RUOTTE ARME SES NÈGRES
étaient enfermés, cent quârante-six nègres marrons pour les utiliser au travail des fortifications. A cette nouvelle, le Conseil supérieur du Cap, réuni de nouveauy manda à sa barre Reynaud, et, sur son refus de comparaître, le condamna à 2,000 livres d'amende comme coupable d'abus de pouvoir et de violation des lois et ordonnnances royales.
Le marquis d'Ennery et de Vaivre . répondirent Bmprisonnei a cet acte judiciaire, envoyé à tous les Conseils du cape existant encore dans les Antilles, par l'emprison- ^®^*^"*"*^ nement des conseillers du Cap et de Port-au-Prince, et firent distribuer des détachements de troupes coloniales dans plusieurs postes de l'ile de Saint* Domingue.
Dans la jomrnée du 23 novembre 1775, plusieurs colons, inquiets de la fermentation des esprits et des événements qu'elle pouvait amener, vinrent apporter à d'Ennery et de Vaivre une supplique signée de plus de trois cents notables de la colonie, demandant à l'intendant et au gouverneur de rendre la liberté aux membres des deux conseils , et d'éloigner le sousgouverneur Reynaud, qui, par son obstination, pouvait entraîner de grands malheurs. D'Ennery mit à la porte les députés, et de Vaivre en fit arrêter quelques-iins qu'il envoya dans les prisons joindre les conseillers qu'il avait fait enfermer.
. A la nouvelle de cet acte insensé, le colon Ruottearmc Ruôtte, armant trente de ses nègres, quitta son°^^aucomto habitation et marcha contre les magasins de ï'artil* '^ "'^ *^ terieet de la marine, où s'était éteWi Reynaud à la tête de deux cents soldats. Pendant le trajet, qui était de plus d'une lieue, sa b'oupe, % gros&issant
de blancs et de mulâtres libres^ atteignit bientôt le chiffre de trois cents hommes. Furieux, ils s'élancent, saisissent Reynaud et le hachent en morceaux, pour que chaque nègre ou mulâtre puisse avoir un lambeau de son corps, et ce n'est qu'après la mort de cent vingt hommes et Tincendie des magasins do l'État qu'ilsseretirent devant les forces accourues au secours du sous -gouverneur. Partout à la recherche, pendant la nuit, de ceux qu'ils connaissent comme les ennemis de la colonie, les nègres tuèrent cent cinquante agents du gouvernement qu'ils surprirent dans leurs habitations, et d'Ennery et de Vaivre se trouvèrent le lendemain en face d'une armée de plus de dix mille insurgés. Il fallut faire venir des troupes de toutes parts pour résister au soulèvement qu'ils avaient provoqué. Le corps de Ruotte fut trouvé dans les décombres de son habitation incendiée, entouré de ses esclaves égorgés et de plus de trois cents soldats qui avaient perdu la vie en l'attaquant. Les nègres échappés au premier carnage furent poursuivis dans les bois et massacrés comme dans une guerre d'extermination entre des hordes de sauvages.
Les fonctionnaires qui avaient amené ces désastres prétendirent que ces prises d'armes n'étaient que le résultat d'une conspiration destinée à livrer aux Espagnols la partie française de Saint-Domingue ou de la soustraire à toute autorité en la rendant libre. Mensonges officiels dont aurait pu peut-être se contenter le ministre, si la fermeté d'un colon ne fût venue suppléer, par la poursuite obstinée d'une réparation personnelle, à l'imprudente organisation