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LES VOSGES

I. ASPECT GÉXÉRAL. H U. LA FORÛT VOSGIENXE. !| UI. CLIMAT. !; IV. VIE DES VOSGES. Il V. POPUL.\TIONS HUMAISES.

DES LIGNES d'un vert sombre, parmi lesquelles peu de formes particulières se détachent, annoncent de loin les GÉNÉRAL Vosges, daus l'atmosphère nettoyée par les vents d'Ouest. A mesure qu'on s'en approche, la douceur générale des profils continue à être l'impression dominante, mais on distingue dans les formes quelque chose de robuste. Des montagnes trapues s'élèvent sur de larges bases ; et sans ressauts, comme d'un seul jet, s'achèvent en cônes, en pyramides, en dos allongés ou parfois, quoique plus rarement qu'on ne dit, en coupoles. Au Sud, dans le massif tassé, laminé, injecté de roches éruptives, qui constitue le noyau le plus ancien, les chaînes s'ordonnent en longues rangées compactes, serrées les unes contre les autres, qui font l'effet de vagues accumulées. La vallée n'est entre elles qu'un sillon étroit et profond. Dans la région moins dure que constitue le grès permien ' aux alentours de Saint-Dié, les lignes se dégagent, les montagnes s'individualisent mieux, tout en conservant leur modelé caractéristique. Elles se campent les unes à côté des autres, dans leur superbe draperie de forêts.

Lorsque les roches arcliéennes disparaissent sous la couverture des couches sédimentaires qu'elles n'ont crevée qu'en partie, d'autres formes prennent le dessus. Ce sont celles qui caractérisent le grès dit vosgien, dont les roches rougeâtres, au grain très fin, couvrent au Sud le flanc occidental, et vers le Nord, à partir du Donon, toute la chaîne. D'abord les plates-formes de grès coiffent les cimes du granit ; bientôt le grès couvre aussi les flancs.

I. On distingue dans les Nosges trois espèces de grès. Ce sont, par ordre d'ancienneté, le grès permien dit aussi grès rouge ; le grès vosgien, très quartzeux; le grès bigarre. Ces deux derniers constituent l'étage inférieur du système triasique.

La France du Nord. livue premieh, m

Il devient vérilablement expressif, lorsqu'il a été fortement travaillé par l'érosion. Il se délite alors en plaques épaisses, empilées les unes sur les autres, souvent en surplomb. Quelquefois, brusquement, il se termine en corniclie au-dessus d'une vallée creusée en abîme. C'est naturellement près des cimes que la désagrégation des grès a engendré ces fantaisies pittoresques, qu'on prendrait de loin pour des constructions faites de main d'iiomme. L'homme, d'ailleurs, a suivi l'exemple de la nature ; et souvent le burff s'est dressé sur les substructions et môme en partie dans les flancs de la citadelle naturelle. L'instinct bâtisseur a emprunté au sol non seulement des matériaux, mais des modèles ; et les constructions de tout âge qui, de Sainte- Odile aux environs de Saverne, attestent son œuvre, s'incorpoi-ent à la roche même. Ces grès, très perméables, laissent filtrer les eaux ; et sur les sables produits par leur désagrégation, les rivières coulent dans des vallées étroites au niveau uni. Là, entre des prairies, « les eaux glissent sans bruit sur un sable assez fin' ».

D'autres grès, plus argileux et de teintes plus bigarrées, apparaissent sporadiquement et finissent même, dans la région des sources de la Saône, par occuper toute la surface. De nouveau alors la topographie se modifie. Le relief se déroule en ondulations comme celles qu'on voit, entre Epinal et Xertigny, s'allonger à perte de vue vers l'Ouest. Au lieu de cônes à pans découpés, ce sont de molles croupes, le plus souvent cultivées, qui constituent les parties supérieures. Des étangs, faiiigs ou tourbières, y marquent la stagnation des eaux. Quoique dans son ensemble le pays soit encore boisé, la forêt s'éclaircit ; elle se décompose, pour ainsi dire, en un foisonnement d'arbres entremêlés de cultures, toujours assez maigres. Partout où dominent ces grès argileux, on constate le même changement. C'est une clairière de ce genre qui, dans la partie septentrionale des Vosges, constitue, au plus épais du massif forestier, le Pays de Bitche. Un roc de conglomérat, épargné par la dénudation, reste debout ; il a fixé le site du fort et de la ville.

,1 Partout cependant, soit qu'elle domine effectivement,

LA FORÊT soit quc Ics défrichements l'aient morcelée, la forêt reste vosGiENNE présente. Elle hante l'imagination ou la vue. Elle est le vêtement naturel de la contrée. Sous le manteau sombre, diapré par le clair feuillage des hêtres, les ondulations des montagnes sont enveloppées et comme amorties. L'impression de hauteur se subordonne à celle de forêt. Même après qu'elle a été extirpée par l'homme, la forêt se devine encore aux écharpes irrégulières qu'elle trace parmi les prairies, aux émissaires qu'elle y projette, soit isolés, soit en bouquets d'arbres grimpant sur des blocs de roches. De ces prairies brillantes jusqu'aux dômes boisés,

I. Klio de Bcaumont et Dufréno)-, Explication de la carte géologique <fe If France, l. I, i84i, p. 286.

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