Cette famille possédait, au XV* siè
BAZIN
cle, la seigneurie de Gherville dans les environs de Chartres et au commencement du siècle suivant elle avait pour chef François Bazin, sieur de Fougerolles en Picardie, fils de Guillaume Bazin sieur de Gherville et de Perrine du Quesnoy. François eut trois iils, dont l'un, René, embrassa les principes de la Réforme. Il vint se fixer dans le Blaisois où il épousa Anne Roger, fille du sieur de Moulins vicomte de St-Aignan et il fut père de Jean, qui suit, et cle Claudine [VIII, 65] femme de Denis Pajon sieur des Barres et de Villaine.
2. Juan, né à Blois le 25 sept. 1538 (?), mort en 1592, joua un rôle important.
Lors de la convocation des États généraux, en 1560, après la malheureuse échauffourée d'Amboise, il remplissait les fonctions de procureur du roi en la prévôté de Blois et fut chargé, au nom du tiers-état, de porter la parole dans l'assemblée provinciale qui se tint à l'effet de nommer les députés de la province. Nous emprunterons notre récita Régnier de La Planche. Ce fidèle historien nous apprend que ceux de la maison de Guise avaient donné ordre, en envoyant les commissions particulières pour l'assemblée desdits États, d'avertir tous leurs amis de s'y trouver, et aux juges d'empêcher que rien n'y fût proposé contre leur autorité et celle de l'Église, et surtout que nul ne fût député pour aller aux Élats généraux, duquel ils n'eussent bon et assuré témoignage de sa religion catholique romaine, afin que cette assemblée ne fût aucunement bigarrée et que le roi les pût voir de meilleur œil. Notamment ils voulaient que ceux de leur faction fussent préférés et que l'on prît bien garde que nul de ces séditieux et rebelles Huguenots ne fût écouté, afin que le repos public n'en fût troublé. Que si aucun se parforcait de passer outre, ils voulaient qu'on les en avertît incontinent pour y pourvoir.
Telle est l'instruction que l'on faisait tenir aux amis. Et pour le regard des lieux dont ils n'étaient assurés, on y envoyait avec tels mandements des gentilshommes et seigneurs d'autorité <jui avaient charge expresse de présider les assemblées Particulières, afin, disait leur
mandement, que toutes choses allassent par ordre.
Tel était l'état des choses lorsque le procureur du roi à Blois se fit entendre dans la maison de ville en présence des juges, échevins et autres réunis à cet effet. Le peuple, à qui on avait refusé l'entrée de la salle, menaça d'en enfoncer les portes si on ne les lui ouvrait ; ce qui obligea les magistrats à inviter Bazin à relire ses remontrances en public. L'expérience fut loin d'être favorable au parti des Guise, ces remontrances, ajoute notre historien, ayant été grandement louées et avouées de toute l'assistance , « ce qui fat aussitost divulgué par tout le royaume, en sorte que ce resveil-matin feit ouvrir les yeux et desboucher les oreilles à plusieurs notables personnages qui envoyèrent quérir ces remonstrances pour prendre ceste route. »
Le lendemain du jour de sa proposition, Bazin fut mandé par le bailli de Blois, homme réputé ignorant et de perverse nature, qui lui fit subir un interrogatoire dans la chambre du conseil où assistaient avec lui son fils, le président de ce siège et autres juges. Jacques Daguier, procureur du roi au bailliage, requit son arrestation; mais nos prudents magistrats n'osèrent l'ordonner, de crainte d'exciter un soulèvement parmi lo peuple; ils se contentèrent de prévenir en toute diligence le cardinal de Lorraine, en lui faisant tenir la harangue de Bazin. La résolution du cardinal fut bientôt prise ; il fit partir sur-le-champ un de ses aftidés avec ordre de se saisir du député assez téméraire pour n'avoir pas craint « la souricière tendue aux fous qu'on voulait attraper. » Heureusement Bazin réussit à échapper, au grand déplaisir du Lorrain, qui alla jusqu'à menacer les juges de leurs vies; on promit même un état de douze cents écus à quiconque livrerait le fugitif mort ou vif. Mais tout fut inutile. Les magistrats alors, pour faire acte au moins de bonne volonté, ne pouvant réparer leur faute, se mirent à procéder contre le coupable par contumace. La mort du roi lit abandonner les poursuites.
Depuis ces événements, Bazin disparaît de la scène politiquejusqu'en 1572,
BAZIN
époque où il fut appelé à jouer un rôle, assez important dans l'élection de Henri de Valois au trône de Pologne. Nous suivrons pour ces détails les Mémoires de Jean Choisnin, ou Discours au vray de tout ce qui s'est faict et passé pour l'entière négociation de l'élection du Roy de Pologne. L'auteur, qui lui-même prit une part active à cette négociation, et à qui Monluc « donna congé de publier ce qu'il avoit recueilli tant de ses mémoires que de ceux qu'il avoit employés audit pays, pour le présenter à la reinemère, » nous semble offrir plus de garanties de fidélité pour ce qui concerne Bazin, que l'histoire de Blois par Bernier. Choisnin nous apprend que l'évèque de Valence, Monluc, partit de Paris août, « huict jour?, jour par jour, avant la Sainet-Barthélemi. » Malgré le caractère officiel dont il était revêtu, luimême faillit être victime en route de cet odieux guet-apens. On sait, en effet, que ce prélat, auquel nous consacrerons un article, « se comporta tellement en matière de religion, au dire du jésuite Maimbourg, qu'il a donné lieu de croire durant toute sa vie, ou qu'il n'en avoit aucune, ou du moins qu'il penchoit tout à fait du costé de la nouvelle.» 11 s'était fait adjoindre, pour la mission difficile qu'il allait remplir, le sieur de Malloc, conseiller du roi au parlement de Grenoble, « et un des premiers du royaume à écrire en latin, » d'autant que « pour en dire la vérité, ledit sieur avoit besoin d'un homme qui le relevât de peine pour écrire et prononcer l'oraison. » Cependant on aurait tort d'en conclure que, comme il arrivait souvent pour les grands emplois, notre évèque ne devait être dans cette ambassade qu'un figurant, un prête-nom, en un mot une importante nullité. Arrivé après bien des dangers à Strasbourg, notre diplomate eut le r de ne trouver au rendez- vous qu'il leur avait assigné, ni le conseiller Malloc, empêché pour cause de maladie, ni son neveu l'abbé de Saint-Ruf, ni le fameux Scaliger; ces deux derniers en étaient repartis pour retourner en Dauphiné après avoir appris la nouvelle de la Saint-Barthélemi. La perplexité de l'évèque était donc grande. « Il ne savoit, écrit son apologiste, comment entreprendre lui seul
une négociation si difficile ; et toutefois il n'y avoit plus lieu de délibérer, et voulant s'acheminer, il rencontra en la rue Bazin, qui étoit procureur du roi en la prévôté de Blois, homme de bon entendement et bien versé aux lettres, lequel il retira et emmena avec lui. » D'après l'historien de Blois, qui s'accorde en ce point avec d'Aubigné, Bazin ne rait rendu à Strasbourg que sur l'invitation de Monluc. Mais ne se serait-il pas plutôt enfui après la journée de la Saïnt- Barthélemi, ce qui expliquerait sa présence dans cette ville? Quoi qu'il en soit, il accompagna l'évèque dans son ambassade; et comme il avait « le langage latin en main, » il lui rendit les plus grands services. Arrivé à Leipzig, le 6 octobre, Monluc l'envoya en avant pour lui préparer les voies. La tâche était délirate, mais Bazin s'en acquitta avec habileté. Pendant tout le temps que dura la négociation, il se montra prudent, vigilant, actif et parvint à rallier une grande partie de la noblesse à la candidature du duc d'Anjou. Au rapport de Jean Choisnin, Monluc « n'avoit aide que de Bazin, encore pour la plupart du tems il s'en servoit pour aller par pays. » .
doit-on croire que l'historien de Blois
!ans l'erreur lorsqu'il avance qu'avant même l'élection, Monluc se priva d'un secours aussi eftkace. en députant Bazin à Catherine di afin de lui fa^re connaître l'état de la négociation et de l'engager à changer de politique envers les protestants. I) ;i-
Choisnin, ce fut le doyen de Die qui remplit cette mission : il était chargé, dit-il, de demander des instrueti.
des mémoires « contenant la vérité du fait de la Sainct-Barthélemi. » C'était là en effet la principale difficulté que notre ambassadeur avait à vaincre. Pour y réussir, rien ne lui coûta, subterfuges, faussetés, dénégations, calomnies, mensonges ; il y était obligé comme diplomate. Bazin, peut-être, pensait, comme plusieurs de ses coreligionnaires, que c'était rendre un service à son pays en le délivrant, ne fût-ce que momentanément, de la présence du duc d'Anjou.
L'élection eut lieu au mois de mai 1573. L'historien de Blois prétend que peu de temps après, Bazin retourna en Polo-
BAZIN
gne avec le titre de résident, et qu'il en remplt les fonctions jusqu'à l'arrivée du roi. Plusieurs fois, il avait sollicité inutilement son rappel. Rentré en France, il fi t profession ouverte du protestantisme; mais pour se soustraire aux persécutions, il prit la résolution de se retirer à l'étranger. Il alla chercher asile en Suisse, 1585, fut reçu hourgeois de la ville de Morges, et mourut en 1592.
Il avait ép"ousé, en 1559, Catherine Guyard, qui lui avait donné trois fils : René, Isaac et Théodore.