‹ La France sous Louis XVI; (volume 2)Chapitre 119 sur 142 · CONSEIL DE GUERRE. .WS · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GUERRE. .WS

et de lâcheté sortirent de plus d'une bouche au récit de ce qu'il avait fait et l'on craignit un instant, â Versailles, qu'une flétrissure des plus graves' ne fut infligée à la marine toute entière en la personne d'une fraction si considérable de son état-major. Les correspondances de M. de Castries portent l'empreinte des efforts faits par ce ministre pour mitiger autant que possible la patriotique colère des lieutenants-généraux, chefs d'escadres et capitaines de vaisseaux qui peuplaient le conseil de guerre. Le jugement rendu, quoique affaibli par suite de son influence, n'en fut pas moins sévère pour l'honneur de plus d'un marin. Par une de ces inconséquences auxquelles échappe bien rarement la faiblesse humaine, ce tribunal qui signalait la conduite du marquis de Vaudreuil comme un exemple digne d'être transmis à la postérité, blâmait Gouzillon, qui commandait le vaisseau l'Ardent, sous prétexte qu'il avait amené son pavillon avant celui du vaisseau amiral. Gouzillon invoqua vainement ses blessures, l'état de son vaisseau que Rodney dut faire remorquer pour empêcher qu'il ne coulât. 11 ne put, malgré ses suppliques, faire réformer un blâme qui contristait le cœur de ce brave marin et il dut se contenter d'une lettre du ministre de la marine où M. de Castries disait « que le roi et le ministre ne peuvent voir dans l'arrêt qui frappe M. de Gouzillon qu'une interprétation rigide du règlement, mais que ce jugement ne saurait altérer la confiance que le ministre a placée dans un officier aussi recommandable. »

Le nom de de Grasse fut flétri par des injures, des

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calembours, des articles de journaux, des chansons» enfin par tous les moyens dont di^salt le public pour exhaler sa colère et son mépris. Son courage, reconnu par ses adversaires les Anglais, par les Américains ses alliés, ne put soustraire le malheureux amiral à la flétrissure que voulaient lui imposer ses contemporains. Par une singulière bizarrerie de la fortune son nom reste entaché par une défaite qu'a amenée Bougainville, et Bougainville échappe à la fois à l'oubli et à une fôcheuse renommée par son voyage autour du monde et l'île à laquelle il a donné son nom.

""d^pîwe"" Les grandes villes ,de France, et une foule ,de ci- !»"''• loyens, s'empressèrent de venir en aide à l'État

de la Aomt, pour rendre à la marme les vaisseaux qu elle

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avait perdus. Les six corps de marchands et les communautés d'arts et métiers de Paris offrirent 500,000 livres pour ,un vaisseau, la chambre de commerce de Marseille en donna 1,200,000 pour ai construire un de cent-dix canons et 300.000 livres pour venir au secours des familles des matelots et la ville fit don d'une frégate. La généralité de Paris voulut donner son navire comme avait fait Bordeaux en décidant qu'on en construirait un de cent canons et que des secours seraient donnés aux veuves et aux enfants des matelots de la province qui avaient péri. Dunkerque offrit une frégate et 50,000 livres, le Havre un vaisseau de soixante-quatorze, les États de Languedoc un de cent canons entièrement armé et 100,000 livres. Les États de Bourgogne un de cent-dix canons, et la ville de Strasbourg, dont les marchands se cotisèrent pour yne somme de

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Vaisseaux donnés a l'êtat. sh

12,000 livres, versa, à l'instar d'Arles, 100,000 livres dans les caisses du gouvernement ' .

Ces secours destinés à renforcer le nombre des vaisseaux français étaient d'autant plus nécessaires que le gouvernement de Versailles n'avait pas renoncé à reprendre position dans l'Inde avec l'appui du sultan de Mysore.

Les ministres anglais préoccupés de cet ennemi im- ^m'*» placable et puissant, avaient 'fait partir dePlymouth, der«M»dred« le 6 mars 1779, quatorze jours avant la reddition is ]*D>iNM^ deMahé, ledemiercomptoir appartenant à la France sur le continent indien, une escadre de neuf bâtiments de guerre convoyant onze transports chargés de six mille six cents soldats. L'amiral Hughes ayant trouvé la colonie française de Corée évacuée d'après les ordres donnés à Lauzun, cingla vers le Cap, où il était rendu à la fin de juillet, et n'en repartit que le 4 novembre. Quand cette escadre ^ impatiemment

' Kémoires lecreCs pour servir à l'hittoire des lettre*, lone* XIX, p. 297; XXI, p. 66; XXV, p. 30, 108, 109, 114, 126, 150, 174. 231. 563. 3S1. — Corretptmdanee seerétt inédite, publiée par Lescure, Uttae I, p. 483, 485. — Xémoiret de Lafayette, tome 11, p. 36. — Archives de (a marint. CarlonB : Correspondance générale. Détails sur refTet produit en Cùttt par le combat du comte de Grasse, 1782. Lettre du comte de Gruse à H. de Catlries, 22 «oOt 1782. Répunie de Castries k de Qrasse, 22 »oU 1782. Correspondance paKîeuliére du ministre. Campagnes, ordres, correapondance générale. Lettrea et inalrucliona du ministre au eoiste d'Heelor, commandant de la marine à Brest, 26 juillet 1782. Registres des délibérations des conseils convoqués i Brest et i Bochefort. Ordre de convocation du conseil de guerre, signé : Louis XVI, contresigné : de Castries, 29 août 1782. Proc es- verbaux d'interrogatoires. Dossier vaisseau l'^u- ^s(e. Documeats anj^lais et américains. Carton 1782. Traduction de la Gaietfe de Botton du 13 juin 1782. — Archiva naiionalac ; K164. Ménoire adressé par Vergenaes i Lonis XVI sor les illaires d'Amérique, 27 mai 1782. 0424, 29 août 1782. 0'423, 21 août 1782, 0'478, 16, 23 juin, 12, 26 juillet, 30 mai 1782.

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attendue par les conseils de Calcutta et de Bombay, aborda à Madras, il ne put y débarquer que dixhuit cents hommes valides. Ce secours était bien ÏDSufQsant en présence de la lutte terrible qui se préparait entre les Anglais et le sultan de Mysore. Hughes, à peine arrivé, voulait attaquer l'île de France et i'ile Bourbon, mais le conseil supérieur de Calcutta était loin de songer à des conquêtes. Il sentait que toutes les forces dont il pourrait disposer étaient nécessaires pour tenir tête à Hyder-Àli aidé d'un corps de troupes françaises, sous les ordres de Puymorin, aux Marattes ses alliés et au vice-roi de Decan, qui comptait aussi des Français dans ses troupes dirigé par un ofticier de fortune, Lallée.

Les Français, témoins de la guerre implacable qui s'engageait entre un souverain de l'Inde et ' les Anglais, s'exaltaient au souvenir de l'ancienne puissance de leur patrie, et sollicitaiCTit avec ardeur la présence de flottes et de troupes, a: Il n'a pas paru une voile française dans les mers de l'Inde, écrivait à Versailles le gouverneur de Pondichéry, Belleeombe, une ou deux frégates françaises eussent sutîi pour ruiner le commerce anglais... C'est notre négligence qui fait leur fortune (des Anglais). » L'officier Lallée s'écriait dans ses lettres : <t Le moment est des plus favorables pour la nation qui doit profiter des dispositions et des efforts de Hyder. Depuis que je suis à son service, il m'a témoigné le désir qu'il a de voir arriver une escadre avec des forces qui puissent soutenir le nom français dans l'Inde... Si des seigneurs du pays font des vœux pour l'arrivée de forces françaises, combien n'en font

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