‹ La France, tableau géographiqueChapitre 158 sur 275 · CHAPITRE II La Rc<jion Lyonnaise · texte numérisé non relu

CHAPITRE II La Rc<jion Lyonnaise

dance de sels fertiles et une facilité à se désagréger et à s'échauffer qui le rendent très propre à la formation de prairies. Souvent, par bouquets épars, les arbres se mêlent aux prés, et composent ainsi ces prés-bois oîi le feuillage filtrant les pluies, tamisant les rayons, prête son ombre aux vaches qui errent sur ces hauts lieux. C'est alors une impression de grande douceur. Des pàtis communaux s'étalent sur les versants rocailleux qui séparent le fond du val et le sommet des hauteurs. Enfin, bordant les cimes, des forêts de sapins et d'épicéas semblent isoler du reste du monde ce petit coin écarté.

A la faveur de cette avantageuse combinaison de bois, de prairies, de pâturages, à laquelle s'ajoute la pierre à bâtir, naquit, sans doute au Moyen âge, sous l'influence des églises ou des seigneurs qui cherchèrent par des franchises ' à y attirer des colons, un type intéressant de vie pastorale. L'originalité de la géographie politique du Jura tient au développement harmonique qu'a pris ce mode d'existence. Les ressources des pâtis communaux se combinent avec celles des prairies. Pendant les longs hivers séparés du monde, une industrie domestique des plus variées" a pu élire domicile dans les belles et larges maisons de pierres, qu'on s'étonnerait de trouver à des hauteurs de plus de 800 mètres, si la montagne n'en fournissait pas les matériaux. Ces cadres fermés de faible étendue ont rendu naturelle et facile la pratique des associations ou fruitières. Ils conviennent à de petites sociétés concentrées. Cependant aux ressources locales s'ajoutaient, autrefois surtout, des habitudes d'émigration temporaire. Ces habitants des Vais, qui revendiquent pour eux seuls le titre de montagnols, étaient connus dans l'ancienne France. Ceux de Grandvaux se livraient au roulage ; ceux de Nanlua allaient peigner le chanvre ; d'autres encore avaient leurs métiers ambulants et temporaires. Bien des causes travaillent aujourd'hui à désagréger ces communautés cantonales ; il est à souhaiter que des habitudes d'association et d'industrie les défendent. Elles sont, dans le corps national, un ferment d'esprit d'initiative et d'entreprise.

„/ Le Massif central projette au sud de Lyon son promon-

MONTS toire le plus occidental ; éperon de roches de gneiss et de DU LYONNAIS granit, qui semble avoir refoulé devant lui les dernières chaînes méridionales du Jura. Dès qu'on a dépassé vers le Sud la route qui par Beaujeu mène de la Saône à la Loire, les altitudes augmentent ; et le Massif, si défiguré auparavant par les dislocations récentes, laisse de nouveau entrevoir les linéaments de sa structure. En saillie et surtout en creux, dans les dépressions où l'érosion a rencontré des couches moins dures, la direction du Sud-Ouest au Nord-Est se répète avec une

I. Les Francs de Mièges; les Franches-Montagnes, a. Boissellerie, tabletterie, plus lard horiogerie.

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insistance marquée'. Ce ne sont plus ici les lignes rigides, les crêts abrupts, les chaînes minces du Jura, mais des formes bombées, trapues, largement modelées. L'érosion a été poussée assez loin pour que la houille affleure dans les principales dépressions. Par son extrémité occidentale, le Massif s'avance par delà la Saône ; elle le coupe près de son embouchure. Le Rhône, au sortir de Lyon, commence par en raser le pied, et finit par s'y engager à son tour. De Givors à Condrieu ses eaux filent avec rapidité entre des croupes qui les enveloppent de larges ondulations, comme le Rhin à Bingen. On suit encore, bien loin au delà, à la trace des signalements de houille, le prolongement souterrain des roches anciennes vers l'Est.

Pourtant le Massif robuste a subi l'usure des âges. Il s'élève d'abord par une rampe brusque d'une centaine de mètres immédiatement sur la rive droite du fleuve. C'est la transition vers une large terrasse qu'on voit d'un mouvement continu suivre lentement une allure ascensionnelle. La surface n'en est échancrée que de loin en loin par des anfractuosités, sur les flancs desquelles pendent des lambeaux de bois. Elle est cultivée, couverte jusqu'à 4oo mètres de nombreux villages. Un vieux nom de pays. Jurez, la désigne. C'est au-dessus de ce socle qu'en arrière-plan se montre les véritables montagnes du Massif. Leur saillie correspond aux parties dures sur lesquelles l'érosion a eu moins de jjrise. La montagne porphyrique de Tarare se dresse ainsi au passage de la célèbre roule de Roanne à Lyon, route ordinaire jadis entre Paris et l'Italie ou la Provence, que remémore Rabelais, que redoute M'"' de Sévigné pour sa fille. La masse granitique du Mont Pilât monte, au sud de Vienne, jusqu'à i 434 mètres. La neige couvre encore à la fin de mai sa cime. Si, à travers les forêts qui garnissent ses versants, on y parvient, on voit comme à nu le noyau de la montagne. Comme sur le Bœhmerwald, le Hohneck ou le Brocken, le sommet est encombré d'amas de blocs ; ce sont les durais ou cheires. suivant l'expression usitée dans le Massif central. Là seulement le vieux colosse se montre encore sensible à l'attaque des météores. Tandis que les flancs des Alpes calcaires disparaissent souvent sous les éboulis, sur les flancs inférieurs du Pilât les débris d'usure ont disparu, balayés au loin , ensevelis sous la végétation, ou transformés, cimentés en roches nouvelles.

C'est donc une masse peu articulée qui s'étale ainsi entre la vallée de la Saône et du Rhône et celle de la Loire. Presque partout défrichée, elle ne garde de la forêt primitive que des lambeaux, des bouquets d'arbres, mais partout réj^andus. Il n'y a point ici place pour la vie pastorale du Jura; quand ce n'est pas la culture qui remplace la forêt, ce qui apparaît c'est la lande, l'épais fourré d'ajoncs et de bruyères. De petites sources disséminées partout rendent les prés humides. La contrée se présente comme un assem-

I. La direction du Sud-Ouest au Nord-Est est celle des anciennes rides formées à l'époque des plissements qui signalèrent la fin des temps primaires. Ces traits primitifs de structure ne se montrent plus que çà et là dans le relief acluel, à cause des bouleversements qui les ont remaniés pendant la période tertiaire. Alors, en effet, à travers les anciens plis, se sont produites les grandes fractures, principalement dirigées du Sud au Nord, qui dominent aujourd'hui dans la ph}sionomie du relief.

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blage de hameaux, maisons, villages et petites villes couvrant de leurs champs, de leurs prés et de leurs petits bois les larges croupes et les vallées étroites. Les rivières qui rayonnent autour du Pilât ont un débit qui l'ut de bonne heure utilisé pour des moulins, des scieries et, disent les anciennes cartes, toute espèce « d'artifices ». Partout ailleurs le tissage s'implanta, dans ces maisons de paysans-montagnards, comme une nécessite de l'existence. L'industrie n'est pas d'hier dans toute cette région qui va de Tarare à Saint- Etienne et à Annonay. Elle y est née sous forme de travail local, domestique, épars, en conformité avec des conditions de sol qui répugnaient à la concentration. Les industries urbaines qui ont grandi à proximité ont communiqué la vitalité et la sève. Mais ces humbles origines se l'clrouvent dans le caractère de l'industrie lyonnaise, qui est régionale autant qu'urbaine.

Contre ce promontoire avancé du Massif central sont venus battre les torrents des Alpes. Avec la force empruntée aux anciens glaciers, ils en ont entamé la base ; ils ont plaqué des amas de débris sur les coteaux de Fourvière ; des blocs erratiques sont restés gisants jusqu'aux Brotteaux et sur le plateau de la Croix-Rousse. C'est là, sur cette raide barre de coteaux que rase de près la Saône, puis dans la presqu'île fluviale qui s'allonge, à leur base, qu'est né Lyon. 11 adlière étroitement au Massif II lui emprunte la force de sa position naturelle. Il y tient par les racines de son industrie.

Nous voilà en face d'un phénomène nouveau : une grande ville historique, qui est en même temps une des métropoles commerciales et industrielles du monde moderne ; un de ces centres d'activités diverses, qui, après s'être formés sous l'influence des conditions locales, modifient à leur tour, par le rayonnement qu'ils exercent, le milieu ambiant.

C'est presque toujours quelque chose de fort humble que les premiers germes qui décident sur un point la fixation d'un groupe d'hommes: germe frêle qui a besoin de s'appuyer à une défense naturelle. Celle-ci ne manqua pas à Lyon. Il est significatif que le premier mot prononcé par un géographe sur Lyon soit le mot d'acropole: côçTrtp à-/.p67:o?.iç, dit Strabon. C'est une protection, en effet, que ce raide coteau de Fourvière, mais surtout le double fossé que tracent en s'allongeant parallèlement, avant de se confondre, le Rhône et la Saône. En déposant latéralement leurs alluvions, en formant une série d'îles destinées à se souder ou à être soudées ensemble, les deux fleuves ont circonscrit un berceau de ville. Elle a dû, pour s'adapter à l'espace, hausser ses maisons, multiplier ses ruelles; ainsi s'est gravée sur la physionomie un air de sévérité un peu sombre qui étonne aux abords du Midi.

La protection n'était pas superflue, car nulle position n'était plus menacée. La vallée du Rhône fut longtemps une grande voie d'aventures et de guerres. Il suffit de voir ses coteaux hérissés de châteaux en ruines, ses vieilles villes fortifiées, ses bourgs qui escaladent des pitons rocheux, pour

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revivre cette ancienne histoire. Jadis toute la population était cantonnée sur les hauteurs. Dans la plaine sans défense, il n'y a guère que des choses d'hier, maisons disséminées, usines, quelques hourgades neuves. Lyon avait de tous côtés des voisins, qui pouvaient être dangereux. Entre le Forez et le Beaujolais, dont les seigneurs tenaient les passages du Massif central, et d'autre part entre la Savoie et le Dauphiné, états rivaux souvent en conflit, la constitution d'une autonomie municipale était aléatoire.

y Aussi Lyon est-il resté longtemps confiné derrière son

DÉVELOPPEMENT iossé du Rhône. Il ne l'a franchi que tard. Peu à peu, cepen- URBAiN dant, la tète de pont sur la rive gauche appela la convergence des routes. Sur ces grands fleuA'cs, Rhône, Rhin, Danube, dont le passage est difficile, le dualisme urbain des deux rives est presque de rigueur. Tard venue dans la croissance normale de la métropole lyonnaise, cette nouvelle ville, La Guillotière, n'a conservé dans son aspect rien de la première ; elle s'y ajoute, sans s'y incorporer. Elle ne participe pas à sa physionomie historique.

C'est donc une agglutination de villes diverses qui se groupe aux bords de la Saône et du Rhône. L'ensemble jiourtant n'est pas discordant. Ce mélange de collines, de ravins, de cours d'eau différents de couleur et de régime, avec la plaine immense qui A'ers l'Est se perd dans la fumée et la brume, compose un site urbain pittoresque, qui ferait plutôt jienser à Budapest, Edimbourg ou Stockholm qu'aux grandes villes à topographie plate qu'a multipliées notre époque.

yi Les voies fluviales ont été pendant longtemps les prin-

RELATioNS cipalcs voics de circulation et de transport. Lyon est une étape FLUVIALES nécessaire. Il se trouve à vrai dire au confluent de trois rivières, car le cours supérieur du Rhône a son régime et sa batellerie spéciales, qui s'y terminent. De là venaient les rigues ou savoyardes, souvent dépecées à l'arrivée, qui apportaient à Lyon les fruits de ce grand verger de la Savoie, et surtout les pierres calcaires qui en ont fait une cité monumentale. Là se terminait l'antique et importante navigation de la Saône. Il fallait, en effet, d'autres formes de bateaux, d'autres pilotes pour se livrer au courant rapide du Rhône : c'est dans les bas quartiers de la péninsule lyonnaise, ou vers Vienne, Condrieu, que se recrutaient les mariniers habitués au danger du fleuve, un de ces types de corporations originales que la vieille France a connues. Par cette batellerie qui de Lyon à Pont- Saint-Esprit et Arles se liait à la Méditerranée, l'Orient remontait en droite ligne jusqu'au cœur de la vieille Gaule. Parmi la série de villes à aqueducs et amphithéâtres qui se déroule le long du fleuve, Lyon est la plus éloignée vers le Nord; et pourtant cette ville regarde plus loin que toutes les autres

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FK/tME située à kUô mètres d'attitude, sur le premier plateau du Jura, au-dessus de lu zone du vignoble, mais encore dans celle des céréales, des luzernes, des noyers. Cn toit peu incliné surmonte la grande bâtisse cn pierre. En arrière se dresse brusquement le gradin du deuxième plateau (700-1*300 met.), ou les forets vont éliminer les cultures. Thot, de M. H. Hitîer (Pig. IfiSt.

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