‹ La future de province ou Les informations, comédie-vaudeville en un acteChapitre 10 sur 21 · LÉON, BAZIN · texte numérisé non relu

LÉON, BAZIN

LÉON , se levant.

Ah! c'est toi, Bazin f.. tu arrives à propos; j'allais t'e'crire...

BAZIN

Bah !.. Eh ! bien, moi , je venais en passant t'appôrter des nouvelles... je sors à Tinstant de chez mon aventure, et j'y retourne dans une heure... ( Montrant un énorme bouquet. ) Avec ceci... tous les matins un pareil... c'est galant; c'est de Tamabihté qui me revient à cinq francs par jour... mais tu ne m'écoutes pa|?..

LÉON

Ah! pardon... dans ce moment...

BAZIN

C'est vrai... je ne t'avais pas remarqué en entrant... il y a donc eu des événemens?.. ah ! j'y suis... la future est arrivée.

LÉON

Un instant après ton départ... et c'est à ce sujet que je désirais te parler.

BAZIN

Ah ! ça , dis donc , est-ce que...

LÉON

Quoi?

BAZIN

Je t'ai prévenu que c'étaient des bêtises... mais est-ce que ce serait vrai , par hasard ?

Du tout, jusqu'ici ^n ne le prouve... mais je me suis rappelé tes conseils... quand il s'agit de l'avenir, du bonheur de toute la vie, on ne saurait prendre trop de précautions...

BAZIN

ïrès-bien , mou ami... voilà les véritables principes... d'abord l'homme confiant est toujours dupe , et en fait de mariage être dupe, c'est être... du flj^ins , ça me fait cet effet-là... enfin que veux-tu faire?

LÉON

Ce que tu me proposais ce matin ; ces renseignemens , ces informations... je les accepte... je sais bien que c'est un moyen souvent illusoire... mais lorsqu'on connaît bien les personnes à qui l'on s'adresse... et cette famille d'Amiens dont tu m'as garanti la véracité...

BAZIN

Justement elle doit avoir quitté. Paris.

LÉON

O ciel !

BAZIN , regardant à sa montré.

Non, elle n'est pas encore paitie ; mais avant une heure...

LÉON

Saison de plus pour se bâter... mon ami, mon cher Bazin, je mets mon sort entre tes mains... va trouver cette famille respectable, peins-lui ma position... mon embarras; obtiens d'elle tous les renseignemens possibles... surtout par écrit; car tu connais ma mère, et ses préjugés contre toi.

BAZIN

Ahl oui, elle me regarde comme un être dépravé L. que veux-tu? faiblesse du grand âge... mais le temps presse ; beureusement les Darboissont logés à deux pas... hôtel du Nord, et jecours... {Fausse sortie, ) Ahî diable , j'allais oublier de te dire ma nouvelle...

LÉON

Dépêche-toi.

BAZIN

Quand je te parlais de mon aventure , je croyais que c'était tout bonnement... là, une simple connaissance... mieux que cela, mon ami... Elle m'a raconté son histoire , ses malheurs , ceux de sa famille... tous colonels et conseillers d'état de l'empire , ruinés par une banqueroute, et qui sont allés en Amérique fonder une colonie... de sorte, qu'il ne lui reste plus pour appui que M. de Saint- Martin et moi.

LÉON

M. de Saint-Martin ?

BAZIN

Oh ! celui-là , c'est un appui légitime et donné par la nature..un frère... brave militaire qui a fait plus de dix-sept campagnes..toutes les qualités morales et physiques... une jambe de bois, et la croix à la boutonniè re. . . c'est celui-là qui sait son Bonaparte !

Air de Turenne.

Auprès de lui ce guerrier respe(îtable *

En tous lieux était nuit et jour ;

Souvent il mangeait à sa table. .

Et nous dînons aujourd'hui chez Véfour.

Toujours après une victoire Napoléon lui faisait cet honneur; Et moi je veux, chez le restaurateur ,

Lui rappeler ses jours de gloire.

Par exemple! il est d'une sévérité^ en morale!., il me parle à tout moment de l'honneur de sa sœur, des conséquences d'une inconséquence... moi, je laisse dire le vieux brave, et je vais toujours mon train.

LÉON , impatienté.

G est très-bien, j'en suis enchanté ; mais ces informations, au nom du ciel, ces informations !.. ces dames peuvent partir, et je crains toujours que ma mère. ..La voici !..

8CËNE XI.

Les précédées., MADAME DERVIERE (i).

MADAME DERVIÈRE , accourant, ai>ec des transports de joie» Lëon! Léon !.. Ah! c'est vous, monsieur Bazin?.. Eh bien! vous avez entendu ?

LÉOW.

Quoi donc , ma mère ?

BAZIN

Avons-nous entendu quelque chose?

MADAME DERVIÈRE.

Comment ! rien?.. Il est vrai qu'elle a une main si le'gère , un jeu si délicat !.. ( A Léon. J Elle vient de me toucher du piano !

LÉON 9 à part.

Encore !

BAZIN , à part.

Du piano !.. Malheureux ami !

MADAME DERVIÈRE.

Renaudin ne nous a pas trompés... Elle est de première force... capable de donner des leçons.

BAZIN , à part. Oui j à des capitaines du cinquante-troisième.

MADAME DERVIÈRE.

Et cela, à la suite d'un long entretien que nous avons eu ensemble... une conversation charmante... spirituelle... solide... Mais faites-lui donc votre compliment, M. Bazin... C'est un trésor qu'il a pour femme.

BAZIN

Mon ami, je te fais mon compliment... bien sincère... (A part.) Quelle position absurde !

MADAME DERVIÈRE.

Mais je veux que vous la voyiez , monsieur Bazin... je veux...

LÉON , i^wemeîit^ passant entre madame Den^ière et Bazin. Impossible, ma mère... quand vous êtes entrée , Bazin allait me quitter... pour une affaire... extrêmement urgente. {Bas à Bazin. ) Va-t-en donc.

BAZIN , bas.

Je t'enverrai ça par Grison. {Haut. ) Oui , madame, oui... un placement de fonds... Mon notaire qui a fait une bêtise... mon agent de change qui en a fait deux... Et comme toutes ces bêtises-là me seraient portées en compte, fin courant, je me trouve dans la nécessité... J ai bien l'honneur de vous saluer...

^ ( Il sort. )

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