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La Galerie des batailles au Musée de Versailles

Dans le grand Musée d’histoire de hranee que Versailles otl’re à ses visiteurs, rien n’est pins popnlaire (|iie la Galerie des Itatailles. Ses dimensions énormes s’inqmsent aux imaginations, qu’elle satisfait en leur })i‘ésentant, an long d’une série de j)eintnres encastrées dans ses murailles, les pins célèbres épisodes de nos gloires militaires dejtnis nos origines, ('/est, dans le vaste plan d’imagerie gnerivière conçu et réalisé par le roi Lonis- Phili})pe, le point central, comme le jen des eaux est l’attraction maîtresse des nobles jardins de Louis XY\ . Les esprits que la majesté sublime des appartements royaux, non moins (jue la rareté excjnise des cabinets intimes, dans une promenade rapide an travers du Cbàteau, emplissent d’une stupeur à demi confuse, peuvent ici se contenter à peu de frais, sans qu'il y ait, bien entendu, aucune comparaison à indi([uer entre deux ordres de sentiments si divers. Mais la guerre monstrueuse qui a embrasé l'Europe

D’après (javard. D’après (iavard.

Bataille de Tolbiac (49(1), par Ary Scheffer. Bataille de Poitiers (752), par Steuben.

et grandi encore les destinées de la France ne peut que prêter un intérêt de curiosité nouvelle à ces tableaux de nos anciennes victoires.

La création d’une galerie solennelle de peintures on seraient représentées les [)lus célèbres batailles françaises faisait partie, dès 1833, des projets soumis au Roi pour convertir le Palais de Versailles en Musée. L'em|)lacement choisi était l’aile du Midi, qui s’étend en arrière et à gauche du corps principal du Palais, et dont les fenêtres, du côté des jardins, ouvrent sur l’Orangerie et le magnifique horizon des collines boisées (|ui dominent la pièce d’eau des Suisses. Cette aile, édifiée en D)8‘2 par Maiisart, ai)i‘ès que Louis XIV et Colbert eurent décidé l’élargissement gigantes([ue do la façade dn Château sur les jardins, s’appela d’abord (tant (pu‘ l’aile du Nord ne fut |>as construite à son tour) la Grande Aile, puis, (Ml raison de ses habitants, l’Aile des Princes. Reliée au corps central du

Photo Lévy.

Soumission des Saxons (7S5), pur Ary Scheffer.

Photo Lévy.

Levée du siège de Paris (883), par Schnetz.

Photo Alinari

Bataille de Bouvines (1214), par H. Vernet.

Château par un vestibule qui se nomma longtemps le salon des Marchands, et devint sous Louis XVI la salle des Cent-Suisses, elle était desservie par un grand escalier de pierre, l'escalier des Princes, dont le palier supérieur s’ornait, au-dessus des chambranles des portes et des fenêtres, de basreliefs représentant des trophées et des Jeux d’enfants. Sons Louis XI \', vers 1700, Monsieur, frère du Roi, et Madame, le duc de Chartres et la duchesse, fille du Roi, y étaient logés. Sons Louis XV, Mesdames, filles dn Roi, })Ossédèrent la plus grande partie du premier étage, la duchesse de Tallard, gouvernante des Enfants de France, occupant le pavillon du fond ; ensuite le duc d’Orléans, lils du Régent, et le duc de Penthièvre y furent installés. Sons Louis XVI, nous y voyons encore le duc d’Orléans, avec son fils, le duc de Chartres ; mais les deux tiers de l’étage, depuis l'escalier d('s Princes, appartiennent au comte et à la comtesse d'Artois. Les gens de service étaient répartis dans les entresols, et la Cour, qui possédait en ville de nombreux hôtels, pour être mieux à portée du maître, s'entassait dans les appartements étroits et bas de l’attique, sons les combles.

La Révolution vida l'immense niche, dont les plans anciens et certaines coupes d’architecture nous font deviner le prodigieux foisonnement d’alvéoles. Tout cela, quarante ans pins tard, faute d’mi entretien impossible, pourrissait et s’émiettait lentement. On ne pouvait songer à conserver un pareil enchevêtrement de cloisons ; il y fallait faire pénétrer fair et la lumière, et l’idée ambitieuse du roi Louis-Philippe, si elle ent été mieux

servie parmi art libre et moins platement bourgeois, eût mérité de la postérité nue appi'obation sans réserves.

L'installation du Musée, qui, au centre même du Château, dans les splendides ap])artcments royaux, s’exécuta avec un vandalisme inexcusable, taisait mieux que se justilier dans les deux ailes ; elle y était le nécessaire et partait hommage rendu « à toutes les gloires de la France ». Nepveu, l'aia-bib'cte de Versailles, conseillé et dirigé par l’illustre Fontaine, l’arclii-

Photo Alinari.

Bataille de Taili.ebourg (i2.p), par Hug. Delacroix.

I(M-I(‘ (lu Lniivi'e, ('iitrepril donc rcnièvement des glaces, des terrures, des bois(*ries. Sans doiiL(‘ il y avait là des chets-d’œuvre d’art décoratit; que sont-ils devenus ? ’l’ont tut déblayé jusqu’aux gros murs : nu espace de (■(•lit vingl m('‘lr(‘s de long, (h' treize mètres de large, s’oli'rit à la nouvelle galeri(;. C’étaimit des diimmsions i ncomparalilement su[)érieures à tout ce (|nc le Versailles de Louis AlV mesui'ait de plus grand : la Galerie des Glaces ii’a (|ue soixante-lrei/e nii'lres sur dix. Sur des armatures de fer que sonticiimml tr(Mite-d(Mi\ colonnes (m granit, grouj)ées deux par deux aux (‘xiréniiles (d au ceiilrc, l’architecti' posa une voûte ciidi'ée, décorée dans b'goi'il classiipie, (d perc('‘e d'un long vitrage ifui compense la supjiression

Hioto Lévy. Photo Lévy,

Bataille de Mon's-en-Puelle (1304), par Larivière. Bataille de Cassel (1328), par Henri Scheffer.

la plupart des fenêtres, l ne doul)le arcade s’appuie sur les seize coluimes du milieu, correspondant aux arcades pareilles des deux extrémités, et, sans interrompre la portée du rei^ard i|ui glisse d’un Imut à l'autre de l'iuterminable parquet ciré, lui permet toutefois de se reposer lieureusemeiit. Le décor de stuc de la voûte, où des caissons à grosses rosaces blanches et dorées, mêlés de rectangles à palmettes d'or, retombent sur des lunettes dont le cintre abrite, |»armi des trophées, un adl-de-ba^uf ([ue surmonte le chilfre du Itoi, est peint d’un ton mauve (jui se marie délicatement aux ors. Des ligures allégorit|ues paiani des idiu'eaux, œuvre d’Al»el de Pujol. sont peintes en camaïeu sur les arcades. Malheureusement, tout ce décor est lourd, et almutit à une coruiidie d'un dessin absurde, ([ui l'alonrdit encore. Seules, les coloniu's sont d'un granit gris superlœ, et leurs chapiteaux tout dorés copient lidèlemeiit tamx (ju'a dessinés Le brun pour la (ialerie des Glaces. En somme, rien ne distrait l'attention des peiid lires qui. séparées par d'étroits pilastres de stuc blanc euguirlandé d'or, se suc-

Levée du siège d'Orléans (i4 2()), par Henri Scheffer.

Bataille de Cocherel (1364), par Larivière.

D après Ciuvar<l.

Bataille de Castillon (1431;). par Larivière.

c(*(l(Mit bout à comme mie immense tapisserie, tout autour de la

salle, apjmyées, presque à liauteu)* (riiomme, sur une reluisante cimaise de marbres de couleur.

Tel était le grand travail que, vers la lin de l’année 18db, rarchitecte Nepveu j)résentait à Loiiis-Ptiilip|)e, après en avoir discuté avec lui jusqu’aux moindres détails. Les archives du service d’architecture, à Versailles, nous peiMuettent d’en connaitre les dé|)enses. L’extrait du budget de l’exercice 1S30 j)orte, en bloc, pour la (ialerie des Batailles, une somme d’un million de francs, à laquelle s’ajoute, uu |)eu plus loin, un supplément de lot). 000 francs. I^a « dorure des bases et chapiteaux des colonnes et des portes et croisées » est estimée 20.000 francs ; celle des cadres, 18.000; celle des ébrasements de portes, 2.b00. Dans l’extrait du budget de l’exercice 1837, nous trouvons

Photo Aliiiari.

Bataille DE Marignan (i=,i5). pur Évariste Fragonard. meiltioimée 11110 SOimne do 210.000

Entrée de Charles VIII a Naples (ipis)) par Féron.

Photo Alinari.

Prise de Calais (isî8), par Picol.

(lu rriiire (pli lait lace aux l(Mièli'es

francs pour rachèvement de la peinture et de la dorure de la Galerie ; enlin, eu 1838, nue somme de 7.700 francs pour « la confection de 50 demicolonnes, avec socles et bases en stuc, pour être })lacées dans la grande Galerie des Batailles, où elles recevi'ont des bustes de généraux en chef ».

Trmite-trois tableaux sont encastrés aux parois de la Galerie, oii ils se répondent symétriquement, un à clnupie extrémité, trois sur la jiaroi , et l(‘s vingt-huit auti'es en quatre

En'trêe de Henri IV a Paris (isd-I). Gérard.

l'hoto AHiinri.

î^Tüupes de se|d. Les dimensions adoptées sont uniformes, à une exception près : 4"’, Ci) de hauteur, a'", 4.4 de larp,enr; toutefois les tableaux placés aux deux extrémités de la (talerie sont nn peu moins p,rands ( i"',l.') sur 4"’d)o), et ceux qui forment le centre des quatre longs panneaux de sept, un [)eu plus hauts et beaucoup [)lus larga'S (5'", 10 sur (ies ((uatre tableaux-

là, qui faisaient déjà ])artie des collections royales, ont été comme le pivot de toute rorganisation nouvelle. Le [)lus ancien, la lialnUle d Xmtcrlilz, du baron Gérard, commandé par rEmpereur et payé .‘Kl. (100 francs, avait été exposé au Salon de 1810. VEnlrée de Henri IV à Paris^ du même peintre, commandée en 1810 par Louis XVIII et payée 40.000 francs, avait tiguré

Salon de 1817. Et (|ui avait eoni- Vernet, en 18'i8, VI ne s et la AV/- [)ayées la [)remière seconde 40.000.

singulière, décofonds au Palais (les sion était bonne le j)einti‘(‘ Schopin dir celles de Verd('s deux aidres.

glorieusement au c'était Eharles X mandé à Horace la Ha! ad le de Boaladlr de Foidenoii,

25.000 francs, la Os toiles, cliosc' j'aient des pla- Tuileries. Ivoccade les en retirer ; fut chargé d’agran-

net à la dimension Bataille de Rocroy (104^), p.ir Heim.

La liste des tableaux à exécutee tut arrêtée dans les premiers mois de 1834. Cette année-là, le Roi réservait sur les fonds de la Liste civile un crédit de 337.000 francs pour les comf mandes et acquisitions faites à la suite du Salon ; il accordait également uii crédit de 030.000 francs pour les travaux confiés aux artistes depuis la P r é c é d e n t e e X P O s i t i O n .

Treize tableaux furent commandés le 3 juillet 1834 : la Batai/Ir de Tolhiac à Ary Sclielfer, la Bataille de Boîtiers ( ou Défaite d' Ahdérarne) à Steuben, la Levée da siège de Paris à Schnetz, la Bataille de Tadlehoarg à Delacroix, la Levée da siège d'Orléans à Paul Delaroclie, la Bataille de Marignaa à l^variste Fragonard, la Brise de Calais à Picot, la Bataille de Borrog l\ lleim, la BtdaiHe des Dunes à Lariviére, la Bataille de la MarsaiHe à Ivugène D(‘véi4a, la Bataille de ViUavieinsa à Alau^, la Bataille de BivoH à Léon Coi^nict, la Bataille (Néna à Gros.

fin 1833 a})paraît une nouvelle série de douze commandes : la Soarnissinn des Sa.j'ons à Ary Sclielfer, la Bataille de Mons-en-Baelle à Cliainpmartin, la Bataille de t'asse! à Henri Sclielfer, V Entrée de Charles 17// ét Aaples à Pérou, la Bataille de Cens à Franque, la Balaille de Laivfeldt à Couder, la Bataille (P YorcLdnvn :i Vinchoii, \d, lîalaille de Fleuras à Mauzaisse, la Bataille de Zurich à Ooucliot, la Bataille de IBdandinden à Scliopin, les

Batailles de Friedland et de Wagrarn à lloraci' Vernet.

La somme allouée à chaque artiste était de 12.000 francs; seuls, quelques peintres de petite renommée, et trop heureux encore de pareille aubaine, recevaient un i>eu moins : Pérou acce ptait 10.000 francs. Picot 9.000 (d Franque 8.000; mais Heiin, au- (|uel étaient alloués 9.000 francs, (d Scho|*in, qui devait en avoir hata.llu D.S OuN.s (.(>^8), par Larivicrc. 10.000, sur loiir reclamatioii , obtin-

Photo Alinari.

Bataille de Less (16481. par Franque.

Photo L'*vy.

Prise de Valenxiennes (lOy'y), pur Alaux.

i-enl le tarif de leurs confrèia's.

La majeure partie de ces (ableaux iigurèrent aux Salons de ISdd et d('

1837; entre temps, (|uelques commandes à d(‘S artistes illustres avaieid, été annulées. (Iros, très redouté, très discuté, d’ailleurs en pleine décadence, refusa la commande en ré|)Ondant an directeur des Musées, M. de Cailleiix ; « .h' ressens la. nécessité de me reposer par des sujets ])lns analogues à l’étude de l’art. » Sur (|uoi, le pauvre liomme envoya au Salon de 1833 deux toiles <[ui furent accueillies par un éclat de rire, Acis et Gatntre^ Hercule et Diomède ; ei l’on sait (juelle fut, cette année même, sa mort lameiitable. léna^ qui lui avait été attribué, fut immédiatement donné ;i Morace Vernet, et le })aiement poidé à 13.000 francs, tandis que le Roi élevait à 18.000 la commande de Friedland et de Wagram : Salon de 1830, les timis tableaux étaient triom])liale-

nient accneillis. Paul Delaroclie et Léon tiogniet promettaient et m‘ donnaient rien ; Gliampmartin se faisait attendre; Vinclion renonçait, et, d<“S 1830, était remplacé, de la meilleure façon, par Couder.

Achevons, })Our n’y pins revenir, une énumération qui l'isqueiaiit d’étre fastidieuse. C’est en 1830 seulement que la DataiUe de Mons-en-DaelIr, abandonnée par Champmartin, est commandée à Larivière, qui l’ex[)Ose an Salon de 1811 ; le même Larivière reçoit, le 17 se})tembre 1837, la commande des HataiUeR de Coehere! et de Castillan^ Odi’il expos(' an Salon de 1839. Alaux envoie au Salon de 1838 la Prise de yaleneiennes, commandée le 17 mai 1830, et an Salon de 1830 la Bataille de Denain^ commandée le 30 avril 1838; enün, le 13se])tembre 1812, la Bataille dr Bieoli, tardivement abandonnée ])ar l^éon (iogniet, passe à un jeune artiste, Philippoteaux, ([ui l’expose avec succès au

Photo Alinari.

ShIoH cIb 0I rOÇOlt S0lll6in0nt bataille' de la Marsaille (it)9^), par Devéria.

Photo Alinari.

Bataille de Villaviciosa (1710), par Alaux.

Plioto Alinari.

Bataille de Denain (1712), par Alaux.

10.000 francs, les 2.000 francs compléinentaires étant versés, à titre d’indemnité, à son illustre prédécesseur.

Le 10 juin 1837, jour de riuauguratiou solennelle du Musée de Versailles, la Galerie des Batailles n’était pas entièrement terminée, mais elle était prête au triomphe. Il faut lire dans le Mcnilteur Universel du 12 juin la description enthousiaste de la glorieuse journée :

« Depuis dix heures du inatiii toutes les salles du Musée de Versailles étaient ouvertes aux personnes invitées, qui avaient pu les parcourir en attendant l’arrivée du Roi.

« Leurs Majestés ont été accueillies par des témoignages du plus vif dévouement; elles se sont rendues aux galeries du premier étage par l’escalier de marbre, ont traversé la grande salle des Gardes, aujourd’hui salle de Napoléon, la, salle de 1702, les quatre salles consacrées aux campagnes d(‘ 1 703, I 70i, 1703 et 1700 ; elles sont entrées ensuite dans la grande Galerie des Batailles, où l’on voit retracés sur la toile tous les hauts faits de la valeur fram.;ais(', depuis la bataille de Tolbiac jusqu’à celle de Wagram. La foule d(‘s invités (|ui se pressait aidour duBoi ne pouvait se lasser d’admirer les belb's proportions, les riches ornements de cette galerie entièreiiHMil mniva'lle. )>

>\|)r(‘s b' baii(|md,, servi dans la Galei’ie des Glaces et les salons voisins, on assista, dans la salle de l’Opéra,, au spectacle donné })ar les principaux acteurs de la (iomédi(‘ Française (d de l’Académie royale de Musique. « Le spectacb^ a étf‘ terminé |>ar un intennède de M. Scribe, destiné à célébrer l’i lia ngnra tion du .Musée, (d, à imdtri' en parallèle une fête donnée à Ver-

Bataille de Fontenott (174s). par H. Vernet.

sailles par Louis XIV avec la fête toute nationale domiée en ce jour même par le roi des Français... Quand le Roi a quitté sa place, les acclamations ont éclaté avec une nouvelle force. Alors a commencé la promenade aux llamheaux dans les vastes salles du palais et dans la grande Galerie des Ratailles. Le Roi était précédé de valets de pied, portant des torches, suivi de sa famille et de toutes les personnes (jiii avaient pris part an banquet on à la représentation. )>

Une délicieuse aquarelle d’Eugène Lami, donnée j>ar la reine Marie- Amélie au père de M. Emmanuel Rocher, qui nous a très aimablement autorisés à la reproduire, nous montre le Roi faisant à ses invités les honneurs de la nouvelle Galerie. On est arrivé dans la seconde partie de l’énorme salle, à la hauteur de la bataille de Fontenoy. Le Roi donne le bras à la duchesse d’Orléans, et le duc d’Orléans conduit la Reine. Des groupes de femmes charmantes et décolletées, mêlées à de brillants ofliciers, lleurissent la salle solennelle, où les reflets jouent sur le parquet ciré. Devant la Reine, à gauche, sont les artistes qui ont travaillé è Versailles, et attendent d’être présentés ; Horace Vernet, maître du chomr, le bicorne à la main, s'incline profondément; et les autres, Delaroche, Picot, Alaux, Gndin, .lohannot, Schnetz, Gouder, Ary Schelfer, Lami lui-même, paradent, un peu gauches, eu habits de cour ou en uniformes d’institut.

Le succès fut prodigieux; il dure encore. Quand on aborde la (lalerie des Ratailles }>ar son entrée naturelle, (|ui est l’escalier des Princes, on

aperçoit d'altord, au rez-de-chaussée, la galerie de sculpture contiguë

Photo Alinari.

Bataille de Lawfeldt (1747), par Couder.

Photo Alinari.

Prise d'Youck-Town O781), par Couder.

d'une part aux salles de l’Empire, de l’autre à la salle du Congrès ; c’est par là que sort, après l’électiou, le nouveau Président de la République.

On gravit, sous un plafond à rosaces aussi pesant que mesquin, cet escalier majestueux, dont un palier porte les has-reliefs d’un monument de Hoche ; au palier supérieur, des niches abritent les statues de Napoléon et de Louis-Philippe, et, chose assez ridicule, le groupe des Trois Grâces de Pradier, acheté en 18dl, et ([ui attend toujours son transfert au Louvre. Un aperçoit la galerie de sculpture du premier étage ; puis, d’une porte latérale, ce qui semble un singulier défaut d’architecture (il eût fallu modifier la direction de l’escalier j, on pénètre obliquement dans la galerie colossale.

Certes, la première impression, devant ce large vaisseau, est d’une puissance bien ordonnée, et cette noble illustration de nos fastes militaires, avant de provoquer les criti- (jues, inspire, dans son ensemble, un véritable respect. Si l’on vient à l’examiiiei- dans le détail, le désappointement est inévitable. Il est certain que la médiocrité surabonde : Schnetz (dont le tableau eût dû être refusé, étant seul d’un format plus petit), Larivière, Eéron, Picot sont de piètres artistes, et la jeune école romantique n’a point de peine à l’empoider sur et du sens des harmonies colorées. Le

TijUûac d’Ary Sclieller annonce le style à Sehelier la figure de sa Françoise de Rhnini pour la blottir aux pieds du vieil Abdérame, n’est pas indigne de ce lier voisinage. Mais parmi les figurants de théâtre, les gestes d’atelier, les casques, les cuirasses, tout l’attirail et la défroque du moyen âge, il y a un joyau sans prix, le saint Louis d’Eugène Delacroix, jeune, ardent, conquérant dans sa cotte bleue fleurdelisée d’or, débouchant du pont de TaiHehourg sur son beau cheval d'nn blond d’ivoire. Le sang coule, les mains se crispent, les yeux brillent et les lèvres grimacent dans les corps à corps ; c’est une des pages les plus sublimes du poète de la passion et de la couleur. Auprès de ce chefd’œuvre, le Bouvines d’Horace Vernet semble encore plus insipide et plus insignifiant. Henri Sclieffer, exécutant très inférieur à son frère, a peint une Jeanne d’Arc inspirée et pure, comme la princesse Marie la scul])tera. Evariste Fragonard, qui porte un nom illustre, traite encore l’anecdote militaire en héritier du xviii® siècle. Gérard représente la bonhomie de Fleuri IV et l’émotion des bourgeois de Paris dans une coloration verdâtre d’une tristesse singulière.

(Juant aux })eintres chargés des batailles de Louis XIV, ils u’avaient rien de mieux à faire que de s’inspirer des tableaux voisins de Le Rrun et de Van der Meulen, de ces beaux cartoi

de Chasséi'iau, et Steuben, qui a pris

Photo Alinari.

Bataille de Rivoli (1797), par Philippoteaux.

Photo Alinari.

Bataille de Zurich (1709), par Bouchot.

Photo Alinari.

Bataille de Hohenlinden (i8oo), par Schopin.

S de tapisserie dont Louis-Phili[)pe

Bataille d'Austerlitz (1803), par Gérard.

Photo Aiinari.

iiieiihlait les a])])ai*tements royaux. Heim s’est acquitté lidèleiiient de sa là(di(* de copiste ; Franque, Larivière, Alaux ont fait de leur mieux, ce (|ui n’est pas trop dire ; cependant il y a de la grandeur dans la figure du vieux Vendôme, détachée en lumière, avec le faisceau des étendards con- (piis, sur de mouvants nuages noirs. Eugène Devéria, dans sa bataille de hi MnrsaiUf'^ reprimd la lielle tradition des Parrocel et des Lenfant ; et V(‘rnet, }dus heureux cette fois, et s’inspirant des anciens peintres de l'niilnioi/^ réussit, au milieu des petites anecdotes populaires sans les- (pK'lles il ne saurait inventer, à nous rendre dans son caractère historique l;i ligure du mai'échal de Saxe, debout, le chapeau à la main, pour annoncer au lioi la victoire, tandis que la fumée des canons achève de se dissiper diiiis l;i plaine. Les toiles de Couder paraissent sombres, un peu funèbres, jiuprcs d(' CCS fanfares; mais quelle gravité dans le visage et l’attitude de son llochîindiean , de son AVashington ! Encore une pauvre peinture, ce l'h'in iis (le, Mauzaisse, où Kléber caracole en écuyer de cirque ; puis \oici (pic s(‘ déploie', avec les sept derniers tableaux, le cycle des victoires (h‘ l:i Uévohition ('t de l’Empire. Philijipoteaux a su rendre le tyjie h('■l■oï(plc (In lhm;ip;irt(î j('iine et qui saine, au pied des moutagnes de Rivoli^ en nnniiee temps ipie s('s tronjies enthousiastes, l’aube de son inmiorliilib'. Uomdiot, l’artiste consciencieiix et jirobe, a campé Masséna et son él;il-nni jor sur nue hantenr d'oi'i ils dominent la plaine de Zurich borii(‘e (!(' liants sonnm'ts m'igenx ; chose rai'c, le paysage a été étudié sur

Photo Alinari.

Bataille d'Iéna (i8o(.i). par H. Vernet.

Photo Alinari.

Bataille de Friedland (1807), par H. Vernet.

place : le 21 décembre 1835, il est alloué à l’artiste une indemnité de 500 francs pour un voyage qu’il vient de faire en Suisse, afin de « ju’endre une connaissance exacte des lieux où a été livrée la bataille de Zurich ». Avec son HohenUmlen, Schopin rejoint la troupe effacée des Schnetz, des Tranque, des Picot, des Alaux, des Mauzaisse. Mais Gérard a composé à Austerlitz le dernier acte du drame avec une mise en scène qui pouvait satisfaire le puissant Empereur ; il l’a montré calme, sûr de lui-même sous le ciel de tempête et de nuit, tandis que, dans le rayon de soleil suprême, qui rougeoie faiblement, Murat se précipite, apportant l’hominage des étendards conquis. Enfin voici les trois célèbres toiles d’Horace Vernet, léna^ Frmltand, Wayram. On y trouve les portraits de Napoléon en des attitudes bien connues. 11 passe la revue de ses grenadiers ; ruii d’eux a crié ; Vive l’Emjæreur ! Il se retourne, foudroie du regard 1 imprudent. Puis, en- touré de ses généraux, il donne des ordres, la main

tendue, et le so- leil qui se lève

auréole son cha- peau légeudaire.

Puis, dans sa lor- guette, il suit les

vagues de ses troupes lancées à

l’assaut, taudis qu'il tend à un

jeune ofiîcier de c h a s s e u r s , le

comte de Castel- lane, la caide du

champ de bataille. C’est Napoléon,

« lui toujours, lui j)artoul », mais ce

Photo Alinari.

IIG sont point S0S bataille de Wagram (1S09), par H. Vernet. %lCtOllOS.

Photo Alinari.

Bataille de Wagram (1S09), par H. Vernet.

Plus tard, dans les grands tableaux de la campagne d’Algérie, Vernet s’efforcera de montrer la vie et le monvement des armées; d’antres, après lui, Yvon, Alphonse de Neuville, Détaillé, Aimé Morot, iront pins loin, s'ap])rocheront davantage de l’aine terrible des batailles ; et puis, brusquement, le visage de la guerre va changer, et ses peintres chercheront une nouvelle manière. Mais ce n’est pas en ces brèves pages qu'il est possible d’esquisser un sujet de pareille importance.

Nous avons vu les aspects et les enseignements de la Galerie des Batailles. Il ne faut pas oublier qu'elle est encore un monument pieux à la mémoire des héros « tués en combattant pour la France ». Quatre-vingtdeux bustes de plâtre, du caractère, hélas, le plus banal, disposés au long des murailles et à la base des colonnes, conservent les principaux d’entre eux; mais, ce qui est infiniment préférable, seize tables de bronze, placées dans les encoignures des portes et des fenêtres, présentent, inscrits en lettres d’or, les noms voués à rimmorlalité. Lorsque, dans ce même Versailles, la France entreprendra de glorifier sa dernière guerre et la plus grande, l’exemple généreusement donné par le royal fondateur du Musée s’imposera aux continuateurs de son œuvre.

Collection de M. Kmmanuel Bocher.

Inauguration de la galerie des batailles PAR LE ROI Louis- Philippe ( io juin i8t7). Aquarelle d'Eugène Lami.

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