CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN
« Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse,
» Pour vous. Français, j'ai combattu longtemps ;
» Je viens encor, dans ma triste vieillesse,
» Attendre ici vos guerriers triomphants.
» Ah ! bien longtemps, vous attendrai-;e encore
» Sur ces remparts où je porte mes pas ?
j) De ce grand jour quand verrai-je l'aurore ?
» Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas .?
» Qui nous rendra cette époque héroïque » Où , sous Montcalm, nos bras victorieux. » Renouvelaient dans la jeune Amérique » Les vieux exploits chantés par nos aïeux ? » Ces paysans qui, laissant leurs chaumières, » Venaient combattre et mourrir en soldats , » Qui redira leurs charges meurtrières ? » Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils, pas ?
9 Pauvre vieillard, dont la force succombe, » Rêvant encor l'heureux temps d'autrefois, » J'aime à chanter sur le bord de ma tombe » Le saint espoir qui réveille ma voix. » Mes yeux éteints verront-ils dans la nue » Le fier drapeau qui couronne leurs mâts ? » Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue ! » Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?...
Un jour, pourtant, que grondait la tempête.
Sur les remparts on ne le revit plus.
La mort, hélas ! vint courber cette tête
Qui tant de fois affronta les obus.
Mais, en mourant, il redisait encore
A son enfant qui pleurait dans ses bras :
« De ce grand jour tes yeux verront l'aurore,
» Ils reviendront ! et je n'y serai pas ! »
Tu l'as dit, ô vieillard, la France est revenue. Au sommet de nos murs, voyez-vous dans la rue Son noble pavillon dérouler sa splendeur? Ah ! ce jour glorieux où les Français, nos frères. Sont venus pour nous voir du pays de nos pères, Sera le plus aimé de nos jours de bonheur.
C'était l'arrivée, en i855, de la frégate française, « La Capricieuse, » à laquelle le poète faisait allusion. Ecoutez maintenant la plainte inspirée par le départ :