XIV PRÉFACE
choses et sans passions contre les personnes, ayant, au contraire, avec la plupart des Français illustres qui ont figuré dans cette histoire des liens de respect et d'amitié que ma sincérité ne peut que resserrer, loin de les rompre, j'étais peut-être mieux placé que beaucoup d'autres pour parler de ces diverses époques avec une entière indépendance d'esprit et avec l'habituelle liberté de mon langage. Enfin je n'ai pas été moins sincère dans les prévisions inquiétantes et dans les conseils pressants qui terminent ce volume.
Il serait temps, en effet, que chacun dît ce qu'il pense, et que l'hypocrisie politique qui nous dégrade, en même temps qu'elle nous consume, eût un terme. Ceux qui auraient pu croire que la flatterie est l'apanage exclusif des cours et qu'elle ne saurait prospérer dans l'atmosphère d'une société
Î^KEFACE. XV
démocratique doivent être aujourd'hui détrompés par l'expérience.' Bien au contraire, on a pu voir que, dans une société démocratique qui a un gouvernement monarchique, la flatterie, plus florissante que sous l'ancien régime, a deux emplois et trouve un double aliment. Les uns, suivant tout simplement l'antique usage, flattent le prince; les autres, forcés de chercher un point d'appui contre le pouvoir excessif du prince, flattent le peuple en pleine sécurité de conscience. Si, du moins, tout courtisan était ainsi contraint de choisir! mais de plus habiles dans ce vil commerce flattent en même temps le peuple et le prince avec une égale impudence et avec un double profit.
Laissons faire ceux qu'on ne peut guérir de cette triste habitude, mais n'allons pas en c;rossir le nombre. Jeunes Français, restez debout 1 ne vous fabriauez noint, ni sur les