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L'EAU DANS LES FL\NDRES

ENTRE LA CRAIE DE L'ARTOIS ET L ARGILE YPRESIE.yXE

CLAlHMAHAtS, près de Saint- Ojiicr. Ce qu'on appelait jadis Us baspays de St-Omer, est une dépression de forme quasi circitlairc, creusée par affouillement dans les sables, au débouchr des plateaux de l'Artois. L'AA ne parvient à sortir dr cette dépression que par un étroit passage qu'il s'est taille, à Wattcu^entredex collines boisées. Ce pat/s est devenu un grand jardin marafrher, où ne subsistent que fà et là des rlnirs. ou flaques d'eau, l.e sol a été drainé, et l'eau recueillie da ns des fossés ou canaux, qui servent au transport du jardinage.

(Fie 30.^

' l.A IltMA ItAtS

cédé aux huttes de pêche ou de chasse qui, jadis, étaient dans ce pays les seuls établissements humains. Basses et composées d'un seul bâtiment, elles fourmillent ; on en voit partout, entre les arbres et au bord des eaux, La brique et le bois en ont fourni les matériaux. Au pied d'un escalier auquel une palissade de bois sert de soutènement, .^ont amarres des bateaux effilés aux deux bouts , qu'an manœuvre à la perche.

Une active circulation anime ces canaux en miniature.

(Fig. 31.)

ciiAi'iTRE 111 Les Flandres.

1^ 11 y avait en cd'et dans la réciprocité des besoins et des

LA VIE facilités de circulation, le germe d'un riche développement de

URBAINE vie urbaine. Son expression la plus Jjrillanlc fut au Moyen âge,

où, dans un espace restreint, on vit ports maritimes, centres

industriels, stations de batellerie, marchés à grains, se correspondre comme

les pièces dun organisme économi(pie. Mais les racines dont naquit cette

féconde et exubérante frondaison urbaine plongent plus loin dans le passé.

On vit de bonne heure, à l'Est comme à l'Ouest de l'Escaut, des villes se former sur la zone où les croupes crayeuses s'inclinent au seuil de la dépression humide. A portée des grandes voies romaines qui se dirigeaient vers la Bretagne et la (îermanie, au sommet des croupes, aux issues des vallées, sur les éminences détachées, naquirent des postes militaires, noyaux de villes : ïérouannc dans la partie bien définie et non marécageuse de la vallée de la Lys, Arras entre une ceinture de coteaux, Cambrai au débouché de l'Escaut, ou bien sur les monticules isolés dans la plaine, Gassel, Tournai. Telle fut la première série urbaine qui tint longtemps les clefs de la contrée et même des contrées voisines. L'arrivée des Francs à Tournai, Cambrai fut l'indice précurseur de leur prépondérance dans le Bassin parisien.

La vie urbaine resta primitivement attachée à celle première zone : c'est seulement plus lard, surtout du ix" au xn" siècle, que, dans les marais longtemps disputés par la mer, dans les tourbières qui de Saint-Omer à Marchiennes bordent la lisière de l'Artois, ou dans les lacis fluviaux enveloppant des îles, naquit une nouvelle génération de cités, bien plus variées, plus originales et destinées à une bien autre fortune : Lille, Gand, Bruges, etc., virent le jour. C'est alors que la vie s'insinua par nombre d'artères jusque dans l'intérieur même de la contrée ; qu'elle créa, en rapport avec les villes marilimes, les marchés de grains de Bélhune, Saint-Omer, Bcrgues, Douai ; qu'elle ébaucha, par la ligne des marais qui sillonnent le pied des côtes crayeuses, le système futur de canalisation. Plus tard, ces marais servirent de fossés à des places fortes. Elles sont nombreuses, les villes grandes ou petites qui, derrière leurs larges fossés, ont arrêté des invasions, soutenu des sièges et conservé une légende guerrière. Serrées dans leurs rouges remparts de briques, elles ont presque toutes quelque histoire glorieuse de frontière à raconter, et ce n'est pas sans regrets que la plupart voient aujourd'hui tomber leur armure.

Chaque époque de l'histoire a fait surgir sur ce sol de nouvelles rangées de villes ; quelques-unes s'éteignaient, pendant que d'autres venaient au monde : la formation urbaine ne s'est pas arrêtée. Le sous-sol y collabore à son tour. C'est vers i8â6 que la poursuite du bassin houiller, déjà reconnu depuis cent ans àValenciennes, s'est avancée jusqu'à Lens et Bélhune. Alors, à côté de la ville, unité harmonique dans un cadre restreint, s'est formé çà et là un type que le passé ne connaissait pas, l'agglomération industrielle. Autour des puits de mines dont les silhouettes bizarres hérisenl la plaine agricole de Lens, les rangées de corons s'alignent uniformément par huit ou dix :

La France du IS'ovd. livre pnEMiun, i

tristes petites maisons que rien ne dislingue entre elles, nées à date fixe pour encadrer les mêmes existences multipliées comme les zéros d'un nombre. Parlois le contraste prend une forme saisissante : Valenciennes, signalée au loin, comme dans les tableaux de A an der Meulen, par les flèches élégantes de ses édifices, ramasse ses rues étroites autour de sa grande place ; mais à ses portes, comme une excroissance, s'étend l'énorme banlieue désarticulée, avec ses files de maisons, d'estaminets et d'usines.

Il y a donc dans cette Flandre, à côté de villes qui ont eu leur moment, mais qui semblent aujourd'hui figées dans leur passé, d'autres oîi la vie fermente, encore discordante dans sa croissance hâtive. La sève urbaine n'est pas éteinte. Elle est dans l'histoire et dans le sang des habitants. C'est comme citadins que les Flamands se sont sentis eux-mêmes, qu'ils ont lutté contre l'étranger, lequel souvent n'était autre que le roi de France. Leur patriotisme se personnifie dans des monuments ou des emblèmes urbains. Si Tournai, la vieille ville épiscopale, a sa fière cathédrale aux sept tours, il n'en est guère qui ne puisse montrer qui ses halles, qui son hôtel de ville, qui sa merveille, belTroi et carillon, symbole et voix de la cité. Même dans les villes mortes, la place vaste et irrégulière, faite pour les rassemblements populaires, évoque le souvenir des foules d'autrefois. Ces villes ont été en guerre, mais aussi en relations constantes de commerce, d'institutions, d'art et de fêtes. Par-dessus les différences de langues et de frontières, qui ne nous paraissent si fortes que parce que nous les voyons ^lar les cartes plutôt que que dans la réalité vivante, elles continuent à fraterniser. Une certaine joyeuseté anime cette vie urbaine. Tournai échange avec Lille des quolibets plus goguenards qu'injurieux. Le rease de Dunkerque rend -Nisitc au gayant de Douai. Une sorte de folklore citadin, surtout développé dans les dialectes populaires, rouclii et wallon, a inspiré des poètes, des chansonniers, surtout des dictons moqueurs d'une ville à l'autre. Tant il est vrai que, dans toutes les associations humaines, l'imagination a sa part I II faut qu'elles émeuvent les sentiments, qu'elles frappent la vue par des spectacles, qu'elles s'incorporent aux habitudes et aux plaisirs. Par là, en Flandre, la vie urbaine a conservé sa saveur. C'est comme citoyen d'une ville, membre d'une corporation habitant d'un quartier, que le Flamand se sent de son pays.

(So)

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