‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 24 sur 182 · LORENZO LOTTO · texte numérisé non relu

LORENZO LOTTO

Avant de refranchir le seuil de Bridgewater House pour y voir un Lorenzo Lotto, il est juste de dire un mot de la collection du comte d’Ellesmere, héritier du duc de Bridgewater. Cette galerie célèbre renferme près de soixante tableaux du Régent, c’est un peu plus du sixième de sa totalité. Outre la grande salle d’apparat, les salons, les chambres, les couloirs, les escaliers sont ornés de peintures disposées avec le plus grand goût; et l’on pénètre dans ces sanctuaires même quand les maîtres de céans sont à Londres ; ils s’effacent, comprenant que leur propriété est un domaine dont ne peuvent être exclus les travailleurs. Il en est de même presque partout chez nos voisins d’Outre-Manche, maïs nulle part on n’est reçu avec autant de bonne grâce. Nous avons gardé le meilleur souvenir de nos visites si intéressantes à ce musée aristocratique dont plus d’une fois encore mention sera faite au cours de notre étude.

Le Lorenzo est signé : L. Lotus; il représente une Sainte Famille où

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l’on voit la Vierge et l'Enfant accompagnés de quatre saints. L’un d’eux, un vieillard, présente au bambino un rouleau de parchemin sur lequel on lit le nom du peintre, et l’on a supposé que Lotto a donné là sa propre effigie; cette Sainte Famille serait donc des dernières années de son existence, pendant lesquelles, réfugié dans son couvent de Lorette, il peignit pieusement des sujets de sainteté. On serait tenté de le croire devant l'expression de gravité qui s’exhale de cette scène et particulièrement du visage mélancolique de la Vierge. D’autre part, M. Berenson voit, dans ce tableau, une œuvre de jeunesse et fait remarquer que Lotto n’a jamais peint « le triomphe de l’homme sur les contingences humaines, » et que, dans ses retables et dans ses portraits, il nous montre des êtres « en quête des consolations de la foi, de l’amitié et de l’affection ». Ces gens semblent, dit-il, « vous regarder comme s'ils mendiaient la sympathie ». Cette remarque s'applique fort bien à cette Sainte Famille.

La discussion, du reste, serait oiseuse. L'œuvre, en tout cas, est secondaire et rappelle de très loin les beaux portraits de Lorenzo Lotto qui

sont au palais Brera.

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