SAINT BASILE
Saint Basile n'était encore que simple prêtre , quand il assista en mai 449, aux funérailles de saint Hilaire, archevêque d'Arles, a Lorsque le cortège , dit Honorât , évôque dp Marseille , biographe de cet illustre prélat , arriva dans l'église de Notre-Dame de Grâce , aux Aliscamps , le désir des assistants, pour saisir les derniers lambeaux des vêtements qui couvraient le saint pasteur défunt se manifesta plus vif et plus exalté. Afin d'arrêter cet élan plein de sublimité et de signification , le vertueux Basile , prêtre d'Aix , prit le drap mortuaire , et se retirant à l'écart, le mit en pièces et en distribua des fragments aux fidèles qui , en s'éfoignant ainsi du cercueil , laissèrent la faculté de le déposer dans le tombeau. »
Le savant et pieux jésuite Jacques Sirmond , après lui Quesnel dans ses notes sur la vie de saint Hilaire , et tous les historiens provençaux sont d'accord , pour reconnaître dans ce passage de saint Honorât , Basile , évêque d'Aix. Son épiscopat commença en 472, puisque sous le consulat de Turcius-Rufius- Apronius Asterius, c'est-à-dire, l'an 494, il comptait la vingttroisième année de son épiscopat. C'est un fait prouvé par une inscription ou plutôt par un fragment d'inscription sur un marbre qui se trouvait avant la révolution chez M. Alexandre-Jules- Antoine de Fauris de Saint- Vincent , président au parlement d'Aix , et qu'on voit aujourd'hui dans l'église métropolitaine de Saint- Sauveur.
Basile fut un des quatre évêques de la Basse-Provence qui , pour détourner les malheurs dont leurs Eglises étaient menacées , proposèrent en 474 un accommodement a Euric , roi des Visigoths , qui s'apprêtait à envahir la Provence. Les trois autres évêques étaient Léonce d'Arles , Grec de Marseille , et Fauste de liiez. Ce fut alors que Sidoine Apollinaire , évêque de Clermont, craignant que la cession de l'Auvergne ne fut une des conditions du traité de paix, écrivit à l'évêque de Marseille dans les termes suivants :
« On achète, lui disait-il , le repos de l'Italie aux dépens de notre liberté ; nous allons devenir esclaves , et c'était pour être un jour le prix d'une paix si honteuse , que nous avons soutenu toutes les rigueurs d'un siège ; jusqu'à nous voir réduits à vivre
des herbes qui croissent dans les crevasses des murailles. Rougissez de conclure un traité qui ne peut être ni avantageux ni honorable. Rien ne se fait que par vous ; dépêches, propositions de paix , accommodement , tout passe par vos mains, pardonnez si je vous dis des vérités dures : c'est la douleur qui me [es arrache ; mais puisqu'il faut l'avouer, rarement vous traitez les affaires en commun , et s'il vous arrive de vous assembler, vous travaillez plutôt dans vos intérêts particuliers que vous ne songez à remédier aux malheurs publics. » (Sidon. Epist. 7, lib. 7). C'est à Basile lui-même que Sidoine écrivit pour le même objet sa lettre 6e du livre 7«.
Les instances de Sidoine Apollinaire furent inutiles : l'Auvergne fut sacrifiée parce que l'intérêt de l'Etat, plus fort que les plaintes des particuliers, exigeait qu'on la sacrifiât pour sauver la Provence : mais celle-ci ne tarda pas à subir à son tour le joug des Visigoths. Euric profita de l'espèce d'anarchie qui suivit la mort de l'empereur Nepos, arrivée le 9 mai 480 , et s'empara d'Arles. La reddition de cette place entraîna la soumission * de lout le pays compris entre le Rhône, les Alpes-Maritimes, la Méditerranée et la Durance. Déjà, depuis 474, les diocèses situés au nord de cette rivière étaient sous la puissance des Bourguignons.
Basile se trouva au concile tenu en 475 à Arles contre un prêtre nommé Lucide , qui répandait dans la Provence les erreurs du prédestianisrae. II refusa en 513 de reconnaître les privilèges que le pape Symmaque venait d'accorder à l'Eglise d'Arles en la personne de saint Césaire , son évêque, et se montra rebelle à diverses sommations que lui fit ce prélat de se rendre aux ordinations et aux conciles de la province. Saint Césaire fut obligé d'adresser à ce sujet au Pape un mémoire qu'il fit porter à Rome par son secrétaire Messien , et par l'abbé Gilles, que l'on croit être le célèbre saint Gilles que l'Eglise honore le 1« septembre. A celte révélation inattendue, le souverain Pontife ne put dissimuler son mécontentement et sa peine. Aussi , telle fut la réponse qu'il remit aux envoyés de Césaire, réponse datée du 11 juin 514.
« Notre âme, dit-il , a été saisie de la plus navrante affliction, à la nouvelle des contradictions inouïes suscitées par notre frère l'évêque d'Aix. Il a cru , sans doute , que l'exercice des hautes fonctions de vicaire du Saint-Siège, que nous vous imposions pour les Gaules, lui enlevait certains droits de son siège. Non, telle n'est pas notre intention, nous n'avons pas prétendu porter atteinte
aux privilèges des autres Eglises. Mais si lui ou quelque autre évêque n'obtempérait pas à nos ordres, ce que nous ne désirons pas , il sera soumis à la discipline ecclésiastique. Pourtant nous voulons et nous vous ordonnons de- veiller, avec soin , à toutes les affaires de la religion qui pourraient s'élever dans les provinces de la Gaule et de l'Espagne. S'il est nécessaire et opportun de rassembler un concile , c'est à vous de le convoquer et à déférer le débat au Saint-Siège , si le concile ne l'avait pas entièrement terminé. »
Il est à supposer que Basile se conforma aux ordres du souverain Pontife, et ne fournit plus à saint Césaire l'occasion de se plaindre de lui. Quelques années après, et vers 519 , il assista à ses derniers moments le vénérable Honorât , évêque de Marseille , et le suivit de près dans la tombe. Basile était alors nonagénaire; quelques Martyrologes lui donnent le titre de saint, mais jamais un culte public ne lui a été rendu dans le diocèse d'Aix.