‹ La frileuseChapitre 23 sur 79 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

THÉCLA, le regardant timidement.

Au fait, je pouvais plus mal tomber... vous m’avez l’air, monsieur, d’un bon et honnête jeune homme.

CONRAD

Oui... oui... madame... ou mademoiselle?

THÈCI.A.

Mademoiselle.

CONI1AD, -rivement.

Ah! tant mieux!

THÉCLA

Pourquoi?

CONRAD

Je ne sais... mais, ordonnez... disposez de moi.

C’est ce que j’allais faire... 11 faut, monsieur, que, sans m’interroger, sans me rien demander, vous ayez la bonté de me conduire hors d’ici et ou je vous dirai I

CONRAD, vivement.

Bien volontiers, si je pouvais sortir du camp; mais je suis consigné, je suis aux arrêts.

THÉCLA

O ciel!... Et, dites-moi, monsieur, vos arrêts doivent-ils durer longtemps?

CONRAD

Jusqu’à demain matin.

THÉCLA

Ah ! mon Dieu ! pour quelques heures, je ne dis pas... mais jusqu’à demain...

CONRAD

Oh ! le temps passe vite ! pour moi, du moins, (n veut lui prendre la main.)

THÉCLA, reculant devant lui et retirant sa main.

Ne me touchez pas , monsieur !... j’ai trop froid !

CONRAD, à part.

Il est impossible d’être frileuse à ce point! (Haut et timidement.) Je veux dire que vous resteriez là auprès du feu... de ce côté de la tente... moi, de celui-ci... à l’autre extrémité, veillant sur vous de loin... ne pie rapprochant que si vous m’appeliez... et puis, demain, de grand matin, vous enveloppant de mon manteau, vous couvrant de mon chapeau, je vous guiderais sans que personne vous vit, à travers les détours du camp ; puis, je vous conduirais, en esclave soumis, où vous me l’ordonneriez, sans vous interroger... sans vous rien demander... pas même de récompense... Que craignez-vous? Interdit à votre vue, je ne sais ce que j’éprouve... c’est moi qui ai peur... c’est moi qui tremble de crainte et de respect.

THÉCLA, à part.

C’est vrai ! me voilà plus rassurée !

CONRAD

Vous vous taisez! vous approuvez ce moyen?... 11 n’y en a pas d’autres... et puis... il fait si froid!...

THÉCLA

Qui êtes-vous, monsieur?

CONRAD

Conrad d’Halberstadt, lieutenant.

THÉCLA, descendant.

Ah! qui a, je crois, une sœur au couvent d'Hildenliausen?

CONRAD, vivement.

Comment le savez-vous? Pardon... je ne dois rien demander .pas même qui vous êtes.

Mais vous ne seriez pas fâché de l’apprendre. Eh bien, monsieur, je suis attachée à la maison de Sou Altesse, et, pour des < raisons à moi connues, je voulais la quitter aujourd’hui même, sans l’en prévenir.

CONRAD

C’est pour cela que vous partiez ainsi?

THÉCLA

Oui, monsieur; je suis près d’elle, ce qu’on appelle dans les résidences royales, dame d’atours... et à la ville, femme de chambre.

CONRAD

Lien vrai ?

THÉCLA

Lien vrai. (Elle s’assied à gauche dans le grand fauteuil.)

CONRAD, il va chercher une chaise.

Tant mieux! Vous n’étes donc pas une grande dame... une princesse?...

THÉCLA

Moi!

CONRAD, s’asseyant.

A votre air, j’en avais peur.

THÉCLA

Pourquoi cela?

Parce que les grandes dames... les princesses... quelque belles qu’elles soient... on n’ose... ni les aimer... ni le leur dire...

THÉCLA

Ce qui signifie que moi...

CONRAD

Oh! je ne le dirai pas, je ne le dirai jamais I (ou entend la voir de Klumpp.)

THÉCLA

Écoutez... écoutez...

CONRAD

Oll parle en dehors. (On entend Galaor répondre à Klumpp.)

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