‹ La frontière de l'Euphrate de Pompée à la conquête arabeChapitre 10 sur 93 · B. P., II · texte numérisé non relu

B. P., II

* Le chef arabo-byzantin, sous l'empereur Maurice, dit Euagrîus (V, 20), refusa de passer TEuphrate, de peur de combattre les autres Saracènes, qui étaient dans l'armée des Perses, « car la vitesse in~ croyable de leurs chevaux est cause qu'ils ne sauraient jamais être surmontés par d'autres de leur nation ». Argument de circonstance, comme semble le penser Euagrius.

' Ann.j Vî, 44. Et Hérode dit à ses soldats, avant de les lancer contre

34 GÉNéRALITés GÉOGRAPHIQUES ET ETHNOGRAPHIQUES

prompts à battre en retraite. Sous Justinien, il leur arriva pi us d'une fois de lâcher pied devant l'ennemi *. Après un succès, leur chef, craignant d'être dépouillé par les Romains du butin conquis, abandonne le quartier général avec ses troupes et se retire dans le voisinage ^. Mais nous verrons que Tesprit de pillage et d'indiscipline était le défaut ordinaire des troupes de ce temps ; les Arabes le portaient à un degré supérieur, voilà tout. Les généraux romains étaient malavisés de les incorporer dans leurs armées * ; mieux valait leur abandonner une mission spéciale, comme celle que, selon Maçoudi, le prince Ocaidir reçut d'Héraclios, qui l'avait chargé de molester les caravanes de Médine *. Malgré leurs bons rapports avec les solitaires, les Arabes détroussaient les couvents, et la vie de saint Sabas nous fait connaître une demande adressée au gouvernement de Constanlinople, en vue de la construction d'un château fort dans le désert pour protéger les monastères,

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Les vassaux arabes de la Perse ne différaient guère sans doute des Saracènes chrétiens. Eux aussi possédaient cet art essentiel de surgir en un instant là où on ne les attendait pas ; ils constituaient des hordes indisciplinées, où les femmes se mêlaient aux hommes et combattaient aussi bravement *. Quelques-uns d'entre eux étaient revêtus d'une cuirasse, leur permettant de lutter de près avec la lance ; d'autres tiraient de l'arc. Ils ignoraient la poliorcétique; le siège de Damas dura six mois \

Ce ne fut pas l'infériorité militaire des Byzantins, en face des

les Arabes, que ce sont les plus perfides et les plus impies de tous les hommes (los., B. /., XV, 130; cf. 134, 140 et 110).

* Malal., p. 464 : Procop., B, P., 1, 18, 36. «Procop., B. P, II, 19, 26.

^ Bélisaire proposait de les laisser opérer à part, comme incapables de faire un siège, et Irès propres à dévaster les campagnes (Procop., B,P., II, 19, 12). Du reste, ni les Byzantins, ni les Perses ne visaienl à entretenir chez leurs clients le sentiment de la fidélité : Héraciios se heurle, vers les confins de la Gappadoce, à une avant-garde arabe et la capture ; le condottiere obtient sa liberté k condition de passer avec ses hommes dans Tarmée impériale (Georg. Pisid., Exped, Pers., If, 225 sq.).

* De Goeje, op. laud,, p. 12.

«^ Op. ciL, 72, p. 343 : cf. 73 et 83, pp. 347 et 359. ^ De Goeje, p. 117.

' Id., p. 82.

LE PAYS ET LES HABITANTS 3o

musulmans, qui régla le sort de la Syrie. Ce fut d'abord une simple question d'argent ; la garde du désert d'Idumée était confiée à des Saracènes, moyennant une subvention qu'on cessa bientôt de leur verser *. Les mercenaires, ayant présenté leur réclamation au trésorier impérial, se virent insulter : « C'est à peine si notre empereur trouve de quoi payer ses soldats ; il n'a rien à donner à des chiens l » Alors les Saracènes chrétiens restèrent simples spectateurs ; beaucoup même s'unirent aux musulmans, dont le chef eut l'heureuse pensée d'interdire à ses hommes les massacres et les dévastations inutiles. Il obtint ainsi la complicité des indigènes, fort précieuse à son ravitaillement ^

Ajoutons que la notion des liens du sang, principe de la tribu, allait s'élargîssant; elle n'avait longtemps rapproché que les membres d'une même famille ; elle allait grouper, à l'appel de Mahomet, la race presque entière '. Mais je ne saurais développer cette idée sans m'écarter de notre sujet.

§ IV. — Les envahissews du Nord,

A côté des peuples qui occupaient les régions sans fin disputées, il convient de signaler ceux qui, à diverses époques, y firent irruption du dehors, effrayant les deux adversaires au point de créer entre eux, contre ce danger nouveau, une union momentanée.

En première ligne, je nommerai les Alains*. Informaient de nombreuses tribus, errant dans toute la Russie méridionale, de la Caspienne au Tanaïs, où ils avaient remplacé les Sarmates, d'abord sous le nom de Massagètes ^

Pompée, le premîer,se heurta aux Massagètes, dans sa guerre contre Mithridate, et les repoussa vers la Caspienne. Puis ce fut Ventidius, légat d'Antoine *. Sous Tibère, c'est aux Romains

^ Cedren., I, p. 751 ; Theophan., 335, 23.

« De Goeje, pp. 24, 82,86.

> Pernice, op. laud,^ p. 246.

* Cf. Tomaschek, Alani (Pauly-W.).

* Du moins c'est ce que dit Ammien Marcellin (XXIII, 5, 16) : Massagetas, quos Halanos nunc appellamus,..; XXXI, 2,12: Halanos.., ueieres Massagetas.,, ; en tout cas, Tautre nom leur est déjà donné au I*'^ siècle (Lacan., Phars., VIII, 133 : duras aetemi Martis Alanos).

* Amm. Marc, XXIII, 5, 16.

qu'ils rendirent service : en faveur de Rome, Ibères et Albains livrèrent passage aux Alains, qui portèrent la dévastation en Arménie et chez les Parlhes *. Néron avait projeté une expédition contre eux; plus tard, ils revinrent saccager la Médie et TArménie ; Vespasien refusa son aide à Vologèse, et le roi Tiridate faillit être étranglé parle lasso de l'un d'eux; il n'eut que le temps de trancher la corde avec son épée *. Dans les dernières années d'Hadrien, ils menaçaient même la Cappadoce ; c'est alors qu'Arrien écrivit son extasie xax' 'AXavwv. Us pénétraient, à travers le Caucase, par la passe de Dariel {Portae Caiicasiaé) ', ou bien le long du rivage ouest de la Caspienne, où il faut chercher peut-être les Portae Caspiae de Pline l'Ancien *.

Il faut laisser aux orientalistes et aux ethnographes le soin de les distinguer des Huns, dont le nom apparaît plus tard dans l'histoire, et de se reconnaître parmi les différentes races portant ce dernier nom, comme « les Huns du nord, que les Perses appellent Turcs ° », les Huns Blancs ou Ephthalites ', les Sabires ou Khazares '. Nous ne savons rien non plus de très particulier sur les Costobocae *; et toutes ces peuplades sont à peu près confondues dans la dénomination globale de Scythes par Ammien Marcellin, à qui nous devons une description générale de leurs pays et de leurs mœurs ^

Selon lui, les Alains auraient peu à peu imposé leur nom

* Io8., A, i., XVIll, 97-98.

« Id., B. i., VII, 245-250.

3 Plin., H, iV., VI, 30, 40 ; Sapiiaiixal OuXat dans Ptolem., V, 9.

* V. injraj topogr., fin.

» Theophyl. Simoc, III, 6, 9.

^ Cf. Ed. Drouin, Mémoire sur les Huns Ephthalites, dans leurs rapports avec les rois perses Sassanides (Muscorij XIV (1895), pp. 73-84, 141-161, 232-247, 277-288). Procope (B. P., I, .3, 4-5) dit à leur sujet: « On les comprend à tort sous le nom de Huns, car iia sont blancs de visage et sans diirormité ; ils ne mènent pas une vie bestiale, ne font que rarement des incursions, mais prennent plutôt les armes pour la sauvegarde de leurs frontières. Ils ont un état monarctiique, fondé sur des lois, et observent la justice dans les traités, soit entre eux, soit avec les étrangers ». Cette appréciation favorable tient à ce qu'ils rendaient service aux Byzantins en attaquant les Perses, alors que les premiers étaient moins exposés à leurs ravages.

' Tomaschek, Chaxtaroi (Pauly-W.).

» Amm. Marc, XXII, 8, 42.

» Ibid, ; add. XXXI, 2.

aux races voisines, plusieurs fois vaincues par eux, comme celui de Perses s'élendit à l'ensemble des tributaires de Tlran, et quelque chose d'analogue se serait produit pourles Huns. Tous ces groupes de barbares habitaient, ou plutôt se mouvaient, principalement à Test et à Touest de la mer Caspienne *. Les Huns, dit Ammien, sont d'une férocité inouïe, il y a quelque chose de bestial en eux. ils vivent comme rivés à leurs chevaux, sur le dos desquels ils vaquent à toutes leurs occupations. Leurs chefs ne portent pas le titre de rois. Légers à la course, ils ne savent faire que la guérilla ; excellents archers, ils usent de ilëches au bout desquelles sont ajustés des os très effilés ; mais ils luttent aussi de près avec Tépée, et à l'aide de courroies entortillées ils tâchent d'enlacer leurs ennemis 2. Le lait de leurs troupeaux, le gibier qu'ils tuent les nourrissent ; ils ighorent la culture, qui les attacherait au sol, et ils se déplacent sans cesse, transportant femmes et enfants sur des chariots couverts d*écorces, où eux-mêmes passent les nuits. Ils campent dans les prairies qu'ils trouvent en cheminant, rangent en cercle leurs attelages, font la cueillette des arbres fruitiers, puis repartent, poussant devant eux le gros et le menu bétail. Ils aiment par dessus tout la guerre et Téquitation ; les jeunes gens, accoutumés de bonne heure à prendre une monture, regardent comme un déshonneur d'aller à pied. Les Alains, k en croire Ammien, étaient un peu plus civilisés, moins cruels, mieux vêtus, fort semblables aux Huns pour le reste ; légèrement armés et agiles, grands chasseurs et pillards. Ardents au combat, avec la peau de l'ennemi tué ils caparaçonnent leurs chevaux. Tous sont libres de naissance ^

A la défense des Portes Caspiennes, comme de la région transcaspienne, les Perses seuls étaient intéressés et devaient pourvoir ; toute irruption par le centre du Caucase menaçait au contraire les deux états. Ainsi s*explique le traité rapporté

^ f.es Huns ont remplacé dans ces parages les Dahae ou Daai (cf. Tomaschek, s, u., ap. Pauly-W.), qui habitaient les mêmes contrées, archers montés fort habiles» chez qui Antiocbos III avait trouvé des auxiliaires contre les Romains (Polyb., V, 79).

' Il n'est pas téméraire de reconnaître dans cette description le lasso qu'emploient les Mexicains.

3 II y a des traits douteux dans ce tableau, sans parler des redondances. Heureux chez les Alains, dit Ammien, celui qui périt dans la bataille, lâche qui meurt de vieillesse ou d'accident. Or, il attribue aux Parthes le même préjugé (XXIII, 6, 44).

par le pseudo-Josué le Stylite * : en cas de guerre avec les barbares, Romains et Perses s^aideront mutuellement en armes ou en argent. Même les premiers en auraient retiré profit, car les Huns causèrent en Syrie des dommages sous Arcadios et Honorius. Mais les Perses surtout s'appuyèrent constamment sur cette clause ; ils obtinrent de l'or de Zenon pour la délivrance du général Péroze, fait prisonnier par les Huns. Ils essayèrent alors de dénaturer la convention, d'en déduire la soumission des empereurs de Constanlinople à un véritable tribut annuel ^. Cavad, en 496, demanda vainement de l'argent à Anastase, qui ne voulait consentir qu'à un prêt '. La guerre en résulta. Plus tard, il proposa la paix à Justinien, à condition que celui-ci contribuerait de son argent à garder les portes Caspiennes contre ces mêmes Massagètes ^ ; en réalité, le problème n'était plus de part et d'autre envisagé de la sorte ; on songeait moins à se garder en commun des peuplades barbares qu*à les jeter les unes sur les autres ou sur son adversaire. Cavad avait eu des Ephthalites dans son armée ; Chosroès les détruisit ensuite, à l'aide des Turcs à qui il paya tribut temporairement ^ Quant à ces Alains qu'ils devaient refouler, les Romains les introduisaient parmi leurs troupes ^, et à coups de subsides ils débauchaient d'anciens vassaux des Perses, les Huns Sabires, race pourtant peu sûre et indisciplinée '.

Nous n'avons pas à suivre le détail de celte histoire confuse et misérable ; elle aurait à peine un faible intérêt anecdotique, si elle ne servait à mettre dans tout son jour la politique des deux grands empires à leur déclin : on se ruine pour acquérir le secours d'un peuple contre un autre, auquel on impose ensuite, pour se dédommager, d'énormes contributions.

* Chron.y 9-11. Il daterait de Théodose le Jeune, seloD Théophane ; V. infra.

* Dans quelle mesure y élaient-ils fondés? On aurait peine à le dire. Nœldeke {Tabari, p. 108, note 2) semble admettre leur droit ; on voit, aux termes dont se sert Josué, que la question était déjà controversée de son temps.

^ Josué, 23 ; Theophan., Chron.^ p. 144, 21 sq. ^ Procop., B. P., I, 16, 4-8.

^Theopbyl. Simoc, III, 6, 11.

« Zosim., IV, 35, 2 ; Pacat , Paneg., 32 ; Notit, dign., Occ., VI, 31 : CO' fnifes Alatii.

"^ Agath., IV, 3, 3.

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