FOUCAULT
i. FOUCAULT (Radegonde), fille de Jacques Foucault, procureur au parlement de Paris [Haag, V 455], et veuve, avec trois enfants en bas âge, de Jean Sureau (ou Surault), garde des sceaux de Montargis, s'était retirée dans un petit domaine qu'elle possédait à Pierrefitte. Lorsque l'édtt qui ordonnait aux huguenots de sortir du royaume fut publié, elle s'occupa surle-champ du soin de faire rentrer quelque argent qu'on lui devait ; mais un de ses créanciers, par des lenteurs calculées, la retint au delà du délai de quinze jours prescrit, puis la dénonça comme hérétique et rebelle aux ordres du roi. Elle fut arrêtée, le 29 octobre 4587, avec sa sœur Claudb, qui habitait Paris; on les enferma dans les prisons duChâtelet. Le 7 nov., les deux dames hérétiques eurent à soutenir un rude assaut contre le curé de Saint-Séverin, assisté de deux docteurs de Sorbonne et de deux jésuites ; mais elles restèrent inébranlables, en sorte que les convertisseurs se plaignirent au roi de cette obstination. Henri III, qui se piquait de connaissances théologiques, voulut essayer s'il serait plus heureux ; mais il échoua comme le curé. La Cour prit intérêt à ces deux malheureuses femmes qui déployaient tant de courage et de constance en face du bûcher, et c'est sans doute le motif pour lequel leur jugement fut différé jusqu'après la journée des Barricades (12 mai 1588). Peu de jours après la fuite de roi, le Châtelet les condamna à êtres pendues et leurs corps réduits en cendres. Elles en appelèrent au parlement et furent en conséquence transférées à la Conciergerie. Echauffée par les prédicateurs de la Ligue, la populace s'ameuta dans la cour du Palais et demanda la mort des deux huguenottes avec de telles menaces que, malgré les instances de sa mère, le duc de Guise n'osa pas intervenir en leur faveur. Le parlement confirma donc la sentence, qui fut exécutée le 28 juin 1588 (Voy. la copie de l'arrêt dans la Collect. DuPuy, vol. 137, p. 85). L'Étoile, d'accord avec le Martyrologe, ajoute qu'elles furent conduites au supplice bâillonnées, et qu'elles moururent fort constamment. L'aînée excita les fureurs de la populace. < La veufve, dit Crespin (c'est-à-dire son continuateur, Simon Goulart) « estant montée à l'es- • chelle, secoua de ses mains un bois en
figure de croix qu'on lui a voit attaché par force ; dont la populace fut tellement irritée qu'elle vint jusques à ruer pierres et bastons, tellement que le bourreau l'ayant jetée bas, coupa promptement la corde et ainsi à demi-morte elle tomba dans le feu, où elle rendit l'âme à Dieu, comme aussi fit sa sœur. > Cette tragédie « des Foucaudes, » comme on les appela, arrivée à une époque où la cruauté contre les religionnaires tendait à s'apaiser, émut fort les esprits. D'A u oigne y fait allusion deux fois, 1° dans son Histoire universelle :
Il y avoit lors quelques prisonniers pour le fait de la Religion, desquels on voulut qu'il (le duc de Mayenne) sollicitait la mort (comme avoit fait lors des barricades le duc de Guise son frère) en la personne des deux sœurs tilles de Sureau; mais il refusa cet office, tant selon son naturel, que pour avoir veu la réputation de son frère en avoir esté tachée en un siècle desaccoustumé aux bruslemens. Pour marque de quoi il es toit avenu à la mort de ces deux que le peuple les trouvant belles et un vieillard tout blanc ayant monté sur une boutique pour s'écrier : Elles vont devant Dieu! le peuple, au lieu de sauter au collet de cet homme, respondit quelques gémissemens... (édit. de 1626, t. II, p. 297).
2<> Dans son virulent pamphlet, La Confession de Sancy, au chapitre VI intitulé c De l'impudence des Huguenots, » en ces termes :
Tout Prince qui voudra régner sans qu'on le barbouille par l'équité et sans être controllé par la parole de Dieu, il faut qu'il extermine les huguenots. Car ils sont gens qui pour la gloire de Dieu foulent aux pieds toute gloire des Princes. Que direz-vous du pauvre potier Bernard [Palissy] à qui le mesme roy [Henri III] parla un jour en ceste sorte : « Mon bon homme, il y a 45 ans que vous estes au service de la Roine ma mère et de moi. Nous vous avons enduré en vostre religion parmi les feux et les massacres. Maintenant je suis tellement poussé par ceux de Guise et mon peuple qu'il m'a fallu malgré moi mettre en prison ces deux pauvres femmes et vous; elles seront demain brusiées et vous aussi si vous ne vous convertissez. — Sire, respond Bernard, le comte de Manleuvrier vint hier de vostre part pour promettre la vie à ces deux sœurs
FOUCAULT — FOUCHÀRD
si elles vouloient tous donner chacune une nuict. Elles ont respondu qu'encores elles seraient martyres de leur honneur comme de celuy de Dieu. Vous m'avez dit plusieurs fois, Sire, que vous aviez pitié de moy, mais moy j'ay pitié de vous qui avez prononcé ces mots : Je suis contrainct. Ce n'est pas parler en Roy. Ces filles et moy qui avons part au Royaume des Cieux, nous vous apprendrons ce langage royal : que les Guysards, vostre peuple, ni vous ne sçaurez contraindre un potier1. — Voyez l'impudence de ce bélître!
N. Weiss, BuU. de l'hût. du ProUtt., XXXV,
2. FOUCAULT (Pierre), dit Foucault- Villereuse, honorable bourgeois du Bas- Poitou, fugitif d'abord à l'île de Rhé, puis en Angleterre , mais non sans avoir souffert, en 1686, de la main des convertisseurs, des traitements atroces. Voy.
Bull. XXXV, 171. Sa femme Marie Me nier et leurs enfants (elle lui avait donné quatre fils, Pierre, Jacques, David, Simon, et deux filles) revinrent en France, mais la famille persévérant dans sa foi religieuse continua d'être persécutée jusque vers la fin du siècle. Voy. les renseignements personnels donnés par Aug. Lièvre, Hist. des prot. du Poitou (1859), t. III, p. 358. — Mathieu Foucauld, proposant consacré au synode de Marennes, 1674; ministre de Thors en Saintonge, 1682. — Jean Foucaud, de Moussac, et Pierre, de Sauzet, condamnés à être pendus, comme les Foucard (col. 648) pour l'affaire de Roman, 1699. — Jean Foucaut, avocat à Orléans, massacré à la Sl-Barthélemy, 1572 (Crespin). — Voy. Orfeuille.
3. FOUCAUT (Gaspard), seigneur de Saint-Germain -Beaupré [Ilaag, V 156], chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 50 hommes d'armes et chambellan du duc d'Alençon, était fils de Gabriel Foucaut, capitaine de 100 arquebusiers à cheval, colonel de gens de pied et lieutenant de la cavalerie dans l'armée d'Ecosse, qui s'était converti à la religion réformée dès 1540, si l'on peul s'en rapporter à l'Hist. de la Marche par Joullieton (2 vol. in-8°, Guéret, 1814). Gaspard se mit à la
1 Sur la constance des martyrs de la Réforme, voy. on beau passage de la préface de V Eiêtoria iui temp. par de Tbon.
tête des protestants de la Marche aprèt la Saint-Barthélémy. La Bordé, un de ses lieutenants, s'empara, en 1576, de la ville de Felletin ; mais d'un autre côté, les catholiques lui rasèrent toutes ses maisons. En 1587, il prit en personne et pilla le prieuré de L'Artige, tandis que le capitaine Lamorie surprenait Château-Ponsat, après avoir battu les Ligueurs à Pontarion. Foucaut venait d'être nommé par le roi de Navarre, au mois de mars 1589, gouverneur d' Argentan et de toutes les places qui tenaient son parti dans le Berry et la Marche, lorsqu'il fut fait prisonnier à Laurière ; mais il ne tarda pas à être délivré par les royalistes qui livrèrent le bourg aux flammes. Il réduisit ensuite plusieurs places sous l'obéissance de Henri IV. jusqu'à ce que, voulant forcer l'abbaye d'Ahun dans la Haute-Marche, il reçut un coup de mousquet dont il mourut, sur la fin d'avril 1591. Sa mort fut vengée par son fils qui passa au fil de l'épée toute la garnison du château de Maslaurent.
Ce fils se nommait Gabrirl, et il succéda à son père dans toutes ses charges. Selon la note confidentielle adressée au gouvernement en 1616 et dont nous avons déjà eu l'occasion d'apprécier l'exactitude (I, col. 976), c'était un homme « secret, artificieux, couvert, habile, vaillant et patient ; mais peu accommodé de moyens, et pour cela même, moins estimé qu'il ne valait. » Il combattit avec succès les Ligueurs dans la Marche, servit an siège de Rouen, assista aux affaires d'Arqués et d'Aumale, se signala à Ivry ; mais s'il rendit des services à Henri IV, il n'en rendit aucun à l'église protestante qu'il abandonna même entièrement. Il est probable qu'il abjura, après avoir livré Argentan à Louis XIII, en 1621. Il mourut en 1623. De son mariage, contracté, en 1607, avec Jeanne Poussart, dame du Vigean, étaient nés deux fils : 1° Henri, marquis de Saint- Germain -Beaupré, maréchal de camp, gouverneur de la Marche, que Tallemant des Beaux nous peint comme un homme de très méchante réputation, lâche, brutal et pillard ; 2° Louis, comte dn Doignon, qui fut élevé page de Bichelieu et obtint plus tard le bâton de maréchal de France.
FOUCHARD (Hillairb), marchand drapier, 25 ans, de La Châtaigneraie en Poitou, massacré, 1595 (Crespin, 857 b).