LES ESCALES DE TRAITE DE COHUE
Commerce I dieu des Toubabs ( Européens ) t ici ion temple s'ouvre... mais c'est un temple de paille dont le murAotran ( viande desséchée an soleil ) infecte 1rs issues temple de duplicité et de ruse où le Maure et le traitant mulâtre de N'dar (Saint-Loui*) palabrent (2) des journées entières pour un mattar ( mesure de 490 livres) de gomme et se livrent un assaut mutuel de mensonges et de fourberies!... voici l'escale des marabouts ( prêtres) d'Armancourt, espèce de tribu sacrée, qui ne porte jamais les armes, mais vend chèrement ses gris -gris (3) (amulettes sacrées ) aux Maures : leur chef, chems , ne possède que cette escale, mais se fait respecter par son saint caractère des chefs des tribus voivines.
Plus loin, c'est l'escale du désert ou des Strarzas : c'est là que Mohamed del-Habib, leur roi, établit son camp pendant la durée de ta traite pour percevoir les coutumes ( ou cadeaux d'usage) des traitants : ces huttes de paille qui bordent la rive, ces trente ou quarante barques, également tentéesen paille, sont le théâtre anime des trocs et des échanges : la gomme anive portée par les dociles chameaux, et l'avide traitant court au-devant de la caravane, lui vantant
ces guinées bleues, son ambre et son corail
Les interminables palabres commencent après que les Maures se sont bien repus de couscous et
(1) PaMrtr, mot très-usité dans te fleuve. On ne Irait* rien en politique ou en marrhandiars «une faire préalablement un long palabre avec ces peuplades ; elles y tiennent beaucoup et v déploient rlus de flnrsac qu'on ne croit.
(3) Ont g ît. Ces gria-gris sont des amulettes sacrées, qui ont la vertu depréset ver les >é«rea et les Maure» des blessure», des coups rte fusil, dea morsures des bétr» féroces, etc., etc. Les marabouts ou pt êtres font un «rai l rifle de ces hocbels »arre» dan» Irsquet» le» Hcgresct 1rs Maurea ont une foi aveugle ; plus Ils sont cher», mieux ils pnservent, pensent-ils. J'ai vu des Kégrrasc donner de» invpi de poignard sans rien craindre, parée qu'ils avaient ua gm^m contre.poiitnard ; ta blessure plu» ou moins jrrave qui en résultait n'atténuait *>is b ur confiance dana Ira fût grit, arulrmeui ila allaient eo changer, prétendant qu'on leur en avait vendu di- militai*; fVo ai v., d autre* traverser b- fleuve au milieu dea catalans, parce qu ila avaient un gra-gr.t caliuaa..
FRANCE MA1HTIME. 807
de rit dans la barque du mulâtre... souvent les discussions, les réclamations s'ensuivent... le chef de l'escale interpose son autorité et se voii souvent obligé d'en référer au baroum - sakar (capitaine de ( Africain), qui passe devant l'es* cale et arrange les différends de concert avec le roi. Versez un coup de saogara, et nous allons faire vingt milles.
lATmiLLEMElfT DE CHARBON. — TORTS FRANÇAIS.
Richard-Toll ! jardin du Sénégal, si riche de végétation... c'est en vain qneles Toubabs (Européens) ont essayé de couvrir les plaines de plantes d'indigo... vains efforts I chimérique espoir! ils n'ont pu rivaliser avec les riches teintures de l'Inde.
Voici la blanche Dagana, citadelle française, jetée sur la rive gauche du fleuve, pour nous donner un pied dans le Wallo et observer les Maures... Dagana, sentinelle avancée de la colonie, dont les canons font trembler Maures et Nègres.
Au repos un instant, vigoureux chauffeurs, voila Podot... I là est notre dépôt de charbon... nous allons remplacer celui que vos larges pelles ont jeté dans les gueules de feu des chaudières.... Machines, attention!.... machines, stop!.... mouillez!... courage, mes vigoureux laplots, courbés sous le poids des sacs de charbon* gagnez votre double ration de couscous (mil broyé ei cuit) et de sangai-a.... Ces murs de brique détruits, ces tours, ces bastions mi-renversés, ce sont les débris de l'ancien fort de Podoz et de l'ancien comptoir français, abandonnés maintenant pour des points de traite plus avancés dans le haut fleuve.... Mais les laptots ont quitté le charbon pour virer au cabestan à la voix du Baroum-sakâr..., machines, attention !... machines, en avant!... dérapez!... l'ancre se lève et repartit hors de Peau, couverte de coquilles dont les Toububs sont si avides.... Nous quittons Podoz en couvrant ses misérables cases des nuages de notre épaisse fumée.
Voici de nouvelles cases! des bâtiments de traite recouverts de leurs toits de paille et entourés de guirlandes de mackoiran (viande desséchée .découpée en bandelettes)!... c'est l'escale des Maures-lfracAiMM, les sujets de Hamet-don; non loin est le camp du roi, mais il se tient de préférence à bord de la goélette slationnaire qui commande l'escale... Esclave au milieu de ses esclaves, il n'a que ce moyen de se dérober aux importunités deses chefs de tribu, dont l'œil avide dévore les présents et coutumes que lui donnent les traitants..., c'est souvent la menace a la bouche qu'ils réclament une large part du budget royal.
Nous passons Slafoux aux sinuosités dange-
reuses: maintenant c'est le pays dn Foula, qui s'étend à notre droite ; à notre gauche c'est toujours le pays des Bracknas.... Veillons bien, pilote ilammadi, veillons bien!.... car le fleuve roule ici sur des bancs de roche son cours de
plus en plus impétueux Courage, braves
chauffeurs, gagnons Soldé, Suidé où s'arrêtera la flottille de* traite, qui nous suit pour payer
les coutumes a Yamamy (chef) du fouta
Rapaces, versez un coup de sangara à l'intrépide Qutiifa, et nous ferons cent milles! versez un autre coup de sangara au vigoureux Shamba- Diara, et nous ferons cent autres milles !
pmrsioKOKtE ne ton», la coasse, la tourai».
Le jour commence à peine à poindre, et déjà le pont résonne des coups multipliés des pilon* qui broient \e couscous (grains de mil).. ..Courage, pileuses (i) infatigable*! la sueur sur le fn»nf, l'enfant sur le dos, préparez le repas des I > plots
et des chauffeurs et voyez- les ces chatiff -urs,
le corps nu, au milieu d'une température de GO*, la Ogure enluminée par les reflets de leurs ardents loyers leurs vigoureux corps, noirs
comme l'ébène, sont inondés de sueur.... ne semblent-ils pas des diables attisant les flammes de l'enfer?... Mais, que vois-je devant nous?... c'est une troupe devoraces caïmans qui traverse le fleuve!... à moi, chasseurs ! chatgez à balle et visez à la têie.car votre plomb glisserait sur leur
cuirasse d'écaillé Ici c'est une bande de singes
qui prend ses ébats dans ce grand gonatier (arbre)... feu!.... plus loin c'est un vol d'aigrettes; là c'est un citât- tigre, dont les yeux
brillent à travers les broussailles et la nuit
c'est le lion, qui vient se désaltérer au boni «le la rivière en rugissant sourdement.... A ce cri tous les animaux se taisent.... la hyène interrompt son grognement aigu c'est bien là le
maître des forêts et des déserts, que l'homme seul ose attaquer!....
Soudain l'air nous oppresse de tous côté*
nos poumons respirent à peine l'appétit le
plus vont ce cesse dès ce moment In moindre
étoffe..... le moindre tissu semble un lourd fardeau l'horizon se charge dans l'est et les
éclairs brillent sans interruption, le tonnerre
gronde dans le lointain c'est une tomads
(orage violent); bientôt elle se dessine sur l'horizon en cercle noir et dentelé..... elle rase le sol poussée par de violentes rafales, et ses mas* ses pluvieuses s'en détachent, simulant dans le lointain un immense tracé demies uniformes...*
Mouille, tagar (bateau à vapeur), mouille!
car bientôt tu ne verras plus ni l'une ni l'autre
(t) Ces pilruws s«nt «tes femme*, «le» Hétmf*, rmhar» q<ié>* * lutnl pour nrépurrr le rei»as des lapiuit; il j «"•» avait cinq A bord de I J/ricain*
rivo pour te diriger.... Un éclair de feu brille,
nous aveugle lu foudre serpente, éclate et
vient se précipiter dans l'eau près de notre chaloupe L'orage est passé l'air rafraîchi
fait circuler en nous une vie nouvelle et la
brise nous envoie les parfums des fleurs de gonatier et des baobabs (arbres) Allons, chauffeurs, continuons notre route avalez un bon
coup de 6angara,el faites-nous faire cent milles ! à un autre coup de sangara, faites-nous faire cent nouveaux milles I
VH.
ARRIVÉE AU PATS DE GALAM. FORT BAEEL.
Nous laissons maintenant à notre gauche le pays des Maures Dowiches, si redoutes de leurs voisins ; sur notre droite c'est le pays de Galam, qui commence au marigot N'guérei . Pilote
Mammadi, veille bien ce passage dangereux
ici encore des bancs de roche ne quille pas
le beaupré que ton co*ntre-maltre ne bouge
pas de la barre, et que tes gourmets (élèves-pilotes noirs), sur les tambours, répètent tous tes
commandements Marigot de N'guérer
ton passage va coûter encore aux Toubabs (Européens) des guinéesetdu tabac... Allons, mes
griottes! faisons résonner nos tam-tams!
Bagnas .' .... (crie de joie), Baguât .' laplola,
en danse! 11 est doublé ce dangereux passage et nous entrons dans le royaume de Galam, dont les rives possédées par les princes Baguéris sont le théâlre du dissensions civiles et de guerre à mort entre deux frères, Skamba-Combadiama, roi du bas pays, et Shambayassim, roi du haut pays.... C'est avec ce dernier que la France a une guerre également avec cet orgueilleux
f>rince qui veut forcer les Toubabs à Augmenter eurs coutumes ( cadeaux d'usage ) Voici
les ruines deTnabo, ancienne capitale de Skambacomba-diama, Tnabo, brûlé, pillé, ensanglanté par les belliqueux Bambaras.dont le rusé Shambayassim a su se faire des alliés puissants à force de cadeaux intrépides guerriers, qui marchent au combat, un bataillon sacré à leur téte, bataillon destiné à mourir jusqu'à ce que la victoire soit remportée ; ses soldats dédaignent l'arc,
les sagayes, les fusils c'est à coups de hache
qu'ils s'élancent contre l'ennemi et abattent ses tatai (fortifications) t au son d'une musique guerrière qui les électrise.
Bakel, Bakel! siège du comptoir français ... imprenable fort, qui commandes à tout le pays, assis sur ton rocher te voilà enfin!.... Courage, mes braves chauffeurs 1.... nous avons fait cinq cent quarante milles dans l'intérieur, grâce
à votre zèle infatigable courage, doublons ce
courant de foudre près de l'Ile, blanchie par les ossements de lant de Français.... L'ancre tombe devant le fort à la voix du baroum sa/car (capitaine
de l'Africain), et onze coups de canon.cn saluant le fort, apprennent aux populations voisines que la flottille suit le sakar, et va incessamment arriver pour commencer la traite de gomme, d'or et de
morfil Respect, respect aux navires qui la
composent car vous l'avez entendu!.... le
sahar est là avec ses terribles bouches à feu!...,
viir.