‹ La France, tableau géographiqueChapitre 48 sur 275 · I. Voir Carie fig. a'4, Boiicle de Rpvin, p. fi · texte numérisé non relu

I. Voir Carie fig. a'4, Boiicle de Rpvin, p. fi

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rence dénudée, qui pointent de toutes parts. L'aspect du pays est bien encore celui des terrains anciens ; ce sont en effet des roches primaires qui constituent la surface. Mais elles appartiennent à un autre âge, plus récent; elles racontent un autre épisode de la même histoire. On est, en réalité, sorti de l'Ardenne. Ce qui commence c'est la région détritique et récifale qui s'est formée en bordure du vieux massif émergé. Lorsque l'Ardenne était séparée du Brabant par un bras de mer, les débris arrachés au massif s'accumulaient sur ses bords, elles coraux y construisaient des séries de récifs analogues à ceux qui bordent aujourd'hui les côtes orientales d'Australie. De là ces grès, ces calcaires, ces marbres, qui désormais accidentent le relief. Châteaux et forteresses ont pris possession des rocs calcaires. Givet, Marienbourg, Chimay, Philippeville, Avesnes, hérissant, comme Mézières au débouché opposé, les abords du massif, lui donnent un aspect féodal et guerrier. Les eaux, suintant sur le sol imperméable en nombreux ruisseaux, ou étalées en étangs, se rassemblent peu à peu pour former les premiers filets de l'Oise, pour envoyer à la Sambre ses premiers affluents.

La Sambre a creusé son lit dans la direction des bandes ; elle coule, dans son cours supérieur, du Sud-Ouest au Nord-Est, conformément à la direction des couches géologiques. Au contraire, la Meuse, de Givet à Namur, traverse perpendiculairement les différentes formations qui se succèdent du Sud au Nord. Sa vallée est désormais plus large, mais reste encaissée. Dînant et Bouvignes, les villes jadis ennemies, se serrent étroitement aux flancs de leurs rochers. Le roc de Namur porte une vieille forteresse historique. L'aridité des escarpements calcaires contraste avec la fraîcheur verdoyante qu'entretient l'imperméabilité du sol schisteux.

y Mais graduellement des couches géologiques moins an-

SYNCUNAL ciennes se présentent à la surface ; et c'est ainsi qu'aux cal- HOuiLLER caires et grès dévoniens succèdent ceux de la période carbonifère, et qu'enfin la houille affleure à la surface dans le très ancien synclinal où la Sambre et la Meuse elle-même à partir de Namur ont pris place.

Ce synclinal', où se sont amassés les végétaux dont la décomposition a donné la houille, est un des traits les plus essentiels et les plus durables de la géographie de ces régions. Bien longtemps après l'époque primaire, il se dessinait encore comme un long détroit entre l'Ardenne et le massif alors

I. Dans une région qui a été plissée, les couches de terrain présentent une série de courbures alternativement saillantes et creuses: on appelle les premières des anticlinaux et les secondes des syiicliiKiiix. Il est bon de faire remarquer que ces noms s'appliquent à la disposition des couches, sans que ces traits de structure correspondent nécessairement à des traits analogues de relief. Ainsi il n'est pas rare qu'un pli synclinal se dessine en saillie, ou inversement qu'un anticlinal se dessine en creux. Car le relief est surtout déterminé par la dureté des roches et le degré de résistance qu'elles sont capables d'opposer h l'érosion.

cHAPiTRK II. Ac ^fassif primaire de Behfique el de VArdenne.

émergé du Brabant. Enfin, après avoir été définitivement évacué par la mer, il a pris la forme d'un lonç couloir dyssymétrique où les eaux ont tantôt érodé, tantôt mis à nu le charbon de terre. L'industrie moderne y fait flamber ses usines ; les routes de la Seine au Rhin en suivent le talus septentrional, comme jadis les voies romaines unissant la deuxième Belgique à la Germanie inférieure, Bavay à Cologne. C est donc aussi une ligne directrice des courants humains. Dès qu'on l'a franchie au Nord, les couches primaires, tout en restant voisines de la surface, plongent sous la nappe d'épais limon où règne depuis plus de deux mille ans une riche agriculture.

yi Le contraste s'accuse ainsi de plus en plus avec les pau-

LA VIE vres et maigres contrées de l'Ardenne proprement dite. Nous ARDENNAisE en avous décrit la partie méridionale, qui est française : mais ce n'est que la moindre fraction d'une contrée qui s'étend vers le Nord-Est jusqu'à Spa, Maldémy, Montjoie et les abords d'Aixla-Chapelle ; cette contrée s'élève à 696 mètres dans les Hautes-Fagnes de Botranche, et enfin, par le Schnee-Eifel (700 mètres), se lie au Massif schisteux rhénan. Sur toute cette surface de i3 000 kilomètres carrés environ c'est le même sol pauvre, infertile, le même climat rude, la même difficulté de communication. Sur ces flancs froids et boisés montent en brouillards, en neige et en pluies les vapeurs charriées par les vents d'Ouest ; sur ces plateaux sans pente l'humidité décompose le schiste en une pâte imperméable dont l'imbibition produit des tourbières ; il faut la souplesse et l'intelligence des petites vaches ardennaises pour opérer les charrois dans ces sentiers fangeux. Si pauvre pourtant que soit ce pays, une vie très ancienne s'y est implantée ; et justement à cause de sa pauvreté, cette adaptation de la vie aux conditions locales s'est maintenue presque intacte. On y voit une race d'hommes généralement petite et brune mais résistante, comme le sont les bestiaux et les chevaux de chétive apparence qui vont, la nuit, chercher librement leur nourriture dans les taillis. Ces taillis, de temps en temps livrés aux flammes, fournissent par leurs cendres un amendement temporaire dont on profite pour une ou deux récoltes de seigle. Autour des champs sur lesquels se concentre la culture, s'étendent de vastes espaces de landes, propriété commune où le berger du village mène paître « la herde ». Des générations d'hommes ont vécu dans ces petites maisons en moellon, couvertes de schistes, souvent isolées ; ils y ont pratiqué, pendant les loisirs d'une culture fort intermittente, les industries variées du fer. C'est par des défrichements souvent temporaires, sarts ou essarts, qu'ils sont parvenus à étendre peu à peu, assez faiblement en somme, le domaine des cultures sur celui des landes, des forêts et des bruyères. Les abbayes, nombreuses dans l'Ardenne', ont été la seule force directrice capable d'imprimer quelque impulsion de vie générale.

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