‹ La France, tableau géographiqueChapitre 16 sur 275 · FUSION NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

FUSION NÉCESSAIRE

L N'EST GUÈRE de question plus importante pour la géojraphie politique que de chercher comment, quand et par quelles voies une vie générale parvient à s'introduire à tra- ^£5 vers la diversité des pays locaux. Aucune étape n'est plus

CIVILISATIONS décisive et ne met plus de différences entre les contrées. Il y en a qui ne la franchissent pas. Elles restent morcelées à l'état de petits groupes que relie un lien très lâche, ou qui même sont à peu près isolés. Thucydide remarquait que de son temps la moitié de la Grèce, dans les montagnes et dans l'Ouest, n'était pas sortie de cet état social rudimentaire : on ne serait pas en peine encore de nos jours de citer des exemples pareils, sur les bords mêmes de la Méditerranée: l'Albanie, le Rif marocain nous montrent des types à peu près intacts de sociétés primitives. La tribu, le clan, le pays, le village sont, suivant les lieux, les cadres de cette vie. L'Afrique centrale ne nous a-t-elle pas révélé récemment, sur des étendues énormes, un état de dispersion politique à travers lequel nous voyons, aujourd'hui seulement, filtrer, avec l'Européen ou l'Arabe, les premiers filets de relations générales .►^

Telle est, en effet, la marche naturelle. Le choc vient du dehors. Aucune contrée civilisée n'est l'artisan exclusif de sa propre civilisation. Ou du moins elle ne peut engendrer qu'une civilisation bornée, comme une horloge qui, après quelque temps de marche, s'arrête court. Il faut, pour qu'elle

Personnalité Géographique de la France. première partie

s'élève à un degré supérieur de développement, que sa vie soit en communication avec celle d'un domaine plus vaste, qui l'enrichit de sa substance et glisse en elle de nouveaux ferments.

Ces sources de vie n'ont pas manqué à la France. Elle y a puisé de divers côtés. Essayons de voir quelles ont été ses relations, d'abord avec la Méditerranée, puis avec la Péninsule ibérique, enfin avec l'Europe centrale.

Par la Méditerranée la France est en rapport avec le " domaine terrestre où se constituèrent les premières grandes

RELATION sociétés : les plaines alluviales de la Mésopotamie et du Nil, ^^ les contrées découvertes, enrichies de débris volcaniques qui

MÉDITERRANÉE s'étcndcnt au pied du Taurus d'Arménie ou d'Asie Mineure, en général enfin l'Asie occidentale. La géographie botanique, qui étudie l'origine des plantes cultivées et qui en suit les migrations, est parvenue par ses recherches à jeter quelque jour sur l'antique histoire humaine. Elle constate que l'homme n'a trouvé nulle part, si ce n'est peut-être en Chine, des moyens de subsistance plus variés que dans les contrées qui viennent d'être nommées. Plus de la moitié des céréales et graines nourricières connues sont originaires de cette partie du continent. Là, depuis une antiquité qu'il est difficile d'évaluer, car elle précède les grands empires que nous fait connaître l'histoire, apparaît constitué un système d'agriculture fondé sur la charrue, dans lequel le bœuf a son emploi comme animal de trait.

Parmi les céréales venues d'Asie, les unes, comme le '" seigle et l'avoine sont restées longtemps étrangères aux con-

MONDE trées de la Méditerranée et semblent n'y être arrivées qu'après MÉDITERRANÉEN avoir passé par l'Europe centrale ; mais les autres y apparaissent de très bonne heure.

L'orge primitivement et plus tard le blé sont devenus, pour les riverains de cette mer, le fond de la nourriture. Parmi les plantes textiles figure au premier rang le lin, avec lequel ils tissent des étoffes. C'est sur ce mode d'existence que se greffèrent, suivant les localités, d'autres variétés d'exploitation du sol, inspirées par les conditions du rehefet de climat: l'élevage avec transhumance périodique, dans les régions montagneuses qui se pressentie long de la Méditerranée; les cultures d'arbres et d'arbustes, sur les terrasses abondantes en sources, et dans les plaines oîi l'eau s'iafiltrant ne peut être atteinte que par les plantes à longues et profondes racines. Toute une légion d'arbres fruitiers, portée par des migrations humaines, vint, avec la vigne, garnir les bords de la Méditerranée, et faire au pays de Chanaan, à l'Apulie et la Sicile cette renommée légendaire dont nos esprits ne sont pas encore affranchis. Cet art des plantations, que les Grecs distinguaient par le mot (putevety, est, comme l'indique fort bien Thucydide, un art

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