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procher des lieux habités. Aussi les naturels du nord de l'Amérique appellent cette saison le mois des Dindons. C’est à cette époque qu'ils leur font la chasse, en tuent un grand nombre, et les font geler pour les conserver et les apporter dans les établissemens européens.
Ce n’est plus que fort avant dans les terres qu’on rencontre ces oiseaux en abondance: ils sont très-farouches , et quoiqu'ils soient plus grands et plus gros que la race domestique, on les aperçoit difficilement dans les forêts, si on ne les surprend ; car, au moindre bruit qu'ils entendent, ils se cachent dans les herbes hautes et les broussailles. C’est aussi par cette ruse qu’ils évitent les serres de l'oiseau de proie ; d’ailleurs , ils sont naturellement gardiens les uns des autres, le premier qui aperçoit son ennemi, même dans le lointain, jette le cri d'alarme, et aussitôt tous se blottissent contre terre, de manière qu’ils échappent à sa vue. Le chasseur ne peut les retrouver pendant le jour, s’il n’a un chien dressé pour ce gibier, et doit les tirer de fort près, afin qu'ils restent sur la place, car s'ils ne sont que blessés, ils disparaissent promptement, vu qu'ils vont fort vite, quand ils accompagnent leur course d’une sorte de demi - vol et ils s’enfuient alors avec une telle rapidité, que l’aborigène le plus alerte
ne peut les atteindre. Le coucher du soleil est l'instant le plus favorable pour les chasser avec avantage, parce qu’à cette époque du jour ils indiquent leur retraite par leurs glouglous souvent répétés, pour se rallier. Dès qu'ils sont réunis, tous s’acheminent dans le plus grand silence vers leur asile nocturne, où ils se perchent les uns près des autres sur les grands arbres, et particulièrement sur ceux dont les branches sont sèches ou dépouillées de leurs feuilles. On peut alors les approcher de très-près, attendu que la vue de l’homme ni le bruit de larme à feu ne peuvent les intimider, tant qu'ils se croient en sûreté. La chute même de leurs compagnons tués à leur côté ne trouble point leur sécurité; ils voient tomber d'un œil tranquille et sans changer de place, celui que vient d'atteindre la flèche ou le plomb meurtrier ; seulement ils font entendre un bourdonnement qui semble plutôt exprimer leur étonnement que leur inquiétude ; enfin leur insouciance est telle qu'on peut les tuer tous les uns après les autres, quelque nombreux qu’ils soient. Il est remarquable que
cette sécurité dans le danger, que d’autres appelleront stupidité , est naturelle à presque tous les Gallinacés de l'Amérique septentrionale, lorsqu'ils se trouvent dans la même position.
Au point du jour les Dindons font retentir les forêts de leurs gloussemens, et se correspondent, surtout au printemps, sans changer de place. Ils glougloutent pendant une heure environ, se taisent après le lever du soleil, et descendent de leur gîte. Dès qu'ils sont à terre, les mäles, dans le temps des amours, se pavanent aux yeux de leurs compagnes ; mais, si le nombre des femelles ne peut suffire à tous les mâles, ceux-ci se battent avec un tel acharnement, que le combat ne finit que par la fuite des vaincus. Quand les désirs des vainqueurs sont satisfaits, tous se réunissent pour se rendre dans les lieux où se trouve leur pâture.
Quoique le plumage des mâles paraisse, au premier aspect, d’un noir uniforme , il n’est réellement pas de cette couleur; e’est un gris de more dont rejaillissent divers reflets éclatans, qui forment des lunules de trois à cinq lignes de largeur, vers le bout des plumes du cou, de la poitrine, du dos, du croupion, des scopulaires , des couvertures supérieures des ailes et de la queue; tantôt ces reflets présentent la couleur du cuivre ou d’or bronzé, tantôt le violet ou le pourpre. Ces changemens proviennent de l'incidence de la lumière; les pennes des ailes et les tectrices supérieures de la queue sont d’un blanc argenté à leur extrémité; le bec et les pieds noirs. La femelle est d’un gris plus clair à reflets faibles, et plus petite que le mâle. La peau nue de la tête et de la partie supérieure du cou est bleuâtre et chargée de mamelons rouges en devant et blanchätres sur le derrière de la tête. De la base du bec en dessous descend jusque vers le tiers de la longueur du cou, une sorte de barbillon rouge, flottant , et composé d’une double membrane ; une caroncule charnue, ridée et conique s’élève sur le bec à son insertion dans le front.