‹ La France novvelle;Chapitre 13 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CE QUE DEVIENNENT LA LIBBftTB BT L'ÉGALITÉ SOVS LE DESPOTISME DEMOCRATIQUE.

Tout est imparfait et incomplet en ce monde, même le mal ; et, de même qu'une société ne peut guère arriver aux dernières extrémités dé l'anarchie, elle ne peut guère toucher le dernier degré concevable de la servitude. II reste toujours dans une nombreuse réunion d'hommes une certaine quantité de liberté que ne supprime pas le despotisme, soit que cette suppression lui semble impossible, soit qu'il croie de son intérêt de ne la point tenter, et de s'imposer plutôt à luimême de certaines bornes. '

Ce minimum de liberté, laissé & une -société

courbée sous le despotisme, varie selon les temps et les lieux, et quelquefois il est assez considérable pour faire illusion sur l'état réel de sujétion dans lequel on est tombé. A Rome, le despotisme démocratique des Césars ne respectait rien, et son pouvoir avait d'autant moins de limites, que les républiques antiques, peu accoutumées à dfsïinguer la liberté civile de la liberté politique, avaient l'usage de laisser le citoyen désarmé en face de l'État; il est vrai que par l'État on entendait tout le monde, ce qui rendait cette situation tolérable; mais cette impuissance individuelle du- citoyen devint affreuse aussitôt que l'État, représenté par un seul honuxie, eut toutes les passions^ tous les caprices, toutes les folies d'un homme. On vit alors un spectacle que le moBde moderne est aussi incapable d'imaginer avec exactitude qu'il est heureusemant incapable de la repBûduire.

Les nations modernes sont» en effet, accoutumées à une certaine liberté civile que le: despotisme démocratique lui-B)éa}e est disposé à

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laisser debout dans l'intérêt de sa ateeté. On peut donc ?oir sous éerégimB un peqile eoUect^ vément privé de som droit ootioiiai, tandis cp» cbaque citoyea reste eu possesaion de «n droit perscmneh La natioa, par exemple, cooaidâréfl dans son ensemble^ œ sera Buttmse ni de faire la guerre, ni de foire la paix, ni de régler si dépense, ni de conduire sa politique estédeiire ou intérieure; ou, ce qui revient an même, elle n'aura plus qu'une voix consultative sur œs graacte intérêts par l'organe tfone représente^ trosi illusoire investie de droits dériseire&f mais, en même temps, auMlesBOus de cette univeiv selle servitude, chaque citoyen aura gardé le ^ drœit d'altar et de ^enir^ de vendre oo d'acheter, \ l'entière disposition de sa personne, de sa fà* mâle, de sea tnens, en un mot, une indépen-

dance civile assez large poor qull puisse a'esti^ HBBor Ubffe, si l'idée àe la patrie Â-est jamaÉi entrée dus ïim intelIigeDce ou si elfe est aottie desoncoeiBr»

Si poortant rind^gesdanoe tmke paiit rester

OU paraître complète sous le despotisme démocratique, tel qu'il peut exister dans les temps modernes, cette indépendance n'est rien moins qu'assurée, surtout dans toutes les parties où elle avoisine la liberté politique, et aucun rempart solide ne la garantit des incursions du pouvoir. Il suffit que ce pouvoir ait le moindre intérêt ou s'imagine avoir le moindre intérêt à la restreindre pour qu'elle soit aussitôt menacée; et alors, ceux qui se voient exposés à être bannis par un signe de tête, ou envoyés d'un mot dans des régions meurtrières, comprennent trop tard que l'indépendance civile, si elle n'est pas sous la protection de la liberté politique, n'est qu'un toit de roseau, incapable de les abriter contre la tempête.

On croirait au premier abord que l'égalité, sur laquelle le despotisme démocratique semble en partie fondé, et qu'il prend volontiers pour dra* pe»u, n'a du moins rien à redouter de ses atteintes; n'est-elle pas l'idole à laquelle on a sacrifié tout le reste? Mais cette confiance est bientôt

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déçue, et le despotisme démocratique est inévitablement réduit à intenter contre l'égalité une sourde guerre. Tout despotisme, en effet, même celui qui affecte de sortir du sein de la multitude et de ne subsister qu'avec son aveu, est obligé de s'appuyer sur un certain nombre d'hommes particulièrement dévoués, auxquels il doit lui-même en retour une protection et une faveur particulières. Ce premier principe de l'égalité dans les sociétés démocratiques : que le mérite est le seul titre valable pour tous les emplois, est donc remplacé par cet autre principe : que le dévouement personnel et absolu au prince est la règle de l'admission et de l'avancement dans les fonctions publiques. De plus, si quelqu'un de ces hommes, dont le dévouement à Tordre de choses établi est notoire et paraît nécessaire, commet une faute et enfreint la loi commune, on ne peut guère hésiter à étendre sur lui l'égide de la puissance souveraine, et à le soustraire aux conséquences et même à la publicité de sa faute ; si bien que ce principe, le plus cher de tous aux

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sociétés démocratiqaés : que tous les citoyens aonï égaux devant la loi $k également responsables devant elle, est implicitement aboli et remplacé par cet autre principe : que les lois sont facultatives quant à leur application » et qu^eltes obligent ou menacent inégalement leA citoyens, selon qu'ils sont réputés amis oo ennemis du pouvoir.

Ekifin une dernière contr9.(liction, non numis fuœsfe à régàlité, parait inséparable du despo-* tisme démocratique. Nul homme éclairé n'ignore que ce genre de gouvernement est viager de sa nature, quil lie se transmet que d'une façon irrégulière au mitieii des orages, et qu'il n'est point d'exempte qu'on l'ait vu deVeçir héréditaire; néanmoins, c'est une iltasion constante tbtn ceux qui s'en trouvent investis, que de croire cette hérédité possible, et c'est leur habitude que de faure tous leurs efforts pour l'établir. Hs s'ap^ ptiquent donc à entourer d'appuis fidèles ces trônes éphémères, et à y rattacher par toutes sortes iFavnitages les hommes qui paraîssenl le

plus capables de les soutenir. Or, il n'y a que des moyens connus et peu nombreux d'agir sur le cœur de l'homme, que l'égoïsme conduit, et lorsqu'on a comblé les vœux de Tavarice, il ne reste plus guère qu'à chatouiller la vanité. L'anoblissement et les titres héréditaires ont de tout temps rempli cet office, et le despotisme démocratique se trouve ainsi insensiblement poussé à faire à l'égalité cette dernière, mais impuissante injure. Il en vient donc un jour à s'entourer d'un fantôme de noblesse, soit qu'il crée des noms nouveaux, soit que, parfois, il ne craigne pas d'orner de quelque grand nom, dérobé à l'histoire, les moins considérés de ses serviteurs.

Voilà ce que deviennent nécessairement la liberté et l'égalité sous le despotisme démocratique.

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