécanique, enseigne la foi simple et vivante en la patrie, fonde Téducation sur le cœur; si nos philosophes et nos littérateurs, cessant de dissoudre le Monde en poussières et THumanité en esclaves, proclament à nouveau TuniversaUté de Tâme, la grandeur de Undi\idu ; si partout, dans Thomme et hors de Thomme, la Vie réapparaît, avant pour base Tamour, pour cime rhéroïsme; — si la reUgion de THomme complet dans la Cité universelle pénètre les cœurs, les esprits, les vouloirs, TéUte comme la masse; alors la France aura eu raison de célébrer dans le centenaire de Michelet sa propre résurrection....

Mais s'il devait en être autrement, si une telle cérémonie n'avait ser>i qu a marquer, d'un trait plus cruel, Tabîme entre Michelet et les Français d'aujourd'hui, nous craindrions que la France n'eût célébré (avec toute la grandiose inconscience des vanités officielles) son propre service funèbre....

Le culte d'un grand homme s'est désormais ajouté à la religion de la patrie.

C'est là, semble-t-il, le plus haut enseignement que nous puissions dégager de la commémoration à laquelle nous avons assisté. Le culte des grands hommes, idée de la Convention nationale reprise par la Troisième République, a reçu au 14 juillet sa première consécration.

Il faut que d'autres suivent. Il faut que le peuple

français apprenne à connaître et à honorer ceiix qui ont été sa plus haute conscience dans Thistoire.

Les grands hommes incarnent Thumanité dans ce qu'elle a de plus pur et de plus libre. Ils ne sont pas nos égaux, mais ils ne sont pas non plus nos tyrans. Ils ne nous oppriment pas, ils nous délivrent. Ils sont nous-mêmes, tels que chacun de nous aurait voulu être, si la nature et le destin lui avaient permis de pousser son rêve jusqu*au bout.

Un grand homme est reconnaissable à ce qu'il suscite le désir de l'imitation, à ce qu'il exalte les énergies les plus nobles, à ce qu'il crée autour de soi, longtemps après soi, la volonté d'agir vers le mieux.

De qui est cette parole dangereuse : « France, guéris-toi des individus »? Sans doute, celui qui Ta prononcée pensait à César. Mais il ne prenait pas garde qu'en s'attaquant à la contrefaçon de la grandeur, il pouvait détruire la grandeur elle-même.

Le jour où la France se serait guérie des individus, le jour où elle n'aurait plus la religion des grands hommes, elle ne serait plus qu'une poussière de race soulevable à tous les vents de l'histoire.

Il y a longtemps déjà que la science et la raison ont fait justice du sophisme grossier par lequel certains anarchistes proclament tous les hommes égaux les uns aux autres. Egaux en droit et devant la loi, oui; mais non pas égaux en génie et devant l'histoire.

Certains êtres naissent avec des sens plus aigus, Une intelligence plus vigoureuse, un cœur plus large, un caractère plus ferme que les hommes de la moyenne. Ils grandissent parmi les autres comme des statues de l'homme complet. Ce que nous voudrions être, ils le sont ; ce que nous voudrions faire,

ils le font. Ils marchent devant nous comme des aimants; et si nous les suivons, que dis-je? si nous nous précipitons sur leurs pas vers les sommets, c'est que nous avons reconnu en eux le meilleur de nousmêmes.

Ces êtres, qui ne sont pas nos égaux, sont pourtant nos frères. Ils nous dépassent, mais ils nous ressemblent. Ils nous proposent un idéal, ils. ne nous rimposent pas. Il§ ne sont pas grands parce qu'ils nous rapetissent, mais parce qu'ils nous rehaussent.

Mais, dira-t-on, certains hommes ont été grands qui ont terrorisé et asservi l'humanité. César, Richelieu , Napoléon ont cimenté leur grandeur dans le sang et la servitude de millions d'hommes. Ne craignez- vous pas que votre religion des grands hommes n'aboutisse pratiquement au césarisme?

César, Richelieu, Napoléon, Bismarck n'ont pas été grands parce quils ont couvert la terre d'esclaves et de cadavres, mais malgré cela. La preuve en est qu'Attila et Mahomet II n'ont pas été appelés grands pour avoir fait les mômes choses. Ce que l'humanité admire dans un Napoléon ou un Pierre le Grand, ce ne sont pas les moyens dont ils ont usé, c'est la fin qu'ils ont poursuivie, parfois atteinte. Nous pardonnons à ces hommes extraordinaires leurs crimes, en raison des durables bienfaits qu'ils ont assurés à leurs patries.

Mais surtout il y a plusieurs ordres de grandeur, dont la grandeur militaire et politique est la moindre et la plus suspecte. Toute supériorité qui s'affirme sur la violence et la contrainte est, par cette base même, inférieure. Dans une patrie d'hommes

libres, la supériorité n'est point de contraindre, mais de convaincre.

Le génie n'enchaîne pas les mains, mais les cœurs. Et le véritable grand homme n'est pas celui qui étouffe les individus sous son ombre : c'est celui qui les fait surgir à sa lumière.

Tantôt c'est un héros, tantôt c'est un saint, tantôt c'est un poète. Que de grands hommes la France pourrait ainsi célébrer dans ses fêtes populaires et ses commémorations officielles! Les instituteurs liraient leur vie ou leur œuvre dans les écoles ; les professeurs la commenteraient dans les théâtres; les corps de l'État la glorifieraient au Panthéon, et la nation tout entière, enfin consciente de ses meilleurs enfants, s'exalterait à leur souvenir. Saint Louis, Jeanne Darc, saint Vincent de Paul; — Roland, Bayard, Vauban, Hoche, Faidherbe; — Ronsard, Corneille, Voltaire, Victor Hugo, Chateaubriand, Lamartine, Edgar Quinet; — Lavoisier, Cuvier, Pasteur; pourquoi chacun d eux n'aurait-il pas son anniversaire dans l'immortalité nationale?

Les hommes se sont tousjour réunis pour adorer et prier en commun. Les religions, les églises, les cérémonies du culte n'ont pas d'autre origine. Ce besoin d'enthousiasme collectif, cette aspiration des foules vers la majesté mystérieuse du divin, sont impérissables dans leur essence. Mais les manifestations s'en modifient avec l'esprit humain lui-même. Pour combien d'hommes, et même de femmes, les rites liturgiques ont-ils encore un sens aujourd'hui? Faites la part de la routine, des conventions, des nécessités sociales, et voyez le petit nombre qui vous restera. Pourtant le besoin religieux subsiste au cœur

des hommes et des femmes. Le goût de Théroïque, Télan vers tout ce qui dépasse la misérable vulgarité des intérêts matériels, Tinstinct de l'idéal sont plus vifs dans les âmes modernes qu'ils n'ont jamais été dans les siècles passés. Chaque conscience porte en soi sa religion intérieure, qui ne demande qu'à s'exprimer, à se magnifier dans une communion avec les autres consciences.

La religion des grands hommes est le couronnement , et comme la fleur, de la religion intérieure. En honorant les grands hommes, nous n'abdiquons pas notre personnalité : nous la renforçons. Ils ne sont pas nos idoles : nous savons qu'ils furent faillibles, et que souvent ils faillirent. Ils ne nous imposent pas leur credo : combien de leurs idées nous paraissent vieilles, fausses, surannées! Mais nous ne voulons garder d'eux que l'essence inépuisable de leurs pensées et de leurs actions. Nous nous inclinons devant eux sans nous agenouiller bassement. Le respect de leur génie est fait de la dignité de notre pensée.

Le culte des grands hommes est le seul qui puisse convenir à des hommes libres et solidaires. Il est nécessaire dans une démocratie républicaine, parce qu'il y entretient le respect des fortes individualités, l'enthousiasme pour les grands actes et les belles œuvres, la mémoire des traditions héroïques, trois choses sans lesquelles une nation n'est plus qu'un troupeau d'esclaves.

Les peuples ne sont grands que par leur amour des héros, et les héros ne sont grands que par leur communion avec les peuples. Célébrons la religion des grands hommes, non pas seulement par des Quatorze-Juillet et dans les Panthéons, mais chacun

dans notre cœur el par le quotidien de notre vie. Nou3 entretiendrons ainsi aux sanctuaires invisibles la petile lampe qui empêche les individus de défaillir, et les DalioQS de s'éteindre.

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