‹ La galerie des oiseaux (volume 3)Chapitre 59 sur 236 · PISE · texte numérisé non relu

PISE

Cristatus ; Niger ( adultus) griseus (junior. )

Corbeau des Indes, gravures de Vander Meulen, 1707;

Grand cacatua noir, Edwards, glan., pl. 316;

Kakatoës noir, Buffon, ois., tome 6, page 97;

Psittacus aterrimus, Linn., Gm., syst. nat., édit. 13, n° 93;

Black cockatoo, idem, synopsis, tome 1, page 260, n° 66;

Ara à trompe, Levaillant, hist. des perroquets, tome 1, page, 36 pl. 12 et 13;

Microglosse, Geoffroy Saint-Hilaire; Mémoire lu à l’Académie des

Sciences.

48 MICROGLOSSES.

Cet oiseau, que depuis peu nous avons vu vivant à Paris, porte une huppe composée de plumes nombreuses, longues, étroites, effilées, pointues et noirätres. La peau nue des joues est couleur de chair, le reste du plumage d’un noir lustré avec des reflets bleuâtres; le bec et les pieds sont d’un noir mat. Tel est cet individu sous son vêtement parfait, mais dans sa première année sa livrée semble couverte d’une poudre grise. On le trouve à l’île de Ceylan.

C’est en captivité un être doux, familier, qui court avec vitesse, et se nourrit de pain et de graines. Il jette, surtout lorsqu'on l'approche, un cri qui peut se comparer à un croassement rauque. Ce cri paraît partir du larynx inférieur; car on ne voit dans sa langue aucun mouvement qui l'indique. Son bec ne reste pas toujours entr'ouvert, comme le dit l’auteur du règne animal, car il le ferme hermétiquement, lorsqu'il est dans l’inaction.

Il se distingue de tous les oiseaux de sa famille, par la forme de sa langue, que M. Levaillant compare à la trompe de l'éléphant, et que M. Geoffroy Saint-Hilaire a eu occasion d’observer dans un individu vivant, et sur laquelle il a publié des détails du plus grand intérêt dans un mémoire lu à l’Académie des Sciences le 6 juillet 1821, et intitulé: Organes de la déglutition et du goût des perroquets microglosses. Ce savant professeur a eu la complaisance de me le communiquer et de me permettre de l’insérer dans cet ouvrage, ainsi que de publier le dessin de la la langue figurée sur la pl. D, n° 8, et qu'il a fait exécuter sur l'animal vivant : c’est ainsi qu'il s’exprime.

« On chercha à comprendre ce que M. Levaillant avait entendu par l'expression bien vague d’une trompe qui remplace la langue (chez son ara à trompe ), et en s’aidant du texte et des figures de l’auteur, on s’arrêta à l’idée que ces aras de l’Inde se distinguaient des véritables aras, tous d'Amérique, et même de tous les autres perroquets par une langue cylindrique, terminée par un petit gland corné. Voyez Le règne animal, tome 1°”, page 434.

« Rien de tout cela n’est vrai, ni les faits présentés par l’auteur original, ni les interprétations que ces faits ont suggérées. L’analogie est sans puissance pour juger d’une forme inconnue; on ne la devine pas : il faut la

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voir pour la rendre. C’est une erreur à effacer de nos livres et un fait de plus d'organisation à y introduire.

« M. Levaillant veut peindre à l'esprit quelque chose extraordinaire qui le frappe, et il s’arrête au mot de #rompe, insinuant qu’il se fonde sur une analogie par la remarque que l’objet de ses considérations est un organe de préhension.

« Ne serait-ce là qu’une expression métaphorique, elle manquerait déjà de justesse; car il est évident qu’elle porte sur une fausse idée, que l’on s'est faite de la trompe d’un éléphant. Cet objet est essentiellement le nez allongé de l’animal, et il devient accidentellement un organe de mouvement; tout allongement de parties dans l’organisation animale étant nécessairement passible de ce résultat.

« Mais le mot trompe n’est point ici employé au figuré; car plus loin notre auteur, oubliant que la base qu’il a donnée à ses raisonnemens est tout entière une supposition de lui, une création de son esprit, compare les relations et les différences des deux trompes. « Celle de l'éléphant, dit-il, est au-dessus de la bouche et peut se rouler et se ployer eu tous sens, quand dans les aras indiens, la trompe occupe l’intérieur du bec et remplace de cette manière la langue , dont ceperdant cette trompe ne fait jamais l'office, étant privée de la faculié de se rouler ou de se ployer.»

« Que le mot #rompe ait été dans le principe la désignation caractéristique du prolongement nasal de l'éléphant, on a bien pu cependant en étendre la portée à tout autre appareil de même ordre, et le consacrer comme terme générique, pour désigner un excédant de l'organe olfactif formé partout ailleurs de tiges creuses, conjuguées, allongées et mobiles. Mais il répugne de le transporter chez les oiseaux où n’est et ne peut être la chose. Encore mieux répugne-t-il de le transporter d’un système organique à un autre.

« Laissant de côté cette expression erronée de trompe, il suffit que je sache que l'appareil dont il est ici question existe en dedans des mandibules, pour que je ne puisse douter que ce ne soit la langue et ses dépendances. C'était parce qu'on avait remarqué la mobilité de toutes ces

parties, que, pour expliquer cette circonstance, on avait eu recours à la

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considération des effets analogues de la trompe de l'éléphant, comme si ce n’était pas le propre de la langue d’être avec cette même mobilité, et de gouverner le cours de toutes choses dans la cavité buccale.

« L'ensemble est donné, c’est l'appareil hyoïdien et ses dépendances. Ze principe des connexions va fournir la détermination de chaque pièce de lhyoïde, et d'autant plus sûrement que le point de départ n’est susceptible ici d'aucune incertitude. La langue termine tout appareil hyoïdien; ce petit bout noir décrit sous la forme d’un gland creusé à sa pointe, dit M. Levaillant; cornée, a dit M. Cüvier, en fera tout du moins partie. J'y ai regardé trèsattentivement, ce n'en est pas un fragment, c’est toute la langue.

« J'avoue que j'ai été très-étonné de ce résultat. On sait que ce qui distingue les perroquets du plus grand nombre des oiseaux, c’est la qualité charnue et le grand volume de leur langue : tout ample qu’est leur bec, celle-ci en remplit toute la capacité; il n’est donc rien de plus remarquable que de voir que ce qui existe avec une si grande exagération dans une famille, présente tout à coup le contraire dans une de sessubdivisions. Cette langue est réduite aux plus petites dimensions, sans cependant rien perdre de son efficacité, comme organe du goût; voilà ce dont il ne.m’est pas permis de douter, et ce qui explique une habitude de l’oiseau, racontée par M. Levaillant, et que j'ai pareillement constatée. Ces perroquets émiettent tout ce qu’on leur donne, et recueillent chaque miette sur le centre de leur langue qui prend alors une forme de cuilleron. Il est évident qu’ils agissent ainsi par sensualité; car, s’ils n'avaient en vue que de s’approvisionner et de et de remplir leur estomac, ils trouveraient à le faire à bien moins de frais et de fatigues.

« Comme tous les perroquets, ils brisent sans difficulté les noix, les noisettes et toute espèce de noyau; mais, quand ils en ont détache les amandes, il ne leur arrive pas, ainsi qu'à leurs congénères, de les écraser pour les avaler en gros fragmens : l'entrée de leur œsophage le permettrait cependant, puisque cette ouverture est assez grande pour que les amandes entières y puissent être reçues.

« Un ara à trompe a garde d’en agir ainsi. J'ai vu cet oiseau attentif à gruger tout ce qu’on lui donnait, du pain, du sucre, des amandes, et à

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toujours porter sur l'extrémité de sa langue chaque parcelle qui se trouvait détachée, et il en faisait la déglutition, retenant la masse principale entre les tranchans des demi-becs; ou bien, pour avoir sans embarras la jouissance entière de son appareil de déglutition, cette masse principale était reprise et conservée momentanément par une des pattes.

« La langue de ces oiseaux a été comparée à un gland : c’est en effet une tubérosité de forme ovale; son grand diamètre est transversal, et large de trois lignes; le petit diamètre est de moitié tout au plus. Toute petite qu'est cette langue, elle saisit habilement tout fragment qui est d’une dimension audessous de son volume : c’est qu’elle se plisse et devient concave à la ligne médiane ; elle est dans le vrai fortement préhensile, ce dont elle est redevable à ses os propres ou aux glossohyaux, qui, rapprochés lun de l’autre par les muscles de la langue, deviennent une sorte de pince pour tout ce qui s'engage dans leur intervalle.

Je n'ai pu prendre connaissance des pièces hyoïdiennes qu’à travers les membranes et les muscles de tout cet ensemble de parties mais, aidé de la connaissance que j'avais de l’hyoïde des autres perroquets, j’en ai pu présenter la détermination sans craindre de me tromper.

L’apohyal est la pièce planche D, lettre E; il paraît que sa tête apophysaire, qui est ordinairement prolongée et portée sur le basihyal a plus de longueur que chez les perroquets à grosse langue ; la figure l'indique sous la lettre G. Le cératohyal, dans tous les perroquets, est ordinairement un os ramassé, semblable de forme, comme d'usage, à la rotule : la lettre H montre sa place. Jai pu distinguer le basihyal et l’urohyal, qui sont des pièces médianes de la couche inférieure, quand il arrivait à l'oiseau de lever tout l’appareil, ce qu'il a coutume de faire dans l'acte de la déglutition; mais la figure n’en peut donner d'indice. ( Joy. pour la signification de ces nouvelles dénominations, la Philosophie anatomique, tom. T, pag. 147.)

Des observations qui précèdent, il résulte que ce que M. Levaillant et ses commentateurs ont considéré comme la trompe ou la langue des aras indiens comprend tout l'appareil hyoïdien; que c’est ce même appareil, mais également frappé de réduction dans toutes ses parties, étant partout dans des conditions rudimentaires.

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« Ainsi cette trompe qui s’avance, selon le recit de M. Levaillant, c’est tout l'hyoïde et ses annexes qui se portent en avant. Les divers mouvemens de cette trompe qui, comparés à ceux de la trompe de l'éléphant, paraissaient manquer de souplesse, sont les mouvemens ordinaires de l’appareil, mouvemens qui lui font exécuter l’acte de déglutition, Quand cet appareil se retire, c'est tout l'organe respiratoire, la trachée-artère et le larynx qui agissent sur lui, en descendant ou se plongeant dans la poitrine; l’hyoïde ne se retire que parce qu’il est emporté.

« La glotte, visible entre les apohyaux qui servent à sa suspension, reste le plus souvent ouverte : avec l'hyoïde porté en avant, son ouverture est longitudinale; avec cet appareil refoulé dans le pharynx, l'ouverture est transversale, ou même entièrement ovale.

« La glotte, dans ce dernier cas, ne peut se fermer, et c’est la seule position que puisse admettre l'animal pour faire entendre ses cris,

« Si l’on réfléchit à cette organisation de la langue et du larynx, on concoit que M. Levaillant ait échoue dans sa tentative de faire articuler à ces oiseaux le mots les plus faciles. Ils ne lui ont jamais, dit-il, paru porter la moindre attention à ses lecons; mais c’est parce qu'ils. n’ont pas l’organe avec lequel on puisse parler. Leur langue n'existe qu’en vestiges, toutepuissante encore pour la dégustation et la saisie des alimens; mais elle est bien loin de pouvoir remplir Pimmense étendue de leur bouche.

« Ce fait d’un organe porté à un si grand raccourcissement, tient à un autre non moins remarquable, auquel je ne sache point que personne ait encore fait attention, c’est la brièveté et le raccourcissement de la mâchoire inférieure elle-même. Celle-ci a perdu en longueur ce qu’elle a acquis d’une manière si demesurée en largeur. De sa forme il résulte que cette mâchoire occupe la région du cou, que la tête est prolongée extraordinairement au delà, et que c'est là ce qu’explique cette avance si grande du demi-bec supérieur,

« Ayant, par cette discussion, porté l'attention des ornithologistes sur ce fait organique qui signale véritablement les aras indiens, et ayant de plus, je crois avec certitude, démontré que le nom de ara à trompe contient un énoncé erroné; je propose, pour cette division des perroquets, une dénomination prise de leur réelle organisation, celle de microglosse ( perro-

roquets à petite langue ).

COLIOUS. 23 2% rRIBU. ANISODACTYLES, Ænisodactyt.

Trois doigts devant, très-rarement deux; un derrière, quelquefois versatile; l’externe toujours dirigé en avant.

1% FAMILLE. GRANIVORES, Granivorr.

Bec brévi-cône , épais ou grêle, quelquefois croisé. Tarses annelés; quatre doigts, trois devant, un derrière, rarement versatile.

A, Pouce versatile articulé sur le coté interne du tarse, souvent dirigé en avant. PL B B. n° 5.

1 Division. COLIOU, Colùus, Linnée.

Bec épais à sa base, convexe en dessus, un peu aplati en-dessous, entier; mandibule supérieure, un peu fléchie en arc, courbée à sa pointe, couvrant les bords de l’inférieure; celle-ci plus courte et droite. PI. E. n° ».

Narines rondes, petites, cachées sous des plumes dirigées en avant.

Langue courte, cartilagineuse, aplatie, lacérée à sa pointe.

Tarses nus, annelés.

Doigts totalement séparés; pouce court.

Ongles très-arqués, le postérieur le plus court de tous.

Ailes à penne bâtarde, courte; deuxième et troisième rémiges les plus longues de toutes.

Queue composée de douze pennes.

Les huit espèces que renferme ce genre ne se trouvent que dans les contrées chaudes de l’Afrique et de l'Asie. Elles vivent en famille, et chacune niche dans les mêmes buissons. Les colious dorment suspendus aux branches, la tête en bas, et pressés les uns contre les autres; ils marchent comme les martinets, en s'appuyant sur la longueur du tarse; portent le plus

souvent les quatre doigts dirigés en avant, et grimpent à la manière des per-

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