‹ La France, tableau géographiqueChapitre 93 sur 275 · LIEN DE PARIS AVEC LA LOIRE. REAUCE · texte numérisé non relu

LIEN DE PARIS AVEC LA LOIRE. REAUCE

I. DIFFERENCES AVEC LES PAYS VOISITiS. || II. LA BEAUCE COMME TTPE DE PAYS GÉOGRAPHIQUE. || III. RÉPARTITION DE LA VIE URBAINE. || IV. IMPORTANCE HISTORIQUE.

LA Beauce s'annonce dès le voisinage immédiat de Paris. Elle est constituée par les mêmes travertins lacustres qui revêtent le plateau que découpent les vallées de l'Orge et de l'Yvette. Mais les sables, qui ont ici facilité le travail des eaux, s'enfoncent de plus en plus dans le sous-sol et finissent^ par perdre toute influence sur la physionomie de la surface. Au Sud d'Epernon, de Dourdan, d'Étampes, le calcaire lacustre, dépourvu désormais des couches d'argile à meulières qui entretenaient quelque humidité, règne en couches profondes. L'aspect de la contrée change entièrement. Il suffit de monter une dernière et courte rampe à travers les sables, et brusquement l'on voit s'étendre des plaines continues qui semblent sans fin. Ce calcaire fissuré et perméable est incapable de retenir les eaux ; de sorte que sur de grandes étendues manquent aussi bien vallées que rivières. On ferait plus de 5o kilomètres entre Chartres et Artenay, vers la lisière de la forêt d'Orléans, sans rencontrer un cours d'eau. Les arbres se font rares ; nulle part ne se montrent de traces d'une végétation silvestre, comme celle dont la Brie offre partout des lambeaux. Heureusement une couche de limon, moins épaisse qu'en Picardie, mais suffisante dans l'espace compris entre Étampes, Chartres, Artenay et Pithiviers, couvre la surface. La vie du pays est attachée à l'existence de cette nappe rousse et friable que la charrue siUonne en longues bandes minces, sans arbres ni fossés. Là ovi elle manque, et ovi l'apparition de l'eau ne vient pas vivifier la surface, le pays est un désert. C'est ce qui arrive vers l'Est, aux confins du Gâtinais, oîi l'on peut voir, entre Puiseaux et Château-Landon, une plaine sans pente, qui, sur un espace de 28 kilomètres carrés, offre à peine quelques habita-

La France du Nord. livre premier, h

lions '. Mais sur le limon, au conlrairc, à défaut d'arbres et de prairies, règne l'opulence des moissons ; elles y étendent ce « tapis d'or blondissant et nourrissant » qui a rendu ce pays proverbial ; puis les grands troupeaux de moutons prennent possession de la jachère, et en hiver de grands vols de corbeaux s'abattent sur les champs.

C'est la nature du sol, avec le mode d'existence qui en dérive, qui définit ce pays. Par le relief il se distingue peu des régions voisines. Aucune partie de la France ne présente, à surface égale, une telle uniformité de niveau que celle qui s'étend au Sud de la Seine, d'Elbeuf à Montargis. Entrs de rares vallées qui les divisent en compartiments distincts, les plainec succèdent aux plaines, les campagnes aux campagnes, sans que sur ces plates-formes unies l'altitude s'écarte guère de la cote moyenne de i5o mètres. Campagne de Neiibourg, Plaine de Saint-André, Thimerais, Beauce, Gâtinais se font suite ainsi, formant en apparence une seule et vaste contrée ouverte entre le Perche, la Seine et la Loire.

Dans cet ensemble, toutefois, la Beauce a son individualité. Sans que le relief change notablement, l'aspect se modifie autour d'elle, parfois assez brusquement, parfois par degrés ; assez nettement toutefois pour que l'instinct populaire, seul auteur responsable de sa dénomination, discerne les cas où elle s'applique.

Où les différences sont le plus graduelles et le plus atté- ^' ^ nuées, c'est vers le Nord-Ouest de la Beauce, dans la direction AVEC LES PAYS ^u Pcrche. En effet les nappes limoneuses s'étendent aussi VOISINS dans cette direction, sur les plaines que découpent l'Eure et ses affluents, mais moins continues, moins étendues, interrompues déjà à l'ouest de Chartres dans le Thimerais, davantage vers Dreux et plus encore aux approches d'Evreux, par de larges plaques d'un sol tout différent. Des argiles rouges empâtant des poudingues de silex s'étalent à la surface des plateaux, ou garnissent les corniches des vallées. C'est qu'en effet, dans ces régions déjà situées hors des limites du calcaire de Beauce, c'est la craie qui forme le soubassement du sol, comme on peut le voir aux flancs secs et doucement évasés des vallées. L'argile à silex, qui paraît être une forme spéciale d'altération de la craie, engendre un sol à peu près stérile où ne peuvent venir que des bois. La forêt, inconnue en Beauce, apparaît alors en massifs de plus en plus étendus ; et avec elle les étangs, la nature et le nom de Gâtines". Une sorte de transition s'étabht ainsi entre les campagnes agricoles et le Perche. On s'en aperçoit, en dehors même des forêts, au foisonnement des arbres, aux haies vives qui se multiplient autour des borderies. Ce n'est pas encore le vrai Perche ; mais déjà des noms accré-

I. Carte topograpliique au 80000=, n" 80, Feuille de Fontainebleau, a. Saint-Germam-en-6'a7irte«, au Nord de Chartres.

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