‹ La galerie des oiseaux (volume 2)Chapitre 19 sur 251 · DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE · texte numérisé non relu

DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE

Ce genre d’oiseaux appartient exclusivement aux régions méridionales du nouveau continent. Ils sont remarquables par la longueur et la grosseur de leur bec qui est énormément disproportionné avec les dimensions du reste du corps.

Le bec extraordinaire du Toucan a rendu cet oiseau si célébré, qu’on l’a placé parmi les constellations australes ou de l’hémisphère méridional; les astronomes l’appellent Anser-Americanus , il est composé de huit étoiles. Quelques voyageurs lui ont donné le nom d 'Oiseau tout bec. Les François de la Guyane l’appellent Gros-Bec, et les Brasiliensle nomment Toutacata et Toucarata, d’après son cri. Ce bec, plus large que la tête de l’oiseau, est d’une substance légère et si mince qu’on peut, sans effort, la faire céder sous les doigts. Il ne peut leur servir ni pour se défendre , ni pour attaquer, ni pour briser les grains ou même les fruits tendres, l’oiseau les avale tout entiers. Les deux mandibules du bec sont dentelées sur les bords, mais les dentelures de la supérieure sont plus sensibles que celles de l’inférieure. Ces dentelures, quoiqu’en égal nombre de chaque côté de la mandibule , ne se correspondent ni du haut en bas , ni du bas en haut, et ne se rapportent même pas dans leur position relative.

La langue de cet oiseau, dit M. de Buffon, est une véritable plume, quoique le milieu , ou la tige soit d’une substance cartilagineuse, large de deux lignes. Les sauvages, ajoute-t-il, attribuent à cette plume-langue de grandes vertus : ils l’emploient comme remède dans plusieurs maladies. Il prétend aussi que le nom dé Toucan signifie plume en langue brasilienne.

lies Toucans ont deux doigts en avant et deux en arrière. Leurs pieds

a LE TOUCAN DU PARA.

n’ont que la moitié de la longueur des jambes, et sont couverts de longues écailles dures au toucher. Ils ne peuvent marcher, parceque leurs pieds appuient dans toute leur longueur sur la terre. Ils ne font que sautiller obliquement, d’assez mauvaise grâce, et les jambes ouvertes presque d’une palme. Ils sont erratiques plutôt que voyageurs, et ne changent de pays que pour suivre les saisons de la maturité des fruits dont ils se nourrissent, sur-tout les fruits des palmiers. Ils vont par petites troupes de six à dix.

Leur vol est lourd et s’exécute péniblement , vu leurs ailes courtes et leur bec énorme qui fait pencher le corps en avant; cependant ils s’élèvent au-dessus des grands arbres, à la cime desquels on les voit toujours perchés, et dans une agitation continuelle. Quoique graves, pesants et maussades, ils sautent de branche en branche avec prestesse.

Ils font leurs nids dans les trous d’arbres abandonnés par les pics; et de la ponte, qui n’est que de deux œufs, il naît deux petits, semblables à leur père et mère qui les nourrissent jusqu’à ce que ces petits volent la queue renversée sur le dos.

Ils s’apprivoisent très aisément en les prenant jeunes, se familiarisent promptement avec les poules , et répondent à l’appel. On prétend même qu’on peut les faire nicher et produire en état de domesticité. Ils sont faciles à nourrir; ils avalent tout ce qu’on leur jette, pain, chair ou poisson. Ils saisissent ce qu’on leur donne avec la pointe de leur bec, le lancent en l’air et le reçoivent dans leur large gosier : s’ils cherchent à terre, ils ne prennent ordinairement que de côté ce qu’ils trouvent, et le font de même sauter pour le recevoir dans leur gosier.

Ils craignent le froid; on en a vu d’apprivoisés se faire une espèce de lit d’herbes, de paille et de tout ce qu’ils pouvoient ramasser, pour éviter la fraîcheur de la terre.

Ils ont en général la peau bleuâtre sous les plumes, et leur chair d’une couleur violette-foncée est assez dure, mais mangeable. Autrefois on faisoit un grand usage, dans la pelleterie, en Europe, des plumes de la gorge des Toucans ; on en garnissoit des robes ; on en faisoit des manchons.

Le Toucan DU Para, dont nous donnons ici la description, a été

LE TOUCAN DU P Alt A. 3

apporté du Brésil par M. Delalande fils; il est à distinguer, pour la beauté et la variété de ses couleurs. Il est de la plus petite taille ; sa longueur totale, à partir du sommet de la tête jusqu’au bout de la queue , n’est que d’environ treize pouces; celle de son bec est de quatre pouces deux lignes. Les deux mandibules sont noires et dentelées; elles sont traversées à leur base par une bande bleuâtre. L’intérieur du bec est rouge; la langue, qui est d’une couleur jaunâtre, et en forme de plume, est presque de la longueur de la mandibule inférieure. Son œil est entouré d’une peau nue d’un rouge-pâle.

Le sommet de la tête, la nuque , le chignon, le manteau et le dos jusqu’au croupion , les ailes et les grandes pennes de la queue sont d’un noir-lustré; les barbes inférieures de toutes les pennes sont rougeâtres. Le dessus et le dessous du croupion sont d’un rouge-vif. Le devant du col, la gorge et la poitrine sont d’un jaune-orange. Le sternum est d’un rougevif. Entre ce rouge-vif et le jaune-orange , est une raie jaune-blanchâtre formant un demi-cercle. Le bas-ventre, les flancs jusqu’à l’anus et les plumes des jambes, sont d’un noir-lustré. La queue, d’environ sept pouces de longueur, et composée de dix pennes, est arrondie à son extrémité; les ailes ployées se terminent précisément à l’endroit où elle commence. Les pieds et les ongles sont noirs.

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