ODOLRIC ou ODALRIC
Le concile tenu à Valence en 890 , nous apprend qu'à cette époque les Sarrasins continuaient de ravager la Provence où ils abordaient facilement. La France , désolée au nord par les Normands, n'avait point encore de marine à opposer aux uns et aux autres , lorsqu'enûn une vingtaine de ces sectateurs de Mahomet entrèrent pendant la nuit dans le golfe de Grimaud, et après avoir massacré quelques habitants des villages voisins, se réfugièrent dans les montagnes et à la Garde-Frcinet, où ils élevèrent un fort dont on voit encore l'emplacement sur un rocher isolé, dominant toute la chaîne des monts du nord au
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sud. Les précipices et les ronces le rendaient inaccessible. Le côté méridional étant tout à fait escarpé , on n'y pouvait monter que par des degrés mal taillés dans une roche schisteuse qui conduisent encore aujourd'hui aux restes de la porte du fort. C'était de ce repaire qu'ils faisaient de temps en temps des courses dans les petites localités environnantes. Le butin dont ils revenaient chargés leur fit bientôt une réputation de bravoure et de richesse qui se répandit jusqu'en Espagne. Il vint alors de cette contrée une centaine de Sarrasins qui ne tardèrent pas à être suivis d'un plus grand nombre , et dans peu de temps, ils se rendirent si formidables que les seigneurs de Provence, qui se faisaient entre eux une guerre cruelle, au lieu de se réunir et de s'allier pour chasser en commun les ennemis du nom chrétien, s'empressèrent au contraire de les attirer chacun sous sa bannière.
Les Sarrasins vendaient leurs services, ils passaient successivement d'un parti à l'autre pour les affaiblir tous, ils agirent si bien , soit par le nombre des habitants qu'ils massacrèrent dans les guerres civiles , soit par les renforts qu'ils reçurent d'Espagne , que dans peu de temps, ils dominèrent en Provence. Le fort Freinet demeura leur quartier général. Postés sur ces montagnes de difficile accès, ils étaient protégés derrière eux par le golfe de Grimaud qui leur offrait un abri sûr pour leurs navires , et une communication facile par mer avec leurs compatriotes d'Espagne et d'Afrique. De là ils se répandirent comme un torrent dévastateur dans toute la Provence, le Languedoc et le Dauphiné , pillant les villes , les églises et les monastères , massacrant tous les hommes en état de porter les armes , emmenant les femmes et les enfants comme esclaves en Afrique, et détruisant par le fer et la flamme les édifices publics et particuliers.
Les chrétiens firent de grands efforts pour purger le sol de la Provence de cette poignée d'Africains qui le désolaient; Hugues, roi d'Arles, les vainquit sans les détruire; l'empereur d'Occident, Othon Ier, les fit combattre sans succès; Conrad le Pacifique détruisit un de leurs corps d'armée a tel point qu'ils ne purent continuer leurs courses de quelque temps; mais ils n'avaient pu être entamés dans les montagnes où ils s'étaient retranchés, et ce ne fut qu'en 973, que Gibelin de Grimaldi, Boniface de Castellane , saint Buvons et plusieurs autres seigneurs joignirent leurs troupes à celles de Guillaume I«, comte
de ProveDce , pour attaquer la redoutable forteresse de Freinet, qui fut enfin prise d'assaut et rasée, après avoir massacré ou fait prisonniers les brigands musulmans qui la défendaient.
En 924 , un autre fléau fondit sur la Provence. Les Hongrois , attirés en Italie par Béranger, roi de Lombardie, vinrent en deçà des Alpes par le mont Genis , afin de ravager les deux royaumes de Bourgogne. Hugues, roi d'Arles et Rodolphe , roi de la Bourgogne transjurane, réunirent leurs forces et tombèrent ensemble sur ces barbares. Ils les défirent et les obligèrent de repasser en Italie : mais cet échec ne les abattit point. Résolus de pénétrer dans les Gaules à quelque prix que ce fût, les Hongrois se frayèrent un passage par les Alpes-Maritimes, se répandirent dans la basse Provence et s'avancèrent jusqu'au Rhône en commettant partout des cruautés inouïes. Hugues et Rodolphe en ayant appris la nouvelle, se mirent en marche pour les attaquer une seconde fois , mais ils arrivèrent trop tard ; les Hongrois avaient déjà passé le fleuve, et ravageaient le Languedoc, où ces princes ne jugèrent pas à propos de les poursuivre. Ils se contentèrent de faire . main-basse sur ceux de l'arriôregarde qui restaient en deçà du Rhône , et les exterminèrent entièrement.
C'est pendant ces invasions et ces guerres que commença à Aix Fépiscopat d'Odolric ou Odalric, qui ne put bientôt plus demeurer au milieu de son troupeau décimé par les Barbares. « A peu près dans le môme temps, dit Flodoard (Hist. de V Église de Reims , chap. XXII) , Odalric , évêque d'Aix , forcé d'abandonner son siège à cause de la persécution des Sarrasins , vint chercher un asile à Reiras et y fut accueilli par le comte Héribert, qui lui confia l'administration du diocèse à la place de son fils Hugues, qui était tout petit , et lui assigna pour revenu l'atibaye de Saint-Timothée , avec une prébende canoniale. • Flodoard donne à Odalric le titre d'évêque et non point d'archevêque; aussi quelques historiens, entre autres le P. Longueval, ont-ils présumé que l'Odalric dont il est question dans le chroniqueur rémois, n'est point Odalric d'Aix (Aquœ Sextia), mais un autre prélat de ce nom , qui occupait le siège de Dax en Gascogne {Aquœ Tarbellicœ)-. Nous ferons remarquer que Flodoard est dans l'usage de qualifier évôques, selon la coutume ancienne, les archevêques mêmes, et il ne donne pas d'autre titre dans sa Chronique , année 931 , aux archevêques de Tours et de Rouen. On ne trouve du reste, à cette époque, aucun prélat
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du nom d'Odalric dans les listes qui nous ont été conservées des évôques de Dax. Un Olthier (Oltherius) siégea à Dax de 898 à 920 environ , mais rien ne constate qu'un Odalric ait occupé cet évôché , bien que dom de Brugelles, page 74 des Chroniques d'Auch , dise qu'Odolric ou Odalric , évôque de Dax , se retira à Reims pour fuir la persécution ,des Sarrasins. Le P. Longueval qui l'a suivi, dit au contraire que c'est par les Hongrois qu'Odolric , évôque de Dax , fut chassé de son siège. Nous avons préféré en cette circonstance l'opinion de Denys de Sainte- Marthe, des continuateurs de la Gallia christiana et des historiens de Provence.
Le nom d'Odolric se trouve avec celui de Manassès , archevêque d'Arles, et de Dreux, évôque de Marseille, 3ur une charte du 18 juin 936, année 34« du règne de Louis, fils du roi Boson, comme empereur. Cette charte est un traité fait par l'évêque Dreux alors à Arles , avec un nommé Pontien et sa femme, relativement à divers biens situés au territoire d'Uzôs. Odolric assista, en décembre 947 , au concile réuni à Verdun pour terminer la cause entre Hugues de Vermandois et Artaud qui se disputaient l'archevêché de Reims. Il y signa le second , après Artaud , maintenu dans la possession du siège de Reims , et avant Adalbéron , évôque de Metz, et les trois autres évôques qui se trouvèrent au concile. C'est à notre avis une nouvelle preuve qu'on rendait ainsi honneur au siège métropolitain d'Aix , ce que les puissants évôques de Metz et de Toul n'eussent point fait si Odolric eût été évôque de l'humble siège de Dax. Odolric, disent les Bénédictins , se trouve mentionné dans un fragment d'histoire de France, due à un auteur anonyme , etjrelatant les événements qui se passèrent depuis le règne de Louis le Débonnaire jusqu'à celui du roi Robert. Mais c'est à tort que ces illustres érudiis prétendent qu'il est cité dans une charte datée de la 13e année du roi Lothaire , c'est-à-dire de 967 , et par laquelle ce prince confirme à l'abbaye de Fleury-sur-Loire , en la personne de son abbé Richard , tous les biens que lui avait donnés le roi Louis d'Outremer son père. Au bas de cette charte, on lit bien : Geton, notaire , approuva cet acte , au nom de monseigneur Odolric , archevêque et gr and- chancelier , mais il ne s'agit nullement d'Odolric, archevêque d'Aix. Cet Odolric, grand -chancelier nommé en 963, était archevêque de Reims, où il mourut le 6 novembre 969, après sept années de pontificat.
Odolric décéda en 948.
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