‹ La France, tableau géographiqueChapitre 167 sur 275 · ALPES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

ALPES FRANÇAISES

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1 UlK.h.', IJK I.IM-EliflEr, par lesquelles lu llnmanehc. à 9U(J mètres enArou. débouche dans la vallée du f Bourg-d'Oisans. L'escarpement de schistes cristallins semble un mur infranchissable. Mais il sert de ihassemeut à un plateau de lias (1,300 met.), lambeau de la vallée préexistante. Là s'étend une nappe de Itures fortement habitée, qui monte en pente douce jusqu'à la zone de forêts, rhot. de M. Kilinii (Fig. 17.1).

CH^prrnK m Les Alpes Franraises.

paitie a fini par s'étendre au tout, que ces communautés alpestres trouvent leur richesse, ou tout au moins le supplément de ressources sur lequel est fondée leur existence. Dans ces hauts pâturages fertiles en herhes savoureuses, vers lesquels les troupeaux s'acheminent joyeusement, sont les réserves dont pendant létc prend possession la vie pastorale. Ces espaces verdoyants et naturellement découverts où l'homme n'a pas eu à extirper la forêt, furent ceux qui donnèrent naissance à la vie alpestre. La longue durée des neiges et des frimas se charge d'en éliminer les arbres. L'exploitation de ces pâturages précéda certainement celle des prairies que l'homme dut se tailler à grand'peine dans la zone des bois.

Celte harmonie de rapports dans laquelle les prairies et cultures de la vallée, les forets des versants, les pâturages des hauteurs se prêtent un mutuel concours, n'est malheureusement pas partout réalisée dans nos Alpes. Elle existe, grâce à un climat plus régulier, à des pluies mieux distribuées, en Savoie et dans une partie du Dauphiné comme dans le Jura et en Suisse. C'est elle qui sur les hauteurs entretient la vie de chalets, où, avec la régularité d'un flux et reflux annuel, les vaches apparaissent aux beaux jours pour se retirer aux premiers froids. L'été finissant, la vie se contracte dans les vallées. Mais c'est alors que dans les bourgs des vallées basses et de la périphérie des montagnes commence le mouvement de foires dont la périodicité correspond aux phases de l'activité pastorale. Ce sont les foires d'automne, pour la vente du bétail qu'on ne pourra nourrir en hiver.

A quelles époques remonte cette vie organisée } Assez haut sans doute, du moins dans ses éléments essentiels, puisqu'elle est fondée sur la nature physique du pays. En fait, les traces d'habitants relativement nombreux sont très anciennes dans les vallées des Alpes. Toutefois cette vie ne représente pas un état primitif. Elle est fondée sur une combinaison méthodique des ressources de la vallée, des bois, des pâturages, qui suppose l'existence de l'elations commerciales, de débouchés extérieurs. Elle s'est constituée peu à peu, par de sages règlements. De l'esprit d'association qu'elle favorise sont nés ces mandements, ces syndicats d'irrigation, ces coutumes dont plusieurs ont été rédigées, et sont l'expression d'une civilisation originale, très propre à augmenter par la variété d'occupations, par la prévoyance et le calcul qu'elle exige, la valeur individuelle de l'homme. Cette harmonie, quand elle est réalisée, conserve à la montagne sa fertilité et sa santé, et pour emprunter une expression de Le Play, « sa vie morale ».

y,i Les bandes géologiques longitudinales, qui servent de

ciRcuLATion socle aux hautes vallées, ont assez de largeur, dans nos Alpes,

INTÉRIEURE pour donucr place, comme nous avons dit, à des groupes de

vallées analogues. Ces vallées contiguës communiquent entre

elles, grâce à leur altitude commune, par des cols nombreux et peu

élevés. C'est par ces « montées » que de tout temps la vie a circulé dans

Entre les Alpes et l'Océan. livre n, i

l'intérieur et jusqu'au plus épais des Alpes. Ces relations ont ci-éé le réseau de sentiers muletiers, œuvre locale et séculaire que n'ont remplacée qu'en partie nos routes modernes. Ces sentiers sont l'œuvre des montagnards ; car en été surtout la vie alpestre est un déplacement continuel. Les mémoires militaires des siècles derniers montrent quel parti une stratégie habile pouvait en tirer pour la circulation dans l'intérieur des Alpes. Les hautes vallées communiquent entre elles par leurs parties supérieures. Ce n'est point en suivant le fd de l'eau, comme nos habitudes nous portent à le croire, mais en le remontant au contraire qu'on peut comprendre les relations de ce petit monde alpestre. Soucieux d'économiser la pente, se maintenant volontiers à mi-côte, les sentiers atteignent facilement, au prix de quelques lacets, le faîte de séparation. On est souvent dérouté de la signification qu'ont certains mots dans le langage alpin; des termes tels que monts, collines, montagnes ont des sens spéciaux qui résultent des habitudes et du genre de fréquentation associées à la vie des Alpes.

Comme tout ce qui est fondé sur la nature, ces relations subsistent, en partie du moins, malgré les mutilations parfois inintelligentes que leur ont infligées les frontières politiques. Encore aujourd'hui les habitants des hautes vallées du Verdon, du Var, de la Tinée, qui s'ouvrent vers le Sud, sont bien plus liés par leurs échanges, leurs dialectes, avec la vallée de Barcelonnelte, au Nord, qu'avec la côte de Nice. Le petit monde vaudois de notre Queyras et des hautes vallées italiennes du Pellis et du Cluson se sent encore parent. Le groupe des vallées briançonnaises, politiquement disjoint par un démembrement à jamais regrettable, se rencontre plus qu'il ne se divise au Mont Genèvre.

Il y eut là jadis de petites communautés politiques, 'ANCiENN'^s embryons de démocraties cantonales, auxquels il n'a manqué, COMMUNAUTÉS pour devenir une Suisse, que l'appui de fortes républiques POLITIQUES urbaines. L'histoire a été dure pour elles. Elles les a mutilées, quand elle ne les a pas détruites. La diplomatie a trouvé commode de régler les frontières d'après la ligne de partage des eaux, qui souvent brise dans les Alpes les rapports naturels. Cependant la communauté de langues eût pu être un avertissement ; elle exprime ici une véritable communauté d'intérêts et de traditions. Ces groupes de hautes vallées composent un petit monde étroit, mais harmonique. Des usages patriarcaux, de sages l'èglements, des canaux d'irrigation remontant aux xin" et xiv' siècles, inspirent une estime mêlée de regrets. Telles qu'elles sont, ce sont de petites patries. Le monde extérieur, le pays étranger commence à l'issue des sauvages défilés qu'il faut franchir pour atteindre les basses vallées. Une fois l'obstacle passé, le montagnard ne craint pas d'aller au loin, parfois de franchir l'Océan; mais il aime à revenir dans sa vallée natale pour finir ses jours.

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