‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 62 sur 182 · ÉCOLE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ESPAGNOLE

Le goût pour la peinture espagnole ne s’est développé que tardivement. Il a fallu que cet art subît l’influence italienne pour avoir le don de plaire aux amateurs d’autrefois; les dilettanti du xix° siècle peu à peu ont compris Velazquez, après avoir goûté Murillo. En outre, les Pyrénées, encore qu’on les eût supprimées bien des fois sur le papier, semblaient plus infranchissables que les Alpes. Et pour tout dire, les Espagnols n'étaient pas d’humeur à se priver de leurs trésors d’art et à en faire commerce à l’exemple des Italiens. Aussi bien dans la magnifique collection de Charles I° n’y a-t-il pas un seul tableau de cette école et, dans celle de Louis XIV, se trouve-t-il tout juste un portrait de famille, l’Infante Marguerite — apporté sans doute par la reine, mais ne figurant pas dans l'inventaire de Bailly et n'étant pas compris dans les richesses du roi.

Dubois de Saint-Gelais donne un tableau à Louis de Vargas, sept à Ribera et deux à Velazquez. Il en faut rabattre.

Le Saint Jean de Louis de Vargas a été retiré de Bridgewater House comme érréparable. C'était une œuvre fort contestée, qui passait pour être une copie d’un Raphaël dont l'original se trouve à Munich, or, à Munich, cet original est lui-même débaptisé, ce ne serait que l’œuvre d’un imitateur hollandais, peut-être Frans Floris de Vriendt. Ceux qui virent le tableau de Bridgewater House vantèrent le charme raphaélesque de Vargas, élève

sévillan de Perino del Vaga.

Le Christ au milieu des docteurs (Bridgewater House) est un Ribera clair. Les docteurs n’ont rien de l'attitude compassée qu'on leur donne parfois; tout en écoutant le jeune Christ (demi-figure de profil, le bras droit levé, vêtement rouge), ils compulsent livres et parchemins, l’un tient une loupe pour mieux distinguer le grimoire qu’on lui présente — ce sont des moines et des savants que le peintre a vus à l’œuvre et dont il a étudié les attitudes ; il les reproduit et tombe dans les anachronismes communs aux plus grands maîtres. Il y a une réplique de ce Christ à Vienne qui provient de l’archiduc Léopold-Guillaume et qui figure au-dessus d’une porte dans le tableau de Teniers représentant la galerie de ce prince, à Bruxelles (pinacothèque de Munich). ;

Jadis on voyait à Cobham Hall, chez le comte de Darnley, le Démocrite et l’Héraclite, en pied, de Ribera, mais ils ont été vendus.

Quant à Velazquez, ses deux tableaux sont apocryphes : le Moïse sauvé des eaux, de Castle Howard, a été reconnu pour être de Honthorst, la chute est grande. Loth et ses filles, toile payée cinq cents guinées en 1798, par H. Hope, est, à en juger d’après la gravure de Trière, une œuvre de l'école bolonaise, pas une ligne n’en pourrait être de Velazquez. Cela est si vrai que, dans les inventaires après décès des ducs d'Orléans, ce tableau n'est jamais attribué à Velazquez, mais à Guido Canlassi (1752) ou au Caravage (1785). Ce dernier inventaire se fit sous la direction d’'Hubert Robert et de Le Brun, l’expert marchand de tableaux, mari de Madame Vigée. Il est curieux toutefois de transcrire la notice de la Galerie du Palais- Royal qui accompagne l’estampe de Loth : « On a dit que Monseigneur le duc d'Orléans ne possédait qu’un tableau de ce maître. Le catalogue des tableaux du Palais-Royal ne fait mention que de celui de Moïse, mais il est vraisemblable que celui dont il s’agit ici avait été oublié ou bien qu’il avait été acquis depuis... Ce tableau est d’un bon style et peut passer pour un des meilleurs de ce maître. Les figures sont d’un dessin correct et gracieux et d’un ton de couleur frais et harmonieux. Les draperies sont bien rendues et une exécution facile répand sur toutes les parties un grand

intérêt. Le plus grand nombre des ouvrages de Velazquez est répandu en

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LA TOUR Tableau peint par B. Breenberg

(Fitawilliam Museum.— Cambridge

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