J^ COLIBRIS ET OISEAUX-MOUCHES
tropiques; celles qui s’en éloignent, ne séjournent sous les zones tempérées que pendant l’été; elles suivent le soleil, s’avancent et se retirent avec lui. Des deux oiseaux-mouches , qui passent la belle saison dans l’Amérique septentrionale, l’un (le Faillis') pénètre jusqu’au Canada, et l’autre (le Sajin') jusqu’au 54e degré et 12 minutes de latitude, où Mackensie l’a rencontré. Les espèces de l’Amérique australe ne s’éloignent pas autant des tropiques que les deux dont il vient d’être question ; car M. de Azara nous assure qu’elles n’outrepassent pas le 35e degré de latitude sud.
Quoique des voyageurs aient pris pour des Colibris des oiseaux d’un plumage aussi brillant, et qui vivent de la même manière, dans les contrées chaudes de l’ancien continent, il est certain qu’il n’y en existe point, ni dans les îles de la mer Pacifique, ni dans les terres australes, telles que la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. C’est donc en Amérique que la nature a fixé un de ses chefs-d’œuvre ; prodigue envers eux, elle les a comblés de ce qu’elle n’a fait que partager entre les autres oiseaux. Grâces, fraîcheur et velouté des fleurs, poli des métaux, éclat des pierres les plus précieuses , elle a tout réuni sur ses petits favoris ; aussi les Indiens , frappés de l’éclat et du feu que jettent les couleurs de ces oiseaux, leur ont donné les noms de rayons ou cheveux du soleil. Tous emploient les mêmes matériaux pour la construction de leur nid; la plupart le construisent dans les mêmes endroits, sur les arbres ou dans les buissons. Il est composé de diverses sortes de coton , ou d’une bourre soyeuse recueillie sur les fleurs; son tissu est si fort, qu’il a la consistance d’une peau douce et épaisse. Ils l’attachent indifféremment à un seul brin d’oranger, de citronnier, de cafier, à des feuilles même, et quelquefois à un fétu qui pend de la couverture d’une case. Les plus forts eües plus gros Colibris le posent ordinairement sur une branche, et toujours son extérieur est couvert de lichens pareils à ceux qui croissent sur l’arbre où il est construit. La ponte n’es^, chez tous, que de deux œufs.
Leur langue est composée de deux fibres creuses, formant un petit canal, divisé du milieu à la pointe en deux petits filets; elle a la forme d’une trompe, dont elle fait les fonctions.
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L’oiseau la darde hors de son bec par un mécanisme de l'os hyoïde , semblable à celui de la langue du Pic r.
Le vol de ces oiseaux est continu , bourdonnant et tellement rapide , qu’on n’apercoit nullement le mouvement de ses ailes, dont le battement est si vif, que l’oiseau, s’arrêtant dans les airs, paraît, non-seulement immobile, mais tout-à-fait sans action. On le voit ainsi s’arrêter quelques instans devant une fleur, partir comme un trait pour aller à une autre et les visiter toutes, en plongeant sa langue dans leur sein, afin d’y saisir sa nourriture qui consiste dans leur suc mielleux, et de très-petits insectes. Jamais ces oiseaux ne marchent ni ne se posent à terre. Ils passent la nuit et le temps de la plus forte chaleur du jour sur une branche et souvent sur la plus grosse de l’arbre. Pour l’ordinaire , ils ne font entendre de cris que quand ils quittent une plante ou un arbre en fleur, pour en rechercher un autre. Ce cri se compose des syllabes teVe, prononcées d’un son de voix plus ou moins fort, plus ou moins aigu. Ils sont d’un naturel solitaire, et s’il y en a un qui soit sur un arbre, d’autres n’en approchent pas; mais ils se rassemblent souvent, voltigent en nombre, et se croisent sans cesse avec une extrême rapidité an-dessus des plantes et des arbrisseaux en fleur. Ils se battent entre eux avec acharnement, et disparaissent sans qu’on puisse voir l’issue du combat. Ils ne montrent pas moins de courage pour attaquer les autres oiseaux qui viennent près de leur nid; quelquefois ils les assaillissent sans motif, les mettent en fuite et même les poursuivent.
A. Bec arqué , entier. PI. O, n° 9.
1 Voyez sou Anatomie sur la planche B, 10 delà deuxième édition du Nouv. Dict. d’histoire naturelle , et son explication , tom. 7, pag. 54^ et 543.