‹ La galerie du régent, Philippe, duc d'OrléansChapitre 87 sur 182 · THOMYRIS · texte numérisé non relu

THOMYRIS

subsiste en copie réduite chez M. Philéas Vassal, à Paris, — et la seconde, exposée à Bruxelles en 1910, est à Cobham Hall, chez le comte de Darnley. Il n’y a aucun rapport entre la Thomyris du Louvre et celle-ci.

La légende est tragique de cette reine des Massagètes qui, ayant vaincu Cyrus, le condamna à la peine capitale et, devant elle, fit plonger sa tête dans un bassin rempli de sang. « Satia te sanguine quem sitisté, étanche la soif que tu as eue de sang humain, » aurait-elle dit, d’après Justin. La mise en scène de ce cinquième acte convenait merveilleusement à Rubens. Réunir des gens en grand apparat, nous montrer une princesse suivie de sa cour et tout un groupe de spectateurs qui regardent un jeune esclave exécuter l’ordre de Thomyris, c'était aisé à réaliser pour l’imagination du peintre, et, par un anachronisme habituel, non moins aisé à cet amateur de riches étoffes de répandre sur toute cette assemblée le chatoiement des brocarts et des ors.

Les types orientaux à longues barbes tels qu’on en voyait descendre, au bord de l’'Escaut, des lointains voiliers, servirent à Rubens en cette vaste composition, comme ils lui servirent tant de fois, entre autres dans cette Adoration des Mages, un peu plus tapageuse, du musée d'Anvers. Ce sont les comparses admirables, selon l'expression de Fromentin. Mais ici la palette s’est assagie, des gris argentés viennent rompre les violences, l’œil n’est pas trop ébloui. M. Max Rooses est arrivé à fixer la date de cette œuvre d’après les pages qui portent la robe de la reine et qui sont les enfants de Rubens : Albert, né en 1614, peut avoir neuf ans; Nicolas, né en 1618, peut en avoir cinq, la date probable est donc 1623. Le même critique d’art affirme que la Thomyris du Louvre est postérieure et qu’elle fut exécutée par Rubens luimême, tandis que celle de Cobham Hall ne serait qu’une préparation d’élèves, simplement retouchée par le maître. Mais ces retouches sont tout, et puis il semble bien difficile de faire la preuve d’une pareille assertion. Toujours est-il que ce tableau, bien mis en valeur dans la galerie du comte de Darnley, est pour nous comme pour Bürger, un des Rubens « historiques » comparable aux meilleurs. Une petite esquisse très intéressante est placée auprès de la grande toile.

On sait quelle admiration les connaisseurs ont pour les paysages de

Rubens. Le Saint Georges, de Windsor Castle, est bien fait, par sa noblesse, pour justifier cette admiration. Dans cette importante composition, le maitre raconte la « légende dorée » de Cléodelinde. Il a fait choix du moment où le monstre vient d'être tué et où le vaillant chevalier rend à la fille du roi de Lydie la ceinture qu’elle lui avait confiée pour enchainer le dragon. La princesse, c’est Henriette, et Saint Georges, Charles I”, hommage dû au monarque qui avait comblé l'artiste de bienfaits. Une autre allusion flatteuse, c’est que l’on aperçoit dans le lointain la Tamise et la silhouette de Windsor, où Édouard III, en 1345, avait fondé l’ordre de la Jarretière sous les auspices de Saint Georges, particulièrement vénéré en Angleterre.

Ce tableau faisait partie de la collection du malheureux roi-martyr et le voilà rentré au pays où il avait été composé, dans le palais des successeurs de Charles I*. Cela fait dire à Mrs. Jameson — elle pensait tout à la fois à la vente à l’encan de 1650 et à la débâcle de Philippe-Égalité — une révolution fit sortir le Saënt Georges de chez nous, une autre révolution nous le rendit. C’est fort heureux pour les Anglais, mais que de chefs-d'œuvre seraient à Chantilly si un prince ne les avait follement sacrifiés !

On a du moins revu à Paris, chez M. Charles Sedelmeyer, deux des douze esquisses de l'Histoire de Constantin : la Croix miraculeuse et le Baptême, l'une est à Philadelphie chez M. John G. Johnson, l’autre dans la collection Ferdinand Bischoffsheim. Une troisième esquisse est à Londres (Wallace Collection), c'est la Défaite de Maxence, achetée par le marquis de Hertford à la vente Rogers (1856). Ces panneaux sont d’un intérêt très inégal, mais le Baptéme et la Défaite sont superbes de composition et de couleur, c’est un vrai régal pour les yeux que ces notations brillantes où le maître, d'une touche habile et sûre, fixe l'harmonie de sonores orchestrations. C’est sa pensée vivante qu’il traduit au moyen du pinceau, sans aucune réticence, et pour ainsi dire d’un seul jet.

Nous avons une lettre de Peiresc à Rubens, datée du 1* décembre 1622, au sujet de quatre de ces compositions qui venaient d'arriver à Paris pour

être soumises à l’abbé de Saint-Ambroise. Le carton de la bataille, dit

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