XXIII. Emploi du plomb pour l'eu
cftoméfnV, (Ibid., 1836.)
SAUVAGE (Charles), oa Le Sau-
vage, moineprorès au couvent des Augustins de Rouen, jeta le froc aux or* ties et se retira à Montauban en 1646. Le parlement de Normandie en prit occasion pour rendre un arrêt portant défense, sous des peines sévères, d'aider les prêtres ou les religieux catholiques à rompre leurs vœux ou même de les recevoir chez soi. Cet arrêt était directement contraire à plusieurs autres rendus parle même parlement dans des cas analogues, notamment en 1 61 9, au sujet de Malortie, cordelier de Rouen, qui s'était marié à Sedan ; mais la réaction marchait et la jurisprudence se pliait complaisamment aux variations de l'opinion.
SAUVAGE (Daniel), de Sedan, fit ses études en Ibc^ologie à Tacadémie de sa ville nalale, où il soutint quatre thè- Bef^,\'\XT\(i,De jyrœdestinatione , en 1 620, sous la présidence de Cappel ; Taulre, De Sacrœ Scrtptnrœ canone authentico, en 1 62 1 , sous celle de liamhour; la 3% Denotis verœ Ecclesiœ,en 1822, sous la présidence de Du Moulin, et la 4«, Depeccato actuali, en 1625, sous celle de Bambour. Toutes les qualre ont été insérées dans les Thèses Sctlanenses. Daniel Sauvage mourut ministre de l'église wallonne de Suulhamplon, le 21 juin 1655.
SAUVAGE (François), ministre à Florac, était un homme détalent, mais il manquait absolument d'esprit de conduite. En I6r.8, c'est-à-dire dans un moment oîiles Protestants commençaient à être sérieusement inquiétés, il eut l'étrange idée d'inviter des Capucins envoyés comme missionnaires à Florac à venir l'entendre, et l'idée pto extravagante encore de ramasser dans les pamphlets protestants tout ce qu'il put trouver de plus violent contre les Papes et le clergé catholique pour le servir à ses invités. Les Capucins se plaignirent naturellement, peut-être avec trop d'arrogance; quoi qu'il en soit, le peuple se rangea du côié du ministre et maltraitâtes missionnaires. Le parlementde Toulouse saisitavec un joyeux empressement cette occasion de faii^
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da zèle. L'appel interjeté par Sauvage à la Chambre de Castres n'eut qu'on effet suspensif ; malgré redit de Nantes^ le parlement resta maître de l'afTaire, el par arrêt du 25 juin 1659^ il condamna le ministre à faire amende honorable^ tête et pieds nus, en chemise, la corde au cou , tenant en main un cierge du poids de trois livres, devant l'église des Capucins ; à demander pardon à Dieu, au roi, àla justice, au pape et aux capucins de son méfait, et de là à être conduit, avec Abraham Prouzet, Albaric Uquière , habeau Liquière, femme dudit Sauvage, François Brez, Jean Afanen, Antoine d'Arnaud^-' Bedœz, Jean Alcayeei David Le Blanc, sur des tombereaux à la place publique pour y être pendus. Prise de corps fat décernée, en outre, contre Louts^^yro/, notaire, y«an Fabre, bourgeois, Antoine Meynadier et Pierre Didier, Ce terrible jugement ne put être exécuté qu'en effigie. Nos recherches ne nous ont point appris ce que devint François Sauvage. Nous avons lieu de croire que la sentence fut réformée; cependant nous ne prendrons pas sur nous d'identifier le pasteur de Floracsoit avec Sauuo^f, qui desservit réglise de Saint-Êtiennede-Valfrancesque de 1 665 à 1 669 el qui fut frappé , avec tout son consistoire, des censures les plus rigoureuses pour avoir marié un nommé Michel avec la nièce de sa femme défunte, soit avec Sauvage, ministre de Sauve, qui, se trouvant compromis dans l'affaire de Brousson^ renia sa foi et obtint, le !•' mars 1685, une gratification de 1500 livres (Arch, yen, Tt. 252).
SAUVAGE (Jban), ministre à Lar vardac, puis à Bergerac, fut traduit, en 1644, devant la Chambre de l'édit de Paris sous Taccusation d'avoir porté atteinte à l'honneur de la Sainte Vierge, mèredeDieuet protectricede laFrance.
Il est possible que ce procès lui ait été intenté au sujet d'un sermon qu'il prêcha à Charenton, le 18 déc. 1644, sur Jean XIV, 6, et qui a été imprimé sous ce titre : La voye vérilable de la vie, Char.^L. Vendosme, J 645, in-1 6. Nous
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ne connaissons pas l'issue de ce procès qui paraît avoir traîné en longueur, puisque Sauvage était encore à Paris en 1646. où il fit imprimer un autre Sermon sur l Cor. 1, 30, Char., 1646, in-1 2 . Nous ne savons rien de plus sur ce pasteur. Il descendait apparemment de Jean Sauvage, de Casteljaloux, qui desservit de 1579 à 1581 l'église de Vandœuvres près de Genève, et la quitta pour rentrer en France.
SAUVAGE (N.), de Clairac, capitaine huguenot, qui ternit par la trahison la renommée que ses talents militaires lui avaientacquise. Chargé, sons les ordres de Pierre-Brune (Voy. oe nom), de la défense de Clairac, Sauvage, qui s'était laissé gagner, les uns disent par Lesdiguieres, d'autres par le connétable , fit tout ce qui était en son pouvoir pour décourager les assiégés.
Après la reddition de la place, il se rendit à Montauban, le 20 août 1621, dans l'intention d'y jouer le même rôle. Sa réputation le fit accueillir avec empressement par La Force , dont il chercha bientôt à ébranler la fidélité par ses propos insidieux. Le duc, qui neconnais- «^ sait pas la conduite tenue par lui àClairac, n'attacha pas d'abord une grande importance à ses discours ; cependant des soupçons finirent par s'éveiller dans son esprit et il le lui déclara franchement. Sauvage se tourna alors du côté du comte de Bourg franc, et réussit à corrompre , sinon le comte lui-même, comme Casteinaut l'affirme dans ses Mémoires, au moins un de ses officiers avec lequel il ourdit un complot pour introduire les royalistes dans la ville ; mais un avis secret prévint les consuls delatrahison.il futarrêté sur-le-champ, et on saisit sur lui des lettres de Desplan-Grimaud, le confidentdu connétable,qui ne pouvaient laisser aucun doute sur ses relations avec l'ennemi. Il ne chercha pas d'ailleurs à les nierdans 3on interrogatoire ; seulement il prétendit qu'iln'avaiteud'autreprojetquede prévenir la ruine de Montauban par un accommodement. Le lieutenant criminel Laviale, charge de lui faire son procès,
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Msaya de le saaver ; mais Charnier soaleva le peuple et força ce magistrat à procéder au jugement. Selon un msc.
du temps, dont Tauteur^ père du second consul Corneille Natalis , devait être bien inrormé, à ce qu'il semble, ce ne fat pas Laviale, mais le prév6l Fayel, qui condamna le traître à la peine de mort. Sauvage mourut, lit-on dans le msc. cité^ « en témoignant un regret extrême, accompagné de très -belles prières et en si beaux termes qu'eût pu faire aucun ministre, car il avoit un bel esprit et mourut fort constant, n
D'antres capitaines huguenots ont porté le même nom. Le plus remarquable est le rochellois Sauvage, qui, secondé par Boiceau, emporta d'assaut Lnçon en 1568^ défendit avec succès Marans en 1569, et fut tué au siège de LtBocbelle en 1575.
SAUVAIN (Louis de)^ sieur Du C8AILARD, fut un des premiers gentilshommes dauphinois qui tirèrent Tépée pour la cause protestante ; on le ci te parmi ceux qui prirent partau meurtre de La Motte-Gondrin. Dans la première guerre civile, il servit sous Des Adrets, Dans la troisième, il vola au secours du prince de Conc/ë, à la tète d'un régiment d'infanterie, et assista à la bataille de Jarnae. Coligny le tira de Cognac, où il s'était rendu après la déroute, pour lui confier la défense de Saint-Jeand'Angély, où il laissa les princes de BéarnetdeCondé,tandisqu'il marchait au-devant de l'armée allemande. Du Chai lard combattit encore à Moncontour à la lôte de son régiment. Il est probable que c'est lui qui , en 1575, vint à Paris avec Dauvet et Lafin, comme un des députés de Condé. Cette mission remplie, il retourna auprès du prince qui le renvoya presque immédiatement dans le Languedoc, où devait se tenir une assemblée politique; mais il monrm, pour ainsi dire, en arrivant à Nismes, le 8 août. De son mariage avec Angélique Lose naquit Pibrrb, sieur Du Challard, qui, à la Saint-Barthéle'- Iny, se réfugia à Genève, où il fut admis au nombredes habitants^le 1 4oct. 1 572.
Il avait épousé, en 1 564, Horlense Cenanti, etlaissaun Ûls, Pibrrb, qui servit sous Lesdiguières et fut élevé, le 1 " avril 1622, au grade de maréchal de camp. C'est de l'alliance de ce dernier avec Suzanne de Grasse, flile de ClatMie, comte Du Bar, eide/eannede Brancas, que naquit Annb , dame du Challard, avec qui s'éteignit cette famille.
Undiplomate d'un nom presqueidentique, Pierre de Salvaing, professa aussi pendaht quelque temps la religion réformée; mais comme il l'avait embrassée par calcul plutût que par conviction, il l'abandonna dès que son intérêt le requit. Il fut pendant quelque temps agent du roi de Navarre auprès du duc de Savoie, an service de qui il Onit par s'attacher. C'est lui que ce prince chargea de demander en son nom la main de la princesse Catherine de Bourbon.
On sait qnece mariage ne se conclut pas.
S AUX (N.), oAScier de fortune, que les ProtestantsdeToulouse prirent pour chef dans leur malheureuse entreprise de 1 562. Malgré le fanatisme de la population catholique, Tédit de Janvier avait été exécuté dans cette ville sans beaucoup d'opposition , et les Protestants avaient établi à la porte de Villeneuve un temple où ils célébraient assez paisiblement leur culte. La nouvelle du massacre de Vassy, suivi bientôt des massacres de Cahors , de Grenade, de Carcassonne^ commença à échauffer les esprits; cependant les gens sages des deux partis réussirent à maintenir quelque temps encore la tranquillité. Catholiques et Protestants s'engagèrent même par serment à vivre en paix et à veiller réciproquement à leur sûreté. Fidèles à leur promesse, les Réformés refusèrent donc formellement de se Joindre à Duras et à Grammont, mais il parait, que la populace catholique, à Tinstigation du clergé, se livra, dès le 2 avril, aux excès les pins condamnables, pilla plusieurs maisons et maltraita cruellement, entre autre?, le procureur Vitalis, Claude Carron, Bazac-^C'Viterhe. Les capitouls essayèrent inutilement de réprimer ces
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dédofdres. Ce tfoX alors qae Coras et Cttvagnes conçurent le hardi projet de se saisir de la ville an nom dn prince de Condé. De leur côté, les prêtres continuèrent à faire des amas d'armes et de munitions , sous la protection du parlement^ qui introduisit même des soldats étrangers dans la vilie^ an mépris des défenses des magistrats municipaux. Ces provocations directes jetèrent les Protestants dans une grande perplexité, qui redoubla lorsqu'ils apprirent que leur projet était découvert.
Les principaux d'entre eux se réunirent cbez le viguier PortcU, dans la nuit du 11 au 12 mai^ afin d'aviser aux mesures à prendre. Le parti le plus violent, à la tète duquel était le ministre Barrelles (Voy. IV, p. 62), l'emporta^ et on résolut de s'emparer de Thôtelde-ville, qui renfermait un riche arsenal. Le capitaine gascon Saux fut chargé du commandement en chef; Soupets (1) et Sttuxens lui furent adjoints comme lieutenants. L'entreprise réusmt parfaitement, grâce à la connivence des capitouls. L'h6tel-de-ville fut occupé, toutes les rues qui y aboutissaient barricadées, deux portes de la ville saisies, et tout cela avec tant d'ordre^ de secret et de diligence, que les Catholiques ne s'en aperçurent que le lendemain matin. Nul doute que si, profitant de leur surprise, les Protestants s'étalent jetés brusquement dans la ville, ils ne s'en fussent rendus maîtres; mais ils commirent la faute de se tenir sur la défensive, et ils donnèrent ainsi à leurs adversaires le temps de revenir de leur stupeur. Outre l'hôtelde-viile, ils tenaient les collèges de Saint-Martial, de Sainte-Catherine et du Périgord, dont ils s'étaient rendus maîtres avec le secours des écoliers, presque tous partisans de la Réforme.
Ces jeunes gens formèrent quatre compagnies, sous la conduite de Georges Mignot, sieur de La Boissière, étudiant en droit, qui avait exercé les charges de prieur et de sous-prieur de la na-
(I) Peai^irt Fraoçoii-Joseph de Laareas, s ieir de SonpeU •
tion de Bretagne, de Laneêht Vaiêin, sieur de La Popelinière,qui s'est renda célèbre comme historien, et de Stopinian, qui se signala plus tard par divers exploits. Pendant toute la durée de la lutte, lis montrèrent une résolution, un courage, une témérité extraordinaires.
Cependant le parlement qui , dans ces circonstances critiques, déploya une activité et une énergie qu'on admirerait davantage s'il n'avait pas en même temps commandé les plus atro* ces barbaries, s'était hâté de prévenir Montluc, Terrlde et tous les seigneurs catholiques du voisinage, de ce qui s'était passé. Des troupes accouraient de toutes parts. Le tocsin sonnait dans les villes et les villages à plusieurs lieues à la ronde. Ordre était donné aux populations de se lever en masse, de courir sus aux Huguenots et de les massacrer sans quartier. Une croix blanche était le signe de ralliement des défenseurs du trône et de l'autel. Avant la fin du jour, le parti catholique avait repris la supériorité sur les Protestants, qui n'avaient reçu que des renforts insignifiants de Castres, de Lavaur et du Lauraguais. Lorsque le parlement se sentit le plus fort, 11 fit crier par les rues que tout bon catholique eût à se rendre en armes au Palais pour, de là, marcher contre les brigands qui voulaient détrôner le roi et égorger les fidèles enfants de l'Eglise. A cet appel, la fureur populaire éclata. Les boutiques des libraires ftirent incendiées, beaucoup de maisons pillées, entre autres celles de Teula, de Monverty ùes Jourdain , ûeTéronde^ et tous les protestants qui étaient restés dans leurs maisons, soit qu'ils désapprouvassent l'entreprise, soit qu'ils n'eussent pas été prévenus à temps, ou bien encore que leur âge ou leur sexe ne leur eussent pas permis de prendre les armes, furent égorgés ou traînés en prison. Plusieurs catholiques même tombèrent victimes de vengeances particulières. Ces massacres ne purent tirer Saux de son inao«
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lion inconcevable; ce fat seulement dans la soirée du 13 qu'il se décida à faire une sortie; encore refusa-t-il obstinément de poursuivre l'avantage qu'il obtint. Le lendemain, le parlement qui, dès la veille, avait destitué de sa propre autorité les huit capitouls (Voy. IV^ p. 62)^ et les avait remplacés par d'ardents catholiques, fit marcher ses troupes contre l'hôtel-de^ville, pendant que la populace continuait ses exploits dans les rues. L'attaque commença à midi, sur quatre points, et partout elle fut reponssée. Les Prolestants voulurent profiterde leur victoire et marcher droit au Palais, quartier général de leurs ennemis. Saux , qui dans toute cette affaire montra tant de tiédeur qu'on ne peut s'empêcher de le soupçonner de trahison, essaya encore de s'y opposer ; mais on le remplaça par Sauxens, qui attaqua résolument l'ennemi, sans réussir à forcer le passage. Cet échec n'abattit pas le courage des Huguenots^ qui reçurent le lendemain un renfort de quelques centaines d'hommes, conduits par le baron de Lanta, par Juvin ou Juccin, qui fut tué quelques heures après son arrivée, ainsi que le jeune Soupets, et par Couderc. Malgré ce secours, ils ne formaient qu'une poignée d'hommes auprès des Catholiques; mais ils suppléèrent à l'infériorité du nombre par une bravoure étonnante , et peut-être que si le vicomte dArpajon (Voy. ce nom) était arrivé à temps, l'issue de la lutte eût été tout autre. La retraite du vicomte augmenta les soupçons qu'on avait déjà conçus contre Saux. Les capitouls le firent arrêter et jeter dans une bassefosse de rhôtel-de-villc.
En acquérant la conviction qu'ils n'avaient de salut à attendre que de leur bravoure, les Protestants sentirent redoubler leur courage et leur énergie.
Ils repoussèrent une nouvelle attaque des Catholiques contre leurs retranchements de la rue de la Pomme,Icur enlevèrent un canon et un des quatre mantelets à l'abri desquels ils entretenaient une vive fusillade; transpor-
tèrent sur la tour de l'hôf el-de-ville unc pièce d'artillerie dont le feu abattit le clocher des Jacobins et balaya les rues voisines ; s'emparèrent des couvents des Jacobins, des Cordeliers, des Béguines, de Saint-Avreux, dont ils laissèrent aller les moines sains et saufs; occupèrent l'église de Saint- Georges et Saint Antoine ; en un mot, ils obtinrent des avantages sur tous les points. Leurs succès auraient pu les rendre exigeants; cependant, lorsque leurs adversaires découragés leur proposèrent le soir un accommodement, ils se bornèrent à demander la stricte exécution de l'édit de Janvier.
Le parlement ayant refusé de traiter sur cette base, le combat recommença, le lendemain 1 5, avec plus d'acharnement que jamais. La fortune continua à favoriser les Huguenots, qui emportèrent le couvent de Saint- Somin, converti en forteresse par les Catholiques. Dans leur fureur, ces derniers eurent recours à un moyen horrible; ils mirent le feu, par ordre du parlement, aux maisons voisines de l'hôtel-de-ville; mais l'artillerie protestante abattit quelques pans de murs et coupa ainsi l'incendie. Cent maisons, selon les uns^ deux cents, selon d'autres, furent la proie des flammes. Et pendant qu'un quartier de la ville était ainsi réduit en cendres, dans les autres se passaient d'effroyables scènes de meurtre et de pillage.
Vers le soir, les Catholiques voyant qu'ils avaient perdu beaucoup de monde sans gagner un pouc« de terrain, se montrèrent enfin disposés à traiter. Après plusieurs allées et venues, Fourquevaux, au nom du parlement, présenta certains articles peu avantageux sans doute, mais que les Protestants durent accepter, les vivres et les munitions commençant à leur manquer.
Pendant les négociations, une suspension d'armes fut conclue; elle devait durer jusqu'au lendemain à midi. Se fiant à cette trêve, un soldat du Pays de Foix, nommé Le Bigarrât, osa s'aventurer dans la ville. Arrêté sur-lc-
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champs il fut livré au parlement^ qui le fit pendre. Celte odieuse violation du droit des gens avertissait ses coreligionnaires do sort qni les attendait.
Néanmoins le traité fut signé le 16. Les écrivains catholiques le nient; mais^ indépendamment du témoignage des auteurs protestants, nous avons^ àTappui de notre opinion, Taveu tacite de La Faille qui, tout catholique qu'il était, donne assez clairement à entendre qu'il partageait le sentiment des écrivains protestants. L'accord portait que les Huguenots sortiraient sans armes de l'hôtel -de-ville et se retireraient en toute sûreté où bon leur semblerait, s'ils n'aimaient mieux demeurer dans la ville. Le lendemain donc, 1 7 mai.
Jour de la Pentecôte, après avoir célébré la Cène avec larmes et prières solennelles, les Protestants sortirent de Toulouse par la porte de Villeneuve dont ils étaient les maîtres; quelquesuns seulement rentrèrent dans leurs foyers. Â peine avaient-ils gagné la campagne, que les Catholiques fondirent sur eux et en firent une horrible boucherie. Ceux qui, en petit nombre, échappèrent à ce guet-apens, se réfugièrent à Lavaur, à Puy-Laurens, à Montauban, à Castres ; plusieurs s'enfuirent même jusqu'en Allemagne, ne se croyant pas en sûreté dans le voisinage d'une ville où régnait le plus sauvage fanatisme.
Le parlement, en effet, ne tarda pas à se mettre à l'œuvre et à faire expier cruellement à ceux qui étaient rentrés à Toulouse le tort qu'ils avaient eu de croire à la sainteté des serments. Le clergé se fit l'indigne auxiliaire de ses vengeances, en publiant un monitoire enjoignant à tout catholique, sous peine d'excommunication et de damnation étemelle, de dénoncer ceux qui, à sa connaissance, étaient soupçonnés d'avoir favorisé les Protestants. «Chacun, dit La Popelinière, commença donc à rechercher, battre^ rançonner et mentir. Voire que plusieurs catholiques y furent tués par leurs compagnons : les uns pour être suspects, les autres pour
querelles particulières. » On estime à environ 200 le nombre des assassinats Juridiques que commit le parlement depuis l'évacuation de l' hôtel-de-ville par les Protestants Jusqu'au meurtre du duc de Guise, et à près de 400 celui des condamnations par contumace.
Voici les noms des victimes qni sont arrivés Jusqu'à nous. Le i 8 mai furent pendus ChauUxy, diacre deSainle-Foy, Bastard, diacre de Toulouse, Nicoûu Boche^ crieur public, qui, le 1 7, pendant la célébration de la Cène, avait chanté des psaumes sur la tour del'hôtel-de-ville. Le 1 9, subirent le même supplice Martin, greffier de l'hôtelde-ville, et le libraire Pierre Dupuys ; le 20, l'imprimeur Boudeville; le 21, Bonafos, procureur en la sénéchaussée. Le même Jour, furent décapités le viguier Port€U,Santerre, dit le Comte, etles deux Jourdain , frères d'un conseiller au présidial, qui lui-même fut plus tard condamné à la même peine.
Le capitaine Saux, trouvé dans le cachot où il avait été mis, fut écartelé, après quoi onluicoupala tête. Le 22, on exécuta La Afot^, collégial de Sainte- Catherine, un neveu de Vascosan, et deux soldats, nommés Garrigues et Légat ; le 23, Jean Brun, dit le Loup, Antoine Brun, sieur de La Salle, ancien capitoul. Le 25, furent pendus maître Denis, solliciteur, et un diacre de Viilepinte. Le 26, on trancha la tête à Jean Denos, sieur de Novital, ancien capitoul; le 27, à Manaut Boniol, docteur en droit, etau capitaine Nan-taire, dit Pontpertusat. Le 29, on pendit le libraire Braconnier àyec son domestique, le sergent Randune et quatre soldats; le 50, on décapita deux soldats et un caporal. On voit que le parlement aimait à varier les supplices. Pas un Jour ne se passait saui quelques exécutions. Citons encore its capitoul Mandinelli, décapité le 16 Juin; l'apothicaire Gilles et le solliciteur L'Espinasse, pendus le f 7 ;L'Es' trille, écolier de Bourges, pendu le 1 9. Le 27, Pierre Des Ferrières, honorable marchand^ revenu depuis quelques
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Jours de Genève, fat penda, ainsi que François Calvei, officiai de Montaa« ban, elle libraire Pierre DesChamp$.
Le 30, on pendit un ancien moine Jacobin, nommé Josse, Le 6 Juillet, /san Ferrier, avocat, fut pendu, eiRaimond Jùubert, conseiller au présidial, décapité. Le 8, on pendit le bonnetier Fa* ron. Le l •' août, l'avocat Jaroy fut décapité, et le 6, le sergent du guet Guy^e. Le 20, la femme du solliciteur La ^rogiiene fut pendue ; mais le peuple, dont les instincts féroces se ré* veillaient à la vue de tant de supplices, coupa la corde, lapida cette pauvre femme et la Jeta encore vivante dans un bûcher. L'orfèvre Bataille îni pendu le même Jour. Le 2 sept., Peyrolety sergent du viguier, fut pendu.
Le 5, Pierre Àsquet et Montaubany sergents du guet, furent décapités. Le 12, on trancha la tète à Moulins; le 22, à Roquezière ; le 24, à ViUiers, assesseur des capitouls . Le même Jour, on étrangla et brûla /ean Le Pai/e, Jeune peintre âgé de 16 ans, et on pendit Gravoi. Le 6 oct., fut pendu Cressao, diacre du Puy-La-Roobe, et le to,/«- Hen Suauy chaussetier. Le l4,B/<inoher fut décapité. Le 20, le capitaine La Pierre ttit écartelé, et la femme de Boudeville pendue. Le 27 enfin, malgré les lettres d'abolition accordéespar le roi, deux avocats, Tabarl et Guiral ou Qayrard^ furent encore décapités.
Outre ceux qui furent massacrés par la populace ou qui périrent dans les supplices, beaucoup moururent dans les cachots, soit de maladie, soit des suites d'une trop rude question. De ce nombre furent Bufaur, sieur de Marnac, ancien capitoul. Pétri, avocat renommé, et Prévost, procureur au parlement, dont la maison avait toujours été ouverte aux pasteurs qui visitaient l'église de Toulouse.
Telle fut l'issue de la conjuration des Huguenots toulousains. Si elle échoua, c'est uniquement parce qu'ils ne poussèreni pas assez vivement leur pointe; « car pour la bravoure dans les combats, dit La Faille, Je doute qu'en
toute histoire de ces troubles, on en puisse trouver un plus fort exemple.
On a de la peine à concevoir comment avec des forces inégaies, ils purent pendant trois Jours fournir à tant de combats donnés à la fois en tant de quartiers dififérens, et conserver tous leurs postes toujours avec avantage, ce qui ne suppose pas seulement beaucoup de courage, mais beaucoup d'ordre et de discipline. On peut Juger par là que s'ils eussent reçu le secours du vicomte d'ArpaJon, ils étaient maîtres de la ville.»
8 A VI6NY(FRfinÉRIG-GHARLBS BB),
un des Jurisconsultes à qui la science du droit est le plus redevable, naquit à Francfort, le 21 fév. 1779, de Chritien-CharleS'Louis de Savigny, membre de l'assemblée du cercle du Uaut- Rhln. Sa famille était originaire de Metz. C'est dans cette ville qu'était né, en 1622, Paul de Savigny, qui servit avec distinction sous le drapeau suédois, fut gouverneur d'Alt-Leiningen et mourut à Klrcbhelm,en 1685, laissant un fils, nommé Louis-Jban. Né en 1652, celui-ci fut conseiller du prince de Nassau et président àWellburg, oh 11 mourut en 1701. On lui attribue un des plus violents pamphlets publiés contre Louis XIV, la Dissolution de la réunion, imp. à Cologne en 1692. Son fils Louis remplit les fonctions de directeur de la régence de Deux-Ponts jusqu'en 1740. C'est de lui que naquit le père de notre célèbre Jurisconsulte.
Resté orphelin de bonne heure, Savigny fut confié aux soins d'un ami de son père, qui lui fit partager l'éducation de son fils. A l'âge de 16 ans, il entra à l'université de Marbourg, qu'il quitta, l'année suivante, pour suivre les cours de celle de Gôttingue ; mais oh il retourna pour achever ses études et prendre, en 1800, le grade de docteur. Comme professeur particulier d'abord^ puis comme professeur adjoint^ il donna successivement des leçons sur le droit criminel, les Pandectes, Ulpfen, le droit de succession, lamétho-
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dologie et l'histoire da droit romain.
Son succès fut grand. « Il me semble, dit un de ses plus célèbres disciples, que ce qui attirait et captivait si puissamment ses auditeurs, c'était la faeilité et la vivacité de la parole jointes à beaucoup de calme et de mesure. »
En 1804, peu de temps après son mariage avec Mil* de Brentano, il se décida à exécuter un projet dont il nourrissait la pensée, celui d'un grand voyage littéraire en Allemagne, en France et en Italie ; il y consacra quatre années. De retour à Marbourg avec un riche butin, il fut nommé à une chaire de droit dans l'université deLandshut; il accepta cette place, mais il ne la garda pas longtemps. Lors de la fondation de l'université de Berlin en 1 810, M. de Humboldt lui ayant fait proposer la chaire de droit romain, il quitta immédiatement la Bavière pour la Prusse. Zélé patriote, il vit avec enthousiasme le réveil de l'Allemagne, qu'il avait contribué à provoquer; mais autant il s'était montré partisan ardent de l'affranchissement de sa patrie, autant il mit de vigueur à combattre les idées d'unité qui commencèrent à se répandre après 1814. Défenseur passionné du droit coutumier contre le droit rationnel et idéal, il se déclara, dès l'origine, l'adversaire de Thibaut, de Gdnner et des autres jurisconsultes qui réclamaient pour l'ancien Empire germanique un code civil, un code de procédure et un code pénal uniformes, calqués sur le code Napoléon. Selon lui, essayer de soumettre les diverses populations allemandes à la même législation, c'était tenter l'impossible, la langue allemande n'étant pas même mûre pour formuler une législation. Dans son opinion, ce sont les mœurs qui font les lois ; la législation d'un peuple n'est et ne peut être que le produit naturel de l'épanouissement de sa nationalité; c'est donc dans les coutumes nationales qu'il faut chercher les fondements du droit, et le législateur moderne n'a pas d'autre rôle à Jouer que celui du préteur à Rome. Ce système.
un peu paradoxal, fut vivement attaqué par les chefs de l'Ecole philoso* phique qui dominait alors dans iei universités allemandes. C'est pour répondre à leurs critiques que Savigny fonda avec Eichhorn et Gôschen It Journal de Jurisprudence historique; mais il ne tarda pas à sentir qu'il poii> vait employer son temps plus utiiemenl qu'à d'inutiles disputes. Il renonça donc sagement à la polémique pour s'occuper de son grand travail sur l'histoire du droit romain. Retracer le long et pénible enfantement de la civilisation moderne, telle était la tâche qu'il s'était imposée, tâche immense et sans doute au-dessus des forces d'un seul homme, puisqu'il n'a pu la remplir qu'en partie. L'histoire littérafre da droit romain e$t certainement traitée dans son ouvrage avec une prodigieuse érudition ; elle ne laisse rien ou presque rien à désirer, mais l'auteur n'a pas fait preuve d'une égale supériorité dans l'histoire des transformations de la civilisation romaine sous l'influence des institutions des peuplades germaniques qui se partagèrent l'Empire d'Occident. Néanmoins, grâce à son profond savoir et surtout à la lucidité de ses idées, à l'élégance de son style, Savigny a exercé une si grande et si puissante influence, non-seulement dans les universités d'Allemagne, mais dans les hautes régions de la politique, qu'on s'est habitué à le regarder comme le fondateur de l'Ecole historique, bien que Hugo et Schlosser aient peut-être plus de droits que lui à ce titre. Membre de l'Académie des sciences de Berlin, depuis 181 1, et associé de toutes les Académies de l'Europe, entre autres, de l'Académie des sciences morales et politiques de Paris, conseiller intime de justice, depuis 1816, membre du Conseil d'Etat, depuis 1 81 7, et de la Cour de révision pour les Provinces-Rhénanes, depuis 1819, Il continuait, malgré les occupations que lui donnaient ces divers emplois, à remplir avec assiduité ses fonctions de professeur, lorsque l'affaiblissement
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de sa santé le força^ en 1 825, à faire nu voyage en Italie^ où il passa quatre années environ. De retonr à Berlin, il se trouva appelé à prendre une part de plus en plus active aux travaux du Conseil d'Etat, et l'expérience des affaires l'amena insensiblement à modifier ce qu'il y avait de trop absolu dans sa théorie. On doit le dire à sa louange, 11 n'bésita pas à reconnaître avec francbi.^e qu'il était allé trop loin, et dans son Système du droit romain, il avoua que le législateur peut et doit exercer une action directe sur le développement de la jurisprudence. Le premier volume de ce nouvel et important ouvrage venait de paraître, lorsque le roi de Prusse nomma Savigny, en 1842, ministre d'Etat et ministre de la justice. Ses opinions sévèrement conservatrices l'éloignèrent du pouvoir en 1848; 11 vit aujourd'hui étranger aux afTaires publiques et occupé uniquement de ses travaux littéraires. Il nous reste à donner la liste de ses ouvrages qui tous se distinguent par une profonde érudition , une rare sagacité à rapprocher et combiner les faits, une critique habileetune remarquable élégance de style.