THÉCLA, GALAOR
THÉCLA, impatientée.
C’est fini !... impossible d’en sortir ! (Elle s’assied à gauche.) GALAOR, qui s’assure s’il est bien seul avec Thécla, s’approche sans bruit près
d’eUe.
Plus aisément que vous ne croyez, princesse.
THÉCLA, se retournant.
Vous, monsieur le baron 1 Comment êtes-vous encore ici ?
GALAOR
En ne suivant pas les autres.
THÉCLA
Et vous avez un moyen, dites-vous, de me venir en aide, et de briser mes chaînes?
GALAOR
Oh!... pour cela, rien de plus facile; voici une clef qui conduisait autrefois des appartements de la grande-duchesse dans cet oratoire... cette clef est à vos ordres.
Bien! Cela me rassure...
* Thécla, Galaor.
GALAOR
Maintenant, venons au fait... Vous n’avez pas voulu dire à votre auguste tutrice le nom de votre mari, pour trois raisons.
THÉCLA, riant.
Pour quatre !
GALAOR
Pour quatre, je le veux bien. La première, qui me dispensera des autres... c’est, princesse, ou je me trompe fort... que vous n’êtes pas mariée.
THÉCLA, vivement.
Moi?.,. Quand je l’ai déclaré... y pensez-vous?
GALAOR
Soitl ne disputons pas sur ce chapilre. Irritée de votre refus, la grande-ducliesse s’est tout à coup frappée d’une singulière idée, qui, à coup sûr, ne me serait jamais venue.
Laquelle ?
GALAOR
Elle s’est imaginée, vu notre rencontre aux eaux de Bade, et vu surtout mon ancienne réputation de séduction et de conquête... qu’il n’était pas impossible... que je jouasse un rôle dans ce mariage secret... peut-être même... le principal...
THÉCLA
Vous !... Vous vous en êtes défendu, je l’espère?... vous avez nié ?...
GALAOR
Certainement, et avec force... mais pas de manière peutêtre à la dissuader tout à fait...
THÉCLA
Vous avez eu cette audace!.. Et dans quelle intention, s’il vousplait?
GALAOR
En zélé serviteur, et dans votre intérêt.
THÉCLA
Voilà qui est fort l
GALAOR
La grande-duchesse a promis solennellement, devant le prince Max et devant mon ami, le comte de Fallemberg, qui me l’a répété... que, du moment où elle connaîtrait le nom de votre mari, elle vous rendrait la liberté. Dites un mot, je me dévoue... Je me nomme, et l’on me jette dans une prison d’État. Quant à vous, princesse, libre aujourd’hui, demain, vous quittez la cour, et, une fois éloignée, vous me démentez en écrivant la vérité... vraie... s’il y en a une au monde!
Et vous avez pensé que la grande-duchesse vous croirait?