‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 27 sur 182 · SEBASTIANO DEL PIOMBO · texte numérisé non relu

SEBASTIANO DEL PIOMBO

Nous arrivons maintenant à un artiste qui jadis excita un enthousiasme extraordinaire, à Sebastiano del Piombo dont la renommée est due, en majeure partie, à de retentissantes cabales. Un déraciné, celui-là, qui abandonne Venise et ses traditions pour se mettre sous l'égide de Michel-Ange, à Rome, mais qui, malgré tout, a laissé des chefs-d’œuvre dans lesquels on retrouve les enseignements de Giovanni Bellini, de Cima et de Giorgione. Sebastiano est le premier éclectique et l'ancêtre des malheureux Carrache, il reste toutefois un grand artiste. On sait qu'il entra en concurrence avec Raphaël et que, dans cette lutte, il fit preuve d’une animosité de fort mauvais aloï. Jules de Médicis, nommé évêque de Narbonne en 1515 — celui qui devint pape sous le nom de Clément VII — commanda pour la cathédrale de cette ville épiscopale deux tableaux, l’un au maïtre d'Urbin, l’autre au protégé de Michel-Ange, ce sont la Transfiguration, à peine achevée au moment où Raphaël mourut, elle resta à Rome, et la Résurrection de Lazare qui fut transportée en France. La Résurrection est maintenant à la National Gallery. Toile immense, mise sous verre, décolorée, embue, compromise à jamais, elle n’est, pour les yeux, qu’une pauvre joie. Le temps, les migrations, les climats brumeux ont vengé le peintre des madones, tandis que la Transfiguration, portée jadis en triomphe derrière le cercueil de Sanzio, demeure intacte au

Vatican.

Déjà, au xvu° siècle, deux spirituels, mais insolents voyageurs, Chapelle

et Bachaumont, tournaient le chef-d'œuvre en dérision :

C’est un vieux et sombre tableau Où l’on voit sortir un Lazare

À demi nu de son tombeau.

Mais le peintre l’a si bien fait

Sec, noir, hideux, pâle, effroyable, Qu'il semble bien moins le portrait

Du bon Lazare que du diable.

Que diraient aujourd’hui ces poètes gouailleurs ?

Sebastiano aurait travaillé d’après un dessin de Michel-Ange; il y a, au Musée Britannique, deux esquisses de la figure de Lazare que l’on attribue au grand sculpteur, dont on retrouve bien le style et le caractère dans le gigantesque Lazare du tableau, avec cette musculature qui n’a rien d’un cadavre. M. Reiset pouvait encore, il y a trente ans, déclarer que cette œuvre était une des pierres angulaires du musée londonien; elle n’est plus qu’une belle ruine, sauvée pour nous grâce aux procédés de l’héliogravure ; maïs l’on a besoin, devant le tableau lui-même, de se rappeler que ce peintre fut un merveilleux portraitiste, de penser à ces effigies si bien conservées qui ont pour abris salutaires les musées d'Italie, et à ce Joueur de viole, de provenance princière, qu'on croyait de Raphaël et qui est maintenant à Paris chez le baron de Rothschild, sous le nom du maître de Venise.

De même que ce tableau célèbre est acquis définitivement à Sebastiano, un portrait du Palais-Royal, attribué à Raphaël, a été rendu à son rival avec beaucoup de vraisemblance. Il n’en existe aucune estampe que nous sachions, il n’est connu que par la notice de Dubois de Saint-Gelais : « On croit que c’est le portrait de Bindo Allonesi {sic) que Raphaël a peint dans son jeune âge. Il a une draperie d’un jaune foncé et, devant lui, un livre dont le dos est tourné de son côté. Le fond du tableau est brun. » D'autre part, l’Inventario de la reine Christine disait simplement : « Giovinetto con libro in mano. » Ces indications ne correspondent point avec le jeune Bindo Altoviti de

Munich auquel Passavant pensa tout d’abord. C’est Mrs. Gardner, de Boston,

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