ÉCHASSIERS
s'en éloignent par leurs longues jambes; de plus, les premiers ne peuvent entrer dans l’eau qu’autant que le leur permet la longueur de leurs pieds, et les derniers nagent quelquefois et n’ont pas la faculté de plonger.
Les Autruches, les Casoars, les Outardes, les Agamis, les Secrétaires et les Cariamas se tiennent toujours éloignés des eaux; tous les autres Echassiers sont des oiseaux de rivages; la plupart sont demi-nocturnes , faculté relative à leur subsistance, puisque c’est pendant les crépuscules et la nuit que les vers sortent de terre, que les insectes aquatiques et les poissons sont en mouvement. Les Pluviers, les Faneaux, les Barges, les Bécasses, les Bécassines, les Truigas, les Chevaliers, les Jacanas , etc., cherchent alors les terrains humides qui recèlent les animalcules, les vermisseaux, leur principale nourriture. Les Butors, les Hérons , les Br horeaux, les Cicognes, les Blongios, les Spatules rôdent dans les marais, pénètrent dans l’eau où ils peuvent marcher à gué, sans souiller leurs plumes, pour saisir les poissons et les reptiles aquatiques. Les T'ournepierres , les Courlis, les Ibis, les T'antales, les Huitriers fréquentent les bords de la mer et des fleuves, pour se nourrir des vers maritimes, des petits testacées et crustacées qui se tiennent dans le sable et sous les pierres. Les Grues se réclament encore au haut des airs, lorsque leur demeure est déjà couverte de ténèbres.
Les Echassiers qui font leur ponte à terre sont presque tous polygames, leurs petits quittent le nid peu de temps après leur naissance, et prennent d'eux-mêmes les alimens que leur présente ou que leur indique la mère, Ceux qui nichent sur les arbres ou dans des endroits élevés, sont monogames, et nourrissent leur jeune famille dans son berceau, que celle-ci n’abandonne qu’en état de voler.
1 FAMILLE. MÉGISTHANES, Megisthanes.
Doigts au nombre de deux ou trois dirigés en avant. Ailes nulles pour le vol.
A. Deux doigts.
; iére pivisioN. AUTRUCHE, Struthio.
Bec droit, médiocre, déprimé, à pointe arrondie et onguiculée; mandibules égales. PI. R, n° 7.
Narines oblongues, couvertes d’une membrane, ouvertes vers le milieu du bec.
Langue courte, épaisse, charnue, un peu échancrée à sa pointe.
Téte un peu aplatie, chauve, calleuse en dessus.
Pieds robustes, très-longs.
Jambes charnues jusqu'au genou.
Doigts au nombre de deux, dirigés en avant, point derrière; l’externe a cinq phalanges , l’ongle nul; l’interne quatre phalanges, avec un ongle large, oblong, obtus. PI. EE, n° 1.
Ailes à double éperon, privées de rémiges, et garnies de plumes molles; effilées et très-flexibles.
Queue à plumes pareilles.
Nous ajouterons à ces caractères que les Autruches ont, comme le dit M. Cuvier (Règne animal d’après son organisation), un énorme jabot, un ventricule considérable entre cette partie et le gésier, des intestins volumineux, de longs cœcums, et un vaste cloaque où l'urine s’accumule comme dans une vessie; aussi ce sont les seuls oiseaux qui urinent. Leurs muscles pectoraux sont fort minces, leurs postérieurs ont repris en force ce que leurs ailes ont perdu; les muscles de leurs cuisses et surtout de leurs jambes ont une épaisseur énorme. Ta tête est aplatie, fort petite, si
on la compare au volume du corps, et presque nue, de même que la plus
grande partie du cou, qui est mince et long de trois pieds. L'orifice des oreilles est à découvert, et seulement garni de poils dans le canal auditif; la paupière supérieure est mobile et bordée de longs cils, les yeux grands, vifs, et ont plus de rapports avec les yeux humains qu'avec ceux d’un oiseau : ils sont disposés de manière qu'ils peuvent voir tous deux à la fois le même objet; les jambes sont dénuées de plumes et très-grosses; les tarses nerveux, charnus et renforcés en devant par un rang d'écailles grosses, épaisses , et qui s'étendent jusqu’à l’ongle du grand doigt ont beaucoup de ressemblance avec les pieds du Chameau. Ce n’est pas la seule conformité qu'on remarque entre ces deux animaux; l’Autruche a, comme ce quadrupède, une callosité à la poitrine et une autre à l'endroit des os pubis. Son sternum n’est pas saillant comme ceux des autres oiseaux, mais il est aplati et arrondi, en forme de bouclier; son dos est arqué , mais non pas néanmoins chargé d’une bosse, et lorsqu'elle veut se coucher, elle le fait en trois temps , à la manière du Chameau, en pliant d’abord le genou, et s'appuyant ensuite sur le sternum, enfin sur toute la partie inférieure du corps. Il faut que ces rapports de ressemblance entre deux animaux, qu'au premier coup d'œil on juge fort éloignés l’un de l’autre, soient bien frappans, puisque tous les peuples de l'Orient, qui connaissent l’Autruche, la nomment chacun dans leur langue orseau chameau.
L'organe de la génération, dans le mâle, est assez considérable et composé de deux ligamens blancs, solides et nerveux, ayant quatre lignes de diamètre, revêtus d’une membrane épaisse, et qui ne s’unissent qu'à deux doigts près de l’extrémité. Le tout est renfermé dans une membrane commune, de mème substance que les ligamens, quoique cependant moins épaisse et moins dure. Cette verge n’a ni gland ni prépuce; elle sort de plusieurs pouces, lorsque l'animal fiente , et dans l'érection elle a la forme d’une langue de bœuf. La femelle a aussi une sorte de clitoris.
L’Autruche a la puissance de multiplier ses jouissances, et de répéter fréquemment, et avec la même ardeur, l'acte de sa reproduction. Dans l’accouplement, le mäle, un pied sur la terre, pose l’autre sur le dos de la femelle accroupie, dont il saisit quelques plumes pour se soutenir. Tous deux, par des sons sourds et entrecoupés, des murmures, des mouveniens de
leur tête et de leur cou qu'ils avancent et retirent successivement, ainsi que par de fréquentes trépidations, annoncent les sensations les plus vives. D'après ce qu'on a dit ci-dessus de la conformation des parties sexuelles, on conviendra que ces accouplemens ne se passent point en simples compressions , comme dans presque tous les oiseaux; aussi durent-ils plus long-temps.
L’AUTRUCHE CHAMEAU, Struthio camelus.
PI. CCXXIIT.
Corpore nigro, griseo, albo. Mas. Corpore fusco cinereoque. Femina.
L’Autruche, Briss., Ornith., tom. b, pag. 3, pl. x, fig. «1.
Idem, Buf]., Hist. nat. des Ois., tom. 1, pag. 308, pl. enl. , n° 453.
Struthio camelus, Linn., Gm., Syst. nat., édit. 13, n° x.
Idem, Lath., Index, n° 1.
Black ostrich , Lath., Synopsis, tom. 3, pag. 6, n° x, pl. mr.
L’Autruche court avec beaucoup de rapidité, et déploie dans sa course les plumes de ses ailes et de sa queue, non pas, dit-on, qu’elle en tire aucun secours pour aller plus vite, mais par un effet très-ordinaire de la correspondance des muscles. Les lieux les plus arides et les plus déserts de la terre sont ceux qu’elle habite et qu’elle parcourt en tout sens avec une vitesse inconcevable. On la trouve dans les sables et les solitudes de l'Afrique , depuis l'Égypte et la Barbarie jusqu'au cap de Bonne-Espérance, dans les îles voisines et les parties de l’Asie qui confinent à ce continent, elle est moins commune aux environs de Goa qu'en Arabie, et elle ne paraît plus au-delà du Gange, quoiqu'au rapport des anciens, elle y ait existé autrefois. On voit souvent les Autruches réunies en grandes troupes; c'est ce qui a fait croire qu’elles ne s’assortissent point par paires. Cependant il paraît certain que chaque mâle n’a qu’une femelle, malgré les récits des voyageurs. Ces oiseaux ont l’ouie fine et la vue perçante, mais, en
même temps, les sens du goût et de l’odorat extrêmement obtus et pres-
AUTRUCHES. D que nuls; aussi ils apportent peu de discernement dans le choix de leur nourriture. En effet, quoiqu'ils soient, à proprement parler, herbivores, et qu’on les voie souvent , au midi de l’Afrique, paître de compagnie avec le Zèbre et le Couaggha, ils avalent néanmoins non-seulement toutes les substances végétales et animales, mais encore les matières minérales, celles mêmes qui sont les plus pernicieuses , du fer, du cuivre, du plomb, des pierres, de la chaux ,.du plâtre, du verre, du bois, enfin tout ce qui se présente, jusqu’à ce que leurs grands estomacs soient entièrement pleins. Il est certain que celui de l’Autruche digère ou dissout en partie les corps durs , principalement par l’action d’un suce dissolvant et par celles des chocs et frottemens qui peuvent aider à cette action principale; mais elle est souvent victime de son aveugle et insatiable gloutonnerie; car on en a vu périr pour avoir dévoré une grande quantité de chaux vive, d’autres empoisonnées par une trop grande quantité de cuivre, et d’autres dont les intestins étaient percés par des clous avalés , du verre, ete., etc.
Cet animal, quoique doué d’une grande force, conserve les mœurs paisibles des Gallinacées ; il n’attaque point les animaux plus faibles, rarement même se met-il en défense contre ceux qui l’attaquent. La rapidité d’une prompte fuite est le seul moyen qu'il emploie pour se soustraire aux plus pressans dangers. Dans les pays cultivés ces oiseaux dévastent les moissons ; ils viennent par bandes dévorer les épis et ne laissent que la tige; leurs corps étant à peu près de niveau avec l’épi, ils baissent le cou pour anger, en sorte qu'on ne les aperçoit pas; mais au moindre bruit ils lèvent la tête et prennent la fuite avant que le chasseur soit à portée de les tirer. ù
Le cri de l’Autruche est comparé, dans les écrivae sacrés, à un gémissement ; ils lui donnent le nom de ænath, qui en hébreu signifie le cri plaintif et entrecoupé que les Latins nommaient u/ulatus (hurlement). La voix du mâle est plus forte que celle de la femelle, et tous deux soufflent comme les oies, quand on les irrite.
La ponte de l’Autruche se compose ordinairement de quinze œufs environ, dont elle en couve dix, les autres étant épars à quelque distance, vraisemblablement parce que le nid en contient plus qu’elle n’en peut
couver. Ce nid est un enfoncement formé par l’oiseau en grattant dans le sable fin; mais elle le cache soigneusement dans les lieux les plus solitaires et les plus retirés. Il a quelques pouces d’élévation et trois pieds de diamètre ; à l’entour règne une rigole dans laquelle l’eau de la pluie se rassemble. La durée ordinaire de l’incubation est de six semaines; c'est du moins ce qui à lieu dans les contrées où les Autruches couvent à la manière des autres oiseaux, et particulièrement dans les terres méridionales de l’Afrique. Sous la zone torride, elles se contentent de déposer leurs œufs dans le sable; pendant le jour la seule chaleur du soleil suffit pour les faire éclore , et la mère les couve pendant la nuit. Dans ces climats il s’en faut beaucoup qu'elle abandonne ses œufs pendant le jour, comme on pourrait le croire; elle veille assidûment à leur conservation , et ne les perd guère de vue. Alors, quoique surprise par les hommes, elle ne s'éloigne pas de l’objet de sa sollicitude; elle se contente de courir en faisant des circuits et déployant ses grandes plumes. Cette allure est un indice que le nid est dans le voisinage, car, quand elle n’en a point, elle fuit quelque temps en ligne directe.
Le plumage du mäle est noir, et varié de blanc et de gris sur le corps; les grandes plumes des ailes et de la queue sont blanches et noires ; la peau presque nue du cou est couleur de chair, et prend , de même que celle des cuisses, une teinte de rouge vif dans le temps du rut; l'iris est couleur de noisette. Il atteint jusqu'à sept ou huit pieds de hauteur, et a environ quatre-vingts livres de poids. La femelle est brune et d'un gris cendré, partout où le mâle est d’un noir éclatant ; elle n’a de plumes noires qu'à la queue et aux ailes. Les jeunes sont d’un gris cendré la première année; ils ont alors des plumes sur la tête, le cou et les cuisses ; mais elles
tombent bientôt pour ne plus revenir sur ces parties.