‹ La France, tableau géographiqueChapitre 11 sur 275 · CHAPITRE PBEMiER ForiTie p/ Slruclure de la France · texte numérisé non relu

CHAPITRE PBEMiER ForiTie p/ Slruclure de la France

On voit que la structure de la France n'a rien de l'unité homogène qu'on se plaît parfois à lui attribuer. Le Massif central, par exemple, ne peut être considéré comme un noyau autour duquel se serait formé le reste de la France. De même que la France touche à deux systèmes de mer, elle participe de deux zones difiérentes par leur évolution géologique. Sa structure montre à l'Ouest une empreinte d'archaïsme; elle porte, au contraire, au Sud et au Sud-Est, tous les signes de jeunesse. Ses destinées géologiques ont été liées pour une part à l'Europe centrale, pour l'autre à l'Europe méditerranéenne.

Mais l'individualité géographique n'exige pas qu'une con-

HARMONiE trée soit construite sur le même plan. A défaut d unité dans

£r la structure, il peut y avoir harmonie vivante ; une harmonie

ÉQUILIBRE dans laquelle s'atténuent les contrastes réels et profonds qui

^^^ entrent dans la physionomie de la France.

Cette harmonie est en effet réalisée. Elle tient surtout à la répartition suivant laquelle se coordonnent, en France, les principales masses minérales '. Les massifs anciens avec leurs terres siliceuses et froides, les zones calcaires au sol chaud et sec, les bassins tertiaires avec la variété de leur composition, se succèdent dans un heureux agencement. Les massifs ne sont pas, comme dans le Nord-Ouest de la Péninsule ibérique, concentrés en bloc. L'Ai-denne, l'Armorique, le Massif central, les Vosges, alternent avec le bassin parisien, celui d'Aquitaine, celui de la Saône. En vertu de cette disposition équiUbrée, aucune partie n'est en état de rester confinée à part dans un seul mode d'existence.

Partout, sur la périphérie des différents groupes — entre montagne et plaine, terres froides et terres chaudes, bocage et campagne, bon et mauvais pays, — éclatent des contrastes dont s'est emparé et qu'exprime avec sûreté le vocabulaire populaire. Si les hommes ont saisi ces différences, c'est qu'elles les touchaient de près, qu'elles se traduisaient en réalités pratiques. Ces

I . La qualité des sols tient à leur composition minéralogique. Les roches primitives et primaires (granits et schistes) engendrent par leur décomposition des sols pauvres en chaux et en acide phosphorique, plus favorables, tant qu'ils ne sont pas amendés, aux bois et aux landes qu'aux cultures. — Les terrains de l'époque secondaire, parmi lesquels les calcaires dominent, sont souvent trop secs (^Causses, Champagnes), mais généralement assez riches ; parmi eux, le calcaire coquillie r (horraine') et le lias sont regardés par les agronomes comme donnant des terres « naturellement complètes ». — Les terrains tertiaires se distinguent par une grande variété, qui est avantageuse soit pour la formation des sources et le mélange des cultures, soit pour l'abondance des matériaux (argile plastique, calcaire et gypse des environs de Paris). Quelques sols, il est vrai, sont très pauvres (sables de Fontainebleau, argile à silex); mais d'autres sont très fertiles, comme les molasses d'Aquitaine ; ou privilégiés par les multiples ressources qu'ils offrent à l'homme, comme le calcaire grossier parisien. — Les alluvions fluviatiles ou marines doivent souvent une grande fertilité au mélange d'éléments dont elles se composent (^Val de Loire ; Ceinture dorée en Bretagne). — Nous aurons maintes fois dans le cours de ce travail, à mentionner ces terrains et d'autres encore : nous chercherons toujours à en expliquer les caractères ; mais pour les détails qui ne sauraient trouver place ici, le lecteur pourra se référer à la Géologie agricole d'E. Risler (Paris, Berger-Levrault, 1884-1897, 4 vol.), et uotammant au chapitre xix du tome quatrième (Terres complètes et terres incomplètes).

Personnalité Géographique de la France. première partie

réalités, c'était pour eux la manière de se nourrir, de se loger, de gagner sa vie. Suivant que le sol est calcaire ou argileux, pauvre ou riche en sulistances fertilisantes, suivant que l'eau se ramasse en sources, ou court en mille filets à la surface, l'efibrl de l'homme doit se concerter autrement. Ici il se livrera aux cultures de céréales ; là il comhinera avec une agriculture plus maigre un peu d'élevage, ou un jjcu d'industrie ; ailleurs il saura pratiquer l'art de diriger et de rassemhler ces eaux diffuses qui semblaient vouloir échapper à son action. Tout cela s'exprimera pour lui dans un nom : celui d'un « pays » qui souvent, sans être consacré par une acception officielle, se maintiendra, se transmettra à travers les générations par les paysans, géologues à leur manière. Le Morvan, V Aiixois, la Puisaye, la Brie, la Beauce et bien d'autres correspondent à des différences de sol.

Ces pays sont situés, les uns par rapport aux autres, de façon à pouvoir recourir aux offices d'un mutuel voisinage. Le bon pays est tout au plus à quelques jours de marche du pays plus déshérité, dont l'habitant a besoin d'un supplément de gains et de subsistances. Celui-ci peut trouver à sa portée les ressources qu'en d'autres contrées il faudrait aller chercher bien loin, avec moins de certitude, avec plus de risques. La France est une terre qui semble faite pour absorber en grande partie sa propre émigration. Une multitude d'impulsions locales, nées de différences juxtaposées de sol, y ont agi de façon à mettre les hommes à même de se fréquenter et de se connaître, dans un horizon toutefois restreint.

Plus on analyse le sol, plus on acquiert le sentiment de ce qu'a pu être en France la vie locale. Aussi des courants locaux, facilement reconnaissables encore aujourd'hui, se sont formés spontanément à la faveur de la variété des terrains. Leurs buts sont rarement éloignés : marchés, foires ou fêtes dans le voisinage, tournées périodiques aux époques de morte-saison, enrôlements au temps des moissons. Mais ces dates attendues et espérées prennent place dans les préoccupations ordinaires de la vie. Les différences qui sont mises par là en rapport ne sont pas de celles qui ouvrent des horizons lointains; ce sont des contrastes simples et familiers, qui s'expriment par dictons, proverbes ou quolibets. Malgré tout il en résulte une ventilation salubre. On est moins étranger l'un à l'autre. Il se forme un ensemble d'habitudes dont s'est visiblement imprégnée la psychologie du paysan de France.

Des courants généraux se sont fait jour à travers la foule

^' des courants locaux. Car la vie générale a trouvé aussi des

PASSAGES facilités dans la structure de la contrée. Elle s'est frayé des

CIRCULATION '^'oics à la faveur des seuils qui séparent les massifs, et des

GÉNÉRALE déprcssions qui longent les zones de plissement. La vallée du

Rhône, sur le bord extérieur des Alpes, le couloir du haut

Languedoc sur le front septentrional des Pyrénées, rentrent dans cette

seconde catégorie. A la première appartiennent les seuils qui, entre les Vosges

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